entretien – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Fri, 17 Sep 2021 12:21:35 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png entretien – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Entretien avec Frédéric Encel, organisateur des Rencontres internationales géopolitiques de Trouville-sur-Mer https://www.lapeniche.net/entretien-avec-frederic-encel-organisateur-des-rencontres-internationales-geopolitiques-de-trouville-sur-mer/ Fri, 17 Sep 2021 11:23:55 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=53526 Les samedi 25 et dimanche 26 septembre, le Casino de Trouville-sur-Mer (Calvados) accueillera la sixième édition des Rencontres internationales géopolitiques. Au programme de ce colloque, organisé sous le Haut Patronage du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères et en partenariat avec Sciences Po, figurent notamment une leçon inaugurale, un concert et huit tables rondes rassemblant des universitaires de tout premier plan. Nous nous sommes entretenus avec Frédéric Encel, docteur en géopolitique et maître de conférence à Sciences Po Paris, qui organise les Rencontres.

Q : Après le thème des Frontières en 2019, celui de la Mémoire en 2020, vous avez choisi « Les Méditerranées » pour cette sixième édition. Pourquoi ce choix, si ce n’est pour rehausser la température du bord de Manche le temps d’un week-end ? 

R : Je vous dirais qu’il s’agit d’abord d’un hommage à Fernand Braudel, dont je ne vous rappellerai pas l’ampleur et la qualité exceptionnelles des travaux liés à la Méditerranée et aux Méditerranées, mais également un hommage à mon maître en géopolitique Yves Lacoste qui a lui aussi beaucoup travaillé sur la Méditerranée originelle et sur son concept. Par ailleurs, inutile de coller à l’actualité la plus brûlante pour trouver des thématiques géopolitiques liées à la Méditerranée, où se chevauchent et se croisent à la fois des intérêts et des représentations géopolitiques extrêmement intéressants.

Q : Vous avez mentionné votre directeur de thèse, le géographe Yves Lacoste. Les étudiants de Sciences Po qui ont suivi votre cours de Questions internationales savent l’importance que vous accordez à sa méthode d’analyse des rivalités géopolitiques, laquelle repose sur l’étude des « représentations » que s’en font leurs protagonistes. Pourra-t-on qualifier ces sixièmes Rencontres de « lacostiennes » ? 

R : Oui, ces rencontres seront très lacostiennes, précisément parce qu’il sera question, peut-être plus encore que lors des cinq premières éditions, de représentations. Celles-ci sont de plus en plus antagonistes dans la Méditerranée contemporaine et dans son pourtour. C’est vrai au nord de l’Europe, où des mouvements populistes et nationalistes très forts rejettent de près ou de loin tout ce qui se rattache à la Méditerranée et au-delà. C’est vrai à l’est du bassin méditerranéen où survivent des conflits extrêmement durs et violents. On l’a vu en Syrie. C’est vrai enfin au sud de la Méditerranée où les antagonismes interarabes et la montée de l’islamisme ces dernières décennies renforcent le rejet d’une représentation commune de la Méditerranée. 

Q : Les Rencontres bénéficieront des interventions de deux grands témoins : Pierre Moscovici et Marlène Schiappa. Pourquoi avoir choisi de donner la parole à la Ministre déléguée à la citoyenneté, qui s’exprime rarement au sujet des questions internationales ? 

R : C’est un choix effectivement novateur : c’est la première fois que nous aurons le privilège d’entendre comme grand témoin un Ministre en titre et en exercice. Marlène Schiappa est évidemment méditerranéenne, elle s’en fait fort. Par ailleurs, elle s’inscrit dans un combat civique et citoyen qui nous rappelle que la Méditerranée a vu naître les premières cités démocratiques au monde, en particulier à Athènes. D’autre part, Marlène Schiappa lutte avec force et vigueur contre les fléaux de la misogynie, de la phallocratie et de l’inégalités entre les hommes et les femmes, dont le bassin méditerranéen continue de souffrir. Sur tous ces plans, Marlène Schiappa aura tout à fait sa place. 

