Grand O – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Thu, 07 May 2026 12:21:04 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Grand O – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Le Grand Oral : 5 choses à savoir sur Cédric Villani https://www.lapeniche.net/le-grand-oral-5-choses-a-savoir-sur-cedric-villani/ Tue, 26 Nov 2019 08:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=40245 Ce soir, le Grand Oral de Sciences Po TV, La Péniche et Sciences Polémiques reçoit Cédric Villani, député de l’Essonne et candidat à la mairie de Paris. Avant d’aller le voir, voici 5 choses à savoir sur notre invité.

1 – Un universitaire impliqué

Cédric Villani a grandi en Corrèze, où il a été scolarisé jusqu’au lycée. Il a obtenu un bac S à Toulon avant d’intégrer une prépa scientifique au lycée Louis-le-Grand. En 1992, il arrive quatrième du concours d’entrée à l’École Normale Supérieure. Reçu à l’agrégation de mathématiques deux ans plus tard, il enseigne à l’ENS de Lyon jusqu’en 2010, puis à l’université Claude Bernard Lyon 1. Il a également été directeur de l’Institut Henri-Poincaré jusqu’à son élection à l’Assemblée nationale en 2017.

2 – Un profil très international

En 1999, il est professeur invité à la Georgia Tech, université de recherche publique américaine, puis au Miller Institute de l’Université de Californie à Berkeley cinq ans plus tard. En 2009, c’est l’Institute for Advanced Study, l’un des plus prestigieux laboratoires de recherche au monde, situé à Princeton, qui l’invite à enseigner. L’année suivante, il devient lauréat de la médaille Fields, l’une des plus prestigieuses récompenses en mathématiques.

3 – L’entrée en politique

Il soutient Emmanuel Macron lors de l’élection présidentielle de 2017 et obtient l’investiture LREM dans la cinquième circonscription de l’Essonne, où il habite depuis 2009. Il est élu face à une candidate des Républicains avec près de 70% des voix. Dès le début de son mandat, le Premier ministre Édouard Philippe le charge d’une mission parlementaire sur l’intelligence artificielle. Six mois plus tard, le mathématicien présente son rapport intitulé : « Donner un sens à l’intelligence artificielle », pour lequel il se fait de plus en plus présent sur la scène médiatique.

4 – Le look

Lorsqu’il prend de l’ampleur sur la scène politique en 2017, c’est l’occasion pour le grand public de découvrir son image singulière. Lavallière autour du cou et broche en forme d’araignée sur la veste, Cédric Villani apparaît comme un personnage excentrique. En 2017, il explique qu’il a choisi ce style lorsqu’il était étudiant pour se distinguer de ses camarades. Bien qu’il refuse d’expliquer pourquoi il porte une broche araignée, il précise en posséder une soixantaine, achetées dans de nombreux pays.

5 – « Vivons Paris »

Lors des élections municipales de 2014, il soutenait Anne Hidalgo, président même son comité de soutien.

En juillet 2019, il échoue à obtenir l’investiture LREM pour les municipales parisiennes de 2020 face à Benjamin Griveaux. Le 4 septembre, il annonce sa candidature, dépourvu de soutien partisan. Il reste pour l’instant député et membre de LREM malgré les menaces d’exclusion après qu’il ait refusé de soutenir Benjamin Griveaux. Celui qui souhaite être « le premier maire véritablement écologiste de Paris » est crédité, selon un sondage Ipsos avant la déclaration de candidature de Rachida Dati, de 15% des intentions de vote, juste derrière le candidat officiel de LREM.

Mathématicien et professeur reconnu mondialement, Cédric Villani pourrait devenir le prochain maire de la capitale sans être soutenu par aucun parti. Il sera ce soir en Boutmy pour répondre à vos questions informées. Rendez-vous à 19h15 !

Dessin : Leila Tnitan

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4 raisons d’assister au Grand Oral de PPDA https://www.lapeniche.net/4-raisons-dassister-au-grand-oral-de-ppda/ Tue, 26 Mar 2019 09:00:46 +0000 http://lapeniche.net/?p=39272 Mardi soir se tiendra en Boutmy la 4e édition du grand Oral présenté par Sciences Po TV, La Péniche et Sciences Polémiques, pour l’année 2018-2019. Cette fois-ci, on peut dire que la mise en abyme sera de la partie : le grand journaliste Patrick Poivre d’Arvor viendra répondre aux questions de toute l’équipe, à travers les différentes chroniques préparées par les médias de Sciences Po.

