élection présidentielle – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Thu, 04 Nov 2021 10:21:52 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png élection présidentielle – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 L’extrême-droite peut-elle entrer à Sciences Po ? https://www.lapeniche.net/lextreme-droite-peut-elle-entrer-a-sciences-po-2/ Thu, 04 Nov 2021 10:21:34 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=53725 2/2 : Entretien avec Sarah Bonvalet-Younès, membre de l’Union des Étudiants Communistes (UEC). 

Jeudi 14 octobre devait se tenir le débat des partis politiques de Sciences Po, organisé par les associations Les Engagés et Sciences Po TV. Il a été annulé suite au boycott de plusieurs partis, notamment des sections de gauche qui ont publié la veille un communiqué expliquant leur décision par leur refus de participer aux évènements d’une association, Les Engagés, qui avait pour projet d’inviter Éric Zemmour à Sciences Po. La Péniche est allée à la rencontre de Thomas Vautrin, président des Engagés, et Sarah Bonvalet-Younès, membre de l’Union des Étudiants Communistes (UEC), signataire du communiqué des sections de gauche, pour comprendre ce qu’il s’est passé ainsi que les positions de chacun dans ce débat. Pour ce second article, notre rédactrice s’est entretenue avec Sarah Bonvalet-Younès membre de l’UEC, qui a exposé la position de son parti. 

Q : Il y a deux semaines, les sections des partis de gauche de Sciences Po, notamment l’UEC dont tu fais partie, ont boycotté le débat organisé par Les Engagés, en opposition à l’intention de l’association d’inviter Éric Zemmour à Sciences Po. Vous avez rappelé sur le communiqué votre combat contre l’extrême droite. Pourquoi, plus précisément, avez-vous boycotté ce débat ?

R : Notre but, ce n’est pas du tout d’aller contre le débat politique à Sciences Po. On est ouvert à l’échange. En revanche, on pense que ce n’est pas anodin de diffuser le discours d’Éric Zemmour. C’est quelqu’un qui réhabilite Vichy, qui est ouvertement misogyne, raciste, homophobe, transphobe… On ne peut pas supporter l’idée que ce discours-là soit normalisé et considéré comme un discours comme les autres. Quand Éric Zemmour sera candidat, ce sera autre chose, même si là encore, on s’opposera à ce qu’il vienne à Sciences Po. Mais actuellement, il n’est même pas candidat. Donc, quand on a su que Les Engagés prévoyaient de l’inviter à Sciences Po, ce qu’on a voulu faire, c’est, avant de bloquer Sciences Po, faire une action qui lui ferait du bruit et de la publicité, faire passer aux Engagés le message qu’ils ne peuvent pas inviter Éric Zemmour à SciencesPo. S’il venait à Sciences Po, peut-être qu’on serait obligé de bloquer l’école, mais ce n’est pas la solution qu’on préférerait, ce qu’on préfèrerait, c’est que les idées d’Éric Zemmour ne soient pas du tout mises en avant. Donc la solution qui nous a semblé la plus appropriée, ça a été de boycotter le débat, pour montrer aux Engagés qu’aucune organisation politique de gauche de Sciences Po n’était avec eux dans cette démarche, mais qu’on voulait éviter de faire du bruit, de mettre en avant ces idées-là. C’était un moyen de pression pour qu’ils ne puissent pas inviter Éric Zemmour à Sciences Po, et c’est plus ou moins ce qui s’est passé.

Q : D’après le président des Engagés, l’association n’avait pas prévu d’inviter Éric Zemmour à ce stade, ce n’étaient que des discussions, dans la mesure où il n’est pas encore candidat. Vous avez mentionné dans le communiqué avoir « eu connaissance de l’intention de l’association Les Engagés Sciences Po Paris […] d’inviter Éric Zemmour à Sciences Po ». Comment vous positionnez-vous par rapport au risque d’un procès d’intention ?

R : Un membre des Engagés nous a quand même dit une date, le 26 novembre, à laquelle Éric Zemmour venait à Sciences Po. Plusieurs membres de l’association se sont plus ou moins vantés de cette invitation. D’autres m’ont au contraire dit qu’ils étaient désespérés, parce qu’il faut savoir que cela ne s’est pas passé de manière démocratique, c’est un petit groupe de personnes aux Engagés qui a décidé d’inviter Éric Zemmour. Il ne faut pas stigmatiser tous les étudiants qui sont aux Engagés. Je ne sais pas dans quelle mesure il ne s’agissait que de quelque chose en discussion, mais on nous a quand même très clairement donné une date, donc à partir de ce moment-là, on était obligé d’agir en urgence, même si la preuve n’était pas totalement établie. Mais de toute façon, on n’aurait pas eu de preuves écrites, établies, parce que Les Engagés n’avaient aucun intérêt à nous prouver qu’ils invitaient Éric Zemmour puisqu’ils savaient qu’on réagirait en opposition.

Q : Donc selon vous, ce n’est pas seulement quelque chose qui est resté au stade de discussion ?

R : Je pense qu’à partir du moment où l’on établit une date, c’est censé être quelque chose de concret. 

Q : Tu dis que cette décision des Engagés n’était pas du tout démocratique. Dans ce sens, est-ce que Les Engagés avaient contacté d’autres associations, politiques et syndicales, de Sciences Po pour discuter de ce projet ? Ou bien c’est vraiment quelque chose qu’ils ont fait en solitaire ? 

R : Je ne connais pas très bien l’organisation au sein des Engagés donc peut-être qu’il y a une forme de démocratie de manière générale et que je ne suis pas au courant, simplement sur cette invitation-là d’Éric Zemmour ce sont les retours que j’en ai eu. Mais sinon, les informations que l’on a eues, les dates, etc., c’était totalement informel, c’était plus par des réseaux amicaux que politiques. Clairement, ils ne nous ont pas mis au courant et ce n’était pas dans leur intérêt.

