François Hollande – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Wed, 23 Apr 2025 21:07:52 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png François Hollande – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 François Hollande : « Il ne faut pas chercher toujours la perfection, mais le progrès » https://www.lapeniche.net/francois-hollande-il-ne-faut-pas-chercher-toujours-la-perfection-mais-le-progres/ Fri, 18 Apr 2025 06:00:00 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56876 Dans un contexte de questionnements quant à l’intégration européenne, l’avenir de l’État français mais aussi d’un monde très instable, l’ancien président de la République François Hollande exprime ses positions sur les maux actuels du monde et livre ses pensées quant à l’avenir institutionnel de notre pays.

LA PÉNICHE. – L’administration, vous en êtes issu, vous la connaissez. Votre successeur a souhaité réformer la haute fonction publique, en remplaçant l’ÉNA par l’INSP, avec un concours d’entrée modifié, la suppression du classement de sortie et la fusion des grands corps de l’État en un unique corps des administrateurs de l’État. Cette réforme va-t-elle dans le bon sens ?

François HOLLANDE. – Des réformes, il en faut quand il s’agit de mieux faire travailler l’administration et d’assurer aussi une diversité dans son recrutement et notamment pour les emplois de dirigeant de ces administrations. Je ne vais pas mettre en cause la volonté d’ouvrir l’ENA et même d’en changer le nom – si tant est que cette terminologie le nom change l’institution. En revanche, il n’était pas bon de fusionner les corps de l’État et de remettre  en cause des carrières qui se déroulaient – qui s’effectuent d’ailleurs toujours – pour la diplomatie, pour la préfectorale, ou encore pour les finances. Former des spécialistes n’empêche pas les mobilités indispensables.

De la même manière, si les grands corps doivent évoluer et s’ouvrir davantage, le système de cooptation n’est pas le bon. Il existait des classements, ils pouvaient toujours être discutés – notamment les disciplines qui étaient proposées pour les réaliser. Aujourd’hui, c’est chaque corps qui organise lui-même les modalités et l’accès, sans qu’on en connaisse les modalités. Je continue de penser qu’il faut garder le principe de l’examen, du concours et donc du classement.

Ne pourrait-on pas penser qu’il est plus logique que les hauts-fonctionnaires candidatent auprès des administrations qui les choisissent, et pas l’inverse ?

C’est légitime que l’administration puisse avoir ses préférences mais elle n’est pas une entreprise privée qui est rompue aux séances de recrutement. L’État ne va pas quand même avoir recours à des chasseurs de tête pour embaucher tel ou tel fonctionnaire. La motivation, la vocation, ça compte. J’ai connu des élèves de l’ÉNA (ou l’INSP) qui passaient le concours pour être diplomate, préfet, ou être au Conseil d’État par exemple et, s’ils n’y arrivaient pas forcément, ils ne désespéraient pas pour autant de la fonction publique.  

À propos de nos institutions, certains pensent que la Cinquième République est à bout de souffle. Dans votre livre Les Leçons du pouvoir, vous suggériez par exemple de supprimer la fonction de Premier ministre et de présidentialiser davantage le régime. Y êtes-vous toujours favorable ?

La constitution de la Cinquième République s’est révélée plutôt souple et plastique. C’est encore vrai aujourd’hui. Elle permet qu’un gouvernement qui n’a pas de majorité puisse durer et à un président désavoué après une dissolution d’aller au bout de mandat. S’il faut une évolution institutionnelle, un véritable régime présidentiel mérite d’être considéré. Il donnerait paradoxalement beaucoup plus de pouvoir au Parlement, mais il présenterait l’inconvénient – et je le mesure – de verticaliser encore davantage la fonction présidentielle. Si on ne veut pas aller jusque-là, je préconise de revenir à ce moment-là aux origines même de la Cinquième République, avec un chef de l’État en surplomb qui fixe les grandes orientations, agit sur le plan international, et assure comme chef des armées la défense du pays et avec un gouvernement disposant au sein de l’exécutif d’une plus grande autonomie. Dans cette configuration, le scrutin proportionnel pourrait sûrement trouver sa justification avec la formation de coalitions, le temps des majorités absolues serait révolu.

C’est donc quelque part un changement d’avis, étant donné que vous vous disiez n’être pas favorable à la proportionnelle parce que cela favoriserait les extrêmes par le jeu des coalitions…

La politique évolue plus vite que nos esprits. Aujourd’hui, l’extrême droite a maintenant avantage à garder le scrutin majoritaire, et les partis républicains ont intérêt à la proportionnelle.

L’évolution de nos institutions peut aussi passer par l’Europe. Vous exprimiez l’idée d’avoir un budget militaire commun avec l’Allemagne, et même de partager notre siège aux Nations Unies…

Je n’ai jamais été jusque-là. Je récuse l’idée possible de partager le siège des Nations Unies, dans le cadre d’une réforme du Conseil de sécurité pourtant souhaitable. En revanche, je milite pour un rapprochement entre la France et l’Allemagne, sur le plan militaire (ce que font les Allemands en se réarmant en ce moment), ce moteur franco-allemand doit assurer la sécurité du continent.

Au niveau européen, cela ne nous conduirait-il pas à long terme à un État fédéral ?

Non, l’Europe de la Défense ne se fera pas à 27. Elle passera par des coalitions d’États qui iront plus vite que d’autres, pour régler les urgences et préparer les choix à long terme. Toute l’Europe ne peut pas aller au même rythme.

