Un article de Gautier Crépin-Leblond
Avec un montant de dépenses de 192 millions d’euros, le budget prévisionnel de Sciences Po de 2018 adopté en Conseil d’Administration le 20 décembre dernier dessine le modèle financier vers lequel se dirige l’institution pour s’assurer le meilleur des développements. Grossièrement, cela représente environ une enveloppe de 17 000€ par étudiant.e, soit 4 000€ euros de plus que la moyenne nationale.
En mettant en perspective ce chiffre avec d’autres établissements parisiens, Sciences Po a plus d’argent par étudiant.e que Paris-Sorbonne (Paris 4) avec 8 500€ par étudiant.e, mais moins que l’université Panthéon-Sorbonne avec 21 500€ par étudiant.e.
Difficile de comprendre le modèle économique de l’école sans connaître dans les grandes lignes sa structure. Le statut juridique de Sciences Po est basé sur une organisation duale : la Fondation Nationale des Sciences Politiques (FNSP) est une fondation privée reconnue d’utilité publique chargée de la gestion administrative et financière de Sciences Po. Le Conseil d’Administration (CA) se charge entre autres de voter le budget et de déterminer les grandes orientations. D’autre part, l’Institut d’Études Politiques (IEP) est un établissement public d’enseignement supérieur et de recherche et se charge entre autres des formations et de la recherche menées à Sciences Po.
Frédéric Mion est à la fois administrateur de la FNSP et directeur de l’IEP. La gouvernance est ainsi parfaitement originale : Sciences Po bénéficie d’une large autonomie pédagogique et financière. Comment cette dernière s’élabore et quelles en sont les principaux piliers ? Une petite équipe de la Péniche est partie explorer les documents financiers et interroger les principaux acteurs, participant de près ou de loin à un modèle dont l’organisation est intimement liée au grand projet de l’Hôtel de l’Artillerie à l’horizon 2022.
Depuis une dizaine d’années, le budget a très fortement augmenté, mais la répartition des recettes comme des dépenses n’a pas évolué en profondeur. De 105 millions d’euros en 2008, il s’élève en 2017 à environ 181 millions, soit une augmentation de plus de 70%, avec des prévisions encore positives pour les années à venir.
François Mitterrand a dit en 1986 : « L’économie, c’est simple. C’est deux colonnes : une colonne pour les dépenses et une colonne pour les recettes. N’importe quelle ménagère vous le dirait ». En d’autres termes, pour faire un budget, il faut d’abord disposer de financements, ces financements, ce sont les fameuses ressources dont dispose Sciences Po. Mais d’où proviennent-elles ?
Les ressources de Sciences Po ont trois principales sources : les produits financiers et exceptionnels, les subventions publiques structurelles et les ressources propres. L’originalité de Sciences Po par rapport aux autres établissements publics d’enseignement supérieur et de recherche est qu’il tire la majorité de ses fonds de ses ressources propres, et non des subventions publiques. Les subventions « structurelles » – c’est-à-dire les subventions publiques de l’Etat –, représentent 37% des ressources. Cette dotation globale de fonctionnement est calculée entre-autre selon le nombre d’étudiants et des besoins de développement de l’établissement. Sciences Po rend alors compte à l’Etat de ses axes de recherche et de gouvernance à travers la communauté d’universités et établissements « Sorbonne Paris Cité » et de son fonctionnement via la Cour des Comptes, afin d’éviter les dérives, comme celles constatées de « l’ère Richard Descoings ». Comme l’explique Charline Avenel, secrétaire générale de Sciences Po et en charge du projet de l’Artillerie :
« Dans un système de finances publiques contraint, nous arrivons à obtenir une stabilité voire une légère augmentation de la participation de l’Etat, à disposer d’enseignants supplémentaires et à bénéficier de moyens pour la recherche, la formation innovante, ou encore l’accompagnement de nos efforts en matière de handicap. La part des dotations de l’Etat diminue tandis que les autres ressources progressent : sous l’effet de la hausse des effectifs et de la hausse du niveau du droit moyen, liée elle-même à la progression du nombre d’internationaux »
Si en absolu, la dotation de l’Etat n’a cessé d’augmenter chaque année depuis 10 ans, l’évolution de la part de dotation est en effet en baisse, en raison de l’augmentation de la part des ressources propres dans le budget. Elles constituent le support le plus important de financement. Ce sont des sources contrôlées par Sciences Po en toute indépendance, une force pour l’institution. On y retrouve à la fois les droits de scolarité – les frais d’inscription –, des partenariats avec des entreprises, des subventions publiques de collectivités ou encore des revenus liés au mécénat.

