Un petit récapitulatif avec cinq choses à savoir sur notre invitée du jour :
Marlène Schiappa a certes été candidate en 2001 aux municipales de Paris, mais c’est véritablement en 2014 qu’elle se lance en politique, en devenant adjointe au maire du Mans. Elle ira en 2015 jusqu’au deuxième tour des départementales dans le canton du Mans-3 avec son binôme Stéphane Chevet, sous la bannière de la Sarthe à gauche (associée au PS), et est ensuite nommée par Laurence Rossignol comme conseillère ministérielle de mars à mai 2016. Elle rallie enfin Emmanuel Macron pendant sa campagne en 2017, devient responsable de l’égalité femmes-hommes au sein du mouvement En Marche… et est nommée Secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes le 17 mai 2017.
Diplômée en communication et en nouveaux médias et ancienne publicitaire chez Euro RSCG, Marlène Schiappa s’est à l’origine fait connaître comme rédactrice du blog Maman travaille (qui totalise plus de 8 millions de visites à ce jour), qui racontait sa vie de mère active. Elle en fait ensuite un réseau d’entraide pour les femmes qui tentent de concilier vie familiale et professionnelle, puis enfin une association en 2008. Dès lors, « Maman Travaille » prend de l’ampleur, lance des pétitions, et offre des conférences et des propositions de mesures pour réduire l’inégalité parentale dans l’équilibre entre travail et famille.
Ecrivaine prolifique, Marlène Schiappa a écrit ou collaboré à une vingtaine d’ouvrages, romans et essais, et on l’a même vue sur les planches du théâtre Bobino jouer les Monologues du Vagin avec Myriam El Khomri et Roselyne Bachelot, le 7 mars dernier. Elle a publié pas moins de trois ouvrages l’an dernier, et un nouveau 2018, Le Deuxième sexe de la démocratie, chez l’Aube.
Celle qui se proclame elle-même militante féministe a toujours affirmé son engagement sur la question. On compte parmi ses écrits un Essai sur la culture du viol paru en 2017 aux éditions de l’Aube, premier essai paru en France sur ce sujet, et elle avait dès 2014 témoigné son engagement en publiant une tribune dans Le Huffington Post pour dénoncer les propos de Manuel Valls sur le port du voile intégral. Particulièrement impliquée dans le phénomène de la libération de la parole des femmes, la Secrétaire d’Etat a fréquemment affirmé son soutien au mouvement #metoo.
Marlène Schiappa est devenue l’un des membres les plus connus du gouvernement à travers ses très fréquentes prises de position, principalement sur les sujets d’actualité touchant à son domaine de compétence, mais aussi sur l’action du gouvernement en général. On l’a vue défiler dans pratiquement tous les médias de référence, une exposition qui a parfois eu pour conséquence de susciter de nombreuses critiques à son égard, voire des cas extrêmes d’insultes sexistes.
L’égalité entre les femmes et les hommes a été proclamée « grande cause du quinquennat » par Emmanuel Macron, et Marlène Schiappa est désormais très impliquée dans les projets de réformes liés à la question. Elle est ainsi à l’origine d’un projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes, qui propose notamment de fixer 15 l’âge en dessous duquel un rapport sexuel sera systématiquement considéré comme non-consenti. Ce projet de loi, qui devrait être présenté au conseil des ministres fin mars, proposera également la création d’un « délit d’outrage sexiste », l’interpellation possible des harceleurs de rue pris en flagrant délit, ou encore le renforcement des sanctions à l’encontre des cyberharceleurs. La secrétaire d’Etat est également impliquée dans les Etats Généraux de la Bioéthique, dans la question de l’inégalité salariale entre les sexes, des quotas paritaires ou encore dans le projet de réforme du congé paternité. Autant de sujets brûlants sur lesquels on l’entendra ce soir !
