La fête de l’Huma revient pour sa 88ème édition ! L’événement qui se décrit lui-même comme « culturel, politique et populaire » se tenait cette année sur la base 217, entre les communes de Brétigny-sur-Orge et du Plessis-Pâté dans le département de l’Essonne (91). Perçu comme un grand rassemblement de la gauche, la fête du quotidien éponyme ne s’illustre pourtant pas – du moins cette année – par l’union de toutes les composantes de la famille politique. « À la fête de l’Huma, la gauche met en scène ses divisions » titre Le Monde en évoquant notamment un rassemblement portant sur la reconquête des classes populaires où Jean-Luc Mélenchon fait huer son « rival communiste » Fabien Roussel.
Toutefois, la fête de l’Huma parvient toujours à attirer des partisans de tout le spectre de cette gauche plurielle. Parmi eux, les sciencespistes sont bien évidemment au rendez-vous ! Eux-mêmes se scindent en deux catégories. Nous avons d’abord ceux qui se félicitent du rapport qualité/prix du billet pour le quadruple ou quintuple concert qu’ils se sont dégotés. Il faut les comprendre : Disiz, Angèle, Djadja & Dinaz, Bigflo et Oli…tout ça pour 50 euros ! D’un autre côté, il y a les militants aguerris venus quant à eux écouter la grande messe de leurs mouvements politiques ou tout simplement des experts à l’occasion de débats enflammés. Au sein de ce groupe, nous nous intéressons à la petite partie de vaillants sans qui cette liesse n’aurait pas pu voir le jour : les bâtisseurs et les bâtisseuses.
La fête de l’Humanité a accueilli cette année quatre-cent-trente-mille personnes selon Thibaud Veiss, directeur général de l’événement. On parle d’une véritable ville éphémère avec toute la logistique qui s’en accompagne. Celle-ci n’aurait pu voir le jour sans le concours de tous les bénévoles qui affluèrent bien avant nous autres, simple public. Mais concrètement un bâtisseur, c’est quoi ?
Vous l’avez sûrement aperçu en Péniche, se dressant fièrement derrière la bannière du PCF. Plusieurs jours avant la fête de l’Humanité, Ulysse écoulait déjà des places à tarif militant, vendues à 40 euros au lieu 55. L’étudiant en deuxième année nous explique que du fait de son adhésion au Mouvement des jeunes communistes de France (MJCF), il dispose de bons de soutiens : « On les vend dans des espaces dédiés. Il y a une volonté propre à ce festival de rendre la culture plus accessible. Sciences Po étant un espace étudiant, il est pertinent d’y vendre ces places ». C’est ainsi qu’Ulysse se mobilise en amont des festivités.
Toutefois, l’essentiel du travail de bâtisseur réside en la préparation du site et à l’installation des stands la veille de la fête de l’Humanité. Dans les faits, il s’agit de travaux logistiques et de manutentions. Ulysse et Alix Zimmermann nous renseignent sur les opportunités qu’offre cette arrivée anticipée. Tous deux parlent surtout des échanges entre militants. Ceux-ci sont « internationaux, interculturels et intergénérationnels » selon Alix, adhérente au Nouveau Parti Anticapitaliste. Étant sympathisants des mouvements représentés, les bâtisseurs et bâtisseuses viennent des quatre coins de la France. Nos deux sciencespistes évoquent aussi un cadre plus propice aux rencontres entre les militants. « Pendant la fête, on est trop dans le rush pour cela » explique Alix.
Par ailleurs, la fête de l’Humanité ne se limite pas au militantisme français puisqu’elle attire aussi des mouvements étrangers proches des valeurs défendues par le quotidien et entretenant des liens historiques avec la gauche française. Un espace leur est dédié, le « village du monde » précise Ulysse. « Je suis devenu pote avec des irlandais, des haïtiens et des libanais » ajoute-il.
Concrètement, les missions des bâtisseurs restent raisonnables de telle sorte à ce qu’ils puissent profiter du festival. Ulysse et Alix s’occupent tous deux de la sécurité de leur stand respectif. Les dispositifs autour de cet aspect sont beaucoup plus importants qu’il n’y paraît selon la militante au NPA : « L’année dernière, j’étais allée à la fête de l’Huma en tant que simple bénéficiaire. Je n’avais pas idée de toute l’attention portée à la sécurité ». Ses missions ne s’arrêtent pas là puisqu’elle a eu l’opportunité d’organiser un débat avec une représentante des Soulèvements de la Terre. Les rôles qu’occupent les bâtisseurs et les bâtisseuses sont donc divers, et la possibilité d’en définir les contours leur est laissée.
