LA PÉNICHE. – L’administration, vous en êtes issu, vous la connaissez. Votre successeur a souhaité réformer la haute fonction publique, en remplaçant l’ÉNA par l’INSP, avec un concours d’entrée modifié, la suppression du classement de sortie et la fusion des grands corps de l’État en un unique corps des administrateurs de l’État. Cette réforme va-t-elle dans le bon sens ?
François HOLLANDE. – Des réformes, il en faut quand il s’agit de mieux faire travailler l’administration et d’assurer aussi une diversité dans son recrutement et notamment pour les emplois de dirigeant de ces administrations. Je ne vais pas mettre en cause la volonté d’ouvrir l’ENA et même d’en changer le nom – si tant est que cette terminologie le nom change l’institution. En revanche, il n’était pas bon de fusionner les corps de l’État et de remettre en cause des carrières qui se déroulaient – qui s’effectuent d’ailleurs toujours – pour la diplomatie, pour la préfectorale, ou encore pour les finances. Former des spécialistes n’empêche pas les mobilités indispensables.
Le système de cooptation n’est pas le bon.
De la même manière, si les grands corps doivent évoluer et s’ouvrir davantage, le système de cooptation n’est pas le bon. Il existait des classements, ils pouvaient toujours être discutés – notamment les disciplines qui étaient proposées pour les réaliser. Aujourd’hui, c’est chaque corps qui organise lui-même les modalités et l’accès, sans qu’on en connaisse les modalités. Je continue de penser qu’il faut garder le principe de l’examen, du concours et donc du classement.
Ne pourrait-on pas penser qu’il est plus logique que les hauts-fonctionnaires candidatent auprès des administrations qui les choisissent, et pas l’inverse ?
C’est légitime que l’administration puisse avoir ses préférences mais elle n’est pas une entreprise privée qui est rompue aux séances de recrutement. L’État ne va pas quand même avoir recours à des chasseurs de tête pour embaucher tel ou tel fonctionnaire. La motivation, la vocation, ça compte. J’ai connu des élèves de l’ÉNA (ou l’INSP) qui passaient le concours pour être diplomate, préfet, ou être au Conseil d’État par exemple et, s’ils n’y arrivaient pas forcément, ils ne désespéraient pas pour autant de la fonction publique.
À propos de nos institutions, certains pensent que la Cinquième République est à bout de souffle. Dans votre livre Les Leçons du pouvoir, vous suggériez par exemple de supprimer la fonction de Premier ministre et de présidentialiser davantage le régime. Y êtes-vous toujours favorable ?
La constitution de la Cinquième République s’est révélée plutôt souple et plastique. C’est encore vrai aujourd’hui. Elle permet qu’un gouvernement qui n’a pas de majorité puisse durer et à un président désavoué après une dissolution d’aller au bout de mandat. S’il faut une évolution institutionnelle, un véritable régime présidentiel mérite d’être considéré. Il donnerait paradoxalement beaucoup plus de pouvoir au Parlement, mais il présenterait l’inconvénient – et je le mesure – de verticaliser encore davantage la fonction présidentielle. Si on ne veut pas aller jusque-là, je préconise de revenir à ce moment-là aux origines même de la Cinquième République, avec un chef de l’État en surplomb qui fixe les grandes orientations, agit sur le plan international, et assure comme chef des armées la défense du pays et avec un gouvernement disposant au sein de l’exécutif d’une plus grande autonomie. Dans cette configuration, le scrutin proportionnel pourrait sûrement trouver sa justification avec la formation de coalitions, le temps des majorités absolues serait révolu.
C’est donc quelque part un changement d’avis, étant donné que vous vous disiez n’être pas favorable à la proportionnelle parce que cela favoriserait les extrêmes par le jeu des coalitions…
La politique évolue plus vite que nos esprits. Aujourd’hui, l’extrême droite a maintenant avantage à garder le scrutin majoritaire, et les partis républicains ont intérêt à la proportionnelle.
L’évolution de nos institutions peut aussi passer par l’Europe. Vous exprimiez l’idée d’avoir un budget militaire commun avec l’Allemagne, et même de partager notre siège aux Nations Unies…
Je n’ai jamais été jusque-là. Je récuse l’idée possible de partager le siège des Nations Unies, dans le cadre d’une réforme du Conseil de sécurité pourtant souhaitable. En revanche, je milite pour un rapprochement entre la France et l’Allemagne, sur le plan militaire (ce que font les Allemands en se réarmant en ce moment), ce moteur franco-allemand doit assurer la sécurité du continent.
L’Europe de la Défense ne se fera pas à 27.
Au niveau européen, cela ne nous conduirait-il pas à long terme à un État fédéral ?
Non, l’Europe de la Défense ne se fera pas à 27. Elle passera par des coalitions d’États qui iront plus vite que d’autres, pour régler les urgences et préparer les choix à long terme. Toute l’Europe ne peut pas aller au même rythme.
