francis verillaud – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Wed, 02 Jul 2014 10:39:18 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png francis verillaud – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Sciences Po et les classements internationaux : je t’aime, moi non plus. https://www.lapeniche.net/sciences-po-et-les-classements-internationaux-je-taime-moi-non-plus/ https://www.lapeniche.net/sciences-po-et-les-classements-internationaux-je-taime-moi-non-plus/#comments Fri, 18 Apr 2014 09:57:53 +0000 http://lapeniche.net/?p=18736 Sur les trois plus grands classements (Shangaï, Times Higher Education et QS World University Rankings), Sciences Po fait pâle figure. A la 214 ème place de QS World University Rankings et non classée au classement de Shangai et du Times Higher Education, l’école est loin derrière les grandes universités américaines et anglaises. En France, elle est systématiquement devancée par la Sorbonne Paris I, l’université Pierre et Marie Curie, Polytechnique et HEC. Même si les résultats sont bien meilleurs par domaines (20 ème en Politique et Etudes internationales), Sciences Po reste, à l’image du panorama universitaire français, le mal-aimé des classements internationaux. Nous avons cherché à comprendre cette bizarrerie.

LA SUBJECTIVITÉ DES CRITÈRES DE CLASSEMENT

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Source : AFP.

« Nous ne sommes pas dans le classement de Shangaï et nous n’y serons jamais », M. Verillaud, directeur de la DAIE.

En donnant de plus en plus d’emphase aux matières scientifiques dites « dures », le classement de Shangaï semble s’éloigner d’autant des portes de l’Institut. Car si un des critères centraux du classement chinois est le nombre de prix Nobels issus des universités en questions, c’est aussi celui qui exclue le plus les sciences sociales, les Nobels étant réservés aux matières scientifiques.
Plus englobant, le classement QS est nettement plus favorable à Sciences Po. Quatre principaux critères sont retenus : la notoriété auprès des universitaires et des employeurs, le taux d’encadrement des étudiants, le ratio d’étudiants internationaux et la qualité de la recherche (publications et citations des enseignants chercheurs dans les revues scientifiques prestigieuses). En dépit de scores honorables pour chacun d’entre eux, Sciences Po est largement pénalisé par la question de la recherche. Là encore, les explications ne sont pas a trouver du côté des lacunes des chercheurs mais bien dans la nature des critères de classement. Le corps enseignant de Sciences Po est largement constitué de vacataires, qui ne signent pas au nom de l’institut !

Il ne nous aura pas non plus échappé que l’hégémonie des universités anglaises et américaines dans les classements révèle un certain tropisme anglosaxon. Le classement, ça rapporte ! Par l’intermédiaire des ventes de journaux et de la communication bien sur, mais le classement a aussi une forte portée symbolique, notamment sur les investisseurs et les employeurs. Les universités anglosaxones ont tout intérêt à produire des classements qui mettent en avant leur modèle universitaire, ce qui se ressent dans les critères retenus (universités pluridisciplinaires, statut des enseignants). Dans les classements, il ne fait pas bon d’être européen.

LE RESSENTI DES ÉTUDIANTS INTERNATIONAUX : LE CLASSEMENT, EST-CE VRAIMENT IMPORTANT ?

Sciences Po, « Le Harvard du continent européen » (Lu, une étudiante chinoise en échange)

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Le classement de Shangaï, l’un des plus prestigieux classements internationaux.

Le choix d’une université est nécessairement une combinaison complexe de critères. Ce qui ressort, c’est surtout l’attraction de la ville et sa richesse historique, le large choix de cours dans les relations internationales et la science politique et surtout, un enseignement quasi bilingue extrêmement rare dans les autres universités françaises. Les classements ont donc « un rôle complémentaire », qui n’est pas forcément rédhibitoire. Car si on ne doit pas compter sur les classements pour encenser Sciences Po, le bouche à oreille reste le principal outil de communication de l’école. La référence a Sciences Po à l’international n’est de fait pas spontanée : « Quand on pense aux universités françaises, on pense principalement à la Sorbonne », nous confie une étudiante néo-zélandaise. Pourtant, l’école bénéficie d’une réputation certaine « parmi ceux qui connaissent ». Une étudiante chinoise en échange nous expliquait ainsi qu’après recherches sur le web, sa mère conclue : Sciences Po est le « Harvard du continent européen », notamment en raison des nombreux dirigeants qui en sont issus.