L’Europe peut-elle encore s’élargir en intégrant l’Ukraine, par exemple ? Vous disiez en 2023 à propos des accords de Minsk qu’ils avaient aussi permis de gagner du temps pour permettre à l’Ukraine de se réarmer pour se défendre. Cela veut-il dire que vous ne croyiez déjà plus ou pas à une paix durable entre l’Ukraine et la Russie ? En espérant que la fin de la guerre arrive vite, intégrer l’Ukraine dans l’UE permettrait-il de solidifier la paix ?

Accueillir dans le moyen ou long terme l’Ukraine dans l’UE, c’est une perspective pour consolider l’économie ukrainienne et réaffirmer l’ancrage démocratique de l’Ukraine. Mais l’UE n’est pas une alliance militaire, donc l’adhésion de l’Ukraine ne donnera aucun moyen supplémentaire à ce pays – si tant est que le processus d’adhésion débouche rapidement. Avec Minsk, l’Ukraine n’a pas gagné du temps, elle a fait en sorte de se réarmer pour prévenir le pire. C’est la Russie qui l’a ensuite envahie, ce n’est pas l’Ukraine qui a porté une attaque à l’égard de la Russie – et la Russie n’avait rien à craindre de l’Ukraine. Voilà pourquoi il est si important de donner des moyens militaires au pays agressé.

En France, des manifestations se sont tenues le 22 mars 2025 contre le racisme et différentes formes de discrimination ; le même jour un rabbin a été agressé à Orléans. Comment expliquer le fait que, aujourd’hui, en France, il y ait autant actes racistes et antisémites (plus de 1570 en 2024) ?

Une propagande agressive, hélas, s’est diffusée depuis des années contre l’État d’Israël. Cette propagande laisse penser que tout juif est un soutien du gouvernement de Netanyahou et est donc responsable de ce qu’il se passe à Gaza. Cette présentation fallacieuse et les menées complotistes n’est pas pour rien, quoiqu’en disent ses auteurs, dans la multiplication des actes antisémites. Lesquels s’alimentent des clichés traditionnels de l’extrême droite.

Pendant des mois après les attaques terroristes du 7 octobre, la population de la bande de Gaza a été bombardée par le gouvernement de Netanyahou. La perspective d’une paix s’est-elle éloignée après qu’il a rompu le cessez-le-feu en reprenant les bombardements ?

Oui, l’appui américain de Netanyahou par Trump explique pour beaucoup ce qu’il s’est produit ces derniers jours, c’est-à-dire la suspension de la trêve. Or tout devrait être fait pour convaincre le gouvernement de Netanyahou de préparer un accord plus large pour l’avenir de Gaza, et d’une manière générale de la Cisjordanie, avec de la Palestine dans son ensemble. Le rôle de l’Europe et des pays arabes est précisément d’exiger du Hamas de libérer les otages le plus vite possible – et de convaincre le gouvernement israélien de revenir à la raison et de ne pas entrer dans la logique de l’évacuation de la population de Gaza comme Trump en a scandaleusement fait l’hypothèse.

Il est d’autres conflits, d’autres situations dont on parle moins, celle des Arméniens par exemple. Actuellement, se tiennent en Azerbaïdjan des simulacres de procès des anciens responsables de l’Artsakh (Haut-Karabakh), qu’on aperçoit même sur les images avec des dents manquantes qui témoignent de la torture qu’ils subissent dans ces prisons… Comment la France peut-elle les aider ? Du côté de l’UE, est-ce cohérent et moralement acceptable de qualifier Vladimir Poutine de « dictateur » – ce qu’il est – et Aliyev de « partenaire fiable » et donc d’acheter du gaz azéri mais pas russe ?

En effet, d’autant que le lien entre l’Azerbaïdjan et la Russie est assez évident et que Poutine, en lâchant les Arméniens, a laissé les Azerbaïdjanais occuper des territoires sur lesquels ils n’ont aucun droit. Des négociations pour un traité de paix sont en cours, que l’Azerbaïdjan fait traîner, tenté par une reprise du conflit. Il faut donc être ferme à l’égard de l’Azerbaïdjan. Or, acheter de gaz russe, acheter du gaz à l’Azerbaïdjan, c’est entretenir les revenus de pays qui ne respectent pas le droit international.

Quelles réponses internationales serait-il possible de donner aux régulières cessions de micro-territoires arméniens et à la présence de soldats azéris sur le territoire arménien – sans même parler du cas du Haut-Karabakh ?

Le Haut-Karabakh a toujours été un territoire discuté. Il est occupé sans connaitre le souhait de la population concernée puisqu’elle a été évacuée. Mais au-delà du Haut-Karabakh, il y a maintenant des zones qui sont occupées par l’Azerbaïdjan en toute illégalité.

Concernant la Syrie, la dictature de Bachar el-Assad a été renversée par une coalition de rebelles, incluant des djihadistes, des anciens d’Al-Qaïda, des terroristes – en tout cas considérés comme tels par une cinquantaine de pays. Quelques mois plus tard, 1300 civils ont été massacrés en quelques jours. Les responsables politiques occidentaux de manière générale se sont-ils réjouis trop vite ?

Il y avait des raisons de se satisfaire de la chute de Bachar el-Assad. Il a commis des crimes effroyables et a été pour partie à l’origine de la création de Daesh. Néanmoins, il y a eu une part de naïveté sur ce qu’était la coalition des forces qui avait pris le pouvoir. Dans cette coalition nous trouvons à la fois des vrais opposants au régime depuis toujours, des terroristes repentis – dont le chef actuel du gouvernement – des Turkmènes qui s’en prennent aux Kurdes… Ces derniers jours des exactions contre les Alaouites ont été relevées. Je suis à la fois très attentif à ce que ne se reproduisent pas des règlements de comptes et à ce que soit stabilisé le nouveau régime.  Il n’est pas possible de lever les sanctions si on n’a pas ces garanties-là. Les Français ont un lien historique et humain avec la Syrie. Elle doit être sévère si des exactions sont commises, protectrice s’il faut accueillir des populations qui pourraient être victimes de ces agressions et aussi disponibles pour assurer la mutation démocratique de la Syrie.

