Front National – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Mon, 26 Jun 2023 11:27:45 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Front National – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 5 choses à savoir sur Florian Philippot https://www.lapeniche.net/5_choses_a_savoir_sur_florian_philippot/ Tue, 22 Nov 2016 08:45:06 +0000 http://lapeniche.net/?p=36077 Pour sa troisième édition de l’année, le Grand Oral accueille ce soir Florian Philippot. Premier représentant du Front National à faire ses preuves en Boutmy, il sera interrogé par les journalistes de Sciences Po TV et la Péniche, vous-mêmes serez son grand jury ! La soirée s’annonce échauffée, on vous attend nombreux ! Avant l’heure fatidique, la Péniche vous propose cinq choses à découvrir sur cet enfant du Nord.

1.C’est un fils de l’éducation nationale

Ses deux parents viennent du monde de l’éducation. Sa mère est institutrice et son père, directeur d’école publique. Il a d’ailleurs été nommé en octobre 2015 à la tête du collectif Racine pour le Grand Nord, issu de la société civile, composé « d’enseignants patriotes » et rattaché au parti. Quand on dit que le Front National est une affaire de famille…

2. Soutien du Che dans sa jeunesse

Florian Philippot, révolutionnaire dans l’âme ? Elève à HEC lors des élections présidentielles de 2002, il était à la tête d’un comité étudiant de soutien à Jean-Pierre Chevènement. Leur slogan était « HEC avec le Che ». Jean-Pierre Chevènement aka el Che a nié avoir eu connaissance d’un tel groupe de travail et « désapprouve totalement cette basse manœuvre de détournement de [son] électorat ».

3. Fraudeur pour son parti

Adrien. C’est le pseudonyme qu’il a utilisé lors d’un entretien avec le Parisien en avril 2011 dans lequel il a avoué avoir fait « sortir » des documents de Bercy vers le siège du Front. « Ça m’est arrivé parfois, notamment pour des rapports confidentiels de l’Inspection générale des finances que je récupère sur le serveur interne. Mais je ne les imprime pas sur place… ça laisse des traces. Alors j’en fais une copie sur une clé USB. Et hop, direction le siège du FN ».

4. Fidèle ?

Au FN, on est contre le parachutage lors des élections, et Florian aussi. Interrogé par France 3 en 2011, il avait déclaré : « Si je suis candidat, ce sera évidemment dans cette région qui est la mienne, dans laquelle je suis né et j’ai grandi ». C’est donc fidèle à ses principes qu’il se présente aux élections législatives en Moselle puis aux élections municipales de 2014 à Forbach.

5. Un arbre généalogique bien fourni

S’il y a une chose que ses ennemis ne peuvent lui reprocher, c’est bien son arbre généalogique. Les défenseurs des « français de souche » seront soulagés d’apprendre que le vice-président du FN descendrait d’illustres personnages tels que Louis VI et Jeanne d’Arc (en dépit des lois naturelles, oui, oui, rien ne l’arrête). On attend avec impatience le 1er mai 2017 pour voir si Jean-Marie réitèrera son fameux « Jeanne, au secours ! », maintenant que la filiation de la pucelle d’Orléans avec son ennemi semble avérée.

]]>
2017 : Un an avant, quels pronostics chez les sciencespistes ? https://www.lapeniche.net/2017_un_an_avant/ https://www.lapeniche.net/2017_un_an_avant/#comments Tue, 26 Apr 2016 06:00:59 +0000 http://lapeniche.net/?p=34376 Quel candidat soutenir, quel vainqueur ? A un an de ce grand rendez-vous politique que sont les élections présidentielles françaises, l’émulation ne cesse de croître. A l’aube d’une campagne plus chargée que jamais, La Péniche a rencontré les sections politiques de Sciences Po qui rythmeront l’année universitaire à venir. Tour d’horizon de leurs différents sensibilités… et pronostics !

© Un dessin de Gabrielle Radet

Quel candidat soutenir ? Entre évidence et prudence

À un an de l’échéance, le doute plane encore. Qui seront les candidats officiels et définitifs ?

Si du côté du Front National, la candidate Marine Le Pen semble déjà investie de la légitimité et de la confiance de son parti, les autres candidats ne sont encore pas formellement désignés. Attente des primaires pour la droite, incertitude quant à la décision du Parti socialiste d’ouvrir des primaires ou de reconduire le président sortant, et tergiversations à l’UDI sur un accord « centro-compatible » avec le candidat sortant de la primaire de la droite laissent planer le doute.

Ces clivages se ressentent au sein même de sections politiques à SciencesPo. Sans surprise, la section « Jean Moulin » du Front National soutient sans réserve la candidate Marine Le Pen, chef de file réunificatrice du « camp patriote » de par « son énergie » et « sa cohérence ».

Les Républicains de SciencesPo, eux, ne soutiennent officiellement aucun candidat aux primaires. Ouverts à toutes les tendances de la droite et du centre, nul n’est jugé suffisamment hégémonique. Avis aux fillonistes, juppéistes, sarkozystes ou lemairistes, la section est « tout cela à la fois, et bien plus encore ». Attendons novembre 2016 pour voir se dessiner des positions plus précises.

© Les Républicains Sciences Po

Au niveau national comme sciencepiste, l’UDI suit la volonté des adhérents s’étant prononcés à 66,56% contre la participation de leur parti à une primaire de la droite. Ils soutiendront un candidat indépendant si le candidat désigné par la primaire n’est pas capable de défendre un accord de gouvernement faisant consensus chez les centristes. Avec pour mot d’ordre de ne pas faire de prosélytisme, bien que les critiques et les discussions soient les bienvenues.

Quant à la section  « Jean Zay » du Parti Socialiste, elle soutiendra le candidat Hollande si celui-ci atteint l’objectif ultime de son quinquennat : la diminution du chômage. Patience donc.

 

Un phénomène en plein essor : les primaires   

A droite comme au centre, les primaires préoccupent, tandis qu’elles ne sont pas encore définitivement écartées à gauche. Introduite pour la première fois de manière ouverte à tous les électeurs inscrits sur les listes en France par le parti Socialiste en 2011, cette pratique tend aujourd’hui à s’intensifier.

Cependant, les positions divergent : outil démocratique reconnu et permettant le débat d’idée selon le PS, l’UDI déplore néanmoins que ce soit surtout un rendez-vous de parti dans une période ou le débat devrait être plus participatif.