« Les grandes écoles c’est comme les étoiles, on les voit encore quand elles ne brillent plus. » (M. Vérillaud)

Si la comparaison internationale est complexe, c’est aussi en raison du format hybride de « grande école » à la française qui reste difficilement compréhensible par le monde international. Pour le directeur de la DAIE, ce n’est pas un obstacle mais un véritable outil modulable, à condition que les cursus restent lisibles.

QUELLES SOLUTIONS ? D’AUTRES OUTILS DE MESURE

 « Quand Sciences Po passe un programme de double diplôme avec Columbia, elle se créé une notoriété sans commune mesure avec ce qu’on pourrait attendre même des meilleurs classements ». (M. Vérillaud)

Francis Vérillaud, directeur de la DAIE.  Photo : Amal Ibraymi.
Francis Vérillaud, directeur de la DAIE.
Photo : Amal Ibraymi.

Face à la montée en puissance de ces classements, l’Union européenne a lancé son propre projet expérimental de classement « U- Multirank », qui devrait normalement être accessible à partir de cette année. Il propose une série de critères qualitatifs élargis, regroupant notamment les services d’accueil aux étudiants, la qualité pédagogique des cours, les solutions d’aides financières… La réplique européenne est aussi motivée par les effets économiques de la compétition des classements. Retombées économiques et symboliques dont se sont vite inquiétés les gouvernements européens.

Vaincre le venin par le venin est aussi une solution envisagée : Sciences Po peut-il élargir son champ d’études aux Sciences dures ? A son échelle, non. Les étudiants gisant dans les couloirs de la bibliothèque en témoigneront. Mais l’initiative a déjà été lancée par l’intermédiaire des doubles diplômes issus du regroupement Sciences Po – Sorbonne Paris Cité. Si les publications étaient amenées à être signées par les chercheurs de cette « unité », il ne fait aucun doute que l’IEP remonterait rapidement dans les classements.

En définitive, Sciences Po fait bien partie des « 300 premières universités », et c’est « déjà beaucoup » (M. Vérillaud). Mais le décalage entre sa notoriété française et internationale et la réalité des classements est indéniable. Même si l’impact des classements reste faible et que ce ne doit pas être la « ligne directrice » de l’école, on sent bien qu’en substance, les classements sont bien une épine dans le pied de Sciences Po.


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« Les élèves de 3A sont les meilleurs ambassadeurs de Sciences Po » : rencontre avec le directeur de la DAIE https://www.lapeniche.net/les-eleves-de-3a-sont-les-meilleurs-ambassadeurs-de-sciences-po-rencontre-avec-le-directeur-de-la-daie/ https://www.lapeniche.net/les-eleves-de-3a-sont-les-meilleurs-ambassadeurs-de-sciences-po-rencontre-avec-le-directeur-de-la-daie/#comments Wed, 02 Apr 2014 08:00:16 +0000 http://lapeniche.net/?p=17363 La plupart des 1A n’étaient pas encore nés lorsque Francis Verillaud a été nommé directeur de la Direction des Affaires Internationales et des Echanges (DAIE) en 1995. Une autre époque : Richard Descoings n’était pas encore directeur de Sciences Po, il n’y avait pas encore de Macs à la bibliothèque ni de panini savoyard servi par Barbara en cafét. Depuis, l’attractivité internationale de l’école a été complètement bouleversée, notamment grâce à la troisième année obligatoire à l’étranger, apparue au début du siècle. L’occasion d’évoquer les enjeux de cette 3A avec l’inamovible directeur de la DAIE M.Verillaud, qui fêtera bientôt ses vingt ans à ce poste.

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Photographie : Amal Ibraymi.

Depuis votre arrivée à la DAIE, l’ouverture de Sciences Po sur l’international  a été complètement  bouleversée : quels sont les changements notables ?

