Un article écrit avec Clara Marchaud
Malgré leur réussite à un processus de recrutement très sélectif, ils sont quelques uns chaque année à choisir de quitter Sciences Po. L’administration estime à 8% d’une promotion « la mobilité sortante » à la fin de la troisième année. Si ce chiffre semble recouvrir également les départs contraints, il est loin d’être négligeable. Les témoignages rapportés mettent en lumière des aspects méconnus de la prestigieuse école.

La critique de l’enseignement de Sciences Po, tant dans sa forme que dans son contenu se fait forte parmi les témoignages recueillis. Ainsi, Lucie a terminé son bicursus lettre qui lui a paru comme un « ingurgitement de connaissances » où seules les notes comptaient. C’est cette prétention de l’institution à croire « que l’on peut avaler et comprendre autant de faits historiques, économiques et sociologiques » qui l’a déçue et qui est pour elle est symptomatique du système éducatif français. Arrivée à Sciences Po dans l’optique « d’y trouver un certain épanouissement intellectuel », c’est pendant sa troisième année en Suède et avec l’expérience d’un autre système éducatif qu’elle s’est décidée à poursuivre un master en dehors.
Si le format d’apprentissage s’apparente à du « matraquage de connaissances superflues », la critique vise également le contenu des enseignements pour Juliette, qui a abandonné son bicursus philosophie à la fin de sa première année après une longue réflexion. Elle critique en particulier les cours d’économie « purement théoriques et du coup assez creux » qui ne permettaient « aucune réflexion sur les autres système d’échanges possibles ». Des cours « complètement enfermés dans une vision néo-liberale et européano-centrée » pour la jeune étudiante qui avoue cependant n’avoir assisté qu’à la moitié des cours.
Même son de cloche du côté de Marie-Lou, qui a quitté le programme Europe-Afrique sur le campus de Reims pour suivre une licence d’histoire. « La microéconomie, le cours concernant les institutions politiques, la macroéconomie, c’était trop conceptuel, ça me paraissait tellement éloigné de la réalité, de l’humain. »
Comme élément qui l’a motivé à partir, Marie Lou met également en avant « le sentiment de faire partie d’un petit-monde, un monde de privilégiés ». Elle qui voulait intégrer Sciences Po depuis la classe de quatrième et qui venait d’un « milieu rural et plutôt modeste », ne se sentait pas à sa place dans une école qui revendique ouvertement son élitisme.. Après avoir visité les locaux de l’université de Tours ou Reims, elle a « eu envie de passer par la fac pour se former dans l’université lambda », « celle de monsieur tout le monde, ou plutôt de l’enfant de caissier, de la coiffeuse ou du cadre moyen ». Elle a décidé de renoncer à « la voie royale » pour ne pas perdre de vue ses idées et rester utopique, fidèle à un projet « alternatif » dont elle préférait être « l’un des acteurs plutôt qu’un simple observateur » ou « l’opposant ».
Pour Louise, ancienne étudiante en bicursus philosophie qui a quitté la formation au cours du premier semestre pour continuer sa licence de philo, le problème était le fossé social entre elle et l’institution. « Sciences Po n’était juste pas mon monde. » Dans sa famille, peu de gens avaient fait de longues études. La plupart des étudiants à Sciences Po n’étaient pas de son milieu social « ce qui rendait l’insertion difficile ». Le prix des soirées d’intégration qui ne rentraient pas dans ses finances ne rendait pas les choses plus faciles. Ce sont ses professeurs de lycée qui l’ont incitée à entrer dans l’école car elle était « bonne élève », alors qu’elle n’a appris l’existence du bicursus « qu’au mois d’avril de terminale ». Aujourd’hui encore elle a l’impression que Sciences Po l’avait choisie plutôt que l’inverse. « Dès la première semaine, je ne me suis pas sentie là où je devais être ».
Contactée, Cornelia Woll, directrice de la scolarité, n’est « pas convaincue » de l’existence de ce problème d’intégration pour certains étudiants. Soulignant la diversification de l’origine sociale des étudiants, elle reconnaît ce phénomène de « mobilité sortante » mais relativise : le choix de quitter Sciences Po « ne saurait être pris comme une généralité ». Face aux critiques portant sur le contenu de l’enseignement, Madame Woll ne nous a pas donné de réponse.
Si le choix de quitter Sciences Po peut être le résultat d’un rejet ou au moins d’une critique de l’enseignement, l’élément déclencheur peut être un évènement personnel. Pour Alexandra*, étudiante roumaine qui a quitté le campus de Dijon il y a presque cinq ans, c’est le décès d’un proche qui a « changé son mode de pensée ». Après un semestre, elle a quitté le cursus pour retourner à Timisoara suivre une formation en management de l’intégration européenne. Même si elle a regretté d’être partie au début, elle avoue « s’identifier mieux à la vie de chez elle » en Roumanie.
Si certains quittent l’école par choix négatif – rejet de l’enseignement et de son modèle -, d’autres étudiants font un choix positif et quittent l’école pour un autre établissement, dans les sciences sociales ou dans l’art.