Autre son de cloche chez Les Républicains, qui se basent sur la légitimité d’une majorité de militants soutenant ce processus dit de primaires ouvertes. Sans toutefois balayer l’inquiétude légitime chez certains de voir ces primaires devenir un théâtre de division, elles doivent permettre de désigner clairement un candidat capable de contrer François Hollande et Marine Le Pen. Notons également une nostalgie d’un temps où le leader s’imposait naturellement sans passer par un tel biais…

A revers, le FN s’oppose à ce principe. Le parti déplore en effet un « non-sens », la présidentielle devant être selon lui la rencontre entre un homme ou une femme avec un peuple. Dès lors, les primaires enfermeraient le candidat dans une logique partisane : faut-il rassembler une couleur politique avant une population ? Pour ou contre, l’épée de Damoclès formée par les primaires doit être intégrée par les partis avant qu’elle ne s’abatte sur eux dès le mois de novembre.

© FN Sciences Po

Quel engagement des sections dans la campagne présidentielle ?

Nous le savons, les sections politiques de SciencesPo sont souvent un vivier de militants très impliqués dans les différentes campagnes mais également un relais au sein d’une institution où la politisation est importante.

Elles auront ainsi à cœur de proposer des évènements, des débats et des confrontations afin de défendre et de donner une visibilité à leurs positions. Dès ce 26 avril vous pourrez par exemple assister à un débat entre la section « Jean Moulin » du FN et la section de l’UDI.

Les Républicains soulignent que les sciencepistes ont d’ores et déjà pu rencontrer Nathalie Kosciusko-Morizet ou encore Bruno Le Maire ce semestre. Les sections n’en oublient pas pour autant le monde extérieur et actif.

« Les cahiers de la présidentielle » pour la section Jean Zay et le projet de l’UDI Jeunes porté par Simon Holley s’articulant autour d’une dizaine de commissions thématiques, sont autant d’exemples de la participation à des projets de réflexion plus larges.

Des actions militantes plus concrètes viennent les compléter, entre collage d’affiches et tractages aussi bien du côté du FN Sciences Po que de la section PS.

Les Républicains soulignent la « source précieuse » que sont leurs militants. Un grand nombre d’entre eux comptent parmi les dirigeants nationaux des comités de campagnes des candidats. La section se revendique d’ailleurs d’être un tremplin direct vers les équipes des candidats.

 

Quels résultats ?

A un an, rien n’est joué. Craintes et visions divergentes laissent libre cours à toutes les spéculations. Premier état de fait, les primaires tourmentent Les Républicains. Peur d’abord de voir une participation inférieure à la primaire de la droite et du centre qu’à celle organisée par le PS en 2011, mais aussi crainte d’accusations de fraude, ou encore d’avoir un vainqueur qui ne serait pas loyalement soutenu par les candidats défaits. Le pire des scénarios resterait quand même pour eux de voir les français devoir choisir entre Marine Le Pen et François Hollande au soir du 1er tour.

L’UDI redoute la réélection d’un président impopulaire, de gauche ou de droite autant que l’éclatement de son propre parti et plus largement du centre.

© UDI Sciences Po

Le Parti socialiste craint un score élevé de l’extrême-droite tout comme le retour au pouvoir d’une droite qui s’est radicalisée.

Enfin, le Front National ne confie aucune crainte, et se dit confiant de par son « programme cohérent », sa « légitimité accrue » à l’issue des dernières élections régionales, pour la section, l’important est de continuer à rassembler.

Enquête réalisée sur la base d’un questionnaire envoyé à toutes les sections politiques de Sciences Po. Les sections mentionnées dans l’article sont celles nous ayant donné des réponses exploitables.

]]>
https://www.lapeniche.net/2017_un_an_avant/feed/ 1
Un an après la victoire du FN, en immersion à Hénin-Beaumont avec Octave Nitkowski https://www.lapeniche.net/hb/ https://www.lapeniche.net/hb/#comments Wed, 06 May 2015 21:25:18 +0000 http://lapeniche.net/?p=28281 Octave Nitkowski devant la mairie d’Hénin-Beaumont.
Octave Nitkowski devant la mairie d’Hénin-Beaumont.

“Hénin-Beaumont FN” : dans les suggestions Google, cette ville de 26 000 habitants située dans le Pas-de-Calais, entre Douai et Lens, est presque immédiatement associée au parti de Marine Le Pen.

Il faut dire que ce bastion de gauche historique est devenu en quelques années l’emblème de l’implantation locale du Front national. En 2007, Marine Le Pen en fait son fief. En 2009, à l’occasion d’une élection municipale partielle, la liste FN de Steeve Briois, le leader local, obtient 47,6% des voix. En juin 2012, la ville est le terrain d’une “guerre des Fronts” qui voit s’affronter deux ex-candidats à la présidentielle : Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Mais aucun n’en ressort victorieux : M. Mélenchon est battu au premier tour, et au second tour Mme Le Pen voit son siège à l’Assemblée nationale lui échapper à 118 voix près, face au candidat socialiste.

Si la défaite a un goût amer pour le Front national, les municipales de 2014 à Hénin-Beaumont lui offrent une nette revanche : avec 50,25% des voix, le candidat Steeve Briois est élu dès le premier tour. Une première dans l’histoire du Front national.

A l’instar des journalistes qui se pressent dans le Nord pour disséquer “la question FN“, nous avons pris l’autoroute le 13 mars dernier jusqu’à Hénin-Beaumont. Notre camarade sciencepiste Octave Nitkowski, qui partage son temps entre Sciences Po et La Sorbonne où il étudie l’Histoire, y est né et y retourne tous les week-end.

Dans son Hénin natal, la parole du sciencepiste a du crédit : la dernière fois que nous l’avions rencontré, deux mois avant les municipales, en janvier 2014, un sondage venait de sortir et annonçait le défaite de Steeve Briois. Octave, lui, assurait que le sondage était peu crédible et que non seulement Briois l’emporterait, mais qu’il l’emporterait dès le premier tour. Une analyse confirmée par les résultats. Auteur d’un essai sur la montée du FN dans sa ville, La France perd le Nord, il nous a accompagnés pendant ces deux journées, en immersion dans le bassin minier.

Place du centre-ville d'Hénin-Beaumont.
Place du centre-ville d’Hénin-Beaumont.

Un FN conquérant sur fond de crise économique et sociale

“La souffrance qu’il y a ici… Je ne m’attendais pas à ça. Pourtant, en banlieue on en voit des choses… c’est là que j’ai milité pendant des années… Mais ici les gens, qu’est-ce qu’ils morflent.” Jean-Luc Mélenchon l’admettait lui-même à des journalistes, pendant la campagne des législatives de 2012 : les habitants d’Hénin-Beaumont sont confrontés à des difficultés d’une grande ampleur.