Q : Pour revenir sur vos arguments, pourquoi précisément êtes-vous contre l’invitation d’Éric Zemmour ? Êtes-vous contre cette invitation qu’il soit candidat ou non ? 

R : Nous, on est contre dans tous les cas, parce qu’on pense que ce n’est pas un candidat comme les autres. C’est quelqu’un qui engage un discours violent, qui a été mis en accusation plusieurs fois, et qui tient des propos trop problématiques. À partir du moment où à Sciences Po, on a des formations sur les VSS, contre le sexisme, on ne peut pas inviter quelqu’un qui va venir nous dire que les femmes, c’est le deuxième sexe, ou qui va tenir des propos racistes, homophobes, transphobes. Ce n’est pas possible. Ce sont des propos qu’on ne peut pas admettre dans l’institution, mais qu’on peut analyser. Une des critiques qui est faite à l’UEC et aux autres organisations de gauche est celle qui nous reproche de chercher à masquer cette réalité sociale. On ne veut pas du tout cacher le fait qu’il y a eu une large partie de la population qui va voter pour l’extrême droite aux prochaines élections. C’est quelque chose qu’il faut analyser. Il faut comprendre pourquoi les partis de gauche n’arrivent pas à proposer une alternative à ce discours d’extrême-droite. Évidemment qu’il faut énormément en parler, énormément en débattre. Mais ce n’est pas une raison pour inviter quelqu’un qui va développer un discours raciste, homophobe, etc., et des appels à la haine à Sciences Po. Mais pour autant, c’est évident qu’on est pour la discussion autour de ce sujet-là, et on est pour se remettre en question et pour travailler avec toutes les organisations pour lutter contre l’extrême-droite. 

Q : Les Engagés justifient leurs discussions autour de la venue d’Éric Zemmour à Sciences Po s’il est candidat en arguant d’une volonté de « défendre le débat démocratique » et de « représenter la pluralité des opinions« . Comment vous positionnez-vous par rapport à ce point de vue ?

R : Évidemment, la démocratie est une valeur fondamentale qu’on défend. Mais la démocratie ne peut pas tolérer certaines choses, surtout des opinions qui vont à son encontre. Par exemple, on ne peut pas dépasser la frontière du nazisme, et réhabiliter Vichy, c’est proche de ce discours-là. Si on faisait en sorte d’encourager l’extrême-droite, on irait finalement vers un recul de la démocratie. Par exemple, si Éric Zemmour était au pouvoir, si Marine Le Pen était au pouvoir, on peut supposer que des organisations politiques seraient amenées à disparaître, je pense notamment à l’UNEF qui a déjà failli être dissoute l’an dernier. Est-ce que c’est aller vers la démocratie qu’encourager ces opinions-là ? Je ne pense pas. 

Q : Et par rapport à la nécessité de représenter la pluralité des opinions qui existent actuellement, comment vous vous positionnez ? 

R : Je pense qu’elles sont déjà représentées. L’UNI est autorisé ; on s’est opposé à la création de Génération Z, mais ce groupe existe… Ce sont des discours qui, je pense, sont trop violents, des militants de l’UNI m’ont dit des choses que je trouve totalement inacceptables. Mais selon moi, la violence et la haine ne font pas partie du discours politique. Le politique, c’est pour réussir à se regrouper, à travailler ensemble. Les discours de haine, c’est en dehors de cela.

Q : Les discours de haine, en théorie il y a la loi pour les arrêter. Dans votre communiqué, vous justifiez le fait qu’Éric Zemmour ne doive pas venir notamment parce qu’il a déjà été condamné, mais il a déjà purgé sa peine. Dans ce cas pourquoi s’opposer à sa venue sur la base de cet argument ?

R : Je suis d’accord sur le fait qu’il faut s’en remettre à la loi et ne pas faire sa propre loi. Mais on est dans un pays où, malheureusement, la large majorité des viols ne sont pas punis de facto et c’est la même chose pour le harcèlement sexuel, les attaques sexistes, racistes, homophobes. Même s’il faut faire confiance aux institutions juridiques françaises, on doit également être capable de les remettre en question et de se rendre compte qu’il y a des failles, et notamment sur les questions de sexisme. Je pense aux agressions sexuelles, parce que c’est peut-être une des choses les plus parlantes. Et à propos de cela, si au sein de notre école on arrivait à être un peu plus juste là-dessus, par exemple lors des conseils de discipline, ce qui n’est pas du tout le cas aujourd’hui, je pense que ce serait positif.

Ensuite, je pense que majoritairement, les étudiants de SciencesPo sont contre le fait d’inviter Éric Zemmour à Sciences Po. À titre de comparaison, je pense qu’une grande partie des étudiants de Sciences Po ne voteront pas pour Jean-Luc Mélenchon, mais pour autant, ils n’étaient pas contre le fait d’inviter Jean-Luc Mélenchon. Il y a une forme de consensus démocratique au sein de l’école qui fait que, majoritairement, les étudiants sont largement opposés à l’invitation d’Éric Zemmour, sans que cela soit en rapport direct avec leurs opinions politiques. 

Q : Les Engagés revendiquent leur seul rôle d’arbitre. Comment justifiez-vous la décision de les boycotter alors qu’ils se placent seulement en arbitre et pas en organisation politique ? 