C’est le cas de Thomas, qui a quitté Sciences Po après sa première année pour intégrer le programme Philosophy, Politics and Economics à Oxford. Pour lui, « pas de vraie déception » de Sciences Po : il y est allé après avoir été refusé dans l’université anglaise une première fois. Thomas a cependant été accepté en janvier 2015, il a donc fini sa première année à Paris avant de partir pour Oxford, qui lui « correspond beaucoup mieux ».
Comme Thomas, Florian a quitté Sciences Po pour intégrer une autre formation qu’il juge meilleure. Après son bachelor sur le campus franco-allemand de Nancy, il est rentré en master recherche à la Paris School of Economics (PSE). « Les cours d’Etienne Wasmer et de Yann Algan (ndlr: cours d’économie de première année) m’ont vraiment plu, et je faisais une licence d’économie en parallèle. » Après un stage d’assistant de recherche, son choix s’est porté vers PSE, « très reconnue à l’international » alors que le master de Sciences Po est selon lui très peu sélectif et faiblement reconnu. Il ne regrette cependant rien de Sciences Po, « qui ouvre plein d’opportunités et permet de se construire. »
L’établissement, qui travaille actuellement à une réforme du Collège Universitaire, s’inscrit dans la dynamique d’une plus grande séparation du bachelor et du master. Ainsi, pour Madame Woll, cette possibilité de quitter Sciences Po à la fin de sa troisième année « montre la force de notre formation de premier cycle et la valeur de ce diplôme. »
De même que Florian, Caroline n’a pas continué en master à Sciences Po. Voulant vivre en Allemagne, elle s’est rendu compte que Sciences Po lui « fermerait plus de portes que cela ne [lui] en ouvrirait, car Sciences Po n’est pas reconnu » outre-Rhin. Sa troisième année en échange lui a fait réaliser « que l’élitisme de Sciences Po n’était pas que bénéfique » et même « un peu malsain ». Si sa famille l’a soutenue dans ce choix, ce fut différent avec ses amis.« J’avais l’impression qu’ils ne me comprendraient pas. » Caroline est aujourd’hui ingénieur commerciale en volontariat international en entreprise en Allemagne, et compte intégrer un master franco-allemand à la rentrée prochaine.
Nicolas et Pierre ont tous les deux quitté Sciences Po pour se consacrer à leurs arts respectifs au conservatoire : Pierre a quitté le campus de Nancy pour un conservatoire en violoncelle. Nicolas, en bicursus Lettres, est parti au bout d’un mois pour une formation de théâtre. Ce dernier aurait bien voulu poursuivre les deux de front car il voit Sciences Po comme « une école formidable ». Mais avec son bicursus et ses 18 heures de cours au conservatoire, « ce n’était pas gérable ». Pierre n’est pas du même avis : certes « tout n’était pas à jeter », « certains profs étaient passionnés et passionnants, mais d’autres… une sorte de bouillie intellectuelle, de médiocrité, d’ennui ». « Si je n’avais pas été musicien je serais probablement resté à Sciences Po (…) Je garde un très bon souvenir de mes deux années là-bas. »
Parmi les témoignages que nous avons pu récolter, la part des élèves en double cursus qui quittent Sciences Po est plus élevée. Pour Cornelia Woll, cette mobilité « s’inscrit plus logiquement dans leur parcours » du fait de cette ouverture vers une autre formation.
C’est l’admission au conservatoire qui a provoqué le départ de Nicolas. Il a donc voulu « saisir cette chance » car il est rentré à Sciences Po « avec déjà l’idée de faire du théâtre ensuite. » C’est une rencontre avec un professeur du conservatoire de Berlin qui a décidé Pierre à partir rapidement. « Il m’a dit que c’était déjà très tard pour reprendre des études de violoncelle, trop tard peut-être. » Ayant une famille de musiciens, son départ été « plutôt bien compris ». Ce qui n’est pas le cas de Nicolas. « Avec mes parents c’est une catastrophe et ils me le font encore payer aujourd’hui… »
Enfin, certains étrangers qui étudient dans les campus délocalisés ont le sentiment de s’être trompé de filière. Patrik*, slovaque arrivé à Dijon en 2012, est parti au second semestre car l’enseignement ne lui correspondait pas. Il ne critique donc pas l’école, il a « simplement choisi la mauvaise école ». « C’est de ma faute », précise-t-il. Il s’est accroché pendant tout le premier semestre, « travaillant du matin au soir pour rattraper » et essayer de saisir quelque chose. Mais à ses difficultés scolaires s’ajoutèrent des problèmes personnels, ce qui « aggrava la solitude » et il finit un jour par « s’effondrer ». Il est aujourd’hui en dernière année de bachelor d’économie à l’Université de Prague.
Note : Les témoignages recueillis ne sont en aucun cas représentatifs.
* Les prénoms ont été modifiés
]]>« Je me suis posée la question de faire Sciences Po », se souvient Bénédicte Durand alors que, jeune étudiante, cette dernière hésitait entre le métier d’enseignante et celui de journaliste. Après une classe préparatoire et une licence d’histoire-géographie, Madame Durand a finalement décidé de se tourner vers l’enseignement.