Q : Quel est l’état des relations franco-turques, un an après l’incident du « Courbet », qui avait vu une frégate turque prendre à partie une frégate française alors qu’elle tentait de contrôler un cargo turc soupçonné de violer l’embargo sur les armes à destination de la Libye ?

R : Les tensions persistent entre Paris et Ankara et pour l’essentiel, je pense que cette tension est due à la politique très interventionniste de la Turquie, y compris en dehors de ses frontières légales. L’an passé, nous avons eu affaire à plusieurs violations de la souveraineté territoriale grecque dans sa zone territoriale exclusive sous prétexte notamment de prospection gazière menée par la flotte turque. C’est un comportement inacceptable à la fois vis-à-vis d’un Etat membre de l’ONU, la Grèce, mais a fortiori d’un Etat allié au sein de l’OTAN, dont je constate avec tristesse que la Turquie ne respecte plus réellement l’esprit, sinon la lettre. C’est la raison pour laquelle je me suis félicité à plusieurs reprises que la France d’Emmanuel Macron, il y a un an presque jour pour jour, ait dépêché deux bâtiments de guerre et [ait permis la vente par Dassault Aviation de] dix-huit chasseur-bombardiers Rafale auprès de nos alliés grecs, sachant qu’il n’y avait pas de pilote dans l’avion OTAN à l’époque (puisque M. Trump ne s’intéressait absolument pas à ces questions). J’ai constaté avec une plus grande joie encore que la Turquie en avait tenu compte et avait retiré ses bateaux. Donc je ne parlerais pas de situation explosive mais de persistance de véritables tensions. J’ajoute qu’en soutenant des forces islamistes en Syrie, en prenant fait et cause pour l’Azerbaïdjan lors de la guerre du Caucase entre septembre et novembre 2020, et surtout vis-à-vis de nos alliés kurdes qui luttèrent courageusement et presque seuls contre Daech dans les années 2010, la Turquie prend des positions excessivement contestables… 

Q : Les Rencontres se sont imposées comme l’un des deux grands colloques géopolitiques en France, avec celui de Grenoble qui se déroule au printemps. Comment expliquez-vous ce succès des Rencontres, d’autant que vous avez fait le choix de ne pas solliciter le parrainage d’acteurs industriels ou de cabinets privés, comme c’est souvent l’usage ?

R : La première explication se trouve dans votre question. La deuxième est liée à ma décision d’assurer à la fois un très haut niveau universitaire géopolitique, que personne n’a jamais contesté, mais de faire également des Rencontres un rendez-vous citoyen. Aucun organisateur ni paneliste n’a jamais fait l’objet d’une condamnation pour contrefaçon ou diffamation. Chacun des intervenants est extrêmement humble et bienveillant vis-à-vis de ses collègues et du public. Enfin, le haut patronage d’un Ministre, dont chacun s’accorde à reconnaître le très grand professionnalisme, naguère à la Défense et aujourd’hui au Quai d’Orsay [Jean-Yves Le Drian], ainsi que le partenariat dont je suis très fier avec la vénérable institution où j’enseigne, Sciences Po Paris ; tout cela contribue, je crois, au succès effectivement fulgurant de ces Rencontres. 

Q : Quelle est la nature de la collaboration avec Sciences Po ? 

R : Cette nature est morale, intellectuelle, universitaire, et cela convient parfaitement. 

Q : Vous organisez chaque année les Assises de lutte contre le négationnisme, ce qui constitue un engagement politique très fort. Envisagez-vous également l’organisation des Rencontres comme un engagement politique ? 

R : Dans les deux cas, c’est avant tout le citoyen qui s’exprime et fait s’exprimer d’autres citoyens. Une géopolitique à la fois sérieuse, professionnelle et en même temps humaniste et à visage humain, telle est l’ambition que j’ai toujours portée pour les Rencontres. D’autre part, le combat acharné contre la peste négationniste et son pendant complotiste me semblent tout à fait important aussi. A chaque fois, il s’agit de transmettre et de partager un savoir citoyen et républicain dans une démarche humaniste. 

