Génération.s – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Thu, 10 Mar 2022 10:44:24 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Génération.s – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Conférence Génération.s : vers une média-bolisation de la presse ? https://www.lapeniche.net/conference-generation-s-vers-une-media-bolisation-de-la-presse/ Wed, 28 Nov 2018 10:00:22 +0000 http://lapeniche.net/?p=39028 Informer, enquêter, analyser, interroger ou bien encore jouer un rôle de contre-pouvoir : la place des médias est centrale dans nos sociétés démocratiques. Pourtant, ils font aujourd’hui face à une véritable crise dont Julia Cagé, économiste spécialiste des médias et professeure à Sciences Po, Luc Bronner, directeur des rédactions du Monde, et Thomas Huchon, journaliste à Spicee et spécialiste des théories conspirationnistes et des fake news, sont venus discuter jeudi 22 novembre lors de la conférence « Médias et Démocratie » organisée par le comité Génération.s de Sciences Po.L’erreur de la gratuité

Alors que l’indépendance des médias est souvent remise en question, Julia Cagé et Luc Bronner considèrent que l’explication est à chercher dans la gratuité de l’information. L’économiste rappelle en effet que « l’information est un bien public, ce qui suppose que tout le monde doit y avoir accès », donc qu’elle doit être gratuite. Toutefois, elle ajoute que « l’information coûte cher à produire ». Face à cette tension, les médias n’ont vu d’autre solution que d’être financés par des annonceurs et de riches actionnaires. Or, l’entrée de ces milliardaires dans la presse joue sur l’indépendance journalistique. Julia Cagé ne manque d’ailleurs pas de rappeler la censure d’un documentaire sur des manifestations contre le président togolais en décembre 2017 par Vincent Bolloré, à la tête du groupe Canal+. Elle ajoute également que le rachat d’une partie des parts de Matthieu Pigasse par Daniel Kretinsky au Monde permettra au milliardaire tchèque de lui ouvrir des portes en France.

Toutefois, Luc Bronner a tenu à nuancer ce discours. Depuis que Le Monde a vu arriver Pierre Bergé, Xavier Niel et Pierre Pigasse en 2010, il affirme ne jamais avoir subi de pressions de leur part. En outre, le rachat des parts de M. Pigasse par D. Kretinsky n’a pas empêché la rédaction de mener une enquête sur le parcours économique et financier de ce dernier et de révéler l’acquisition d’une propriété de 23 millions d’euros à Londres en 2015 via un paradis fiscal basé à Jersey. Le directeur des rédactions du Monde explique aussi que de nouveaux droits ont été obtenus au journal, à savoir « une forme de droit de véto » pour les décisions impliquant un profond changement du capital.

Pour les trois invités, la solution au problème réside dans une information payante, où la présence de milliardaires ne serait plus nécessaire, à l’image de Mediapart. Julia Cagé évoque également le cas du Guardian qui propose une information gratuite à tous mais qui demande à ceux qui en ont les moyens de faire des dons pour financer le journal. A noter que l’économiste milite pour un système de financement total des médias par les dons de citoyens, auquel Luc Bronner reste sceptique s’il devait être appliqué au Monde, en raison de la taille du journal.

Une défiance double

Donald Trump, Jair Bolsonaro, Jean-Luc Mélenchon, ou encore François Fillon, sont tous, pour Julia Cagé, représentatifs, à différents degrés, de la violence verbale exercée par les politiciens à l’encontre des médias. En référence à la gestuelle qu’il adopte lorsqu’il blâme les journalistes, elle considère que dans le cas du Président américain, cette violence est presque physique. Cette problématique interroge selon elle le comportement que devraient adopter les journalistes face à ce mépris permanent. Si Luc Bronner estime qu’un mouvement journaliste collectif aurait pu être mené lors de la revue de presse durant laquelle Donald Trump a été particulièrement virulent à l’encontre d’un journaliste de CNN le 7 novembre dernier, Thomas Huchon se demande si un boycott ne laisserait pas le champ libre aux fake news. Néanmoins, le directeur des rédactions du Monde temporise sur cette relation tendue entre médias et politiques et déclare qu’« aux Etats-Unis, Donald Trump marque une forme de réveil des grands médias américains qui font leur travail, réalisent des enquêtes judiciaires et trouvent un public prêt à payer pour l’information ». En outre, il affirme qu’une relation rugueuse avec le pouvoir « est une très bonne nouvelle » puisqu’elle est synonyme de contre-pouvoir effectif.