« Les stages ont été selon moi déterminants. J’ai fait un stage à la télévision, et un autre dans une classe de troisième, avant de prendre ma décision », se souvient-elle. Professeure agrégée, titulaire d’une thèse en géographie, Bénédicte Durand est par la suite devenue Maître de Conférences à Paris IV.
Un parcours classique, pourrait-on dire, jusqu’à ce que la politique n’intervienne. « Il y a 10 ans, on m’a proposé de rejoindre le cabinet de Gilles de Robiens pour m’occuper de la vie étudiante, et on m’a également confié le projet sensible de la loi Fillon, qui prévoyait l’intégration des IUFM (NDLR : Instituts universitaires de formation des maîtres) dans les universités. Un dossier technique que je devais suivre », explique-t-elle.
Cette loi Fillon, votée en avril 2005, a, entre autres, instauré les bourses au mérite. Une initiative ayant donné lieu à une contestation de plusieurs mois, entretenue principalement par les syndicats lycéens de gauche.
Un dossier technique certes, mais surtout politique. C’est sans doute cette première expérience qui lui a valu d’être recontactée en 2007 par l’équipe de Valérie Pécresse pour intégrer son cabinet, en la conseillant notamment sur les sciences humaines et sociales.
Bénédicte Durand se défend toutefois, à tort ou à raison, de tout engagement politique : “Mon engagement est plus technique que politique”. Avant d’ajouter : « Je n’ai pas d’engagement politique fort devant les électeurs et je n’envisage pas de le faire ».
Son choix est catégorique: « J’ai éprouvé dans ma vie professionnelle ce qu’est le sens du service publique pendant 6 ans, mais il y a 4 mois, j’ai choisi Sciences Po ».
Mais l’enseignement reste la vraie passion de Bénédicte Durand. En choisissant de se tourner vers une carrière d’enseignante plutôt que de journaliste, elle a pris « l’engagement majeur de (s)a vie ».
« Enseigner, c’est mon identité », ajoute-t-elle. « Ce que j’aime, ce sont les rencontres intellectuelles, les réflexions collectives. » Une identité qui semble ne s’être jamais perdue, même lorsque, membre des cabinets ministériels, elle continuait à dispenser ses cours.
Jusqu’à l’examen de la loi LRU, contre laquelle l’université Paris IV s’est largement mobilisée. « C’est à ce moment là que je me suis rendue compte que j’avais suffisamment pris part à la politique. J’ai donc repris mes fonctions d’enseignante à temps plein. »
Poussée par le désir d’enseigner, mais également par celui d’apprendre, Madame Durand n’hésite pas à reconnaître qu’elle doit beaucoup à ses élèves. « Sur le plan intellectuel, tous mes étudiants m’ont fait progresser ».
Former ses élèves certes, mais également accepter d’apprendre d’eux explique-t-elle. Osant même la comparaison: « Un enseignant, c’est l’inverse d’un athlète: il se perfectionne avec l’âge ».
Si le métier d’enseignante semble passionner Bénédicte Durand, la politique, bien qu’ayant été pour elle une expérience enrichissante, ne semble pas la séduire outre-mesure. Ainsi, si le travail en équipe et l’ambiance collective qui règnent dans un cabinet ministériel semblent l’avoir marquée, elle a aujourd’hui tourné la page.
Quand on lui demande ce qu’ « être doyen » signifie, Bénédicte Durand répond, sourire aux lèvres : « avoir l’âge pour assumer des fonctions de responsabilités ».
« Je n’avais aucun regard ni aucune expérience de Sciences Po. Je connaissais bien l’établissement vu depuis le Ministère. Mais je n’y avais jamais enseigné. J’y arrive donc avec un regard neuf et sans préjugés. C’est ce que Frédéric Mion attendait. »
Si l’expérience semble avoir été déterminante, on peut également souligner que c’est une génération de jeunes femmes impliquées et dynamiques, à l’instar de Cornelia Woll, qui arrive à la tête des postes régaliens de notre École.
Nouvelle, Madame Durand prend ses marques. « Je suis dans une situation de diagnostic et de compréhension ». Ses premières impressions à Sciences Po ? « J’arrive dans un très bel établissement avec des étudiants remarquables ».
Des challenges de taille attendent Bénédicte Durand : le transfert à Reims d’une partie du Collège Universitaire, la réforme du concours d’entrée, ou encore l’organisation des enseignements… Autant de sujets qui solliciteront ses compétences acquises en pilotant des politiques publiques au sein du Ministère de l’Education Nationale.
“Je suis là pour que les étudiants puissent compter sur moi” conclue-t-elle. Promesse d’enseignante ou parole de femme politique ?
Dans la même catégorie : « Cornelia Woll remplace Françoise Mélonio : bilan, projets » par Raphaël Saïdi et Martin Lewandowski. « L’innovation à l’international » titrait Sciences Po dans un article relatif au remplacement de Françoise Mélonio par Cornelia Woll, au prestigieux poste de Directrice des Etudes et de la Scolarité. D’origine allemande, Cornelia Woll a dirigé… Lire la suite.