R : Ils se placent en arbitre, certes, mais pour jouer un rôle d’arbitre il faut qu’il y ait quelqu’un qui puisse répondre à Éric Zemmour. Est-ce que réellement, à Sciences Po, il y a un professeur ou une professeure en sociologie ou en histoire qui aurait accepté de débattre avec Éric Zemmour aujourd’hui ? Débattre avec lui, c’est quelque chose qu’a fait Jean-Luc Mélenchon, mais qui a été très critiqué, parce qu’encore une fois, c’est une manière de normaliser, de légitimer ce presque-candidat, d’en faire un candidat comme les autres. Et puis, l’on ne peut nier qu’il a des qualités oratoires excellentes alors que lorsqu’on est professeur, on n’a pas tout ce bagage médiatique. Éric Zemmour est toujours invité sur les plateaux, donc il sait parler, il sait convaincre les gens. C’est nécessairement arbitraire d’inviter quelqu’un face à Éric Zemmour qui a un bagage médiatique énorme, et de penser que les deux locuteurs puissent être à armes égales. Eric Zemmour a la capacité de soulever les foules en prononçant des discours de haine ignobles. Un professeur n’a pas toute cette expérience-là. Un arbitre, neutre, ne crée pas des conditions pour mettre en avant un discours sur l’autre, il fait en sorte de créer un espace où chacun peut échanger à égalité. Là, ce n’aurait pas du tout été le cas. Donc on pense que Les Engagés n’ont pas été neutres en prenant cette décision d’inviter Éric Zemmour, ils savaient très bien que c’était une manière de mettre en lumière et de propager ses idées. Et si ce n’est pas le cas, ils se faisaient totalement des illusions en pensant qu’ils pourraient rendre le débat posé et équitable. 

Q : D’après Les Engagés, à posteriori de ce boycott, les sections de gauche ont pu discuter avec l’association en question, et vous leur avez demandée s’engager à ne pas inviter l’extrême-droite à Sciences Po, à savoir Marine Le Pen et Éric Zemmour, engagement qu’ils ont refusé de vous donner. Pourquoi cette demande ? Comment se sont passées ces discussions ? 

R : On a beaucoup parlé entre organisations de gauche, on a une interorga qui est très forte aujourd’hui, avec des associations, des syndicats, des partis de gauche. Il y a sûrement eu un échange avec Les Engagés, mais je ne suis pas au courant. Ça me semblerait très logique qu’on leur demande de s’engager à ne pas inviter de personnes de l’extrême-droite, pour ne pas recommencer, pour que l’histoire s’arrête là. Je ne suis pas au courant, donc je ne peux pas en parler, mais à mon avis, si ça a été fait, c’était pour permettre de reprendre les débats avec Les Engagés, parce que c’est quand même dommage de devoir boycotter une des organisations de débat à Sciences Po, alors qu’on va entrer en période d’élection présidentielle. On a besoin de ce débat. Aujourd’hui, les partis politiques sont de moins en moins investis par les étudiants, et c’est dommage, parce que beaucoup de personnes à Sciences Po ont de nombreuses idées, mais ont du mal à faire le pas et rentrer dans une organisation politique. On le regrette beaucoup à l’UEC. Donc, je pense que si cette condition a été posée, c’est pour faire en sorte que le débat reprenne de manière plus posée à Sciences Po.

Q : Une dernière question, qu’est–ce que vous comptez faire si Éric Zemmour vient à Sciences Po ? Est-ce que vous en avez discuté ?

R : On en a discuté, il y a eu une réunion contre l’extrême-droite la semaine dernière, et on va continuer les discussions. Pour l’instant, on étudie toutes les solutions qu’il peut y avoir à ce problème. Est ce qu’on occupe ? Est ce qu’on bloque ? Est-ce qu’on fait quelque chose de non-violent ? Est-ce qu’on occupe l’amphithéâtre ? On y réfléchit encore. Ça tend vers le blocage de l’école, mais on ne sait pas encore, c’est en discussion.

Crédit Image : ©Les Engagés (@lesengages_sciencespoparis)

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L’extrême-droite peut-elle entrer à Sciences Po ? https://www.lapeniche.net/lextreme-droite-peut-elle-entrer-a-sciences-po/ Mon, 01 Nov 2021 11:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=53708 1/2 : Entretien avec Thomas Vautrin, président de l’association Les Engagés. 

Jeudi 14 octobre devait se tenir le débat des partis politiques de Sciences Po, organisé par les associations Les Engagés et Sciences Po TV. Il a été annulé suite au boycott de plusieurs partis, notamment les sections de gauche qui ont publié la veille un communiqué expliquant leur décision par leur refus de participer aux évènements d’une association, Les Engagés, qui avait pour projet d’inviter Éric Zemmour à Sciences Po. La Péniche est allée à la rencontre de Thomas Vautrin, président des Engagés, et Sarah Bonvalet-Younès, membre de l’Union des Étudiants Communistes (UEC), signataire du communiqué des sections de gauche, pour comprendre ce qu’il s’est passé ainsi que les positions de chacun dans ce débat. Pour ce premier article, notre rédactrice s’est entretenue avec le président des Engagés pour recueillir ses explications. 

Q : La semaine dernière, l’association Les Engagés, que tu présides, devait organiser le débat des partis politiques de Sciences Po. Il a été annulé car de nombreux partis se sont retirés et les partis de gauche (Génération.s, PS et EELV, UEC et LFI) ont publié un communiqué expliquant leur décision de boycotter le débat, ayant « eu connaissance de l’intention de l’association Les Engagés Sciences Po Paris d’inviter Éric Zemmour à Sciences Po », en rappelant leur combat contre l’extrême droite. Pour commencer, est ce que Les Engagés avaient vraiment prévu d’inviter Éric Zemmour à Sciences Po ? Est-ce que c’est déjà fait ? 

R : Il n’y a rien de prévu avec Éric Zemmour à l’heure actuelle. Cela ne veut pas dire qu’on n’en parle pas entre nous. Vu la stature de cette personne et la place qu’il prend dans l’électorat actuellement, même s’il n’est pas encore candidat à l’élection présidentielle, on en parle entre nous, comme beaucoup d’associations de Sciences Po, mais ce n’est pas à l’ordre du jour. 

