Pour Mélie, élève de première au lycée de Morez, une ville du Jura, c’est le cas. Elle explique qu’elle « n’est pas assez renseignée et que c’est un peu stressant, » ce qui peut parfois l’amener à se démotiver. Sciences Po est l’école qu’elle vise depuis maintenant plusieurs années, mais elle a beaucoup de mal à s’informer et à trouver les données qui conviennent. Perrine, élève de seconde au lycée du Pré Saint Sauveur à Saint Claude, commence déjà à s’intéresser au post bac pour faire le choix de spécialités le plus pertinent possible. Pour se renseigner, elle fait « beaucoup de recherches personnelles » et considère même que ses professeur.e.s « ne peuvent pas l’aider à s’informer », en particulier sur Sciences Po, car ils n’ont pas de connaissances sur cette école précisément. Ces lycées de province auraient-ils moins accès à l’information sur la formation proposée par Sciences Po ? Les avis sont partagés sur la question, cependant, il est indéniable que les intéressé.e.s doivent faire preuve d’une volonté personnelle pour obtenir des informations sur la formation, et cela aussi bien du côté des étudiant.e.s, qui doivent réaliser leurs recherches en fonction de leurs ambitions, que du côté des professeurs qui s’informent pour aider du mieux possible leurs élèves.
Parmi les difficultés, il faut insister sur le fait que les informations proviennent essentiellement des sites web, notamment de celui de Sciences Po, et des réseaux sociaux, mais qu’il manque alors tout l’aspect humain et concret de l’information. En effet, 78% des jeunes interrogé.e.s considèrent que la rencontre avec des étudiant.e.s déjà membres de l’école serait l’un des meilleurs moyens pour se faire une idée concrète de la formation, d’autant plus que, comme certain.e.s l’ont fait remarquer, les lycéen.e.s ont des idées bien arrêtées sur Sciences Po et la vision interne d’un.e étudiant.e pourrait alors démonter ces idées toutes faites. Mais en venant d’un lycée plutôt reculé, les intervenant.e.s sont rares et la possibilité de se déplacer en personne l’est tout autant. Ces lycéen.e.s souffrent donc d’un manque d’informations qui peut nuire à leurs études. Les professeurs tentent de les aider et les accompagner du mieux qu’ils peuvent, bien que ce ne soit pas toujours évident.
Avec la nouvelle réforme du baccalauréat mise en place pour les épreuves de 2021, chaque professeur principal suit une vingtaine d’élèves, et organise chaque semaine une heure d’orientation dédiée aux questions, à l’accompagnement, aux recherches… Mme Lerein, une enseignante d’histoire-géographie au lycée de Saint Claude dans le Jura, a accepté de partager son expérience. Dans son groupe, « une moitié d’élèves savait ce qu’ils voulaient faire », il s’agissait donc avec eux d’effectuer un travail d’approfondissement, « mais l’autre moitié ne [le] savait pas », ce qui rend le travail plus difficile. Pour les aider le plus possible, Mme Lerein a créé un groupe Instagram avec ses étudiant.e.s car selon elle, il s’agit du meilleur moyen de les toucher et de les informer. Sur ce compte, elle leur partage des liens et des informations sur toutes sortes de formations qui pourraient les intéresser, et notamment au sujet de Sciences Po, une école qu’elle leur conseille fortement car elle considère que ses étudiant.e.s sont brillants et qu’intégrer cette école leur permettrait de développer leur potentiel au maximum. Cependant, elle précise bien qu’en tant que professeur, « ce n’est pas son métier ». Dans son cas, elle s’y intéresse beaucoup car sa fille est aussi concernée par ces choix, et en profite donc pour partager ses connaissances à ses élèves. Une autre professeure dans le même lycée nous conforte dans cette idée : « il faut vraiment chercher de façon personnelle, ce qui peut se révéler parfois difficile et prenant ». Nous touchons donc ici à un sujet sensible auquel plusieurs réponses semblent être possibles, mais celle qui revient le plus est l’intervention de personnes concernées directement par la formation dans ces lycées dits de « province » pour pallier ce manque, et donner une chance à ces lycéen.ne.s de prendre en compte toutes les possibilités. Cependant, il ne faut pas oublier, comme Mme Cogniez, professeure de lettre classiques, a su nous le faire remarquer, « qu’une partie doit être faite par l’élève » : l’information est nécessaire, mais la motivation l’est d’autant plus !