L’Europe peut-elle encore s’élargir en intégrant l’Ukraine, par exemple ? Vous disiez en 2023 à propos des accords de Minsk qu’ils avaient aussi permis de gagner du temps pour permettre à l’Ukraine de se réarmer pour se défendre. Cela veut-il dire que vous ne croyiez déjà plus ou pas à une paix durable entre l’Ukraine et la Russie ? En espérant que la fin de la guerre arrive vite, intégrer l’Ukraine dans l’UE permettrait-il de solidifier la paix ?
Accueillir dans le moyen ou long terme l’Ukraine dans l’UE, c’est une perspective pour consolider l’économie ukrainienne et réaffirmer l’ancrage démocratique de l’Ukraine. Mais l’UE n’est pas une alliance militaire, donc l’adhésion de l’Ukraine ne donnera aucun moyen supplémentaire à ce pays – si tant est que le processus d’adhésion débouche rapidement. Avec Minsk, l’Ukraine n’a pas gagné du temps, elle a fait en sorte de se réarmer pour prévenir le pire. C’est la Russie qui l’a ensuite envahie, ce n’est pas l’Ukraine qui a porté une attaque à l’égard de la Russie – et la Russie n’avait rien à craindre de l’Ukraine. Voilà pourquoi il est si important de donner des moyens militaires au pays agressé.
En France, des manifestations se sont tenues le 22 mars 2025 contre le racisme et différentes formes de discrimination ; le même jour un rabbin a été agressé à Orléans. Comment expliquer le fait que, aujourd’hui, en France, il y ait autant actes racistes et antisémites (plus de 1570 en 2024) ?
Une propagande agressive, hélas, s’est diffusée depuis des années contre l’État d’Israël. Cette propagande laisse penser que tout juif est un soutien du gouvernement de Netanyahou et est donc responsable de ce qu’il se passe à Gaza. Cette présentation fallacieuse et les menées complotistes n’est pas pour rien, quoiqu’en disent ses auteurs, dans la multiplication des actes antisémites. Lesquels s’alimentent des clichés traditionnels de l’extrême droite.
Pendant des mois après les attaques terroristes du 7 octobre, la population de la bande de Gaza a été bombardée par le gouvernement de Netanyahou. La perspective d’une paix s’est-elle éloignée après qu’il a rompu le cessez-le-feu en reprenant les bombardements ?
Oui, l’appui américain de Netanyahou par Trump explique pour beaucoup ce qu’il s’est produit ces derniers jours, c’est-à-dire la suspension de la trêve. Or tout devrait être fait pour convaincre le gouvernement de Netanyahou de préparer un accord plus large pour l’avenir de Gaza, et d’une manière générale de la Cisjordanie, avec de la Palestine dans son ensemble. Le rôle de l’Europe et des pays arabes est précisément d’exiger du Hamas de libérer les otages le plus vite possible – et de convaincre le gouvernement israélien de revenir à la raison et de ne pas entrer dans la logique de l’évacuation de la population de Gaza comme Trump en a scandaleusement fait l’hypothèse.
Il faut être ferme à l’égard de l’Azerbaïdjan, tenté par une reprise du conflit.
Il est d’autres conflits, d’autres situations dont on parle moins, celle des Arméniens par exemple. Actuellement, se tiennent en Azerbaïdjan des simulacres de procès des anciens responsables de l’Artsakh (Haut-Karabakh), qu’on aperçoit même sur les images avec des dents manquantes qui témoignent de la torture qu’ils subissent dans ces prisons… Comment la France peut-elle les aider ? Du côté de l’UE, est-ce cohérent et moralement acceptable de qualifier Vladimir Poutine de « dictateur » – ce qu’il est – et Aliyev de « partenaire fiable » et donc d’acheter du gaz azéri mais pas russe ?
En effet, d’autant que le lien entre l’Azerbaïdjan et la Russie est assez évident et que Poutine, en lâchant les Arméniens, a laissé les Azerbaïdjanais occuper des territoires sur lesquels ils n’ont aucun droit. Des négociations pour un traité de paix sont en cours, que l’Azerbaïdjan fait traîner, tenté par une reprise du conflit. Il faut donc être ferme à l’égard de l’Azerbaïdjan. Or, acheter de gaz russe, acheter du gaz à l’Azerbaïdjan, c’est entretenir les revenus de pays qui ne respectent pas le droit international.
Quelles réponses internationales serait-il possible de donner aux régulières cessions de micro-territoires arméniens et à la présence de soldats azéris sur le territoire arménien – sans même parler du cas du Haut-Karabakh ?
Le Haut-Karabakh a toujours été un territoire discuté. Il est occupé sans connaitre le souhait de la population concernée puisqu’elle a été évacuée. Mais au-delà du Haut-Karabakh, il y a maintenant des zones qui sont occupées par l’Azerbaïdjan en toute illégalité.
Il y a eu une part de naïveté sur ce qu’était la coalition des forces qui avait pris le pouvoir en Syrie.