Au-delà de la défiance des politiques à l’égard des médias, les invités ont tenu à rappeler la perte du lien entre médias et public ainsi que la violence des citoyens envers les journalistes. De sa propre expérience, Thomas Huchon raconte qu’auparavant, les manifestants étaient beaucoup plus calmes envers les journalistes. Désormais, et le mouvement des gilets jaunes en est illustratif, ils sont davantage agressifs. Ce spécialiste des fake news explique ce phénomène par un décalage entre les citoyens et les journalistes, mais également « par le résultat d’un mauvais journalisme, d’un mauvais traitement de l’information qui ne fait pas appel à l’intelligence et qui ne donne pas les moyens de se faire sa propre opinion sur les questions ». Thomas Huchon pointe du doigt la rapidité dans laquelle se fait l’information, sans même parfois être vérifiée, notamment sur les chaînes d’information en continu. Pour répondre à ce problème, il s’agit selon les invités de reprendre le temps de faire une information et de la rendre payante pour qu’elle soit de qualité.

A nouveau dans un rôle temporisateur, Luc Bronner a souhaité souligner que le lien avec le public n’était pas totalement perdu puisqu’à titre d’exemple, le Monde atteignait désormais plus de 250 000 abonnés, un record dans l’Histoire du journal. De plus, le grand quotidien a su attirer les plus jeunes grâce au lancement des Décodeurs et aux stories Snapchat.

Faire face aux fake news

Le phénomène des fake news n’est pas récent mais les outils numériques actuels lui donnent davantage d’importance et d’audience. Luc Bronner déclare d’ailleurs que « la manipulation démocratique est aussi vieille que la démocratie elle-même, mais ce qui a changé ce sont les outils, notamment liés à Internet et à la circulation de l’information via les réseaux sociaux ». Si Julia Cagé affirme qu’il est très difficile de vérifier à quel point les fake news impactent une campagne électorale, il est très certain qu’elles en modifient le bon déroulement démocratique.

Face à ce risque, le Parlement français a adopté la loi relative à la lutte contre la manipulation de l’information, dite « fake news », le 20 novembre dernier. Ce texte permettra désormais aux candidats, partis ou associations de citoyens de saisir le juge des référés, dans les trois mois précédant une élection nationale, qui décidera, dans un délai de 48 heures, de faire retirer ou non une fausse nouvelle circulant sur les réseaux sociaux. Les invités de la conférence sont cependant partagés sur cette disposition. Luc Bronner considère qu’il s’agit d’un « effet d’affichage, une façon pour le gouvernement de dire qu’il agit ». De plus, Julia Cagé et Thomas Huchon remettent en cause le caractère réalisable d’une telle disposition : comment un juge pourrait-il décider en 48 heures de la suppression d’une information alors même que des chercheurs et experts rencontrent de grandes difficultés à reconnaître une fake news ? Toutefois, le réalisateur de Trumping Democracy tient à rappeler que « même si cette loi n’est pas parfaite, elle n’est pas liberticide et a le mérite d’exister ». Outre l’action juridique, les invités considèrent que la lutte contre les fake news doit passer par l’éducation aux médias afin de développer un esprit critique de l’information des citoyens et futurs citoyens. A ce propos, Thomas Huchon est d’ores et déjà intervenu dans une centaine de collèges et lycées pour sensibiliser à la question et souhaite que cette initiative se généralise.

Lucie Dupressoir

]]>
Tour d’horizon de la rentrée politique de Sciences Po https://www.lapeniche.net/tour-dhorizon-de-la-rentree-politique/ Fri, 07 Sep 2018 09:00:37 +0000 http://lapeniche.net/?p=38639 Cet article s’adresse particulièrement aux 1A curieux de découvrir la vie politique sciencepiste, l’occasion de dessiner un rapide bilan du ressenti de l’année écoulée et des ambitions envisagées pour la rentrée.