]]>Avant de renvoyer à des plateformes numériques de diffusion, l’expression MOOC (Massive Open Online Courses), ou CLOM (Cours en Ligne Offerts aux Masses) dans sa version française, désigne un ensemble de cours, gratuits, pour la plupart publiés par de grandes écoles et universités internationales.
L’innovation n’est pas uniquement technologique, elle est aussi pédagogique.
On distingue généralement deux types de MOOC. D’une part les xMOOC, tirés de cours traditionnels et qui permettent de délivrer un certificat de validation de compétences. Et d’autre part les cMOOC, conçus sur la base d’objectifs ouverts et d’une approche connectiviste grâce à laquelle les participants aux cours élaborent eux-mêmes une grande partie des contenus et peuvent interagir entre eux.
Il est toutefois évident que les compétences dont souhaitent se pourvoir les usagers varient du tout au tout d’un bout à l’autre de la planète. Et c’est justement à ce constat que répondent l’adaptabilité et la diversité, en temps, en thématiques, en langues, des MOOC.
Bien qu’ambitieux, l’objectif final des MOOC apparaît comme étant de pallier les inégalités mondiales d’accès au savoir et à l’enseignement.
Dès ses premières heures, le modèle innovant des MOOC suscite l’enthousiasme. A l’automne 2011, lorsque l’américain Sebastian Thrun diffuse un cours sur l’intelligence artificielle sur le site de l’Université de Stanford, 10 000 étudiants sont attendus. Ce sont près de 160 000 qui s’y inscriront.
Désignée comme « l’année du MOOC » par le New York Times, 2012 voit émerger les premières vraies plateformes de production et de diffusion de MOOCS : Coursera, lancée par l’Université de Stanford, edX initiée par le MIT et Udacity pour Harvard, dont le fondateur n’est autre que Sebastian Thrun.
A ces première tentatives américaines suivront plusieurs initiatives européennes et asiatiques : XuetangX en Chine, Futurlearn aux Grande Bretagne, Miriadax en Espagne, FUN en France ou encore Open2Study en Australie. Presque 5 ans après leur apparition, on dénombre aujourd’hui plus de 3000 MOOC à travers le monde.
Nés parallèlement au contexte de crise financière et économique aux Etats-Unis, les premiers MOOC déstabilisent d’autant plus le système universitaire traditionnel américain, que les coûts de l’enseignement et l’endettement des étudiants sont en passe de devenir une préoccupation économique et politique majeure aux Etats Unis.
De l’autre côté de la planète, en Afrique, l’Université 2.0 sonne, elle, comme une promesse face au manque d’infrastructures et à une population croissante. En donnant accès à des formations universitaires élitistes à des populations isolées et en manque de moyens, les MOOC abattent la frontière entre formations prestigieuses et éducation de masse.
En France, il faut attendre la loi du 28 juillet 2013 relative à l’enseignement supérieure et à la recherche pour voir se dessiner les premières initiatives en matière de MOOC et le lancement de la 1ère plateforme numérique française, FUN (France Université Numérique). Aujourd’hui, la plateforme participe au développement de plus de 60 MOOC en partenariat avec de nombreuses universités et écoles françaises de renom telles que le CNAM, le groupe INSA ou encore l’UMPC.
Moodle, eCours, projet Forccast, cartothèque numérique : nombreuses étaient et sont toujours les interfaces numériques que Sciences Po s’efforce de développer au quotidien en parallèle de ses enseignements traditionnels.
C’est seulement en 2014 que Sciences Po fait son entrée dans l’ère des MOOC, avec le cours transdisciplinaire de Bertrand Badie, « Espace mondial », suivi de peu par le cours Humanités Scientifiques de Bruno Latour.
Cette démarche s’inscrit de toute évidence dans l’effort constant d’ouverture et d’internationalisation que mène notre école depuis quelques années. De plus, de par sa position de centre de recherche majeur, il paraissait essentiel que l’établissement participe à l’ouverture du débat public en prenant part aux innovations en marche.
Comme précise Dominique Boullier, professeur à Sciences Po, dans une vidéo, un MOOC se distingue d’un eCours classique, comme ceux auxquels les étudiants de Sciences Po ont déjà quotidiennement accès. En effet, le caractère « massif » des MOOC pose la contrainte de l’adaptabilité, de la compréhension, de l’accessibilité à un public large et hétéroclite. La diffusion d’un cours nécessite donc un profond travail de mise en forme et la mobilisation d’un grand nombre de ressources.
Dernière nouvelle en date, Coursera, le géant américain du marché des MOOC aux 10,5 millions d’inscrits, a annoncé en décembre dernier son partenariat avec Sciences Po.
La plateforme de diffusion proposera trois des cours dispensés à Paris, dont deux en anglais, entre mars et septembre 2015 : « Humanités scientifiques« , « Espace mondial » et « Les villes font leur retour en ville », ce dernier enseignement étant dispensé par le sociologue Patrick Le Galès. Sciences Po, en même temps que l’ESSEC, rejoint les quelques rares universités françaises déjà présentes sur Coursera : Polythechnique, HEC et l’ENS.