]]>Marlène Schiappa sera présente en amphithéâtre Émile Boutmy ce soir à partir de 19h. Vous pouvez retrouver le lien vers l’événement ici : https://www.facebook.com/events/293796974480569/
Un soir, j’en ai eu assez. Soir de Grand Oral que je présentais et, une fois rentrée, un message d’un inconnu. Il a trouvé que j’étais une « belle plante ». La dernière fois que je montais sur scène pour le Grand Oral, c’était parce que j’étais « sexy », dixit un ami.
Je n’ai pas relevé.
Peut-être parce que je suis habituée, comme tant d’autres femmes, à ce que l’aspect physique ou sexuel soit la seule jauge de nos capacités, féminité et crédibilité auprès de certains. Il est également possible qu’après le harcèlement de rue ou de métro, nous n’ayons plus la force de répliquer à Sciences Po.
Je n’ai pas relevé ; mais d’autres l’ont fait à ma place. Ils m’ont fait réaliser l’énormité de ce que je cachais sous de la banalité, sous la relativisation. « Il y a pire ». Justement. Dans mon cas, ce message concrétisait la violence de la réification. Néanmoins, comment rendre compte des regard lubriques, des paroles sexistes prononcées et aussitôt envolées, de tout ce qui est insaisissable et qui, pourtant, nous saisit de colère ou de honte ?
A toutes celles et ceux qui en ont eu assez, La Péniche vous a donné la parole.
Dans le but d’évoquer toutes les violences liées au genre ou à la sexualité, nous avons lancé un appel aux témoignages concernant les attitudes sexistes, homophobes, le harcèlement sexuel ou autres, la liste n’étant pas exhaustive. Au-delà de l’honnêteté, nous avons demandé à ce qu’ils ne concernent que des faits ayant eu lieu au sein de l’Ecole, ou entre étudiants de Sciences Po. Les témoignages sont laissés bruts, tels que reçus, afin de relater au mieux les faits évoqués. Chaque intertitre laisse la parole à une personne, pour une ou plusieurs « anecdotes » . Nous ne pouvons cependant pas en certifier la véracité : toute atteinte à des personnes ne saurait être prise d’emblée comme véridique, ou issue de notre volonté. A la demande des concernés, tous les noms ont été modifiés.
Une amie à la Street a été embrassée par un 1A par la contrainte alors qu’elle l’avait refusé.
Trois garçons qui parlent d’une fille de 2A à Sciences Po et la traitent de salope parce qu’elle « couche avec plein de mecs » et « quand on couche avec tout Sciences Po, on est une salope ». Quand j’essaie de leur montrer la stupidité de leur propos en leur demandant en quoi coucher avec d’autres personnes c’est mal quand on est une femme, ils répliquent que c’est « parce que les gens pensent que c’est pas bien ».
Mon prof de théâtre qui nous raconte qu’il est gêné de nous demander de déplacer des tables parce qu’on est une classe de filles, et quand je lui dis que sa remarque est infondée, il se justifie en disant que c’est parce que les filles ont moins de muscles que les garçons.
Remarque ci-dessus provenant d’un professeur d’atelier artistique.
Souvenons-nous aussi du « No Means Yes », panneau tenu par les Fils d’Arcueil lors d’une Cash&Trash.
En Péniche, en pleine discussion, on m’a expliqué que j’étais, parce qu’homosexuel, victime d’une déviance de la société et que mon esprit avait été perverti par un phénomène non naturel. Je t’avoue m’être senti dans un environnement très safe et inclusif ! Mais bon, la personne a après expliqué n’avoir aucun problème avec les homos. Pour moi, c’était juste un petit pansement sur une blessure immense.
Au bar, dans une soirée, un membre de l’équipe de rugby me dit : « Si je te mets une main au cul, qu’est-ce que tu feras ? ». J’étais en 1A, c’était mon premier CRIT, je ne m’étais pas rendue compte que c’était sexiste. C’était rigolo, on se chambrait. Mais non.
Ayant obtenu la meilleure note au galop d’essai en Grandes Questions du Droit (corrigée par un prof masculin), un de mes camarades (masculin) est venu me voir pour me dire : « Je me demande quand même en quoi ta note est due au fait que tu aies une paire de seins et pas une paire de couilles » … Exemple typique du sexisme quotidien sciences-piste.