Bien des étudiants de Sciences Po ont ressenti un dégonflement de la vie politique pour l’année qui se clôt, comme en attestent deux récents articles, le premier de la Péniche (http://lapeniche.net/lengagement-politique-des-jeunes-a-sciences-po/), le second des Echos (https://start.lesechos.fr/continuer-etudes/vie-etudiante/sciences-po-paris-la-vie-politique-a-beaucoup-decline-12280.php).
L’engagement politique bat de l’aile pour beaucoup de militants et l’école n’échappe pas à la restructuration de la période post-élections. Mais d’autres facteurs entrent aussi en compte : ce qui est parfois considéré comme un dispersement politique avec les campus de région, la part des étudiants internationaux, et dorénavant la mise en place d’un parcours civique qui avantage l’engagement public face à l’action partisane, tout cela concourt à ce sentiment de déclin. Certains y voient un militantisme plus « pragmatique », dédié à une cause par laquelle on se sent touché, plutôt qu’un militantisme professionnel. Et si les cafés politiques attirent plus de curieux – intellectuels ou militants – que le traditionnel tractage, quelles sont alors les actions de la rentrée ?

Le bilan d’une année creuse ?

Quel ressenti vis-à-vis de l’année pour les associations partisanes ? Certaines se revendiquent très actives dans leurs interventions. Alexandre Freu, Président des Républicains Sciences Po, énumère le bilan de sa formation : « un Campus d’Hiver avec un maximum de représentants des campus délocalisés, un déplacement à l’étranger [à Bruxelles], un partenariat avec les conservatives de UCL à Londres, une soirée de section, une moyenne d’un événement toutes les deux semaines… ».
De son côté, plus d’un an avant les échéances européennes, l’organisme transpartisan des Jeunes Européens Sciences Po a non seulement organisé un voyage dans la capitale européenne et fait vivre son partenariat avec la section londonienne, mais s’est aussi consacré au programme de sensibilisation « l’Europe Par les Jeunes ».
Son association « concurrente » Critique de la Raison Européenne a pour sa part convaincu Marcel Gauchet, Emmanuel Todd, Hélène Carrère d’Encausse – entre autres intellectuels et politiques – d’exposer leurs idées aux étudiants. De plus, « Nous avons considérablement développé nos liens avec certains médias proches de notre ligne [tels] Le Figaro.Vox, Marianne, Polony.tv. » se réjouit Joachim Imad de la CRE.
En ce qui concerne la section FI de Sciences Po, aux conférences de députés insoumis (Eric Coquerel, Danièle Obono) se sont ajoutés de nombreux moments militants, entre départs de manifestations et Assemblées Générales.
LREM a naturellement plutôt orienté son projet dans l’explication de la politique gouvernementale : « Créée en septembre 2016, deux mois avant la déclaration de candidature d’Emmanuel Macron, l’association s’est très vite engagée dans une campagne électorale particulièrement intense. À l’issue, notre association, comme l’ensemble du mouvement d’ailleurs, a vécu une transition, qui n’est jamais simple effectivement », déclare un membre de la section sciencepiste.

Pour d’autres associations partisanes, l’année post-électorale n’a naturellement pas été trépidante. Si les partis de Sciences Po ne sont pas un miroir de la vie politique nationale, il est bien clair qu’ils n’ont pas échappé aux restructurations. Le PS s’est montré notoirement silencieux : « après une défaite subite, beaucoup d’étudiants ont été démobilisés avec la reconfiguration des offres politiques. Puis avec l’émergence de Générations, il y a une offre beaucoup plus concurrentielle à gauche » reconnaît Joseph Thomas, le secrétaire général de la section PS.