Ayant exercé la fonction de président de la République, seriez-vous d’accord pour dire que « le mieux est l’ennemi du bien » ?

Oui, c’est un principe qui se révèle assez juste dans beaucoup de domaines, c’est-à-dire qu’il ne faut pas chercher toujours la perfection, elle n’est pas nécessairement de ce monde. Il faut chercher le progrès, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. C’est-à-dire penser que le progrès est un chemin linéaire – même s’il peut y avoir quelquefois des bifurcations. Faire que nous puissions faire avancer l’humanité étape par étape. Tel est l’enjeu de la politique.

Le gouvernement de François Bayrou peut-il parvenir à progresser d’ici à 2027 sur des sujets importants, comme l’éducation, la sécurité ou la retraite ?

Il n’a ni ces objectifs ni les moyens d’y parvenir… Dans sa situation politique, les grandes réformes me paraissent difficilement à sa portée. À partir de là, il lui revient de gérer le pays au mieux, d’éviter les régressions et de donner sa chance au dialogue social, ce qui s’est ouvert pour les retraites. Quand un gouvernement n’a pas de majorité, il lui revient de s’appuyer sur la société, c’est elle qui va lui donner la force dont il manque.

D’ailleurs, sur la retraite, certains ont été étonnés qu’après votre quinquennat, vous vous inscriviez dans un programme ou une ambition de la ramener à l’âge de 60 ans…

Non, je n’ai jamais pris cette position. J’ai fait voter la réforme dite Touraine dont l’objectif était d’allonger la durée de cotisation – c’est à mon avis le meilleur des systèmes dans un régime de répartition –, garder l’âge de 62 ans – même si on sait qu’un certain nombre de nos compatriotes partent après – mais permettre aussi à ceux qui ont travaillé longtemps de partir avant. C’est pour cette raison que la borne d’âge n’est pas le système le plus juste.

Auriez-vous des conseils à donner aux jeunes qui veulent s’engager dans la chose publique ?

Oui, adhérer à un parti politique. C’est ce que vous avez de mieux à faire. Si vous pensez que la démocratie ne va pas bien – ce qui est vrai –, si vous pensez qu’il y a un risque pour l’avenir du pays, alors engagez-vous.

Propos recueillis le 24/03/2025 par Albert Ghazaryan.

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François Hollande à Sciences Po : « La social-démocratie peut être une grande force républicaine » https://www.lapeniche.net/francois-hollande-a-sciences-po-la-social-democratie-peut-etre-une-grande-force-republicaine/ Fri, 04 Feb 2022 11:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=54170 Ce lundi 31 janvier, l’ancien président François Hollande était invité par la section universitaire du Parti socialiste (PS) de Sciences Po. Lors de cette conférence, François Hollande a évoqué les défis que la France doit affronter et a livré son regard sur l’élection présidentielle à venir.

Les étudiants peinent à trouver une place dans les rangs de l’amphithéâtre Émile Boutmy. Le vainqueur de l’élection présidentielle de 2012 se permet même un trait d’humour : « J’ai compris qu’il n’y avait pas que des socialistes. S’il n’y avait eu que des socialistes, je me serais dit : ‘mais il n’y a qu’à Sciences Po qu’il y a des socialistes’ ». Son livre Affronter, publié en octobre 2021, aborde toutefois des défis plus grands que ceux d’une gauche inaudible et fracturée : dans son ouvrage, l’ancien président expose les défis majeurs auxquels le pays doit faire face, et nous livre ses solutions.

Le régime présidentiel, la solution de tous les maux ?

« Nous avons tous les défauts d’un régime présidentiel et aucune qualité d’un régime parlementaire », soutient l’ancien président en plaidant pour un véritable régime présidentiel. Regrettant que les questions institutionnelles, pourtant préalables, ne soient jamais évoquées pendant les campagnes, François Hollande dépeint la complexité du système actuel. D’après lui, un régime présidentiel réhabiliterait le parlement, clarifierait les rapports au sein de l’exécutif et simplifierait les relations entre le gouvernement et les citoyens.

François Hollande finit par faire le constat d’une crise démocratique profonde qui, bien qu’elle touche l’Europe entière, est davantage prononcée en France : abstention élevée, parlement atrophié, contestations fortes, faible participation citoyenne, décentralisation réduite, système qui renvoie à l’exécutif la gestion des crises… 

Le presque-candidat Emmanuel Macron

Le premier chapitre d’Affronter revient également sur un quinquennat dit anormal, où Emmanuel Macron a « déchiré les français comme jamais » et où « les ultimes arbitrages résultent davantage d’une fuite en avant qu’une stratégie réfléchie de sa part ». Quel regard l’ancien président porte-t-il sur le mandat de celui qui est encore en fonction ? S’il admet qu’il a affronté une crise sanitaire particulièrement inédite, François Hollande affirme toutefois qu’il n’a pas stabilisé le pays et termine son mandat dans le même état qu’il l’avait commencé, voire « avec une division supplémentaire ».

Selon l’ancien locataire de l’Élysée, le président en fonction « saute d’une conviction à une autre », tandis que sa gestion de la distribution de l’argent public « devient un problème de vertu démocratique ». Ainsi, François Hollande souligne la nécessité pour Emmanuel Macron d’instaurer un programme cohérent et crédible, dès que la levée des restrictions sanitaires entraînera la levée de sa discrétion sur son éventuelle participation à la présidentielle.