Car le basculement politique d’Hénin-Beaumont est avant tout la conséquence de la profonde crise économique et sociale qui touche l’agglomération. Dans cette commune, au cœur de ce que l’on nomme le “bassin minier”, la gauche gouvernait depuis la Libération. Berceau historique du socialisme, bastion du mouvement ouvrier, la ville a même vu naître à sa frontière Maurice Thorez, secrétaire général du parti communiste de 1930 à 1964.

Mais la fin des Trente Glorieuses, dans les années 1970, a été particulièrement brutale : les industries minières, sidérurgiques et textiles ont fermé. Le chômage a augmenté, jusqu’à atteindre aujourd’hui 35% pour les jeunes du Nord-Pas-de-Calais. ”Ici il n’y a plus rien, tout ferme, il n’y a que des pizzerias. C’était une ville qui était bien florissante avant, mais c’est terminé depuis que les mines ont fermé”, abonde dans ce sens une personne âgée qui vit depuis quarante ans dans le centre-ville. “Maintenant, même les petits commerçants ferment, à cause de l’installation d’Auchan dans la zone industrielle.”

"eux très belles photos d’Hénin-Beaumont qui permettent de prendre conscience du riche passé de la ville avec de nombreux terrils aujourd’hui disparus" note Octave Nitkowski.
« Une ancienne photo d’Hénin-Beaumont qui permet de prendre conscience du riche passé de la ville avec de nombreux terrils aujourd’hui disparus » note Octave Nitkowski.

A Hénin-Beaumont, cette crise économique et sociale s’est doublée d’une crise politique et d’affaires de corruption. En 2008, le maire Gérard Dalongeville a été mis en examen pour détournement de fonds, faux et usage de faux et favoritisme, avant d’être condamné en 2013 à quatre ans de prison, dont trois ferme, et à 50 000 euros d’amende pour détournements de fonds publics.

Pendant ce temps, le Front national tractait sur le marché, en la personne de Steeve Briois. Lui-même fils d’ouvrier et petit-fils de mineurs, il a adhéré au FN en 1988 et s’est présenté à chaque élection depuis 1995. L’implantation du Front à Hénin, c’est lui. En 2007, il est rejoint par Marine Le Pen, nourrie de l’ambition de faire de la ville un laboratoire politique et la vitrine du frontisme municipal.

Si la plupart des habitants d’Hénin-Beaumont n’auraient probablement jamais épousé les thèses libérales du “Reagan français” Jean-Marie Le Pen dans les années 80, ils sont en revanche sensibles aux thèmes sociaux développés par Marine Le Pen, qui défend la retraite à 60 ans, l’augmentation des bas salaires, les nationalisations stratégiques et la préférence nationale avec le slogan “les nôtres avant les autres.“ Huit ans après ce parachutage, l’objectif est atteint : les héninois ont investi Steeve Briois à la mairie, ils ont voté à 55% pour la liste de Marine Le Pen aux élections européennes et ont élu quatre conseillers départementaux FN en mars 2015.

Christopher_Szczurek
Christopher Szczurek dans l’hôtel de ville d’Hénin : il est 4ème adjoint au maire, délégué à la vie culturelle, associative et citoyenne ; à la démocratie directe ; aux relations internationales et jumelages

 Szczurek, le fils d’ouvrier devenu adjoint au maire frontiste

Parmi eux, Christopher Szczurek, 29 ans, élu un an plus tôt 4ème adjoint au maire, délégué “à la vie culturelle, associative et citoyenne ; à la démocratie directe ; aux relations internationales et jumelages.” Il nous a reçu à l’hôtel de ville, dont le balcon extérieur est soutenu par quatre statues de mineurs. Un rappel du passé de la ville et de ses habitants.

Christopher Szczurek est lui-même issu d’une famille ouvrière. “Ma famille a vécu à Darcy, ancienne cité de mineurs devenue quartier d’Hénin-Beaumont. Mon père était ouvrier et ma mère femme au foyer. Ils pouvaient autant voter Laguiller que Le Pen.” Le jeune adjoint n’a rien d’un lepéniste de la première heure : en 2002, il est dans la rue pour manifester contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Deux ans plus tard, aux élections régionales, il soutient la liste UDF de Valérie Létard.

Le balcon extérieur de l'hôtel de ville est soutenu par quatre statues de mineurs. Un rappel du passé de la ville et de ses habitants
Le balcon extérieur de l’hôtel de ville est soutenu par quatre statues de mineurs. Un rappel du passé de la ville et de ses habitants

“Mon basculement politique a eu lieu en 2005 : j’ai été stupéfait du traitement partisan par les médias du référendum sur la Constitution européenne. Il y avait une sorte de mépris pour ceux qui étaient contre, une sorte de mépris de classe“ indique-t-il. “Puis, en 2007, j’ai été sensible au discours de Valmy de Jean-Marie Le Pen : il y parlait de l’assimilation et de la République. En tant qu’immigré polonais, ça m’a beaucoup parlé.“

C’est justement en 2007 que tout change : alors étudiant en droit et japonais à l’Université de Lille, il envoie un mail à Steeve Briois pour rejoindre les rangs frontistes. En moins de 24 heures, l’actuel maire lui répond. “La rapidité de la réponse m’a vraiment surpris : le monde politique me paraissait beaucoup plus lointain que ça.“

A l’époque, le FN est dans le creux de la vague. C’est l’époque de la déroute aux législatives de 2007, suivie par la mise en vente du siège, les procès avec l’imprimeur Rachinel, le départ de certains cadres comme Carl Lang. Nicolas Sarkozy se targue d’en avoir « terminé » avec le FN. Cet affaiblissement du parti permet à Christopher Szczurek d’émerger rapidement : il fait campagne dès les municipales de 2008.

Depuis, l’ascension électorale du parti lui a permis de travailler au siège du FN à partir d’août 2011, de devenir adjoint au maire d’Hénin-Beaumont en mars 2014 et d’intégrer le comité central du parti en novembre 2014. Le 1er mai 2015, place de l’Opéra à Paris, il est sur la tribune pendant le discours de Marine Le Pen, avec la soixantaine d’autres nouveaux conseillers départementaux. A Hénin-Beaumont, on dit qu’il est le dauphin officieux, l’héritier naturel de Steeve Briois, le potentiel futur maire.