Concernant la Syrie, la dictature de Bachar el-Assad a été renversée par une coalition de rebelles, incluant des djihadistes, des anciens d’Al-Qaïda, des terroristes – en tout cas considérés comme tels par une cinquantaine de pays. Quelques mois plus tard, 1300 civils ont été massacrés en quelques jours. Les responsables politiques occidentaux de manière générale se sont-ils réjouis trop vite ?
Il y avait des raisons de se satisfaire de la chute de Bachar el-Assad. Il a commis des crimes effroyables et a été pour partie à l’origine de la création de Daesh. Néanmoins, il y a eu une part de naïveté sur ce qu’était la coalition des forces qui avait pris le pouvoir. Dans cette coalition nous trouvons à la fois des vrais opposants au régime depuis toujours, des terroristes repentis – dont le chef actuel du gouvernement – des Turkmènes qui s’en prennent aux Kurdes… Ces derniers jours des exactions contre les Alaouites ont été relevées. Je suis à la fois très attentif à ce que ne se reproduisent pas des règlements de comptes et à ce que soit stabilisé le nouveau régime. Il n’est pas possible de lever les sanctions si on n’a pas ces garanties-là. Les Français ont un lien historique et humain avec la Syrie. Elle doit être sévère si des exactions sont commises, protectrice s’il faut accueillir des populations qui pourraient être victimes de ces agressions et aussi disponibles pour assurer la mutation démocratique de la Syrie.
Il ne faut pas chercher toujours la perfection, mais le progrès.
Ayant exercé la fonction de président de la République, seriez-vous d’accord pour dire que « le mieux est l’ennemi du bien » ?
Oui, c’est un principe qui se révèle assez juste dans beaucoup de domaines, c’est-à-dire qu’il ne faut pas chercher toujours la perfection, elle n’est pas nécessairement de ce monde. Il faut chercher le progrès, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. C’est-à-dire penser que le progrès est un chemin linéaire – même s’il peut y avoir quelquefois des bifurcations. Faire que nous puissions faire avancer l’humanité étape par étape. Tel est l’enjeu de la politique.
Le gouvernement de François Bayrou peut-il parvenir à progresser d’ici à 2027 sur des sujets importants, comme l’éducation, la sécurité ou la retraite ?
Il n’a ni ces objectifs ni les moyens d’y parvenir… Dans sa situation politique, les grandes réformes me paraissent difficilement à sa portée. À partir de là, il lui revient de gérer le pays au mieux, d’éviter les régressions et de donner sa chance au dialogue social, ce qui s’est ouvert pour les retraites. Quand un gouvernement n’a pas de majorité, il lui revient de s’appuyer sur la société, c’est elle qui va lui donner la force dont il manque.
D’ailleurs, sur la retraite, certains ont été étonnés qu’après votre quinquennat, vous vous inscriviez dans un programme ou une ambition de la ramener à l’âge de 60 ans…
Non, je n’ai jamais pris cette position. J’ai fait voter la réforme dite Touraine dont l’objectif était d’allonger la durée de cotisation – c’est à mon avis le meilleur des systèmes dans un régime de répartition –, garder l’âge de 62 ans – même si on sait qu’un certain nombre de nos compatriotes partent après – mais permettre aussi à ceux qui ont travaillé longtemps de partir avant. C’est pour cette raison que la borne d’âge n’est pas le système le plus juste.
Si vous pensez que la démocratie ne va pas bien, qu’il y a un risque pour l’avenir du pays, alors engagez-vous.
Auriez-vous des conseils à donner aux jeunes qui veulent s’engager dans la chose publique ?
Oui, adhérer à un parti politique. C’est ce que vous avez de mieux à faire. Si vous pensez que la démocratie ne va pas bien – ce qui est vrai –, si vous pensez qu’il y a un risque pour l’avenir du pays, alors engagez-vous.
Propos recueillis le 24/03/2025 par Albert Ghazaryan.
]]>La Péniche : L’an dernier, une autre réforme importante a été mise en place : la suppression de l’ENA, et bien qu’elle n’ait pas été décidée directement par Sciences Po, elle affecte quand même directement l’établissement car c’était une des principales ambitions de l’école de former à la haute administration. Par ailleurs, de plus en plus d’étudiants s’orientent vers le privé, tandis qu’une des principales missions de l’école c’était de former à la décision publique : comment est-ce que vous vivez cette transformation ? est-ce que ça redéfinit ce qu’est Sciences Po ?