Pour vous donner quelques chiffres, quand je suis arrivé, il y avait à Sciences Po 4000 étudiants et 500 étrangers. Aujourd’hui, on a 12 000 étudiants et 6000 étrangers. C’est une belle révolution.

Le fait que la moitié des élèves soient des internationaux est une manifestation très forte du caractère international de notre école. Les étrangers ne viennent pas ici qu’en échange : aujourd’hui, on vient à Sciences Po pour obtenir un diplôme d’une institution attractive sur le plan international. Nous sommes l’une des institutions universitaires françaises les plus attractives au monde.

Et puis la troisième année à l’étranger a été créée en 1999 et est devenue effective et obligatoire pour tous en 2000; une troisième année qui en dit long sur les perspectives internationales de notre établissement.

En quoi cette troisième année à l’étranger renforce l’attractivité de Sciences Po à l’international : l’institution en profite-t-elle autant que les étudiants ? 

Proposer à nos élèves cette troisième année à l’étranger implique de bâtir des échanges, de construire des partenariats : on a plus de 450 partenaires qui sont pratiquement les 450 meilleures universités du monde et qui forment les élites de leur pays. Avec cette 3A, on développe un maillage, un relationnel, qui construit l’excellence de Sciences Po depuis quinze ans.

Et puis, lorsque chaque année, on envoie des étudiants de troisième année à l’étranger, on envoie 1500 élèves qui sont 1500 ambassadeurs, les meilleurs ambassadeurs de Sciences Po. Et lorsque les élèves de nos établissements partenaires viennent à leur tour, ils se plaisent à Sciences Po, ils apprennent des choses, ils découvrent la France et l’Europe et quand ils rentrent chez eux, ils sont les meilleurs ambassadeurs de notre institution.

Cette 3A en dit par ailleurs long sur la stratégie de Sciences Po : nous n’avons pas vocation à créer de filiales à l’étranger mais au contraire, à faire confiance à des partenaires, à privilégier une attitude d’allié, de partenaire à égalité.

sciencespocolumbiaC’est aussi la démarche de nos doubles diplômes qui sont uniques au monde et qui sont conçus de telle sorte que Sciences Po et une autre université partagent leur cursus, valorisent et articulent leur cursus pour faire un seul programme. C’est par exemple le cas du double-diplôme de journalisme entre Columbia et Sciences Po qui apporte une reconnaissance mutuelle formidable aux deux institutions, il connecte Sciences Po  au monde du journalisme aux US et idem du côté européen.

L’an prochain, 83% des étudiants partiront en université contre seulement 16% en stage et moins de 1% en projet personnel :  l’université est-elle d’après-vous le meilleur choix pour sa 3A ? 

Lorsqu’on est élève du collège universitaire de Sciences Po, on n’a pas vocation à entrer sur le marché du travail. Le Master, lui, est professionnalisant mais pas le collège : dans le cadre des Masters, des stages sont prévus avec un semestre hors les murs et une année de césure, pour accroître l’insertion des étudiants sur le marché du travail.

Il est donc tout à fait suffisant de construire son insertion sur le marché du travail en master : ça n’est pas le cas au collège, et il n’est pas souhaitable que ce soit le cas. On n’apprend pas un métier au collège, mais on apprend à apprendre. On apprend à être soi-même, à se découvrir : on apprend tout ce qu’on ne pourra jamais faire après.

Dès lors, je crois que si on utilise sa 3A pour faire un stage, il faut que ce soit mûrement réfléchi. 16% est une proportion tout à fait suffisante. Ceux qui se sentent murs, ceux qui ont une idée précise de leur avenir, une idée claire, peuvent être motivés pour un stage de manière légitime  Par contre, concernant tous les autres élèves qui n’ont pas mûri de projet, ce serait très prématuré de faire un stage.

D’ailleurs, les entreprises veulent recruter des élèves spécialisés. Or, ça n’est pas le cas d’un étudiant du collège qui n’est pas du tout dans une logique de spécialisation.

Beaucoup d’étudiants rêvent d’aller en 3A à Harvard, au MIT, à Columbia ou à Berkley : quel est le profil qu’attend Sciences Po pour avoir cette opportunité ? Aux élèves de 1A qui souhaitent aller à Columbia, que leur diriez-vous pour maximiser leurs chances de réussite ? 