Samedi 25 et dimanche 26 septembre au Casino Barrière de Trouville-sur-Mer. Entrée libre dans la limite des places disponibles. Un pass sanitaire sera exigé pour assister à l’événement. Les conférences seront retransmises en direct sur le site de la mairie. 

Le programme complet des Rencontres est disponible ici.

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À la rencontre d’Anne Hidalgo avec Prométhée https://www.lapeniche.net/a-la-rencontre-danne-hidalgo-avec-promethee/ Fri, 27 Oct 2017 19:10:48 +0000 http://lapeniche.net/?p=37628

La Péniche remercie chaleureusement l’association Prométhée Éducation, qui a permis à l’une de nos rédactrices d’assister à la conférence.

Promethée Éducation est une association qui aide les jeunes lycéens à développer leur talent oratoire, à s’orienter pour le mieux dans les méandres d’Admission Post Bac, mais aussi à intégrer de grandes écoles telles que Sciences Po. C’est pourquoi certains de nos camarades, ayant intégré l’institution par ce biais, ont souhaité se mettre à leur tour au service des jeunes candidats et candidates, s’engageant au sein de l’association.

Anne Hidalgo était la première invitée des Entretiens de l’Ambition.

Mercredi, Prométhée Éducation a effectué une rentrée en grande pompe de ses Entretiens de l’Ambition, proposant aux étudiants et lycéens de rencontrer une femme politique qui fait parler d’elle en ce moment. L’invitée n’était autre qu’Anne Hidalgo, maire de Paris et présidente de C40, une organisation réunissant 81 grandes villes et dont le but est de lutter contre le dérèglement climatique. Entre les polémiques autour de l’aménagement de nouvelles pistes cyclables et les accusations d’emplois fictifs, son nom est sur toutes les lèvres. Cependant, avec un parcours aussi prestigieux, il était certain qu’elle ne ferait pas toujours l’unanimité. Malgré la tempête médiatique, la maire de Paris a accepté l’invitation de Prométhée Education, pour le plus grand plaisir de tous ceux qui ont pu avoir une place avant le sold-out. Retour sur un entretien palpitant, le temps d’un article !

Sous les ors de la République

Contrairement aux autres rencontres qui ont toujours lieu à Sciences Po Paris, c’est cette fois à l’Hôtel de Ville de Paris que nous avons été reçus. La mairie était désireuse de recevoir Prométhée Éduaction dans un cadre particulier, et n’a pour l’occasion pas lésiné sur les moyens, comme en atteste le copieux goûter qui fut par la suite offert aux participants. L’édifice, aux couleurs des Jeux Olympiques, s’est paré des cinq anneaux multicolores mais également de lumières bleues, blanches et rouges.

Crédits photo : Service Photo de la Ville de Paris

La salle de conférences n’a elle-même que peu de choses à envier à l’Élysée. De hauts plafonds, de grands miroirs, des peintures murales… Et sur nos chaises, nous trouvons de petits pins méalliques faisant la promotion des Jeux Olympiques 2024, récemment attribués à Paris. Rien n’a été laissé au hasard. Les organisateurs sont sur le pied de guerre, Sciences Po TV – qui nous accompagne – l’est aussi, les étudiants attendent leur selfie ; il ne manque que la retardataire, madame le maire.

Un discours sous le signe de la détermination

La voilà, enfin. Nous ne l’attendions plus et pourtant, les applaudissements fusent avec enthousiasme pour saluer la personnalité, la femme. Nous écoutons d’une oreille attentive l’entretien mené par Valentin Demay, qui nous permet d’en apprendre plus sur la personnalité de l’invité mais aussi sur son projet pour la ville de Paris et sa conception des JO durables. L’entretien avec Prométhée Éducation est évidemment bien rodé, les questions correspondent aux réponses ; il faut dire que le script de l’entretien a été approuvé au mot près par le protocole quelques jours plus tôt.