Frédéric Mion : Je confirme que les annonces présidentielles sur la réforme de l’ENA et des autres écoles de la haute fonction publique n’ont pas été écrites à Sciences Po (Frédéric Mion sourit). D’ailleurs les décisions ne sont pas encore connues encore puisqu’une mission de réflexion est en cours. Sur Sciences Po et ce qu’est le rôle de Sciences Po, il y a un peu méprise dans la question, je ne reconnais pas tout à fait l’institution qui a été créé il y a 150 ans dans votre question. Sciences Po a été pensé comme une institution destinée à former des étudiantes et des étudiants à l’exercice des responsabilités dans le monde. Les sciences politiques, telles qu’on les appelle à la fin du XIXe, ce ne sont pas les sciences de la décision publique, ce sont les sciences de la décision tout court. Dès l’origine, Sciences Po s’est pensée comme le lieu où allaient se former des gens qui exerceraient des responsabilités dans la sphère publique, d’autres dans la sphère privée, et assez rapidement la formation à Sciences Po s’est structurée en sections dont les noms ont varié au fil du temps, mais la section dite Economie privée existait dès la création de notre institution. À mon époque, déjà lointaine, la majorité des étudiants de Sciences Po se dirigeaient vers les métiers du privé. Ce trait distinctif est de plus en plus affirmé dans la manière dont nous formons nos étudiants, et il est notamment très présent par exemple dans le projet de l’École du management et de l’innovation, qui souhaite penser l’entreprise comme un acteur du bien commun. Ces questions de proportion sont aussi liées au fait que la sphère publique s’est continuellement rétrécie depuis 30 ou 40 ans, que les débouchés publics sont de moins en moins nombreux. Cela entraîne des transformations sans pour autant que la visée de l’institution s’en trouve dénaturée.
Les travaux sont bien engagés, ils ont commencé au début du mois de mars avec la destruction du bâtiment qui devait disparaitre, avec le creusement des cours pour les sous-sols, soit des travaux déjà substantiels. Les choses avancent et avancent même très vite, notamment pendant le mois d’août pendant lequel les riverains étaient moins présents. Nous avons procédé symboliquement à la cérémonie de la pose de la première pierre le 8 juillet dernier, et je suis confiant dans le fait que l’on pourra découvrir la vie du nouveau campus à partir de 2021, donc encore deux ans. Tous ceux qui sont intéressés peuvent suivre l’avancement du chantier sur le blog Campus 2022 qui est tenu avec l’avancement et des photographies du chantier.
Il s’agit d’un malentendu : il n’a jamais été question de procéder à un déplacement complet de nos effectifs du collège universitaire de Paris vers Reims. Ce qui a été prévu et annoncé de longue date, c’est une décroissance des effectifs du collège universitaire sur le campus de Paris et une croissance des effectifs à Reims et dans nos autres campus, et ce mouvement est quasiment en train de s’achever car le campus de Reims a atteint sa pleine capacité.
« Il n’a jamais été question de procéder à un déplacement complet de nos effectifs du collège universitaire de Paris vers Reims »
Cette année vous avez indiqué que vous aviez observé une décroissance, c’est vrai, mais nous en sommes presque au bout et elle n’altèrera pas fondamentalement la situation actuelle du campus.
Cela implique une réflexion sur la nature du programme général aujourd’hui, sur la nature des programmes proposés sur les campus de Reims compte tenu des effectifs qu’il accueille. Ce sont des réflexions menées en ce moment même par la doyenne du Collège universitaire et ses équipes.
C’est d’abord Mélissa Hamdi de Révolte-toi qui a su nous esquisser le curriculum vitae du chef de cette institution. Après une licence de droit à Nancy puis l’obtention de trois diplômes à Assas, école dont il sera le professeur par la suite, il devient directeur du Crous, institution qui nous est bien familière en tant qu’étudiants. Mais Patrick Gérard n’a su s’arrêter là, devenant ainsi recteur d’académie puis enfin directeur de cabinet. S’il y a bien quelque chose qu’il n’a pas fait, c’est l’ENA. Pourtant, le voilà depuis un an directeur d’une école aussi prestigieuse que décriée.
Alors, en ayant Patrick Gérard devant soi, on ne peut s’empêcher d’avoir des dizaines d’interrogations en tête. Quelles sont donc les ambitions du nouveau directeur ? L’institutions saura-t-elle faire face au cours de ces prochaines années à la perte de confiance des Français envers leurs hauts fonctionnaires ? À défaut de mettre un terme définitif à nos doutes concernant cette école, le directeur est parvenu à faire émerger l’idée majeure de sa politique : la continuité. En effet, c’est d’abord dans la continuité qu’il s’est inscrit en rappelant l’objectif historique de l’ENA, à savoir mettre fin à la « cooptation » dans les administrations de l’État en 1945. « L’ENA est une volonté démocratique d’organisation des institutions publiques sur le mérite », explique ainsi l’invité.
Patrick Gérard a par la suite préféré éviter les différentes questions abordant la future transformation de l’ENA en grand établissement, c’est-à-dire un établissement d’enseignement supérieur avec une plus grande autonomie. Selon ses propres mots, ce n’est pas « une obsession pour lui ».