Steeve Briois, le maire d’Hénin-Beaumont et son adjoint Christopher Szczurek. Crédits : Steeve Briois

 “Les gens se sentent écoutés”

Bien que le recul manque, seulement un an après l’accession du FN à la mairie d’Hénin-Beaumont, la question d’un premier bilan est inévitable. Sur le marché, elle fait réagir. ”Ils ont une politique qui répond aux demandes immédiates des administrés. Ils s’occupent des problèmes concrets, ils réparent les nids-de-poule, ils vont au devant des attentes des héninois” nous confie un ancien colistier de la liste d’union de la gauche d’Eugène Binaisse, le précédent maire. Dans la bouche d’un opposant, le bilan est flatteur.

Une professeure d’arts plastiques à la retraite partage ce constat : “quand je vais chez le coiffeur, les gens sont ravis, ils disent qu’on a jamais été aussi bien à Hénin-Beaumont. Ils se sentent écoutés, les courriers reçoivent des réponses alors qu’avant il y avait beaucoup moins de suivi des administrés.“ Pour elle, le succès de FN repose surtout sur cette présence auprès des habitants : “ils ont repris à leur compte ce que faisaient les communistes : ils ont quadrillé le quartier, Briois est sur le terrain depuis 25 ans, il connaît sa ville et les gens, il fait danser les mamies et ça leur plaît tout à fait.“

Octave Nitkowski, l’enfant du bassin minier, insiste sur cette bienveillance et cette considération du FN local à l’endroit des habitants : “les gens ont surtout besoin d’être écoutés et Steeve Briois a le langage des gens d’ici. Pendant que l’ancien maire achetait ses huîtres sur le marché, Briois s’adressait à tout le monde. Il y arrive, il a un truc, il a la “tchatche” avec les gens du coin.” Et dans cette “France des oubliés” qu’aspire à représenter Marine Le Pen, le FN est vu par certains habitants comme une deuxième famille : “Marine Le Pen sait que faire de la politique, c’est avant tout créer un rapport humain et le développer sans relâche. Ici, le frontisme est un humanisme.”

Au-delà de l’écoute des habitants, Mathieu, un jeune héninois, cite la baisse de 10% de la taxe d’habitation depuis l’arrivée du nouveau maire. Une baisse supplémentaire de 5% est prévue pour l’année 2015. Alain, un habitant de 66 ans interrogé dans l’édition du 23 mars de La Croix, considère qu’”Il y a déjà du changement. La ville est devenue d’un seul coup plus propre, il y a plus de présence policière. Il faut attendre de voir sur le long terme mais je trouve qu’on va dans le bon sens.” Selon un sondage Ifop publié le 12 mars, 73% des habitants des communes administrées par le FN se disent « satisfaits » de leur maire.

Facile dès lors pour Christopher Szczurek de défendre son bilan. “Les gens voient leurs élus maintenant. Par exemple, nous sommes allés voir dès notre élection le club d’entrepreneurs qui n’avait pas vu d’élus depuis des années.” Il se félicite également d’”une gestion de bon père de famille : on a fait des économies là où il fallait en faire, en ne remplaçant pas les départs à la retraite et en renégociant des marchés. Et honnêtement, ça s’est mieux passé qu’on ne l’aurait cru. Nos élus étaient matures et préparés.”

Une opposition en difficulté

Ce qui peut surprendre, c’est moins l’autosatisfaction de l’équipe municipale que la difficulté de l’opposition à attaquer l’équipe en place sur les dossiers municipaux : “ils sont désarmés“ constate Octave Nitkowski. Sur le marché, un conseiller municipal d’opposition peine à citer une mesure contestable de la nouvelle majorité, tout en affirmant qu’il faut “être sur nos gardes et résister face au vrai visage du FN.“

A défaut de porter sur la politique menée elle-même, il semble en fait que les critiques concernent davantage la manière dont est menée cette politique : l’opposant dénonce une politique de l’instantané, du coup-par-coup, reprise par une communication active. “Il suffit de voir le journal local. Ils disent rue par rue ce qu’ils font : réparer un nid-de-poule, remplacer une bouche d’égout, voilà leur travail pour l’instant.“ La nouvelle majorité a en effet créé un magazine municipal mensuel, rénové le site internet de la ville et apporte un soin particulier aux affiches promotionnelles des événements de la ville.

Steeve Briois en une du magazine municipal.
Steeve Briois en une du magazine municipal.

Mais cette communication est considérée par l’opposition comme de la « poudre aux yeux » qui masque l’absence de réel changement : “Pendant que le Maire communique, critique, se plaint, cumule les indemnités, la situation des habitants d’Hénin-Beaumont, elle, ne change pas, qu’il s’agisse de l’emploi, de la sécurité, du logement ou de la santé.“

Dans le journal municipal d’avril 2015, l’opposition estime également que les mesures prises jusqu’à présent ont en réalité été permises par le travail de l’équipe précédente : « les investissements étaient pour la plupart programmés avant son arrivée (…) Si (le maire) a pu continuer de baisser les impôts (après une première baisse en 2013) et financer sa communication princière, c’est parce que l’état des finances de la ville le permettait. »

La difficulté des autres partis à faire face à la nouvelle majorité s’explique aussi par l’état des forces d’opposition. A l’issue des élections, l’opposition disposait de sept sièges sur 35 au conseil municipal, et n’en possède plus que six. Unique élu de sa liste divers gauche, l’ancien maire PS Gérard Dalongeville a en effet démissionné en novembre 2014 et laissé son siège à un de ses colistiers. Mais celui-ci a rejoint deux semaines plus tard la majorité municipale, en déclarant à Libération : “J’ai découvert que le FN gérait bien la ville. Sans parler politique, ils ont de bonnes idées.“

Marine Tondelier, une des figures de l'opposition locale.
Marine Tondelier, une des figures de l’opposition locale.

Sur le terrain, l’opposition locale est surtout incarnée par Marine Tondelier, d’Europe Ecologie Les Verts (EELV). Le samedi matin, elle tractait sur le marché. Conseillère municipale d’Hénin-Beaumont et assistante parlementaire du groupe EELV au Sénat, elle a grandi à Hénin-Beaumont et se présente à toutes les élections depuis les législatives de 2012.

Elle tient un blog qu’elle actualise régulièrement pour rendre compte des conseils municipaux ou réagir à la politique de Steeve Briois. Au 1er tour des départementales, elle a obtenu 13% des voix dans la ville (6,5% dans l’ensemble du canton Hénin-Beaumont 1, qui comprend d’autres communes), en s’alliant avec le Parti de Gauche.

