Front de Gauche – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Wed, 24 Aug 2022 12:58:34 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Front de Gauche – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Militant à Sciences Po, le mode d’emploi https://www.lapeniche.net/militant_sciencespo/ Fri, 04 Dec 2015 05:00:23 +0000 http://lapeniche.net/?p=32147

Un article d’Alice Brogat et de Malte Penot-Lacassagne, avec l’aide de Martin Lewandowski.

Les 6 et 13 décembre prochains auront lieu les prochaines élections régionales. Le scrutin, a priori peu prisé, n’a pourtant rien d’anodin. Il s’agit non seulement des premières élections régionales depuis la réforme territoriale, mais aussi de la dernière échéance électorale avant les présidentielles de 2017. Dans les partis politiques comme au sein des sections à Sciences Po, la campagne prend des airs de répétition générale. La Péniche a voulu en savoir plus. Petit guide du militant du 27.

 

Une mobilisation à géométrie variable

Tous les partis politiques représentés rue Saint-Guillaume ne participent pas à la campagne des régionales. C’est notamment le cas de la section de Nouvelle Donne, dont le parti national ne présente aucun candidat en Ile-de-France. « Les adhérents ne se sont pas mis d’accord sur le choix d’un candidat en Ile-de-France, aucun ne répondait à leurs exigences, explique Alexandre Louradour, président de Nouvelle Donne Sciences Po. Nous pensons par ailleurs qu’il y a un autre enjeu plus important dont on doit parler à Sciences Po en ce moment : la COP 21″.

Même son de cloche chez les Ecolos Sciences Po. « Nous préférons axer notre communication sur la COP 21, plutôt que sur la campagne des régionales, une grande partie de nos adhérents venant de la société civile, et n’étant pas impliqués dans le parti », confie Amélie Gaillat, membre du bureau collégial. La structure de l’association ne joue pas en sa faveur. « Nous ne sommes pas une section, mais une association politique visant, entre autres, à relayer la communication du parti EELV et des Jeunes Ecologistes, qui représentent le mieux nos idées. Chaque militant-te peut décider librement de mener la campagne d’EELV où il-elle veut en France. »

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© Ecolos Sciences Po

Les sections impliquées directement dans ces élections demeurent en règle générale assez indépendantes de leur maison mère. Leurs représentants rappellent qu’ils ont décidé de s’impliquer dans la campagne de leur plein gré. Côme Delanery, militant du Front de Gauche, explique ainsi que « toutes les initiatives viennent des étudiants qui décident spontanément de leurs événements et des thèmes traités. » Tiphaine Armand (UDI) ajoute que cette mobilisation spontanée « est un acte remercié et applaudi par le parti. »

En revanche, du côté du FN, il semblerait que la mobilisation soit une manœuvre politicienne et une décision de parti : « Notre section à Sciences Po est clairement là pour nourrir le programme de Marine Le Pen en 2017 et pour la faire gagner. Tous les éléments de Sciences Po, comme grand établissement de l’enseignement supérieur sont utiles [à Marine Le Pen] pour son programme », explique Thomas Laval, président du FN Sciences Po. Cette démarche demeure une exception à Sciences Po.

 

Des militants très impliqués

Malgré un emploi du temps d’étudiant chargé, le militant de Sciences Po défend ses convictions avec passion et s’implique intensément dans la campagne de son parti. Pour ce faire, tout est calculé pour convaincre le maximum de personne en un minimum de temps. Les militants du PS nous présentent par exemple les avantages du porte-à-porte : « des études comparatives menées durant la campagne de Hollande ont montré que cette manière de faire campagne est beaucoup plus efficace que le tractage« , explique Séraphin Élie, secrétaire de la section. À l’inverse, Omar Ben Abderahmen, vice-président des Républicains Sciences Po, rapporte que les militants des Républicains privilégient le tractage dans Paris, tout comme les militants de l’UDI.

Du côté du Front National, l’action prend une toute autre forme : en quête de légitimité à Sciences Po, la section se concentre sur des actions militantes au sein même de l’école : « Nous avons tenu une table pour faire connaître le programme de Wallerand de Saint-Just (Note de la rédaction : le candidat FN en Île-de-France) » explique Thomas Laval, qui rajoute : « nous allons placarder des affiches de Florian Phillipot et de Wallerand de Saint-Just, distribuer des tracts et des goodies. »

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© FN Sciences Po

Toutefois, les actions du militant sciencepiste ne se limitent pas aux seules actions de terrain. En effet, elles passent aussi par des conférences ou des débats : le Front de Gauche a par exemple invité Eric Coquerel, tête de liste du rassemblement FDG à Paris, à Sciences Po.

Par ailleurs, du côté des Républicains, la section est presque directement impliquée dans l’élaboration du programme de son candidat : « Nous faisons un travail de fond : nous avons un groupe de travail qui produit des fiches sur des projets, des propositions des étudiants de Sciences Po. Elles sont ensuite transmises à l’équipe de Valérie Pécresse (NDLR : la candidate LR en Île-de-France) » , détaille Omar Ben Abderahmen.

Séraphin Élie, résume parfaitement cet état d’esprit. « Je considère que participer à la campagne des élections régionales est une question de responsabilité vis-à-vis du parti. Si on ne participe pas, on n’a pas la possibilité de rencontrer les hommes politiques. Il est essentiel de connaitre le candidat pour qui on milite. On ne peut pas dissocier la politique du militantisme. »

© PS Sciences Po

Un travail autonome, utile et applaudi par le parti

Les sections de Sciences Po bénéficient d’une grande autonomie dans leur travail militant. « En tant qu’organisation étudiante indépendante, on a toute la latitude de réflexion que l’on veut », confirme Côme Delanery (FDG). Toutes les sections s’accordent d’autre part sur les bénéfices que les cadres du parti retirent de l’investissement de la jeunesse. « Ils ont besoin de confronter leurs idées aux nôtres. Hervé Morin est très enclin à l’échange et il respecte, écoute et met en oeuvre quand cela vaut le coup les idées des jeunes qui représentent l’avenir à ses yeux. Les jeunes en politique sont une espèce rare et nos aînés ont besoin de nous pour rester dans la réalité des générations, c’est pourquoi ils nous poussent à continuer », souligne Tiphaine Armand (UDI).

