expo – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Sat, 29 Jul 2023 12:31:27 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png expo – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 « L’homme qui marche », ou comment donner vie aux statues ? https://www.lapeniche.net/lhomme-qui-marche-ou-comment-donner-vie-aux-statues/ Wed, 21 Oct 2020 08:11:16 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=52884 Les jambes tendues, le buste incliné, le regard fixe et déterminé. Voilà que l’homme semble figé dans sa marche, condamné à un mouvement éternel. C’est à l’aide du canif de son frère que Giacometti tente de représenter un fragment de la vie quotidienne, un mouvement banal dont nous sommes tous spectateurs. Alberto Giacometti (1901 – 1966), sculpteur et peintre suisse, devient un adepte de l’art figuratif dès 1935 en abandonnant le surréalisme. Icônes de l’art du vingtième siècle, ses modèles de L’homme qui marche se fondent dans la multitude de statues fines, allongées et fragiles qui occupent l’Institut Giacometti. Pour la première fois dans l’histoire, et ce jusqu’au 29 novembre, il est possible d’admirer la réunion des différentes versions de L’homme qui marche.

À l’institut Giacometti, ce musée à taille humaine situé dans le quatorzième arrondissement, le spectateur entre dans une relation directe et privilégiée avec ces œuvres. Nous ne pouvons empêcher le sentiment enivrant d’une découverte intime, d’homme à homme, comme si nous avions Giacometti rien que pour nous. Cette impression de proximité débute par la révélation de son atelier exigu, vingt-trois mètres carrés dans lesquels il a travaillé et vécu pendant quarante ans. L’institut a reconstitué à l’identique ce lieu inspirant, où l’art prend forme, du dernier pinceau au cendrier rempli de cigarettes, en passant par les esquisses sur les murs peints. Nous voilà plongés dans une ambiance d’ébullition artistique, embrassant l’ensemble de ses sources d’inspiration, mais aussi la totalité de son œuvre. En effet, au milieu de la profusion de statues qui semblent étouffer dans l’espace étroit de son atelier, il nous est même donné de voir le premier buste en plâtre de Giacometti, réalisé à l’âge de 13 ans.

Alberto Giacometti dans l’atelier, Ernst Scheidegger, 1959

Le musée nous emmène ensuite dans une salle noyée sous les croquis de personnes en marche. Les ébauches envahissent chaque support, des bouts de nappe aux marges de ses livres. La multiplicité du motif témoigne de l’obsession de Giacometti à représenter le corps humain, qui se confirme par la découverte des statues exposées dans les trois salles vitrées qui suivent. Celles-ci retracent l’évolution artistique du célèbre motif, en commençant d’abord par la statue de La femme qui marche (1932), qui s’apparente à une figure égyptienne par la douce rotation de ses épaules et son léger pas gracieux. Dans la salle suivante, nous sommes frappés par l’abandon du mouvement surréaliste : Giacometti souhaite renouer avec le vivant et le réel au lendemain de la seconde guerre mondiale.

« Avec de l’espace, il faut donc que Giacometti fasse un homme ; il faut qu’il inscrive le mouvement dans la totale immobilité, l’unité dans la multiplicité infinie, l’avenir dans le présent éternel. »

Jean-Paul Sartre, « La recherche de l’absolu », Les temps modernes, 1948.

Il se focalise alors sur la figure humaine dans un besoin d’humaniser le monde après les atrocités vécues. Il semble bien trop s’éloigner de l’humanité du corps avec l’imaginaire, et choisit donc le figuratif. Déjà, en représentant l’homme par ce qui le caractérise : la marche. Ensuite, en inscrivant un moment – et un mouvement – de l’homme capté au hasard, dans une rue. Se mêlent alors la tradition, avec la reprise des canons de l’art égyptien, ainsi que sa perception de la réalité. Pour finir, l’artiste choisit de reproduire l’homme pour l’homme, en tant que tel et non en tant que personne : il ne s’agit ici que d’une silhouette longiligne, semblable à une ombre, menaçant presque de s’écrouler.

Vue de l’exposition Alberto Giacometti à la 31e Biennale de Venise, Bo Boustedt, 1962

Mais comment représenter l’homme en tant qu’homme ? Comment traduire le mouvement dans l’immobilité ? Faut-il privilégier le réel à la perception ? Giacometti hésite sur les dimensions, la forme, ou encore la matière. Ces variations de L’homme qui marche révèlent au spectateur la recherche continue d’une figure humaine universelle, dénuée d’une quelconque distinction (ni coiffure, ni vêtement), l’essentiel résidant dans le plâtre d’Alberto Giacometti. Alors que le spectateur se déplace autour des formes simples inanimées, elles semblent prendre vie à travers leur relation à l’autre et à l’espace. Soudainement, un constat évident apparaît : l’amour de Giacometti pour l’humain. « Dans un incendie, entre un Rembrandt et un chat, je sauverais le chat. Entre l’art et la vie, je choisis la vie », disait-il. Une nécessaire ode à l’amour de la vie en ces temps mouvementés, qui nous rappelle la beauté de la création en « milieu confiné ».