Quelques années après la naissance des MOOC, l’enthousiasme des premières heures a perdu de sa ferveur et la mise en perspective des premiers retours sur expérience invite à relativiser le succès de cette forme « révolutionnaire » d’enseignement. Bien qu’ambitieux par les objectifs auxquels il répond, il est clair que ce modèle d’enseignement ne fait pas l’unanimité.
Que va t-il advenir au cours des prochaines décennies du système d’enseignement traditionnel ? La qualité des apprentissages ne pâtit-elle pas de la déshumanisation croissante des cours et de leur caractère « non présentiel », résultat parfois d’une volonté unique de réduction des coûts ? Une grande partie des détracteurs de ce nouveau modèle d’enseignement soulignent la nécessité de ne pas perdre de vue le rôle non négligeable, si ce n’est majeur, de la relation pédagogique entre élèves et enseignants.
Pour le sociologue Jérôme Valluy, professeur de sociologie politique à l’Université Panthéon Sorbonne, les MOOC sont proches d’un simple produit marketing et leurs abonnés « n’accèdent qu’à un ersatz de prestation pédagogiques de ces universités et les certifications qu’elles délivrent ne valent pas, au regard des employeurs, les diplômes délivrés sur la base de formations initiales. »
Les taux de réussite à ces formations en ligne s’avèrent pour le moment bas.
Dès décembre 2013, une étude publiée par l’Université de Pennsylvanie avait pointé du doigt des taux d’abandon excessivement élevés : sur le million d’usagers étudiés, seuls 4% venaient à bout de la formation. C’est peu, d’autant plus que près de 80% d’entre eux possédaient déjà un diplôme de l’enseignement supérieur.
Manque d’accessibilité, mauvais choix de thématique, contenu inadapté ? Dans son essai Moocs et vaches à lait, Antoine Compagnon, professeur au Collège de France, se penche sur ce dernier chiffre : « Sous leur forme actuelle, les Moocs sont peu performants en matière de formation initiale, notamment auprès des publics défavorisés, alors que leur utilité semble confirmée pour la formation continue des élites déjà diplômées des pays dits émergents, Brésil, Inde, Chine, Russie et Afrique du Sud, où 80 % des inscrits proviennent des 6 % les plus riches de la population. Bref, au lieu de réduire la fracture sociale entre pays riches et pays défavorisés, ou entre élites et masses dans les pays émergents, les Mooc, qui exigent des ordinateurs et l’accès rapide à l’Internet, ainsi qu’une discipline de travail acquise préalablement, renforcent cette fracture. »
Attentes surdimensionnées ou échec de pédagogie, on semble quoi qu’il en soit aujourd’hui bien loin des premières intentions, pourtant bienveillantes, de massification et de démocratisation du savoir…
]]>Parlez-nous de votre parcours professionnel.
J’ai fait des études à l’Ecole Normale Supérieure avant de passer avec succès l’agrégation de lettres. Ma thèse, dont le jury était présidé par René Rémond, portait sur Tocqueville. J’ai ensuite commencé une carrière de chercheuse en histoire, au CNRS, puis d’enseignante-chercheuse en littérature à Nanterre et à la sorbonne où j’ai présidé l’UFR (Unité de Formation et de Recherche) de littérature française. Je n’ai donc jamais été élève à Sciences Po. J’ai intégré l’équipe administrative et professorale il y a six ans, en étant doyenne du Collège Universitaire. Puis j’ai pris la tête des études et de la scolarité, durant les vingt-quatre derniers mois.
Malgré cette fonction administrative, vous avez continué d’enseigner à Sciences Po. Pourquoi était-ce important pour vous ?
En effet, j’ai enseigné à Sciences Po en première année pendant sept ans ainsi qu’en master de recherche pendant deux ans. Je le désirais et c’était aussi très important pour ma fonction. Tout d’abord parce que l’on gagne en légitimité auprès des autres enseignants mais surtout le contact avec les étudiants permet de ne pas oublier que le processus administratif n’est pas une fin en soi. Il faut savoir faire de la gestion, sans oublier que l’essentiel ce sont les étudiants.
Quels projets ont marqué votre mandat de Directrice des Etudes et de la Scolarité ?
Quand je suis arrivée à la DES, la Cour des Comptes venait de rendre son rapport sur Sciences Po. Mon premier travail a donc été de mettre en place ses recommandations… Ensuite, nous nous sommes tous mobilisés sur l’organisation et l’accompagnement des écoles actuelles. Et, avant mon départ, nous avons revu la structure du département des langues.
En parlant des langues, pourquoi avoir voulu supprimer la LV3 ?
Je reste convaincue qu’un étudiant ne doit pas avoir plus de vingt heures de cours par semaine. Pour deux raisons : d’une part pour profiter de la vie associative proposée à Sciences Po et d’autre part pour avoir le temps de réfléchir et de se constituer une cullture personnelle. Il faut laisser du temps au travail personnel. Par ailleurs, je redoute beaucoup le shopping intellectuel. Un des objectifs à Sciences Po est que les étudiants aient l’impression d’avoir reçu une formation cohérente et la dispersion ne va pas dans ce sens.