Il faut bien sûr avoir à l’esprit que la jeunesse est aussi un argument de campagne. « Beaucoup d’électeurs sont réceptifs quand les jeunes s’engagent », ne cache pas Séraphin Élie (PS). 

Le militant du 27 est efficace, et le parti duquel il dépend sait le lui faire savoir : « Valérie Pécresse est reconnaissante [de notre travail], d’ailleurs nous l’avons reçue pour notre assemblée générale et elle était très contente du boulot que l’on fournit à Sciences Po », se réjouit Omar Ben Abderahmen (LR).

© Les Républicains Sciences Po

Le militantisme étudiant : démarche désintéressée ou tremplin de carrière ?

La détermination et la ténacité des militants de Sciences Po au service de leur section est indéniable, et celui qui la remettrait en cause aurait bien du mal à trouver des arguments pour soutenir son affirmation. Mais quels sont les motifs qui poussent les étudiants à militer ? À première vue, leur démarche semble désintéressée. « Si on ne le fait pas, qui le fera ? A 20 ans, on a le temps et l’énergie pour rencontrer les gens. Il faut y croire. La moitié des gens ne croient plus en la politique, donc le travail que l’on fournit lors des élections locales est important », affirme Séraphin Élie (PS). « A posteriori, on se rend compte que c’est utile. On parle à des gens à qui on ne parle jamais autrement. Cette confrontation nous permet aussi d’affiner notre argumentaire » renchérit Milan Malik, responsable du pôle mobilisation externe de la section du PS à Sciences Po.

Les raisons avancées par les Républicains sont sensiblement les mêmes. « Il faut aimer le contact avec les gens si l’on s’engage. On ne s’investit pas parce que l’on est obligé de le faire, d’ailleurs nous le disons aux militants de notre section », confirme Omar Ben Abderahmen. Tiphaine Armand (UDI) va dans le même sens. « S’investir dans une campagne quand on est étudiant, c’est comme vouloir s’investir dans une association ou accomplir un projet humanitaire. C’est une volonté personnelle de s’engager pour les autres qui s’explique principalement par le plaisir que cela procure. Ainsi l’investissement au sein d’une campagne est motivé par des valeurs, des idées et un avenir commun meilleur à nos yeux. »

© UDI Sciences Po

Toutefois, l’engagement militant via une section sciencespiste est-il toujours mu par des objectifs uniquement altruistes ou ne répond-il pas parfois à des desseins plus personnels ? C’est du moins ce que dénonce Alexandre Louradour (ND) : « Je reproche l’opportunisme de certains lors des campagnes. Il s’agit d’une minorité, mais certains cherchent à se placer, à créer des liens au niveau local et national. Pour moi, le but premier d’une association politique à Sciences Po n’est pas de s’assurer un avenir via le réseautage et le placement. Les associations ne servent pas à faire campagne mais à produire du débat dans l’école. »

Les sections les plus à gauche défendent un militantisme désintéressé. C’est le cas du Front de Gauche : « En s’engageant on ne cherche pas à faire carrière. On fait cela pour défendre les idées qui nous tiennent à coeur et qui sont centrales dans la lutte aujourd’hui : égalité, démocratie, progrès social, écologie, etc. » se défend Côme Delanery. Même réponse chez les Ecolos Sciences Po, puisqu’Amélie Gaillat confirme que « l’idée est surtout de faire ce qui nous plait et de trouver des moyens de changer les choses à notre échelle. »

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© Front de Gauche Sciences Po

Néanmoins, quand l’on se déplace vers la droite de l’échiquier politique, le carriérisme semble plus présent, ou du moins plus avoué. Séraphin Élie est conscient que « le phénomène de réseautage existe ». « Certaines personnes ont vraiment envie de se montrer, mais il ne faut pas non plus tout condamner. Il s’agit souvent de personnes qui croient en la possibilité de changement, qui ont envie de faire des choses concrètes. Or il n’y a pas de miracle : il faut être sur une liste pour être élu. » Chez les Républicains, ce phénomène n’est pas non plus mal considéré. Au contraire, Omar Ben Abderahmen reconnait que participer à une campagne permet de « s’ouvrir une porte dans le monde politique. C’est ainsi que cela marche, en faisant ses preuves, en montrant l’envie de s’impliquer. Et c’est une bonne nouvelle, la section veut que les gens aient l’opportunité de s’impliquer en dehors de la section des Républicains de Sciences Po. »

Déterminé et enthousiaste, le militant du 27 défend avec conviction ses opinions. Jamais à court de temps ni de volonté pour promouvoir sa section en Péniche, il se bat avec passion pour faire vivre le débat public à l’échelle de Sciences Po. Même s’il est souvent déconsidéré par ses camarades, il reste une figure incontournable de la vie étudiante de notre école.

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Front de Gauche Sciences Po : « Pourquoi nous avons hué Valls » https://www.lapeniche.net/fdg_valls/ Thu, 05 Nov 2015 13:25:13 +0000 http://lapeniche.net/?p=31624

La Péniche donne la parole aux syndicats étudiants et aux sections des partis politiques souhaitant publier un texte ou une tribune, dans notre rubrique « Tribunes ». La position des auteurs de ces tribunes n’engage pas la rédaction de La Péniche. Aujourd’hui, le Front de Gauche revient sur les huées qui ont accueilli Manuel Valls à Sciences Po.

Ce mardi 3 novembre, à 18h, le Premier ministre Manuel Valls était reçu à Sciences Po par l’Ecole d’Affaires Publiques, dans une conférence qui portait sur la question de la « réforme », nouveau dogme politique censé guider l’action de son gouvernement. À l’initiative des responsables de la section du Front de Gauche Sciences Po, et avec la participation d’étudiant.e.s d’autres organisations (ou même non-encarté.e.s), la décision fut prise de l’accueillir. C’est ainsi qu’une vingtaine d’étudiants s’est retrouvée devant l’amphithéâtre Emile Boutmy sous le slogan « Valls, la gauche, tu l’aimes ou tu la quittes ».

Mais pourquoi critiquer, alors que nous nous considérons de gauche, la politique de quelqu’un employant la même étiquette ?