Q : Est–ce que vous comptez inviter Éric Zemmour s’il est candidat à l’élection présidentielle ?

R : Je n’ai pas envie de faire des pronostics sur sa candidature à l’élection présidentielle. Actuellement, il n’est pas candidat donc actuellement, il n’y a pas de décision à prendre. Si jamais il est candidat à l’élection présidentielle, il y aura peut-être une décision au sein de l’association de l’inviter ou non, selon pleins de critères. Je pense qu’il y a eu ce boycott parce qu’en tant qu’association apartisane, on veut défendre nos valeurs d’équité, nos valeurs de pluralisme politique, de débat démocratique, réconcilier les jeunes avec la politique, et c’est pour cela qu’on y pense. Et je pense que beaucoup de personnes y réfléchissent à Sciences Po : est-ce qu’Éric Zemmour, s’il est candidat à l’élection présidentielle, et malgré ses deux condamnations, doit être invité ? 

Q : Comment expliquer ce boycott si vous n’avez pas actuellement invité Éric Zemmour ?

R : C’est par le fait même qu’on en parle à mon avis, parce qu’on est vraiment attaché à cette idée de débat. Même au sein de l’association, il y a des personnes qui sont pour, des personnes qui sont contre, moi je n’ai pas d’avis à avoir là-dessus. J’écoute tout le monde en tant que président de l’association, et on en parle. Et nos discussions sont tombées dans les oreilles de personnes des sections de gauche et ça a pris des proportions assez importantes. J’ai pu discuter après avec ces personnes-là, qui m’ont vraiment dit que ce qu’elles nous reprochaient c’était d’avoir eu l’intention, d’avoir eu la pensée d’inviter Éric Zemmour, d’avoir posé la question. Je trouve vraiment dommage ce boycott honnêtement, parce qu’il ne faut pas se tromper de combat. Quand on entre sur un terrain pour disputer un match, ce n’est pas avec l’arbitre qu’il faut jouer, mais avec les autres joueurs. Nous on se positionne en tant qu’arbitre ici, on organise le débat démocratique. Nous boycotter en tant qu’association qui organise le débat démocratique, je trouve ça un peu dommage, parce que cela amenuise le débat démocratique. Je ne pense pas que ce serait une bonne solution, surtout vu les proportions que ça a pris, alors qu’on aurait pu tout simplement se mettre autour d’une table et discuter, ce qui a été fait après l’envoi du communiqué finalement.

Q : Tu parles beaucoup de débat démocratique. Est–ce que tu penses qu’inviter Éric Zemmour à Sciences Po, qui tient des propos illégaux ou à la limite de l’illégalité, c’est compatible avec le débat démocratique ?

R : Je pense surtout qu’il se pose une question fondamentale qui est la suivante : est-ce qu’au nom de notre pluralisme démocratique, c’est à dire inviter tous les candidats, quels qu’ils soient, tous les représentants de toutes les sensibilités, on peut aller jusqu’à inviter des personnes qui ont été condamnées par la loi, qui ont enfreint les lois de la République et les limites de la liberté d’expression ? Parce que nous, on défend la liberté d’expression, et elle a des limites. Et sa condamnation pour incitation à la haine raciale par exemple, elle n’est pas acceptable. Mais la question se pose aussi, pour tout représentant de l’extrême-droite, de savoir si on va marginaliser des représentants de l’extrême-droite, alors qu’ils représentent un tiers de l’électorat à chaque élection ? Est-ce qu’on va marginaliser ces personnes, ces Françaises et ces Français qui font partie de notre société, alors qu’on a l’ambition de participer à la construction du monde de demain ? On ne peut pas, à mon avis, tenter cela, si jamais on refuse d’affronter toutes les sensibilités, et c’est là où le débat démocratique doit avoir un sens. C’est là où la démocratie, pour moi, permet le combat, où la violence des mots permet d’éviter la violence des actes. Ces questions, fondamentales, se posent. La vraie question n’est pas que Zemmour soit d’extrême-droite ou non, c’est qu’il ait tenu des propos qui sont à la limite de l’illégalité, voire même dans l’illégalité la plus totale. 

Q : Est-ce que depuis ce boycott vous avez rediscuté avec les sections de gauche ? Est-ce que vous avez trouvé un accord concernant l’invitation ou non d’Éric Zemmour ? 

R : On en a discuté avec les représentants des sections de gauche et de LREM. Mais ce que veulent les sections de gauche, c’est un engagement de notre part à n’inviter jamais aucun représentant de l’extrême-droite, que ce soit Marine Le Pen, Éric Zemmour… Et cet engagement, on ne peut pas le donner pour la bonne et simple raison que nous on croit au pluralisme politique et à l’équité entre tous les candidats. On ne veut pas marginaliser une partie de l’électorat. Pour moi, cette intention de la part des sections de gauche est louable, mais la meilleure façon de combattre l’extrême-droite, c’est par le débat, pas en la marginalisant. On ne va pas introduire l’extrême-droite à Sciences Po en invitant Marine Le Pen ou Éric Zemmour. L’extrême droite est déjà à Sciences-Po, on le sait très bien avec Génération Z. Maintenant, ce que l’on permet, c’est le débat, encore une fois, on est les arbitres, ce n’est pas nous boycotter qui va améliorer les choses.

Q : Est–ce que vous avez eu cette discussion, de savoir s’il faut inviter ou non l’extrême droite, au sein de votre association, et quel a été l’impact sur la cohésion interne ?