Des émissions politiques au programme…

Avec les quelques dates politiques de l’année, les médias sciencepistes ont déjà prévu leur coup. Sciences Po TV annonce la reconduction de son partenariat avec l’Emission Politique sur France 2, tandis que le journal interuniversitaire La Gazelle poursuit son cycle de conférences du Séminaire et dévoilera prochainement ses invités. De même, Radio Germaine a prévu une programmation politique ambitieuse. L’année dernière, Jean-Christophe Cambadélis, Nicolas Dupont-Aignan et Thierry Solère sont passés dans le studio de la radio. « « Ondes politiques » est reconduite pour la troisième année consécutive. Cette année, c’est Louis Dutheuil, qui connaît bien la maison puisqu’il était déjà sur Radio Germaine à l’émission politique lors de la saison 2015/2016, qui animera l’émission et qui sera chef du service politique, avec autour de lui, une équipe de cinq à dix personnes. » explique Maxime Martinez, le directeur de rédaction. « Nous pourrons compter notamment sur plusieurs étudiants en journalisme, qui nous permettront d’avoir un œil plus pointu sur la politique ».  Les étudiants désireux pourront écouter la diffusion les vendredis à 19 heures.

… et des indices d’événements prévus par les associations

Du côté des associations partisanes, les projets se mettent en place pour les élections européennes. Valérie Pécresse, la marraine des LR, interviendra lors de l’assemblée générale de rentrée mi-septembre, puis un café politique avec des députés suivra. Quelques initiatives se mettent en place : « peut-être plus que lors des autres années, plusieurs intellectuels seront invités » promet Alexandre Freu, qui souhaite aussi développer la formation des militants.
Des députés aussi pour LREM, qui souhaite avant tout organiser des conférences techniques pour expliquer les projets de loi.

A l’opposé, grande rupture souhaitée par les socialistes. Pour Joseph Thomas, « le but cette année, c’est de tourner la page. On a réussi à tisser un fond militant assez important cet été qui va permettre de proposer aux étudiants de Sciences Po des événements divers et variés ». Avant d’inviter des personnalités, les socialistes veulent « changer le logiciel de la section, en faire une section beaucoup plus productive, produire des contenus, réfléchir, avoir des débats sur un certain nombre de sujets. On ne veut pas forcément d’une section qui invite des gens pour réfléchir à sa place, on a envie qu’une réflexion parte des étudiants parce qu’on estime qu’à Sciences Po, il y a un un vivier d’idées ». Programme, donc : une Assemblée générale de rentrée, une séquence de réflexion sur l’identité sociale-démocrate, et , surtout au second semestre, des conférences sur les politiques publiques européennes méconnues ou marginalisées (précisions à venir au courant de l’année).
Chez Génération.s, des conférences, comme celles avec Benoît Hamon et Cohn-Bendit l’année-dernière, et des débats sur l’UE sont prévus : « On a pas mal d’idées, que ce soit sur les sujets, les intervenants. Il y a la matière, que ce soit dans l’actualité : l’affaire de l’Aquarius, l’affaire Benalla… ou dans nos « thèmes » de prédilection, comme l’Europe » commente Paul Surel.
L’Union des Etudiants Communistes est par ailleurs « impatient[e] de renouveler la Semaine de La Pensée Marxiste ». Et de promettre de tout faire pour que les  sciencepistes soient présents dans les mobilisations à venir.
Sur le débat européen, la Critique de la Raison Européenne annonce un emploi du temps chargé. Pour la rentrée, on peut s’attendre à une conférence cruciale pour l’association, dont le contenu demeure une surprise jusqu’à présent. Plus tard en avril, ce sera un grand débat entre partis souverainistes (FI, DLF, UPR, LP, RN). « Il faut aller plus loin, continuer à nous construire intellectuellement et surtout à être cohérents dans notre démarche. […] Il est de plus en plus facile de s’assumer comme souverainiste, détracteur du libéralisme, voire conservateur à Sciences Po, et je crois que cela est essentiel. La pensée que beaucoup ont longtemps qualifiée d’unique ne l’est plus vraiment », estime Joachim Imad.
Ce à quoi répondent les JE par une autre table ronde prévue avec des représentants de partis politiques. Des éditions spéciales pour le journal le « Taurillon en Seine », et le lancement de « Taurillon Radio » sont aussi à l’agenda.