Derrière les mots creux répétés jusqu’à l’abrutissement de la « réforme » face à « l’immobilisme » et de la « modernité » face aux « conservatismes » – le plus souvent « syndicaux », Manuel Valls a un projet politique. Ce projet n’est pas original : il a déjà été conduit aux Etats-Unis par Bill Clinton, au Royaume-Uni par Tony Blair, en Allemagne par Gerhard Schröder, en Espagne par Jose Luis Zapatero,… Il vise à détruire l’offre politique qui se donne pour objectif de faire progresser la souveraineté populaire, de démocratiser les structures économiques, de faire progresser les acquis sociaux émancipateurs. Une offre politique que, depuis la Révolution Française, on a l’habitude d’appeler la gauche.

Manuel Valls est le représentant d’un gouvernement qui a abandonné un à un tous les engagements pris par François Hollande en 2012. Ainsi, le premier ministre a encore annoncé  mardi l’abandon définitif du droit de vote des résident.e.s étranger.e.s. Au Front de Gauche Sciences Po, nous considérons cet énième reniement comme une nouvelle preuve de la trahison du gouvernement à la société française dans sa pluralité.

En accentuant les politiques d’austérité, le gouvernement contribue toujours plus à la précarisation des plus pauvres, qui perdent leur emploi mais aussi leurs acquis sociaux. Le traitement des salarié.e.s d’Air France démontre à quel point le gouvernement de Manuel Valls a pris le parti des patron.e.s et de grandes entreprises qui annoncent des bénéfices historiques (au troisième trimestre 2015, c’est 898 millions pour Air France) mais qui annoncent des milliers de suppression d’emploi. Comment un chef de gouvernement issu du parti se réclamant de Jean Jaurès peut-il qualifier des travailleurs et travailleuses en lutte de « voyous » ? Ce même gouvernement a aussi décidé de prélever 100 millions d’euros dans les fonds de roulement de l’Université alors même que plus de 15 000 étudiant.e.s sont toujours en attente d’affectation pour l’année 2015-2016. Les salarié.e.s, les travailleurs et travailleuses et les étudiant.e.s sont des oublié.e.s.

Mais où sont les principes d’égalité, de fraternité et de solidarité ? Nous n’avons toujours pas vu le changement promis par François Hollande en 2012. Et nous ne l’attendons plus … car nous n’y croyons plus. Le Parti Socialiste a choisi le même parti que celui de la droite: celui des intérêts privés, du libéralisme économique et des plus riches.

Définitivement, nous ne partageons avec Manuel Valls pas la même vision de ce que l’on appelle « la gauche ». Nous considérons qu’un gouvernement social-libéral  accentuant les politiques d’austérité et renforçant les inégalités est un gouvernement au service des puissant.e.s, qui ne peut pas se revendiquer de gauche. Manuel Valls assume aujourd’hui ce qui était encore, au Parti Socialiste, source de complexe hier : mener le « social-réformisme » à tout prix, quitte à bafouer le clivage politique gauche/droite. Manuel Valls représente tout un pan de la « gauche » française qui a décidé de se ranger définitivement et avec entrain du côté de l’ordre européen, celui qui démantèle les services publics, précarise le marché du travail et piétinne la démocratie.

D’ailleurs, où est le « social » dans le social-réformisme que défendait Manuel Valls lundi soir à Sciences Po ? Nous le cherchons éperdument, et alors qu’il annonce sa volonté de réinstaurer le dialogue social, nous ne voyons autour de nous que son étouffement de la part du gouvernement. La méthode de dialogue social de ce pouvoir consiste à valider les reculs sociaux portés par le MEDEF et systématiquement rejetés par de nombreux syndicats : c’était le cas de l’Accord National Interprofessionnel (ANI) signé en 2013, c’est encore le cas de l’accord sur les retraites complémentaires signé en octobre.  La gauche selon Manuel Valls, c’est celle qui fait passer l’odieuse loi Macron en utilisant à deux reprises le 49.3 pour empêcher le débat parlementaire.

Mais que le Premier Ministre ne trompe pas, son entreprise est perdue d’avance. Il ne parviendra pas à faire disparaître du paysage politique les valeurs de la souveraineté populaire et de la justice sociale. Les Blair, les Clinton et les Zapatero sont des ringards. La crise est passée par là et avec elle la démonstration en grandeur nature de la collusion entre gouvernants et les intérêts financiers.

Que Valls et ses amis assument leur parti pris, et qu’ils ne salissent pas les qualifications de « gauche » et de « socialisme », qui perdent tout leur sens lorsqu’ils sont apposés à ce gouvernement!

C’est le message que nous voulions faire passer au Premier Ministre mardi soir. « Valls tire toi », car le peuple a besoin d’une véritable alternative de gauche.

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FN à Sciences Po : Qui sont-ils ? Que veulent-ils vraiment ? https://www.lapeniche.net/fn_sciencespo/ https://www.lapeniche.net/fn_sciencespo/#comments Fri, 28 Aug 2015 07:57:16 +0000 http://lapeniche.net/?p=30226 8h15, jeudi 27 Août 2015. Rémi Sulmont prend le micro rouge et ouvre sa chronique “RTL vous en parle déjà”. Le titre n’a jamais été aussi proche du contenu. “Au mois de septembre, des étudiants de Sciences Po Paris adhérents du Front national vont constituer une antenne du parti”. L’annonce choque. Les réseaux sociaux s’enflamment. Très vite reprise par d’autres médias nationaux, la nouvelle met en avant un étudiant de vingt-deux ans adhérent au parti frontiste, David Masson-Weyl, tout juste admis en Master 1 de Politiques Publiques à Sciences Po. “On veut qu’on se rappelle de la rentrée 2015 comme celle pendant laquelle le Front National a fait son entrée à Sciences Po. Et qu’ensuite il n’en sera peut-être jamais reparti” affirme l’étudiant déterminé dans son projet. Mais, qu’y a-t-il derrière ce “on veut” ? Que veulent-ils réellement ? Que souhaitent-ils mettre en place ? Comment réagissent les autres associations de Sciences Po ? La Péniche les a rencontrés. De David Masson-Weyl à Florian Philippot, en passant par les autres étudiants frontistes, nous vous disons tout.

