Frédéric Mion – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Wed, 28 Apr 2021 13:45:23 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Frédéric Mion – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Comprendre la succession de la FNSP : récapitulatif des derniers évènements https://www.lapeniche.net/comprendre-la-succession-de-la-fnsp-recapitulatif-des-derniers-evenements/ Wed, 28 Apr 2021 07:04:38 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=53280 Après l’onde de choc, la reconstruction. Depuis le 6 janvier dernier, date de la démission de l’ancien président de la FNSP Olivier Duhamel, messages venant de la direction, manifestations étudiantes et articles de presse se succèdent autour d’une seule et même question : qui vont être les prochain.e.s dirigeant.e.s de Sciences Po ? Face au flot d’informations, La Péniche a retracé pour vous les grands soubresauts de l’élection de la future directrice de la FNSP.

Le 13 janvier, le Conseil d’administration de la FNSP ouvre une « nouvelle procédure de désignation des membres du collège des représentants. » Nul ne doute, parmi ceux placés dans l’intimité du dossier, que nous aurons assurément à faire à un « long processus de succession », pour reprendre la formule consacrée par Le Monde la veille. « Il va falloir du temps pour que Sciences Po retrouve un cap », poursuit l’article en question. Le 16 février, le Conseil de l’Institut et le Conseil scientifique s’unissent dans une communication aux étudiant.e.s pour dénoncer le comportement de Frédéric Mion et préciser que, « pour restaurer la confiance […] [ils] demand[ent] une transparence totale de la part de la direction de Sciences Po. » Face à la crise traversée par l’IEP, dont parlent tous les journaux, l’enjeu est de montrer un nouveau visage, plus démocratique, moins opaque et plus proche des communautés de Sciences Po. Le Monde a beau évoquer, le 17 mars, un « fond de polémique » latent, il n’en demeure pas moins que la controverse demeure alors d’une relative marginalité. Le temps est encore au séisme provoqué par les révélations des semaines précédentes.

Ce n’est qu’une fois les pourparlers éternisés que le scepticisme se fait jour. Début avril, un message des représentant.e.s étudiant.e.s Thomas Le Corre et Anaïs Picart remet en question la volonté de transparence exprimée par l’institution. Tou.te.s deux critiquent vivement le déroulement de cette première procédure, qu’un mail du Président par intérim de la FNSP et de la Présidente du Conseil de l’IEP envoyé quelques heures plus tôt a résumé aux étudiant.e.s. Ce dernier informe succinctement que plusieurs réunions ont eu lieu, la dernière en date du 1er avril, pour examiner, auditionner et enfin sélectionner une candidate, finalement rejetée par le Conseil d’administration de la FNSP. Anaïs Picart et Thomas Le Corre expliquent dans leur mail que leur rejet de la candidature de Nonna Mayer est « un vote de défiance ». Il.elle.s dénoncent un manque de pluralisme, de transparence et de démocratie interne, comparant la situation à une élection lors de laquelle « vous vous rendez dans votre bureau de vote sans connaître les candidat.e.s qui se présentent puis en apprenant qu’il n’y a qu’un.e seul.e candidat.e ».

Il ne s’en est fallu que de quelques jours pour que la presse relaye massivement cette dénonciation sans ambages : une tribune parue dans Libération le 9 avril évoque une profonde « dérive institutionnelle » de l’institution, notamment liée aux lacunes quant à la transparence du processus décisionnel. « Trop, c’est trop » introduisent ainsi chercheur.se.s-enseignant.e.s et personnels de Sciences Po, également offusqué.e.s par les attaques personnelles subies par Nonna Mayer suite à ses travaux sur l’islamophobie. Parue trois jours plus tard, une tribune de l’économiste Romain Rancière, ancien postulant à la présidence de la FNSP, déplore dans Le Monde les atermoiements d’une « tragi-comédie » qui dure et vis-à-vis de laquelle il ne manque pas de sévérité. Si l’on s’en fie au discours qu’il rend manifeste, « Le jour du débat au conseil d’administration, il n’y a curieusement plus qu’une seule candidature officielle, Nonna Mayer, qui sera battue », au mépris des projets formulés par Pascal Perrineau et lui-même. Il en résulte l’absence de décision.

