Dans le splendide atelier du sculpteur Antoine Bourdelle, l’exposition fait dialoguer les œuvres de l’artiste avec des pièces confectionnées par les plus grands couturiers qui ont utilisé et magnifié le dos féminin. Vous ne serez pas déçus par la richesse artistique, sociologique et culturelle que le thème du dos, à priori improbable, déploie.
Selon les ostéopathes, le dos est la partie la plus fragile de notre corps. Il est souvent oublié voire méprisé.
Sur un mur dans une petite salle du musée est projetée avec humour une série d’expressions relatives au dos. On remarque que toutes ces expressions (les françaises en particulier …) expriment un message négatif. Mettons des guillemets pour rester courtois : « J’en ai plein le dos ! Tu fais ça dans mon dos ! Il est toujours sur mon dos, etc… ». Et l’exposition semble dire qu’aujourd’hui plus que jamais, à l’heure des vils selfies et des couvertures de magazines qui représentent toujours notre côté face, notre dos mal-aimé est éclipsé.
Cette injustice est surtout un syndrome occidental. L’exposition montre des vêtements de créateurs japonais qui ont développé une vision complètement différente du dos féminin. Selon nos amis nippons, il symboliserait la quintessence de la sensualité.
Yamamoto avait déclaré qu’il aimait suivre les femmes dans la rue (youpi) car il pouvait reconnaitre une belle femme uniquement grâce à l’allure de son dos. L’artiste décrit sa manière de créer les vêtements : « Je commence par le dos, après je travaille sur l’épaule et je descends. La ligne du dos et le tour de l’épaule déterminent l’ensemble, comme un rythme à trois temps en musique. Si cet équilibre n’est pas bon, le reste ne suit pas. »
Les femmes occidentales auraient, de tous temps, eu tendance à décolleter leur buste pour paraitre plus attirantes (contrairement aux Japonaises qui, avec le kimono, soulignaient leur silhouette par l’arrière). L’exposition nous montre une longue série de robes qui dévoilent de surprenants décolletés, mais du côté verso !
Vous découvrirez la mythique robe que Mireille Darc porta dans Le grand blond avec une chaussure noire. Ci-joint la scène culte (https://www.youtube.com/watch?v=ujn1N6GWJoU). (à noter que Pierre Richard n’avait pas été prévenu de la petite surprise de Mireille ).
Mireille Darc explique le choix de cette robe : «Il y a huit jours de tournage pour l’actrice, pour mon rôle. Et je me dis, ‘C’est pas beaucoup. Comment on va pouvoir se souvenir de moi ?’. Je me dis, il va falloir que je me trouve quelque chose de formidable. Il n’y a pas à cette époque de costumières. Donc je vais chez Guy Laroche, qui est mon copain, et je lui dis : « On essaye de trouver une robe ». » Gros silence sur le plateau au début. Le metteur en scène décidera ensuite de réécrire le scénario du film autour de cette scène.
Le dos, zone charnelle et symbolique, représente la sensualité mais aussi le fardeau et l’entrave. Toute l’exposition offre une réflexion sur le vêtement comme outil de répression sur le corps de la femme. Le corset, aboli par Paul Poiret en 1906, en est un parfait exemple. Avant cette date libératrice, la femme ne pouvait s’habiller seule. Ainsi, tous les matins, pour bien débuter la journée, une autre personne devait l’aider pour nouer le bien-aimé corset dans son dos. Jean Paul Gaultier, traumatisé par les corsets de sa grand-mère qui devait retenir sa respiration toute la journée pour ne pas exploser, en fera sa marque de fabrique.
Le dos, enfin, comme outil politique. Depuis les années 80, avec l’avènement du prêt-à-porter, le dos est surtout utilisé dans la mode comme supportpour délivrer des messages, pour se différencier par l’affichage de marques. L’écriture vient s’imprimer sur le vêtement.