En janvier 2011, lors de l’investiture de Marine Le Pen à la présidence du Front National, David Masson-Weyl commence à s’intéresser au Front. “Je me suis reconnu dans toute ce qu’elle disait lorsque j’ai entendu son discours à la télévision” déclare l’étudiant ayant d’ailleurs “naturellement voté Marine Le Pen en 2012”.

Particulièrement actif sur les réseaux sociaux, il est repéré par Florian Philippot qui lui propose une rencontre en 2013. David Masson-Weyl intègre alors le Front. En plus de la rédaction de communiqués officiels et d’entretiens de plus en plus fréquents avec le vice-président du parti, il crée quelques mois plus tard un collectif rattaché au Rassemblement Bleu Marine : le Collectif Marianne. “Le but de cette association loi 1901 est uniquement de réfléchir aux questions sur l’éducation supérieure et la recherche afin de nourrir le programme présidentiel de Marine Le Pen pour 2017. On a en effet aujourd’hui un problème de crédibilité sur certains thèmes de campagne”, nous explique-t-il.

Au début de l’été, David Masson-Weyl est admis en Master 1 de Politiques Publiques à Sciences Po après une double-licence Histoire/Droit et un Master de Relations Internationales à l’université d’Assas. “J’ai alors eu l’idée de lancer quelque chose à Sciences Po” déclare-t-il, “car j’avais au sein de l’école des amis sympathisants frontistes qui m’avaient contacté en 2015 afin de poser leur pierre à l’édifice du projet de Marine Le Pen”. Ces amis sont Thomas Laval, Antoine Chudzik, Aymeric Merlaud et Davy Rodriguez. Nous les avons également rencontrés.

David Masson-Weyl, réel initiateur du projet ?

Davy Rodriguez est étudiant en cinquième année à Sciences Po. Militant du Front de Gauche jusqu’au milieu de sa troisième année, il est désormais adhérent du Front National, et ce depuis quinze jours. “La ligne politique de la gauche radicale était de plus en plus éloignée de la défense des gens qui sont dans le besoin. J’ai essayé de parler en interne mais je restais très minoritaire dans la remise en cause de questions fondamentales comme la zone euro, l’espace Schengen ou l’immigration. J’ai alors décidé de changer de parti. Le plus proche était le FN, qui d’ailleurs a changé”.

Selon Davy Rodriguez, l’idée d’implanter le FN à Sciences Po existe depuis plusieurs mois. Ce ne serait pas David Masson-Weyl mais Aymeric Merlaud, étudiant et candidat frontiste aux élections départementales de l’an dernier qui en aurait été l’initiateur, après en avoir parlé à Marine Le Pen en octobre 2014. A ses côtés, Antoine Chudzik, ancien du Parti Socialiste et Thomas Laval, ex adhérent de l’UMP.

“Nous sommes quatre a avoir entamé la démarche. Après, si David Masson-Weyl souhaite nous rejoindre, il n’y a pas de problème. Il est le bienvenu”, nous précise Davy Rodriguez, avant d’ajouter “mais là il vient d’entrer à Sciences Po, on va déjà lui montrer les lieux”. Comme si la médiatisation de ce projet par un nouvel étudiant agaçait, l’ancien du Front de gauche poursuit : “Ce que je sais, c’est qu’on a aidé David à passer le concours de Sciences Po, il ne me semble pas qu’on l’ait contacté l’an dernier”.

Sur l’annonce de la création du FN à Sciences Po par David Masson-Weyl, Davy Rodriguez affirme : “Il n’a pas à nous imposer un leadership. Maintenant, qu’il ait annoncé le projet, tant mieux, ça nous fait de la publicité et met la machine en marche mais c’est dommage qu’il ne nous en ait pas parlé avant car c’est initialement l’idée d’Aymeric Merlaud”. Les quatre adhérents ont d’ailleurs rendez-vous avec Florian Philippot et Marine Le Pen ces prochains jours pour faire le point sur leur organisation interne et leurs projets. “David y sera convié” précise Davy Rodriguez.

La direction du Front National réjouie

Le Front National à Sciences Po est une aubaine pour ledit parti. Joint par téléphone par La Péniche, Florian Philippot se félicite : “Il me semble très positif qu’une grande école comme Sciences Po puisse se rapprocher de ce qu’est aujourd’hui le pays. C’est toujours bien qu’une institution soit pleinement républicaine”. L’ancien énarque affirme : “Il faut des élites dans notre pays mais des élites moins déconnectés et plus proches du peuple français. Sinon, il y a une coupure qui n’est pas saine”. Si son parti s’apprête aujourd’hui à entrer au 27 rue Saint-Guillaume, c’est selon lui car “l’image du Front change beaucoup. Nous avons toujours été haut chez les jeunes mais nous avons de plus en plus d’étudiants chez nous, et tant mieux”.

“On peut être étudiant, intelligent, à Sciences Po et voter Front National”

Rassembler des étudiants autour du projet de Marine Le Pen est l’ambition affichée du FN à Sciences Po. “On souhaite organiser des conférences, inviter Marine Le Pen ou Florian Philippot, organiser des groupes de travail, et surtout débattre”, nous confie David Masson-Weyl. C’est un combat d’idées, de convictions et d’arguments que la future association souhaite donc proposer. “On peut être étudiant, intelligent, à Sciences Po et voter Front National”, appuie-t-il – ou se rassure-t-il.

Mais quel soutien pourrait avoir une telle association à Sciences Po ? La question reste entière. David Masson-Weyl l’avoue : “On ne sait pas vraiment quel soutien nous allons avoir mais je pense que beaucoup de gens à Sciences Po que je ne connais pas encore peuvent être en phase avec nos idées.”

La dernière apparition du Front National date de février 2014 lors du Forum des élections Municipales organisé par Sciences Po TV. Elle s’était soldée par le bouclage de l’école et l’arrivée de dizaines de CRS. Sans oublier le violent chahut causé par la présence de Marine Le Pen pour le forum Elle en 2012.