Vous quittez aujourd’hui Sciences Po. Quelles vont désormais être vos activités ?
Je veux consacrer du temps à écrire. Je me suis engagée à finir les œuvres complètes de Tocqueville que je dois désormais continuer. J’ai d’ailleurs promis sa biographie à Gallimard. Ensuite, je souhaite voyager, faire des conférences (je vais au Japon par exemple en septembre) , et approfondir mes engagements civiques. Je verrai dans un second temps si je reprends des enseignements.
Vous allez donc retrouver une activité plus centrée sur la recherche. Cela n’était-il pas compatible avec votre poste à Sciences Po ?
Je n’ai eu ces dernières années que très peu de disponibilité pour les travaux de recherche. Je ne regrette pas mon poste, mais j’ai choisi le métier de professeur pour la recherche et l’enseignement et je serai heureuse de reprendre mes travaux.
Au final, qu’est-ce que les étudiants vous ont apporté ?
En tant que Directrice des Études et de la Scolarité, j’ai été amenée à porter un regard différent sur la société en découvrant les difficultés que les étudiants rencontrent et la diversité de leurs parcours. Je mesure mieux encore à quel point chaque étudiant est différent et doit être accompagné individuellement.
Avez-vous des regrets ?
J’ai un regret. Je pense qu’on ne donne pas encore, ou pas assez, le goût de la recherche et le désir d’un savoir difficile aux étudiants.
Cornelia Woll va prendre votre place à la DES. Quelles sont les qualités requises pour ce poste ?
Il faut tout d’abord avoir une expérience d’enseignement. Ensuite, il faut le goût du travail en commun et celui de l’administration. Par ailleurs, il est utile d’ avoir une expérience internationale et particulièrement à Sciences Po, ce que Cornelia Woll possède bien plus que moi. Enfin, il faut une dose considérable de patience.
Avez-vous pour terminer un mot à transmettre aux étudiants ?
Je dirais que c’est une chance immense d’étudier à Sciences Po mais il faut aussi savoir en sortir. On n’est pas ancien(ne) élève toute sa vie. Il ne faut surtout pas penser qu’il y a des routes toutes tracées ou des privilèges acquis. Aucun diplôme ne prédestine à être un « leader » et aucune orientation n’est définitive. Ce qui est acquis à Sciences Po est un savoir et un savoir être qui doivent permettre à chacun de tracer son propre chemin et je me réjouis de voir les anciens étudiants s’orienter dans des carrières très diverses, et s’engager au service de la société.
Avant de devenir enseignante, Cornelia Woll, et de rejoindre notre Ecole, quel a été votre parcours et votre formation académique ?
Je suis titulaire d’un doctorat de sciences politiques, obtenu en cotutelle franco-allemand. J’ai commencé mes études à l’université de Chicago, en me spécialisant en sciences politiques et en relations internationales, puis j’ai rejoint Sciences Po pour un parcours doctoral joint avec l’Université de Cologne. Après plusieurs années à l’Institut Max Planck de Cologne, j’ai eu la chance d’obtenir un poste de chercheur au CERI de Sciences Po, avant de devenir professeur. J’ai par ailleurs travaillé à la Direction Scientifique de l’Ecole, en tant que directrice adjointe, avant de prendre la direction du LIEPP. Mon profil est très orienté vers la recherche.
Pourquoi cette nomination à la tête de la Direction des Études et de la Scolarité ? Quelles seront vos futures obligations et prérogatives ?
Lorsque l’opportunité de succéder à Françoise Mélonio s’est présentée, j’étais très motivée. On a pensé à moi pour remplir cette fonction, et j’ai manifesté tout mon intérêt. La DES a vraiment un rôle de pilier au sein de notre École, tant au niveau académique, en préparant et orientant les parcours des étudiants, qu’au niveau de la scolarité, en gérant par exemple les diplômes, les procédures d’admissions ou les examens. Enfin, elle intervient également au niveau de la vie associative étudiante et veille à ce que tout soit uniforme, et coordonné, entre les différents services et Écoles qui composent Sciences Po Paris.
Votre nomination à un poste aussi important et prenant vous contraint-elle à renoncer à la recherche ou à l’enseignement ?
Je continuerai d’enseigner, car il y a toujours un retour sur expérience lorsqu’on dispense ses cours. C’est important pour moi. Quant à la recherche, j’y renoncerai le temps de mon mandat. Mais j’espère bien reprendre mes travaux par la suite.
Quelles qualités et compétences comptez vous apporter à Sciences Po, en assumant cette nouvelle fonction ?
La réponse se trouve dans mon parcours. Mon profil est tourné vers la recherche et l’international. J’ai donc la volonté de refonder et de revitaliser les enseignements, ainsi que de créer davantage de liens entre la recherche et l’enseignement, pour que les deux aillent de pair, comme c’est déjà le cas aux États Unis.
Quels grands projets comptez-vous entreprendre ?
Je continuerai le très grand projet lancé il y a quelques années de création d’Écoles distinctes à Sciences Po, avec deux grande lancement cet automne : l’Ecole d’Affaires Publiques et l’Ecole Urbaine. Nous préparons aussi la création d’une Ecole de l’Entreprise, car Sciences Po se doit d’être concurrentiel dans ce domaine en formant des étudiants prêts à entreprendre et à occuper des fonctions importantes dans le monde de l’entreprise.