« Ce qui est intéressant dans l’Union Européenne, c’est qu’il n’y en a plus »

Alors que depuis le 1er janvier 2022 la France a pris la présidence du Conseil de l’Union européenne, que pense François Hollande de l’état actuel de l’Union ? Selon lui, l’Union Européenne s’effrite et ses fondements s’ébranlent : « Ce qui est intéressant dans l’Union Européenne, c’est qu’il n’y en a plus ». La preuve : plus personne ne demande à en sortir. 

À 27 pays, il est encore plus difficile de se mettre d’accord, et selon l’ancien président il s’agit presque d’une prouesse d’avoir pu dégager un plan de relance européen pendant la crise sanitaire. Pour François Hollande, il est nécessaire de mettre en avant un pilier suffisamment sérieux pour que l’Europe puisse agir par elle-même. Il s’agirait du couple franco-allemand, qui pousserait les autres à avancer.

La COP26, un accord en demi-teinte 

Au fil des pages d’Affronter, François Hollande avoue espérer beaucoup de la COP26 : quel regard porte-t-il sur les décisions finalement prises à Glasgow ? Lors de la conférence, celui-ci évoque un accord en demi-teinte, notamment pour la fin des centrales à charbon, et déplore l’absence de consensus, bien que la plupart des familles politiques se réclament aujourd’hui d’une prétendue conscience écologique.

L’accord de Paris, signé en 2015 sous François Hollande, a permis de constater la gravité de la situation et d’établir des objectifs. Aujourd’hui, les hypothèses de réchauffement sont largement dépassées : selon l’ancien président, Glasgow aurait dû rehausser le niveau des engagements. Malgré quelques progrès quant au prix du carbone et l’aide aux pays vulnérables, les décisions de la COP26 sont en-dessous de ce qu’il nous faudrait faire. François Hollande évoque quelques propositions, dont celles de relier l’objectif climatique avec la reconversion du système de production, financer la prolongation des centrales nucléaires, assumer le choix du mix énergétique et isoler tous les logements.

Quel futur pour le socialisme ?

Au cours de la conférence, François Hollande s’est également posé la question suivante : « Est-ce que cette confiance que j’avais dans les principes du socialisme démocratique a trouvé son point d’aboutissement ? ». Après avoir développé une bonne couverture sociale, un équilibre entre le droit du travail et la liberté des entreprises, assuré le système fiscal… est-il temps de laisser la place ? Faut-il permettre à la question écologique de se substituer à la question sociale ? En constatant la baisse du vote à gauche des couches populaires, devons-nous croire au libéralisme plus social de la droite ?

Devant un tel état des forces politiques, l’ancien président croit que le socialisme a toujours sa place.« Pourquoi forcément la droite ? », interroge-t-il. François Hollande rappelle que la gauche se positionne aussi sur les demandes de sécurité : durant son quinquennat, trois lois ont été votées sur le terrorisme, une sur le renseignement. Il poursuit, « Avez-vous eu le sentiment de ne pas avoir été protégés et que nous n’assurions pas aux forces de police les moyens nécessaires, alors que nos prédécesseurs avaient supprimé 10 000 emplois dans la police ? ».

D’après celui qui a remporté les urnes en 2012, « la social-démocratie peut être une grande force républicaine ». Seulement, quand le Parti socialiste lui-même doute de cette orientation et que la droite radicale accuse la gauche démocrate des problèmes sécuritaires, il est pour lui nécessaire que la social-démocratie retrouve une ligne politique claire et une certaine audace. Quid d’Anne Hidalgo ? « Elle fait ce qu’elle peut… », répond l’ancien président.

« Le vrai service public est dans l’accompagnement humain »

La dernière question posée par le PS concernait le système universitaire et le financement de la recherche, à la suite des déclarations polémiques de Macron où celui-ci jugeait intenable la gratuité de l’université. Pour François Hollande, le constat est clair : « Nous n’avons pas mis au niveau nécessaire la dépense de recherche, privée comme publique ». Pour autant, est-ce en remontant les droits d’inscription que l’on va trouver des financements ?

D’après l’ancien président, la réponse est négative. Il est selon lui nécessaire de garder les droits d’inscription à un niveau raisonnable mais, surtout, d’avoir un système de bourses plus important. Pour autant, s’il faut rehausser le niveau des bourses, François Hollande insiste toutefois sur l’importance d’être sélectifs : un revenu de 800 euros par étudiant (une référence à Christiane Taubira), est impossible et équivaut à deux tiers du budget de l’éducation nationale. Il termine sur le rôle primordial de l’accompagnement, comme nous l’avons bien vu dans la crise sanitaire : « Le vrai service public est dans l’accompagnement humain ».

« Une note n’est pas un vote »

La conférence passe ensuite aux questions du public, parfois houleuses, souvent inquisitrices. La première porte sur la victoire de Christiane Taubira à la primaire populaire. L’ancien président juge-t-il qu’il s’agissait d’une bonne méthode ? D’abord, les candidats invités à y participer contre leur gré est selon lui  un aspect problématique, privant nécessairement la personne victorieuse de la légitimité de ce processus. Par ailleurs, la primaire, organisée trop tard pour effectuer un réel travail de rassemblement, n’a malheureusement pas constitué un moment de débat pour éclairer le vote. Il critique également le processus du scrutin : « une note n’est pas un vote ». Il ajoute, « les électeurs ne sont pas des juges, ce sont des citoyens ». Au final, la primaire « ne change rien » : même impasse, toujours autant de candidats, pas de ligne politique commune. 

Macron, le loup dans la bergerie ?