Comment ainsi imaginer le FN tracter en péniche aux côtés des syndicats et d’autres associations ? “On va se prendre des coups psychologiques et non physiques je l’espère”, reconnaît Davy Rodriguez avant d’ajouter “Ca ne va pas être facile.”

Les associations politiques prêtes au débat

Les associations politiques et les différents mouvements politiques n’ont pas tardé à réagir. Sur leur page Facebook, Les Républicains Sciences Po s’attristent mais se disent prêts à confronter leurs convictions : “nous nous battrons énergiquement sur le terrain des idées et nous gagnerons.”

Même réaction du côté du Front de Gauche, qui déclare : “Ils seront peut être battus à la procédure de reconnaissance. Si ce n’est pas le cas, nous les battrons en 2017, pour l’intérêt des Français. Nous portons l’alternative à la catastrophe dans laquelle nous ont entraînés les dirigeants européens.”

Du côté socialiste, Thibault Berger, responsable de la communication du PS Sciences Po nous confie : “A titre personnel je ne souhaite pas donner plus de visibilité à ce parti dont je condamne les idées. Elles sont nauséabondes et la confusion permanente qu’ils entretiennent dangereuse”. Avant de rajouter “le FN trouvera sur sa route, partout et tout le temps, tous les Socialistes et de nombreux autres, surtout à Sciences Po. C’est un combat de tous les jours que nous devons tous mener.”

Le mouvement étudiant de droite, l’UNI-MET, botte en touche de son côté : “Nous sommes un mouvement étudiant politique, mais apartisan. Nous ne nous préoccupons donc pas des partis politiques. Or, c’est le cas de cette association, donc cela ne nous concerne pas”, nous a répondu Léo Castellote, président dudit syndicat à Sciences Po.

Enfin, l’UNEF se prépare aux hostilités. « Le Front National porte un projet de société profondément excluant, dans lequel celles et ceux n’ayant pas la “bonne” couleur de peau, la “bonne” religion ou encore la “bonne” orientation sexuelle n’auraient pas leur place » affirme Josselin Marc. Puis l’un des responsables du syndicat ajoute : « Ceux-ci sont inacceptables, particulièrement au sein d’un établissement d’enseignement supérieur qui a vocation à l’émancipation. L’UNEF se mobillisera toujours face à la montée de l’extrême droite. »

Le débat est aujourd’hui ouvert et risque de gagner en ampleur dans les prochains jours. Si l’unité n’est pas encore garantie au sein de la future association, elle sera impérative pour regrouper les 120 scrutins nécessaires à sa reconnaissance. Entre acceptation et rejet,  un combat commence. Jamais les conseils de Végèce n’ont paru plus avisés : Si vis pacem para bellum…

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On a passé la soirée avec Jean-Luc Mélenchon (et un peu avec Catherine Deneuve) https://www.lapeniche.net/on-a-passe-la-soiree-avec-jean-luc-melenchon-et-un-peu-avec-catherine-deneuve/ https://www.lapeniche.net/on-a-passe-la-soiree-avec-jean-luc-melenchon-et-un-peu-avec-catherine-deneuve/#comments Wed, 28 Jan 2015 13:55:23 +0000 http://lapeniche.net/?p=26009
Photographie : Loris Boichot

 Indésirable en amphi Boutmy, Jean-Luc Mélenchon a finalement tenu la conférence de l’année du Front de Gauche SciencesPo hier soir, dans un amphi Caquot bondé au 28 rue des Saint Pères.  

Pierre-Yves Cadalen, membre du bureau FDG, qui le déplorait d’autant plus qu’il était “sûr de pouvoir remplir Boutmy avec un invité pareil« , a accueilli l’ex candidat à l’élection présidentielle pour un débat pseudo-contradictoire avec le très libéral Hadrien Clouet (NDLR : l’administration n’autorise un invité politique à venir à Sciences Po que dans le cadre d’un débat contradictoire; le Front de Gauche a donc feint de se plier à la règle) qui fut certainement l’un des grands temps forts de la vie associative et politique sciencepiste de l’année 2014-2015.

Le maître de conférence doctorant a finalement laissé le député européen s’exprimer pendant un peu moins de deux heures de manière ininterrompue, sans intervention du public, autour de la laïcité et de la souveraineté.

 

Un cours d’histoire passionnant

Remettant en perspective le processus historique qui a conduit à l’émergence du principe de laïcité, Jean-Luc Mélenchon a appelé à une défense absolue de la laïcité et  “« à tenir ferme les principes qui font la France ; parce que si vous lâchez, il n’y a plus de France. (..) Il faut renforcer les anticorps républicains de la patrie et la laïcité en fait parti”. “Nous sommes le seul pays à nous construire sur un programme politique Liberté, Egalité, Fraternité: c’est la République qui fonde la Nation et non l’inverse” a-t-il poursuivi.

Du basculement du rapport de forces entre temporel et spirituel sous Philippe Le Bel  au passage de la liberté de culte à la liberté de conscience, la conférence de Jean-Luc Mélenchon fut sans conteste le meilleur cours d’histoire auquel la plupart des étudiants de la salle n’avaient jamais assisté depuis leur entrée à Sciences Po. L’ancien sénateur a éboui le sinistre amphi Caquot de sa verve et de son érudition tout au long d’une conférence bien plus ambitieuse intellectuement que celle proposée par ses collègues écologistes il y a quelques semaines.

“La loi est universelle, elle s’applique à tout le monde de la même manière. Or, l’universalité de la loi suppose l’unité du peuple qui prend la décision, donc il ne peut pas y avoir de loi particulière pour telle communauté qui ne s’appliquerait à tous les autres” a-t-il également poursuivi dans un long réquisitoire contre le communautarisme.

S’attaquant aux vendéens, “ces traîtres à la nation”, Jean-Luc Mélenchon n’a évidemment pas résisté à l’envie de disserter à plusieurs reprises sur la Révolution Française, quitte à indisposer certains auditeurs.  “Il est venu parler des enjeux de la laïcité au 21ème siècle, donc quel est l’intérêt de parler des vendéens, des prêtres réfractaires et de Robert II Le Pieux ?” regrette un des participants.