Dehors, devant le 27, une fille sort avec un groupe (garçons et filles) pour une pause-clope, mais demande aux appariteurs si c’est possible sachant qu’elle n’a pas sa carte. Un homme de l’administration ou de la sécurité sort à ce moment-là, et lui demande si elle sait ce que voulait dire être encartée dans les années 30. Comme il ne sait pas, il explique qu’« être encartée, c’était être une prostituée. Les hommes, à l’époque, demandaient aux filles vendant leurs charmes si elles étaient encartées ». Je m’immisce dans la discussion en disant que je ne pense pas que le parallèle avec l’étudiante est pertinent. Il ne répond pas.
C’était mon prof de conf en deuxième année, un énarque, qui m’envoie un mail. A partir de ce mail-là, il a débuté une correspondance d’une centaine de mails avec moi. Il utilisait trois adresses mails différentes, m’envoyait également des messages sur Facebook, voire des live-tweets. Il m’envoyait des mails au milieu de la nuit. Ils étaient assez intrusifs, non seulement sur ma vie privée, mais aussi sur le cours, proposant son aide à maintes reprises. Au début j’ai répondu, avec la naïveté de croire qu’il me pensait intelligente, que mon avis comptait pour lui. Mais au bout de quelques mails, j’ai réalisé son côté pervers, et ai cessé de lui répondre, ou de manière laconique, parce que je me sentais souvent obligée de le faire. Ça ne l’empêchait pas de vouloir m’inviter au restaurant (ce que j’ai toujours refusé), de me dire qu’il « avait hâte » que je ne sois plus son élève. Dès que le cours s’est terminé, j’ai arrêté de lui répondre. Puis j’en ai parlé à une copine dans la classe, qui m’a dit qu’elle avait été approchée aussi. On s’est rendu compte qu’il avait tenté avec plusieurs filles, en leur proposant des verres par exemple, mais jamais de l’ampleur de ce que j’ai vécu.
J’avais peur d’en parler, et encore maintenant .En tant que femme qui a envie d’avoir une carrière professionnelle, tu te flingues en en parlant. Tu es dans cette position hyper hiérarchisée où tu es une très jeune femme qui a une correspondance avec son professeur, tu penses que si tu en parles les gens vont croire que c’est toi qui l’a aguiché, que tu as profité de cette relation pour avoir des avantages.
Il y a un prof de droit qui a dit en cours que « même pour un petit viol, c’est deux jours », sous-entendu de procès, d’audience.
Une fois, on m’a dit que « ce qui est cool à Sciences Po, c’est qu’il y a plein de belles filles, en plus vous êtes intelligentes, mais bon ça, c’est secondaire ».
Entendu : « De toute façon les homos tout le monde trouve ça bizarre, après c’est peut-être pas de leur faute s’ils ont cette anomalie, mais quand même si on commence à les autoriser à se marier ils vont finir par se croire tout permis ».
Venant d’un camarade de triplette qui montait les escaliers derrière moi, sans que je ne lui ai rien dit. Je me serais bien abstenue de recevoir ce commentaire.
A propos d’une colocataire sciencepiste devenue violente : « D’abord, des coups de serviette portés au visage pendant qu’on faisait la cuisine, « pour rire ». Des coups de torchons sur les fesses quand je passais à côté d’elle. Et puis un dimanche matin, elle a fait une crise d’hystérie à cause d’une discussion sur l’appartement, m’a porté un coup au visage, avec son poing fermé. Je lui ai signalé (…) que son comportement était choquant, sur ce elle répondit « je vais te faire saigner jusqu’à ce que tu comprennes », à deux reprises. Après cet événement, j’ai commencé à vraiment avoir peur d’elle, à ne jamais être dans la même pièce qu’elle, à placer un carton derrière ma porte la nuit (…). Voilà, c’est pas tant une histoire de sexisme. Mais c’est peut-être l’inverse de ce à quoi on peut s’attendre dans une histoire de sexisme femme-homme. Il ya beaucoup d’idées reçues, et je pense aussi, beaucoup d’hommes qui par fierté et pour d’autres raisons sociales passent sous silence des harcèlements dont ils sont victimes ».
