Une foule d’étudiants s’est engouffrée dans l’amphithéâtre emblématique de Sciences Po pour célébrer l’intégration des premières années dans la vie associative. Si les mots des seize finalistes ont résonné hors des murs de l’amphithéâtre jusque dans les salles de cours de droit public, ils n’avaient qu’un seul objectif : épater les huit jurés que SPK a déniché. Des personnalités aussi éclectiques qu’intimidantes ont répondu présentes afin de représenter la diversité des enjeux du rap, thème de la finale. Rim’K, Narjes Bahhar en passant par l’ancien sciencepiste Jean Morel, plus tatillons que jamais, se sont prêtés au jeu des questions, la bête noire des candidats.
Après trois semaines de sélections et une demie finale, les quatre triplettes sélectionnées pour la finale ont eu cinq jours pour composer un discours de quatre minutes, ni plus, ni moins. Le principe est simple : chaque triplette nomme deux discoureurs répondant à la positive ou à la négative à la citation de rap leur étant attribuée. Les deux autres participants doivent quant à eux répondre aux questions des jurés, qui provoquent bien souvent des sourires gênés et des rires nerveux. Samuel, étudiant de la triplette 20 affirme “ Il n’y a pas ce stress de préparer un discours […] mais [la réponse aux questions] est un exercice qui reste compliqué et stimulant. On ne sait pas si ce que l’on dit va passer, ça se joue sur une réaction directe”. Contrecarrer les déstabilisations de jurés insatiables, telle était la mission des répondants lors de la finale.
Une finale des triplétades se prépare. Pas question d’arriver à court d’idées ou d’avoir le souffle coupé par une question. Coachés par deux membres de Sciences Polémiques, les orateurs et leurs coachs ont anticipé, répété tous ensemble pour finalement déclamer et célébrer. Emie, de la triplette 7 affirme qu’“avant, on se regardait tous comme des inconnus […] maintenant, j’ai l’impression de mieux connaître tout le monde”.
Loin de n’être qu’une compétition, les triplétades de SPK représentent avant tout une expérience de partage et de transmission de la passion de l’art oratoire. Elle est ponctuée par des instants de rencontre entre différents niveaux d’études mais aussi au sein même des premières années, dont la cohésion et la complicité en sortent renforcées. Paul, Emy et Samuel sont unanimes, “c’est un vecteur de stress mais ce que je retiens des triplétades de SPK, c’est que c’est magique de se sentir aussi intégrée” (Emy). Paul (triplette 7) complète ; “ça a développé une solidarité aussi bien entre participants qu’entre supporters”. Les spectateurs enflammés ont aussi bien encouragé leurs camarades de triplette que les adversaires pour saluer chacune des prestations.
Les premières années ont brillé et ont émerveillé les membres de Sciences Polémiques qui n’ont pas chômé, en animant toute la soirée, notamment lors d’une reprise humoristique sur les discours et réponses entendus ainsi qu’un intermède imitant un journal satirique. L’issue fut sans débat, la triplette 15 remporte la bouteille de champagne après avoir discouru sur la volonté ou non de voler, malgré le poids inhumain de nos chaînes.
Entre appréhension, excitation et félicitations, les finalistes sont rentrés ravis avec un sourire accroché à leurs lèvres. Une première expérience SPK en appelle une suivante… rendez-vous au prochain prix.
