Les altruistes efficaces partent d’un constat simple : plus une catastrophe se déroule loin de chez nous, moins nous nous sentons concernés. Pourtant, ce sont justement les pays les plus épargnés qui ont le plus de moyens pour lutter contre les épidémies, les guerres, les famines, les catastrophes naturelles… Le premier objectif de ce mouvement est donc de développer l’esprit altruiste chez des personnes dont le quotidien n’est pas troublé par des évènements tragiques, afin de venir en aide à ceux qui souffrent. « Il faudrait réfléchir et agir comme si tous les matins, une catastrophe survenait dans notre entourage », profère Adriano Mannino.
Pour ces altruistes, l’efficacité se mesure en nombre de personnes « sauvées ». « Alors, Comme on ne peut pas sauver tout le monde, le mieux qu’on puisse faire est de sauver le plus grand nombre. », explique le représentant de l’organisation suisse. Dans ce cadre, la hiérarchisation des problèmes, notamment au travers de la durée de la souffrance, est totalement assumée. L’absolue priorité ? L’extrême pauvreté.
L’idée est d’encourager l’action individuelle en montrant que l’impact de chaque don peut être décuplé simplement selon les choix que l’on mène. La dimension réflexive est donc l’essence même de l’altruisme efficace, courant de pensée avant d’être un mouvement d’action. Par leurs raisonnements hyper logiques, centrés sur l’individu, les altruistes efficaces utilisent les outils de la micro-économie tout en intégrant dans leur matrice d’autres considérations plus subjectives ou instinctives.
La force de la pensée altruiste efficace réside dans l’association constante de la théorie à la pratique, motivée par la poursuite d’objectifs concrets et de résultats significatifs. Les altruistes efficaces réalisent ensuite des expériences et des études afin de déterminer quelles associations et quels moyens d’actions sont les plus efficaces pour sauver des vies. « Beaucoup d’interventions ont un impact faible, voire négatif, et les plus efficaces ne sont pas forcément celles qui plaisent intuitivement », affirment les membres d’Altruisme Efficace Sciences Po. L’organisation américaine GiveWell, qui a évalué l’efficacité de dizaines de possibilités d’intervention, a par exemple révélé que trois dollars suffisent pour sauver une vie de la malaria. A partir de ces analyses, les altruistes efficaces construisent des modèles d’actions incitant chacun à maximiser le nombre de vies sauvées par don effectué.
Les altruistes efficaces cherchent également à encourager les altruistes convaincus d’augmenter le montant de leurs dons. D’après eux, l’idéal serait que les dons d’une personne au salaire moyen dans un pays riche atteignent 10% de ses revenus mensuel. L’objectif de sauver le plus de vies possibles justifie de tels moyens ainsi que certaines positions morales particulières. Les altruistes efficaces soutiennent ainsi l’enrichissement personnel via la promotion du concept « earning to give ».
En d’autres termes, maximiser son salaire pour maximiser sa philanthropie. De la même manière, les altruistes efficaces n’ont aucun complexe vis-à-vis des associations caritatives qui ont un coût de fonctionnement élevé. Alors qu’il est parfois reproché à ces organisations de dépenser ainsi une partie de l’argent des dons, les fondations d’altruismes efficaces emploient elles-mêmes des salariés, défendant l’idée que cela leur permet d’attirer les personnes les plus compétentes, d’être plus productives et de sauver ainsi le plus grand nombre de vies.
Le représentant de l’Effective Altruism Foundation énonce ainsi que « pour empêcher une personne de mourir d’un accident de voiture en Suisse, l’Etat doit débourser 5 millions de dollar dans les mesures de sécurité, de prévention etc. Pour éviter les accidents de transports publics, l’investissement passe à 3 millions de dollars. Pour sauver une vie de la malaria dans un pays pauvre, seuls 3 dollars sont nécessaires.« En d’autres termes, le coût pour sauver une vie diffère selon le niveau de richesse et de développement d’un pays.
« Une vie en Suisse vaut-elle réellement plus que 1000 ou 10 000 dollars dans un pays pauvre ? » s’interroge Adrianno Mannino. « Personne n’oserait le dire. Pourtant, c’est comme cela qu’on agit : la Suisse investit des millions contre les accidents de la route. » A travers ce propos, le jeune homme appelle les pays riches à penser certains de leurs investissement dans un cadre plus planétaire, afin de hiérarchiser les différentes mesures visant à sauver des vies.