Mais Watch your back ! Sachez que vous êtes responsables de ce que vous portez. Mélania Trump en a récemment fait les frais. L’exposition montre une veste qu’elle a porté lorsqu’elle s’est rendue dans un camp mexicain, près de la frontière, afin de racheter une petite gaucherie de l’ami Donald. Elle pensait bien faire en s’habillant en Zara. Oui mais… Sur le dos de la veste, il y avait écrit en lettres capitales « I don’t really care » ! Fortiche Melie.
« Back Side », une exposition extrêmement riche, qui permet d’explorer la mode à travers un thème original, le dos. Les robes exposées, de vraies œuvres d’art, dialoguent avec les nus de Bourdelle qui figurent en arrière-plan.
Un savant mélange à admirer jusqu’au 17 Novembre !
NB : La plupart des expositions sont encore en préparation, et n’ouvriront que dans quelques semaines, mais il n’est jamais trop tôt pour s’y intéresser. En attendant, profitez-en pour voir les expositions de la saison dernière, dont la fermeture est pour la plupart imminente !
Pour commencer avec une grande institution parisienne (et en plus tout près de Sciences Po), le Musée d’Orsay monte, à partir du 26 mars, l’exposition « Le modèle noir, de Géricault à Matisse ». Celle-ci s’interroge sur la représentation des Noirs dans l’art pictural, et sur le traitement qui leur a été réservé par les artistes. Elle vous permettra peut-être, si vous avez eu l’opportunité de la découvrir cet automne à la Fondation Louis-Vuitton, de prolonger l’œuvre de Jean-Michel Basquiat, qui a pour topos récurrent la figure de l’homme noir et ses multiples facettes.
A tous ceux qui partent bientôt en 3A, qui en reviennent et se sentent blasés par la grisaille parisienne, ou qui tout simplement ont une envie de voyage, plusieurs expositions vous permettront cette année de de vous évader un peu. Tout d’abord, le musée Marmottan Monet lance une exposition sur le thème des peintres orientalistes : « L’Orient des peintres, du rêve à la lumière » (à partir du 7 mars), qui révèle l’influence majeure que la fascination des peintres européens pour cette région a pu avoir dans l’évolution de la peinture moderne du romantisme vers l’abstraction. Dans une approche moins européo-centrée (ce qui est toujours rafraîchissant), le Quai Branly met en place à partir du 12 mars une exposition au nom évocateur : « Océanie ». Ce continent, très souvent méconnu, se dévoile aux visiteurs par un choix d’œuvres anciennes comme contemporaines qui permet d’appréhender ses évolutions culturelles complexes.
Dans un tout autre registre, les amateurs de peinture moderne trouveront leur bonheur dans la nouvelle exposition ambitieuse de la Fondation Louis-Vuitton. Après avoir frappé un coup d’éclat en réunissant la collection Chtchoukine en 2016, celle-ci présente à partir du 6 février « La collection Courtauld », ensemble majeur d’art impressionniste et postimpressionniste (Manet, Monet, Renoir et bien d’autres) issu des collections personnelles de l’industriel anglais Samuel Courtauld.
Dans le prolongement chronologique de la peinture du XIXème siècle se trouve la nouvelle exposition du Centre Pompidou, « Vasarely, le partage des formes » (du 6 février au 6 mai). Elle retrace le parcours pictural multiple et très divers de cet artiste hongrois prolifique qui réinvente l’abstraction et expérimente dans tous les champs de l’art graphique (publicité, graphisme, peinture, architecture …). Deux autres grands artistes du XXème siècle, Picasso et Calder, se trouvent également exposés à partir du mois de février (le 19 pour être exacte), cette fois au musée Picasso-Paris, dans une forme d’échange et de dialogue entre les œuvres sur le thème du vide et de sa place dans la conceptualisation artistique des deux hommes.
Les expositions méritant le détour sont encore nombreuses, et je manque de mots pour vous les décrire sans vous ennuyer à mourir, mais je ne saurais trop vous encourager à aller les découvrir !
Blandine Rodriguez
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