[i] Questionnaire réalisé à titre indicatif auprès de 52 lycéens et lycéens venant de la région Bourgogne-Franche-Comté. Les réponses ont été collectées de façon anonyme, et les questions portaient sur la situation de leur lycée et leur relation à l’information sur Sciences Po.
]]>Amoureuse de l’école, tant hier qu’aujourd’hui
C’est ainsi qu’Adrien Berquiez de Sciences Polémiques l’a présentée, mais elle se définit elle-même ainsi. D’ailleurs, elle se considère toujours comme professeure des universités : « Je l’ai été mais je le suis toujours en réalité, c’est quelque chose qui ne se perd pas ».
Si elle n’arrive pas à décrire le profil idéal pour le poste qu’elle occupe, c’est selon ses dires parce qu’elle connaît extrêmement bien ce milieu qu’elle peut en discuter pour faire avancer les choses. En effet, elle affirme avec aplomb que l’enseignement supérieur, partout dans le monde, prépare l’avenir et crée les connaissances qui font progresser la société : « L’innovation est une autre façon de transformer la connaissance que l’on a produite en quelque chose qui est bon pour la société. La connaissance en tant que telle n’est ni bonne ni mauvaise ; ce qu’on en fait au travers de l’innovation qui est un choix de société et de civilisation ».
A la rédactrice en chef de La Péniche, Capucine Delattre, elle répond qu’être leader, c’est « porter des convictions, être capable d’en débattre mais aussi de changer d’avis et de décider ». Le rouleau-compresseur, très peu pour elle ; elle préfère l’autorité du leader, qui « embarque les gens dans une fierté collective ».
Une ministre toujours à l’écart des partis et débats politiques
Il est vrai que sur ce point, la ministre ne fait pas figure d’exception dans le gouvernement d’Édouard Philippe, dont nombre de membres sont issus de la société civile. Ainsi, la partie de sa vie que Mme Vidal associe le plus étroitement à une expérience politique est sa présidence de l’université Nice-Sophia-Antipolis. Toutefois, elle insiste, cela ne l’empêche pas de réaffirmer la seule opinion politique qu’elle ait jamais exprimée publiquement : « J’ai une aversion sans nom pour le Rassemblement National, quel que fut son nom d’hier et quel que sera son nom de demain. ».
Interrogée par l’UNI, Frédérique Vidal tourne autour du pot mais ne dira finalement jamais ce qu’elle pense de la sélection à l’université : « On ne peut pas être pour ou contre la sélection quand on est ministre de l’Enseignement supérieur. Il y a des formations qui sont sélectives et d’autres qui ne le sont pas, et c’est très bien comme ça. ». Elle s’oppose cependant fortement à la sélection par l’échec, contre laquelle elle dit avoir lutté toute sa vie : « Je suis persuadée que chaque jeune a une chance dans l’enseignement supérieur. […] J’ai rencontré des centaines d’étudiants dans ma vie qui m’ont prouvé que lorsque l’on voulait, lorsqu’on était aidé, lorsqu’on donnait plus à ceux qui avaient besoin de plus, on réussissait. ».
« Sciences Po ouvert aux enfants d’ouvriers, Sciences Po fermé aux intérêts privés ! »
L’interview est interrompue au bout d’une heure par des étudiants en colère, scandant et chantant « La sélection, c’est dégueulasse ! » et brandissant des pancartes et draps ornés de slogans comme « Derrière la loi Vidal se cache le capital ». Les protestataires sont rapidement écarté.e.s par la sécurité, mais l’intervention a fait son effet : la ministre n’échappera à aucune question concernant Parcoursup, et l’intérêt du public redouble.
Interrogée sur la CVEC, la ministre précise son utilité à Clément Martin, président de Sciences Po TV : chaque établissement touchera 41€ afin de proposer des activités culturelles et sportives gratuites ; les 49€ restants iront aux CROUS. Selon elle, « personne n’est perdant ».