Vous avez déjà réservé votre place, hésitez encore, ou avez un cours de géopolitique sur l’Asie du Pacifique Sud ? Quoi qu’il en soit, voici 4 raisons de tout lâcher, de prendre en main la télécommande de vos vies, et de venir assister à un JT made in Sciences Po.

PP comme Présentateur très Professionnel

Journaliste-TV depuis 1976, celui que les Français appellent affectueusement PPDA présente d’abord le 20h de France 2, avant de rejoindre TF1 en 1987, où il retrouve les téléspectateurs chaque soir pendant près de vingt ans. De l’annonce des attentats du 11/09 à New-York, à celle de la libération d’Ingrid Betancourt, en passant par des dizaines de reportages sur le terrain, Patrick Poivre d’Arvor a imposé sa patte dans le monde des médias, et apparaît aujourd’hui comme un journaliste de grande qualité. Son timbre de voix, sa posture calme et sérieuse, et sa proximité avec l’audimat ont fait de lui un journaliste remarqué et remarquable.

D comme Débordant de projets

Après son départ de la présentation du JT de TF1, PPDA n’a pas pour autant arrêté toute carrière journalistique, puisqu’il anime l’émission Vive les Livres ! sur CNews. Toujours journaliste donc, mais aussi écrivain, metteur en scène d’opéra … et comédien ! Il y a peu en effet, il s’initia au théâtre en jouant dans une pièce canadienne. On n’a donc pas fini d’entendre parler de cet homme du petit écran, qui nous a montré qu’il sait définitivement s’en dissocier sans problème, malgré son attachement sans faille à son métier originel.

A comme Attendu

Pour reprendre nos termes du début d’article, Patrick Poivre d’Arvor reste avant tout un journaliste du 20h. Il est de ces présentateurs que l’on qualifie de « stars », de ces hommes ou femmes qui incarnent, humanisent, donnent un visage aux actualités. Comme un repère, il s’annonça fidèlement aux Français qui, pendant deux décennies, purent compter sur lui pour que les nouvelles quotidiennes prennent une teneur facilement assimilable et éclairée. De la même manière, PPDA dira lui-même qu’il ressent un certain « rapport tissé entre les Français et lui », un lien tangible avec ses téléspectateurs.

Vous hésitez toujours à venir ? Impossible ! Détendez-vous, asseyez vous dans ce canapé d’un nouveau genre qu’est l’amphi, et laissez vous bercer par les intervenants de trois associations des Mots et de la Parole chères à l’école : Sciences Po TV, Sciences Polémiques et La Péniche, qui se feront un plaisir de se livrer devant vous aux exercices de la chronique et de l’interview, avant qu’un invité spécial, Samuel Etienne, ne vienne interroger PPDA sur le sujet de son choix.

Ainsi, parce que Patrick Poivre d’Arvor est un journaliste dont la notoriété s’est construite sur son engagement journalier aux Français, parce que son talent professionnel dans le milieu médiatique fut tant remarqué que Le Monde l’appela un jour le Président de la télévision, et pour tant d’autres raisons encore, venez écouter celui qui, pendant près de vingt ans, a été le conteur du monde, et, à sa manière, a fait goûter aux millions de téléspectateurs français une certaine dose d’actualités chaque soir, avec une saveur incomparable.

Etienne de Metz

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Conférence Jean-Michel Blanquer : un Grand Oral en rencontre un autre https://www.lapeniche.net/conference-jean-michel-blanquer-un-grand-oral-en-rencontre-un-autre/ Fri, 15 Feb 2019 09:00:13 +0000 http://lapeniche.net/?p=39142 Pas peu fier de voir son épreuve phare, le Grand Oral, au programme de la réforme du Bac 2021, Sciences Po accueillait mardi 5 février, via le groupe Économie Sociale et Solidaire des Alumnis, le ministre de l’Éducation et de la Jeunesse Jean-Michel Blanquer, pour une conférence autour du thème « L’Art Oratoire, effet de mode ou facteur d’égalité des chances », en compagnie de Bertrand Périer, Cyril Delhay et Agathe Chapalain, et modérée par Christine Morel, professeure à l’internat d’excellence de Sourdun.