Pour Adriano Mannino, les recherches produites par les altruistes efficaces sont « nécessaires » pour permettre aux pouvoirs de prendre « les bonnes décisions pour distribuer les millions de dollars qui vont sauver des vies. » Si l’altruisme efficace demeure peu présent dans le milieu politique, les organisations du mouvement ont toutefois influencé à plusieurs reprises les pouvoirs publiques britanniques. « L’année dernière, le Global Priorities Project (GPP) a travaillé avec le gouvernement sur sa méthodologie d’évaluation des risques et poursuivi le dialogue avec DfID (l’agence d’aide au développement du Royaume Uni) pour un usage des fonds dirigé vers les maladies qui causent le plus de souffrances », indiquent les membres de d’Altruisme Efficace Sciences Po.
Grâce aux de levées de fonds, les altruistes efficaces peuvent investir eux-mêmes dans les moyens d’actions jugés les plus efficaces. « Dans les pays développés, 40 000 dollars sont nécessaires pour former les chiens d’aveugles. Pourtant, soigner le trachome, maladie infectieuse causant la cécité, ne coûte que 40 dollars. Evidemment, il vaut mieux faire un don permettant de traiter le trachome. »
Si Tom Bry-Chevalier, membre actif de l’association sciences piste, reconnait qu’il expose là un exemple « assez extrême » il n’en demeure pas moins symptomatique du raisonnement des altruistes efficace. Chaque somme est calculée en vue de son optimisation, chaque centime est alloué à l’organisation qui en tirera le plus grand rendement en termes de vies sauvées. Or, « peu d’Etats ont décidé de donner 10% de leur ressources pour sauver des vie, regrette Adriano Mannino. Changer les structures de l’Etat ne changera pas l’altruisme d’un pays, car la population sera la même. C’est d’abord la mentalité des gens qu’il faut faire évoluer. »
Le risque de cette démarche, poussée à l’extrême, semble être de n’investir que dans les projets permettant de sauver le plus grand nombre de personnes au moindre coût, et de négliger ainsi les autres causes de désastres, de pauvreté ou de maladie. Pourtant, les altruistes efficaces sont engagées sur une pluralité de fronts, chacun s’attelant, au sein de ce mouvement peu structuré, à son propre cheval de bataille : élevage intensif, extrême pauvreté, crises des réfugiés, risques pour l’humanité liées aux nouvelles technologies, changement climatique… « Cette diversité est une immense force de l’altruisme efficace, car elle crée des synergies entre les groupes et nous oblige à considérer sans cesse qu’une autre cause pourrait être préférable à celle sur laquelle nous travaillons actuellement », explique Laura Green, étudiante convaincue par l’association Altruisme Efficace Sciences Po, pionnière du mouvement étudiant en France.
C’est justement l’objectif que ce sont fixés les altruistes efficaces de Sciences Po, convaincus que cette école constituerait un terreau fertile pour semer les idées du mouvement. Ils ont ainsi créé en septembre 2015 la première association universitaire française d’altruisme efficace. Si les « événements ont eu un nombre de participants très variable », « les idées que nous essayons de faire passer [ont] été assez bien reçues », estime Laura Green, étudiante en césure ayant rejoint l’association en cours d’année. De la même manière, il est difficile d’évaluer la proportion d’étudiants de l’école passant en suite à l’acte en effectuant des dons répondant aux principes de l’altruisme efficace. Toutefois, les membres d’Altruisme Efficace Sciences Po ont prévu de « mettre en place sur [leur] site un espace dédié aux étudiants qui ont pris l’engagement de donner au moins 1% de leurs dépenses par mois, en leur donnant la possibilité de se présenter et d’exprimer leurs motivations. »
Parallèlement, le mouvement se développe petit à petit dans d’autres écoles et universités parisiennes comme la Sorbonne. « Une communauté de membres engagés dans l’altruisme efficace commence à émerger à Paris » se réjouissent les membres de l’association sciences piste. « Nous organisons d’ailleurs des meetups hebdomadaires ouverts à tous, en collaboration avec les autres groupes Altruisme Efficace parisiens ». Ainsi, les idées du mouvement pénètrent peu à peu le monde francophone, longtemps resté à l’écart de ce courant de pensée né outre-manche dans les années 2000, et rencontrant un succès important en Allemagne et en Suisse. Néanmoins, ce mouvement demeure marginal en France alors qu’il est aujourd’hui « relativement bien implanté dans les grandes universités anglaises et américaines comme Princeton, Harvard, Harvard, Cambridge… » L’écart entre ces différents pays pourrait en partie s’expliquer par la barrière de la langue, la littérature sur l’Altruisme Efficace n’existant presque exclusivement qu’en anglais.