Ulysse résume son expérience de bâtisseur à la fête de l’Humanité de la sorte : « Ça a été une perspective de découverte et de cohésion pour moi. C’est vraiment une expérience de vie pour moi dans la mesure où je me suis senti participer à quelque chose d’immense ». De quoi donner envie d’en être pour l’an prochain non ?
Crédits images : Alix Zimmermann
]]>“Avant d’écrire ce livre, j’ai retracé rapidement dans mon esprit les grands événements marquants de ces dernières années à gauche. L’affaire DSK m’a sauté aux yeux. C’est elle qui m’a conduite à choisir cette typologie des sept péchés capitaux. Avec l’affaire Cahuzac, j’avais l’avarice. Il suffisait d’ajouter la colère de Mélenchon, la paresse des socialistes, l’orgueil de chacun… C’était bon, ça se tenait”
Astrid de Villaines, Les sept péchés capitaux de la gauche (2022)
La cheffe du service politique du Huffington Post utilise cette grille de lecture pour analyser l’affaiblissement – ou plutôt l’effondrement – idéologique et électoral de la gauche. Entre des éléphants socialistes qui se sont transformés en “paresseux”incapables de travailler à un programme sérieux en 2022, les écologistes qui détruisent leur capital politique à coup de mesures incomprises, et la personnalité polarisante de Jean-Luc Mélenchon, la gauche n’arrive pas au pouvoir. Trop engluée dans des polémiques intestines ; trop tétanisée face aux enjeux régaliens.
Dans ce livre stimulant et caustique, tissé de multiples anecdotes édifiantes, Astrid de Villaines brosse quelques pistes de réflexions pour tirer un trait sur “l’image sépia d’une gauche en morceaux ».
L’élimination de Lionel Jospin au second tour de la présidentielle de 2002 constitue le point de départ de votre réflexion. Vous mettez en lumière le décalage entre le choc que vous ressentez à quatorze ans et les réactions de certains politiques de gauche, qui sont moins affectés par cette date – on pense à Noël Mamère qui continue de claironner son succès des 5%.
Est-ce pour cette raison personnelle que vous avez préféré 2002 à 1983 (“tournant de la rigueur” de F. Mitterrand) pour retracer l’effondrement de la gauche ?
Je me suis posé cette question durant toute l’écriture du livre. En effet, 1983 est une date intéressante. Mais 2002 et 2022, ce sont les deux élections où l’extrême droite a remplacé la gauche au second tour, auxquelles il faut ajouter 2017. Le bilan n’a pas été fait. Je voulais aussi que le livre soit conçu comme un carnet de notes, et qu’il soit nourri de mon propre regard. Je ne voulais pas faire un livre historique.
Ce que j’ai trouvé étonnant, c’est qu’ils n’aient pas beaucoup de regrets par rapport à 2002. Ce qui m’inquiète, en miroir avec la période actuelle où l’extrême droite est aux portes du pouvoir, c’est que peu de choses ont bougé en vingt ans. On se regarde le nombril en se demandant qui est le plus à gauche, qui est le plus révolutionnaire, qui est le plus végétarien… C’est délétère. Avant, les divisions à gauche se faisaient sur des sujets plus intéressants pour les gens, comme le travail, l’Europe…
Concernant EELV, vous citez Bruno Latour dans votre livre : “l’écologie politique réussit l’exploit de paniquer les esprits tout en les faisant bailler d’ennui”. Quel est le principal problème des écologistes, incapables de transformer électoralement la prise de conscience de l’urgence climatique ?
C’est désespérant pour l’électeur écologiste de voir le niveau de EELV. Ce parti a un peu plus de 10 000 adhérents, ce qui est très peu par rapport au nombre de personnes présentes dans les marches pour le climat et tous ceux qui sont inquiets par le réchauffement climatique. Il faut tirer les leçons de ce parti qui ressemble de plus en plus à une association de la loi 1901. À l’époque de Cécile Duflot, on appelait ce parti “la firme”. Un parti politique doit faire le lien avec les populations. Ils ne le font pas. Ils arrivent à se faire des bisbilles internes, à lancer des polémiques… Malgré l’urgence, ils n’attirent pas de nouveaux électeurs et ils ne travaillent pas sur le programme. J’ai demandé à des députés EELV leurs propositions sur les enjeux de mobilité et d’écologie liés à la voiture. Ils ne savent pas répondre – à part mettre des vélos dans les centres-villes. Mais Alain Juppé le faisait déjà à Bordeaux ! Ils doivent travailler le fond et attirer des gens. Bruno Latour avait sonné l’alarme en rappelant qu’ils n’arrivaient pas à enthousiasmer les personnes en ne faisant qu’interdire.