Lorsqu’il lui est demandé si un classement en fonction des moyennes générales qui se joue à un millième de point vaut mieux qu’un tirage au sort, alors même que ce dernier ne concernait pas tout le monde, elle répond très franchement que la plateforme APB avait, illégalement de surcroît, tiré au sort 65 000 étudiant.e.s, soit 10% du total : « Ce n’est pas beaucoup, mais même un, c’est un de trop. ».
La jeunesse, toute la jeunesse, rien que la jeunesse
Par sincérité plus que par obligation, Frédérique Vidal veut montrer que c’est toujours avec passion et patience qu’elle en parle et qu’elle lui parle. Cette fameuse jeunesse présente devant elle, celle qui construit l’avenir et l’Europe, c’est pourtant en partie la même que celle qui lui a causé bien des tourments cette année. Qu’à cela ne tienne, elle redessine le calendrier de ces derniers mois et n’hésite pas à questionner le timing et la légitimité des manifestations et protestations étudiantes contre la loi ORE, qui ont commencé le jour-anniversaire de mai 68, alors même que tous les débats la concernant avaient déjà eu lieu l’été précédent, selon elle.
Lors des questions des syndicats, l’UNEF n’a pas hésité à l’interpeller : « Le plus grand mouvement étudiant depuis le CPE n’est pas une histoire de dates, et il est grave que vous méprisiez si ostensiblement la jeunesse de votre pays. ».
Visiblement gênée et quelque peu attristée, la ministre ne tarde pas à présenter ses excuses pour la manière dont ses propos ont été perçus par son interlocutrice : « Former des étudiants, c’est la moitié de ma passion ; l’autre moitié, c’est la recherche. ».
Par la suite, elle ne manquera pas de réaffirmer son engagement pour l’accès à tous à l’enseignement supérieur, l’accompagnement personnalisé dont chaque étudiant.e a besoin : « Je ne sais pas comment c’est possible de dire à quelqu’un hors filière sélective : « Ta place n’est pas là. » ». Elle fait aussi part de son admiration et de sa conviction selon laquelle l’accès à Sciences Po offert à certains établissements via la procédure CEP « doit être un modèle pour tous ».
Idéaliste parmi les siens, elle trouve parfaitement sa place au gouvernement
L’ayant elle-même vécu, elle relate à quel point il est douloureux pour un.e professeur.e de voir son cours magistral se vider au fur et à mesure que l’année avance, mais aussi combien il peut être difficile pour des étudiant.e.s de les suivre pleinement : « J’ai trop vu d’étudiants me dire en sortant de l’amphi : « Madame, on n’a même pas compris tous les mots que vous avez prononcés… » ».
« Je suis probablement la plus idéaliste de ceux qui s’intéressent à ces sujets », dit-elle en souriant. Intimement convaincue que tout le monde, avec de la volonté et du travail, est capable de réussir, elle n’est cependant pas dupe : elle est consciente que les étudiant.e.s ne partent pas égaux.les et qu’il faut savoir les valoriser, et donc les connaître ; c’est là qu’elle place toute la philosophie du plan étudiant.
Elle a choisi de porter ce plan au sein de ce gouvernement, dans lequel elle affirme avoir trouvé sa place, puisque pour « pour une des premières fois, il est en train de faire ce qui a été annoncé et ce pour quoi nous avons été élus […] Quelque chose a été proposé, nous devons le mettre en application ». Quant à l’actualité de l’exécutif, elle regrette la décision du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, mais garantit que le président lui accorde toute sa confiance : « On dit que dans la vie d’un ministre, il y a deux jours dont on est certain : celui où on est nommé, et celui où on quitte le gouvernement. Et entre deux, tous les jours, des choses peuvent arriver… ».