]]>La Péniche donne la parole aux syndicats étudiants, aux sections des partis politiques et aux étudiants souhaitant publier un texte ou une tribune, dans notre rubrique « Tribunes ». La position des auteurs de ces tribunes n’engage pas la rédaction de La Péniche.
Nous, élèves de Sciences Po Paris, de différents courants politiques, souhaitons nous associer aux étudiants de la Harvard Kennedy School pour proposer une autre réflexion après les terribles attentats du 13 novembre en cosignant la tribune Et Maintenant ? Manifeste pour un autre débat.
Les frappes en Syrie, les mesures sécuritaires, certes nécessaires, ne suffiront pas à éradiquer une idéologie qui se nourrit de nos propres faiblesses, de l’effritement des liens sociaux dans nos propres sociétés. C’est pourquoi, nous devons de toute urgence repenser notre modèle d’intégration, combattre le décrochage scolaire qui plonge des générations dans l’ignorance, et retrouver la force inclusive du projet républicain.
Conscients des défis immenses que nous devrons tous affronter, les signataires de cette tribune appellent solennellement les responsables politiques de notre nation à endosser enfin la responsabilité qui est la leur, en formant un gouvernement d’union nationale. Seul un gouvernement d’union nationale aura la légitimité suffisante pour s’attaquer sur notre sol aux cellules terroristes. Seul un gouvernement d’union nationale saura porter ce renouvellement du projet républicain. Seul un gouvernement d’union nationale pourra définir une véritable stratégie politique extérieure dépourvue d’ambiguïtés. Seul un gouvernement d’union nationale sera à l’image de l’unité de la Nation française depuis le massacre de Vendredi.
Antoine Gastinel
Jean Galve de Rochemonteix
Milan Malik
Antoine Willenbucher
Raphael Saidi
Louis de la Rochère
Guilhem Morvilliers
Salih Yuce
La poussière des explosions retombe à peine et il est difficile de mettre des mots sur l’émotion qui nous saisit. Tristesse de voir l’étendue de la violence créée par des barbares en cours d’identification. Compassion évidente pour celles et ceux dont les proches ont été affectés. Détermination de parvenir à rétablir une situation qui permette aux Françaises et aux Français de vivre à nouveau une vie sans cette menace permanente.
Le monde tourne les yeux vers un pays dans la tourmente dont la réaction façonnera celle de la communauté internationale face à la menace que représente le terrorisme sous toutes ses formes.
Nous pouvons bombarder Daesh à Raqqa, et d’autres organisations terroristes où qu’elles se trouvent. Mais pour un terroriste abattu, combien se relèveront, radicalisés grâce aux images de sa mort ?
Nous pouvons surveiller de plus près nos citoyens afin d’essayer de prévenir de nouvelles attaques. Mais comment surveiller toujours plus de gens, et selon quels critères, sans abandonner une partie des libertés individuelles qui constituent précisément le cœur de ce que nous prétendons défendre ?
Ces décisions ne parviendront pas à rétablir notre sentiment de sécurité. Cette « guerre » dans laquelle nous sommes engagés, nous ne la gagnerons ni par les armes, ni par le sang versé. Nous ne croyons ni en l’intensification des frappes en Syrie, ni en la surveillance de nos propres citoyens, même si nous reconnaissons volontiers qu’il s’agit là de débats légitimes. Nous croyons en revanche qu’ils nous empêchent d’engager le débat sur une autre question bien plus importante : comment éviter la radicalisation des laissés-pour-compte à l’intérieur de nos frontières.