Crédits photo : Service Photo de la Ville de Paris

Cependant, nous en apprenons énormément sur le parcours d’Anne Hidalgo en tant que socialiste, en tant que femme mais aussi et surtout en tant que franco-espagnole. Son discours se veut inspirant pour les jeunes lycéens présents, à qui elle explique l’importance d’une détermination sans faille même lorsque, et surtout lorsque, la peur de l’échec nous tourmente. Elle revient aussi sur son parcours politique, parle de celui que beaucoup considèrent comme son mentor (Bertrand Delanoé) et aborde bien sûr le sujet des Jeux Olympiques. Anne Hidalgo nous éclaire alors sur le processus et les raisons qui l’ont poussée à croire en ce projet pour la ville de Paris. Loin des considérations de pouvoir ou de profit, elle espère pouvoir faire de ces Jeux un événement qui soit utile pour la population.

Se projeter en 2024, mais aussi au-delà

Seul le temps nous le dira, mais la maire de Paris y croit ! Sa conception des Jeux Olympiques de 2024 est très claire : tout ce qui sera construit à cette occasion devra avoir une seconde vie après la compétition. Qu’il s’agisse des deux villages olympiques (celui des sportifs et celui de la presse) qui deviendront de véritables lieux de vie avec des logements sociaux et des écoles, ou de la piscine olympique qu’elle projette à Saint-Denis afin de rendre le territoire plus attractif et de le soulager de son image de banlieue : tout aménagement sera pensé pour ne pas tomber en décrépitude après les deux semaines de ferveur olympique.

Selon la maire de Paris, seules 5% des infrastructures restent à construire. L’édile compte en effet mettre à profit notre bon vieux Stade de France, qui célèbrera son vingtième anniversaire l’an prochain ! Un autre projet qui lui tiendrait à coeur pour 2024 : dépolluer la Seine, ou du moins une partie du fleuve, afin que la population puisse avoir accès à des zones de baignades. Si les sceptiques se souviendront de l’échec de la municipalité de Rio en ce qui concerne le lac Jacarepagua, La Péniche se voudra plus optimiste, et n’oubliera pas un détail ayant son importance au sujet de l’entretien organisé par Prométhée Éducation : il y avait de délicieuses chouquettes à l’Hôtel de Ville.

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Devenir maître de conférences à Sciences Po ( 2/2 ) https://www.lapeniche.net/maitre_conferences_sciencespo/ Fri, 20 Oct 2017 07:00:53 +0000 http://lapeniche.net/?p=37595 « Les suites, c’est toujours moins bien que l’original » vous dira Jean-cinéma. Pourtant, La Péniche vous assure que la seconde partie de l’article « Comment devient-on maître de conférences à Sciences Po ? » sera au moins aussi intéressante que le premier ! Cette fois-ci, nous nous plaçons du point de vue des patrons ( c’est à la mode en ce moment ) et nous partons interroger Bénédicte Durand, doyenne du Collège Universitaire, sur le mode de recrutement des enseignants au sein de feu l’Ecole Libre des Sciences Politiques.

Bénédicte Durand, doyenne du Collège Universitaire de Sciences Po

Près de quatre mille vacataires recrutés

Sciences Po est une machine complexe ; il n’y a pas qu’un seul type d’enseignant. Tout d’abord il y a la faculté permanente : « un corps de 200 professeurs en charge de l’enseignement et de la recherche, c’est le cœur de l’armée d’enseignants de Sciences Po ». Mais ces 200 (avec 100 de plus on pourrait se croire aux Thermopyles au cœur de Saint Germain des Près.) ne suffisent pas et Sciences Po fait en plus appel à 4000 vacataires. Ces vacataires sont de deux types : « académiques c’est-à-dire qu’ils travaillent parallèlement avec d’autres universités ou professionnels : des avocats, des chefs d’entreprises, des juristes qui peuvent apporter beaucoup aux étudiants avec leur expérience ». Ce double système original de théorie et de pratique doit pouvoir apporter à l’étudiant une formation complète.

Mais alors comment ces professionnels et ces enseignants finissent ils dans nos classes ? Selon Bénédicte Durand, le processus se déroule généralement de la manière qui suit : « Ce sont les candidatures spontanées, on en reçoit tous les mois, la personne nous envoie son CV et présente ses motivations. Ensuite, je la rencontre pour discuter de son projet, sa manière d’enseigner ect … Enfin, il y a un débat au sein du département concerné et avec les autres enseignants de la matière pour valider le contrat ». Évidemment, ces candidatures ne sortent pas de nulle part : « souvent la personne est un ancien élève ou connait quelqu’un qui travaille déjà dans l’établissement ».