Le 2 avril, une nouvelle procédure est lancée, donnant lieu à un appel à candidature entre le 3 avril et le 7 avril, date à laquelle plusieurs candidatures sont examinées. Parmi elles, Madame Betrand Dorléac, elle-même membre du comité de recherche et ayant démissionné le 6 avril. Deux candidat.e.s sont finalement auditionné.e.s le 9 avril : Laurence Betrand Dorléac et Bertrand Badie. Le 15 avril, la candidature de Madame Bertrand Dorléac est présentée au Conseil d’administration lors d’une réunion informelle et acceptée par ce dernier. C’est donc à la conclusion d’un processus relativement fermé, et dont Bertrand Badie a fustigé la dimension « peu crédible », que Laurence Bertrand Dorléac s’est retrouvée en position de présider la FNSP.

Manifestation étudiante devant le 27 rue Saint-Guillaume pour demander la démission de Frédéric Mion (8 février 2021)

Nous avons contacté les représentant.e.s étudiant.e.s, pour savoir ce qu’il.elle.s pensaient de la seconde procédure mise en place. Alors qu’il.elle.s appelaient, le 1er avril dernier, à une participation plus directe des élu.e.s étudiant.e.s « au processus de sélection et d’audition des candidats », il.elle.s ne se montrent que partiellement satisfaits. Anaïs Picart explique ainsi que, si « certains efforts ont été faits », vis-à-vis de la transparence et de la communication aux étudiant.e.s notamment, plusieurs problèmes subsistent, les principaux étant l’absence de pluralité, et le fait que Madame Bertrand Dorléac faisait elle-même partie du comité de recherche. L’Express évoque de manière plus générale la tendance à la perpétuation d’un « entre-soi » microcosmique s’épanouissant dans l’opacité des négociations. Malgré tout, la légitimité de Madame Bertrand Dorléac, attestée par l’unanimité des dix voix du comité de sélection de la FNSP, n’est plus à prouver : « Laurence Bertrand Dorléac porte les valeurs de pluralisme, de rigueur scientifique et d’honnêteté intellectuelle que nous promouvons » arguaient ainsi l’intégralité des directeurs des centres et départements de l’IEP, dans une tribune au Monde le 8 avril.

Cette critique émise par les représentant.e.s étudiant.e.s au Conseil d’administration de la FNSP semble avoir trouvé un écho auprès des étudiant.e.s eux-mêmes. Le vendredi 16 avril, un étudiant de deuxième année, Baptiste Delmas, a publié une lettre ouverte intitulée « Cautionnons-nous cela ? », dénonçant une certaine opacité dans le processus de désignation de la nouvelle directrice de la FNSP. Il s’adresse directement aux étudiant.e.s, demandant si ceux.elles-ci « cautionn[ent] » la procédure de la FNSP, et les appelle à se mobiliser. Pour lui, l’enjeu est de « fédérer à nouveau l’ensemble des communautés de Sciences Po », ce qui ne sera possible « qu’en mettant un terme à l’opacité et l’entre-soi dont cette crise s’est nourrie ». Repartagée plusieurs fois sur les réseaux sociaux, la lettre n’a pour l’instant pas eu d’effets sur le processus institutionnel et demeure relativement peu relayée par la presse et le monde médiatique dans son ensemble.

Malgré des critiques de la part de certain.e.s étudiant.e.s, le processus de désignation, qui s’est déroulé selon les statuts de la FSNP, se poursuit. Une réunion formelle est ainsi prévue le 10 mai prochain pour valider la Présidente ainsi que le nouveau bureau de la FNSP. Quel regard rétrospectif, dès lors, porter sur ce tortueux processus de nomination ? La fracture laissée béante par les départs d’Olivier Duhamel et Frédéric Mion a donné lieu à un essaim d’oppositions fratricides, dont seulement quelques relents ont pu transparaître au grand public, pour l’essentiel tenu à distance de la procédure. Certaines candidatures ont donné l’impression d’avoir été disqualifiées d’office, ou en cours de processus, contribuant à l’irrigation d’un sentiment d’opacité. Enfin, la multiplication pléthorique de messages informatifs soulignant le plus souvent l’infructuosité d’une réunion informelle ou le report du processus décisionnel ont contribué à la disqualification d’un certain nombre de décisionnaires, dans l’esprit des élèves, ainsi qu’à l’impression d’un manque de ligne directrice renvoyée par l’institution. Presque quatre mois après l’onde de choc, les décombres demeurent.