Au niveau du Collège Universitaire, il me tient à coeur de maintenir l’équilibre entre Paris et la Province. Il faut également mener une grande réflexion sur la pédagogie innovante. Comment transmettre le savoir ? Il faut, selon moi, que l’apprentissage passe davantage par un lien étroit entre réflexion et participation.
Pouvez-vous nous éclairer sur le transfert du Collège Universitaire à Reims ?
En 2017, à l’issue de la réforme, il y aura plus de 1000 étudiants à Reims, autant qu’en première et deuxième année sur le campus parisien. A cela s’ajouteront les étudiants en échange. Resteront à Paris notamment les étudiants du Collège Universitaire suivant un double-diplôme avec les universités parisiennes partenaires.
Vous avez publié une étude sur le lobbying à rebours. Pensez-vous qu’il en existe à Sciences Po ?
Le lobbying à rebours décrit le fait que l’administration sollicite parfois la société civile pour s’exprimer sur un enjeu politique afin d’orienter ou appuyer une réforme. Une bonne politique se fait toujours par le biais de la consultation, et il faut pour cela que toutes les parties prenantes puissent s’exprimer. Les étudiants, par le biais des syndicats ou associations, font pression sur l’administration pour obtenir des réformes, principalement au niveau pédagogique, et cela nous aide à comprendre quels sont leurs besoins, pour mieux y répondre.
Sciences Po se réjouit d’avoir de plus en plus de femmes membres de la direction.
Il y a certes beaucoup de femmes dans l’administration de Sciences Po, mais également beaucoup d’hommes. Il est vrai que des femmes ont été nommées à certaines postes clés de l’administration de Sciences Po, mais la plupart de nos écoles ou de nos laboratoires de recherche sont dirigés par des hommes. Il y a encore peu de temps, il était rare d’avoir un cours magistral enseigné par une femme. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Je pense qu’il est important de voir que des décisions peuvent être prises et la connaissance peut être transmise par des femmes autant que par des hommes. Dans les deux cas, cela peut être bien ou mal fait, et il faut pouvoir juger les personnes sur ce contenu. Le genre ne doit pas avoir une importance en soi à la fin. Mais pour commencer, il faut donc s’habituer à voir des femmes à des postes importants.
Face à un défi d’ampleur, nous vous souhaitons, Madame la Directrice, nos plus sincères encouragements.
Dans la même catégorie : « Suppression de la LV3, les approximations de la réforme » Depuis la Commission Paritaire du 16 juin 2014 et une modification du Règlement de scolarité, l’accès à une deuxième langue vivante est possible pour tous. Cela était déjà permis dans les faits, mais restait inscrit dans les obligations de scolarité comme soumis à des conditions de niveau en LV1. « Cette revendication étudiante déjà ancienne nous a paru légitime », estime… Lire la suite.
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Dans la même catégorie : Frédéric Mion « à ce stade, je suis prêt à 200% pour un second mandat » Frédéric Mion nous a reçus dans son bureau afin de faire un premier bilan de l’opération « Meet the Dean ». L’occasion également de s’intéresser à ses engagements, son parcours et son expérience de directeur de Sciences Po. Il a accepté de répondre à nos questions quant à la polémique liée à la non-venue d’Eric Zemmour, sur son avenir à Sciences Po et son parcours professionnel. Lire la suite.
Nous connaissons tous aujourd’hui le Sciences Po de la diversité, mais qu’en est il du Sciences Po de l’égalité ? Avec une majorité d’étudiantes féminines sur ses bancs, on pourrait penser que Sciences Po bouscule les idées reçues sur la place de la femme dans les hautes carrières administratives et politiques. Et pourtant, Sciences Po semble, comme bien ailleurs, reproduire les écueils de la société en matière de parité.

Ainsi, côté politique, il semble qu’il y ait encore beaucoup à faire pour la parité dans les partis. Composés majoritairement d’effectifs masculins, les principaux partis politiques présents à l’IEP comptent peu de militantes, 30% seulement à l’UMP Sciences Po d’après le vice-président du parti Camille Chevalier.
Cette année à l’UMP Sciences Po, les quatre postes à la tête de la section sont d’ailleurs occupés par des hommes. Pour Camille Chevalier, l’un des trois vice-présidents, cette situation n’est la conséquence d’un manque de volonté ou d’un sexisme quelconque, mais bien le résultat du principe démocratique de méritocratie : « nous pensons que toutes les places de responsabilité doivent être pourvues par les personnes les plus méritantes, motivées et travailleuses sans considérations biologiques et sociales. Nous nous opposons à l’instauration de quotas de parité qui constituent en un nivellement vers le bas et ne rendent service à personne. Les quotas étiquettent les personnes qui en profitent comme « assistées, moins méritantes » et dévalorisent donc leur action ; et privent les plus méritants de l’accès aux postes de responsabilité, ce qui ne correspond pas à nos valeurs »
Le constat d’une inégale répartition des postes à responsabilité entre hommes et femmes au sein des partis à Sciences Po est frappant, et, tout comme l’UMP, le PS n’échappait pas à la règle… jusqu’à cette année ! En effet, c’est une jeune femme, Manon Chonavel, qui a tout récemment été élue secrétaire de section au PS, aux côtés de son trésorier Paul Bonmartin. Les postes statuaires au PS Sciences po sont paritaires cette année, tout comme le bureau.