Crédits photo : Victoria Bennardi
]]>Après ces considérations bercées sur un fond d’ACDC quelque peu mal calibré – mais somme toute à la limite du «clin d’œil nostalgique » pour le jury – la première triplette monta sur scène. Si6 l’impératrice, représentée par Tristan, Noé, Emma, et Alexandre, était prête à briller. Entre « références grivoises », jeux de mots littéraires (n’oublions pas la référence de Noé à Dino Buzzati et son « désert des tartares ») et phrases accrocheuses telles que « la vie n’est qu’un Tinder match raté », Tristan et Noé s’employèrent fidèlement à l’exercice du discours. Emma et Alexandre préférèrent successivement reformuler plusieurs fois de suite le sujet (« Tout est perdu fors l’honneur ») en « il y a des hauts et des bas », ou se comparer à un flacon de parfum Chanel, référence au fameux clash Booba-Kaaris à l’aéroport d’Orly. Leur succéda la triplette Al Cap’1 qui, malgré son nom des plus chaotiques, nous délivra en les personnes d’Hicham et Aïda de beaux discours. A la fois taquins et sérieux, ils surent mener une réflexion joueuse et profonde sur le sujet : « soyons terribles, pour dispenser le peuple de l’être ». Les questions furent appréhendées, que disons-nous, attaquées, déchirées, dévorées, par Marguerite et Lucas. Non contents de s’être fait un nom dans le milieu de la « réponse-du-tac-au-tac », ils surent nous étonner en mobilisant des notions de géographie qui nous permirent de nous rappeler qu’un IEP de province n’est pas Sciences Po. Nous ne citerons pas ici ce qui fut dit.
Puis vint le tour de Madame de Pompa12 : si Aurore mania la blague politique avec brio, Tim n’hésita pas à nous confier ses penchants sadomasochistes, à travers cris et coups sur le pupitre. Océane et Thomas, eux, ne se départirent pas de leur calme, et malgré un écart de voix de Thomas (écho d’une mue vocale pas si lointaine) au moment de saluer le jury, ils lui présentèrent des réponses bien largement à la hauteur de nos attentes, sur le sujet « il ne suffit pas d’être des héros, nous voulons être des vainqueurs ». En ce qui concerne les ambassadeurs du 13or de Toutankhamion, les deux discoureurs nous offrir de quoi rivaliser avec le reste des triplettes concurrentes : Apolline et son débit de parole plus rapide que l’éclair su rendre enfantin son timbre de voix, tentant ainsi de nous amadouer, mais n’étant clairement pas nés de la dernière pluie, ce n’est que grâce à ses superbes jeux de mots et autres calembours qu’elle et Dimitri nous séduisirent. Edgar et Aurélien nous servirent des réponses de qualité, convoquant avec humour (trop ?) des sujets comme la pédophilie ou la guerre en Syrie, d’aussi loin que le sujet « condamnez moi, peu importe, l’Histoire m’absoudra » puisse être concerné.
C’est après une longue délibération, et face à un public trépignant d’impatience, que le jury revint en Boutmy pour annoncer les prix. Le verdict tombe : la première place revint à Al Cap’1, la seconde à Si6, la troisième au 13or, et la quatrième à Madame de Pompa12. Mais qu’importe le classement, chacune des quatre triplettes a pu, à sa manière, éblouir le public et surtout, a su oser. Pour tout cela, pour leur audace, leur talent, et pour leur don de faire rire la salle, on ne peut que féliciter les dix-huit talents de la soirée. En définitive, la soirée fut à l’image de l’atmosphère de la salle : rouge, chaude, effervescente (et même incandescente ?). On ne répétera jamais assez que l’éloquence est l’art de l’insolence, merci à vous de nous l’avoir démontré.
Sabine Audelin et Etienne de Metz
]]>Dans cet amphithéâtre historique de Sciences Po qu’est l’amphi Boutmy s’est jouée mercredi soir une finale des triplétades d’Art Oratoire non moins historique. Dans une ambiance survoltée, la crème de la crème de la promotion Simone Veil s’est mesurée au gratin de l’administration, du corps pédagogique et du monde politique. Revivez cette exceptionnelle soirée qui a marqué, marque encore et marquera longtemps l’art oratoire sciences-piste.
Sur les premiers rangs de Boutmy, le jury accueilli par un tonnerre d’applaudissements rassemble des habitués de l’administration comme Bénédicte Durand, Frédéric Mion ou encore Pauline Bensoussan, Directrice du Campus de Paris. Pour le corps professoral, Pascal Perrineau a su se démarquer entre les 3 élus – deux députés et un maire – et les deux journalistes présents à ses côtés. Mais on se souviendra surtout de l’arrivée sur les bancs de Raphaël Charpentier, ancien étudiant fidèle des concours d’arts oratoires et désormais chargé aux discours de la Ministre des Armées.