Les 1A sauront-ils où donner de la tête ? Par Albane Miressou-Got

Les projets communs entre partis sont-ils envisagés ? Oui, tous s’accordent à le dire. Génération.s en a déjà fait l’expérience avec sa conférence en partenariat avec LREM l’année dernière. De même, la section PS imagine une coopération, notamment des discussions sur la présentation du budget par le gouvernement. Pour les Républicains, « à ce stade de l’année, des contacts personnels ont déjà été pris, et les élections européennes auront vocation à être au cœur des débats cette année, y compris entre les différentes associations politiques de l’Ecole ».
Maria Popczyk des JE confie : « on compte créer de nombreux partenariats pour ouvrir la thématique européenne à un public le plus large possible, que ce soit avec des associations (Sciences Po Environnement, Association des Polonais de Sciences Po…) ou des sections de partis ».

Des mesures sur le long-terme pour s’adapter aux chamboulements

Un bon recrutement chez les 1A  est attendu. La plupart des associations partisanes se déclarent d’ailleurs optimistes malgré le prochain déménagement du campus. Pour rappel, l’acte II du Collège U déplacera le programme général de Paris à Reims, un changement qui concerne les deux premières années excepté, bien sûr, les bicursus. Les étudiants en 1A et 2A s’occupant souvent d’une grande part du travail associatif concret, les militants ont peur d’une forte baisse de la vie politique sur le campus de Paris.

Pourtant, Paul Surel (Génération.s) ne croit pas à une dépolitisation. « Les Master ne sont pas absents des associations militantes. Ils ont cependant une autre façon de faire vivre la vie politique : […] plutôt des événements comme des conférences, ou du style think-tank ; quoique quand on regarde ceux qui étaient le plus engagés lors de l’occupation des bâtiments de Sciences Po, on remarquera que beaucoup d’entres eux étaient en Master, et c’était les plus motivés, les plus investis ».
Le même avis est partagé par le PS, qui rappelle que la création du Collège U est finalement récente dans l’histoire de Sciences Po.
Les LR ont quant à eux anticipé les changements : « Un membre du bureau [est] spécialement dédié à ces questions, comme l’année dernière. Sur les campus délocalisés, un rapprochement des antennes de campus avec des élus locaux et régionaux est déjà en cours, notamment à Dijon et Menton ». Même voie pour LREM, qui a créé le poste de vice-président en charge des campus, et veut attirer les masters : « si les étudiants en Master sont moins investis dans les associations politiques, c’est aussi parce qu’elles ne leur offrent pas suffisamment de raisons de le faire. Cette année, nous ambitionnons de nous adresser plus particulièrement à eux en développant des conférences plus techniques qui pourraient faire écho à leurs spécialisations, avec des invités pas forcément politiques qui pourraient les aider dans leur projet professionnel futur ! ».

Voilà pour un dessin de la rentrée politique : élections européennes, mid-terms américains… restez alertes cette année !

N.B : Les partis et les associations politiques évoqués ne constituent pas une liste exhaustive, de même que les événements prévus. Il s’agit plutôt d’un petit panorama de la rentrée 2018 avec une attention accordée aux élections européennes.

Aude Dejaifve

]]>
Benoît Hamon à Sciences Po : un passage remarqué https://www.lapeniche.net/benoit-hamon-a-sciences-po-un-passage-remarque/ Fri, 23 Feb 2018 16:00:35 +0000 http://lapeniche.net/?p=38099 « L’utopie ne signifie pas l’irréalisable, mais l’irréalisé ».

C’est sur ces mots de Théodore Monod que s’est ouverte la conférence de Benoît Hamon à Sciences Po, ce mercredi 21 janvier au soir, dans un amphithéâtre Boutmy bien rempli. Le ton était donné : l’ancien candidat à la présidentielle était venu présenter sa promesse ambitieuse d’un nouveau modèle social, à l’occasion du lancement du mouvement Génération.s à Sciences Po. Trois axes au programme de ces deux heures : l’analyse de l’avenir du contrat social en France tel que M. Hamon l’envisage, mais aussi un commentaire de l’action du gouvernement Philippe et de la pente que celui-ci semble emprunter à travers ses réformes actuelles et à venir, avant une série de questions du public.