Dès ses propos liminaires, le directeur de Sciences Po, Frédéric Mion, s’est empressé de rappeler l’importance qu’avait toujours accordé l’établissement à cette discipline ou cet art qu’est la rhétorique (ce débat de définition allait être un des enjeux majeurs de la soirée). Constatant le retour en force de l’oral dans l’éducation comme dans le monde professionnel, il a estimé que « l’oral doit occuper une place centrale dans l’éducation de la jeunesse, et peut-être plus particulièrement pour ceux des classes moins favorisées ». Là se trouve en effet le sujet qui fâche. Si dans une grande université la prise de parole est un exercice savoureux, cela n’est pas le cas partout, comme l’a souligné M. Mion en citant l’ouvrage de Bourdieu et Passeron, Les héritiers, qui érudie le poids des déterminants sociaux dans l’aisance orale. Alors que l’art oratoire s’apprête à devenir un élément majeur du bac, le rôle de l’école pour faire de l’art oratoire un facteur d’égalité des chances sera donc déterminant, et est loin d’être acquis.

Le choix des termes pour parler de cette épreuve est lui-même loin d’être évident. D’aucuns préfèrent l’expression « prise de parole ». C’est le cas d’Agathe Chapalain, éloquente étudiante et fondatrice de l’association ADAO (Association de Démocratisation de l’Art Oratoire), qui estime que ce mot permet de dédramatiser cet exercice souvent redouté par opposition au terme d’art, qui peut paraître plus impressionnant. Cette dernière défend en effet une vision plus bienveillante de l’oral, loin de celle promue par les associations de concours. Pour elle, la parole est d’abord « une magnifique opportunité », « qui peut être enseignée comme un plaisir », à condition qu’elle soit enseignée dans la bienveillance, en permettant aux étudiants de gagner confiance en eux.

Le débat s’est ensuite orienté sur les principaux enjeux de la réforme du bac. Pour Bertrand Périer, avocat et auteur de La Parole est un sport de combat, c’est l’occasion d’introduire enfin l’oral aux épreuves, car il juge que les épreuves du bac actuel ne sont « qu’une oralisation de l’écrit » « sans intérêt ». Lançant une pique aux associations de débat nombreuses dans l’auditoire, il condamne les associations de déclamation « qui se trompent sur toute la ligne ». Une demi-feuille de notes au maximum, et une grande part laissée à l’improvisation et au choix d’un sujet auquel on tient, c’est pour lui la recette d’un grand oral réussi. Le ministre abonde dans son sens. Il avoue tout de fois que rien n’est encore arrêté, que les textes sont encore en maturation, et qu’il continue à chercher l’inspiration, y compris ici à Sciences Po (frissons dans la salle).

Constatant que l’art oratoire restait un véritable témoin des inégalités, la question s’est ensuite posée de savoir si l’inclure au bac n’allait pas renforcer le caractère inégalitaire de l’Éducation Nationale. Bertrand Périer s’est alors lancé dans une très belle tirade, car notant que la parole était « un véritable marqueur social »  pour les examinateurs ou les recruteurs, il aboutit sur une formule choc : « Ça ne sert à rien de faire l’autruche, une inégalité ça ne s’ignore pas, ça se traite », sous les applaudissements de l’amphithéâtre Émile Boutmy, offrant par là un bel exemple des qualités d’orateur discutées ce soir. Cyril Delhay, conseiller en art oratoire, affirme lui aussi que « la parole permet de faire fructifier tous les types d’intelligence ». Pédagogue, le ministre explique : « préparer le baccalauréat doit permettre de préparer des choses qui permettront de réussir ensuite ». Loin de renforcer les inégalités, le fait que l’Éducation nationale se saisisse de ce sujet et ne l’abandonne plus aux associations et aux parents est donc une bonne chance.

Comme pour parachever cette démonstration, deux élèves de l’internat d’excellence de Sourdun, mis en place alors que Jean-Michel Blanquer était encore recteur, et qu’il avait lui-même qualifié « d’utopie collective concrète », ont pris la parole pour témoigner de ce que l’art oratoire leur avait apporté. En deux discours impressionnants de conviction, les deux jeunes filles ont expliqué comment cette discipline leur avait permis de « se transcender », comment elles avait pu l’utiliser comme une « arme contre l’autocensure », tout en constatant « le fossé qui s’était ouvert avec leurs camarades de Bobigny ».