C’est donc une ministre déterminée, calme et très scientifique par l’utilisation des chiffres à laquelle elle se raccroche beaucoup, qui est venue défendre sa loi en Boutmy. Très posée – trop au goût de certain.e.s – elle a préféré présenter son projet de son propre point de vue d’ancienne universitaire et expliquer pourquoi elle se sent légitime à en parler. Une approche plus humaine que politique donc, qu’elle a fortement soulignée tout au long des débats et dont elle espère user pour se distinguer des autres membres du gouvernement. Plutôt que donner son avis, elle tente d’esquiver les polémiques, les « pour ou contre » au sujet desquels la questionnait Manon de Cabarrus, que ce soit à propos de la sélection ou l’écriture inclusive : « Nous avons un vrai travail à faire sur la considération de l’être humain, avant de se demander si son genre va affecter son travail. ».
Astrid-Edda Caux et Rachel Dufrène
]]>1 – Un parcours universitaire
Frédérique Vidal, avant d’exercer les fonctions de ministre, est biochimiste de profession. Après un échec en première année de médecine, elle réussit le concours d’infirmière mais décide de se réorienter en biochimie, dont elle est titulaire d’une maîtrise et d’un DEA. Elle débute sa vie professionnelle dans le privé, mais occupe plus tard les fonctions de professeure à l’université. En 2013, elle est nommée Chevalier de la Légion d’honneur par François Hollande. Depuis 2012 et jusqu’à sa nomination au gouvernement, elle est présidente de l’université Nice-Sophia-Antipolis, où elle a précédemment étudié.
2 – Récemment au ministère
Depuis le 17 mai 2017, Frédérique Vidal est entrée en fonction au gouvernement d’Edouard Philippe, sous la présidence d’Emmanuel Macron, en tant que Ministre de l’Enseignement supérieur. Son rôle ? Préparer et mettre en œuvre la politique du Gouvernement concernant l’accès de chacun et chacune au savoir, ainsi que le développement de l’enseignement supérieur. En octobre dernier, elle a porté le projet de loi controversé « Orientation et réussite des étudiants » (ORE) et la nouvelle plateforme Parcoursup, qui permet aux lycéens de choisir leur orientation dans l’enseignement supérieur, (un système que les nouveaux 1A connaissent bien !). Mais en quoi consiste la loi ORE dans les grandes lignes ?
3 – La loi ORE : objectifs et mise en place
En 2017, plusieurs constats ont pu être formulés à propos de l’enseignement supérieur français. Tout d’abord, les lycéens se tournent de plus en plus vers des formations privées, parfois très onéreuses. La raison ? Le manque de places dans certaines filières en tension, comme le droit, où le taux de réussite en L1 est de seulement 40%. Pour y remédier, Frédérique Vidal porte le projet de loi « Orientation et réussite des étudiants » (ORE), afin de concrétiser le Plan Étudiants présenté le 30 octobre 2017. Cette nouvelle loi a pour objectif affiché de mettre fin au tirage au sort pour l’accès à l’enseignement supérieur, de réduire le taux d’échec en licence, et d’améliorer les conditions de vie des étudiants. 950 millions d’euros sont dédiés à cette réforme entre 2018 et 2022 afin d’ouvrir des places, de créer des postes dans les filières en tension et de moderniser les licences.
4 – La réforme en débat
L’opposition à la réforme finit cependant par mener au blocage de plusieurs universités par des étudiants, comme l’université Toulouse-Jean-Jaurès, le centre Pierre-Mendès-France ou l’université Paris-VIII. En effet, il est reproché à la nouvelle loi d’accentuer les processus de sélection à l’université, en mettant en concurrence les dossiers des élèves sur Parcoursup, notamment au niveau des « attendus » requis pour chaque filière. Cet été, entre le 26 mai et la mi-septembre, plusieurs milliers de candidats ont dû attendre plusieurs mois de recevoir une affectation. Tous voyaient leurs vœux maintenus en attente, en attente de désistements de la part des plus chanceux, ce qui a constitué pour eux une inquiétude ajoutée à celle des épreuves du baccalauréat de juin. Une mise en place perfectible donc, que la Ministre de l’Enseignement Supérieur pourra évoquer.
5 – Frédérique Vidal sera donc ce soir mardi 2 octobre à 19h15 à Sciences Po en amphithéâtre Boutmy, pour une conférence à ne pas manquer, et au cours de laquelle vous pourrez vous-même lui poser vos questions !
Océane Lang
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