« Les candidats étaient tous à la hauteur, et le niveau de ce soir était très homogène » a déclaré Bertrand Périer, fidèle avocat au Barreau de Paris assumant la lourde tâche de la reprise. Le jury aurait-il eu des difficultés à choisir la triplette gagnante ? Il faut admettre que le niveau fut particulièrement élevé : voici un résumé des plus belles envolées de nos candidats orateurs mais également du jury brisant les tabous les plus osés…
La triplette « Besoin de rien envie de 3 »
Sujet – « L’histoire de la vie est-elle un cycle éternel ? »
Alice et un autre étudiant ont ouvert le bal et ont défendu la triplette Besoin de rien envie de 3 sous la question : « L’histoire de la vie est-elle un cycle éternel ? » Alice semble y répondre à l’affirmative : « Dans Germinal, Zola décrit à quel point qu’il difficile d’être mineur au 19e siècle. Refoulée par deux fois aux soirées du BDE, j’ai compris qu’il était toujours aussi difficile d’être mineur au XXIème siècle. ».
« Tâchons d’honorer Balzac, et si la vie est une comédie, tâchons de la rendre humaine. »
L’autre étudiant s’est ensuite lancé dans une sérénade pour tenter de séduire Bénédicte Durant alors que la salle, elle, est déjà bien conquise. Affirmant avec ferveur que Béné « dicte ses humeurs », l’orateur n’a par la suite pas hésité à clamer son goût pour la liberté, liberté qui le pousse à déclarer sa flamme devant une assemblée en extase.
La triplette « Queen, only seventeen »
Sujet – « Le prince viendra-t-il un jour ? »
C’est alors au tour de la triplette Queen, only seventeen représentée par Pierre Louis et Martha, qui offre à la salle l’un des points d’orgue de la soirée. Le prince viendra-t-il un jour ? « Il est là, devant vous », répond le premier, avant que la seconde lance une provocation : « Les filles sont les putains de votre imagination ». Phrase ayant attiré l’attention du jury, à tel point que Pascal Perrineau, posant une question des plus malicieuses, est venu s’enquérir auprès des orateurs Axel et Donna des tarifs et des prestations.
« Soif d’idéal ? Je suis votre foule sentimentale. »
Tout en restant sur le même registre, on demande à Donna que « Plutôt que d’attendre le prince charmant, ne faudrait-il pas sortir les doigts de la prise ? » Gênée, c’est Axel qui lance finalement : « Ça dépend si tu veux travailler dans le public ou dans le privé […] : dans le privé, il faut mettre les doigts au milieu de la prise, c’est l’entreprise », achevant de conquérir les planches et le public totalement électrisé.
La triplette « Syl20 Durif, le Christ Cosmique »
Sujet – « En faut-il peu pour être heureux ? »
Difficile de succéder à une telle démonstration oratoire, mais la triplette Syl20 Durif, le Christ Cosmique, le Grand Monarque se lance dans l’arène avec Valentin, qui nous délecte de son quotidien marseillais pour nous rappeler à quel point il en faut peu pour être heureux : « une échelle sert à monter, un pistolet sert à descendre ».
« J’ai un coach à ne pas décevoir, de toute façon il bosse au noir. »
Ortense et Lina ont donc eu à répondre « Marseille a-t-il se réjouir d’avoir comme 1er supporter le Président de la République ? », question ô combien difficile face à un public très parisien : « c’est un peu trop polémique je pense ».
La triplette « The 29th Show »
Sujet – « Doit-on quitter le monde des enfants ? »
Enfin, la triplette The Tow Nine Show se confronte à un public déjà bien exigeant pour répondre la question : doit-on quitter le monde des enfants ? Alors que Madeleine précise que si la sieste appartient aux enfants, « certains adultes continuent, mais il faut tout de même reconnaître que les sièges du Sénat ne sont pas très confortables. », Manon rejoue une comédie où se côtoient hommes et femmes politiques de tous bords. Le lieu de l’action ? La cantine d’une école élémentaire.