Excellence, engagement associatif, ouverture d’esprit

L’École Doctorale représente également un large vivier d’enseignants prêts à dispenser leur savoir. Un grand nombre de doctorants de l’école donnent ainsi des cours en parallèle de la préparation de leur thèse. L’enseignement supérieur étant l’un des principaux débouchés de leur cursus, ces cours sont une occasion de s’y préparer. Ici encore, la théorie s’allie avec la pratique. Cependant, quelles qualités favorisent un CV plutôt qu’un autre ? Selon la doyenne, trois d’entre elles sont primordiales : « l’excellence dans le parcours, qu’il soit académique ou professionnel. Ensuite, l’engagement, il y a une vie associative riche dans notre école, nos enseignants doivent donc suivre ! Enfin, l’ouverture d’esprit, les élèves de Sciences Po viennent de tous les horizons ce qui entraine une grande diversité et il faut s’avoir s’y adapter ». A ceux qui lisent cet article et qui veulent devenir prof à Sciences Po, ne nous remerciez pas pour les idées de qualités à insérer dans votre CV !

La Péniche s’est aussi intéressée au nombre de recrutement mais aussi au cas de fin de contrat d’un enseignant. Selon Bénédicte Durand : « Les contrats sont semestriels et je dirais qu’il y a un turn-over de 10% à chaque fois mais nous avons la chance d’avoir un corps enseignant fidèle avec des enseignants qui le plus souvent restent plusieurs années au sein de Sciences Po ». En ce qui concerne le départ d’un maitre de conférences, la réponse est simple : « Le plus souvent, c’est une personne qui veut partir car elle à d’autres projets ou plus le temps. Mais il peut arriver que ça se passe mal et dans ce cas on ne prolonge pas le contrat. » Et c’est là qu’entrent en jeu les traditionnelles évaluations des enseignants. Si un maître de conférences fait l’objet d’un nombre élevé de commentaires négatifs – les enseignants étant susceptibles de l’évaluer au même titre que les élèves – cela peut donner lieu à l’arrêt de son contrat.

Après avoir lu ces deux articles, nous espérons que vous y verrez plus clair sur la procédure de recrutement des professeurs à Sciences Po. Certains d’entre vous y trouveront peut-être l’inspiration. Je tiens à remercier personnellement les deux professeurs qui ont répondu à mes questions dans le premier article, ainsi que Madame Durand pour avoir accepté de nous donner un peu de son temps afin d’éclairer notre lanterne.

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Succession Descoings (2) : Après « l’hyperdirecteur », le directeur « normal » ? Entretien avec Dominique Reynié https://www.lapeniche.net/succession-descoings-2-apres-%c2%ab%c2%a0l%e2%80%99hyperdirecteur%c2%a0%c2%bb-le-directeur-%c2%ab%c2%a0normal%c2%a0%c2%bb%c2%a0-entretien-avec-dominique-reynie/ https://www.lapeniche.net/succession-descoings-2-apres-%c2%ab%c2%a0l%e2%80%99hyperdirecteur%c2%a0%c2%bb-le-directeur-%c2%ab%c2%a0normal%c2%a0%c2%bb%c2%a0-entretien-avec-dominique-reynie/#comments Fri, 28 Sep 2012 21:55:00 +0000 http://lapeniche.net/?p=1381 Premier des quatre candidats encore en lice pour la succession de Richard Descoings à accepter de nous rencontrer, Dominique Reynié est un pur produit de Sciences Po. Diplômé de l’institut (promotion 1983) où il obtint un DEA en sciences politiques, il ne quittera jamais véritablement la maison : après avoir passé l’agrégation, il revient comme maître de conférences puis professeur des universités au 27 rue Saint Guillaume. Chercheur au Cevipof, il est également directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), un think tank « libéral, progressiste et européen » proche de l’UMP qui a obtenu la semaine dernière le second prix du meilleur think tank de l’année décerné par l’Observatoire français, derrière Terra Nova.