Alors que le ministre s’éclipsait, la conférence s’est terminée sur les multiples questions de l’auditoire. À la question de savoir comment former les futurs formateurs, Cyril Delhay, conseiller en art oratoire, a témoigné de sa rencontre avec une enseignante qui regrettait de n’avoir découvert les clés de l’art oratoire que par une formation à la toute fin de sa carrière. La question d’un jeune homme sur la tenue vestimentaire conseillée a permis une mise en garde contre « le faux ami de la parole : être soi-même et authentique ». Tous les intervenants s’accordent à dire que la prise de parole est un exercice physique. Enfin, la soirée s’est conclue sur l’une des seules vraies controverses de la soirée, à savoir : la parole est-elle un sport de combat, comme l’affirme le titre du livre de M. Périer ? Tandis que Bertrand Périer défendait son livre en affirmant que la parole est fondamentalement un combat envers soi-même et un « rapt de la confiance » de l’autre, Cyril Delhay a tenu à nuancer cette vision en rappelant la nécessité de l’expression et du partage. Et de conclure, « aux déterminismes, il faut faire face avec détermination ».

Adam Galametz

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Le Grand Oral de Par Jupiter ! – Coup de foudre à Sciences Po https://www.lapeniche.net/le-grand-oral-de-par-jupiter-coup-de-foudre-a-sciences-po/ Fri, 16 Nov 2018 10:00:28 +0000 http://lapeniche.net/?p=38983 Ce soir n’est pas un soir comme les autres pour les élèves de Sciences Po : l’amphithéâtre Boutmy est plein. Ce soir, les salades de quinoa restent orphelines en vitrine de la cafet, les exemplaires de l’Humanité sont oubliés en Péniche, même le local de l’UNEF est devenu silencieux. Au milieu des élèves rassemblés, la tension est palpable, et les questions demeurent sans réponse : “Quel est l’avenir du service public?” ? “Guillaume Meurice est-il célibataire ?”

 Un homme s’avance sur l’estrade. Cravate bleu foncée et cheveux gominés, il ouvre le Grand Oral par son discours introductif. Soudain, un cri s’élève depuis les coulisses. On reconnaîtrait cette voix entre mille : c’est celle de Guillaume Meurice, qui manifeste son impatience. C’est ainsi que nos invités du jour entrent en scène, le triumvirat le plus adulé à Sciences Po depuis le combo Malette en cuir-Mocassins-Machiavel : Charline Vanhoenacker, Alex Vizorek, et Guillaume Meurice. Ovation d’un public enchanté : face aux “gosses de riches” comme à la radio, ces trois là sont sans concession. D’une constante bonne humeur et d’une inaltérable spontanéité, tous trois sont comme des enfants qui se coupent la parole et n’attendent pas qu’on leur demande leur avis pour sortir la meilleure vanne possible. Un peu trop même, si bien que les orateurs de Sciences Polémiques semblent se demander s’ils réussiront à garder le contrôle de leur présentation. Mais c’est aussi ça que sont venus voir les étudiants présents en nombre: de l’impertinence, et des personnalités qui se fichent des règles de la maison.

L’entrée des artistes
Crédits : Ulysse Bellier

Une émission d’emmerdeurs

 “Le djihadisme ça fait de belles émissions », “Les gens sont fous de Moscovici”, “La dictature au Brésil, c’est frais”… Alex Vizorek, Guillaume Meurice et Charline Vanhoenacker ne sont pas les invités auxquels le Grand O nous a habitués. On note avant tout de la part du public un soutien historiquement haut et un ego historiquement bas : les sciences-pistes se sont montrés tout frétillants à l’idée de faire les frais des fameuses punchlines des humoristes. Et effectivement, il semblerait que l’émission Par Jupiter ! ait été transposée en Boutmy, et que c’est le public qui ait joué le rôle d’invité d’honneur, en en prenant pour son grade.

Crédits : Ulysse Bellier

À invités spéciaux, procédures spéciales pour Sciences Polémiques : une fois n’est pas coutume, c’est un trio d’orateurs qui débute la joute. « C’est facile de taper sur les classes bourgeoises quand on est fils de cheminots, hein Guillaume ». Puis viennent les allusions au DUT en gestion des entreprises et des administrations de l’humoriste, où reproduisant l’exemple paternel il “prenait beaucoup de rails.” L’attaque suivante est pour Vizorek, à propos de son spectacle “Alex Vizorek est une oeuvre d’art”. Un nom étonnant “pour quelqu’un qui a un visage si peu symétrique !”. Charline Vanhoenacker quant à elle semble échapper à l’acharnement des orateurs. “Vous êtes l’étoile angulaire de la galaxie jupitérienne”. Mais Guillaume Meurice, fidèle à lui-même, s’empresse de remettre la balle au centre : « C’est beau, ça. Ça veut rien dire, on voit qu’on est à Sciences Po ».