Le 22 janvier 2012, à l’occasion de son discours au Bourget, François Hollande affirme « Mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance ». L’a-t-il réellement considérée comme l’ennemie pendant son quinquennat ? A-t-il l’impression d’avoir fait rentrer le loup dans la bergerie en nommant Emmanuel Macron comme l’un de ses ministres ? L’ancien président affirme être toujours opposé à la finance spéculative, prédatrice, qui cause des dérèglements considérables. Il soutient avoir limité cette finance là lorsqu’il était président du pays, notamment au cours de sa lutte contre les paradis fiscaux. Quant à Macron, il admet que celui-ci a peut-être manqué de solidarité et était possiblement un symptôme d’une individualisation croissante des comportements politiques. 

Les questions économiques se poursuivent, notamment sur un potentiel récit alternatif au capitalisme. L’ancien président rétorque : « je pense que c’est une illusion de croire que l’on peut faire un socialisme dans un seul pays, en rompant avec toutes les alliances ». Au cours d’une autre réponse, François Hollande poursuit sur la nécessité d’assurer plus de justice face à l’enrichissement des plus fortunés pendant la crise sanitaire. Pour réduire le niveau de la dette publique, il est selon lui primordial de rétablir un impôt sur la fortune et de corriger les règles sur les transmissions. 

L’ancien président achève la conférence en évoquant le problème de l’abstention dans le vote électoral. « Il y a je ne sais combien de candidats, et les gens ne sont toujours pas satisfaits. Ce n’est pas un problème de nombre, mais d’offre politique », il déplore. Va-t-il se rajouter à la longue liste de candidats concourant à la présidentielle de 2022, comme il le laissait entendre face à des lycéens le dimanche 23 janvier sur France 3 ? Le mystère reste entier : « Un ancien président peut toujours être candidat, rien ne l’empêche. Je parle du droit. Je connais même d’anciens présidents qui ont voulu être candidats et qui n’y sont pas parvenus. »

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Hollande, un bon constitutionnaliste ? https://www.lapeniche.net/hollande-un-bon-constitutionnaliste/ Wed, 05 Feb 2020 09:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=40388 La présence d’un président de la République dans la même pièce que soi impose forcément ne serait-ce qu’un peu de respect. Quand ledit président de la République écrit un livre sur la réforme qu’il souhaite pour la Ve République, on peut supposer que ses propositions, venant de quelqu’un qui arrivé au sommet de l’État, de son application, soient pertinentes. François Hollande a-t-il satisfait ces attentes le soir du 28 janvier dans sa discussion avec Olivier Duhamel puis avec le public réuni dans l’amphithéâtre Émile Boutmy ? Voici quelques éléments de réponse.

Le président est à l’aise. Il est assis dans un lieu qu’il connaît ou qu’il a connu, en tant qu’élève puis en tant que professeur d’économie avant même Olivier Duhamel, comme il ne manque pas de le rappeler. Cette habitude est presque systématique chez les anciens élèves transformés le temps d’un soir en conférenciers : les études à Sciences Po suscitent-elles tant de nostalgie ? Nous ferions bien d’en profiter ! Que sa décontraction provienne de la vue des bancs en bois familiers, d’une grande confiance en ses idées, ou qu’elle soit une pure façade, Hollande confirme la réputation de son sens de l’humour, et ne manque pas de faire sourire voire rire l’assemblée plus d’une fois. Il n’est certes pas le meilleur orateur qu’ait accueilli cette estrade, mais il divertit la salle d’anecdotes et de bons mots. Les piques s’enchaînent en effet avec son interlocuteur, avec qui il semble bien s’entendre : le vouvoiement ne paraît être qu’une formalité destinée au public. Malheureusement, cette relation et l’aplomb apparent de Duhamel n’empêchent pas une absence de contradiction profonde venant de ce dernier. Il se ravit pourtant des questions complexes qui proviennent de la salle, comme celle concernant le Rassemblement National et la possibilité de gouverner avec lui si la réforme proposée avait lieu, qu’Hollande considère envisageable.

En effet, sur le fond, la proposition de François Hollande est une bonne base de réflexion, malgré le regret que suscite l’absence d’échange véritablement incisif. L’exemple de la proposition phare de l’ancien chef de l’État en atteste. Duhamel en souligne certes les défauts, voire les incohérences, notamment quand le président regrette l’absence de lisibilité des institutions liée au quinquennat et aux éventuelles cohabitations tout en suggérant une élection du Parlement tous les quatre ans et du président tous les six. S’il espère qu’avec le régime présidentiel (et pas présidentialiste, puisqu’il demande une place véritable pour le Parlement pour rétablir la confiance des électeurs et la place des partis), une « culture du compromis » à la façon des États-Unis s’établisse, rien n’est moins sûr. Une culture ne se crée pas en un
référendum
(qu’Hollande appelle de ses vœux en cas de réforme), et la France n’est pas réputée pour le compromis ni les alliances électorales, notamment en raison du scrutin majoritaire qui n’en nécessite pas systématiquement. Le président cite aussi les votes du budget pour prouver que le système états-unien ne se bloque pas, choisissant certainement mal son exemple. Mais Duhamel ne rebondit pas vraiment sur ces derniers points, presque encore moins que la salle dont ce n’est même pas le rôle premier.

Pour défendre ses idées, Hollande s’affirme comme ayant pris du recul et étant désormais capable d’avoir un retour sur son propre exercice de la présidence. Il reconnaît son erreur en ayant été favorable au quinquennat ou encore en ayant, comme les autres présidents, « pensé qu’il avait une légitimité » issue du nombre de voix du second tour et non du premier. Il estime aussi que Macron a a priori eu une bonne idée avec la Convention citoyenne sur le climat. Duhamel souligne même sa « bonne foi intellectuelle surprenante ». Mais son discours n’est pas seulement celui du repentir et de la bonne foi. Il considère par exemple à demi-mot que les bons chiffres du chômage sont liés à sa politique. Il choisit aussi de ne pas réfuter la logique de partis, et notamment de « partis de gouvernement », qui est encore pour lui celle qui est pertinente. Bref, ce n’est pas encore avec Hollande qu’aura lieu la révolution. L’échange est intéressant à écouter pour nourrir vos réflexions sur les changements que nécessite la vie politique française (la proposition première de l’ancien président est surtout de supprimer le Premier ministre), mais vous ne serez pas complètement bouleversés dans ce que vous savez déjà.