Crédit image : La Péniche (Marceline Samion et Elise Ceyral)


Comprendre la procédure de nomination

La procédure de nomination du.de la dirigeant.e de la FNSP se déroule en plusieurs phases. Tout d’abord, après un appel à candidatures, un comité de recherche étudie celles reçues, et décide d’en auditionner certaines. Ce même comité choisit alors un.e candidat.e, qu’il présente au Conseil d’administration de la FNSP lors d’une réunion informelle. Si cette proposition est acceptée aux deux tiers des voix, une réunion formelle a ensuite lieu pour valider le.la nouveau.elle président.e, ainsi que pour choisir les membres du nouveau bureau. Si la candidature est rejetée, le même processus est répété.

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ALERTE INFO – Affaire Olivier Duhamel : des collages féministes aux abords de Sciences Po https://www.lapeniche.net/alerte-info-affaire-olivier-duhamel-des-collages-feministes-aux-abords-de-sciences-po/ Sun, 17 Jan 2021 13:35:56 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=53078 Le dimanche 17 janvier 2021 au petit matin, des étudiant.e.s de Sciences Po Paris se sont rendu.e.s rue Saint-Guillaume et rue des Saints Pères pour procéder à des collages en réaction à l’affaire Olivier Duhamel. Cette action intervient dix jours après la parution de La Familia grande, livre de Camille Kouchner dans lequel elle relate les faits d’inceste qu’elle accuse son beau-père, Olivier Duhamel, ancien président de la FNSP, d’avoir commis à l’encontre de son frère jumeau. Les jours suivants, alors qu’une onde de choc secouait la communauté sciencepiste, Le Monde a révélé que Frédéric Mion, directeur de Sciences Po, était au courant des accusations pesant sur Olivier Duhamel depuis plusieurs années. La démission de Frédéric Mion a alors été réclamée par certain.e.s étudiant.e.s, conduisant à des manifestations devant la rue Saint-Guillaume. 

Parmi les collages, on retrouve des appels à la démission à l’encontre du directeur de Sciences Po ainsi que des accusations de complicité de l’institution. Si l’action s’est dans l’ensemble passée sans encombre, les colleur.se.s se sont retrouvé.e.s confronté.e.s aux appariteurs : “[Pour] le dernier [collage], “Mion démission”, les appariteurs nous ont vu.e.s” raconte une colleuse. “Ils étaient à trois à 7h30 devant le 27 [rue Saint-Guillaume], deux ont commencé à nous suivre, on s’est barré.e.s en courant en plusieurs groupes et on les a semés.” “Tout le monde va bien bien mais on a dû abandonner du [matériel]”, précise-t-elle.

L’action de ce dimanche s’inscrit dans un large mouvement de dénonciation de l’omerta pesant sur le crime de l’inceste et l’impunité de ceux qui le commettent. Ce mouvement, déclenché par les révélations successives au sujet d’Olivier Duhamel, s’est notamment traduit par l’émergence du hashtag #metooinceste depuis samedi 16 janvier sur Twitter.

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Affaire Olivier Duhamel : retour sur le ressenti des élèves de Sciences Po https://www.lapeniche.net/affaire-olivier-duhamel-retour-sur-le-ressenti-des-eleves-de-sciences-po/ Sat, 09 Jan 2021 14:00:07 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=53067 À la suite des articles du Monde au sujet de l’affaire Olivier Duhamel, de nombreux.ses étudiant.es de Sciences Po font part d’une vive émotion, et réclament même pour certain.es la démission du directeur de l’école, Frédéric Mion.

Depuis lundi 4 janvier, jour où le journal Le Monde révèle l’existence d’accusations d’inceste contre Olivier Duhamel, l’ancien président de la Fondation des Sciences Politiques, Sciences Po connaît une véritable onde de choc. Ces révélations, tirées de l’ouvrage La Familia grande de Camille Kouchner (Seuil, 2021), ont eu un retentissement direct sur l’institution de la rue Saint-Guillaume, où M. Duhamel a enseigné pendant des années le droit constitutionnel.