Les financements locaux et sur projet représentent les partenariats et subventions des collectivités territoriales finançant par exemple des rénovations de bâtiments et des projets de recherche commandés par des acteurs économiques, qu’il s’agisse de la mairie de Paris à l’Union Européenne jusqu’à une entreprise précise. Les revenus liés à la formation continue, l’« executive education », proviennent des enseignements proposés par Sciences Po aux actifs souhaitant obtenir une formation professionnelle dispensée par les écoles de master.
Autre financement fondamental, les ressources propres sont constituées également par les droits de scolarité, ou frais d’inscription, qui comptent pour près du tiers des ressources de Sciences Po, à hauteur de 30%. Les étudiants financent donc directement Sciences Po à la hauteur de presque un tiers. Fin 2017, 55 millions d’euros proviennent des droits de scolarités des étudiant.e.s. Sciences Po compte surtout sur une augmentation du nombre total d’inscrits. Pour autant, l’augmentation régulière des droits de scolarité n’est pas sans conséquence. Ainsi, l’UNEF estime, pour sa part, que les frais d’inscription ont connu une augmentation de 650% ces quinze dernières années.
Le syndicat étudiant a entrepris un dialogue avec l’administration au sein d’un groupe de travail dédié. Là encore, l’UNEF a non seulement demandé la baisse de ces frais mais aussi leur linéarisation pour éviter les effets de seuil, c’est-à-dire le paiement de frais plus élevés pour une petite part de revenus supplémentaires. Le syndicat souhaite aussi la diminution des effets de tranche, car les foyers dans le bas d’une tranche payent des droits proportionnellement plus importants par rapport à leur revenu. L’administration semble avoir écouté ces dernières revendications du syndicat majoritaire à Sciences Po en créant une nouvelle tranche intermédiaire pour les foyers les plus défavorisés. Toutefois, le travail continue pour l’UNEF qui souhaite une linéarisation complète par le bas des droits de scolarité.
La part du mécénat – le fonds institutionnel d’entreprises ou de particuliers – augmente quant à elle depuis quelques années. Le mécénat a permis par exemple la récolte de 20 millions d’euros en 2011 par des campagnes de fonds internationales. A ce sujet, l’association Sciences Po Zéro Fossile milite contre les partenariats avec certaines entreprises comme Total en s’opposant au sponsoring et au soutien financier de la firme, en raison de l’empreinte carbone très importante de la première entreprise française. « L’Institut d’Études Politiques de Paris a une responsabilité morale importante dans la lutte contre le dérèglement climatique. » explique l’association. « Nous appelons Sciences Po à rompre tous les liens l’unissant à une industrie qui contribue à compromettre notre futur ».
Une pétition lancée sur internet a déjà recueilli près de 1300 signatures, preuve que la communauté étudiante se préoccupe des questions budgétaires de l’institution. Le mécénat est pourtant considéré par certains comme une alternative aux frais d’inscription : c’est ce qu’a proposé la liste Nova par l’encouragement du mécénat privé, notamment des alumni, sous couvert de l’indépendance pédagogique de l’institution. Ayant obtenue presque un quart des suffrages lors des élections syndicales étudiantes, Nova a désormais les cartes en main pour proposer son projet à l’administration.
Les dépenses de Sciences Po sont aussi en augmentation mais connaissent la même répartition depuis une dizaine d’années. La plus grosse source de dépenses provient du personnel, titulaires et vacataires compris : il s’agit de plus de la moitié des versements. Les locaux représentent le quatrième poste de dépenses. Sciences Po n’étant pas propriétaire de l’ensemble de ses bâtiments, des loyers conséquents sont à régler, d’où le désir d’acquisition de l’Hôtel de l’Artillerie qui retirera à Sciences Po des dépenses qui pourront être réallouées. A constater également que la politique sociale de Sciences Po s’incarne dans le cinquième poste de dépenses, puisqu’une douzaine de millions d’euros y sont chaque année consacrés.

Ainsi Sciences Po réalise depuis une dizaine d’années des résultats positifs de l’ordre de quelques millions d’euros par an. Si cette constance peut paraître positive, en comparaison avec d’autres établissements publics, Marc Josselin, ancien élu UNEF, constate que le « bénéfice » prévu – dans le budget prévisionnel adopté en CA – est pratiquement toujours inférieur au résultat réel. Sciences Po réalise en conséquence un résultat encore plus positif que le résultat positif prévu : un phénomène dénoncé par l’UNEF qui réclame de pouvoir réinvestir directement l’excédent, alors versé aujourd’hui dans un fonds d’« épargne » d’environ 30 millions d’euros. L’UNEF a ainsi réclamé à plusieurs reprises aux Conseils d’Administration un abaissement des frais de scolarité compte tenu des marges réalisées.