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Le Mag’ – Exposition JR : Journal de Rue https://www.lapeniche.net/le-mag-exposition-jr-journal-de-rue/ Wed, 30 Jan 2019 09:00:58 +0000 http://lapeniche.net/?p=39079 Depuis le 7 novembre et jusqu’au 11 février 2019 se tient à la Maison Européenne de la Photographie (MEP) l’exposition “JR – Momentum : la mécanique de l’épreuve”. Comme l’annonce le titre, celle-ci s’attache à retracer le processus créatif du photographe – au cours de sa carrière comme au cours de la réalisation même d’une oeuvre.

JR est un artiste (entre autres) très “Sciences Po” : oeuvres politiques, conférence en Boutmy l’année dernière et article qui lui est consacré dans La Péniche sur l’art politique. Alors que vous soyez passionné de photographie ou non, voici pourquoi vous devriez jeter un œil à cette exposition peu commune.

Habitué de la rue, des murs et infrastructures extérieurs depuis ses débuts, JR expose pour la première fois au sein d’une institution culturelle. Son désir de rendre l’art accessible à tous n’en est pas trahi pour autant. La rétrospective est en effet un véritable succès : plus de vingt minutes de queue à l’entrée, plus de 800 billets vendus en une journée (samedi 26 janvier), des salles pleines, un public très varié et plus jeune. Un employé à l’accueil nous l’affirme, “JR ramène les jeunes à la MEP” !

Si vous décidez d’y faire un tour et que vous aimez plutôt le silence, choisissez donc votre jour : évitez le samedi à 15 heures ! Néanmoins, on pourrait aussi estimer que les couloirs grouillant de monde et de vie, les enfants qui chantent et jouent entre les oeuvres sont un écho bienvenu aux photographies qui font la place belle à la vie et la ville.

L’exposition retrace les différents projets de JR réalisés autour du monde : Portrait d’une génération, Women are Heroes, The Wrinkles of the City, Unframed, etc. On notera à travers ces oeuvres la capacité de l’artiste à raconter des histoires, celles d’inconnus aux destins à la fois communs et uniques. A travers des clichés – à comprendre dans tous les sens du terme – Portrait d’une génération s’attache par exemple à contrer les stéréotypes sur les jeunes de banlieues dans un climat post-émeutes. Dans une logique similaire, Women are heroes rend hommage aux femmes et sensibilise sur leurs conditions dans certains pays.

JR ne s’est toutefois pas contenté d’exposer ses projets les plus connus. Le jeune artiste de rue a en effet ajouté une collection qui retrace ses débuts via notamment des photographies de graffitis dans le métro parisien. Il vous sera également possible de découvrir le tout premier appareil de JR, quelque peu marqué mais néanmoins bien entretenu.

L’originalité de l’exposition repose dans la diversité des animations proposées qui permettent d’en apprendre davantage sur la construction des projets de l’artiste. A titre d’exemple, la première salle est consacrée à Eyes on Boat, une oeuvre monumentale inscrite dans le projet Women are Heroes. JR avait, grâce à l’aide des dockers du port du Havre, arrangé près de 200 conteneurs sur un porte-conteneurs afin de former un regard de femme. Ici, on retrouve la photo de cette installation mais aussi une maquette de bateau et de grues qui, en transportant des conteneurs, font évoluer la reproduction au fil des visites. Pour clore l’exposition, une fresque animée montre quant à elle l’engagement du photographe contre le port d’armes aux Etats-Unis et les meurtres racistes. Cette représentation fait par ailleurs référence au mouvement Black Lives Matter qui lutte contre la violence et le racisme envers les afro-américains. On retrouve aussi ce qui fait la signature de JR, l’exposition d’histoires, grâce à une application qui invite à découvrir le parcours des personnes présentes sur cette fresque. Enfin, notez qu’il est également possible de visionner les films réalisés ou co-réalisés par l’artiste dans l’auditorium de la MEP tous les week-ends.