Un trio d’orateurs pour en présenter un autre Crédits : Ulysse Bellier

Les chroniqueuses se succèdent : Capucine Delattre avec la revue de presse de La Péniche, Noure Fredj et Ysé Vennemani pour l’Interview Politique de Sciences Po TV, puis Manon de Cabarrus pour la chronique « Disruption ». Plus tard dans la soirée, c’est au tour de la triade de France Inter de jouer un sketch en reconstituant une rentrée solennelle par un mois de septembre 1998. « Sciences Po, c’est avant tout l’humain » grince Alex Vizorek avec la voix de Richards Descoings. Guillaume Meurice achève de faire rire la salle : « Vous êtes peut-être les futurs Présidents de la République, essayez de rester toujours aussi cons ».

On craignait pour les étudiants chargés de mener la soirée. Et pour cause, le trio infernal de France Inter ressemble plus aux cancres intenables du fond de la classe qu’aux ministres disciplinés, mais finalement, sur les ondes comme sur l’estrade, les attaques personnelles de l’équipe ne riment jamais avec agressivité ou vulgarité, et la soirée se déroule entre éclats de rire et boutades bienveillantes. 

Crédits : Ulysse Bellier

Il faut de tout pour faire un monde

Entre une demi-douzaine de punchlines, le trio se confie sur le quotidien du journalisme et leur usage de l’humour. Les deux Belges, à défaut de savoir expliquer leur système politique, observent la politique française qui leur paraît plus élitiste et plus sacralisée. A la question “C’est quoi la Belgian Touch?”, la Belge explique: « C’est la prise de recul. On a une grille de lecture différente« . Le sujet du traitement des événements dramatiques par les humoristes est rapidement évoqué lors de l’interview politique. “Si on était Brésiliens, on ne pourrait sûrement même plus faire ce qu’on fait là” note Alex Vizorek.

Un (bref) instant de sérieux 
Crédits : Ulysse Bellier

Les trois complices répondent aussi aux critiques et notamment à ceux qui les accusent de se prétendre subversifs.  Vizorek, lui, déclare “[ne faire] que ce qui [le] fait rigoler”. Meurice renchérit : “On a même créé un escape game de la Macronie« . Est-ce au détriment du message? Non, il ne s’agit pas de se prendre au sérieux. Charline Vanhoenacker a une vision un peu différente puisqu’elle choisit généralement son message avant de chercher à faire rire. De même, sur le financement du journalisme, la position du trio n’est pas uniforme. Vizorek se sent prêt à “accepter l’argent” tant qu’il garde sa liberté de parole, à la différence de Guillaume Meurice, qui refuse tout sponsor d’un groupe dont il ne partage pas les valeurs.

Le public est conquis, mais il s’agirait de ne pas rester trop sérieux trop longtemps. À la demande d’un étudiant, les voici qui se mettent donc à chanter l’Internationale en Boutmy, suivi par une partie de l’assemblée. Et Alex Vizorek de lancer : “Et donc pour les autres : ‘Maréchaaaal…« 

Un amphithéâtre rempli à craquer
Crédits : Ulysse Bellier

C’est dans un appel général à aller boire une bière que ce Grand Oral pas comme les autres s’est terminé. Si la mauvaise nouvelle de la soirée est que non, Guillaume Meurice n’est pas célibataire, la bonne reste qu’il est possible de devenir célèbre sans se prendre au sérieux, que le journalisme n’est pas qu’une affaire de grandes écoles et de beaux diplômes, et que même si tu n’es pas drôle, “être gênant ça fait partie du truc”. Entre les cours d’économie et de politique comparée donc, l’amphithéâtre Boutmy aura ainsi hébergé pendant deux heures un cours magistral sur l’humour, magistralement simple et beaucoup trop court.