Nous devons chercher à utiliser une autre forme d’artillerie pour renforcer l’affirmation du modèle de société que nous défendons : les mots. Ces mots, nous devons les adresser non pas seulement aux gens à l’extérieur de nos frontières, mais surtout à ceux de nos compatriotes qui choisissent de rejoindre leurs rangs. Nous devons nous appliquer de façon permanente à ce que les conditions de vie difficiles au sein-même de nos frontières n’augmentent pas le risque de radicalisation à travers une vision du monde axée autour du « Eux contre Nous ». Certains critiques nous taxeront de naïfs, de pacifistes forcenés ou d’idéalistes (des mots dont nous nous désignerions volontiers nous-mêmes).
Que pensons-nous donc que l’État puisse faire?
L’État peut tout d’abord se rassembler autour d’un projet commun pour dépasser les différences partisanes qui nous empêchent d’avancer. Une opposition stérile entre droite et gauche empêche la résolution des problèmes des français de primer sur les enjeux politiciens. Ce projet commun apparaît désormais avec une clarté éclatante : voulons-nous nous replier sur nous-mêmes pour assurer la sécurité d’un nombre restreint de gens, ou voulons-nous au contraire promouvoir le plus largement possible un modèle de société basé sur la liberté fondamentale de chacun à vivre une vie heureuse, l’égalité de tous devant l’État et la fraternité d’une communauté d’envies, d’émotions et de générosités ?
L’État doit également mettre en place des politiques de soutien aux plus fragiles, car ce sont les plus vulnérables aux discours radicaux. L’image de politiques élitistes opérant en circuit fermé pour un État pris au piège de l’illusion de sa propre impuissance transforme ces populations marginalisés en un formidable réservoir pour les violences qui nous répugnent. Plutôt que de chercher en un exercice grotesque de simplification aveugle à distinguer les bons des méchants immigrés, les bons des méchants chômeurs, les bons des méchants musulmans, les bons des méchants arabes (pour utiliser des terme qui ont, à tort, acquis une connotation négative), nous devrions nous appliquer à faire en sorte que tous aient envie d’être bons, en leur promettant un pays qui les accueille, qui les écoute et les aide, et qui leur fournit un environnement dans lequel ils peuvent s’épanouir. C’est notre échec collectif à réaliser les conditions de cette réussite qui nous a conduit à la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui.
Ouverture, Solidarité et Participation. Tels doivent être les maîtres mots de notre démarche. Cessons de tracer des lignes futiles et illusoires entre les bons et les méchants. La réalité, ce n’est pas que le nombre de « méchants » a augmenté depuis quelques années. La réalité, c’est que la politique de la France contribue depuis des décennies à produire une catégorie de laissés-pour-compte, que ce soit dans des banlieues défavorisées où un système éducatif défaillant laisse les élèves sur le bord de la route, dans des zones rurales ou désindustralisées où les perspectives d’emploi ont tout simplement disparu, ou sur un marché du travail criblé de discriminations latentes. Dans un pays comme la France où la place du citoyen au sein de la République est si importante, être étiqueté comme un laissé-pour-compte produit un sentiment de marginalisation qui peut être d’une violence inouïe.
Cela n’est d’ailleurs pas spécifique à la France et peut dans une certaine mesure s’étendre à toute l’Europe, avec la montée parallèle des laissés-pour-compte et des extrémismes de tous bords. Dépourvus d’avenir économique, intellectuel et social, comment ne pas se tourner vers des idéologies alternatives dont la propagation est facilitée par l’ubiquité du cyberespace ?
Nous appelons à un Gouvernement d’Union Nationale, où des personnalités de droite et du centre rejoindraient un gouvernement de gauche pour les 18 mois qui restent avant la prochaine élection présidentielle. Il s’agirait de mener les réformes devant faire reculer cette marginalisation et cette classe des laissés-pour-compte. De nouvelles politiques publiques pourraient servir à entamer un dialogue avec les populations marginalisées ainsi qu’à permettre à plus de citoyens de se saisir de questions cruciales liées à l’identité, à la religion, à la race, à la discrimination et à la tolérance.
En un mot, la France doit proclamer sa vision d’une société moderne et démocratique, où chacun peut trouver sa place, vivre ensemble et participer à la vie de la cité, face à un modèle de société basé sur la violence et la loi du talion. La démocratie n’est jamais acquise ; elle est plutôt l’effort de tous les instants de prendre la décision la plus juste pour chacun des citoyens qui placent leur confiance en l’autorité de l’État. C’est cette participation de chacun, cette démocratie vivante et en mouvement que nous devons chercher à défendre au lieu d’un modèle poussiéreux que nous aurions du abandonner il y a bien longtemps.