Il est peut-être possible de regretter en guise de conclusion qu’il n’ait pas plus développé les solutions aux problèmes qu’il reconnait : des problèmes « anxiogènes », face auxquels l’État n’est souvent plus l’acteur pertinent (crise écologique, migrations ou globalisation). Il en observe les conséquences négatives (populisme, crise de la représentation, fragmentation de l’offre de partis politiques) mais ne propose pas, ou tout au moins pas assez de moyens d’adaptation. Certes, il insiste sur la nécessité d’accroître les moyens des maires et des collectivités locales (il accorde la durée du mandat du président sur celles de ces derniers) et l’importance de l’internationalisme face au nationalisme, mais sans développer suffisamment. Peut-être que pour revenir véritablement au-devant de la scène, Hollande devrait tenter d’avoir des suggestions plus innovantes.

Crédit image : Fayard

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Conférence de François Hollande : un Président en terrain connu https://www.lapeniche.net/conference-de-francois-hollande-un-president-en-terrain-connu/ Mon, 11 Feb 2019 09:00:02 +0000 http://lapeniche.net/?p=39135 Boutmy bruisse d’une impatience non-dissimulée. Les téléphones sont brandis, aux aguets, prêts à capturer l’entrée d’une silhouette encore cachée sur le côté. Les rangs de l’amphithéâtre sont bourrés à craquer, et même le balcon se retrouve peuplé de visages surexcités.

Mais qui donc s’apprête à pénétrer dans la salle ? Une rock star ? Un acteur oscarisé ?

Mieux que ça.
Un ancien Président. 
L’équivalent à Sciences Po en termes d’aura du Pape ou du dalaï-lama.

L’audience se raidit : il est là.

Passées les acclamations qui étaient à prévoir, l’invité du jour, à savoir François Hollande, prend place sur scène. Il est reçu en ce mercredi 6 février par l’Association de l’Ecole d’Affaires Publiques, afin de donner une conférence sur l’avenir de la social-démocratie en Europe.

Une fois l’effervescence des premiers instants retombée, Boutmy retrouve son calme. François Hollande débute alors son intervention en rappelant une chose : il a lui aussi été assis sur ces bancs. Ce détail a son importance dans la mesure où c’est au sein de Sciences Po qu’il a commencé à s’engager et à cultiver son goût pour la social-démocratie. Les personnes de sa génération se posaient une question principale : quand la gauche parviendrait-elle aux responsabilités ? Aujourd’hui, une multitude d’autres questions sont venues compléter cette interrogation. Parmi elles, les doutes concernant la social-démocratie et plus particulièrement la « crise continue » qu’elle traverse depuis une dizaine d’années.

François Hollande s’est alors lancé dans une tentative d’explication du déclin de « l’empire social-démocrate ». Quatre causes sont plausibles selon lui :

– Par sa réussite même, la social-démocratie aurait épuisé son projet. Ainsi, elle n’aurait d’autre raison d’être que la défense de ses propres acquis.
– L’ouverture au monde, en particulier du fait de la mondialisation et du projet européen, l’aurait affaiblie.
– L’évolution même de la société, se traduisant par une individualisation des rapports sociaux, contribuerait à son déclin.
– Son éloignement des classes populaires, explication que François Hollande juge la plus sévère.

Face à son déclin et ses difficultés, la social-démocratie est alors devenue la cible de nombreux adversaires. Les libéraux d’une part, soutenant l’idée que les sociaux-démocrates seraient « des amoureux de la fiscalité » contribuant à « spolier les catégories les plus dynamiques de la population au risque de les décourager ». L’extrême droite, les nationalistes et les souverainistes la remettraient également en cause en raison de ses valeurs d’ouverture et de tolérance. Les néo-communistes seraient aussi des opposants du fait du soupçon de trahison qui pèse sur la gauche depuis les années 1930. Enfin, les écologistes constitueraient ses adversaires les plus légitimes selon François Hollande dans la mesure où, même si les sociaux-démocrates prônent des valeurs de tolérance et d’ouverture, ils auraient tendance à négliger des questions essentielles concernant le climat et l’avenir de la planète.

Face à ces défis, François Hollande émet deux hypothèses : nous pourrions être à la fin du cycle historique de la social-démocratie… ou n’assister en réalité qu’à une mutation de sa part – c’est cette dernière hypothèse qu’il privilégie.

Aux yeux de l’ancien président, la social-démocratie doit désormais se restructurer autour de trois éléments principaux si elle veut perdurer. D’une part, ce devrait être autour de l’individu que les réponses aux revendications devraient être données. Jusqu’à récemment, les décideurs politiques raisonnaient par rapport à des groupes, mais désormais, les individus veulent une réponse personnalisée à leurs problèmes. C’est ainsi qu’il faudrait partir des aspirations individuelles, tout en leur donnant un cadre commun pour que « chacun puisse réaliser son destin avec la solidarité des autres ». Par ailleurs, il devient de plus en plus difficile de traiter les citoyens de la même manière du fait de multiples inégalités, notamment territoriales. Il faudrait alors différencier les politiques selon les lieux d’habitats pour afin de répondre au mieux aux besoins de la population. Enfin, la social-démocratie devrait porter une attention croissante aux enjeux planétaires tels que le climat, la paix ou la guerre.