« À défaut d’être princier, nous sommes tous des petits princes. »
Manon nous montre le petit Benoit pleurant dans son coin, alors que « Florian mange son couscous avant de se faire engueuler par Marine ». Les dernières questions sont réservées à Gabrielle et Jules. Ce dernier, né par césarienne, fut interpellé par une subtile interrogation de Lola Elbaz, présidente de Sciences Polémiques : « Est-ce que sortir du monde des enfants, ça déchire ? ». Et Bertrand Périer de se précipiter : « Ça déchire sa mère !». C’est sur ces paroles que s’est achevé le numéro de nos finalistes.
Durant la délibération des jurys, le public est maintenu en haleine grâce à la traditionnelle mais excellente reprise de Bertrand Périer, avocat au Conseil d’État et à la Cour de Cassation, et Alexis Goin, vainqueur du Prix Philippe Séguin en 2013, qui revient sur les planches de Boutmy pour l’occasion. Presque toutes les triplettes y passent, mais c’est au moment de passer aux dernières questions que le jury annonce qu’il a rendu son jugement.
Suivant un éternel discours de remerciements ne manquant pas de remarquer l’incohérence des noms de triplettes – « beaucoup d’entre vous ont vraisemblablement fumé la moquette », Frédéric Mion révèle enfin la gagnante de cette épreuve des triplétades. Celle qui succède aux Petits fours-teen en remportant la palme n’est autre que la triplette 17, surnommée « Queen, only seventeen ». En deuxième position vient le 29th Show. Enfin, la médaille de bronze revient à Besoin de rien envie de 3. Axel, membre de l’heureuse triplette gagnante, a tenu à remercier la triplette 5 qui s’était désistée en leur faveur en demi-finale. Une victoire à l’arrachée, mais cependant bien méritée.
L’esprit des triplétades d’art oratoire a en tout cas bien été présent, avec les traditionnelles déclarations d’amour faites par des candidats aux membres du jury, agrémentées de nombreuses références aux costumes de notre Directeur. Une « blague disette » nous confie Bertrand Perier : si candidats se trouvent réduis à accomplir ce comique de répétition chaque année, ce serait parce que Frédéric Mion serait un « homme parfait ». « Bien sûr que non » répond le principal intéressé au crayon de la Péniche : « Ils me méconnaissent encore beaucoup » souligne-t-il, alimentant sa légende auprès des étudiants de première année par cette éternelle pudeur et élégance qui ne le quitte jamais.
En résumé, nous avons eu droit à une finale des triplétades d’art oratoire à la hauteur des espérances du public, une finale qui, de par son classicisme, demeurera sans aucun doute une finale d’anthologie.
]]>Le classement final des Triplétades d’Art Oratoire 2017 :
1 – La Triplette 17 ( « Queen Only Seventeen » )
2 – La Triplette 29 ( « The 29th Show » )
3 – La Triplette 3 ( « Besoin de Rien envie de 3 » )

A ses côtés, les non moins célèbres Jean-Marie Donegani et Bertrand Badie, pour le corps professoral, Charlotte Lang, Alexis Goin et Guillaume Courvoisier en figures de la vie étudiante ; et les désormais habitués du jury Anne-Sophie Beauvais (DG Sciences Po Alumni), Bénédicte Durand et Frédéric Mion.
Si certains semblent manier l’exercice, c’est une grande première pour d’autres. Frédéric Gros, qui ne s’attendait pas à cette facette humoristique dominante, insiste sur la difficulté de l’exercice. « Le jury n’a pas du tout sa position de surplomb habituel, car dans le registre de l’humour, les choses peuvent se retourner très rapidement, et nos questions nous être renvoyées ». Il est toutefois prêt à renouveler l’expérience avec plaisir.