Malgré un retard persistant en matière de parité en politique, force est donc de constater que quelques changements sont en marche à Sciences Po. L’année dernière, le bureau de l’UMP comptait ainsi deux étudiantes, Diane Kercker-Mourgues et V. L., aux postes de vice-présidentes. Du côté du PS, l’accent a été mis sur une meilleure maitrise du temps de parole lors des Assemblées Générales ou au cours de formations de prises de parole en public.
On peut également souligner cette année l’élection d’une seconde femme au poste de Présidente de parti : il s’agit de Marine Denis, à la tête de l’UDI. Entrée en tant que Secrétaire générale à la création de la section UDI à Sciences Po, cette dernière a progressivement su se faire sa place au sein du parti. Toutefois cela n’a pas toujours été sans difficultés, et elle regrette aujourd’hui que la nomination d’une femme à la tête d’un parti politique soit encore et toujours source d’étonnement. Selon elle, « la question de la parité ne doit plus uniquement être abordée du côté des femmes, mais aussi et surtout à travers les mentalités et les comportements masculins. »
Qui n’a pas encore aperçu les tracts et affiches de Politiqu’elles en Péniche ? Créée en 2013 par Fatima El Ouasdi, Alice Liogier et Alexandre Larnicol, Politiqu’elles est une association féministe citoyenne, qui agit pour la promotion des femmes dans la vie politique, et qui, seconde au classement, a d’ailleurs brille ment été reconnue début octobre.

Ce qui a poussé Fatima El Ouasdi à créer Politiqu’elles, c’est avant tout « des petites choses du quotidien » explique t-elle. Des petites choses, qui, agrégées ensemble, ont éveillé en elle un sentiment de malaise vis à vis de la position des femmes à Sciences Po. Pourquoi n’y a t’il pas de de Présidente du BDE ? Pourquoi cette amère sensation du pouvoir conjugué uniquement au masculin dans les partis politique ? Nombreuses sont pourtant les étudiantes à savoir se distinguer par le verbe rue Saint Guillaume.
L’objectif de Politiqu’elles est de créer un réseau de jeunes et d’ouvrir un dialogue le plus large possible autour du rôle des femmes dans l’univers politique. L’initiative est innovante et comme le rappelle Fatima El Ouasdi : « il faut changer les mentalités, mais par la force de l’esprit. »
Côté associatif, le vent du changement souffle donc sur Sciences Po ! Un bel exemple : l’année dernière et après trois années consécutives de victoires masculines, le prix Philippe Seguin pour les arts oratoires a été remis à Irina Kratz, qui a su prouver que l’éloquence n’est pas qu’une affaire d’hommes.
Sur un tel débat de société qu’est l’égalité des sexes, Sciences Po se veut en avance sur nombre d’établissements de l’enseignement supérieur. Toutefois, l’égalité des sexes n’a pas toujours été d’une telle évidence à Sciences Po. Il a fallu attendre 1919, soit 47 ans après la création de l’Ecole libre, pour voir les premières femmes franchir les portes de l’école. Du côté des enseignants, c’est seulement en 1941 que la première, et unique enseignante jusqu’en 1968, Suzanne Bastide, accède à la chair de Sciences Po. Aujourd’hui, Sciences Po peut se vanter de compter parmi ses étudiants près de 60% de femmes.

La question de la parité reste en effet centrale au sein de l’IEP, et les enseignements proposés aux étudiants sont les premiers à le démontrer. En partenariat avec l’OFCE, Sciences Po développe depuis 2010 un programme pluridisciplinaire de recherche et d’enseignements autour de la question du genre.
De plus, dès la deuxième année du cursus universitaire et tout au long de leur master, les étudiants sont invités à assister à des cours électifs d’économie, de sociologie ou de droit centrés sur la question du rôle et de la place de l’homme et de la femme dans notre monde contemporain: «Initiation aux problématiques de genre à travers l’histoire de l’émancipation des femmes et des féminismes », le cours de Clémentine Autain, en est un très bel exemple. Enfin, on peut également souligner la création d’un poste de référent égalité femmes-hommes en mai dernier dans l’administration.
Nombreuses sont les questions qui restent encore à être posées sur l’épineuse question de la parité: quelles perspectives de carrières pour hommes et femmes ? Pour quelles différences de salaire ? Quelle place pour les hommes et les femmes dans l’enseignement et l’administration à la sortie de l’école ?
Si l’heure a longtemps été à la réflexion, aujourd’hui c’est l’action qui est de mise. Mesdemoiselles, pour vous, un seul mot d’ordre : osez ! Et pour vous, Messieurs, il me semble que l’on cherche encore des effectifs masculins chez les PomPoms…
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