Photographie : Loris Boichot

 

Une fin de soirée animée

Alors que la conférence s’est achevée aux alentours de 21h, Jean-Luc Mélenchon n’a pas échappé en quittant Sciences Po après de longs applaudissements au micro de Cyrille Eldin. Le leader du Front de Gauche a remonté face à Eldin toute la rue des Saint Pères suivi avec entrain par une nuée de sciencepistes qui se sont précipités sur le journaliste vedette de Canal + pour quelques selfies.

Jean-Luc Mélenchon, accompagné par une quinzaine de sympathisants a ensuite remonté tout le boulevard Saint Germain jusqu’à la rue Bonaparte et le café des deux académies où il a passé la soirée jusqu’à la fermeture de l’établissement aux alentours de 23heures. Le cortège du député européen a notamment croisé le chemin de Michel Hunault, ancien député Nouveau Centre et de Catherine Deneuve, attablée boulevard St Germain, au bar attenant à la Brasserie Lipp en face du café de Flore. Rencontre surréaliste en plein Saint Germain des Près même si Jean-Luc Mélenchon ne l’a pas aperçue.

Mais avec le très sanguin Jean-Luc Mélenchon, cette soirée germano-pratine ne pouvait être de tout repos. Tout d’abord, à la fin de la conférence, il a notamment eu un vif échange avec une étudiante de confession musulmane sur la laïcité : pendant plus de cinq minutes, la science piste a réussi à tenir tête à l’ancien candidat à la présidentielle, jusqu’à le faire sortir de ses gonds. “Vous pouvez comprendre que ça [NDLR : le port du voile] puisse offenser des gens : comprenez que j’en ai ras le bol.”.

Jean-Luc Mélenchon avec Cyrille Eldin. Photographie : Loris Boichot.

Lorsque la jeune étudiante lui fait part de sa crainte de sortir dans la rue de peur d’être menacée, Jean-Luc Mélenchon soupire et se voit alors rétorquer qu’il est facile pour lui de soupirer sachant qu’il a deux gardes du corps à ses côtés.  “J’ai deux gardes du corps avec moi parce que je me tape les fanatiques juifs, les fanatiques musulmans, les fanatiques coptes, les fanatiques bretons, bref, ils en ont tous après moi parce que moi je ne participe à aucune de leur folie” s’emporte alors Jean-Luc Mélenchon.

S’ensuit une altercation acadrabantesque avec un militant Front de Gauche qui le félicite d’avoir su monter une alliance avec l’Union Démocratique Bretonne, parti régionaliste de gauche, ce qui suscite mystérieusement la colère de l’ancien sénateur, qui se demande où l’étudiant a trouvé l’information. Le militant, attaqué, sort alors de ses gonds : “vous êtes pas obligés de m’agresser merde !”. “Allez vous faire éduquer par vos parents et fichez moi la paix” lui répond Jean-Luc Mélenchon avant de partir en interpellant ses proches : « c’était quoi son problème avec celui là ?« .

“There you go again” une heure plus tard dans le café des deux acamédies, en petit comité : face à un sympathisant sciencepiste qui lui fait part de son admiration et qui l’interrogeait sur la pertinence de sa stratégie de communication agressive, le leader du Front de Gauche lui rétorque “vous n’avez  qu’à pas voter pour moi” et quitte la table en grommelant “je vais pas me faire donner des leçons  par un mec de 20 ans, c’est bon”.

 

Mélenchon n’a rien compris à la victoire de Tsipras

Ces deux altercations entre Jean-Luc Mélenchon et ses militants ne sont pas anecdotiques : elles ont un sens, une importance politique qui va bien au-delà de la simple péripétie et je n’ai pas choisi de les rendre publiques dans La Péniche pour le simple plaisir médiocre de l’aspirant journaleux, satisfait de prétendre divulguer un ersatz de scoop qui serait une fin en soi.

Ces deux échanges très musclés, tenus dans un cadre privé ou quasiment privé dans le premier cas, portent un coup fatal au discours tenu par Jean-Luc Mélenchon quant à son attitude soit-disant volontairement agressive et véhémente à l’égard des journalistes.  Celui ci prétend que cette violence et cette brutalité permanentes ne seraient qu’un piège tendu à la classe médiatique, une posture. Jean-Luc Mélenchon ne ferait qu’entrer dans le jeu de la classe “BFM TV” qui passe son temps à “bestialiser l’ennemi”, à le dépeindre comme un “monstre glapissant”.

Soit. Mais alors pourquoi se laisser à aller à de telles saillies devant une poignée de sympathisants ? L’argument de la posture ne résiste pas à l’épreuve des faits que nous avons eu l’occasion de constater hier soir. 

Alexis Tsipras et Pablo Iglesias. Crédits : Aris Messinis, AFP

Une pareille rigidité n’est au fond pas celle d’un homme qui cherche à exercer le pouvoir : c’est celle d’un homme qui a renoncé à convaincre ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. Celle d’un homme qui ne cherche pas à dépasser les 11% des suffrages exprimés. Quel contraste avec un Alexis Tsipras triomphant ou un Pablo Iglesias qui s’apprête à l’être : tous les concepts, toutes les ridigités, tous les dogmatismes d’un Jean-Luc Mélenchon sont justement les vieilles lunes dont se sont débarassées Podemos et Syriza pour accéder au pouvoir ou aux portes du pouvoir.

Alexis Tsipras n’a pas réuni 40% des grecs derrière lui en s’armant de concepts abstraits, de longs discours sur les prêtres réfractaires et les vendéens. Dans une vidéo qui a fait le tour de la toile, Pablo Iglesias prend exemple sur des étudiants partis à la rencontre de citoyens lambda armés de concepts solides et maîtrisant en théorie les processus sociaux de la lutte des classes mais incapables de se faire écouter des gens qui ne comprennent rien.

En s’armant de Gramsci, Iglesias affirme qu’“on se fait avoir depuis des années. Le fait que l’on perde à chaque fois implique une chose : que le sens commun des gens est différent de ce que nous pensons etre juste.” “C’est comme ça que l’ennemi nous veut : petits, parlant une langue que personne ne comprend, minoritaires, cachés derrière nos symboles habituels, où nous ne présentons aucun danger”. Jean-Luc Mélenchon a 33 ans de plus que Pablo Iglesias. Mais Podemos a 33 ans d’avance sur Jean-Luc Mélenchon.