L’affaire a immédiatement fait réagir l’institution, et notamment Frédéric Mion, directeur de Sciences Po. En effet, si au départ, ce dernier affirme n’avoir pris connaissance des faits qu’avec l’article du 4 janvier, exprimant sa “stupeur” dans un mail dédié aux étudiant.e.s et à l’équipe pédagogique, il est visé dès mercredi 6 janvier par un nouvel article du Monde dans lequel il est révélé qu’il avait été mis au courant des accusations contre M. Duhamel dès 2019. Il précise alors, dans une seconde communication, avoir été informé de l’existence de “rumeurs” dès 2019 sans y avoir cru.

De nombreux.ses sciencepistes ont réagi à ces révélations, souvent avec émotion, dans des publications sur les réseaux sociaux, notamment Facebook, Instagram et Twitter. Différents communiqués d’associations et organisations syndicales (par exemple Garçes, l’UNEF ou NOVA) appelant à la démission de Frédéric Mion ont également été publiés. Ces publications ont été suivies par deux manifestations le 7 janvier devant le 27 rue Saint-Guillaume, réclamant elles aussi la démission de Frédéric Mion. Face à ces réactions, La Péniche est allée à la rencontre de plusieurs sciencepistes une semaine après la parution du premier papier du Monde, afin de recueillir leurs ressentis d’une part au sujet des révélations concernant Olivier Duhamel, et d’autre part à propos de la réaction de Frédéric Mion. 

“J’ai la nausée.”

Pour ce qui est de l’affaire Olivier Duhamel, les sciencepistes sont unanimes, et condamnent tou.tes les actes reprochés à l’ancien professeur. Manon*, étudiante en M1, est encore très affectée par les récentes révélations : « J’ai la nausée. Quand j’ai vu l’article [du 4 janvier] tomber, je me suis sentie en colère, profondément dégoûtée ». Côme**, étudiant en M2, n’est pas moins sévère. « J’ai ressenti une peine immense pour “Victor” Kouchner en découvrant les révélations de sa sœur, Camille, et un dégoût profond » affirme l’étudiant. « J’ai, à titre personnel, été amené à côtoyer Olivier Duhamel dans le cadre de mes fonctions passées et, rétrospectivement, penser que l’on a serré la main à un violeur d’enfant est glaçant. » Raphaël**, étudiant en M1, raconte lui aussi son effroi : « Quand je lis les premiers mots de l’article du Monde, je suis, comme tout le monde, pris d’un dégoût immense. Ces faits sont abjects, impensables, immondes. Je pense tout de suite à celle qui écrit ces mots, et son frère bien sûr. […] Je pense aussi à toutes ces fois où j’ai croisé Olivier Duhamel, où j’ai discuté avec lui, à [ce jour] où il m’a chaleureusement félicité devant tout le Conseil de l’Institut quand j’ai été élu vice-président étudiant. Ça me terrifie de penser que j’ai pu recevoir les éloges d’une telle personne, qui s’est rendue coupable de l’horreur. »

La réaction de Frédéric Mion remise en question

Par ailleurs, à la suite de la parution de l’article du Monde daté du 6 janvier, certain.es élèves s’indignent du comportement de Frédéric Mion, directeur de l’école et proche de M. Duhamel. Ainsi, Stefania**, étudiante en 2A, condamne fermement la réaction du directeur : « les mots les plus adaptés sont trahison, déception. Je croyais en la sincérité de Frédéric Mion. Quand j’ai lu les mots du Monde, j’ai d’abord pensé que je n’avais pas bien compris. J’étais incrédule. […] Je n’osais pas croire qu’on puisse mentir comme ça à ses étudiant.es. ». Dans un statut publié sur son profil Facebook, Ayyur, étudiant en M1, déplore : « Je n’arrive pas à comprendre comment on peut savoir sans rien dire, comment on peut présenter un homme [accusé de tels faits] comme sans failles, humble, correct et le qualifier “d’exemple à suivre”. Frédéric Mion disait même nous laisser “entre de bonnes mains” lors de cette leçon inaugurale donnée par Olivier Duhamel. » 