A dix-neuf heures trente, le défilé des triplettes est lancé, et c’est Lucille, de la triplette Poulet Tikkatre, qui ouvre le bal de l’impertinence : « Allons-nous mieux depuis que Dieu est mort ? ». Un silence maitrisé pour retrouver le calme de la salle, et l’on devrait déjà inviter Dieu à la Cash and Trash, ou le retrouver en enfer aux côtés des cours de microéconomie. Lucille parle juste, parle première année, Sciences Po, et conclu avec affront qu’on est quand même « bien mieux sans Dieu ».
Dans un autre style, Augustin, dont l’association nœud papillon-baskets ne manquera pas de faire réagir Bertrand Perrier, enchaîne sur cinq minutes unanimement applaudies, entre métaphore filée sur la liste complète des « philosophes wikipédia », jeux sur les mots bien sentis et flatterie du jury puisqu’ « Inchallah ce soir on sera sur la première marche du podium ». Aux questions, les deux derniers membres de la triplette font le travail avec aisance, le duo a préparé sa première sur l’estrade.
L’heure tourne, et les supporters se font entendre pour Martin et Loïc, orateurs de la triplette 13ors de Kellogs et unanimes, on ne peut pas faire plaisir à tout le monde. Costumes foncés sur chemise claire, ils possèdent chacun leur registre. Martin lance d’abord les innombrables allusions politiques de la soirée, dont Hollande et Sarkozy feront autant les frais l’un que l’autre. Année d’élections présidentielles oblige, les triplettes ont choisi leur camp.
Loïc, loin des actualités du moment, emporte les spectateurs dans un exercice de style filé, où l’énumération est le maitre mot. Après les publicités, les spécialistes en -phile et la flûte enchantée, les noms de légumes deviennent verbes et adjectifs. Face à une impossible satisfaction du plaisir de tous, que les grands noms savent déceler, n’oublions pas que « l’égo est plaie mobile », et que « c’est en sciant que Léonard devint çi ». Les questions pleines de plaisir du jury sont en revanche plus éludées et les réponses y sont moins vives.
Mais existe-t-il des questions sans réponses ? Antoine, ovationné et encouragé par les pancartes de sa triplette 14 les Petits four-teen, défend le oui et avec brio. « Pourquoi Sciences Po ? Comment les appariteurs choisissent-ils les sacs fouillés au hasard ? Aurais dû-je lui prendre la main ? Est-ce que je vais gagner le prix Goncourt cette année ? » font parties de ces questions sans réponse. Le jury est impliqué, l’indémodable oral d’admission parle autant aux étudiants qu’aux sélectionneurs du premier rang, et les rires ne faiblissent pas.
Célia prend la suite en tutoyant directement son directeur, pièce centrale de son discours. Et c’est un pari gagnant, puisqu’à force de 07 dévoilés, de « freddy » bien placés, de chemises à tomber, l’effronterie impertinente participe grandement à la victoire de la triplette quatorze. Si elle choisit l’énergie et l’impudence pour séduire, l’oratrice saisit le public lors de ses dernières phrases, au ton phédrien et maitre du silence. Ultime obstacle, le passage aux questions est bien mené par Sonia et Telo, face à un jury particulièrement en forme.

Et pour clore ce combat du verbe, la triplette Sciencesp’oignons-de l’oseille h24 statut unanimement que les convictions, en plus d’être des prisons, ne mènent à rien. Anatole et Fatoumata jouent avec leurs voix et leur gestuelle, autant qu’avec leur rhétorique, et complètent ainsi un groupe d’orateurs aux talents et aux moyens de séductions extrêmement variés durant cette soirée.
Si Anatole se centre davantage sur quelques plaisanteries fortement ovationnées, et n’hésite pas à chanter Claude François pour parvenir à ses fins, Fatoumata fait varier sa voix dans les aigues, outil principal de son humour, avant ses mots. Cet humour, une fois de plus, convainc. Deux dernières candidates enfin pour répondre avec cran et rapidité aux questions d’un jury dont elles évitent les pièges.