Contrairement au Parti socialiste, La France Insoumise a travaillé sur un programme ambitieux, quoiqu’on puisse en penser. En revanche, ils ont décidé de négliger les élections locales. En plus de cette erreur stratégique, vous rappelez les dérapages de Jean-Luc Mélenchon qui firent des ravages dans l’opinion (glottophobie, l’épisode des perquisitions, son appel au cyberharcèlement de journalistes, sa défense d’Adrien Quatennens qui serait victime de “gifles politiques” alors qu’il est accusé d’avoir battu sa femme…).
Le problème de LFI, n’est-ce pas tout simplement Jean-Luc Mélenchon ?
Si La France insoumise ne fait pas l’inventaire des années Mélenchon, elle risque de ne pas conquérir d’autres électeurs. Son comportement durant l’affaire Quatennens est un vrai marqueur. Le fait que les femmes politiques de LFI se désolidarisent de ses propos est déjà un petit pas. Elles commencent à “tuer le père” politique pour se reconstruire. Malgré sa défaite et son absence de fonctions, c’est encore lui qui dirige tout du haut de sa tour d’ivoire et par ses tweets. Je ne pense pas que LFI toute seule pourra l’emporter un jour. Ils sont dans une démarche trop radicale. On le voit bien dans la dernière enquête Fractures françaises, publiée dans Le Monde : LFI est en bas de peloton de tous les partis sur les préoccupations des Français. François Ruffin tente de lancer l’alerte en disant qu’ils devraient adopter un autre comportement à l’Assemblée nationale.
La France insoumise a été impressionnante sur plein de choses : ils sont en avance sur l’écologie, sur leur façon de faire de la politique… Mais ils sont beaucoup entre eux. Ce n’est pas un parti suffisamment ouvert. Le fait d’avoir oublié les élections municipales et régionales révèle quelque chose chez eux : veulent-ils vraiment gouverner ? Le député Manuel Bompard le raconte dans le livre, en disant qu’il préfère faire de la politique à travers les grandes idées et le national. Mais s’ils suivaient Jean Jaurès, ils allieraient la réforme et la révolution.
Vous écrivez que “les attentats islamistes sont un impensé pour le Parti socialiste. C’est une faute grave”. Pensez-vous que la gauche, dans ses différentes composantes, est tétanisée face aux questions régaliennes ? Soit elle évite le sujet, soit elle tente d’y répondre en renonçant à ses valeurs (déchéance de nationalité sous François Hollande, les propos d’Arnaud Montebourg sur les transferts d’argent dans les pays du Maghreb…) ?
Je suis entièrement d’accord. L’année 2015 m’a marquée. À l’époque, Manuel Valls disait qu’on n’avait pas le droit de tenter de comprendre ce qui a mené aux attentats. Je pense que c’est une erreur fondamentale. Ces attentats viennent de loin. Il y a de l’aveuglement, de la crainte à parler de ces sujets, comme s’ils étaient forcément estampillés “de droite”. Je ne pense pas que la sécurité soit un sujet de droite. Il y a aussi un manque de travail sur le fond. Il ne faut pas nier les atteintes à la République sur le territoire. Sur Samuel Paty, on ne les a pas assez entendus avant l’hommage du dimanche 16 octobre 2022. C’est grave de laisser les questions de la Nation à l’extrême droite.
Il y a toute une réflexion à mener sur des mesures de gauche pour la sécurité. Quand Gérald Darmanin donne davantage d’argent à la police, la gauche devrait applaudir. La police est un service public. Une fois que cela est dit, la gauche pourrait rappeler qu’ils veulent une IGPN [Inspection Générale de la Police] indépendante, et lutter contre le racisme dans la police. Ce n’est pas l’un ou l’autre. Ces sujets ne doivent plus être tabous. On peut être de gauche et ne pas avoir envie d’avoir peur quand on rentre chez soi. Sur d’autres sujets comme celui de la prison qui est à repenser, on entend peu la gauche, comme s’il s’agissait de questions radioactives.
Est-ce qu’ils vont dans les tours, dans les classes où il y a du complotisme, une absence de mixité sociale et ethnique ? Ils n’en parlent jamais. La gauche “bobo” et “intello”, elle est pour une grande partie chez Macron.Même électoralement, ce serait porteur d’avoir un vrai discours sur ces sujets qui touchent aussi les catégories populaires. Le parti communiste de Fabien Roussel le fait un peu, mais ils sont à 2%.