Nous avons tous envie de croire en une solution miracle qui nous apporterait le faux réconfort d’une sécurité retrouvée. Cette solution n’existe pas. Les hommes politiques doivent dépasser le besoin de “faire quelque chose” pour trouver de nouvelles solutions aux problèmes qui existent déjà pour nos concitoyens les plus en détresse. Faisons en sorte qu’il ne leur vienne plus l’idée de se retourner contre une République dont ils bénéficieraient au même titre que tous les autres. Cela exige effectivement d’avoir un minimum de confiance en l’espèce humaine: un humain heureux est un humain qui ne tue pas.
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Avant de renvoyer à des plateformes numériques de diffusion, l’expression MOOC (Massive Open Online Courses), ou CLOM (Cours en Ligne Offerts aux Masses) dans sa version française, désigne un ensemble de cours, gratuits, pour la plupart publiés par de grandes écoles et universités internationales.
L’innovation n’est pas uniquement technologique, elle est aussi pédagogique.
On distingue généralement deux types de MOOC. D’une part les xMOOC, tirés de cours traditionnels et qui permettent de délivrer un certificat de validation de compétences. Et d’autre part les cMOOC, conçus sur la base d’objectifs ouverts et d’une approche connectiviste grâce à laquelle les participants aux cours élaborent eux-mêmes une grande partie des contenus et peuvent interagir entre eux.
Il est toutefois évident que les compétences dont souhaitent se pourvoir les usagers varient du tout au tout d’un bout à l’autre de la planète. Et c’est justement à ce constat que répondent l’adaptabilité et la diversité, en temps, en thématiques, en langues, des MOOC.
Bien qu’ambitieux, l’objectif final des MOOC apparaît comme étant de pallier les inégalités mondiales d’accès au savoir et à l’enseignement.
Dès ses premières heures, le modèle innovant des MOOC suscite l’enthousiasme. A l’automne 2011, lorsque l’américain Sebastian Thrun diffuse un cours sur l’intelligence artificielle sur le site de l’Université de Stanford, 10 000 étudiants sont attendus. Ce sont près de 160 000 qui s’y inscriront.
Désignée comme « l’année du MOOC » par le New York Times, 2012 voit émerger les premières vraies plateformes de production et de diffusion de MOOCS : Coursera, lancée par l’Université de Stanford, edX initiée par le MIT et Udacity pour Harvard, dont le fondateur n’est autre que Sebastian Thrun.
A ces première tentatives américaines suivront plusieurs initiatives européennes et asiatiques : XuetangX en Chine, Futurlearn aux Grande Bretagne, Miriadax en Espagne, FUN en France ou encore Open2Study en Australie. Presque 5 ans après leur apparition, on dénombre aujourd’hui plus de 3000 MOOC à travers le monde.
Nés parallèlement au contexte de crise financière et économique aux Etats-Unis, les premiers MOOC déstabilisent d’autant plus le système universitaire traditionnel américain, que les coûts de l’enseignement et l’endettement des étudiants sont en passe de devenir une préoccupation économique et politique majeure aux Etats Unis.
De l’autre côté de la planète, en Afrique, l’Université 2.0 sonne, elle, comme une promesse face au manque d’infrastructures et à une population croissante. En donnant accès à des formations universitaires élitistes à des populations isolées et en manque de moyens, les MOOC abattent la frontière entre formations prestigieuses et éducation de masse.
En France, il faut attendre la loi du 28 juillet 2013 relative à l’enseignement supérieure et à la recherche pour voir se dessiner les premières initiatives en matière de MOOC et le lancement de la 1ère plateforme numérique française, FUN (France Université Numérique). Aujourd’hui, la plateforme participe au développement de plus de 60 MOOC en partenariat avec de nombreuses universités et écoles françaises de renom telles que le CNAM, le groupe INSA ou encore l’UMPC.
Moodle, eCours, projet Forccast, cartothèque numérique : nombreuses étaient et sont toujours les interfaces numériques que Sciences Po s’efforce de développer au quotidien en parallèle de ses enseignements traditionnels.