Mais cette « épargne » est fondamentale pour le bon fonctionnement de l’institution : non seulement pour prévoir des projets à long terme, dont bien évidemment le projet de l’Artillerie englobe une partie, mais aussi pour se constituer une crédibilité vis-à-vis des donateurs publics et privés et des partenaires internationaux. Ainsi, « il est important pour Sciences Po d’assurer une réelle solidité économique. Les résultats positifs dégagés ces dernières années grâce à une amélioration de la gestion permettent de conforter l’autofinancement dont nous avons besoin pour nos investissements. » explique la secrétaire générale, ce qui permettrait entre autres de projeter la réfection du jardin, la rénovation de salles de cours ou encore la redéfinition du réseau Intranet de Sciences Po.
Le projet de l’Hôtel de l’Artillerie, dont Sciences Po a présenté les contours à la presse à l’occasion d’une levée de fond, est un enjeu majeur de la construction du budget. Chaque budget annuel est pensé pour les cinq prochaines années. Comment les ressources financières de Sciences Po peuvent assumer un projet estimé à 190 millions d’euros en 4 ans ? Le modèle économique décrit par Charline Avenel s’axe sur deux objectifs. Le premier passe par l’apport en ressources propres de Sciences Po et d’une campagne de mécénat spécialement dédiée.
Le reste du projet est financé par un emprunt de 160 millions d’euros. Comment le supporter ? La secrétaire générale assure que l’opération est neutre : en libérant des bâtiments en location, comme l’école de journalisme et l’école doctorale au boulevard Saint-Germain, les acquittements du prêt remplaceront les loyers. L’avantage tiré sera toutefois conséquent en 2022 : Sciences Po, alors propriétaire de l’ensemble de ses locaux, pourra mener toutes les transformations et investissements qu’il désire. Pour réaliser ce type d’opération financière, il est important pour Sciences Po de prouver sa solidité économique face à ses partenaires. D’où l’intérêt pour Sciences Po de mettre en réserve les bénéfices des années antérieures.
« Le coût total de l’artillerie représente 190 millions d’euros. Sur les 190 millions, nous contra un emprunt de 160 millions d’euros, dont les remboursements sont couverts par les moindres loyers que nous libérons, et qui auraient augmenté dans le temps. C’est donc une opération vertueuse sur le plan économique. » Charline Avenel, secrétaire générale de Sciences Po
Ce modèle peut-il se transposer dans un enseignement supérieur français très disparate et généralement sous- financé ? Si dans les universités anglo-saxonnes, les fortes augmentations des frais d’inscription se fondent sur un système d’emprunt, en France la plupart des universités ont des droits de scolarité faibles et les boursiers sont exonérés. Certaines facultés ont en revanche augmenté leurs frais, comme Paris-Dauphine. La plupart des écoles et grandes écoles sont payantes et s’appuient de plus en plus sur les collectes de fonds. Le système de frais modulés est-il viable pour les autres établissements ?
« En soi, je pense que c’est un très bon modèle qui est juste, exempte les moins favorisés qui reçoivent par ailleurs des bourses et fait payer plus les familles favorisées. L’application à d’autres établissements devrait être soumise à un examen minutieux car la structure sociale et le rapport entre français et étrangers n’est pas la même que la nôtre » répond Charline Avenel. Une nouvelle réflexion semble donc se former autour des frais d’inscriptions, souhaitée à la fois par l’administration et par les syndicats étudiants. Reste à savoir comment les différentes parties sauront s’accorder sur une réforme solide permettant d’allier la sécurité financière et la justice sociale entre les étudiantes et étudiants.
J’ai scrollé tout en bas parce que j’ai la flemme de tout lire. Que dois-je retenir ?
Le budget de Sciences Po a fortement augmenté depuis 10 ans. Aujourd’hui, il s’élève à 192 millions d’euros. Il est financé en majorité par les dotations de l’Etat et les ressources propres qui incluent les droits de scolarité, ce qui permet d’être constamment à l’équilibre et de dégager des excédents de trésorerie. Aujourd’hui, le modèle de financement permet d’assurer une politique sociale via un système de bourse et de maintenir de multiples investissements pour les enseignements ou encore la rénovation des bâtiments. L’achat de l’Hôtel de l’Artillerie vise à mieux organiser les locaux en devenant propriétaire, et à stabiliser, voire diminuer un niveau de dépense important, pour créer un meilleur cadre d’étude pour l’établissement.