J’étais fière parce que j’organisais ma première conférence en tant que présidente d’asso, et il y avait beaucoup d’intervenants autour d’une table ronde. Discutant avec des potes, un me dit : « C’est bon, on sait que tu es passée sous le bureau pour le ramener ». Ils ont tous acquiescé, et ont renchérit : « Tu peux nous le dire, tu l’as sucé pour le faire venir ». Ils trouvent ça super drôle, mais j’ai trouvé ça vraiment blessant, on remettait en cause le travail que j’avais accompli.
Dans la Chope Cup, il n’y a pas que la mocheté de la fille chopée qui fait perdre des points, mais aussi si la personne est considérée comme une fille facile. Après avoir chopé un mec de cette asso, on est venu me voir en me disant : « On t’a mentionnée pour l’AS, mais je crois pas que ça le fasse gagner beaucoup de points ».
Une fille qui fait partie de la promo a été filmée pendant qu’elle chopait un mec. Tout le monde l’insultait, soi-disant parce qu’elle était facile. Le mec, personne ne sait qui c’est.
Aux soirées de l’AS, où on te donne des tickets de chope, on t’incite à le faire, mais derrière on vient t’insulter si tu le fais. C’est comme au CRIT, le défi du grand Chelem (choper une personne par IEP). Un mec qui fait ça, c’est un ouf, une fille qui fait ça, c’est une traînée.
Après un concours d’une association d’art oratoire, le niveau n’était pas très élevé. Dans les délibérations, un des membres du jury a dit « on devrait prendre Eva, ça fera quelqu’un à choper dans le bus »
J’étais en pause clope avec des gens de mon cours de droit constit, donc en 2A, et on parlait des masters. Au détour de la conversation, je mentionne vouloir faire AP et on m’a répondu que « pour un master aussi sérieux, il faudra songer à changer de couleur de cheveux ». Je ne suis pas la plus féministe, mais bon ce moment m’avait choquée ainsi que ceux à qui je l’avais raconté.
1er jour à Sciences Po : « C’est pas parce que vous avez le physique, que vous n’êtes pas grosse, que c’est bien ».
Entendu : « Moi je pense que le féminisme, c’est que des nanas hystériques qui pensent que le sexisme c’est que quand (sic) c’est les mecs qui le font. Franchement, aujourd’hui, la société est parfaitement égalitaire, on a plus besoin de féminisme ! »
Entendu : « Un quart des femmes se font violer ? Faut arrêter avec ça, c’est du mytho, c’est les nanas qui exagèrent parce qu’elles adorent ça ».
Mots anonymes recueillis sur le campus de Dijon, au sein d’une boîte permettant de s’exprimer anonymement sur le sujet.
Nous tenons à souligner l’important travail de la Direction de Sciences Po concernant le harcèlement sexuel, tant dans le domaine préventif qu’a posteriori. Bien que ne pouvant totalement résoudre le problème, elle a mis en place des moyens limitatifs qui prouve son engagement en faveur de l’égalité des sexes et de la lutte contre le sexisme, via le respect de la Charte de l’égalité femmes-hommes et la sensibilisation des associations. Hélène Kloeckner, responsable de l’égalité femme-homme et coordinatrice de la cellule de veille sur le harcèlement sexuel nous disait le 5 mai dernier que les étudiants « prennent l’habitude, souvent en groupe, de nous signaler des cas précis et datés de propos sexistes dans les cours, qui vont souvent de pair avec des propos racistes et homophobes. Cela nous permet d’alerter l’administration qui reçoit les enseignants concernés, et d’expérience, ils arrêtent directement ».
Ainsi, si vous avez été victime ou témoin de harcèlement ou d’agression à teneur sexuelle, « il faut contacter la cellule de veille, en envoyant un mail à harcèlement.sexuel@sciencespo.fr, ou en en téléphonant au 01 45 49 54 00. On peut aussi me joindre directement, pour les personnes qui le préfèrent (helene.kloeckner@sciencespo.fr, 0145495986). On propose un entretien et on prend ensuite une décision ensemble sur la suite à donner au dossier».