Enfin, quand on pense à l’ENA, on pense bien sûr à la trame de critiques devenues habituelles dans les médias. Le directeur n’a donc pas échappé aux interrogations des sciencepistes et lycéens venus pour l’occasion. Du point de vue de l’égalité, l’école travaille étroitement avec l’association 50/50 pour promouvoir l’accès aux femmes. En défenseur de la mixité sociale, le directeur a insisté sur le fait que, dans la dernière promotion, aucun admis n’est fils de député ou d’ancien de l’ENA. On y trouverait en revanche selon lui pas moins d’une douzaine de personnes issues de milieux modestes. De plus, il a promu l’existence d’un prépa organisée par l’ENA destinée aux étudiants de conditions sociales peu élevées. Cependant, la salle n’a pu s’empêcher de souligner que seule une poignée de leurs élèves ont finalement réussi le concours d’entrée.
Dernier point de cette rencontre : l’invité a tenu à préciser que, dans le respect de la fonction originelle de l’école, aucune préparation des étudiants au monde de l’entreprise privée n’est prévue à l’ENA. « L’ENA ne prépare pas au privé » a-t-il déclaré à un étudiant faisant remarquer le nombre croissant d’énarques rejoignant ce secteur. Sans changer son objectif principal, l’école va cependant s’ouvrir à de nouveaux profils en créant une quatrième voie de recrutement destinée aux docteurs d’université. Il n’est question que de trois à quatre places en plus par an. Le directeur a pourtant souligné leur utilité en déclarant sobrement qu’il y avait dans notre pays une grande faiblesse intellectuelle, et plus particulièrement chez nos élites.
Sans grandes annonces et nouveautés, Patrick Gérard a donc réaffirmé sa vision d’un avenir stable pour l’ENA. Le directeur s’est montré résolu à ne pas renoncer aux objectifs originels de l’école, et à ne pas constamment essayer de plaire aux médias ou aux responsables politiques qui décrient le caractère inadapté de l’institution à la société d’aujourd’hui.
Quentin Malaval
]]>La journaliste Michèle Cotta a commencé à suivre Mitterrand à partir de 1965, lors de son arrivée au magazine L’Express. Elle a assisté aux grandes étapes de l’histoire du PS : le rapprochement avec les communistes à travers le Programme commun en 1972, l’éclatement du Programme commun en 1977, l’élection victorieuse de 1981, le changement de politique économique en 1983… Dans sa ville natale de Nice, rencontre avec la présentatrice de deux débats de l’entre-deux tours de l’élection présidentielle, en 1981 et 1988…face à François Mitterrand.
Qu’a représenté François Mitterrand ?
D’abord une autorité. Une autorité qu’il a exercée en tant que président de la République, bien sûr, mais qu’il a d’abord démontrée en faisant l’unité de la gauche. Mitterrand a réussi à rassembler la gauche socialiste, la gauche chrétienne, puis les communistes qu’il a mis au gouvernement. Il lui a fallu beaucoup de temps, car la gauche a toujours tendance à se diviser, mais il a réussi.
Et au-delà de l’autorité ?
Ce qui marque c’est aussi la profondeur du personnage. Il aimait la littérature, en était nourri, ce qui a complètement disparu de la politique actuelle. C’est un polémiste né, avec un grand talent littéraire et une large connaissance de l’histoire de France.
Et puis François Mitterrand représente une conception particulière du socialisme. Il a été le premier à dire, alors qu’il était Président, que « le socialisme, [il] n’en fais[ait] pas [s]a bible ». Il avait une conception humaniste du socialisme, plus qu’économique et marxiste.
« François Mitterrand a incarné une autorité, une profondeur culturelle et un socialisme humaniste »
Justement, comment définir précisément « son » socialisme ?
C’est un socialisme humaniste peu sectaire, et assez opportuniste. Quand il s‘aperçoit que la ligne économique n’est pas la bonne en 1983 – après les nationalisations, la relance par la consommation, l’abaissement de la durée de travail, etc. -, il en change complètement (c’est le « tournant de la rigueur », NDLR). En fait il est réaliste, plus qu’opportuniste, ce qui fait qu’on peut se demander si à la fin de sa vie il était aussi socialiste qu’au début. Il était simplement pragmatique, c’est-à-dire social-démocrate.
Quelles valeurs tenait-il pour essentielles ?
La justice et l’égalité. Pour lui, il n’y a pas de système social possible s’il n’y pas une ambition de justice. C’est ça son socialisme, et non pas l’idée marxiste que la puissance publique doit disposer des moyens de production. Il n’a jamais été marxiste, ça c’est sûr.
« Mitterrand était social-démocrate. […] Il n’a jamais été marxiste »
S’il s’est allié avec le Parti communiste français (PCF) à travers le Programme commun de 1972, c’est donc purement par intérêt, par stratégie ?
Pas par intérêt personnel, mais par stratégie. Il pensait que tant que la gauche était divisée, entre un PCF qui faisait 25% des voix et une gauche socialiste qui en faisait 15%, les socialistes n’avaient aucune chance d’accéder au pouvoir – et les communistes non plus d’ailleurs. S’il a été obligé d’accepter certaines choses avec le PCF, il l’a dit lui-même, c’était pour le réduire et pour gagner. Cela a été sa constante absolue.