Pour en savoir plus, vous retrouverez l’ensemble de nos informations dans les relevés de décisions et les procès-verbaux des Conseil d’Administration de la FNSP.
Au cours des vacances de la Toussaint, plusieurs élèves se sont rendus en Californie dans le cadre d’une learning expedition organisée par le Centre pour l’Entrepreneuriat de Sciences Po Paris. À cette occasion, les participant.e.s ont découvert le monde si particulier de la Silicon Valley. Jusqu’au 14 décembre prochain, nous publions chaque jeudi une chronique rédigée par eux, chronique au sujet de cette expérience aux multiples facettes.
Une semaine dans la Silicon Valley, à la rencontre de celles et ceux qui façonnent l’écosystème le plus dynamique de notre temps. Une expérience extraordinaire pour qui s’intéresse à l’entrepreneuriat, et ne peut, comme moi, s’empêcher d’avoir une certaine fascination pour la célèbre vallée qui compte actuellement près de 32 000 start-ups, nombre qui ne peut a priori que recouvrir la réalité d’une population hyper créatrice, à la pointe du progrès technologique… Mais qui sont réellement ces forces vives de la Silicon Valley ? Quels sont les facteurs de cette production exceptionnelle d’innovation ? Telles sont les questions qui se sont imposées à moi lors de notre séjour à San Francisco, organisé par le Centre pour l’Entrepreneuriat de Sciences Po.

Dans cet écosystème, trois figures s’imposent : l’ingénieur, l’entrepreneur et l’investisseur.
La première chose qui m’a marquée dans la plupart des rencontres que nous avons faites, c’est le statut royal qu’occupe l’ingénieur dans cet écosystème. Qu’il code des logiciels ou décode de l’ADN, l’ingénieur trouvera sa place dans le monde entrepreneurial de la Bay Area. Ceci s’explique par un mode de pensée très répandu : les start-ups ont pour but de résoudre un problème. Et tout problème est soluble par l’ingénieur.
Ce statut privilégié de l’ingénieur m’est apparu à son paroxysme lors de nos visites chez Facebook et Google. Ces deux géants du numérique ont fait de leur campus des “Disneyland” de l’entreprise. Ce sont de petites villes fermées où les nombreux employés restent entre eux. Jeux, nourriture, salles de sport… Tout y est, et tout est gratuit. Les gens y semblent heureux, jeunes, en harmonie : Disneyland, vous dis-je !
Dans la même journée, nous avons rencontré Fred Turner, chercheur au Département de Communication de Stanford, et Jeff Nagy, l’un de ses doctorants, qui ont partagé leur point de vue avec nous. Afin de stimuler la créativité, les grandes entreprises technologiques s’attachent à promouvoir les ingénieurs au statut d’artiste-ingénieur. L’ingénieur n’est pas seulement technicien, il est esprit créateur, résolvant des énigmes de notre époque. L’ingénieur doit se percevoir lui-même comme source créatrice à l’origine des innovations du futur. Si tout est pensé pour son plus grand confort, celui-ci n’a plus qu’à se préoccuper d’inventer.
Mais alors… aucune chance pour nous autres, non-ingénieurs, de nous faire une place dans la Bay Area ? Ai-je manqué ma voie si je n’ai pas appris les dessous du fonctionnement d’un ordinateur ou d’une nanoparticule ? Que nenni, rassurons-nous. Si les ingénieurs ont un statut royal, ils n’ont pas pour autant le monopole de l’entrepreneuriat.

La Learning Expedition nous a permis de rencontrer de nombreux entrepreneurs, américains ou français, qui nous ont raconté leur histoire. Ces entrepreneurs, tels que Matt Lhoumeau, Frenchy co–fondateur et PDG de Concord ou Tenzin Seldon, américaine-tibétaine fondatrice et PDG de Kinstep, ont en commun de n’être en rien des ingénieurs et d’avoir des histoires surprenantes de détermination et de persévérance. Ces entrepreneurs et entrepreneuses que personne n’attendait nous ont prouvé que le rêve américain n’est pas qu’un mythe : divers profils peuvent parvenir au statut d’entrepreneur à succès. Il suffit de le vouloir… et de bien s’entourer.
La fertilité de la Silicon Valley en termes de start-ups n’est pas un pur hasard. A travers son histoire (cf. l’épisode 1 : Quand l’individu veut rendre le monde meilleur) et sa construction, elle est devenue un environnement parfaitement propice au processus perpétuel de création-destruction de start-ups. Elle nous est apparue comme le point de jonction de plusieurs acteurs dont la réunion permet d’engendrer ces processus de création-destruction. D’un côté les universités, telles que Stanford et Berkeley, subventionnent les recherches internes de leurs professeurs et étudiants et produisent des chercheurs et ingénieurs à la pointe de leur domaine.