Alors que les jurys sortent délibérer, Boutmy appartient désormais à Raphaël Charpentier et Bertrand Perrier pour la reprise, une collaboration renouvelée après un immense succès lors du dernier Prix Philippe Seguin (lien PPS 2016). A peine deux triplettes sont-elles passés aux cribles, que le moment des remerciements mutuels les remplace. Pour une fois, le spectateur n’a pas le temps de s’y perdre, ils sont réduits au strict minimum, des fois que les appariteurs décideraient comme d’habitude d’entrer dans l’amphithéâtre à 21h15 pétante.
Le public se charge du roulement de tambours et le classement tombe : les Petits four-teen sabrent le champagne, suivis des 13ors de Kellogs et de Sciences P’oignons. Les étudiants de l’amphi, s’ils ne critiquent pas la justesse du classement, en avaient souvent prévu d’autres, à la vue subjective des quatre remarquables passages.

Si la triplette Poulet Tikkatre ne figure pas sur le podium, elle était le choix favori de Maria, étudiante de première année : « On sentait vraiment le sentiment dans les mots de Lucille, on était dans sa peau, un mélange entre discours sérieux et drôle. Et Augustin a été très original je trouve ; il possède un personnage avec sa barbe et son air de poète, plus marqué que les autres candidats ».
Explosion de joie donc, du côté de la triplette 14. Célia, grande actrice de cette finale ne cache pas son bonheur tout en gardant le recul de l’orateur : « Ça fait du bien, je pense que c’est mérité, même si toutes les triplettes ont été excellentes ce soir ». Une préparation réelle pour un exercice précis et très exigeant selon la gagnante, prête à rejoindre Sciences Polémiques au plus vite. Et niveau 07 finalement ? « Je n’ai pas celui de Frédéric Mion, mais il a le mien, et je vais diner avec lui ce soir. »
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« On n’a jamais gagné contre Assas » déclarait Inès Bordet, la présidente de Révolte-toi Sciences Po. Ce lundi 4 Mai, l’IEP parisien en avait enfin l’occasion lors de la finale de la Coupe de France de Débat organisée par les fédérations française et francophone de la discipline. C’est dans les locaux du conseil constitutionnel que les deux grandes écoles se sont retrouvées pour une ultime confrontation oratoire.
Qui pour les juger et déterminer l’équipe qui succédera à La Sorbonne ? Les avocats Maître Arnaud Gris, Maître Adrien Guiraud, le célèbre Maître Francis Szpiner, l’humoriste Olivier De Benoist, et le professeur d’art oratoire Cyril Delhay. Jean-Louis Debré, président du Conseil Constitutionnel était également annoncé mais empêché car « actuellement en train de tourner les cinquante nuances debré » nous précise Olivier De Benoist. Le jeu de mots est tordant…
L’équipe d’Assas, endossant lors de cet exercice le rôle du gouvernement et composée de Victor Delatour (Premier Ministre), Pierre-Henri Baert, Lorraine Thouéry et Antoine De Fouquières affrontait l’équipe de Sciences Po dont Laura Bocaert, Maxime Thuriot, Antoine Gastinel et Inès Bordet représentaient les députés d’opposition. Leur sujet, donné quelques heures à peine avant le vote de la loi sur le renseignement : Ce gouvernement autoriserait les services de renseignement à collecter les données des utilisateurs privés dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. On annonçait un choc digne de ce nom. Nous n’avons pas été déçus.
Rituel traditionnel de ce genre d’événement, trois révoltes précédaient le débat. Pendant deux minutes, trois étudiants s’expriment et se révoltent tout à tour sur un sujet de leur choix. Greco Abira, étudiant à Sciences Po est le premier à prendre la parole : « Aujourd’hui j’ai décidé de me révolter contre les noirs ». Cette dérision fait exploser la salle de rire. « Comment Dieu a-t-il pu créer ces hommes abjectes ? Car Dieu est lumière mais la lumière n’est pas noire ! » rajoute-t-il. Le public est déjà conquis avant l’arrivée de Christophe Zhang, mathématicien étudiant à polytechnique et second orateur : « Je vais me révolter contre cette question : « A quoi servent les mathématiques ? »[…] Je vous le dis, les maths, ça ne sert à rien, mais je m’en fous, j’assume ». Puis Lucas Soave conclue en se révoltant contre la vision commune de l’ancien président Jacques Chirac : « Chirac, c’est une détermination à réussir. Quand Chirac décide, Chirac exécute ».