De son côté, le Parti socialiste semble absent de la scène politique héninoise : selon Octave, “le responsable PS de la ville est inexistant et vient de Carvin, à dix kilomètres.” Sur le marché, ce sont des militants PS venus des villes alentours qui nous ont distribué des tracts. Quant à l’UMP, elle est quasiment inexistante et a obtenu 3,88% des voix au 1er tour des municipales.

Quel est l’avenir de l’opposition à Hénin-Beaumont ? Surplombant la ville au sommet d’un terril, Octave nous explique qu’il est déjà trop tard : “le moyen de survivre pour les autres partis, cela aurait été de se réveiller juste après la victoire du FN. Le PS aurait dû faire d’Hénin un symbole de la reconquête. Ce n’est pas arrivé. Du coup, pour les municipales de 2020, c’est mal parti. Il n’y a pas de vision, pas de cohérence du côté de l’opposition… Ils ne savent pas faire autre chose que de crier au loup fasciste, et puis Briois ne leur donne aucune arme. Un comité de vigilance s’est créé pour guetter les erreurs et faux pas de Briois, mais ce n’est pas une démarche d’opposition positive. C’est de l’opposition stérile et revancharde, ils ne pourront pas gagner avec ça.”

Octave Nitkowski
Octave Nitkowski au sommet d’un terril dominant le bassin minier.

 Les relations houleuses avec la presse et la polémique du “mur”

Depuis un an, l’opposition cible régulièrement les rapports pour le moins houleux entretenus par l’équipe municipale avec La Voix du Nord, le titre de presse quotidienne régionale.

Accusés d’avoir fait le jeu du Front national avant les municipales en raison de leur couverture de l’affaire Dalongeville, des journalistes de La Voix du Nord se disent depuis “victimes d’attaques virulentes sur les réseaux sociaux et dans la ville”.

Il est vrai que lorsqu’il s’agit de La Voix du Nord, Steeve Briois ne pèse pas ses mots. En février 2015, dans un communiqué sur son blog, il dénonçait ainsi “la méthode, inédite jusqu’alors, consistant à susciter le mécontentement au sein de manifestations ou de décisions prises par l’équipe municipale. Cette technique, que La Voix du Nord n’applique à aucune autre commune, va jusqu’à manipuler et tronquer les propos des habitants.“

En mars dernier, le journal municipal de la ville Hénin Beaumont, c’est vous ! a même consacré un encadré entier à “la désinformation” pratiquée par le journal local.

Screenshot 2015-05-06 at 19.23.34
Capture d’écran du compte Twitter du maire Steeve Briois.

“Dès qu’un article déplaît, des affiches sont placardées sur les fenêtres” nous confie une salariée du quotidien dans un café héninois. “C’est très différent de la gestion de l’ex-maire Binaisse, qui était plus ouvert à la discussion lorsqu’un article ne lui plaisait pas. Il nous appelait mais ne nous menaçait jamais.“

L’objet de la discorde ? Le traitement par le journal de la mise en place d’un mur de gabions dans un lotissement touché par des cambriolages. Ce mur visait à couper une route et à empêcher les véhicules des cambrioleurs de rejoindre rapidement l’autoroute.

Selon la municipalité, La Voix du Nord a “monté en épingle les protestations de deux habitants sur près de 200 satisfaits afin de souligner la division sur cet aménagement.“ Cet article a ensuite été repris par la presse nationale et même internationale.

Un habitant du lotissement explique : “Ce sont les gens mal intentionnés qui créent la polémique parce que le maire est étiqueté FN. Ce mur, c’était une demande des habitants en raison des nuisances et des cambriolages : un voisin s’est fait cambrioler trois fois en une semaine. 169 personnes ont fait la demande d’installer le mur, un seul s’est opposé. Le maire n’a fait qu’appliquer la demande. Depuis, il n’y a pas eu de cambriolages.”

Le "mur" de la discorde à Hénin-Beaumont.
Le « mur » de la discorde à Hénin-Beaumont.

Après avoir déploré une “solution simpliste et ridicule pour lutter contre les cambriolages“, “facteur de division“, l’opposante Marine Tondelier a affirmé avoir “entendu“ et “compris les arguments (des riverains).“ Selon elle, ce retentissement est lié à la médiatisation de la ville depuis l’arrivée du FN à la mairie : “La Voix du Nord n’est pas responsable du fait que depuis que le FN en a fait sa vitrine, et encore plus depuis que notre maire a été « élu local de l’année », les projecteurs soient braqués sur notre ville.“

Une volonté affichée de redynamiser la vie culturelle locale

Au-delà des questions de sécurité, la nouvelle mairie affiche ses ambitions en matière de politique culturelle. Hénin-Beaumont dispose d’une salle de théâtre, L’Escapade, mais le cinéma a fermé en 2009. Il faisait partie de l’Espace Lumière où étaient aussi organisées des expositions.

Une ex-conseillère municipale de gauche rencontrée sur le marché en faisait partie. Elle se souvient : “Ça marchait super bien, on faisait plein de soirées ; on était une centaine, ça vivait, c’était souple. On voulait faire quelque chose de culturel à la portée des gens : expos, films d’art et d’essai…” Désormais, les habitants doivent prendre la voiture pour se rendre dans le multiplex de la zone industrielle. Alors pourquoi ne pas rouvrir cet espace culturel bénévolement ? “Parce que je ne veux rien avoir à faire avec le FN, parce que c’est municipal, je veux être libre, je n’ai pas envie d’être tenue.”

C’est pourtant cette liberté de ton que revendique désormais Christopher Szczurek, l’adjoint au maire chargé de la culture : “Nous sommes parvenus à établir un lien de confiance avec les acteurs de la vie culturelle. Celle-ci était dans un état catastrophique et était utilisée de manière partisane. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.”

"Nous sommes parvenus à établir un lien de confiance avec les acteurs de la vie culturelle. Celle-ci était dans un état catastrophique et était utilisée de manière partisane. Ce n’est plus le cas aujourd’hui" note Christopher-Szczurek.
« Nous sommes parvenus à établir un lien de confiance avec les acteurs de la vie culturelle. Celle-ci était dans un état catastrophique et était utilisée de manière partisane. Ce n’est plus le cas aujourd’hui » note Christopher-Szczurek.