Ces recherches et individus sont à la sortie de l’université récupérés par tous les combattants en quête de “licornes”, ces start-ups valorisées à plus d’un milliard de dollars. Mentionnons notamment les fonds de Venture Capital, les GAFA ou les incubateurs. A ces acteurs propulseurs de projets entrepreneuriaux s’ajoutent un quasi-unique protagoniste public, le US Department of Defense, et toutes ses institutions subalternes et dérivées.
Cette course à l’innovation apporte un élément essentiel à la Silicon Valley : l’absence d’aversion au risque. Une start-up est une entreprise qui repose sur la promesse d’une innovation. Beaucoup sont au stade de la recherche scientifique ou du prototypage, sans revenus. Le financement public ou privé leur permet de survivre et de se développer jusqu’à ce qu’elles soient rachetées, génèrent des revenus, ou meurent. Finalement, le succès du lancement d’une start-up tient en sa capacité à obtenir suffisamment de financements, jusqu’à cette dernière étape.

Dans la Bay Area, l’argent coule à flot et les portes peuvent s’ouvrir rapidement. Comme nous l’a dit Matt Lhoumeau, si vous avez un produit, beaucoup seront prêts à vous écouter. Car vous venez peut-être de créer quelque chose qu’ils ont intérêt à acquérir les premiers. Face à ce potentiel, les fonds de venture capitalists sont nombreux à la recherche de la start-up dont le succès financier compensera les échecs d’autres paris perdus. Ainsi tout entrepreneur peut-il financer son idée. L’ascension peut être véritablement rapide, mais la chute peut être tout aussi brutale. Il semble qu’il n’y ait pas de limite à l’itération. Pour savoir il faut essayer, et si l’idée ne fonctionne pas et s’écroule, il faut recommencer.
L’ingénieur apparaît finalement comme l’enfant-roi de la Silicon Valley et l’entrepreneur comme la potentielle « cash cow » recyclable. Mais ce modèle est-il véritablement durable ? On est surpris par la moyenne d’âge peu élevée des ingénieurs-artistes des campus que nous avons visités, ainsi que la rapidité avec laquelle les start-ups se lancent… et s’écroulent. L’énergie, le cash et les ressources humaines sont brûlés à la vitesse de la lumière. Finalement, la Silicon Valley ne serait-elle pas le lieu de l’hyperconsommation à l’américaine de l’être humain ?
]]>À l’origine de cet article, il y a une rédactrice. Voici son histoire.
Lola Meunier : Récemment diplômée du Master Economics & Business de l’école du management et de l’innovation de Sciences Po, Lola se destine aux financements des start-ups et PME dans les pays émergents, dans l’optique finale de se lancer à son tour dans l’entrepreneuriat un jour.
À propos de la Learning Expedition : Le Centre pour l’Entrepreneuriat de Sciences Po apporte une expertise sur l’entrepreneuriat et l’innovation aux étudiants, aux start-ups et aux chercheurs.
Dans le cadre de leur cursus académique, la Learning Expedition dans la Silicon Valley est l’occasion pour ces étudiants et pour d’autres étudiants sélectionnés parmi les meilleures écoles scientifiques françaises, d’être immergés pendant 5 jours au cœur de l’innovation et d’apprendre auprès des entrepreneurs les plus inspirants.
Note de la rédaction – Dès le 3 Septembre 2015, bien avant la mobilisation de l’Unef, La Péniche s’étonnait déjà des difficultés rencontrées par le BDA. Nous avons alors décidé de nous renseigner plus profondément sur le sujet. C’était sans imaginer le temps que nous prendrait ce travail. Un coin d’ombre sur le budget 2015 reste notamment à éclaircir. Nous avons sollicité la Direction de la Vie Universitaire, qui nous a dit “ne pas pouvoir” nous communiquer le document que nous souhaitions… Au risque de faire quelques raccourcis, nous décidons toutefois de rendre publique aujourd’hui la première partie d’une enquête démarrée début Septembre, étape par étape, point par point.
« Des buffets ou des assos ? », le 15 Octobre 2015, forte d’un slogan tapageur, la mobilisation de l’Unef Sciences Po atteint son summum. Le syndicat organise un happening en péniche. Quelques minutes plus tard, il remet à Frédéric Mion une pétition regroupant 1 800 signatures d’étudiants et soixante lettres ouvertes d’associations s’insurgeant tous contre une « vie associative menacée ».