S’en suit le débat tant attendu. Victor Delatour, alors appelé Monsieur le Premier Ministre présente la loi qui sera débattue les quatre-vingt-dix minutes suivantes. Il est hué par le côté droit du public, acquis à Sciences Po, et ovationné par le côté gauche bondé d’étudiants de Paris II. Laura Bocaert, députée d’opposition, lui succède au pupitre en brandissant George Orwell : « cette mesure est inutile et préjudiciable » affirme-t-elle.
Puis c’est au tour de Pierre-Henri-Barrer, ministre : « Durant la guerre, on doit pouvoir doter les pouvoirs publics et l’Etat de moyens suffisants ». Déconcerté, Maxime Thuriot se lève de sa chaise et s’exclame : « Alors pour vous, les ‘moyens suffisants’, c’est d’observer tout le monde ? ». « L’État va vous voir, mais pas vous observer » répond l’orateur d’Assas. La salle explose de rire. On se croirait presque à l’Assemblée Nationale…
Maxime Thuriot prend ensuite la parole au nom de l’opposition : selon lui, cette loi remet en cause la présomption d’innocence pourtant protégée par l’article 9 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : « c’est un premier pas dans la dérive liberticide » ajoute-t-il.
Lorraine Thouéry s’installe ensuite face au public, considéré comme assemblée de députés, et donc à convaincre. Les arguments de l’opposition sont déconstruits un à un. La salle est divisée, applaudit ou hue, en s’exclamant « Démission ! Démission ! ».
Pour l’opposition, c’est Antoine Gastinel qui lui succède. D’une présence affirmée et d’un ton très ironique il s’exclame : « Vous nous demandez de simplement accepter de refuser un petit peu de liberté, mais juste un tout petit peu, c’est-à-dire toute notre vie privée ». Le côté droit de la salle applaudit en furie au milieu de « Il a raison ! » criés des quatre coins de la pièce. « Si vous avez peur d’être espionné, est-ce parce que vous avez quelque chose à vous reprocher ? » se défend le Premier Ministre. Une remarque très vite démontée par le député en argumentant : « vous voulez justement espionner la vie privée de personnes qui n’ont rien à se reprocher ! ».

Un groupe dans la salle hurle alors en criant « On n’est pas d’accord ! ». Des étudiants de Nanterre, représentant un groupe parlementaire prennent alors part au débat. Une représentante monte au pupitre et affirme : « Le débat de ce soir a atteint des niveaux de démagogie impressionnant ». Elle explique ainsi que le problème n’est pas la collecte de données mais leur traitement : « on n’arrive pas à repérer les profils terroristes ». « C’est parce qu’ils ont fait Assas ! » lance un étudiant sciencepiste en guise de rappel de l’enjeu de l’événement.
Puis c’est un représentant du groupe Chasse, pêche et tradition qui monte sur scène pour défendre son point de vue : il y a selon lui deux dérives à cette loi, la liberté de la presse et le respect de la vie privée.
De retour dans la compétition, les deux derniers orateurs de chaque équipe se succèdent à la tribune. Tout d’abord Antoine De Fouquières pour le gouvernement : « Eux [les députés de l’opposition] sont démagos, moi c’est la voie de la vérité que je propose ». Il est hué. Le débat s’achève avec Ines Bordet. Elle rappelle que le projet de loi présenté par Victor Delatour prévoit que c’est le Premier Ministre qui doit, ou non, autoriser l’espionnage des suspects. Elle rétorque alors : « A Sciences Po, on n’est pas juristes, mais je croyais qu’un mandat devait être délivré par un juge ». « Ce n’est pas un mandat », répond le Premier Ministre. « Ah oui, pardon, c’est un petit bout de papier », ironise la dernière oratrice.