Cet éditorial a pu être écrit grâce à l’aide et la relecture précieuses de Loris Boichot. 

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Zemmour et Mélenchon : des invités jugés indésirables à SciencesPo ? https://www.lapeniche.net/zemmour-et-melenchon-des-invites-juges-indesirables-a-sciencespo/ https://www.lapeniche.net/zemmour-et-melenchon-des-invites-juges-indesirables-a-sciencespo/#comments Tue, 18 Nov 2014 08:58:49 +0000 http://lapeniche.net/?p=24481 zemmourmelenchon

“SciencesPo nous apprenait à ne jamais rester sec, à parler toujours (…) : cette école est l’ennemie du silence” assurait Marin de Viry -chroniqueur littéraire pour la Revue des deux Mondes- dans la revue Charles du printemps 2013 consacrée à SciencesPo.

Nonobstant le large consensus de centre-gauche qui règne parmi les étudiants foulant chaque jour le sol de la péniche, cette dernière en effet a pris l’habitude de recevoir la visite de quelques personnalités qui s’aventurent bien au-delà des frontières du spectre politique sciencepiste.

C’était le cas en 2012 de Marine Le Pen vociférant contre les “enfants de bourgeois” en train de la siffler devant l’amphi Boutmy ou d’Alain Finkelkraut tentant d’échapper tant bien que mal aux étudiants venus le chahuter lors d’une conférence en 2008.

Mais ce SciencesPo ouvert à tous les vents, aussi clivants et peu consensuels soient-ils, semble désormais engagé dans une voie bien différente.

 

Melenchon relégué au sous-sol d’un bâtiment annexe

Les difficultés éprouvées récemment par le Front de Gauche SciencesPo pour inviter Jean-Luc Mélenchon posent en tout cas certaines questions quant à la politique de l’administration.

Fin septembre, la section sciencepiste du FDG avait formulé une demande de réservation de l’amphithéâtre Boutmy : Jean Luc Mélenchon avait en effet accepté de venir à SciencesPo le 19 novembre à 19h15.

Or, cette demande avait été immédiatement refusée par la direction de la vie étudiante au motif que l’amphithéâtre Boutmy ne pouvait pas être réservé par une association politique. Un argument qui laisse perplexe sachant que l’UMP SciencesPo avait pu inviter sans aucun souci Nathalie Koscizusko Morizet en Boutmy le 13 novembre 2013. D’ailleurs, lorsque Nicolas Thomas, l’ancien président de la section avait “effectué la demande, l’administration ne m’ [lui] a posé aucun problème pour accéder à ma [sa] requête et réserver Boutmy” assure-t-il. Julien Palomo que nous avons interrogé dément toutefois avoir exposé cet argument auprès du Front de Gauche.

Nathalie Kosciusko-Morizet et Nicolas Thomas, l'ancien président de l'UMP SciencesPo, dans l'amphi Boutmy en novembre 2013. Credits : Pascal Legrand
Nathalie Kosciusko-Morizet et Nicolas Thomas, l’ancien président de l’UMP SciencesPo, dans l’amphi Boutmy en novembre 2013. Credits : Pascal Legrand

 

Mélenchon a donc dans un premier temps été étrangement relégué dans l’amphithéâtre Chapsal. Pourtant, Pierre-Yves Cadalen, membre du bureau FDG, se disait “sûr de pouvoir remplir Boutmy avec un invité pareil, c’est dommage”.

Pas de Boutmy donc, et pas de Chapsal non plus au final. Julien Palomo a en en effet annoncé à Pierre-Yves Cadalen début novembre que Jean-Luc Mélenchon serait finalement déplacé au sous-sol du 13 rue de l’Université, dans l’amphithéâtre Jean Moulin.

La raison avancée était la venue de Jean-Yves Le Drian, l’évanescent ministre de la Défense, le même jour à la même heure  pour une conférence intitulée “Quels choix de défense dans un environnement budgétaire contraint ?” et réservée aux étudiants de l’Ecole des Affaires internationales. “Ca me semblait indigne de faire venir Mélenchon dans cette salle petite obscure donc on a préféré annuler la conférence” explique Pierre-Yves Cadalen.

L’invitation de Jean-Yves Le Drian par Ghassan Salamé, doyen de l’Ecole des Affaires internationales de Sciences Po le même jour et la même heure que Jean-Luc Mélenchon pose en effet question sur la volonté supposée de l’administration d’écarter Jean-Luc Mélenchon du 27. Julien Palomo s’en défend et explique que l’agenda chargé de M.Le Drian a poussé son cabinet à imposer ce créneau horaire là au dernier moment. Mais pourquoi ne pas avoir proposé une autre date au Front de Gauche ? M.Palomo assure que le planning de Boutmy était complètement plein toute la semaine, il n’y aurait apparemment pas un seul créneau horaire disponible. 

Eric Zemmour lors d'une séance de dédicaces du Suicide Français. Crédits : Europe1.
Eric Zemmour lors d’une séance de dédicaces du bucher des vaniteux. Crédits : Europe1.

 

Zemmour : l’administration dit non “pour des raisons de sécurité”

Mais surtout, le cas Mélenchon est loin d’être isolé. Critique de la Raison Européenne (CRE), l’association eurosceptique de l’école qui rassemble souverainistes de gauche et de droite, s’est récemment vue refuser l’organisation d’une conférence avec Eric Zemmour.

Grâce aux contacts d’une des militantes de l’association avec le polémiste, CRE avait obtenu l’accord de principe d’Eric Zemmour pour organiser une conférence qui aurait du avoir lieu la semaine du 24 novembre. L’attachée de presse de Zemmour chez Albin Michel, Isabelle Muller, avait même donné un accord définitif.

Mais lors d’une première visite de Nicolas Pouveau –le responsable de CRE SciencesPo cette année– au bureau de la vie étudiante la semaine du 13 octobre, ce dernier s’est vu imposer un certain nombre de conditions. Pas de dédicaces, pas d’auditoire composé de non-sciencepistes et surtout, pas de Zemmour comme seul et unique intervenant, sa venue devant prendre la forme d’un débat ou d’un échange à plusieurs voix.