De plus, plusieurs étudiant.es voient une contradiction entre les différentes prises de position de M. Mion contre les violences sexistes et sexuelles et ses communications actuelles : « Le fait que [Frédéric Mion] se pose comme un allié d’un féminisme qui défend les personnes victimes des violences sexuelles, et qu’il le répète à chaque rentrée alors qu’il s’est rendu complice de la présence d’un criminel potentiel au sein de Sciences Po, est à mes yeux inadmissible », dénonce Manon. Stefania renchérit : « Je le pensais engagé contre ça, pour le féminisme, notamment parce qu’on a assisté sous sa présidence à la création de la cellule de veille et d’écoute pour les violences sexistes et sexuelles. » Pour les deux étudiantes, la réaction du directeur est symptomatique de tout un système, et non pas un cas isolé. Ainsi, pour Stefania, « tout cela montre bien que les systèmes de domination sont encore en place. Une élite est encore là. Il faut continuer à se mobiliser pour que ça change. […] Finalement, c’est surtout une affaire d’influence, une affaire de pouvoir. » Manon abonde dans son sens : « On fait ici face à tout un système de protection mutuelle et d’accaparement du pouvoir dans un petit cercle d’élites masculines, à une réelle omerta. » 

La question de la démission

Dans une nouvelle communication datée du 7 janvier, M. Mion écarte toute possibilité de démission, une volonté réaffirmée lors des deux réunions avec les élu.es étudiant.es qui se sont tenues à Sciences Po les 7 et 8 janvier. Certain.es sciencepistes estiment effectivement qu’une démission du directeur n’est pas nécessaire ni souhaitable. Ainsi, Côme déclare : « S’agissant de Frédéric Mion, je crois qu’on est dans quelque chose de radicalement différent. Les manifestations et les slogans proférés contre lui sont à cet égard complètement excessifs et déplacés. Il a commis des erreurs, mais le désigner comme le complice d’Olivier Duhamel est légalement et moralement inepte. » L’étudiant évoque également les réunions des 7 et 8 janvier : « Je crois que [ces conseils] lui ont, largement, renouvelé leur confiance aujourd’hui [vendredi] et qu’une démission, si elle a pu être à l’ordre du jour mercredi soir, alors que le choc des révélations de l’avant-veille était encore grand, est une hypothèse aujourd’hui écartée par l’institution ». Raphaël témoigne aussi de son expérience particulière en tant qu’élu étudiant : « les événements qui se sont succédés cette semaine, et qui selon moi ne doivent pas être mis sur le même plan – je condamne fermement ceux qui assimilent les crimes commis par Olivier Duhamel au comportement de Frédéric Mion – m’ont rappelé également la difficile tâche, à titre personnel, d’agir en tant que représentant des étudiant.es, [dans un contexte où] la violence des révélations rend la situation extrêmement tendue, avec, partout, un choc immense. »

Cependant, pour d’autres sciencepistes, la démission du directeur de Sciences Po s’impose. C’est par exemple le cas de Stefania : « Je ne vois pas comment Frédéric Mion peut ne pas démissionner. À la suite de ces mots, je ne le vois pas continuer, c’est juste pas possible. Comment, après avoir rompu la confiance ? [Frédéric Mion qui ne démissionne pas], ce n’est pas digne de Sciences Po. Ce n’est pas digne de la confiance des étudiants. S’ il ne démissionne pas, où est la confiance ? Les tensions vont être encore plus fortes, ça va aller plus loin, c’est sûr. » Manon va dans son sens, ajoutant à l’argument de la confiance rompue celui du « mensonge » : « Pour moi, Frédéric Mion devrait démissionner, ce serait la moindre des choses au vu de ses mensonges et de l’image qu’il veut donner de Sciences Po ». Stefania poursuit, élargissant sa réflexion à l’ensemble de l’institution :  « Que dit toute cette affaire de la transparence de la gouvernance à Sciences Po ? Tout le CA de la FNSP ne devrait-il pas démissionner ? Toutes les personnes autour du directeur ne devraient-elles pas démissionner ? Ça sera brutal, mais que faire d’autre au vu d’une telle fracture de la confiance ? »

À la veille d’un nouveau rassemblement, prévu lundi 11 janvier, et quelques jours à peine après la publication des enquêtes du Monde, la suite des événements demeure encore imprévisible. Une chose est sûre : l’affaire Olivier Duhamel aura eu un impact particulièrement important sur l’ensemble des élèves de Sciences Po.