C’est cette stratégie qui explique sa victoire en 1981 ?
Oui, et c’est aussi les difficultés idéologiques rencontrées par la gauche de la gauche, affaiblie pendant les années 70. Ça a aidé Mitterrand que les communistes finissent par abandonner le Programme commun en 1977, car d’une certaine manière ça le libérait d’eux. De 1972 à 1977, il a donc réussi à imposer sa stratégie complexe et à affaiblir le PCF en s’en rapprochant.
Et puis il y avait une désaffection du PCF en 1981. Alors que dans les années 70, tous les intellectuels adhéraient au communisme, beaucoup s’en détournent après le tournant de Soljenitsyne (écrivain russe qui publie en 1973 L’Archipel du Goulag, dans lequel il décrit le système concentrationnaire de l’URSS, à une époque où il y a un déni sur cette question, NDLR). Cela a été très important pour Mitterrand, qui a alors pu récupérer des déçus du communisme, et même des trotskistes et des gauchistes.
A-t-il tenté d’utiliser Le Pen pour diviser la droite, comme on l’entend souvent ?
Je ne dirais pas qu’il a tenté de l’utiliser. D’abord il ne pensait pas que Le Pen ferait autant de voix, il pensait que l’extrême droite n’avait pas d’avenir. Il s’est trompé. Mais ces quelques pourcentages étaient autant de voix pris à la droite classique. Il n’a pas monté en épingle Le Pen, il a juste pris acte de son ascension. Mais c’est sûr que ça l’a arrangé.
De 1946 à 1958, sous la IVe République, François Mitterrand est à la tête d’un petit parti rassemblant des gens du centre-gauche et du centre-droit, avant de fonder le Parti socialiste en 1971. C’est un virage idéologique ?
Son itinéraire est intéressant, il n’est pas linéaire. Mitterrand était plutôt à droite au départ, mais anti-gaulliste. Il ne se retrouvait dans aucun des trois principaux partis de la IVe République (MRP au centre-droit, communistes, socialistes). Donc il cherchait une autre voie et a vraiment voulu créer un parti indépendant et charnière, l’UDSR.
Quand et pourquoi est-il arrivé à gauche ?
C’est à cause du radical-socialiste Pierre Mendès-France, alors président du Conseil : Mitterrand approuve sa politique de décolonisation en 1955 au Maroc et en Tunisie. Il y a un tournant à gauche qu’on ressent très bien à ce moment là.
Comment expliquer qu’il est sensible au discours de décolonisation de Mendès-France, alors qu’en 1954, il déclare que « l’Algérie, c’est la France » ? C’est un autre basculement ?
Quand il dit ça il est ministre de l’Intérieur, l’Algérie est alors un département français: je ne vois pas ce qu’il aurait pu dire d’autre. En revanche, après les négociations menées par Mendès-France, il a été partisan d’une décolonisation intelligente. C’est un grand tournant dans sa vie que je situe donc en 1954-1955. Il y a une constante à partir de là dans son socialisme humaniste. Puis De Gaulle est revenu en 1958, et la seule façon de conquérir son « territoire politique » était de « gravir la montagne » par la face gauche alors que De Gaulle la montait par la face droite.
« Il arrive à gauche en 1955, car il approuve la politique de décolonisation de Mendès-France. Il y a une constante à partir de là dans son socialisme humaniste »
Comment parler de « constance » idéologique alors qu’il passe d’un discours sur « l’argent qui corrompt » en 1971 au « tournant de la rigueur » en 1983, ensemble de mesures économiques libérales qui marquent la conversion de la gauche gouvernementale à l’économie de marché ?
Non, il n’a pas changé. D’abord, quand on fait une campagne à gauche et qu’on dit qu’on aime l’argent, ça ne marche pas. Et puis il a ce sentiment de justice en lui qui prévaut et qui est spontanément hostile aux riches, aux thésaurisateurs, à ceux qui s’enrichissent en dormant. C’est insupportable pour lui.
« Il n’a jamais voulu abattre la structure du capitalisme en France »
Mais on sait qu‘une fois qu’on arrive au pouvoir, il faut bien traiter les grandes entreprises du CAC40. Le problème des entreprises est important en France et c’est le problème actuel : pour faire bouger la gauche de ce côté là, il a fallu du temps. Il n’a jamais voulu abattre la structure du capitalisme en France, malgré ses nationalisations, qui étaient les premières en France depuis De Gaulle, et qui n’ont pas duré longtemps puisque ses successeurs sont revenus dessus.
Il a compris qu’il fallait gouverner selon la social-démocratie, mais ce n’est pas exactement une mue chez lui. Il s’est servi des communistes, mais il a toujours été social-démocrate à partir du milieu des années 1950. Je n’ai jamais vu de virage.
Donc le « tournant de la rigueur » porte mal son nom ?
C’est un tournant économique, mais pas idéologique pour lui. Il voyait bien que la politique économique allait droit dans le mur. C’est tout à fait pragmatique, la social-démocratie est pragmatique.