De nombreux arguments sont mis en avant par le syndicat et quatre des cinq associations permanentes l’ayant rejoint. En première ligne, le Bureau des Arts qui semble avoir totalement perdu le soutien de Sciences Po dans la mise en place des cours de pratique artistique.
Tabous, manœuvres juridiques et erreurs comptables, La Péniche vous emmène au cœur de la gestion associative à Sciences Po.
Dès le 4 Septembre 2015, nous partons à la rencontre du BDA, principale victime de cette « réforme du financement associatif », pour laquelle aucun document officiel n’existe. Seule certitude : les prix des cours de pratique artistique proposés par l’association ont grimpés depuis le début de l’année, et l’offre s’est réduite.

Alexandre Tribillon, étudiant en deuxième année à la tête du nouveau pôle de gestion de ces cours, nous explique que « L’an dernier, c’est Sciences Po, par l’intermédiaire de Renaud Boulant, responsable des sports et des activités culturelles au sein de la Direction de la Vie Universitaire, qui s’occupait des cours de pratiques artistiques : que ce soit le contact des enseignants, comme la gestion des salles ou les inscriptions pédagogiques. Cette année, ils nous ont donné la main sur tout cela. »
La raison officielle : un manque de visibilité sur la maquette pédagogique. Les internationaux auraient en effet du mal à distinguer les ateliers artistiques obligatoires en première et seconde année des cours facultatifs de pratique artistique. Mais pour Alexandre, c’est également « la nouvelle ligne de Sciences Po dans sa gestion budgétaire des associations » qui en est cause. En clair : l’école voudrait faire des économies.
Les étudiants sont les premiers touchés par le passage de témoin : augmentation de cinq euros en moyenne du prix de ces cours, suppression de certaines activités, et absence de crédits ECTS.
Sur les deux premiers points, Alexandre défend qu’ »On a été obligé d’augmenter les tarifs des cours pour être sûrs d’être à l’équilibre. Nous n’avons plus d’aide financière directe de l’école pour ces activités et on ne peut pas se permettre d’en garder des non rentables, alors que Sciences Po le pouvait ». Il rappelle également le problème de paiement de certains enseignants qui bénéficiaient l’an dernier du statut de vacataire au sein de Sciences Po. L’école les payait alors directement. Un coût désormais à la charge du BDA, qui a dû le répercuter sur les tarifs des cours.
Ainsi, si ces changements permettent certes au BDA d’étendre ses prérogatives, ils lui donnent surtout du pain sur la planche. « Cela a rajouté beaucoup de choses à gérer, en particulier pour la trésorerie. C’était particulièrement stressant : on allait clairement vers l’inconnu », se souvient Alexandre.
Malgré ces difficultés, le BDA a réussi à s’en sortir. Les objectifs d’adhésion pour l’année ont été atteints et la plupart des cours sont suffisamment remplis.
Notre enquête aurait pu s’arrêter là. Mais l’unique argument d’un manque de visibilité de la maquette pédagogique ne nous a pas convaincu. Nous avons alors continué à chercher tandis que la mobilisation de l’UNEF contre « vie associative menacée » allait crescendo.
Andreas Roessner est depuis cette rentrée le nouveau Directeur de la Vie Universitaire. Il succède à Jacques De Champchesnel, parti…en année sabbatique… Contacté quelques jours après notre entretien avec le BDA, nous tardons à obtenir un rendez-vous avec lui, en raison d’un agenda particulièrement chargé en ce début d’année universitaire.

C’est finalement le 29 Septembre 2015 que nous pouvons le rencontrer. Il nous prévient d’emblée : « Etant arrivé récemment à mon poste, je ne serai pas en mesure de répondre à toutes vos questions. »
Il trouve cependant les réponses à certaines de nos interrogations. Alors que nous lui soumettons le tract de l’UNEF il rétorque qu’« il y a des raccourcis et des omissions dans ce document. ».
Andreas Roessner nous explique qu’une des raisons du désengagement de Sciences Po dans les cours de pratique artistique du BDA relève d’un « questionnement juridique ». En s’occupant des cours, l’école intervenait directement dans la gestion et le budget du BDA, une association loi 1901. C’était également le cas pour les activités de l’Association Sportive. La situation n’était pas conforme aux statuts des deux associations.
Ainsi, le service juridique de l’école aurait demandé l’an dernier à la Direction de la Vie Universitaire de corriger ce fonctionnement. « Face à ce problème, mes prédécesseurs ont réformé les statuts de l’AS en intégrant trois personnes de l’IEP comme membres de droit de l’association. Pour le BDA, l’IEP leur a redonné la prérogative des cours de pratique artistique », détaille Andreas Roessner.