R : On a eu ces discussions plusieurs fois. On en a discuté, on a fait un vote. Ce vote a abouti à une très grande majorité de personnes qui sont pour l’invitation des représentants de tous les bords politiques. Cette majorité est un peu plus faible, même si elle reste extrêmement majoritaire, à plus de 70%, pour les personnes qui veulent qu’on invite potentiellement, si jamais il est candidat, Éric Zemmour. Oui, on a eu des discussions là-dessus. Est-ce que ça a eu un effet sur la cohésion interne ? Oui, il faut dire, des effets qui sont limités. On a eu quelques départs. Il ne faut pas non plus dire qu’on s’est vidé de la moitié de notre association, comme certains peuvent le dire. Ça représente au total cinq personnes sur les quarante qu’on est, plus quarante personnes qui sont sur les autres campus. On a des cercles de discussion au sein du bureau de section, au sein du bureau de Paris, avec le mouvement national et on discute. On discute mais là il n’y a pas de décision à prendre. Et là où on a un peu péché, je vous le dis parce que j’ai envie d’être transparent, c’est qu’il y a peut-être eu un manque de communication interne. Et on a été trop gentils, on en a discuté avec des personnes en dehors de l’association, et ça a pris des proportions folles. Et ça j’en prends totalement la responsabilité. On a eu des soucis de cohésion interne mais maintenant ça va beaucoup mieux. On a un plan de cohésion interne qui a été mis à l’ordre du jour et qui va être communiqué. Je pense que c’est important, surtout après ce qui s’est passé, d’assurer un maximum de cohésion.

Q : S‘il y a seulement eu des discussions à propos de l’invitation d’Éric Zemmour, à propos de quoi exactement y’a-t-il eu un manque de communication ? 

R : À propos du fait qu’on ait ce genre de discussions.

Q : Donc ces discussions se sont déroulées au sein d’une minorité de l’association et pas au sein de l’association en entier ?

R : Vous connaissez le principe de fonctionnement d’une association. Il y a un bureau et ce bureau discutait. Et le fait que cela explose aux yeux du public, cela a créé certaines tensions chez des personnes qui n’étaient pas forcément associées aux discussions, qui parfois étaient très peu engagées dans l’association. On aurait dû tous se mettre autour d’une table et en parler. Le fait est qu’on en a parlé qu’avec certaines personnes. Et j’insiste vraiment, il y a des personnes qui ont appris qu’on en discutait entre nous et qui n’ont pas claqué la porte avec un air spectaculaire comme d’autres ont pu le faire. On a refait une réunion avec tout le monde. Ils ont exprimé leur désaccord. La grande majorité a accepté de rester dans l’association en disant que l’on avait eu des soucis de communication interne, et qu’il fallait faire en sorte que l’association s’améliore, que l’association était jeune.

On va maintenant essayer de voir comment on pourrait envisager l’invitation des représentants d’extrême droite, on a beaucoup insisté sur cette histoire de contradiction. On veut absolument que pour tout représentant politique qui soit invité à Sciences Po, ce ne soit pas une tribune, que ce ne soient pas uniquement des questions d’étudiants. Parce qu’un candidat à l’élection présidentielle peut avoir des capacités rhétoriques qui font qu’il peut vraiment dire tout et n’importe quoi. Et un étudiant ne peut pas lui apporter une contradiction suffisante à mes yeux. Et c’est pour cela que pour nous, c’est important que lorsqu’on invite un représentant politique, il faut absolument qu’il y ait des contradicteurs professionnels. Par exemple, on va parler de méritocratie et on va mettre des sociologues en face des candidats, ou d’autres représentants politiques, pour qu’il y ait du répondant, parce que nous savons très bien qu’on ne peut pas assumer ce débat. On peut essayer de modérer un débat entre étudiants mais entre personnalités politiques, ça devient extrêmement compliqué. Donc, voilà, on en discute entre nous mais il n’y a pas de décision à prendre pour le moment. Je le répète, il n’y a rien qui est prévu avec Éric Zemmour à ce stade.

Q : J’ai une dernière question. Il n’y a rien prévu à ce stade, mais s’il est candidat, est-ce que vous inviterez Éric Zemmour ?

R : Il n’y a pas de décision qui a été prise. Je ne peux pas prendre d’engagement. C’est ce que voulaient les sections de gauche, que je prenne un engagement pour ne jamais l’inviter, comme les autres représentants de l’extrême-droite. Je ne peux pas. Et je refuse qu’on prenne une décision si jamais il n’est pas candidat. Parce que dans tous les cas, c’est inimaginable de l’inviter actuellement s’il n’est pas candidat, parce qu’il a tenu des propos hors la loi, et on ne peut pas permettre ça. Là où il y a discussion, c’est si jamais il est candidat à l’élection présidentielle et qu’il représente, comme on le voit actuellement dans les sondages, entre 13% et 19% de l’électorat.

Q : Est-ce que tu veux avoir le mot de la fin ?

R : J’aimerais ajouter un appel symbolique pour les sections de gauche. On essaye d’organiser ce débat démocratique. On essaye de prendre tout le monde en considération. Je suis intimement convaincu que ce n’est pas en marginalisant les personnes de l’extrême-droite, de l’extrême-gauche ou du centre, qu’on va avancer. Il faut absolument encourager ce débat et accepter d’écouter ceux que l’on refuse d’écouter. Je pense que c’est là qu’on progressera, ce n’est pas en restant dans une bulle. Je suis contre ce pluralisme tronqué, qui peut être proposé par certaines personnes à Sciences Po. Je suis pour un pluralisme ouvert. C’est uniquement comme ça qu’on va progresser, qu’on va réussir à aiguiser nos arguments. À Sciences Po, on nous apprend à avoir un point de vue modéré, à penser par nous-mêmes, à apporter de la contradiction et c’est justement l’occasion de pouvoir utiliser ces qualités qu’on essaye de développer. Et franchement, si jamais vous n’êtes pas d’accord avec quelqu’un d’extrême-droite, allez débattre avec lui. C’est ce qui est très important aujourd’hui, et c’est ce sens du débat qu’on doit développer si on veut faire grandir la démocratie.

