Mardi soir, l’association des Jeunes Européens de Sciences Po a invité plusieurs personnalités politiques afin de débattre en vue du scrutin européen de mai prochain, en amphi Emile Boutmy. Malgré l’échéance des partiels (que l’on voit arriver encore plus vite que l’élection), l’échange a eu lieu sous les yeux d’un public de sciencepistes avertis.
En effet, étaient présents 6 actuels ou anciens députés européens, n’ayant pas les mêmes avis politiques. Ainsi, Jean Arthuis soutient le mouvement d’Emmanuel Macron et de l’autre, tandis que Younous Omarjee représente la France Insoumise. Par ailleurs, Constance Le Grip est issue des Républicains, Virginie Rozière parle au nom des Socialistes, Joëlle Mélin appartient au Rassemblement National et enfin, Michèle Rivasi défend les couleurs des Verts.
Aux premiers abords, cette pluralité promettait un échange enflammé et des répliques tranchantes. En réalité, l’ensemble est resté globalement courtois, bien que Michèle Rivasi se soit plusieurs fois laissée aller à des tirades passionnées. Nous avons également tous remarqué les mimiques de la députée des Républicains au fil des interventions de ses petits camarades, mais cela en est resté là.
La journaliste chargée de modérer le débat lance ainsi tout au long de la soirée des sujets de discussion et interroge tour à tour les personnalités présentes, n’hésitant pas à les couper si il le faut. De cette façon, sont abordés pèle mêle-le problème de l’abstention, le Brexit, les migrations, l’État de droit, le budget… Jusqu’à finir à 21h35, en laissant Constance Le Grip parler en continu pour rattraper l’écart des temps de parole.
Tous ces enjeux font donc dire au Directeur de l’École des Affaires Internationales de Sciences Po qu’il s’agit de l’élection européenne « des premières fois » : la première après la sortie d’un pays, la première à parler réellement d’Europe, la première pour laquelle les résultats ne sont pas prévisibles, les première où tous les chefs des institutions seront renouvelés et la première où les Allemands sont susceptibles d’avoir le leadership (il évoque alors la possibilité d’Angela Merkel).
Cependant, l’intervention de Younous Omarjee tempère les choses : selon lui, chaque élection est identifiée hypocritement par les responsables comme celle qui va tout changer mais au vu de la continuité qui suit ces élections, ce discours ne fait que provoquer le désamour du peuple pour les institutions qui le représentent.
On reconnaît pendant les 2 heures d’échange des points de désaccords classiques et des positionnements prévisibles. Ainsi, la représentante du Rassemblement National demande « pourquoi intégrer [les réfugiés] ? » et propose que le départ de leur pays natal soit accompagné d’un retour. Au contraire, Virginie Rozière dénonce la politique d’Emmanuel Macron quant à l’Aquarius et souligne que les arrivées migratoires en Europe n’ont rien d’insurmontable à ce jour.
Par ailleurs, l’extrême droite et l’extrême gauche se présentent comme « euro-critiques » tandis que les autres apparaissent comme europhiles. Cependant, tous s’accordent sur la question du Brexit et sur son échec, sauf la députée du Rassemblement National qui assure « ne pas s’inquiéter pour ses amis britanniques ».
De même, quand il s’agit de savoir si l’Europe doit sanctionner la Pologne pour ses violations de l’Etat de droit, Jean Arthuis met en avant qu’il est difficile pour des Etats membres de donner de l’argent à un pays qui ne partage pas leurs valeurs – des valeurs qui font partie des « critères » afin de rentrer dans l’Union comme le remarque Virginie Rozière. En opposition, Joëlle Melin parle d’ « ingérence » en Pologne et de « traités trop contraignants » qui mettent en péril la souveraineté nationale et qui expliquent selon elle le départ du Royaume-Uni.
Enfin, sur la problématique abstentionniste, chacun a tendance à jeter la pierre sur l’autre, dénonçant soit le libre-échange soit les contraintes du cadre européen. Constance Le Grip parle d’un nécessaire « renouvellement des visages ».
Ainsi, le débat de mardi s’est efforcé de rappeler l’importance pour les jeunes d’aller voter en mai prochain, pour s’exprimer sur le fonctionnement des institutions supra étatiques et soutenir l’une des multiples visions de l’Europe. Les intervenants, convaincus, ont rappelé leur ligne politique et ont répondu aux divers enjeux identifiés. La suite d’ici quelques mois…
Rachel Dufrène
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Arthur Moinet (responsable de la Conférence Olivaint à Sciences Po) et Pierre Moscovici le mercredi 12 septembre, photographie d’Ulysse Bellier
Un constat lucide de la social-démocratie en Europe
Au premier rang et sur l’estrade, voici les responsables de la Conférence Olivaint : le président Morgan Bougeard, la vice-présidente Marie Faverjon et Arthur Moinet, en charge de l’association à Sciences Po – qui est d’ailleurs membre du Conseil d’administration.