S’il ne peut pas nous expliquer pourquoi les statuts du BDA n’ont pas eux aussi été modifiés, il nous rappelle la motivation officielle de ces changements de gestion : la fameuse visibilité sur la maquette pédagogique !
Quant aux crédits ECTS, « comment voulez-vous qu’une université attribue des crédits à un cours qu’elle ne gère pas et sur lequel elle n’a pas de droit de regard ?« , considère-t-il.
« La vie associative nous tient à cœur, sinon pourquoi je serais là ? Elle a de beaux jours devant elle et on est très fiers d’avoir des étudiants qui se mobilisent matin et soir pour des activités syndicales ou associatives. » – Andreas Roessner.
Mais alors pourquoi le syndicat majoritaire de l’école parle-t-il d’une « vie associative menacée » ? Sur ce point, Andreas Roessner se défend de toute coupe et parle plutôt d’un budget alloué différemment. Pour preuve, il avance, entre autres, la récente dépense d’environ 50 000 € dans le cadre de la location du Racing Club de France afin d’accueillir les activités sportives et culturelles.
Nous serions tentés de le croire. Sauf que nous nous sommes procuré certains budgets de Sciences Po. Et la ligne « Subventions aux associations étudiantes » passe de 290 000€ en 2014 à 235 000€ en 2015, soit une baisse de 20 points. Et si l’UNEF avait raison ?
Retrouvez la suite de notre dossier dès demain sur lapeniche.net : « erreur comptable », « réallocation » budgétaire et « solution pérenne »…
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C’est lundi, c’est jusqu’à mercredi, ça va ambiancer la Péniche, grignoter sur tes débuts d’amphis, s’incruster au hall du 13U : le forum des associations a débuté, avant la procédure de reconnaissance proprement dite, entre jeudi 3 et lundi 7 octobre. Parce que les associations, ce ne sont pas seulement les bouches-trous des lettres de motivation pour l’entrée à Sciences Po, La Péniche est allée interroger des associations et l’administration pour en savoir plus.

Une centaine d’associations
Cette année encore, pour la procédure de reconnaissance, ce sont 96 associations qui concourent pour obtenir le seuil de 120 voix nécessaires pour obtenir une place à Sciences Po. Celles qui seront élues viendront s’ajouter aux 5 associations permanentes « historiques » (BDE, BDA, AS, Junior Consulting, Sciences Po Environnement) et aux 22 associations des programmes académiques de Sciences Po (campus délocalisés, masters, écoles) : au total, une grosse centaine d’associations.
Comment fonctionne la procédure ?
«Le terme « vote » est un peu abusif. Il serait plus juste de parler de consultation» nous explique Julien Palomo, responsable de la vie étudiante, et au cœur de la vie associative science piste. En effet, avec environ 10 000 étudiants à Sciences Po disposant chacun de deux votes, 120 voix ne paraissent pas inaccessibles, avec une participation qui l’année dernière a pour la première fois franchi la barre des 50%. Il s’agit plutôt pour la Commission paritaire, qui supervise la procédure, de demander l’approbation d’un nombre suffisant d’étudiants pour s’assurer que les associations sont sérieuses.
Une fois le vote effectué, c’est donc cette commission, composée de 8 représentants des étudiants et de 8 représentants des enseignants, qui valide le choix des étudiants. Certaines associations sont « repêchées », au coup par coup, si elles sont proches du seuil de reconnaissance, en se fondant sur l’ancienneté, l’objet, la crédibilité et le sérieux des associations. Mais la direction de la vie universitaire n’a «pas de religion sur la question» indique M. Palomo.
Mobiliser ses soutiens
Les associations doivent donc mobiliser tous les soutiens possibles. Pour Loïc Wable, responsable de Sciences Poker, «l’objectif est de se faire connaître par le plus de personnes possibles». L’association tiendra donc une table « animée 24/24h au 13U », prépare une vidéo pour se faire

connaître du grand public Sciencespiste et hésite quant à la tenue d’un évènement organisé avant ou après la semaine. A Sciences Polémiques, déjà plus souveraine sur le monde associatif sciencepiste, on aborde la semaine avec «confiance» selon les mots même de son président. «La semaine de reconnaissance, pour nous, c’est l’aboutissement de la campagne intense de début d’année» explique Raphaël Charpentier. Une campagne menée intensément auprès des 1A, auprès desquels il compte bien « recruter quelques personnalités». Le président s’inquiète néanmoins de ceux qui pourraient se dire «de toute façon, quelqu’un votera bien pour eux à ma place». Sciences Polémiques part donc à la quête des voix comme toute association et compte passer des heures à tenir des tables, avec un planning bien huilé pour que vous puissiez toujours trouver un de leur membre dans le hall du 13U et, pour tous les gourmands, «un stock illimité de bonbons».