Il revendique la pérennisation des subventions du théâtre, et exprime son intention de rouvrir le cinéma : “on est en train de voir. Il n’a pas été entretenu depuis cinq ans, donc une mise aux normes de deux millions d’euros s’impose. Il y aurait une salle d’art et d’essai, une salle de films tous publics, comme auparavant, mais nous ferions peut-être une salle pour le fonds d’art contemporain. On a fait l’audit du patrimoine artistique de la ville et on a découvert des choses incroyables : des litographies de Ladislas Kijno, un tableau de Paul Jouve qui vaut entre 40 000 et 50 000 euros…”

Lorsqu’on lui fait remarquer que certains élus du FN sont hostiles aux subventions versées à l’art contemporain, Christopher Szczurek répond qu’”il ne faut pas tomber dans une vision réductrice de l’art contemporain. Il y a tout un système spéculatif et de copinage qui existe, c’est une évidence, mais il existe de très bonnes choses. Il ne faut pas faire de généralités.”

Le deuxième dossier culturel que doit gérer la municipalité est la rénovation de l’église de la ville. Celle-ci surprend dès l’arrivée au centre-ville, par sa taille et son architecture néo-byzantine. Mais le visiteur qui souhaite y pénétrer trouve la porte close : l’église est en rénovation. La nouvelle mairie compte poursuivre les travaux : “Deux tranches de travaux ont été mises en œuvre, la troisième puis la quatrième tranche seront bientôt engagées. On peut espérer une réouverture pour 2018. Il ne faut pas la voir seulement comme un objet cultuel : c’est un monument historique et on pourra y organiser des concerts”, souligne l’adjoint à la culture.

Eglise_Henin_Beaumont
L’Église Saint-Martin à Hénin-Beaumont, actuellement fermée pour cause d’importants travaux.

Une gestion municipale désidéologisée

Finalement, à Hénin-Beaumont, la vie politique semble être devenue un long fleuve tranquille : la mairie FN se sait observée plus que n’importe quelle autre commune en France et n’ayant pas le droit à l’erreur, elle veille à mener une politique particulièrement pragmatique.

Octave Nitkowski nous explique que la politique de Steeve Briois est même à certains égards une “politique de l’apaisement.“ Vis-à-vis de la communauté musulmane notamment, le nouveau maire semble ménager les susceptibilités : “Steeve Briois poursuit sans relâche cette stratégie d’ouverture permanente à la population musulmane. Hénin-Beaumont, contrairement à d’autres communes frontistes, n’a pas vu éclater de polémique à propos du porc ou des « doubles-menus » dans les cantines scolaires” expliquait-il ainsi dans une tribune pour le Huffington Post.

Apaisement, politique pragmatique, gestion de bon père de famille, volonté de désidéologiser la gestion des dossiers municipaux… Le maire d’Hénin-Beaumont mène finalement une politique d’élu de terrain divers droite assez commune, avec un bilan positif selon les habitants, loin du statut exceptionnel et hors du commun que les médias ont accordé à la ville. Les médias qui s’étonnent de l’absence de « marqueur FN » sur la politique menée oublient que les compétences municipales n’offrent que de faibles marges de manœuvre à Steeve Briois et son équipe, et que les attributions du maire semblent pousser de manière structurelle à la désidéologisation.

Pourtant, pour être un bon maire, suffit-il de réagir au quotidien aux demandes de ses administrés ? Est-il nécessaire qu’un maire porte également des valeurs et une vision, au-delà de la seule gestion de la ville, ou l’exigence de cette vision est-elle seulement réservée aux élus nationaux ? D’ailleurs, être maire, est-ce encore faire de la politique ? La réponse dépend indubitablement de la taille de la ville. Mais toutes ces questions soulevées par cette enquête dans le bassin minier restent ouvertes.

Il ne faut pas non plus omettre que la priorité, pour beaucoup d’habitants d’Hénin-Beaumont, est de sortir de la misère sociale, de trouver un emploi ou de faire face aux dépenses quotidiennes . Quel est le pouvoir d’une municipalité pour répondre à ces problèmes ?

Steeve Briois aux côtés de Marine Le Pen
Steeve Briois aux côtés de Marine Le Pen.

Hénin-Beaumont, au cœur de la stratégie nationale 

Ne pas faire de vagues : cette préoccupation du Front National est d’autant plus prégnante qu’Hénin-Beaumont est au cœur de la stratégie de conquête du pouvoir de Marine Le Pen.

Selon Octave Nitkowski, “Briois veut faire tâche d’huile sur les communes environnantes. Il veut exporter son modèle de présence sur le terrain, et s’implanter petit à tous les échelons : département, région, pour que Marine Le Pen conquière à terme l’Elysée. Dans la tête de Briois, Hénin-Beaumont est un déclencheur. Mais ça prendra du temps pour tisser une toile de militants à même de s’implanter localement. D’autant qu’il n’y aura pas le facteur Dalongeville partout : à Hénin, ce qui a fait passer le FN de 45 à 51%, c’est Dalongeville. Donc ce sera un travail de longue haleine pour conquérir la région. Briois, ça fait vingt ans qu’il est en campagne permanente !“

Que le FN fasse d’Hénin-Beaumont sa capitale nationale d’où il essaimera petit à petit en Nord-Pas-de-Calais-Picardie puis en France, c’est un objectif du FN dont la réalisation reste de l’ordre de la spéculation. En revanche, c’est prendre peu de risques que d’affirmer qu’à Hénin-Beaumont, Steeve Briois et son équipe ont très certainement trouvé un bastion pour les décennies à venir. Aujourd’hui, aucune figure ne semble faire le poids face à la domination du Front national. A moins que…

1604754_384803704997547_747842160_n
Octave Nitkowski et son livre « Le Front national des villes et le Front national des champs » dans l’amphi Boutmy. Photographie par Amal Ibraymi.
]]>
https://www.lapeniche.net/hb/feed/ 1
« Le FN a compris la puissance du digital dans sa marche vers le pouvoir » https://www.lapeniche.net/fndigital/ Mon, 27 Apr 2015 07:57:26 +0000 http://lapeniche.net/?p=28640 FRANCE-POLITICS-PARTY-FN-LE PEN

Anciens collaborateurs parlementaires, férus de marketing, de numérique et de nouvelles technologies, Cyril Courson et Julien Peres ont co-fondé l’Agence Wefluence à la rentrée 2014. Ils accompagnent aujourd’hui élus, collectivités, institutions publiques et entreprises dans la définition et mise en oeuvre de leur stratégie de communication digitale.

Passionnés aussi bien par la communication de campagne que par la communication publique, ils scrutent en permanence les dernières innovations en la matière des start-up, en France comme à l’étranger.

Chaque mois, ils décryptent l’actualité de la communication politique pour La Peniche.  