C’est seulement en 2014 que Sciences Po fait son entrée dans l’ère des MOOC, avec le cours transdisciplinaire de Bertrand Badie, « Espace mondial », suivi de peu par le cours Humanités Scientifiques de Bruno Latour.
Cette démarche s’inscrit de toute évidence dans l’effort constant d’ouverture et d’internationalisation que mène notre école depuis quelques années. De plus, de par sa position de centre de recherche majeur, il paraissait essentiel que l’établissement participe à l’ouverture du débat public en prenant part aux innovations en marche.
Comme précise Dominique Boullier, professeur à Sciences Po, dans une vidéo, un MOOC se distingue d’un eCours classique, comme ceux auxquels les étudiants de Sciences Po ont déjà quotidiennement accès. En effet, le caractère « massif » des MOOC pose la contrainte de l’adaptabilité, de la compréhension, de l’accessibilité à un public large et hétéroclite. La diffusion d’un cours nécessite donc un profond travail de mise en forme et la mobilisation d’un grand nombre de ressources.
Dernière nouvelle en date, Coursera, le géant américain du marché des MOOC aux 10,5 millions d’inscrits, a annoncé en décembre dernier son partenariat avec Sciences Po.
La plateforme de diffusion proposera trois des cours dispensés à Paris, dont deux en anglais, entre mars et septembre 2015 : « Humanités scientifiques« , « Espace mondial » et « Les villes font leur retour en ville », ce dernier enseignement étant dispensé par le sociologue Patrick Le Galès. Sciences Po, en même temps que l’ESSEC, rejoint les quelques rares universités françaises déjà présentes sur Coursera : Polythechnique, HEC et l’ENS.
Quelques années après la naissance des MOOC, l’enthousiasme des premières heures a perdu de sa ferveur et la mise en perspective des premiers retours sur expérience invite à relativiser le succès de cette forme « révolutionnaire » d’enseignement. Bien qu’ambitieux par les objectifs auxquels il répond, il est clair que ce modèle d’enseignement ne fait pas l’unanimité.
Que va t-il advenir au cours des prochaines décennies du système d’enseignement traditionnel ? La qualité des apprentissages ne pâtit-elle pas de la déshumanisation croissante des cours et de leur caractère « non présentiel », résultat parfois d’une volonté unique de réduction des coûts ? Une grande partie des détracteurs de ce nouveau modèle d’enseignement soulignent la nécessité de ne pas perdre de vue le rôle non négligeable, si ce n’est majeur, de la relation pédagogique entre élèves et enseignants.
Pour le sociologue Jérôme Valluy, professeur de sociologie politique à l’Université Panthéon Sorbonne, les MOOC sont proches d’un simple produit marketing et leurs abonnés « n’accèdent qu’à un ersatz de prestation pédagogiques de ces universités et les certifications qu’elles délivrent ne valent pas, au regard des employeurs, les diplômes délivrés sur la base de formations initiales. »
Les taux de réussite à ces formations en ligne s’avèrent pour le moment bas.
Dès décembre 2013, une étude publiée par l’Université de Pennsylvanie avait pointé du doigt des taux d’abandon excessivement élevés : sur le million d’usagers étudiés, seuls 4% venaient à bout de la formation. C’est peu, d’autant plus que près de 80% d’entre eux possédaient déjà un diplôme de l’enseignement supérieur.
Manque d’accessibilité, mauvais choix de thématique, contenu inadapté ? Dans son essai Moocs et vaches à lait, Antoine Compagnon, professeur au Collège de France, se penche sur ce dernier chiffre : « Sous leur forme actuelle, les Moocs sont peu performants en matière de formation initiale, notamment auprès des publics défavorisés, alors que leur utilité semble confirmée pour la formation continue des élites déjà diplômées des pays dits émergents, Brésil, Inde, Chine, Russie et Afrique du Sud, où 80 % des inscrits proviennent des 6 % les plus riches de la population. Bref, au lieu de réduire la fracture sociale entre pays riches et pays défavorisés, ou entre élites et masses dans les pays émergents, les Mooc, qui exigent des ordinateurs et l’accès rapide à l’Internet, ainsi qu’une discipline de travail acquise préalablement, renforcent cette fracture. »
Attentes surdimensionnées ou échec de pédagogie, on semble quoi qu’il en soit aujourd’hui bien loin des premières intentions, pourtant bienveillantes, de massification et de démocratisation du savoir…
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Depuis votre arrivée à la DAIE, l’ouverture de Sciences Po sur l’international a été complètement bouleversée : quels sont les changements notables ?