Crédit image : ©Les Engagés (@lesengages_sciencespoparis)

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La présidentielle à Sciences Po : Macron en tête, Mélenchon second, Le Pen absente https://www.lapeniche.net/sondage-presidentielle-2017-etudiants-sciences-po/ Tue, 02 May 2017 17:19:11 +0000 http://lapeniche.net/?p=36975

Methodologie

Ce sondage a été construit avec l’outil Google Forms. Il a permis de limiter les participants aux seuls utilisateurs d’adresses @sciencespo.fr (essentiellement étudiants donc). Les adresses n’ont pas été collectées, il est donc entièrement anonyme. Une option limite chaque utilisateur à ne pouvoir répondre qu’une seule fois, elle a été activée.

Le sondage – le lien vers le formulaire – a été lancé par la page Facebook de la Péniche mardi 25 avril à 18h (10 étudiants ont répondu avant pour tester le questionnaire). Il a rapidement été partagé, sur Facebook, sur les groupes de promotions (des groupes généraux, 2020, 2021 ainsi qu’au sein de certains groupes de campus délocalisés et de bicursus notamment) et également par quelques étudiants de manière individuelle. Il a été clôt le mercredi 26 avril à 23h et totalise 1136 réponses.

La direction de la scolarité de l’école, que nous remercions ici, nous a communiqué les chiffres des étudiants français pour chaque cursus. D’abord, la population totale d’étudiants français, donc concerné par ce sondage, est d’environ 7100 étudiants. Notre échantillon ou panel de 1136 étudiants est donc assez important. Cependant, nous avons proportionnellement beaucoup plus de réponses d’étudiants du Collège universitaire que de master (que nous associons aux autres : doctorat, préparation de concours…). Nous avons en effet environ 70 % de réponse (809) venant du Collège universitaire que de master et autres, à environ 30 % (327), alors que les masters et autres représentent plus de 3800 étudiants sur les 7100 étudiants français contre environ 3300 du Collège universitaire. Ce différentiel dans la représentativité de l’étude s’explique par l’influence et la portée de notre journal et de nos partage du sondage, qui impactent bien davantage les étudiants de première, deuxième et troisième année que ceux des années suivantes, souvent loin de la vie étudiante de l’école et des murs Facebook de promotion.

De multiples analyses et recoupements restent à faire, mais nous avons fait le choix de publier rapidement ceux-ci.

Des tableaux récapitulatifs de tous les résultats sont disponibles ici, avec à chaque fois le nombre de sondés concernés par la question.

 

Les résultats du premier tour : Macron à 38%, Mélenchon second, Le Pen absente

premier tourEmmanuel Macron arrive largement en tête à Sciences Po avec 37,9 % des déclarations de bulletins exprimés. Vient ensuite Jean-Luc Mélenchon 10 points derrière à 27,3 % suivi de Benoît Hamon encore dix points à la suite à 18,3 %. François Fillon arrive bon dernier du quarto de tête à 12.8 % des votes déclarés. Les autres candidats font des scores très faibles : Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen et Jean Lassalle, dans l’ordre, sont dans un mouchoir de poche autour de 1 %, les suivants font moins.

Il s’agit ici des votes exprimés (1091 sur 1136 sondés) au premier tour, sachant que le sondage s’est déroulé 2 jours après ce premier tour. L’abstention déclarée est de 2.7 %, mais on peut supposer que les abstentionnistes ont proportionnellement moins répondu à ce questionnaire. Quant au vote blanc pour ce premier tour, il est marginal : 1,2 % du total.

intention second tour

Les intentions de vote au second tour sont sans appel : Emmanuel Macron l’emporterai avec 94,5 % des voix contre 5,5 % pour la candidate du Front National, en part des votes certains d’être exprimés. Ce qui représentait, au moment du sondage, seulement 76.6 % des sondés. Plus de 10% des étudiants n’avaient pas encore décidé quel serait leur choix, quand la même part prévoit de voter blanc ou nul (5.8 %) ou de s’abstenir (4.8 %).

Les reports de voix pour le second tour sont très différenciés selon le vote du 23 avril. Ainsi, seulement la moitié des électeurs de Jean-Luc Mélenchon sont certains d’aller glisser un bulletin exprimé dans l’urne dimanche – et à 98 % pour E. Macron. Ils sont plus du quart à ne pas savoir quoi faire pour le second tour, et plus de 11 % à se préparer à voter blanc ou nul. Du côté des étudiants qui ont voté pour le candidat de la droite au premier tour, ils sont deux tiers à être certains d’aller voter, dont seulement 75 % pour le candidat du centre. Ces électeurs fournissent la moitié des maigres voix (48) de Marine Le Pen au second tour, elle qui par ailleurs multiplie par presque cinq le nombre de voix entre le premier (10) et le second tour (48). Pour les soutiens de Benoît Hamon, les reports sont quasi-automatique, plus de 86 % d’entre-eux comptent voter pour le candidat d’En Marche ! dimanche.

Nos analyse du vote du premier tour en fonction d’autres facteurs ne portent uniquement sur les quatre candidats arrivés en têtes, car les scores très faibles des sept autres ne permettent aucune analyse fiable statistiquement.

 

La conviction des votes

conviction vote 1er tour
La répartition de la conviction du vote pour l’ensemble des sondés s’étant exprimé au premier tour.

Nous avons demandé aux étudiants, pour le premier et le second, de place de 1 à 5 leur niveau de conviction de leur vote. Ceux-ci sont relativement différenciés selon les candidats. Pour le premier tour, la moyenne est de 3,9 sur 5. Arrive en tête Benoît Hamon à 4,1, puis Jean-Luc Mélenchon à 4 et suit François Fillon à 3,8 sur 5. Enfin, le candidat arrivé en tête recueille le plus faible score, à 3,5.

Pour le second tour, Marine Le Pen fait a peine mieux (3,5) que Emmanuel Macron (3,3).