L’invité de la soirée, avenant comme à son habitude, s’apprête à défendre la social-démocratie à l’approche des élections de mai 2019 avant de répondre aux questions de la salle. Député PS, Ministre des Affaires Européennes sous Jospin, député européen, passage à Bercy et Commissaire Européen jusqu’en 2019, Moscovici semble le mieux placé pour défendre les résidus de socialisme dans l’UE.
Tout d’abord s’introduit un constat amer pour la social-démocratie : “Je me souviens de l’Europe rose, où les Premiers Ministres s’appelaient Tony Blair » regrette-t-il. Et de commenter sur les résultats du PS au niveau national. Pour Moscovici, les socialistes sont-ils responsables ou victimes collatérales de leur chute ? Le commissaire européen reconnaît que les socialistes n’ont pas été capables de distribuer les bénéfices, ni de gérer correctement la crise migratoire. Mais ils ont aussi souffert de ce que le Commissaire Européen appelle le “nationalisme light” – se rapprocher du nationalisme sous l’influence des autres tendances.
Moscovici, malgré un ton serein, ne cache pas son émotion : “ En 60 ans, notre continent a connu bien des crises. […] Mais d’une certaine manière, l’Europe, dans les crises, progresse. Pour la première fois, j’ai peur. Au-delà des populismes, il y a l’illibéralisme […] C’est la démocratie qui tue les libertés”.
Pierre Moscovici sur l’estrade de l’amphithéâtre Boutmy, photographie d’Ulysse Bellier
Certes en opposition avec la démocratie illibérale, quelle vision de l’UE la social-démocratie défend-elle ?
Moscovici formule quatre piliers idéologiques : une démocratie ouverte, la promotion de la transparence, la lutte contre les inégalités et le combat contre le réchauffement climatique. D’ailleurs, pour financer des projets écologiques, il a proposé, “et ce sera discuté d’ici la fin de l’année, une taxe sur le chiffre d’affaire des grandes entreprises du numérique” . Pour lui, le socialisme, c’est renforcer la compétitivité de l’économie. Il se réjouit donc du CETA, mais aussi de la fin du programme d’aide à la Grèce acté le 20 août dernier.
Dans la même conception, il veut avant tout ériger la social-démocratie (un terme un peu daté, comme il le reconnaît lui-même) contre les europhobes : l’identité pro-européenne ne peut pas être séparée du socialisme, d’où son combat contre les dirigeants anti-européens. Ce même mercredi, rappelons que le Parlement a voté sous l’injonction de la Commission des sanctions contre la Hongrie, une décision importante au sein d’un PPE qui inclut les voix des partis eurosceptiques. “La politique de l’adversaire, c’est l’alternance. La politique de l’ennemi, c’est quand on veut vous détruire. Si l’on combat les libertés, on passe de la politique de l’adversaire à celle de l’ennemi” assène Moscovici.
Pierre Moscovici à la tribune dans l’amphithéâtre Boutmy, photographie d’Ulysse Bellier
Des élections européennes historiques… et toujours le flou du côté des socialistes
Le Commissaire européen prévoit un chamboulement du paysage parlementaire et probablement une hausse de la participation dans ce qu’il voit comme l’enjeu le plus important depuis 1979. « Ne soyez pas les somnambules du XXIe siècle », prévient-il. Mais au sujet de ses volontés de candidature après 2019, on n’en saura pas plus.
Point délicat de la soirée, les réponses aux questions ont parfois frustré. Si son avis est clair sur plusieurs points (« Pour ou contre Dublin ? » « Contre »), Moscovici a à peine évoqué des solutions alternatives lorsque des projets sont bloqués au cours des procédures institutionnelles. Peu de nouvelles du côté des idées phares de sa politique fiscale, comme un budget et un ministre de la zone euro, ou encore l’Assiette Commune Consolidée pour l’Impôt sur les Sociétés, c’est-à-dire une assiette unique pour les entreprises dans l’UE pour éviter l’évasion fiscale. Des réponses parfois courtes et vagues, notamment sur le rôle de la jeunesse dans la construction européenne ou de l’insécurité culturelle. “Un Commissaire n’est pas un bureaucrate” déclare-t-il. Son expérience en atteste. Mais alors pourquoi s’exprimer aussi peu à propos des politiques visibles, ou encore des décisions du PS pour les élections à venir? Peut-être son intervention la veille sur France Inter était-elle moins prudente.
La conférence a donc apporté certaines réponses, mais si les intéressés souhaitent en apprendre davantage, sachez les élections européennes seront discutées à nouveau avec la conférence Olivaint jusqu’à la fin du mois de décembre. A bon entendeur, salut.
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