A défaut d’avoir été le premier parti de France aux départementales, le FN est il aujourd’hui le premier parti de France sur la toile ?

Cyril Courson : Partant du postulat que les médias traditionnels ne sont pas bienveillants à son égard, le FN a parfaitement compris la puissance de la communication digitale dans sa marche vers la conquête du pouvoir. La galaxie numérique du FN est très complète. Il possède des comptes sur les principaux réseaux sociaux, de nombreux sites internet, des applications mobiles, des blogs, son propre réseau social Les Patriotes et même un site de rencontre pour « les sympathisants du FN et de la droite nationale ».

Il n’aura échappé à personne qu’une des stratégies du FN est d’infiltrer les médias en ligne via les commentaires. Le Figaro, Le Monde, L’Express, entre autres, font tous l’objet par les sympathisants du mouvement, de nombreux commentaires sur leurs articles, favorables au FN ou reprenant les éléments de langage du parti.

« La galaxie numérique du FN est très complète. Il possède des comptes sur les principaux réseaux sociaux, de nombreux sites internet, des applications mobiles, des blogs, son propre réseau social »

Quant à savoir si le FN est le premier parti de France sur la toile, tout dépend si l’on se place uniquement d’un point de vue quantitatif ou si le critère premier est celui de l’influence. A titre d’exemple, sur Facebook, le FN se classe 2ème derrière le parti Anti Sioniste et devant l’UMP avec environ 223 000 fans alors que sur Twitter, il est en quatrième position derrière EELV, l’UMP et le PS avec 74 500 followers.

Le web et plus particulièrement les réseaux sociaux, sont au cœur de la stratégie du FN, notamment depuis 2012, année de l’élection présidentielle. Le parti a très vite compris que ses supports numériques étaient la clef pour consolider sa base et élargir son électorat mais aussi et surtout pour briser la verticalité de la diffusion de l’information via les médias traditionnels. On peut même parler aujourd’hui de processus de normalisation plus que de dédiabolisation.

Classement des partis politiques sur Facebook
Classement des partis politiques sur Facebook

Julien Peres :  L’extrême droite a toujours occupé une place à part et importante sur le net, en comprenant très vite la puissance de ce média qui lui permettait dans un premier temps de fédérer sa base militante. Au début des années 2000, l’extrême droite fonctionnait sur le web en cercles concentriques autour de forums ciblés et certains sites bien précis.

Le basculement s’est opéré en 2011 en amont de la campagne présidentielle avec l’arrivée de militants de toutes parts. C’est à ce moment là que le culte du pseudo ou de « l’avatar » a disparu chez les militants d’extrême droite présents sur le net, lesquels ont commencé à devenir des militants 2.0 « normaux ».

La même année également, Marine le Pen est devenue présidente du parti et cette nouvelle façon d’agir sur le web chez les militants d’extrême droite a été renforcée par ce que l’on a appelé la « banalisation » ou « dédiabolisation ». On a ainsi eu la sensation que le Front National a accru sa présence dans l’espace numérique ces dernières années, alors que seul le modus operandi a changé.

fn-hollande_5301897
Candidat du FN dans la Mayenne, il mime l’exécution de François Hollande sur Facebook, et plaide la « blague ».

Les profils des candidats FN sur les réseaux sociaux ont causé parfois beaucoup de torts au parti : il y a une sorte de « fachosphère » difficilement contrôlable. Le FN semble être dans un état de bad buzz permanent, qu’est-ce que le parti peut faire contre ça ? 

Cyril Courson :  Lors des dernières élections départementales et comme bien souvent, notamment à cause d’un déficit de cadres politiques, le FN a fait le choix de la quantité au détriment de la qualité.

A l’affichage, c’est vendeur puisque plus de 7500 candidats se sont présentés sous la bannière du parti mais à l’arrivée, certains candidats se sont particulièrement illustrés avec des propos antisémites, racistes et homophobes.

Le FN a bien tenté de limiter la casse en nommant deux personnes en charge de la vérification des contenus sur les réseaux sociaux avant les investitures mais la tâche étant quasi mission impossible, elle a bien évidemment échoué.

Screenshot 2015-04-27 at 09.30.34

La solution radicale pour restreindre les dérapages en cascade serait l’exclusion systématique de tout adhérent ou candidat, peu importe son niveau hiérarchique au sein du mouvement, qui se serait rendu couple de propos répréhensibles par la loi ou contraires à la charte éditoriale du parti. Marine Le Pen pourrait également condamner publiquement les dérapages et ainsi fixer les lignes jaunes à ne pas dépasser.

La réalité est quelque peu différente car le FN sait qu’il a besoin de toutes ses franges, même les plus radicales et que par conséquent il est obligé de les laisser prospérer dans un certain cadre aux limites très floues, sans quoi il risquerait de se laisser dépasser par la droite.

« Le FN sait qu’il a besoin de toutes ses franges, même les plus radicales et que par conséquent il est obligé de les laisser prospérer dans un certain cadre aux limites très floues, sans quoi il risquerait de se laisser dépasser par la droite. »

Julien Peres :  La causticité et l’affrontement sont dans l’ADN des réseaux sociaux, il n’y a pas de place à l’argumentation. Comme le FN amène la plupart du temps des idées extrêmement clivantes dans le débat public, celles-ci se retrouvent par définition sur le net. 

Le FN se sait scruté par des militants à gauche et à droite ou même par certains journalistes veillant au grain sur l’actualité politique (c’est le cas par exemple de l’excellente idée du Lab Europe 1), mais la méconnaissance des réseaux sociaux par certains cadres locaux recrée ce climat parfois nauséabond. 

Pour autant, excepté quelques graves dérapages, ce léger laisser-faire semble convenir au FN : Marine Le Pen se charge d’adoucir les idées du parti au niveau national tout en laissant parfois se propager des thèses des franges les plus extrêmes sur les réseaux sociaux sans les condamner fermement. Ce double jeu lui permet de ne pas trop se détacher pour l’instant d’une partie de son électorat historique. 

7775743869_marine-le-pen-et-un-fan-a-henin-beaumont-en-septembre

 Marine Le Pen veut être le hérault des libertés numériques. Le FN peut-il devenir le parti des Anonymous ou des cyberactivistes ? Et si le FN devenait le Parti Pirate français en somme ? 