Le débat clos et le jury sorti pour délibérer, il est impossible de donner un pronostic sur l’équipe gagnante : les performances oratoires étaient aussi excellentes d’un côté que de l’autre. En dépit d’un temps de préparation très court (vingt-quatre heures), le fond était lui souvent constitué d’arguments justes et pertinents.
Après de petits jeux oratoires animés par Sven Najem Meyer, présentateur de la soirée, le jury prend place sur scène.
Maître Francis Szpiner résume alors la performance de chaque orateur. Les critiques fusent du général “Il n’a pas été facile de choisir dans votre médiocrité” au cas par cas « Delatour, je le vois bien aller avec Juppé, il a ce même côté coincé. […] Après, vous êtes très sérieux, dramatiquement sérieux, sérieusement chiant quoi » ; « Antoine Gastinel, vous êtes la caricature de l’homme politique détestable, et c’est dommage » ; « Vous, Antoine De Fouquières, vous êtes le Mélenchon d’Assas ». La conclusion reste cependant unanime : « Vous avez tous de l’audace. Vous êtes des jeunes brillants et courageux. Et vous avez du talent. Bravo. »
Puis le verdict tombe. L’équipe qui remporte cette coupe de France de débat est…..Assas. Paris II reste donc invaincu par Sciences Po. S’en suit le titre de meilleur orateur ou oratrice qui est cette année décerné à la sciencepiste Laura Bocaert.
Déçus, les orateurs de l’IEP sortent cependant heureux de cet événement : « c’était génial » affirme Maxime Thuriot avant de tenter d’expliquer la défaite de son équipe : « On n’a pas été assez rigoureux dans les termes employés. […] Mais ça s’est joué à pas grand-chose, on doit progresser sur le fond car on peut toujours progresser ». Ines Bordet affirme « On a tous un peu merdé » avant d’expliquer sa position sur le sujet imposé : « C’est un sujet intéressant mais difficile dont on devrait plus débattre ». Ce à quoi Laura Bocaert ajoute : « On n’a pas l’occasion de parler de ce genre de choses alors que c’est justement à Sciences Po qu’on devrait en débattre ».

L’équipe d’Assas, qualifiée par les orateurs de l’IEP parisien de « déterminée », « combative », « teigneuse » et « pugnace », craignait l’équipe sciencepiste : « Sciences Po, c’est une équipe très bien entrainée et on sait qu’on ne va pas pouvoir leur raconter n’importe quoi. Ils ont ce bagage qui est dangereux pour nous » précise Victor Delatour. C’est pourquoi ils la définissent comme « réactive », « combative », « sans concessions » mais également comme leur « meilleure ennemie ».
En définitive, c’est dans une ambiance rivale et explosive mais avant tout conviviale que l’événement s’est déroulé. Malgré sa défaite, Révolte-toi Sciences Po compte bien enfin gagner cette coupe l’an prochain. En attendant, l’association travaille déjà dur à la préparation des championnats du monde de débat qui se dérouleront du 18 au 24 Mai. Et avec le talent démontré ce 4 Mai, une victoire sciencepiste est loin d’être chimérique…
Avec les renseignements précieux de Léa Abramski
Championnat du monde de débat : https://www.facebook.com/events/812660275496784/
Dans la même catégorie : « Sciences Polémiques/Révolte-toi, une rivalité avec des hauts et débats » par Marie Zafimehy. « Sciences Polémiques, c’est l’association d’éloquence de Sciences Po, animée par et pour les élèves de Sciences Po » : la profession de foi de Sciences Polémiques a le mérite d’être claire. Depuis sa création en 2008, l’association d’éloquence a en effet réussi à s’imposer comme le mastodonte exclusif de l’art oratoire à Sciences Po. Ou plutôt « avait ». Apparue l’année dernière en Péniche, Révolte-toi fait aujourd’hui partie intégrante de la vie associative de notre campus. Lire la suite.
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