P1420511D1508572G_apx_470_.jpgConnu pour ses nombreux passages dans l’émission sur France 5 C dans l’air et sa chronique sur France Culture Le monde selon Dominique Reynié, ce dernier connaît par cœur les rouages et les attentes des médias. Projeté devant les comités et les caméras à l’annonce de sa candidature, il maitrise sans problème cette effervescence médiatique et accepte de répondre aux sollicitations de LaPéniche. Le rendez-vous est pris le vendredi 7 septembre, dans un café boulevard Saint Germain.

Immédiatement, Dominique Reynié nous met à l’aise ; autour d’un verre, confortablement assis sur des banquettes rouges en simili cuir, notre entretien prend le tour d’une discussion informelle, jeu auquel il se prête avec aisance. C’est un homme accessible et sympathique, qui nous livre franchement et sans détours sa vision de Sciences Po et de ce qu’il veut en faire.

L’héritage de Richard Descoings

Tout d’abord, il veut « poursuivre» l’œuvre de Richard Descoings et continuer à faire de Sciences Po une « université internationale et sélective ».

Il était en effet un proche de l’ancien directeur, bien avant 1996 par ailleurs, et il nous assure assumer entièrement ce que celui-ci avait réalisé. Quelles que soient les conclusions du rapport de la Cour des comptes (dont il est bien difficile de deviner les grandes lignes malgré tout ce qui se murmure et dont aux dernières nouvelles il se susurre qu’il pourrait ne pas être rendu public), les bénéfices en terme d’image, d’attractivité et de niveau d’enseignement réalisés sous l’ère Descoings sont de toute façon supérieurs aux coûts engendrés. Et de préciser que la France aurait bien de la chance si tous ses milliards de deniers publics pouvaient produire de tels gains.

Il se veut donc le candidat de la « consolidation » des mesures mises en place. « Le temps des révolutions est terminé », explique-t-il. C’est en partie pour cette raison qu’il considère que sa connaissance de la maison est un atout indéniable : sa compréhension des dossiers et des codes de l’IEP lui permettrait une plus grande efficacité une fois à sa tête.

Dominique Reynié présente donc un projet sobre, sans mesure « révolutionnaire », mais qui permettrait de renforcer les réformes menées par son prédécesseur. Il souhaite aussi mettre l’accent sur la prise en compte des profonds bouleversements que le numérique et la culture de l’écran sont en train de produire dans le monde académique, non seulement sur le plan de l’offre mais aussi, plus profondément, sur la manière d’apprendre et d’enseigner, de chercher et de publier.

Un nouveau management plus transparent et démocratique

Il promet tout d’abord une transparence maximale sur les comptes de Sciences Po, en publiant notamment les financements et le montant des primes sur Internet. Il souhaite également un processus de décision plus collégial. Cela se traduirait par la présence accrue de représentants du corps académique, mais aussi des élèves et des salariés dans les assemblées décisionnelles. En effet, selon lui, les projets se doivent d’être présentés à la communauté et modifiés de façon à ce qu’un consensus émerge. Il nous précise d’ailleurs que son expérience à la tête de la Fondapol fut très formatrice à ce propos.

Il veut rompre avec le mode de décision « charismatique» qui permettait à Richard Descoings de faire valoir sa vision des choses et d’octroyer à ses mesures une légitimité suffisante. Après tant d’années fastes, il faut pour la consolidation un directeur « ordinaire », dont le soutien se devra d’être garanti à tous les échelons.

Ouvrir Sciences Po sur l’Europe et les autres IEP

drapeau-europeen.jpgPour poursuivre l’œuvre de Richard Descoings, et parce que l’Europe est un enjeu historiquement et culturellement cher à Sciences Po, Dominique Reynié voudrait davantage renforcer la coopération entre Sciences Po et les grandes universités européennes. L’ouverture internationale est indéniablement l’un de nos atouts majeurs ; mais plutôt que d’intensifier et de diversifier les partenariats dans le monde entier, il souhaiterait consolider ceux qui existent déjà, et envisage ainsi la multiplication de formations communes associant plusieurs grands établissements européens.