Cyril Courson : Une phrase de Marine Le Pen résume à elle seule la stratégie du FN qui veut apparaitre comme un rempart contre les attaques aux libertés sur internet : « Je suis déjà la candidate des invisibles, alors pourquoi pas celle des Anonymous, ils luttent contre ceux au pouvoir, ils sont pour la liberté d’expression ». Elle souhaite clairement reproduire dans la sphère des libertés numériques son positionnement de parti hors système qui se bat contre les puissants et protège les opprimés. Le FN se ferait donc le chantre de la liberté d’expression et de la lutte contre la censure face à un état qui limiterait les libertés individuelles.

C’est assez paradoxal dans la mesure où le FN défend en permanence la thèse d’un état fort, centralisé, régalien qui peut tout ou presque au nom de l’intérêt supérieur de l’état. Si l’on observe par exemple l’attitude relativement agressive du FN face au site d’information Mediapart qui lui est généralement hostile, on peut se demander si la liberté d’expression version FN ne serait pas : « la liberté de blâmer tant que cela ne nuit pas à l’image du FN » ?

« Marine Le Pen souhaite clairement reproduire dans la sphère des libertés numériques son positionnement de parti hors système qui se bat contre les puissants et protège les opprimés »

Julien Peres :  Marine Le Pen est dans le fantasme. Elle fantasme le numérique comme elle fantasme par exemple l’Europe. Ce fut le cas pour la sortie de l’euro en arguant que la France devait redevenir libre économiquement, ce fut le centre de son combat pour la liberté d’expression lors de l’Affaire Dieudonné, ce n’est pas étonnant désormais qu’elle communique sur la liberté numérique au moment où le débat sur la « loi renseignement » bat son plein, et qu’elle dénonce une « surveillance de masse ».

Si l’on observe par exemple l’attitude relativement agressive du FN face au site d’information Mediapart qui lui est généralement hostile, on peut se demander si la liberté d’expression version FN ne serait pas : « la liberté de blâmer tant que cela ne nuit pas à l’image du FN » ?

Sur la forme c’est une histoire d’habillage pour que son thème fétiche du protectionnisme s’intègre plus généralement dans celui de « la défense des libertés » bien plus séduisant et moins clivant. Stratégiquement cela lui permet de faire venir les adversaires sur son terrain pour l’élection présidentielle de 2017, qui risque de se jouer en partie sur les libertés et les thèmes environnants.

Dans la même catégorie : « Pour Juppé, le premier round a été réussi » Anciens collaborateurs parlementaires, férus de marketing, de numérique et de nouvelles technologies, Cyril Courson et Julien Peres ont co-fondé l’Agence Wefluence à la rentrée 2014. Ils accompagnent aujourd’hui élus, collectivités, institutions publiques et entreprises dans la définition et mise en oeuvre de leur stratégie de communication digitale. Lire la suite.

]]>
Clap de fin pour 27 au Workshop https://www.lapeniche.net/clap-de-fin-pour-27-au-workshop/ https://www.lapeniche.net/clap-de-fin-pour-27-au-workshop/#comments Mon, 24 Nov 2014 15:16:38 +0000 http://lapeniche.net/?p=24660 tire sa révérence

27, le format court de SciencesPo TV, tire sa révérence mercredi à 19h au Workshop, dans le 3ème arrondissement. L’occasion de diffuser en avant-première le dixième et dernier épisode de la série qui cumule plus de 86 440 pages vues sur YouTube.

La série initialement créée par Georgia Poivre et Pierre-Etienne Kirr -deux anciens étudiants en Master Com- est surtout associée à Pierre-Louis Lagnau, l’actuel président du BDE, qui a incarné depuis son entrée à SciencesPo « mon meilleur ami« , le héros du format court.

Il sera bien évidemment présent à l’Afterwork pour la diffusion du dernier épisode dont il sera le héros, comme les photos de tournage que nous nous sommes procurées le laissent deviner (#WikiLeaks #AnonymousKesTuVaFaire).

lagnau

agnau3

agnau

 La série 27 avait été créée dans l’esprit de Bref, en fonctionnant sur le même modèle que la pastille de Kyan Khojandi : « notre idée, c’est d’avoir un spectateur de l’extérieur, en voix-off, qui raconte sur le ton de l’autodérision les péripéties de son meilleur copain qui étudie à Sciences Po » expliquait ainsi Georgia Poivre lors de la création de 27.

« On s’inspire aussi de « How I Met Your Mother » dans l’idée de narration mais aussi dans le montage. Pour les flash-backs et les scènes imaginaires, rêvées, on s’est inspiré de « Modern Family » et, une fois encore, de sitcoms comme « How I Met Your Mother » ajoutait-elle également dans le cadre d’une interview pour le magazine de l’école de com. Après le départ des deux créateurs de la série qui avaient fini leur Master, Pierre-Louis Lagnau avait repris les rênes au début de sa deuxième année pour les deux saisons suivantes.

Pierre-Louis Lagnau et Paul Chevrier lors d'un tournage de 27
Pierre-Louis Lagnau et Paul Chevrier lors d’un tournage de 27

.

« PLL » élu à la tête du BDE, il n’avait clairement plus le temps d’assurer la réalisation de 27. Et puis, « toutes les bonnes choses ont une fin. Je suis par ailleurs enceinte et la charge d’un enfant ne me permet pas de continuer mon travail à 27 » ajoute Pierre-Louis Lagnau.

La fin de 27, c’est aussi la fin d’une époque pour SciencesPo TV. La série avait été le symbole de ce que l’association sait sans doute faire de mieux : faire émerger des figures de promo, des têtes d’affiche et il est incontestable que Pierre-Louis Lagnau doit en grande partie à SciencesPo TV sa présence à la tête de Van7. On saura en mars prochain lors de la prochaine campagne BDE si les autres têtes d’affiche de ScPoTV comme Brendon Novel de la MinuteYep par exemple marcheront dans les mêmes pas que « mon meilleur ami« .

Du côté de SciencesPoTV, le président Nicolas Davila a déjà commencé à travailler sur l’après PLL. Joachim Besançon avait été dans un premier temps recruté pour assurer la relève avant que l’équipe ne change d’avis, en accord avec 27 et Nicolas Davila. « Les thèmes abordés dans 27 ont été épuisés donc on s’est dits qu’on préférait arrêter » explique PLL.

Joachim Besançon lancera finalement au début du second semestre un nouveau format court indépendant de 27. « On ne sait pas vraiment quelle forme ça prendra mais le plus probable, c’est un feuilleton avec des personnages récurrents » affirme Joachim. Un autre format court humoristique avec Olivia Lacoste du BDE est également en projet. Bref, 27 tire sa révérence, mais la relève est là.

 

]]>
https://www.lapeniche.net/clap-de-fin-pour-27-au-workshop/feed/ 3