La fin de l’intervention de François Hollande fut consacrée à l’évocation des « défis du siècle ». L’écologie y occupe encore une fois une place très importante, de même que la résorption des inégalités ainsi que la démocratie elle-même. Le plus important pour les décideurs politiques serait de réussir à « impliquer le citoyen » afin de le rendre acteur de son propre changement.   

Face à ces défis, la social-démocratie devrait également « faire confiance aux corps intermédiaires », décentraliser le pouvoir ou encore redistribuer les richesses entre les territoires. Sur la question des institutions, François Hollande ne se prononce pas en faveur de changements, mais pour leur clarification et une évolution éventuelle vers un régime présidentiel.

En dernier lieu, François Hollande a abordé la question de l’Europe et plus particulièrement de sa relance, au sein de laquelle la social-démocratie a indéniablement un rôle à jouer. L’Europe des 27 étant un statu quo pour Hollande, il s’est déclaré convaincu qu’une Europe des deux, associant France et Allemagne dans un premier temps, pourrait être bénéfique.

Son intervention achevée, l’ancien Président de la République s’est livré au jeu des questions-réponses, tout d’abord avec trois intervenants issus de ou invités par l’AEAP, puis avec le public. Les thèmes abordés s’avèrent plus que variés, avec des questions portant sur les territoires ultramarins et notamment la Guadeloupe, le Brexit, la cohésion européenne, les Gilets Jaunes – au sujet desquels Hollande s’étend peu, pointant simplement le fort soutien dont le mouvement a bénéficié de la part de la population française -, ou encore sur les raisons de l’absence de véritables réformes institutionnelles de sa part lorsqu’il était au pouvoir, ce à quoi l’invité du soir répond en soulignant le fait qu’on “en demande trop à la gauche”, et qu’il n’a “pas été élu pour ces réformes-là, qui sont des réformes longues, difficiles, et qui ne sont souvent pas la réponse attendue”.

On retiendra de cet échange l’évocation émue des attentats terroristes par M. Hollande, alors qu’on lui avait demandé ce qu’il restait aujourd’hui de son mandat.

“Ce qu’il restera de mon quinquennat dans vos mémoires, dans l’histoire, ce sont les attentats. Jamais notre pays n’avait été attaqué de cette façon. J’ai été fier d’être président à ce moment-là, parce que j’ai vu le peuple français submerger les rues au-delà des sensibilités politiques. Et quand j’ai vu les chefs d’Etats du monde entier qui défilaient boulevard Voltaire (sans savoir qu’ils n’étaient pas vraiment protégés), j’ai été bouleversé. Tout le monde était là, pour témoigner que la France était le pays de la liberté. On ne peut pas nier les divisions du pays, mais le rôle du président est de se mettre au plus haut niveau pour apaiser et rassembler.”

C’est ainsi qu’après plus de deux heures sur scène, François Hollande quitte l’estrade de Boutmy sous des applaudissements nourris. Il marque ainsi le terme d’une intervention où il est apparu serein, toujours capable de ses petites pirouettes et autres plaisanteries, assez peu chahuté par une assistance plutôt bienveillante, et où il a trouvé l’occasion de réaffirmer ses valeurs : cohésion, solidarité, démocratie, avec pour finir un soupçon d’injonctions à la jeunesse, seul moteur potentiel selon lui d’un changement social et écologique nécessaire.

Charlotte Canizo et Capucine Delattre

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Mise au clair sur le navire de la gauche https://www.lapeniche.net/mise-au-clair-sur-le-navire-de-la-gauche/ Tue, 29 Nov 2016 09:00:25 +0000 http://lapeniche.net/?p=36184 Ce débat de la gauche visait à discuter les solutions proposées par différents candidats ou candidats potentiels aux élections présidentielles de 2017. Des étudiants représentaient leurs idées, respectivement, Roxane Aksas celles de Benoît Hamon, Matèu G. d’Arnaud Montebourg et Pierre C. de François Hollande. Les noms de tous les candidats officiels ne sont pas encore connus, ce qui n’a pas empêché de développer les grandes propositions et principaux projets autour de sujets fixés par les deux modérateurs : l’économie, le renouvellement des institutions et l’Europe. Contrairement aux affronts personnels qui ont pu être observés entre les différents représentants jeunes de la droite le 19 octobre, ce débat s’est davantage concentré sur les projets que sur les personnes.

Économiquement parlant…

Le débat sur le temps de travail

Benoît Hamon propose de passer à 32 heures de travail par semaine pour privilégier la qualité à la quantité, augmenter le partage du travail et sortir de la vision du travail au cœur de la vie quotidienne. Quant à Arnaud Montebourg (comme Mr. Hamon), il propose d’abroger la loi travail, mais ne promet pas un passage aux 32 heures, les 35 heures ayant déjà été assez critiquées.

Favoriser le télétravail

Pour tous les candidats représentés, le télétravail serait à favoriser. Il permettrait un gain de une heure cinquante en moyenne par jour et par personne. Ils proposent pour permettre ce changement, une défiscalisation des heures de télétravail. Cela permettrait un gain de bien-être et une augmentation du temps de loisirs. Parallèlement, il faudra respecter le droit à la déconnexion et faire attention à ce qu’il n’y ait pas d’explosion de la charge de travail.