En 2017, plus d’un électeur PS sur deux [1] a voté pour Emmanuel Macron dès le premier tour. Depuis, le centre de gravité de la majorité présidentielle s’est déplacé à droite. Emmanuel Macron a toutefois gardé une partie de l’électorat social-démocrate [2], mais certains sont déçus par un “en même temps” qui serait déséquilibré. La gauche peut-elle récupérer cet électorat ?
Macron a participé à l’effondrement de la gauche. Il a pris des mesures que la gauche pourrait applaudir : PMA, dédoublement des classes dans les REP [Réseau d’Éducation Prioritaire], reste à charge 0 sur les soins dentaires et auditifs, le “quoi qu’il en coûte”… Il les a ringardisés. Il a récupéré le PS par la droite en 2017, puis il l’a siphonné par la gauche en 2022 en mettant en place une politique keynésienne.
À court-terme, c’est compliqué pour la gauche de récupérer cet électorat plus modéré. Je pense que Macron a réussi à capter définitivement une partie de l’électorat social-démocrate. Les sociaux-démocrates ne vont pas voter pour la Nupes car Mélenchon est un repoussoir. Mais pour 2027, je ne pense pas que la gauche radicale puisse l’emporter. Mécaniquement, il faudrait chercher cet électorat plus modéré. La gauche doit trouver une candidature à cheval entre toutes ces mouvances, et se construire autour de trois valeurs : féminisme, écologie, lutte contre les inégalités sociales et les discriminations. C’est le ou la « Mitterand » d’aujourd’hui qu’il faudrait. Force est de constater qu’on ne l’a pas. Dans notre système politique, l’incarnation reste centrale.
Vous parlez de l’orgueil des responsables des partis politiques de gauche avant la Nupes, qui étaient incapables de négocier entre eux, comme si cela était vécu comme une castration symbolique. A contrario, vous rappelez que Cécile Duflot et Martine Aubry ont réussi à travailler sur un accord victorieux entre le PS et Les Verts en 2012, quand elles étaient à la tête des partis. L’un des problèmes de la gauche, n’est-ce pas aussi ce virilisme archaïque ?
Je le pense. Ce n’est pas normal qu’en 2022, les quatre partis de gauche soient tous dirigés par des hommes. Alors que l’extrême droite réussit, elle, à mettre des femmes en avant. Les femmes politiques de gauche déplorent ce virilisme. J’aimerais qu’il n’y ait pas de lectures genrées, mais force est de constater qu’elles ont encore du mal à trouver leur place, à être pleinement associées à la stratégie. Elles doivent encore se battre au sein de leurs partis pour mettre les sujets féministes à l’ordre du jour. C’est ahurissant. Je pense qu’elles gagneraient à jouer beaucoup plus le rapport de force, car il est en leur faveur : une grande partie de leur électorat est féministe.
L’échec de la Nupes aux législatives peut-il s’expliquer par le péché d’orgueil de Jean-Luc Mélenchon qui veut, depuis 2008, remplacer le PS ? Vous rappelez que proportionnellement au nombre de circonscriptions attribuées dans l’accord, le PS s’en sort beaucoup mieux électoralement que LFI (30 députés sur 70 circonscriptions pour le PS, contre 75 députés sur 329 pour les Insoumis).
C’est le péché d’orgueil total. On l’a peu relevé au moment des résultats. LFI ne remet pas en question sa stratégie électorale. Ils ont transformé cet échec en victoire. A les entendre, ils étaient le premier groupe, alors que la Nupes n’est pas un groupe. Le premier groupe politique d’opposition, c’est le Rassemblement national. Cet échec, c’est la conclusion mécanique de leur absence de travail de terrain. Jean-Luc Mélenchon a fait un vrai travail intellectuel, mais on voit qu’il ne va pas assez à la rencontre des gens sur le terrain. La politique, c’est aussi de la chair.
Dans une enquête publiée début 2022, le Cevipof rappelait que seulement 25 % des français se plaçaient à gauche de l’échiquier politique. La Nupes peut-elle renforcer l’affiliation partisane à la gauche ?
Je pense que la Nupes renforce quand même la gauche. J’ai beaucoup ressenti ce désir d’union sur le terrain. L’électorat orphelin et désespéré de la gauche attendait l’union. Mais cela reste fragile ; c’est difficile de faire cohabiter un Olivier Faure avec un Jean Luc Mélenchon, des écologistes avec des communistes. S’ils sortent de ce couloir identitaire par, à mon avis, une figure qui viendra de l’extérieur, il y a de quoi faire. C’est pour cela que des voix comme celle de François Ruffin sont intéressantes dans la période. Dans la France qui galère dans les stations-services, je ne pense pas qu’il y en ait beaucoup qui votent à gauche.