Adhésions et sponsoring
Une fois reconnues, les associations doivent recueillir des fonds pour développer leurs activités. Les premières sources de financement pour les associations sont les adhésions et/ou le sponsoring.
«Sciences Poker n’a pas de budget», nous précise par exemple Loïc, son responsable. L’association travaille en partenariat avec Winamax et TPTK, qui fournissent les tables de pokers pro, les jetons, les lots à gagner et les cartes. «On essaye de garder une balance avec comme recettes le prix d’entrée pour les tournois, et comme dépenses des lots à gagner». Des sponsors avec lesquels il n’est pas toujours facile de gérer l’association : «Le fait est que nous sommes soumis à de nombreuses contraintes, matérielles de la part de Winamax, logistique de la part de l’administration». En effet, les jeux d’argents étant interdits par la loi dans les universités, l’association doit se contenter de lots à faire gagner.
Les subventions de l’administration
L’administration dispose quant à elle d’un fonds d’intervention associatif, d’un montant de 93 000€ pour l’année 2013, qui permet d’accorder des subventions aux associations qui en font la demande. Ce fonds est divisé en deux : 20 000€ reviennent directement à la direction de la vie universitaire, qui permettent de dépanner les associations pour des subventions de moins de 600€. Les 73 000€ restants sont gérés par une Commission de la vie étudiante, qui rassemble le président enseignant et le président étudiant de la Commission paritaire, ainsi qu’un représentant étudiant et un représentant enseignant. Ce conseil se prononce sur les subventions supérieures au seuil de 600€, en s’intéressant à la viabilité du projet et à son intérêt dans le projet éducatif de Sciences Po.
Les associations permanentes
Le fonctionnement des associations permanentes est légèrement différent. Elles se voient attribuer des subventions annuelles, ajustées chaque année en fonction de l’exercice précédent. Ainsi, l’AS et le BDA touchent chacun une somme d’environ 20 000€. De son côté, Junior Consulting fonctionne sur ses fonds propres, étant une association à but lucratif. Quand à Sciences Po environnement, les subventions sont d’environ 35 000€, dont 5000€ sont gérés directement par l’association, et les 30 000€ restants sont disponibles sur demande à la Commission de la vie étudiante. Les fameux « 85 000€ » de Sciences Po environnement ne sont plus d’actualité : il s’agissait d’une somme réservée à la création du poste d’un responsable « plan vert » prévu par la loi. Suite aux problèmes de gouvernance de Sciences Po, ce responsable n’avait pas été engagé, et la somme a été attribuée à Sciences Po environnement. «L’association a très raisonnablement fonctionné sur 30 000€, et les 85 000€ ont été gelés depuis 2 ans» affirme M. Palomo. Cette situation d’exception devrait se clore avec le recrutement d’un responsable plan vert. Enfin, le BDE n’est pas directement subventionné par Sciences Po, puisque c’est lui qui attire le plus les sponsors et les adhésions, en tant qu’association centrale de l’école. Sciences Po tient néanmoins à disposition une enveloppe de 30 000€ environ pour renforcer la sécurité lors des événements organisés par le BDE, ou par d’autres associations.
La course est lancée !
L’année dernière, ce sont plus de 80% des associations qui ont réuni le nombre de voix nécessaire. Pourtant, la compétition est rude entre les concurrents, poussant la direction de la vie universitaire à mettre en garde contre le
«manque de fairplay» de la part de certaines associations. Mais cette compétition interne ne doit pas faire oublier l’enjeu externe que cette vie associative dynamique représente pour Sciences Po. Avec au total une grosse centaine d’associations, l’IEP se place dans le peloton de tête des écoles en terme de nombre : il y a environ 120 associations à HEC par exemple, une soixantaine à Paris 1 Panthéon Sorbonne, une petite dizaine aux Mines. Ce nombre d’associations conséquent est un argument de poids pour se distinguer et attirer les recruteurs, ainsi que de nouveaux étudiants. Le montant important consacré par l’administration à la vie associative est donc une sorte d’investissement sur l’avenir. Pour les étudiants, la vie associative est l’occasion d’aller à Istanbul en stop, d’aller polémiquer avec les facs rivales, ou de zigzaguer à vélo dans les rues parisiennes.
Si donc vous voulez participer à ce système gagnant-gagnant, à vos écrans ! Et tout au long de la semaine, La Péniche vous présentera ses associations favorites pour vous aider à faire votre choix.