Il souhaiterait également que l’école se concentre sur une coopération entre Sciences Po Paris et les IEP de province, notamment en mutualisant les ressources de travail.

Repenser la finance de l’institut

Il se réjouit également de l’augmentation du nombre d’étudiants depuis 1996, mais n’imagine pas cette dynamique en œuvre encore longtemps. Si d’une part les effectifs semblent avoir atteint un seuil optimal, la question délicate des financements se poserait avec insistance (cours supplémentaires, salles de classe, nouvelle bibliothèque, etc). Et ce d’autant plus que dans un contexte de crise économique, il est probable que l’Etat mette un terme à l’augmentation annuelle de 7-8 % de sa contribution au financement de l’Institut comme il le faisait auparavant (à l’occasion de la renégociation quinquennale). Peut-être même réduira-t-il celle-ci suite à la publication du rapport des sages de la rue Cambon… Pour continuer à développer l’institution en gardant le même nombre d’étudiants il faudra donc compter sur de nouvelles ressources.

Le candidat dit cependant ne pas vouloir augmenter les frais de scolarité et répète que « dans (son) monde idéal, l’accès à Sciences Po est gratuit pour tous. ». Oui, pour nous aussi ; mais comment trouver les fonds nécessaires à notre développement ? Il évoque la possibilité de faire des économies structurelles en établissant un plus grand tronc commun notamment au niveau du master (avec des cours obligatoires de relations internationales ou de droit constitutionnel par exemple), ou en réduisant la diversité des cours et des options (en deuxième année par exemple). Pourtant difficile d’imaginer des bénéfices records sur une restructuration des enseignements.

fundraising-tip.jpgIl insiste dès lors sur l’importance d’augmenter le fundraising, qui ne représente aujourd’hui qu’une proportion de l’ordre de 5% du financement de l’IEP (7 millions d’euros). Quand on pense que la contribution de l’Etat est dix fois supérieure, on ne peut que s’interroger sur la faisabilité d’une telle opération. Il faudrait viser non pas le financement du fonctionnement de l’institut mais la constitution d’un capital de 100 millions € dont le placement pourrait abonder de manière pérenne et significative les ressources de la maison.

Si Dominique Reynié se veut clairement « héritier » de l’œuvre de Richard Descoings, il montre quand même des doutes sur certaines mesures sur lesquelles il pourrait revenir.

Il voudrait ainsi notamment revoir la dernière réforme du concours d’entrée pour y réintroduire une épreuve d’ordre général, dont la forme ressemblerait presque à celle du concours commun aux six IEP de province. Il s’agirait d’une épreuve de sciences sociales, où chacun pourrait être interrogé sur deux thèmes dans chacune des six matières qui composent l’ensemble général. Ainsi, les prétendants à l’entrée étudieraient tous avec les mêmes sources un programme précis et limité. Cela permettrait une première sélection sans exclure ceux qui n’ont aujourd’hui ni les moyens de payer une prépa, ni les conditions requises pour rentrer par CEP.

logo_pres.jpgDominique Reynié semble également un peu sceptique sur l’Idex et le PRES Sorbonne-Paris-Cité dont Sciences Po est l’un des membres fondateurs. Bien que la création d’un si grand pôle de recherche dans tous les domaines scientifiques soit une chance, elle pourrait également selon lui représenter un danger pour l’identité de Sciences Po, qu’il considère comme une institution « à part ». La préservation de cette singularité, statutaire, culturelle et académique, est la clé du prochain mandat.

Au bout de deux heures d’entretien, le plus frappant est que Dominique Reynié est passionné par Sciences Po. Il a un avis sur tout, et cet article ne saurait recenser de manière exhaustive toutes les idées qu’il a évoquées. Et si le léger « il faut vraiment que j’y aille, j’ai rendez-vous à France Inter » avec lequel il clôt notre entrevue prouve quelque chose, c’est bien peut-être qu’il n’est pas aussi ordinaire qu’il veut bien le dire.

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