 

Un vote genré

Il faut lire nos résultats en fonction du genre avec prudence, car seul 53,5 % de femmes ont répondu au questionnaire alors qu’elle composent 60% des promotions.

Cependant, certains candidats sont très clivés en fonction du genre, au premier desquels le candidat socialiste. Benoît Hamon remporte le double de la part des votes chez les femmes (22,3 %) que chez les hommes (11,3 %). Autrement dit, parmi ceux qui ont voté pour le vainqueur de la primaire de la gauche, 69,2 % sont des femmes pour seulement 29,8 % d’hommes.

L’électorat de François Fillon est opposé : parmi les étudiants de Sciences Po qui ont voté pour lui au premier tour, 63,6 % sont des hommes. Ce score est de 42,1 % pour Emmanuel Macron. Quant au candidat de la France Insoumise, il réunit de manière paritaire les voix des étudiants. Ainsi, les étudiantes votent proportionnellement bien davantage pour B. Hamon et, dans une moindre mesure, pour E. Macron, et votent relativement pour F. Fillon.

 

Les bicursus à gauche, les campus rejettent le vote de droite

Nous avons privilégié la comparaison par cursus qui, après des comparaison, apparaît bien plus clivant que selon les années d’études.

Entre Collège universitaire et master (et autres), la différence est faible et les résultats se recoupent avec l’ensemble des sondés. Cependant, en master, on observe une légère tendance pour E. Macron qui pénalise à la fois B. Hamon et J.L. Mélenchon. Mais c’est au sein de ces catégories qu’il est intéressant de creuser.

Nous avons coupé le Collège Universitaire en trois groupes suffisamment large pour avoir des résultats statistiques fiable : étudiants en campus délocalisés, étudiants du cursus général à Paris et bicursus parisiens. Ces derniers se distinguent par un soutien important au candidat de la France Insoumise, alors que le candidat d’En Marche perd plus de 10 points et descend à 25 % (contre 38,9 % sur l’ensemble de l’école). Le cursus général parisien est très proche des résultats généraux. Quant aux campus délocalisés, ils se distinguent par la faiblesse du score de F. Fillon qui perd environ 5 points à 8,1 %.

Pour les masters et autres (césure, doctorat, préparation de concours…), il nous a paru plus pertinent de recouper par la voie choisie. Au vu du faible nombre de répondants dans de nombreuses filières, le choix a été fait de diviser entre les étudiants de l’école d’affaires publiques (AP) et tout les autres. Ceux-ci placent E. Macron à 43,6 %, dix points de plus que les étudiants en AP, qui eux place F. Fillon au dessus de la moyenne de l’école à 16,8 %, contre 9,9 % pour les masters et autres qui ne sont pas en AP. Dans les deux cas, J.L. Mélenchon est plus bas qu’au Collège Universitaire.

 

Les primaires

Plus de la moitié des étudiants interrogés ( 53,8%) n’ont voté à aucune primaire, 20,4 % a voté à au moins un des deux tour de la primaire de la droite et du centre, 17,6 % ont voté à celle de la gauche et 8,2 % autres ont voté aux deux.

primaire droite 1er tour

310 étudiants (27,3%) déclarent avoir voté au moins à un tour de la primaire de la droite. Au premier tour, en incluant dans le total ceux qui n’ont voté qu’au second tour ou qui ont voté blanc ou nul (16,1%), Alain Juppé arrive largement en tête avec 38,7 %. Vient ensuite Nathalie Kosciusko-Morizet à 19,7 % et François Fillon à 17,4 %, Nicolas Sarkozy ne recueillant que 3,5 %.

primaire droite 2nd tour

Au second tour, la participation est légèrement plus élevée avec 13,2 % qui n’ont pas pris part à ce scrutin. En incluant cette non-participation, Alain Juppé l’emporte très largement avec 62,3 %, François Fillon ne totalisant que 24,5 %.

Pour la primaire de la gauche, 286 étudiants (25,2%) déclarent avoir voté à au moins un tour. Au premier, en comptant les 17,8 % de non-participation, 52,1 % ont voté Benoît Hamon, 11,2 % Vincent Peillon, 8 % ont voté Manuel Valls, 6,3 % pour François de Rugy et 3,5 % pour Arnaud Montebourg. Au second tour, en comptant les 15,4 % qu’y on pas voté, Benoît Hamon remporte 72,6 % des suffrages et Manuel Valls cumule 11,9 %.

primaire gauche 1er tour

primaire gauche 2nd tour

Nous n’avons pas encore croisé les résultats des primaires avec les votes déclarés au premier tour, cela arrive d’ici la fin de la semaine.

 

Les déterminants du vote

Nous avons demandé, quel que soient les déclarations de vote au premier tour, quel étaient les déterminants du vote. Une première question interroge les thèmes qui ont déterminés le choix des sondés ; inspirée du sondage Opinionway pour le printemps de l’économie (mars 2017), nous avons ajouté des thèmes mais, mea culpa, en avons oublié certains d’importance, tel l’immigration. Le nombre de réponse n’était pas limité.

thèmes

Le thème le plus fréquemment cité est la construction européenne, cochée par 63 % des sondés. Vient après l’éducation (62%), les inégalités sociales (56%), l’environnement (53%), la protection sociale (53%) et enfin l’emploi (50%). En queue de peloton, on retrouve le logement (11%), la sécurité (18%) et le pouvoir d’achat (19%).

La seconde question porte sur les qualités attendues par les sondés pour un Président de la République. Les propositions, inspirées du sondage Elabe/Europe 1 du 21 avril 2016, sont limitées à trois.

qualités président

Très loin devant, l’honnêteté est attendue par 58 % des sondés, précédant la détermination (44%) et le réalisme (41%). Les qualités les moins attendues sont l’humour (4%) et la simplicité (8%).