La Nupes est-elle un outil de prise de pouvoir ou une plateforme idéologique cohérente (on pense à des questions importantes qui sont mises sous le tapis dans l’accord, comme l’international, l’Europe, le nucléaire…) ?
C’était avant tout un accord électoral, mais ce n’est pas un gros mot non plus. On a longtemps déploré les divisions à gauche. Je ne pense pas que la Nupes va se fissurer de sitôt. Chacun a plutôt trouvé sa place. Le débat sur les supers-profits est une victoire pour eux. Le gouvernement est en train de s’aligner. Cet épisode illustre l’une des thèses de mon livre : quand la gauche se concentre sur un sujet sérieux qui concerne tout le monde et qu’elle arrête de se regarder le nombril, ça marche !
Sur la baisse de niveau du débat politique, n’y a-t-il pas aussi un mea culpa à faire du côté des journalistes qui centrent les débats autour de polémiques stériles au détriment du fond ?
C’est vrai. D’ailleurs, j’aurais aimé écrire en parallèle sur les sept péchés capitaux des médias. En tant que journaliste, j’ai par exemple beaucoup suivi les meetings de Jean-Luc Mélenchon. En 2016 et en 2017, il développait toute une vision intéressante sur l’économie de la mer dans ses discours. Je proposais à ma rédaction d’aborder ce sujet, et au final on prenait la phrase de vingt secondes sur le burkini car c’était la polémique de l’été. Ce n’est pas normal. Les journalistes peuvent monter en épingle des polémiques. Je pense que les journalistes politiques devraient aussi travailler par pôles thématiques, et pas seulement par rubriques de partis. Cela pourrait éviter des dérives. Mais les journalistes sont aussi contraints par l’agenda des politiques et leurs polémiques.
Les sept péchés capitaux de la gauche d’Astrid de Villaines est disponible aux éditions Jean-Claude Lattès (234 pages, 19 euros). Ses articles sont disponibles sur le site du Huffington Post.
Crédit image : éditions JC Lattès
[1] Note du Cevipof datée de novembre 2018 : 59% des “électeurs socialistes constants”, traditionnellement affiliés au PS, ont voté pour Emmanuel Macron dès le premier tour https://www.sciencespo.fr/cevipof/fr/actualites/qui-sont-les-socialistes-qui-ont-vote-emmanuel-macron.html
[2] Note de la Fondation Jean Jaurès, datée de novembre 2021 : https://www.jean-jaures.org/publication/presidentielle-2022-a-gauche-la-tentation-du-vote-utile/
]]>Au terme du premier tour de la primaire organisée par le PS et ses alliés dimanche 22 janvier, Benoît Hamon arrive en tête avec environ 35 % des voies, suivi par Manuel Valls à 31 %, les deux se qualifient pour le second tour, dimanche prochain. Loin derrière, Arnaud Montebourg, le candidat-marinière, fait moins de 20 %. Parti pour rassembler, Vincent Peillon regroupe environ 6% des électeurs. Les autres candidats font chacun moins de 4 %.
Ils sont au Collège universitaire ou en master, ne veulent pas faire de la politique leur métier ou en font déjà un temps-plein. Dans la primaire de « la Belle Alliance Populaire » – qui, de l’aveu même de l’un d’eux, n’est active qu’à Paris – quatre candidats se détachaient à la veille du scrutin que tous voyait incertain. Maëlle Gelin, pour Montebourg voyait s’esquisser un second tour sans Manuel Valls et avec son champion. Raté.

Militant PS depuis la fin de sa première année, Simon Fauquembergue, en master à l’école d’affaires publiques, soutenait Vincent Peillon depuis l’annonce de sa candidature. Suite au renoncement d’Hollande, il a vu dans le professeur de philosophie « le seul capable de rassembler ». Le rassemblement, c’est son mantra qu’il répète à tout va. Mais tout les militants qu’on rencontre connaissent bien leur discours. Julie Vincent, en deuxième année et soutien de Benoît Hamon, déroule pendant deux minutes un argumentaire parfaitement huilé lorsqu’on la questionne sur le revenu universel, cher à son candidat.
Même chose chez Margot Antoniazzi, dans l’équipe de campagne de Manuel Valls et fondatrice du mouvement jeune qui l’accompagne. De la tension autour de la candidature de l’ex-Premier Ministre ? « Oui, quelques incidents » nous accorde-elle, lâchant s’être elle-même prise de la farine « dans la gueule » à Strasbourg lors du déplacement du candidat le 22 décembre. Mais malgré ce climat « haineux », « revanchard » de la part de « petits groupes identitaires », l’ex-collaboratrice parlementaire de Carlos da Silva (un très proche de Manuel Valls qui l’a « embarquée » sur la campagne) l’assure : « il y a quand même une dynamique » depuis le second débat télévisé entre les candidats.