« Les choix politiques essentiels n’ont toujours pas été faits, et les décisions qui comptent seront prises par votre génération. »

Après une ouverture sous forme de boutade à Laurent Wauquiez et à ses récents déboires, Benoît Hamon s’est lancé dans une brève analyse de l’époque charnière que nous vivons, et a voulu démentir la croyance selon laquelle toutes les révolutions ont été accomplies et selon laquelle les nouvelles générations ne peuvent plus rien accomplir pour changer l’ordre des choses. Au contraire, selon lui, « les choix politiques essentiels n’ont toujours pas été faits, et les décisions qui comptent seront prises par votre génération », ce qui est pour lui « source de confiance et d’engagement politique ».

Crédits photo : Louise Benoit-Gonin

Un position tranchée quant à la loi de 1905

Pendant ses 45 minutes de discours, l’ancien candidat a tout d’abord déploré l’état actuel des débats sur l’Etat social. Il regrette dans l’ensemble un système qui ne conviendrait à personne, et qui reposerait sur des logiques inégalitaires où chacun pense à son intérêt et où les débats s’enveniment par manque d’écoute et de prise en compte globale des enjeux. « A force de réserver des droits pour les pauvres, on n’a que de pauvres droits. Si les droits ne sont plus universels, on constate un effondrement du consentement des classes les plus riches », a-t-il déclaré.

« C’est une loi de liberté, la liberté de croire ou de ne pas croire. » Benoit Hamon, au sujet de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État

L’invité du soir a ensuite abordé la question « sulfureuse » de la laïcité et s’est attaché à redéfinir ce principe fondateur de la République trop souvent « tordu dans tous les sens », en prenant l’exemple récent de l’affaire Mennel. Selon lui, il est nécessaire de mettre fin aux dialogues de sourds et de prendre la laïcité pour ce qu’elle est, « une loi de liberté, la liberté de croire ou de ne pas croire », et la seule à laquelle « il ne faut toucher à aucun prix ».

L’amphithéâtre Boutmy plein pour la conférence. Crédits photo : Louise Benoit-Gonin

Ensuite, c’est le système scolaire français qui a été décortiqué, un modèle « indéfendable » et « le plus inégalitaire d’Europe » selon Benoît Hamon. Celui-ci a insisté sur la nécessité de repenser le parcours scolaire pour que l’origine sociale des élèves ne soit plus le seul déterminant de leur avenir, et sur l’urgence et de mettre fin aux logiques élitistes, pour que l’on cesse de vivre « avec l’idée qu’un excellent maçon n’arrivera jamais à la ceinture d’un excellent philosophe ».

Les dérives de la « start-up nation »

Enfin, le leader de Génération.s a eu quelques mots à propos de la politique de notre gouvernement actuel, dénonçant le modèle en vogue de la « start-up nation », qui crée un climat de tension et de peur et où ceux qui n’acceptent pas ces nouvelles formes de « servitudes volontaires » apparaissent comme des privilégiés.  « Quelle défaite culturelle ! On conquiert des droits qui deviennent des privilèges », s’est-il ainsi exclamé.

« Laisserez-vous d’autres décider à votre place, ou en aurez-vous assez ? Prenez le pouvoir. »

Dans une conclusion passionnée, M. Hamon a enjoint son public à faire valoir ses convictions, et a témoigné sa certitude qu’un changement social inédit restait à venir. « Les formes que prendra cette contestation, personne d’entre nous ne peut dire le visage qu’elles auront, la portée qu’elles auront. […] Laisserez-vous d’autres décider à votre place, ou en aurez-vous assez ? Prenez le pouvoir. » a-t-il lancé, avant de répondre à quelques questions sur des sujets comme le projet de loi sur l’immigration, les élections européennes à venir ou encore sa proposition emblématique d’instaurer un revenu universel, dans un échange au cours duquel il a témoigné son indignation par rapport au premier sujet, son espoir à propos du second ou encore son bilan en ce qui concerne le dernier.

Benoît Hamon en Péniche après la conférence. Crédits photo : Pierre-Alexandre Bigel

De la conférence ressortent donc des prises de position assumées, un certain réalisme quant à la défaite électorale subie par l’ancien candidat il y a quelques mois, mais aussi un message d’espoir dont on ne peut désormais qu’attendre les retombées avec la première échéance des européennes de 2019.

]]>