Opérer une transition énergétique

Les avis convergent à propos de l’industrie dans les énergies renouvelables, considérée comme un moyen de création d’emplois. Pour la soutenir, Mr. Montebourg propose une éradication rapide et totale des usines à gaz et à charbon. Mais l’exploitation de l’énergie nucléaire devrait durer encore une trentaine d’années. François Hollande est aussi d’accord. La fermeture totale des centrales nucléaires est encore impossible. Pour Mr. Hamon, la question écologique ne peut pas être mise au second plan, la France doit complètement se passer de l’énergie nucléaire. « Notre rapport à la consommation doit être changé, tout comme notre vision productiviste » a expliqué Roxane.

Le revenu universel de base

Benoît Hamon propose le revenu universel de base pour permettre une prise en compte d’autres formes de travail et passer d’une liberté formelle à une liberté réelle. Un revenu universel peut permettre d’éradiquer la très grande pauvreté et de transformer la conception du travail en valorisant des mécanismes intégrateurs. Ainsi, il serait possible de favoriser le travail qui nous plaît et pas nécessairement celui qui rapporte le plus. Le représentant de Hollande soulève cependant un point important : certes, un revenu universel de quelques huit cents euros pourrait avoir ces effets positifs, mais que faire des autres aides de l’État ? Les limites posées par l’aspect financier sont à creuser.

Sur l’ubérisation…

Pour Roxane, l’ubérisation ne cache qu’une précarisation encore plus profonde de l’emploi. Selon le représentant d’Arnaud Montebourg, un travailleur choisissant le statut d’autoentrepreneur ne fait que réclamer une part d’indépendance. Il faudrait cependant instituer un droit de négociation de cette masse de travailleurs-autoentrepreneurs, sans pour autant remettre en cause leur statut.

Baisser le chômage

Sur ce point, le représentant de Mr. Hollande a essentiellement défendu les résultats du quinquennat. Les investissements publics et privés permettent de retrouver de l’emploi. Or, le président sortant a mené cette politique d’investissement, et désormais le privé semble se ressaisir. La défiscalisation des PME et TPE fait plutôt unanimité chez les trois hommes politiques. Elle a déjà commencé à être mise en place sous le Gouvernement de François Hollande : l’Etat vient en aide à des entreprises par la défiscalisation pour ainsi leur permettre de créer de nouveaux emplois, et aussi par la création de la Banque publique d’investissement.

Au sujet de la défiance croissante envers les institutions…

Mr. Montebourg propose un référendum d’initiative populaire véritable et un Sénat-citoyen qui serait constitué, en plus des sénateurs, de 100 personnes tirées au sort pour rapprocher les citoyens de la politique et réconcilier les Français avec la démocratie. Il propose aussi la suppression de la procédure constitutionnelle 49 alinéa 3 qu’il juge trop anti démocratique.

Benoît Hamon souhaite une reconnaissance du vote blanc et de l’abstention. Il voudrait de plus permettre la possibilité d’un véritable référendum d’initiative populaire et créer un budget de 5 milliards d’euros pour financer des projets citoyens.

Une VIe République ?

Benoît Hamon soutient la création d’une nouvelle République. Il préconise un régime parlementaire qui ne permettrait aucun cumul des mandats et restreindrait les recours aux ordonnances. Le Président de la République, au mandat de sept ans, serait là pour assurer l’équilibre des pouvoirs et s’assurer que le Parlement puisse s’exprimer.

La position de François Hollande représentée par Pierre C. est plus nuancée : «Nous sommes dans une situation inédite, il y a eu la vague des attentats, une très forte défiance de la population, les extrêmes qui font tout pour perturber l’ordre public, une cote de popularité du Président qui est très basse… Et pourtant les institutions tiennent et quand il le faut, le Président de la République peut prendre les décisions… certes nous pouvons accuser la Ve République de beaucoup de maux, mais il faut reconnaitre que ces institutions sont solides. »

Sur l’État d’urgence

Selon le porte-parole de Mr. Montebourg, il semble que la perfusion de l’État d’urgence soit une situation « terrible ». À ce sujet, Pierre C. a justifié la situation par le risque d’un attentat après la levée de l’État d’urgence qui provoquerait une vraie crise politique et laisserait encore davantage la place à certaines rhétoriques extrêmes, rassemblant déjà 30% de l’électorat selon certains sondages. « L’État d’urgence n’est pas un plaisir. »

Le Ré enchantement du projet européen…

Sur ce point, les candidats sont bien d’accord : il faut montrer les enjeux des élections parlementaires européennes. Elles sont un épisode clé de la vie démocratique et citoyenne : il existe une différence entre l’euro député de gauche et celui de droite par exemple. Voter pour cette institution perd de sa logique, car elle est en apparence déconnectée du citoyen et de la vie quotidienne. Or, cette participation acquiert tout son sens dans le contexte de crise de la souveraineté actuelle.

Pour Pierre C., le couple franco-allemand est historique et moteur de la construction européenne. C’est donc avec l’Allemagne qu’il faut mener les réformes. Roxane réagit, en prônant cette ambition que toute la gauche devrait avoir selon elle : « depuis quand estime-t-on que, sous prétexte d’un cœur historique, on devrait passer par ce couple franco-allemand ? Nous sommes de gauche, donc pour l’égalité, et ce dans tous les domaines ». Il faut donc une égalité de poids des pays de l’Union européenne, deux pays ne pouvant pas se permettre de décider pour tous les autres. Il faudrait aussi se tourner vers les pays de l’Europe du sud, comme l’Espagne, le Portugal ou l’Italie. Pour Arnaud Montebourg, une convergence entre les pays est nécessaire. Il faudrait aider les pays en développement et augmenter les capacités d’accueil dans un même temps.

Pour clore ce compte-rendu de débat, nous pouvons évoquer l’esprit de rassemblement de la gauche énoncé par Pierre C. : « Nous sommes dans le même bateau. Certes pas dans la même cabine, mais dans le même bateau »

 

 

 

 

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