Les autres ne sont pas tout à fait du même avis, formant ce qui ressemble à un front « tout sauf Valls ». Julie Vincent, celle qui milite pour « Benoît », nous décrit un groupe de jeunes avec Valls ayant reçu de la farine alors qu’ils tractaient. « C’est normal qu’il clive » justifie-t-elle en arguant des revirements sur le 49.3 : « Forcément ça énerve les gens ». Pour Simon Fauquembergue, il est clair que c’est « une candidature qui patine totalement ». Finalement moins que celle de son candidat, qui cumule environ 6 %.
Ce dernier, depuis son engagement auprès des Jeunes avec Peillon, enchaîne tractage entre Paris et la Vienne de ses parents « pour convaincre les indécis ». Pas des plus optimiste, il concède que son candidat « n’est pas celui qui fait lever les foules » face à Valls « qui clive » face à Hamon et Montebourg, « très établis dans les médias ». « C’est dur de mobiliser autour de lui, on essaye de faire de la pédagogie », conclut-il.
Maëlle Gelin, secrétaire de section du PS Sciences Po, est engagée depuis la fin du printemps aux côtés d’Arnaud Montebourg. Après quelques années de tractage, elle avait envie de « passer à autre chose », et préfère « travailler ici sur du fond ». Au pôle argumentaire de la campagne, elle rédige des notes et des éléments de langage pour l’ex-Ministre de l’économie. Quelques jours avant le premier tour, elle voyait déjà la « bonne dynamique » autour de Benoît Hamon, “il faut être prudent”.

Beaucoup regrettent une campagne trop courte, où seulement quelques portes-à-portes ont pu être organisés, les vacances ayant coupé la campagne. Margot Antoniazzi ne s’est pas arrêté jusqu’à ce samedi, « seule journée de libre » depuis des semaines. Mais qu’a-t-elle fait au siège du candidat ? « La mobilisation des élus, de la coordination… », un peu gênée, elle ne souhaite pas donner plus de détails. Heureuse d’avoir pris sa césure en cette année électorale, « c’est une certitude », elle s’engagera pour son candidat si celui-ci vient à gagner, tous comme les autres jeunes militants.
Cette primaire touche-elle l’unité de la section PS de Sciences Po ? Sa secrétaire, Maëlle Gelin, assure de l’absence de tension : « Ça a toujours été comme ça ». Avec un centre de gravité plus à gauche que le parti, les militants s’unissent autour de l’opposition à la politique du gouvernement. Aucun militant actif de la section ne s’est rapproché de l’ancien Premier ministre. « Il y un une ligne contre Valls », une « fracture » nous confiait-elle. Quelle positions alors de la section en cas de victoire de Valls au second tour ? Réponse dimanche prochain.
]]>Le débat sur le temps de travail
Benoît Hamon propose de passer à 32 heures de travail par semaine pour privilégier la qualité à la quantité, augmenter le partage du travail et sortir de la vision du travail au cœur de la vie quotidienne. Quant à Arnaud Montebourg (comme Mr. Hamon), il propose d’abroger la loi travail, mais ne promet pas un passage aux 32 heures, les 35 heures ayant déjà été assez critiquées.
Favoriser le télétravail
Pour tous les candidats représentés, le télétravail serait à favoriser. Il permettrait un gain de une heure cinquante en moyenne par jour et par personne. Ils proposent pour permettre ce changement, une défiscalisation des heures de télétravail. Cela permettrait un gain de bien-être et une augmentation du temps de loisirs. Parallèlement, il faudra respecter le droit à la déconnexion et faire attention à ce qu’il n’y ait pas d’explosion de la charge de travail.
Opérer une transition énergétique
Les avis convergent à propos de l’industrie dans les énergies renouvelables, considérée comme un moyen de création d’emplois. Pour la soutenir, Mr. Montebourg propose une éradication rapide et totale des usines à gaz et à charbon. Mais l’exploitation de l’énergie nucléaire devrait durer encore une trentaine d’années. François Hollande est aussi d’accord. La fermeture totale des centrales nucléaires est encore impossible. Pour Mr. Hamon, la question écologique ne peut pas être mise au second plan, la France doit complètement se passer de l’énergie nucléaire. « Notre rapport à la consommation doit être changé, tout comme notre vision productiviste » a expliqué Roxane.