Par Capucine Delattre et Emma Lambert 

* Les prénoms marqués d’une astérisque ont été modifiés.

** Stefania est élue étudiante au sein de l’UNEF, tandis que Côme et Raphaël sont élus étudiants au sein de NOVA, mais tou.tes s’expriment ici à titre personnel.

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Edito – Confinement : Des pleins pouvoirs qui inquiètent https://www.lapeniche.net/confinement-des-pleins-pouvoirs-qui-inquietent/ Fri, 10 Apr 2020 16:16:28 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=40579 Frédéric Mion en Général de Gaulle? Le directeur de notre établissement aurait il bien caché, depuis son investiture il y a désormais sept ans, une veine autoritaire, dictatoriale même, que la crise sanitaire du coronavirus aura servi à révéler? 

C’est en tout cas ce que sous-entend l’UNEF, pour l’heure toujours premier syndicat étudiant de Sciences Po, qui dans un communiqué cinglant dénonce la motion passée hier lors d’une réunion extraordinaire du Conseil de l’Institut et du Conseil de la Vie étudiante et de la Formation (CVEF) pour attribuer au directeur des pouvoirs exceptionnels, qualifiée par le syndicat “d’article 16 qui ne s’assume pas”. Le syndicat Solidaires étudiant.e.s parle quand à lui d’un “déni total de démocratie” 

En vertu de ces nouveaux pouvoirs qui lui seraient conférés, Frédéric Mion pourrait ainsi modifier à son gré les modalités de validation (via la modification du règlement de scolarité), les conditions d’admission des élèves ainsi que celles de recrutement des enseignants. Cette décision resterait en vigueur tout au long de l’Etat d’urgence sanitaire décrété par le Président de la République. Voilà un motif d’inquiétude pour les syndicats, qui ont dénoncé le fait que la motion ne soit pas datée : que se passera-t-il si cet état d’urgence se maintient pendant deux ans, comme cela s’est sous la présidence précédente? Le parallèle est immédiatement fait par un militant de Solidaires “Comme un vent de 2015…. Quand les processus démocratiques ne sont que des fusibles qui sautent au nom de l’urgence et de l’efficacité”.

(NDLR : des garanties ont par la suite été obtenues par les élus étudiants pour limiter le renouvellement de ces pouvoirs au 30 juin 2020, mais la motion présentée au départ était reconductible indéfiniment).

Certains élus ont également dénoncé le caractère non urgent de certaines nouvelles attributions confiées au directeur, qui seraient trop importantes pour “laisser un chèque en blanc” à l’administration.

La justification d’une telle décision est pourtant claire : en ces temps de crises, des bouleversements importants du règlement de la scolarité sont nécessaires pour adapter l’établissement à ce mode de fonctionnement à distance inédit. Or, par les voies traditionnelles, de tels changements demandent à être entérinés par des conseils, des votes et des délibérations successives, rendus à la fois difficiles à l’heure de zoom, et potentiellement néfastes alors que le temps presse et le semestre avance. C’est dans cette rhétorique que s’inscrit NOVA, fustigeant les autres organisations syndicales d’avoir refusé de voter les modifications au règlement de la scolarité décidées hier, en oubliant toutefois dans son  communiqué d’indiquer les nouvelles prérogatives accordées au directeur.

Mais les processus de décisions sont-il si longs qu’on ne puisse se permettre de les suivre? Et surtout les différentes instances de représentations étudiantes sont elles si inutiles qu’on puisse se permettre de passer outre? Alors que les élus étudiants sont plus que jamais nécessaires pour faire porter les angoisses et les préoccupations des étudiants isolés et confinés, les exclure des décisions est-il vraiment la bonne solution ?  Les élus étudiants, qui dénonçaient déjà dans une tribune parue dans la Péniche le 10 mars 2020 le “simulacre de démocratie” des Conseils, qui n’étaient que des “chambre d’enregistrement” où les élus n’étaient pas écoutés et où leurs motions systématiquements mises en échecs, perdent ici le droit même à ses conseils. 