Pour vous donner quelques chiffres, quand je suis arrivé, il y avait à Sciences Po 4000 étudiants et 500 étrangers. Aujourd’hui, on a 12 000 étudiants et 6000 étrangers. C’est une belle révolution.
Le fait que la moitié des élèves soient des internationaux est une manifestation très forte du caractère international de notre école. Les étrangers ne viennent pas ici qu’en échange : aujourd’hui, on vient à Sciences Po pour obtenir un diplôme d’une institution attractive sur le plan international. Nous sommes l’une des institutions universitaires françaises les plus attractives au monde.
Et puis la troisième année à l’étranger a été créée en 1999 et est devenue effective et obligatoire pour tous en 2000; une troisième année qui en dit long sur les perspectives internationales de notre établissement.
En quoi cette troisième année à l’étranger renforce l’attractivité de Sciences Po à l’international : l’institution en profite-t-elle autant que les étudiants ?
Proposer à nos élèves cette troisième année à l’étranger implique de bâtir des échanges, de construire des partenariats : on a plus de 450 partenaires qui sont pratiquement les 450 meilleures universités du monde et qui forment les élites de leur pays. Avec cette 3A, on développe un maillage, un relationnel, qui construit l’excellence de Sciences Po depuis quinze ans.
Et puis, lorsque chaque année, on envoie des étudiants de troisième année à l’étranger, on envoie 1500 élèves qui sont 1500 ambassadeurs, les meilleurs ambassadeurs de Sciences Po. Et lorsque les élèves de nos établissements partenaires viennent à leur tour, ils se plaisent à Sciences Po, ils apprennent des choses, ils découvrent la France et l’Europe et quand ils rentrent chez eux, ils sont les meilleurs ambassadeurs de notre institution.
Cette 3A en dit par ailleurs long sur la stratégie de Sciences Po : nous n’avons pas vocation à créer de filiales à l’étranger mais au contraire, à faire confiance à des partenaires, à privilégier une attitude d’allié, de partenaire à égalité.
C’est aussi la démarche de nos doubles diplômes qui sont uniques au monde et qui sont conçus de telle sorte que Sciences Po et une autre université partagent leur cursus, valorisent et articulent leur cursus pour faire un seul programme. C’est par exemple le cas du double-diplôme de journalisme entre Columbia et Sciences Po qui apporte une reconnaissance mutuelle formidable aux deux institutions, il connecte Sciences Po au monde du journalisme aux US et idem du côté européen.
L’an prochain, 83% des étudiants partiront en université contre seulement 16% en stage et moins de 1% en projet personnel : l’université est-elle d’après-vous le meilleur choix pour sa 3A ?
Lorsqu’on est élève du collège universitaire de Sciences Po, on n’a pas vocation à entrer sur le marché du travail. Le Master, lui, est professionnalisant mais pas le collège : dans le cadre des Masters, des stages sont prévus avec un semestre hors les murs et une année de césure, pour accroître l’insertion des étudiants sur le marché du travail.
Il est donc tout à fait suffisant de construire son insertion sur le marché du travail en master : ça n’est pas le cas au collège, et il n’est pas souhaitable que ce soit le cas. On n’apprend pas un métier au collège, mais on apprend à apprendre. On apprend à être soi-même, à se découvrir : on apprend tout ce qu’on ne pourra jamais faire après.
Dès lors, je crois que si on utilise sa 3A pour faire un stage, il faut que ce soit mûrement réfléchi. 16% est une proportion tout à fait suffisante. Ceux qui se sentent murs, ceux qui ont une idée précise de leur avenir, une idée claire, peuvent être motivés pour un stage de manière légitime Par contre, concernant tous les autres élèves qui n’ont pas mûri de projet, ce serait très prématuré de faire un stage.
D’ailleurs, les entreprises veulent recruter des élèves spécialisés. Or, ça n’est pas le cas d’un étudiant du collège qui n’est pas du tout dans une logique de spécialisation.