Le revenu universel de base
Benoît Hamon propose le revenu universel de base pour permettre une prise en compte d’autres formes de travail et passer d’une liberté formelle à une liberté réelle. Un revenu universel peut permettre d’éradiquer la très grande pauvreté et de transformer la conception du travail en valorisant des mécanismes intégrateurs. Ainsi, il serait possible de favoriser le travail qui nous plaît et pas nécessairement celui qui rapporte le plus. Le représentant de Hollande soulève cependant un point important : certes, un revenu universel de quelques huit cents euros pourrait avoir ces effets positifs, mais que faire des autres aides de l’État ? Les limites posées par l’aspect financier sont à creuser.
Sur l’ubérisation…
Pour Roxane, l’ubérisation ne cache qu’une précarisation encore plus profonde de l’emploi. Selon le représentant d’Arnaud Montebourg, un travailleur choisissant le statut d’autoentrepreneur ne fait que réclamer une part d’indépendance. Il faudrait cependant instituer un droit de négociation de cette masse de travailleurs-autoentrepreneurs, sans pour autant remettre en cause leur statut.
Baisser le chômage
Sur ce point, le représentant de Mr. Hollande a essentiellement défendu les résultats du quinquennat. Les investissements publics et privés permettent de retrouver de l’emploi. Or, le président sortant a mené cette politique d’investissement, et désormais le privé semble se ressaisir. La défiscalisation des PME et TPE fait plutôt unanimité chez les trois hommes politiques. Elle a déjà commencé à être mise en place sous le Gouvernement de François Hollande : l’Etat vient en aide à des entreprises par la défiscalisation pour ainsi leur permettre de créer de nouveaux emplois, et aussi par la création de la Banque publique d’investissement.
Mr. Montebourg propose un référendum d’initiative populaire véritable et un Sénat-citoyen qui serait constitué, en plus des sénateurs, de 100 personnes tirées au sort pour rapprocher les citoyens de la politique et réconcilier les Français avec la démocratie. Il propose aussi la suppression de la procédure constitutionnelle 49 alinéa 3 qu’il juge trop anti démocratique.
Benoît Hamon souhaite une reconnaissance du vote blanc et de l’abstention. Il voudrait de plus permettre la possibilité d’un véritable référendum d’initiative populaire et créer un budget de 5 milliards d’euros pour financer des projets citoyens.
Une VIe République ?
Benoît Hamon soutient la création d’une nouvelle République. Il préconise un régime parlementaire qui ne permettrait aucun cumul des mandats et restreindrait les recours aux ordonnances. Le Président de la République, au mandat de sept ans, serait là pour assurer l’équilibre des pouvoirs et s’assurer que le Parlement puisse s’exprimer.
La position de François Hollande représentée par Pierre C. est plus nuancée : «Nous sommes dans une situation inédite, il y a eu la vague des attentats, une très forte défiance de la population, les extrêmes qui font tout pour perturber l’ordre public, une cote de popularité du Président qui est très basse… Et pourtant les institutions tiennent et quand il le faut, le Président de la République peut prendre les décisions… certes nous pouvons accuser la Ve République de beaucoup de maux, mais il faut reconnaitre que ces institutions sont solides. »
Sur l’État d’urgence
Selon le porte-parole de Mr. Montebourg, il semble que la perfusion de l’État d’urgence soit une situation « terrible ». À ce sujet, Pierre C. a justifié la situation par le risque d’un attentat après la levée de l’État d’urgence qui provoquerait une vraie crise politique et laisserait encore davantage la place à certaines rhétoriques extrêmes, rassemblant déjà 30% de l’électorat selon certains sondages. « L’État d’urgence n’est pas un plaisir. »
Sur ce point, les candidats sont bien d’accord : il faut montrer les enjeux des élections parlementaires européennes. Elles sont un épisode clé de la vie démocratique et citoyenne : il existe une différence entre l’euro député de gauche et celui de droite par exemple. Voter pour cette institution perd de sa logique, car elle est en apparence déconnectée du citoyen et de la vie quotidienne. Or, cette participation acquiert tout son sens dans le contexte de crise de la souveraineté actuelle.
Pour Pierre C., le couple franco-allemand est historique et moteur de la construction européenne. C’est donc avec l’Allemagne qu’il faut mener les réformes. Roxane réagit, en prônant cette ambition que toute la gauche devrait avoir selon elle : « depuis quand estime-t-on que, sous prétexte d’un cœur historique, on devrait passer par ce couple franco-allemand ? Nous sommes de gauche, donc pour l’égalité, et ce dans tous les domaines ». Il faut donc une égalité de poids des pays de l’Union européenne, deux pays ne pouvant pas se permettre de décider pour tous les autres. Il faudrait aussi se tourner vers les pays de l’Europe du sud, comme l’Espagne, le Portugal ou l’Italie. Pour Arnaud Montebourg, une convergence entre les pays est nécessaire. Il faudrait aider les pays en développement et augmenter les capacités d’accueil dans un même temps.