(NDLR : les élus ont par la suite obtenu le maintien des réunions des conseils, à titre strictement consultatifs. Un communiqué intersyndical dénonce toujours « l’exclusion définitive des représentant.e.s »)

Bien sûr, il y a l’urgence, l’inédit, l’imprévisible, auquel il faut nécessairement s’adapter. Mais n’y a-t-il réellement qu’une seule méthode pour cela ? Les grandes crises sont l’occasion des grands ménages, et servent de révélateur aux failles. Les pleins pouvoirs à Frédéric Mion et la neutralisation des élus étudiants lorsque frappe l’urgence scellent-ils le des instances représentatives des étudiants dans la gouvernance de Sciences Po ? Pour signifier le contraire il faudrait pouvoir se mobiliser. Reste à voir si, dans ce contexte confiné, les syndicats parviennent à susciter un engouement à la hauteur.

Image : © Sipa Press

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La grande interview de Frédéric Mion – Partie 3/3 https://www.lapeniche.net/la-grande-interview-de-frederic-mion-partie-3-3/ Thu, 17 Oct 2019 08:00:53 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=40088 En début d’année, la Péniche a rencontré Frédéric Mion pour l’interroger sur toute l’actualité de l’établissement. Cette semaine, nous publions l’interview en trois parties, dont voici la troisième et dernière, où nous évoquons entre autres les ambitions écologiques de l’établissement, le partenariat avec Total et la vie associative. Bonne lecture!

La Péniche : Un autre sujet d’actualité brûlant concerne la pelouse du jardin du 27, que lui arrive-t-elle ?

Frédéric Mion : Nous souhaitons donner à cette pelouse la chance d’exister un jour à nouveau, désolés d’observer la dégradation de ce malheureux espace devenant boueux dès qu’il y avait de la pluie ou poussiéreux en cas de sécheresse. Les jardiniers ont recommandé 5 à 6 mois de pousse et de repos pour cette belle herbe, donc elle rouvrira sans doute dans le courant du second semestre.

Sur le thème du reverdissement de l’école justement, il y a quelques mois vous aviez envoyé une lettre ouverte à tous les étudiants au moment de la grève, annonçant une grande consultation Make it Work. Seulement, depuis cette lettre, plusieurs conférences autour de ce thème ont eu lieu, mais en termes d’actions concrètes il n’y a pas eu réellement de réformes de Sciences Po. Que peuvent attendre les étudiants cette année? 

Il y a deux dimensions principales. La première, c’est la création d’un comité chargé de passer en revue l’intégralité de nos programmes de formation et de mesurer la place de la question de la transition écologique. Ce comité est au travail depuis la fin du mois de mars, sous la présidence de Bruno Latour, et il fera ses premières préconisations dans le courant de ce semestre. Le deuxième volet est de penser de façon plus globale notre fonctionnement en tant qu’institution à l’aune des exigences en matière de transition écologique. Une référente a été désignée dans les équipes de Sciences Po pour s’occuper de cette question à temps plein, Juliette Seban, qui est en train de bâtir un plan d’action qui va couvrir des questions très larges du quotidien, qui vont de la manière dont nous traitons les déchets à la manière dont nous éclairons nos bâtiments, consommons, nous nous déplaçons, etc. Certaines mesures entrent en vigueur dès à présent, par exemple s’agissant de la suppression des bouteilles ou gobelets en plastique dans les salles de classe. 

« Certaines mesures entrent en vigueur dès à présent, par exemple s’agissant de la suppression des bouteilles ou gobelets en plastique dans les salles de classe. » 

Pour aller plus loin dans la conception de notre mode de fonctionnement global, nous nous appuyons sur le chantier de l’Artillerie, dont l’ensemble des bâtiments seront pensés à l’aune des nouvelles exigences environnementales. Enfin, nous souhaitons accélérer la prise de conscience mais aussi la compréhension des enjeux. Vous avez noté qu’il y a eu non pas une mais de nombreuses conférences sur ces problématiques depuis le printemps dernier, en particulier lors de cette rentrée universitaire. Les prochaines annonces viendront donc dans le courant de l’automne, au fil de l’eau.