L’économiste Jacques Généreux ayant donné son accord pour participer à l’évènement autour du thème “L’U.E : un suicide français ?”, Nicolas Pouvreau est revenu à la charge après les vacances de la Toussaint. Cette fois, le discours de Julien Palomo, responsable de la vie étudiante s’est avéré être beaucoup plus ferme : “pour des raisons de sécurité”, SciencesPo ne peut pas accepter l’organisation d’un tel évènement dans ses locaux. Rebelote la semaine suivante lorsque Raphaël Audoire et Davy Rodriguez, deux membres actifs de l’aile “gauche” du CRE- se sont déplacés une troisième fois au bureau de la vie étudiante.

Des cars de CRS boulevard St Germain pour le forum SciencesPoTV. Photographie : Guillaume Casel.
Des cars de CRS boulevard St Germain pour le forum SciencesPoTV. Photographie : Guillaume Casel.

Avant de conclure précipitamment à une décision d’ordre politique, il faut admettre que les “raisons de sécurité” invoquées par Julien Palomo sont le reflet de deux réalités objectives.

Premièrement, SciencesPo, à cause de l’éparpillement de ses bâtiments et de ses nombreuses ouvertures, est un établissement particulièrement peu sécurisé : la venue d’un intervenant comme Zemmour mobilise donc des moyens humains et financiers conséquents. « SciencesPo est au coeur d’un quartier avec des petites rues étroites, Boutmy a une grande baie vitrée, bref, ce n’est pas idéal en matière de sécurité.  SciencesPo est d’ailleurs obligé de payer un service de sécurité d’une société extérieure régulièrement » affirme Julien Palomo.

Deuxièmement, la médiatisation de l’établissement, sa position particulière, chaque événement potentiellement sensible peut facilement provoquer des mobilisations. Les échauffourées de l’an passé lors de la venue de Walleyrand St Just et de la (non) venue de Florian Philippot en sont la preuve. Et ces débordements ont tendance à sérieusement agacer les appariteurs, obligés une fois par semestre de s’improviser policiers anti-émeutes : cette grogne du côté des agents de sécurité n’est pas non plus étrangère à la réticence de SciencesPo de faire venir Eric Zemmour.

Nigel Farage, le leader d'UKIP
Nigel Farage, le leader d’UKIP

 

Une volonté de dé-politiser SciencesPo à l’oeuvre ?

Mais ces raisons techniques ne convainquent pas Davy Rodriguez. “Il est possible qu’il y ait une volonté politique d’empêcher les gens de s’exprimer, d’empêcher que le clivage ne s’exprime”. “Ces deux affaires qui interviennent en même temps nous paraissent symptomatiques d’un rétrécissement du champ des invités tolérés à Sciences Po.« ” ajoute Nicolas Pouvreau.

Car si “les raisons de sécurité” invoquées dans le cas de Zemmour peuvent paraître comme éventuellement légitimes, ce n’est absolument pas le cas de Nigel Farage, le leader d’UKIP, qui a accepté de venir à SciencesPo sur proposition d’Alexandre Loubet, actuellement en stage auprès d’EUDemocrats. Or, là aussi, l’administration ne se montre pas forcément très favorable à l’idée que Farage franchisse les grilles du 27 Rue Saint Guillaume, Julien Palomo ayant indiqué lundi 17 novembre à Nicolas Pouvreau que l’administration allait « étudier la question« . Sans s’avancer plus que ça.

Le britannique, libéral-conservateur farouchement eurosceptique,  ne dispose pourtant pas vraiment d’une notoriété exceptionnelle en France. “ »Zemmour est peut-être quelqu’un de très clivant dans le contexte actuel. Mais Farage, lui, est beaucoup moins médiatisé en France. Pas sûr que les habituels trouble-fête se mobilisent…« ” affirme Nicolas Pouvreau.

Pour Nicolas Pouvreau, ce contrôle drastique des invités n’est pas à mettre au passif de la direction de la vie étudiante : “cela ne vient pas des responsables de la vie étudiante, qui restent toujours aussi disponibles et ouverts. Dans le cas Zemmour, le veto ne venait à mon avis absolument pas de Julien Palomo, même s’il fut obligé d’assumer cette décision devant nous”. Même son de cloche du côté de Davy Rodriguez : “je n’ai rien à reprocher à Palomo, il fait son boulot plus qu’honnêtement”.

Ibraymi
Un appariteur devant l’amphi Boutmy pendant le forum des municipales. Photographie : Amal Ibraymi.

Plus qu’une réticence de la direction d’inviter des personnalités qui s’éloignent du corps doctrinal de SciencesPo, ces trois « affaires » témoignent plutôt d’une volonté d’éviter les remous qu’a pu connaître SciencesPo dans le passé. « Il y a une lassitude générale parmi le personnel à l’idée que chaque événement puisse créer une atmosphère électrique » affirme Julien Palomo, qui assure avoir reçu plusieurs mails d’étudiants excédés parce qu’ils n’avaient pas pu entrer dans l’établissement lors du blocage de l’entrée du 27 pour le forum SciencesPo TV notamment.

Les étudiants seraient en réalité de moins en moins politisés, et l’administration n’aurait pas vraiment envie de « sortir l’artillerie lourde pour assurer la bonne tenue d’une conférence à laquelle cent personnes vont assister au détriment de tout une communauté » ajoute Julien Palomo.

Le refus d’inviter Eric Zemmour à SciencesPo apparaît au fond comme une nouvelle étape dans la business-schoolisation de l’école. Eviter le clivage et les incidents à tout prix pour cultiver une image aseptisée et dépolitisée, tel semble être le mot d’ordre de ces orientations.

Quitte à donner l’impression que l’Institut d’Etudes POLITIQUES de Paris cherche plus à prendre exemple sur l’IPAG des années 2010 que sur la Sorbonne des années 60. Ce serait porter atteinte à l’essence même de l’école : la plupart des sciencepistes n’ont pas candidaté à l’école des sciences politiques pour vivre à l’écart de la politique. Ils ont en partie candidaté pour entendre Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour.

 

NB : article repris sur la page Facebook de Jean-Luc Mélenchon

 

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