Pour clore ce compte-rendu de débat, nous pouvons évoquer l’esprit de rassemblement de la gauche énoncé par Pierre C. : « Nous sommes dans le même bateau. Certes pas dans la même cabine, mais dans le même bateau »
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A l’heure où la gauche est plus divisée que jamais, se pose cependant la question des candidats à la primaire du 17 janvier prochain. Elle mettra en lice la « gauche de gouvernement »‘ qui est constituée du PS, du Parti radical de gauche (PRG) et des écologistes pro-gouvernement, afin de désigner leur candidat à l’élection présidentielle de 2017. Face aux quatre personnalités ayant annoncé leur participation, Benoît Hamon tente de conjuguer désaccord envers les décisions de l’exécutif et ancrage dans la lignée du Parti socialiste. Mission impossible ? La Péniche vous dresse le portrait de celui ayant pourtant l’ambition de « rassembler la gauche » à l’aube de la primaire.

Tout d’abord, le député des Yvelines propose un certain renouvellement pouvant raviver les espoirs déçus de 2012. Son programme très orienté vers les questions sociales considère que le gouvernement a essuyé un échec concernant leur gestion. Celui-ci parle ainsi de créer un revenu universel d’existence, de réduire le temps de travail mais aussi d’abroger la loi travail qui selon lui « fragilise les salariés ». Il le dit, il souhaite centrer sa campagne sur « des questions importantes comme le chômage ou la pauvreté ».
Cette aspiration est cohérente avec le désir de regagner la confiance d’une grande partie de l’électorat de gauche qui n’a cessé de se sentir trahi, que ce soit pour la déchéance de nationalité, la loi travail ou encore l’utilisation jugée abusive du 49.3. Benoît Hamon souhaite aujourd’hui reconquérir toute cette frange de la gauche en lui proposant un retour vers davantage de socialisme, proposé comme un changement de cap face aux décisions gouvernementales. Il souhaite ainsi « dépasser l’angoisse identitaire » en se reconcentrant notamment sur les problèmes sociaux cités précedemment.
Cependant, les similitudes de son programme avec d’autres candidats font qu’il n’est pas aujourd’hui le seul potentiel visage d’un renouvellement des idées au Parti socialiste. On pense notamment à l’ancien Ministre de l’Economie Arnaud Montebourg avec qui il partage un certain nombre d’idées comme celle de refonder le système démocratique. Les deux se positionnant aujourd’hui à la gauche du Parti, ils officient pour un même électorat, pouvant créer d’éventuelles divisions qui nuiraient à leur candidature.
On peut se demander concernant les idées de Benoît Hamon, comment celui-ci sera capable de les faire valoir face à une droitisation de l’échiquier politique quand la campagne présidentielle s’annonce très axée sur les questions identitaires et de terrorisme. De même, François Hollande, au moment de son élection parlait lui aussi de chômage et de pauvreté. Malheureusement, il a échoué dans sa lutte contre ces derniers. Ainsi, celui-ci pourrait, même s’il est élu, ne pas être en mesure de faire ce qu’il promet et ternir un peu plus les espoirs socialistes.
D’autre part, il est possible de s’interroger sur son souhait de rassembler la gauche et son aspect réaliste. En effet, le Parti est aujourd’hui clairement divisé et les idées des uns et des autres paraissent peu conciliables. On peut ainsi se demander si Benoit Hamon fera le choix d’un consensus pour tenter d’être réellement le candidat de toute la gauche, ne pouvant alors que peu se démarquer du gouvernement en fonction. Ou bien si, au contraire, il décidera d’assumer ses idées jusqu’au bout, symbolisant alors le retour d’une « véritable » gauche sociale.
Au final, c’est une candidature soulageant une partie conséquente de l’électorat qui s’inquiétait de ne voir comme potentiels candidats à la primaire socialiste que des politiques considérés comme « traîtres » à ce qu’ils estiment être la « vraie gauche » (François Hollande, Manuel Valls ou Emmanuel Macron). Néanmoins, comme mentionnées plus haut, certaines incertitudes viennent assombrir l’espoir d’un véritable renouveau. Si « le changement, c’est maintenant » a déjà eu son temps, gageons que l’innovation sera, et devra être au cœur de la campagne de Benoît Hamon pour se démarquer.
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