Alice Bergoënd et Astrid-Edda Caux

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Le Grand Oral de Frédérique Vidal : Pour ou contre la sélection, Madame la Ministre ? https://www.lapeniche.net/le-grand-oral-de-frederique-vidal-pour-ou-contre-la-selection-madame-la-ministre/ Mon, 08 Oct 2018 09:00:32 +0000 http://lapeniche.net/?p=38806 Mardi soir, le Grand Oral faisait sa rentrée avec nulle autre que Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Tout sourire et « ravie d’être là », celle dont le ministère était au cœur des débats qui ont fortement marqué les douze derniers mois était pourtant attendue au tournant par des étudiant.e.s irrité.e.s et déçu.e.s de ses réformes.

Amoureuse de l’école, tant hier qu’aujourd’hui

C’est ainsi qu’Adrien Berquiez de Sciences Polémiques l’a présentée, mais elle se définit elle-même ainsi. D’ailleurs, elle se considère toujours comme professeure des universités : « Je l’ai été mais je le suis toujours en réalité, c’est quelque chose qui ne se perd pas ».

Si elle n’arrive pas à décrire le profil idéal pour le poste qu’elle occupe, c’est selon ses dires parce qu’elle connaît extrêmement bien ce milieu qu’elle peut en discuter pour faire avancer les choses. En effet, elle affirme avec aplomb que l’enseignement supérieur, partout dans le monde, prépare l’avenir et crée les connaissances qui font progresser la société : « L’innovation est une autre façon de transformer la connaissance que l’on a produite en quelque chose qui est bon pour la société. La connaissance en tant que telle n’est ni bonne ni mauvaise ; ce qu’on en fait au travers de l’innovation qui est un choix de société et de civilisation ».

A la rédactrice en chef de La Péniche, Capucine Delattre, elle répond qu’être leader, c’est « porter des convictions, être capable d’en débattre mais aussi de changer d’avis et de décider ». Le rouleau-compresseur, très peu pour elle ; elle préfère l’autorité du leader, qui « embarque les gens dans une fierté collective ».

Une ministre toujours à l’écart des partis et débats politiques

Il est vrai que sur ce point, la ministre ne fait pas figure d’exception dans le gouvernement d’Édouard Philippe, dont nombre de membres sont issus de la société civile. Ainsi, la partie de sa vie que Mme Vidal associe le plus étroitement à une expérience politique est sa présidence de l’université Nice-Sophia-Antipolis. Toutefois, elle insiste, cela ne l’empêche pas de réaffirmer la seule opinion politique qu’elle ait jamais exprimée publiquement : « J’ai une aversion sans nom pour le Rassemblement National, quel que fut son nom d’hier et quel que sera son nom de demain. ».

Interrogée par l’UNI, Frédérique Vidal tourne autour du pot mais ne dira finalement jamais ce qu’elle pense de la sélection à l’université : « On ne peut pas être pour ou contre la sélection quand on est ministre de l’Enseignement supérieur. Il y a des formations qui sont sélectives et d’autres qui ne le sont pas, et c’est très bien comme ça. ». Elle s’oppose cependant fortement à la sélection par l’échec, contre laquelle elle dit avoir lutté toute sa vie : « Je suis persuadée que chaque jeune a une chance dans l’enseignement supérieur. […] J’ai rencontré des centaines d’étudiants dans ma vie qui m’ont prouvé que lorsque l’on voulait, lorsqu’on était aidé, lorsqu’on donnait plus à ceux qui avaient besoin de plus, on réussissait. ».

« Sciences Po ouvert aux enfants d’ouvriers, Sciences Po fermé aux intérêts privés ! »

L’interview est interrompue au bout d’une heure par des étudiants en colère, scandant et chantant « La sélection, c’est dégueulasse ! » et brandissant des pancartes et draps ornés de slogans comme « Derrière la loi Vidal se cache le capital ». Les protestataires sont rapidement écarté.e.s par la sécurité, mais l’intervention a fait son effet : la ministre n’échappera à aucune question concernant Parcoursup, et l’intérêt du public redouble.

Interrogée sur la CVEC, la ministre précise son utilité à Clément Martin, président de Sciences Po TV : chaque établissement touchera 41€ afin de proposer des activités culturelles et sportives gratuites ; les 49€ restants iront aux CROUS. Selon elle, « personne n’est perdant ».

Lorsqu’il lui est demandé si un classement en fonction des moyennes générales qui se joue à un millième de point vaut mieux qu’un tirage au sort, alors même que ce dernier ne concernait pas tout le monde, elle répond très franchement que la plateforme APB avait, illégalement de surcroît, tiré au sort 65 000 étudiant.e.s, soit 10% du total : « Ce n’est pas beaucoup, mais même un, c’est un de trop. ».