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Photographie : Amal Ibraymi

Avant tout, chacun doit chercher l’institution, le pays, la culture qui correspond à ce qu’il veut vraiment faire. Il faut faire abstraction de ces classements que l’on a dans la tête. Avant de viser Columbia, réfléchissez à ce que vous voulez vraiment faire, lisez des rapports. Dans certains domaines par exemple, il ne faut pas forcément viser Harvard ou Berkeley : en sciences sociales, c’est Wisconsin Madison qui est la meilleure université au monde.

En revanche, si on veut vraiment viser les meilleures universités américaines, il faut veiller à la qualité du dossier, du parcours académique ainsi qu’à la lettre qui va accompagner le dossier et qui a toute son importance.

Évidemment que pour viser les grandes universités, il faut de très bonnes notes : par exemple, à Princeton, il faut une mention très bien au bac. Mais ça ne suffit pas : il faut un vrai projet. La lettre de motivation peut faire la différence et permettre de compenser trois points d’écart de moyenne : il n’y a pas d’automatisme entre le classement et les affectations des étudiants.

Y-a-t-il toujours une sélection rigoureuse des partenaires SciencesPo pour assurer une bonne qualité d’enseignement ?  Certains témoignages de 3A, notamment sur La Péniche, laissaient penser le contraire…

En premier lieu, Sciences Po entretient des liens permanents avec ses partenaires, on parle avec nos homologues, on rend des comptes. Et puis il ne faut pas rejeter tout ce qui n’est pas du niveau de Berkeley ! Est-ce que l’on va refuser d’ouvrir des échanges en Afrique subsaharienne au prétexte que le niveau des universités n’est pas au niveau de Columbia ? Non, car ce qui compte c’est aussi l’expérience tirée de l’enseignement.

On apprend à comprendre la formation des étudiants dans un autre pays, comment sont formées les élites dans d’autres cultures : l’étudiant qui a témoigné pour La Péniche dont vous parlez a pu comprendre comment fonctionne la formation des journalistes argentins, et ça n’est pas inutile. C’est un autre monde, et la 3A est aussi là pour accepter ces autres mondes, il ne faut pas être purement productiviste…

Avec votre connaissance des différents partenaires de Sciences Po et des enjeux internationaux, si aujourd’hui, vous étiez un deuxième année qui devait faire son choix d’affectation, où iriez vous ? 

J’irais en Chine. J’apprendrais le chinois et j’irais à Taiwan, à Hong-Kong ou en Chine continentale. Je profiterais certainement des nouveaux accords de Sciences Po à Nankin par exemple.

C’est là que se jouent beaucoup de choses pour l’avenir du monde : j’aimerais beaucoup apprendre le chinois. La Chine va devenir la première puissance mondiale et ne va pas régresser : le coût pour le monde de sa régression provoquerait une crise gigantesque. Aujourd’hui, la Chine n’est plus uniquement l’atelier du monde, elle est bien d’autres choses.

Ce serait aussi l’occasion de découvrir une autre culture, un autre rapport au monde, une autre civilisation. En Chine, on ne pense pas le rapport à l’espace, au temps, comme nous. La conception des choses est différente.

Pour tout vous dire, je ne me précipiterais pas aux USA car au fond, on retrouve à Sciences Po un mode d’apprentissage très occidental, des types d’approche qui ne diffèrent pas énormément des États-Unis.

Depuis une semaine, une action spontanée, indépendante de l’UNEF ou de l’UNI, fait beaucoup de bruit à Sciences Po chez les étudiants. Elle réclame que les étudiants en stage ne paient plus 100% des frais de scolarité pendant leur 3A : qu’avez-vous à leur répondre ? 

C’est une règle qui est mise en œuvre depuis longtemps en effet. Il faut savoir que les étudiants restent des étudiants de Sciences Po pendant cette troisième année et que pour mettre en œuvre ces stages, pour en assurer ce suivi, il y a des équipes qui sont mobilisées, il faut payer des personnes à Sciences Po Avenir à plein temps. 

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