C’est ainsi que Momentum nous ouvre les portes de l’univers de JR, un artiste humain et engagé. Vibrante et fraternelle, cette exposition grand-angle laisse un certain goût de reviens-y…

Lucie Dupressoir et Louise Hébert

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Basquiat/Schiele à la Fondation Vuitton : une vive palette d’émotions https://www.lapeniche.net/basquiatschiele-a-la-fondation-vuitton-une-vive-palette-demotions/ Thu, 22 Nov 2018 10:00:53 +0000 http://lapeniche.net/?p=39010 Depuis le 3 octobre, deux expositions dédiées à l’œuvre d’Egon Schiele et de Jean-Michel Basquiat sont ouvertes au public à la Fondation Vuitton. Que vous soyez amateur complet ou au contraire fin connaisseur d’art, votre humble rédactrice ne vous conseille qu’une chose : courez-y. L’art est un remède souverain à la grisaille hivernale et à l’évolution façon Pokémon au stade « boule de stress » qui guette tous les sciencepistes en cette fin de premier semestre.

Le bâtiment à lui seul vaut le détour : le bébé de Frank Gehry, ni tout à fait vaisseau spatial ni pleinement construction terrestre, détonne dans le paysage du Bois de Boulogne. Sous les immenses verrières, vous êtes déjà transportés dans un monde à part, et vous ne regretterez pas le trajet, un tantinet long, il est vrai.

La visite démarre par l’exposition consacrée à l’œuvre d’Egon Schiele, peintre majeur de l’esprit viennois du début du XXème siècle. Mais si, l’esprit viennois ! Pensez Klimt, vous verrez tout de suite ce dont il s’agit. Sur une carrière très courte – à peine une dizaine d’années – l’autrichien a toutefois été prolifique, surtout en matière de dessins, qui se comptent en milliers. Ces derniers succèdent aux autoportraits et aux paysages, sous les immenses plafonds des salles de la fondation. L’exposition est bien agencée, condensée et intense, et permet de se prendre en pleine figure tout le génie et la beauté des œuvres de l’artiste. Il faut en revanche s’habituer aux contrastes : entre les personnages torturés et les nus amoureux, l’on est confronté à une palette complète d’émotions, mais avec un trait toujours gracieux et sensible.Autoportrait avec Physalis – Schiele (1912)

Ne soyez pas surpris lorsque, pratiquement sans transition, vous quitterez Vienne en 1918 pour arriver à New York en 1980, dans le royaume de Basquiat. Cette fois-ci, l’exposition prend une ampleur gigantesque : quelques 120 œuvres sont réparties sur quatre niveaux. Il faut ajouter que l’on est gâtés : un échantillon très divers d’œuvres est présenté ici, certaines parmi elles ayant été très peu exposées depuis leur création, et d’autres n’ayant jamais fait auparavant le voyage jusqu’en Europe.

Petit à petit, l’on commence à percevoir les liens entre Schiele et Basquiat : tous deux anticonformistes, morts à 28 ans après une carrière éclair mais très productive, l’on retrouve des thèmes communs dans leurs tableaux : les personnages torturés, en souffrance, ou les saints, la mystique. L’émotion qui s’en dégage est également forte, et vous serez balancés sans ménagement de l’amour à la colère, en passant par les problèmes psychiatriques.

Prévoyez au moins deux heures pour avoir le temps de vous imprégner des toiles, et de scruter les petits détails cachés par l’artiste qui leur donnent tout leur sens. Le message politique est en effet un fil conducteur crucial dans l’œuvre de Basquiat : ce dernier dénonce pêle-mêle le racisme et la société de consommation en Amérique, et peint le lourd héritage de l’esclavage. Héros, sportifs, musiciens noirs et conteurs africains, sont revisités dans l’esprit street art, pour former des toiles rudes, vivement colorées, et parfois incompréhensibles au premier abord. A ce titre, les « micro-visites » organisées à tous les étages de l’exposition, sont parfaites pour dépasser le sentiment d’hermétisme qui survient facilement face aux œuvres de Basquiat : d’une durée de 15 min environ, les guides, charmants et très érudits, vont présenter et expliquer deux ou trois peintures de leur choix. Je vous les recommande très chaudement : la visite devient un million de fois plus intéressante et parlante : on se surprend à décoder les tableaux et on se félicite lorsque l’on parvient à un niveau d’analyse plus poussé que la simple contemplation – qui au départ, ne mène pas beaucoup plus loin que la question « est-ce un enfant ou un escroc du monde de l’art qui a peint cela ? ».

Ainsi, ne tardez pas : pour la modique somme de 10€, jusqu’au 14 janvier, vous avez une chance unique de découvrir une exposition très riche et bien documentée, qui vous laissera, j’en suis sûre, une impression durable et un cerveau en ébullition, curieux d’en savoir plus sur ces deux étoiles filantes de l’art du XXè siècle.Obnoxious liberals de Basquiat (1982)

Camille Simon

Gold Griot – Basquiat (1982)

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