La jeunesse, toute la jeunesse, rien que la jeunesse

Par sincérité plus que par obligation, Frédérique Vidal veut montrer que c’est toujours avec passion et patience qu’elle en parle et qu’elle lui parle. Cette fameuse jeunesse présente devant elle, celle qui construit l’avenir et l’Europe, c’est pourtant en partie la même que celle qui lui a causé bien des tourments cette année. Qu’à cela ne tienne, elle redessine le calendrier de ces derniers mois et n’hésite pas à questionner le timing et la légitimité des manifestations et protestations étudiantes contre la loi ORE, qui ont commencé le jour-anniversaire de mai 68, alors même que tous les débats la concernant avaient déjà eu lieu l’été précédent, selon elle.

Lors des questions des syndicats, l’UNEF n’a pas hésité à l’interpeller : « Le plus grand mouvement étudiant depuis le CPE n’est pas une histoire de dates, et il est grave que vous méprisiez si ostensiblement la jeunesse de votre pays. ».

Visiblement gênée et quelque peu attristée, la ministre ne tarde pas à présenter ses excuses pour la manière dont ses propos ont été perçus par son interlocutrice : « Former des étudiants, c’est la moitié de ma passion ; l’autre moitié, c’est la recherche. ».

Par la suite, elle ne manquera pas de réaffirmer son engagement pour l’accès à tous à l’enseignement supérieur, l’accompagnement personnalisé dont chaque étudiant.e a besoin : « Je ne sais pas comment c’est possible de dire à quelqu’un hors filière sélective : « Ta place n’est pas là. » ». Elle fait aussi part de son admiration et de sa conviction selon laquelle l’accès à Sciences Po offert à certains établissements via la procédure CEP « doit être un modèle pour tous ».

Idéaliste parmi les siens, elle trouve parfaitement sa place au gouvernement

L’ayant elle-même vécu, elle relate à quel point il est douloureux pour un.e professeur.e de voir son cours magistral se vider au fur et à mesure que l’année avance, mais aussi combien il peut être difficile pour des étudiant.e.s de les suivre pleinement : « J’ai trop vu d’étudiants me dire en sortant de l’amphi : « Madame, on n’a même pas compris tous les mots que vous avez prononcés… » ».

« Je suis probablement la plus idéaliste de ceux qui s’intéressent à ces sujets », dit-elle en souriant. Intimement convaincue que tout le monde, avec de la volonté et du travail, est capable de réussir, elle n’est cependant pas dupe : elle est consciente que les étudiant.e.s ne partent pas égaux.les et qu’il faut savoir les valoriser, et donc les connaître ; c’est là qu’elle place toute la philosophie du plan étudiant.

Elle a choisi de porter ce plan au sein de ce gouvernement, dans lequel elle affirme avoir trouvé sa place, puisque pour « pour une des premières fois, il est en train de faire ce qui a été annoncé et ce pour quoi nous avons été élus […] Quelque chose a été proposé, nous devons le mettre en application ». Quant à l’actualité de l’exécutif, elle regrette la décision du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, mais garantit que le président lui accorde toute sa confiance : « On dit que dans la vie d’un ministre, il y a deux jours dont on est certain : celui où on est nommé, et celui où on quitte le gouvernement. Et entre deux, tous les jours, des choses peuvent arriver… ».

C’est donc une ministre déterminée, calme et très scientifique par l’utilisation des chiffres à laquelle elle se raccroche beaucoup, qui est venue défendre sa loi en Boutmy. Très posée – trop au goût de certain.e.s – elle a préféré présenter son projet de son propre point de vue d’ancienne universitaire et expliquer pourquoi elle se sent légitime à en parler. Une approche plus humaine que politique donc, qu’elle a fortement soulignée tout au long des débats et dont elle espère user pour se distinguer des autres membres du gouvernement. Plutôt que donner son avis, elle tente d’esquiver les polémiques, les « pour ou contre » au sujet desquels la questionnait Manon de Cabarrus, que ce soit à propos de la sélection ou l’écriture inclusive : « Nous avons un vrai travail à faire sur la considération de l’être humain, avant de se demander si son genre va affecter son travail. ».

Astrid-Edda Caux et Rachel Dufrène

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