Il a fait preuve de continuité en prenant le pouvoir avec les communistes et en l’exerçant comme prévu avec eux. Et quand il a fait la preuve que ça ne marche pas, il change. C’est une trajectoire, et non un virage.
« Le tournant de la rigueur est économique, pas idéologique ; c’est une trajectoire, pas un virage »
Quels étaient les mentors de Mitterrand en politique ?
Il n’en a pas, et c’est intéressant car c’est très rare. Tous les hommes politiques ont une sorte de héros : Clemenceau pour Valls, Blum pour Fabius, d’autres disent Jaurès ou De Gaulle. Mitterrand ne s’assimile à personne. Et la seule fois où il voit De Gaulle, pendant la guerre, quand il a 26 ans, il trouve le moyen de s’embrouiller avec lui.
Peut-on dire que ses mentors étaient les écrivains qu’il appréciait ?
On peut dire ses « références littéraires », mais en tous cas il n’y a pas de mentor politique dans lequel il se reconnaisse.
Quels hommes politiques manient aujourd’hui la langue comme il le faisait ?
Il y avait Edgar Faure (président du Conseil en 1952 puis 1955-1956, NDLR) qui est mort, mais il n’y en a plus.
Vous le déplorez ?
Non, je le constate. C’est vrai que toutes les promotions de l’ENA ne font pas des historiens ou des écrivains. Parce qu’on y apprend des tas de choses mais pas la littérature, et l’histoire c’est le strict minimum.
Peut-on comparer la ferveur qui a suivi l’élection de Mitterrand en 1981 à celle qui a suivi celle de Hollande ?
Non, ça n’a rien à voir.
Il n’y avait pas de désir de gauche en 2012 ?
Il y avait un désir de faire partir Nicolas Sarkozy. Mais certains ont aussi dit que Mitterrand avait été élu par refus de Giscard. C’est assez français : les gens arrivent au pouvoir par refus des personnes qui dirigent.
Quelle différence alors ?
La différence, c’est qu’en 1981, personne ne pensait que Mitterrand allait gagner : les sondages étaient bons pour Giscard jusqu’au dernier moment. Pour Hollande c’est le contraire : les sondages étaient formidables depuis le début pour lui.
« L’élection de 2012 s’est faite sans cet espoir incroyable qu’il y avait en 1981. Et sans cette espèce de peur aussi »
Donc l’élection de 2012 s’est faite plus naturellement, avec une mobilisation, certes, mais sans cet espoir incroyable qu’il y avait en 1981. Et sans cette espèce de peur aussi, puisque personne n’avait peur de la gauche socialiste, surtout pas de la gauche de Hollande. Je me souviens en 1981 de gens de droite qui me disaient : « attention, il va y avoir les chars soviétiques dans Paris. » Ce qui m’a toujours fait rire puisque Mitterrand ne se reconnaissait pas dans les communistes.

]]>Les punchlines de François Mitterrand (à retrouver dans le livre de Michèle Cotta Le Monde selon Mitterrand, Tallandier, 2015)
- En 1945, avant de fonder l’UDSR : « J’ai quelque tentation politique. J’adhèrerais bien au parti SFIO, mais il rassemble tant de vieilles cloches ! Les communistes m’embêtent. Les autres sont des jean-foutre. Reste l’inconnu ! »
- En 1951, à la tête de l’UDSR : « Socialisme moderne, oui : libéralisme politique, oui. »
- En 1971, à la tête du PS : « l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine, et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes ! »
- En 1976 : « Ma grande chance historique, c’est l’incroyable médiocrité des dirigeants communistes. (…) On peut les manipuler comme on veut. Ils sont tous plus bêtes les uns que les autres. »
- En 1981 : « Je me sens social-démocrate, c’est-à-dire que je ne tente jamais une réforme lorsque je suis sûr qu’elle échouera. »
- Sur les énarques : « Conformistes, incapables d’écrire en français, coupés du peuple, réactionnaires. »
- Sur ses livres de prédilection : « Si vous étiez obligés de partir à la guerre, quel livre emporteriez-vous dans votre musette ? – Pensées de Pascal, Abbaye de Thélème de Rabelais. »
- Sur la vie (à une journaliste, en 1979): « Vous ne parlez que de politique, mademoiselle ? Vous n’aimez pas la vie ? »

C’est un homme du sud au sang chaud, plus connu pour ses emportements sur les plateaux de télévision que sa longue carrière administrative, dont Pierre Chellet dresse, en guise d’introduction, le portait au pupitre de l’amphithéâtre Boutmy. Invité à réagir sur son comportement, Henri Guaino se justifie tant bien que mal et c’est sur un air d’Edith Piaf qu’il ne cessera alors de répéter tout au long des deux heures qui suivront, ne rien regretter. Décrit comme un homme de lettres par Pierre Chellet, Henri Guaino, ancienne plume de Nicolas Sarkozy, en a profité pour réciter quelques célèbres vers de Paul Valéry, tirés du Cimetière marin.