Beaucoup d’étudiants rêvent d’aller en 3A à Harvard, au MIT, à Columbia ou à Berkley : quel est le profil qu’attend Sciences Po pour avoir cette opportunité ? Aux élèves de 1A qui souhaitent aller à Columbia, que leur diriez-vous pour maximiser leurs chances de réussite ?

Avant tout, chacun doit chercher l’institution, le pays, la culture qui correspond à ce qu’il veut vraiment faire. Il faut faire abstraction de ces classements que l’on a dans la tête. Avant de viser Columbia, réfléchissez à ce que vous voulez vraiment faire, lisez des rapports. Dans certains domaines par exemple, il ne faut pas forcément viser Harvard ou Berkeley : en sciences sociales, c’est Wisconsin Madison qui est la meilleure université au monde.
En revanche, si on veut vraiment viser les meilleures universités américaines, il faut veiller à la qualité du dossier, du parcours académique ainsi qu’à la lettre qui va accompagner le dossier et qui a toute son importance.
Évidemment que pour viser les grandes universités, il faut de très bonnes notes : par exemple, à Princeton, il faut une mention très bien au bac. Mais ça ne suffit pas : il faut un vrai projet. La lettre de motivation peut faire la différence et permettre de compenser trois points d’écart de moyenne : il n’y a pas d’automatisme entre le classement et les affectations des étudiants.
Y-a-t-il toujours une sélection rigoureuse des partenaires SciencesPo pour assurer une bonne qualité d’enseignement ? Certains témoignages de 3A, notamment sur La Péniche, laissaient penser le contraire…
En premier lieu, Sciences Po entretient des liens permanents avec ses partenaires, on parle avec nos homologues, on rend des comptes. Et puis il ne faut pas rejeter tout ce qui n’est pas du niveau de Berkeley ! Est-ce que l’on va refuser d’ouvrir des échanges en Afrique subsaharienne au prétexte que le niveau des universités n’est pas au niveau de Columbia ? Non, car ce qui compte c’est aussi l’expérience tirée de l’enseignement.
On apprend à comprendre la formation des étudiants dans un autre pays, comment sont formées les élites dans d’autres cultures : l’étudiant qui a témoigné pour La Péniche dont vous parlez a pu comprendre comment fonctionne la formation des journalistes argentins, et ça n’est pas inutile. C’est un autre monde, et la 3A est aussi là pour accepter ces autres mondes, il ne faut pas être purement productiviste…
Avec votre connaissance des différents partenaires de Sciences Po et des enjeux internationaux, si aujourd’hui, vous étiez un deuxième année qui devait faire son choix d’affectation, où iriez vous ?
J’irais en Chine. J’apprendrais le chinois et j’irais à Taiwan, à Hong-Kong ou en Chine continentale. Je profiterais certainement des nouveaux accords de Sciences Po à Nankin par exemple.
C’est là que se jouent beaucoup de choses pour l’avenir du monde : j’aimerais beaucoup apprendre le chinois. La Chine va devenir la première puissance mondiale et ne va pas régresser : le coût pour le monde de sa régression provoquerait une crise gigantesque. Aujourd’hui, la Chine n’est plus uniquement l’atelier du monde, elle est bien d’autres choses.
Ce serait aussi l’occasion de découvrir une autre culture, un autre rapport au monde, une autre civilisation. En Chine, on ne pense pas le rapport à l’espace, au temps, comme nous. La conception des choses est différente.
Pour tout vous dire, je ne me précipiterais pas aux USA car au fond, on retrouve à Sciences Po un mode d’apprentissage très occidental, des types d’approche qui ne diffèrent pas énormément des États-Unis.
Depuis une semaine, une action spontanée, indépendante de l’UNEF ou de l’UNI, fait beaucoup de bruit à Sciences Po chez les étudiants. Elle réclame que les étudiants en stage ne paient plus 100% des frais de scolarité pendant leur 3A : qu’avez-vous à leur répondre ?
C’est une règle qui est mise en œuvre depuis longtemps en effet. Il faut savoir que les étudiants restent des étudiants de Sciences Po pendant cette troisième année et que pour mettre en œuvre ces stages, pour en assurer ce suivi, il y a des équipes qui sont mobilisées, il faut payer des personnes à Sciences Po Avenir à plein temps.
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