Voir aussi: http://lapeniche.net/harcelementsexuel/
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Les étudiants sont souvent étonnés de l’existence de harcèlement sexuel à Sciences Po, et selon Hélène Kloeckner, responsable égalité femmes-hommes et coordinatrice de la Cellule de veille sur le harcèlement sexuel, la réaction est la même au sein du personnel administratif, comme si les bonnes manières et l’éducation protégeaient du harcèlement sexuel.
« La première chose à savoir est qu’il y a du harcèlement dans tous les milieux et toutes les catégories socio-professionnelles. Donc il y en a à Sciences Po, pas plus et pas moins qu’ailleurs. »
Le nombre de dossiers traités par an serait proche des statistiques globales sur les violences sexuelles en France. En 2014, 0,4% des femmes françaises ont subi des tentatives de viol ou des viols, de même qu’une femme sur cinq est victime de harcèlement sexuel au cours de sa carrière. Si l’on applique ces chiffres aux 18 000 personnes qui composent la communauté sciencespiste, « il y aura forcément plusieurs cas par an », souligne Hélène Kloeckner, d’autant que les victimes qui contactent la cellule de veille ne sont qu’une minorité parmi les personnes concernées.
« Cela ne veut pas dire qu’il y a beaucoup de violences sexuelles à Sciences Po, mais que c’est une école où le harcèlement existe, comme ailleurs. »
Les victimes qui contactent la Cellule de veille contre le harcèlement sont majoritairement des étudiantes, bien que quelques hommes et salariés aient déjà été reçus.
Le public concerné est ici aussi similaire à celui donné par les statistiques nationales. « Pour ce qui est des circonstances et des auteurs, chaque cas est complètement différent. Nous faisons plutôt la distinction entre les auteurs présumés internes à Sciences Po et externes », ajoute Madame Kloeckner.
En effet, au-delà de l’accompagnement de la victime, l’administration doit également, dans le premier cas, prendre une décision vis-à-vis de l’agresseur. Une étudiante déplore toutefois auprès de La Péniche le manque de soutien lorsque la menace est extérieure à Sciences Po. « Ça m’est arrivé. Je suis allée sur place, j’ai laissé mes coordonnées Mais personne ne m’a rappelée. »
« Nous veillons à répondre à chacune des demandes qui parviennent à la Cellule de veille. Si celle-ci nous était adressée directement, et nous a échappé, ce qui est en effet fort regrettable, nous nous en excusons et invitons cette personne à nous contacter de nouveau. »
En janvier 2015, Sciences Po a en effet mis en place une cellule de veille contre le harcèlement sexuel afin de recevoir et d’orienter les victimes ou les témoins, et de leur apporter un accompagnement psychologique, médical, et juridique. Le tout se fait en lien étroit avec le Pôle santé.
« Nous pouvons notamment accompagner dans leurs démarches auprès des autorités de police des étudiants étrangers qui ne parlent pas suffisamment le français, ou des personnes qui ne se sentent pas à l’aise pour entamer une procédure », souligne Hélène Kloeckner. Parfois, pour le bien-être des étudiants ou en prévention dans l’attente d’une enquête, Sciences Po prend des mesures pour séparer les étudiants dans les cours qu’ils peuvent avoir en commun, et faire ainsi en sorte qu’ils ne se croisent plus.
Enfin, l’école a la responsabilité de saisir le Procureur de la République si des faits particulièrement graves lui sont rapportés, et semblent suffisamment avérés. « La solution la plus efficace reste le dépôt de plainte par les victimes elles-mêmes, qui peut se faire avec le soutien de l’administration via la Cellule de veille », précise Madame Kloeckner.