Dans la deuxième séquence de ce Grand Oral, L’interview politique menée par Benjamin Duhamel, Henri Guaino a été invité à commenter sa désaffection affichée pour la magistrature. Le 28 octobre dernier, lors des questions au gouvernement, le député des Yvelines n’avait pas hésité à taxer les magistrats de « pervers », « psychopathes » ou encore de « militants aveuglés par leur idéologie ». Henri Guaino explique que le problème n’est pas tant qu’il y ait effectivement de tels individus parmi les magistrats. Ce serait, d’après lui, leur responsabilité au regard de « pouvoirs exorbitants » qui ferait défaut.
Quelques heures à peine avant son Grand Oral, Henri Guaino avait déclaré sur BFM-TV ne pas être opposé à une éventuelle collaboration avec la benjamine de l’Assemblée, Marion Maréchal-Le Pen, sur un rapport ou une mission. Invité par Benjamin Duhamel à réagir sur ces propos qui ont fait le bonheur de frontistes comme Robert Ménard, Henri Guaino se défend pourtant de tout rapprochement avec le FN. Interdire le FN serait d’après lui faire du parti de Marine le Pen un parti différent, or « le FN est un parti comme les autres », assène-t-il.
Henri Guaino et Twitter, c’est toute une histoire. Ceux qui étaient présents jeudi l’auront bien compris. Interrogé sur son absence du réseau social pourtant chéri des politiques par Siane de Camas, Henri Guaino explique ne pas ressentir le besoin de s’exprimer en 140 caractères. C’est, pour lui, le « niveau zéro de la pensée ». Regards dans l’assistance, alors même qu’une partie du public était en train de commenter ses paroles sur ledit réseau social à l’aide du hashtag créé pour l’occasion (#LGOGuaino). Accusé de ringardise lors des Questions du public, Henri Guaino lance alors vivement au public : « C’est ringard d’être gaulliste en 2015, mais j’assume, et je l’assume très bien ».
Invité à réagir à la victoire de la droite conservatrice aux élections législatives du 25 octobre dernier en Pologne, Henri Guaino s’est dit en faveur d’une Europe gouvernementale. « Essayez de construire l’Europe, le monde contre les nations. Vous aurez le monde des tribus ou le pire nationalisme », justifie-t-il. En faveur de la suppression de la Commission Européenne, c’est selon lui au Conseil Européen d’assumer aujourd’hui ses responsabilités. Sur le plan plus économique, si l’euro a été selon Henri Guaino une « erreur grave aux conséquences lourdes », tout n’est pas réversible facilement et il s’agit aujourd’hui de composer avec.

Henri Guaino n’était décidemment par bavard jeudi dernier. Toujours dans la séquence Le point de vue, il a été demandé à Henri Guaino de commenter un dérapage du candidat aux primaires des Républicains, François Fillon. Invité sur RMC le 12 octobre dernier, François Fillon avait explicitement dit « le sentiment que la France c’est un pays à prendre, c’est comme une femme au fond, et faut vraiment en avoir envie ». A ce propos, Henri Guaino n’a pas hésité à répéter son agacement non dissimulé pour une certaine tendance du journalisme « à la déformation et à la sélection… » C’est noté Monsieur Guaino !
Le Grand Oral de Henri Guaino a également été l’occasion d’une confrontation entre le député et l’imam Abdelali Mamoun. M. Mamoun lance le débat. Pour lui, jamais en France il n’a été observée une telle recrudescence d’actes islamophobes et de propos à caractère raciste, y compris de la part de membres de la même famille politique que M. Guaino. Vaste sujet, quelques semaines seulement après le tollé de Nadine Morano chez Laurent Ruquier. Si Henri Guaino ne soutient pas les propos de la député européenne, les propos qu’elle a tenus et le racisme restent deux choses différentes, affirme-t-il. Sur le sujet du voile, Henri Guaino déclare que « c’est une erreur de tout placer sur la question de la laïcité. ». A le croire, la casquette ou le voile, comme la kippa, sont des sujets à classer dans le chapitre du savoir vivre, et non du religieux.

Face aux interrogations de l’imam Abdelali Mamoun, Henri Guaino a rappelé avec ferveur son attachement au principe d’assimilation. Transformer la France en pays multiculturel, c’est, selon lui, aller à la catastrophe. Il s’agit au contraire de faire progresser notre capacité d’assimilation. Et à ce titre, il se déclare favorable à un rétablissement du service militaire pour les filles et les garçons, pour une durée de 6 mois ou 1 an. Henri Guaino clame haut et fort qu’« Il y a une forme de civilisation française en mutation permanente, mais la faire exploser, non ! »
A l’aise dans une maison qu’il ne connaissait déjà que trop bien, c’est donc un Henri Guaino serein, « blasé », diront certains, qui a répondu aux questions des étudiants. Ringard peut être, mais fier, Henri Guaino n’a cessé de le répéter : non, rien de rien, il ne regrette rien !
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