Pour ce qui est de la perception étudiante de l’activité de Sciences Po pour les engagements écologiques, le partenariat avec Total, qui a fait l’objet d’une initiative étudiante Sciences Po Zéro Fossiles est la source de beaucoup d’émoi, donc Sciences Po va-t-il réenvisager ce partenariat? 

Ce sont des préoccupations que nous entendons. L’idée n’est pas du tout d’en balayer la pertinence ou la légitimité. Je pense simplement qu’il y a deux choses à garder à l’esprit : la première c’est qu’on peut s’émouvoir de l’activité de groupes comme Total, de leur impact environnemental, mais je pense que ça n’est pas inutile pour autant de dialoguer avec eux pour comprendre comment ils envisagent les questions liées à la transition climatique et écologique. Au-delà de la nature même des activités de Total, je ne souscris pas du tout à la vision selon laquelle nous serions « sous influence » de Total.

« Je ne souscris pas du tout à la vision selon laquelle nous serions « sous influence » de Total. »

C’est précisément pour objectiver cette question-là que le comité Latour est important, car il permet de nous assurer qu’il n’y a aucun biais quelconque qui soit rattachable à ce partenariat. La deuxième chose c’est que les ressources de Total financent des bourses, sans lesquelles des étudiants ne pourraient sans doute pas étudier à Sciences Po. Total ne choisit évidemment pas les étudiants, qui sont recrutés selon les modalités habituelles. Enfin la troisième chose c’est que nous avons mis en place un comité des dons qui précisément nous aide à envisager la notion du mécénat sous l’angle de toutes les questions éthiques. 

Et est-ce que vous pouvez confirmer que des entreprises comme Total ou L’Oréal n’ont aucun impact sur les programmes académiques ?

Le comité Latour est justement là pour ça, avec un diagnostic et un verdict indépendant, qui nous permettra de nous en assurer.  

Le dernier thème que nous voulions aborder c’était la vie associative, et notamment son bouleversement suite à l’acte II de la réforme du Collège U et la mise en place du Parcours Civique, alors que l’on observe une diminution de l’engagement associatif sur le campus de Paris. Le parcours civique encourage certes l’engagement associatif, mais pourquoi une telle incompatibilité avec la vie associative de Sciences Po, qui occupe déjà beaucoup de temps dans la vie des étudiants ?

Nous ne partageons pas ce constat. Nous avons un document objectif, le bilan de la vie étudiante, qui indique que le nombre d’associations est stable et même en croissance, au même titre que le nombre d’événements et d’étudiants mobilisés dans la vie associative à Sciences Po. Il n’y a pas d’éléments qui permettent d’étayer l’idée d’une diminution de l’engagement associatif. Pour ce qui est du campus de Paris au Collège universitaire, il y a un effet de nombre, il y a toujours plus d’associations pour un nombre plus faible d’étudiants, donc cela conduit nécessairement à un éparpillement.

Je pense que le Parcours civique est volontairement pensé comme un élément de la formation qui se déroule à l’extérieur de l’institution. C’est une occasion de sortir un peu de cet entre-soi que l’on a tôt fait de dénoncer quand on parle de Sciences Po. En créant une obligation de scolarité et donc cette sorte de fil rouge dans la formation des étudiants, on peut même contribuer à un effet plus général, qui est la nécessité de rationaliser leurs engagements associatifs et s’écarter de toute forme de « boulimie d’activités ».

« J’observe par ailleurs qu’il y a peut-être générationnellement une plus grande difficulté à penser l’engagement selon des termes classiques. »

Je pense que la diminution de l’affluence aux évènements est le fruit d’un phénomène plus général : on s’inscrit à un événement et on n’y va pas, il y une sorte d’inconstance, qui par ailleurs peut-être motif à inquiétude. J’observe par ailleurs qu’il y a peut-être générationnellement une plus grande difficulté à penser l’engagement selon des termes classiques. L’engagement, vous le voyez autour de vous chaque jour, étant plus lié à des causes et à des objets, qu’à des structures partisanes et militantes. 

Interview réalisée par Adam Galametz et Pierre-Alexandre Bigel.

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