Cette cellule a permis de formaliser le recours de la communauté de Sciences Po devant l’administration, et de centraliser les dossiers, dans le respect des procédures établies par la CNIL. « Aujourd’hui, nous sommes deux à avoir accès aux compte-rendus d’entretiens validés par les personnes et archivés : cela permet le cas échéant de faire des liens entre des cas qui paraîtraient n’avoir rien à voir, mais qui pourraient mettre en cause la même personne. »
Une réussite ? Pour Madame Kloeckner, « on ne peut malheureusement pas parler de réussite, tant que ces phénomènes existent, mais nous apportons une réponse à des sujets sensibles. Et nous avons reçu à peu près autant de dossiers en 2015 que dans les trois premiers mois de l’année 2016. Cela ne veut pas dire qu’il y a plus de cas, mais que le bouche à oreille fonctionne. »
La cellule agit aussi indirectement dans la lutte contre le sexisme, à laquelle les étudiants prennent part de plus en plus régulièrement. « Ils prennent l’habitude, souvent en groupe, de nous signaler des cas précis et datés de propos sexistes dans les cours, qui vont souvent de pair avec des propos racistes et homophobes. Cela nous permet d’alerter l’administration qui reçoit les enseignants concernés, et d’expérience, ils arrêtent directement. »
Sur les faits qui se sont déroulés lors des dernières soirées étudiantes, l’affaire « est traitée » par l’administration, nous n’en saurons pas plus pour des raisons juridiques et éthiques. Madame Kloeckner reconnaît que ce cas a malheureusement servi « d’électrochoc », et de nombreux projets de prévention sont réfléchis en coordination avec les associations étudiantes.
La cellule travaille notamment avec le BDE, l’AS et le BDA qui ont manifesté la volonté de traiter la question du consentement. « Il y a notamment un travail d’information à effectuer, en particulier auprès des étudiants qui n’auraient pas conscience que leurs actes relèvent de l’agression sexuelle, voire du viol. » Pour cela, la cellule souhaiterait étendre la présentation de première année aux campus et en début de master, et développer des séances d’information durant l’année universitaire.
Les syndicats l’UNEF et Solidaires s’intéressent également au sujet, ce dernier proposant de mettre en place des services de prévention aux soirées. Solidaires n’hésite d’ailleurs pas à parler d’une « culture du viol ». « On justifie des pratiques qui n’ont pas lieu d’être. Les excuses du type ‘elle était trop chaude ce soir’ sont complètement déplacées », insistent Morgan et Véra, militantes en première année.
« On ne devrait pas dire, pour un même comportement, d’un garçon qu’il est un Dom Juan et une fille une pute. Tout est question d’éducation. »
Un propos repris dans une moindre mesure par les membres de la cellule, qui soulignent la difficulté de mener une politique de prévention contre le harcèlement sexuel quand certaines associations développent une communication qui reproduit des stéréotypes et des images de femmes-objets. « Je pense également aux chants du CRIT, il y a deux ou trois passages qui sont quand même…sur lesquels il faudrait entamer une réflexion si on veut faire de la prévention efficacement », ajoute la responsable de la cellule.
Une lutte en amont contre le harcèlement qui nécessite donc une forte implication des associations, au vu de leur rayonnement à Sciences Po. C’est pour cette raison que la nouvelle Charte pour l’égalité hommes-femmes a été entièrement rédigée par les associations. Elle prévoit notamment une formation des responsables associatifs sur les questions du harcèlement sexuel et de l’égalité au cours du séminaire de début d’année, une requête sur laquelle ont particulièrement insisté les membres des associations. Cela permettrait notamment de rendre la Charte accessible à tous les étudiants.
La chape de plomb qui pèse sur le harcèlement sexuel et le viol à l’Université commence doucement à se soulever, tandis que les campagnes de lutte contre les violences sexuelles se multiplient dans l’ensemble de la société. On découvre alors que Sciences Po ne fait pas exception.
]]>« Il faut contacter la cellule de veille, en envoyant un mail à harcèlement.sexuel@sciencespo.fr, ou en en téléphonant au 01 45 49 54 00. On peut aussi me joindre directement, pour les personnes qui le préfèrent (helene.kloeckner@sciencespo.fr, 0145495986). On propose un entretien et on prend ensuite une décision ensemble sur la suite à donner au dossier. »