Dernière question à propos de la détermination du vote : la confiance dans l’avenir. De même que l’adhésion pour le vote, nous avons demandé aux sondés de noter leur confiance dans l’avenir de la France de 1 (très peu confiant) à 5 (très confiant). La moyenne est à 2,8 sur 5, répartie de manière assez équitable de part et d’autre de la moyenne.

De même, nous n’avons pas encore croisé ces données avec les votes du premier tour, mais cela ne saurait tarder.

Nous vous rappelons que vous pouvez consulter l’ensemble des résultats précis ici.

Merci beaucoup à Tom Février, Pierre-Alexandre Bigel et Gabrielle Radet pour leur aide.

 

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Semaine de la recherche : les médias peuvent-ils déterminer les élections ? https://www.lapeniche.net/semaine-de-la-recherche-les-medias-peuvent-ils-determiner-les-elections/ https://www.lapeniche.net/semaine-de-la-recherche-les-medias-peuvent-ils-determiner-les-elections/#comments Tue, 03 Apr 2012 16:26:00 +0000 http://lapeniche.net/?p=1343 semaine-2012-petit.jpgDepuis le 20 mars, le CSA chronomètre scrupuleusement le temps de parole de chaque candidat à la présidentielle ; tous doivent bénéficier, à la minute près – quitte à les faire commenter l’actualité sportive – de la même couverture médiatique, et ce malgré les pressions, les casse-têtes des rédactions et les requêtes envoyées au Conseil Constitutionnel. Cette décision est ridicule pour deux raisons : d’une part, ce que l’on ne gagne pas en égalité (en effet, personne ne saurait douter de l’ingéniosité des chaînes de télévision pour glisser l’allocution de Philippe Poutou à une heure avancée de la nuit, entre deux rediffusions de New-York, section criminelle, quand seul reste éveillé l’archétype pipiste terminant son exposé de droit constit) on le perd en offre politique (les problèmes d’organisation sont tels que disparaitront les grandes émissions politiques, les débats enfiévrés, les savoureuses joutes mélencho-lepenistes au profit de mornes discussions AFP-isées pré-enregistrées), comme si l’on pouvait se permettre compte tenu des records d’abstention une telle économie de communication à cinq semaines de la grande messe républicaine.

Cette étroite surveillance du CSA souligne la défiance envers des médias accusés de manipuler l’opinion. Qu’en est-il vraiment ? Le mardi 20 mars, SciencesPo accueillait deux chercheurs, Emiliano Grossman et Ruben Durante, du LIEPP (laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques), LABEX créé avec le Grand Emprunt, pour exposer leurs travaux sur cette question, dans le cadre de la semaine de la recherche.

Ruben Durante, qui, à défaut d’adopter la vision de l’indépendance des médias de Silvio Berlusconi, partage son anglais enrobé et chantant, expliqua dans la lignée des travaux de Paul Lazarsfeld, que l’influence des médias était plutôt mince aujourd’hui : en réalité, les médias ne déterminent pas notre vote, c’est nous qui choisissons nos médias compte tenu de nos opinions. Nous lisons ce que nous voulons lire, nous écoutons ce que nous voulons entendre. Ainsi, la position monopolistique de Libé sur les bancs boutmystes ne s’expliquerait pas par la volonté directoriale de subrepticement imposer une idéologie socialo-démocratico-écologico-magnifico-néocapitaliste à de jeunes lycéens politiquement vierges mais consacrerait plutôt le triomphe d’une jeunesse éduquée dans l’ascèse socialiste. Cette logique de la sélection informative se retrouve sans que nous en soyons vraiment conscients sur Internet, avec des moteurs de recherche qui vont au moyen d’algorithmes puissants hiérarchiser les sites en fonction de notre historique et de nos préférences. De plus, la diversification des sources d’information (apparition d’Internet et des journaux gratuits, libéralisation du secteur audiovisuel) et l’atténuation des clivages partisans dans le secteur de la presse et de la télévision, du fait du nombre réduit de journalistes et de la nécessité de coller le plus possible à l’actualité au détriment des articles de fond ont réduit l’empreinte des médias sur les décisions électorales.

Mais les médias ont encore un impact important sur le vote via ce que les chercheurs appellent l’effet de priming, c’est-à-dire l’émergence d’enjeux qui deviennent des critères majeurs de l’élection après une salve furieuse et passionnée de «20h» emphatiques et de Unes grandiloquentes. À ce titre l’exemple de 2002 est probant : le traitement médiatique de la hausse de l’insécurité en France avait fait le jeu du FN (d’où le jeu de mot TFN pour la contraction de la célèbre chaîne et du parti d’extrême droite) ; aussi, on peut légitimement se questionner sur les répercussions politiques que pourraient avoir les tragédies de Toulouse et Montauban. Emiliano Grossman montra, à travers toute une batterie d’indices sophistiqués, les sujets qui profitaient aux divers candidats : par exemple, aborder le thème de l’immigration sert François Hollande et Nicolas Sarkozy, tandis que Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou voient leurs intentions de vote baisser et que Marine Le Pen stagne ; ceci est dû au caractère clivant du sujet qui pousse les électeurs au vote utile aux dépens des candidats dont ils se sentaient d’habitude plus proches.

La conférence se termina par toute une série de questions-réponses autour du contrôle des «politiques» et des annonceurs sur la ligne éditoriale des médias et sur les instituts de sondages. Intéressante, elle n’apprit surement pas grand-chose aux 1A de Pascal Perrineau ; les deux chercheurs reconnurent d’ailleurs le manque d’originalité de leurs résultats qui s’expliquerait notamment par la faible intensité de la campagne (3 fois moins de sondages qu’en 2007 à la même période), campagne qui ne devait se lancer véritablement que la semaine suivante. Heureusement, le CSA veille.

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