EELV – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Sat, 23 Sep 2023 15:03:13 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png EELV – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Mélanie Vogel : “Si la jeunesse se mobilise, on peut y arriver” https://www.lapeniche.net/melanie-vogel-si-la-jeunesse-se-mobilise-on-peut-y-arriver/ Sat, 23 Sep 2023 15:03:11 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=55908 Lors de son afterwork de rentrée, EELV SciencesPo a reçu Mélanie Vogel, sénatrice et co-présidente du parti écologiste; l’occasion pour la Péniche de lui poser quelques questions. 

Vous êtes sénatrice EELV et vos positions peuvent détonner face à la composition du Sénat parce que la gauche mais aussi les femmes sont minoritaires. N’avez-vous pas l’impression parfois de prêcher dans le vide ?


Non. Jamais. D’abord parce que quand on est parlementaire, on parle évidemment au Parlement, mais aussi à la société. Donc, même quand on n’arrive pas à gagner les batailles parlementaires qu’on voudrait, on a une place dans le débat public. 

J’ai aussi l’impression d’avoir, grâce aux débats dans l’espace public, réussi à remporter des victoires au Sénat, dont une très importante pour moi : le vote sur l’inscription du droit à l’IVG dans la constitution. Franchement, quand je me suis lancée là-dedans, on me disait « tu rêves ». Mais ça a marché. 

Ce n’est pas par hasard si je suis sénatrice : il y a eu une volonté des écologistes d’amener des profils différents au Sénat. Il y a très peu de diversité au Sénat : je ne représente pas la diversité mais un petit bout.


Justement, où en est le combat pour la constitutionnalisation de l’IVG? 


Le combat est très loin d’être terminé, les combats pour les droits des femmes sont souvent longs, compliqués et frustrants, mais essentiels. Sans les parlementaires féministes et les féministes dans la rue, sans les personnes qui ont écrit aux sénateurs qui ont voté contre, jamais nous n’aurions eu la constitutionnalisation de l’IVG, jamais nous n’aurions gagné le combat. 

Maintenant, où en est le combat ? Il y a deux possibilités pour changer la Constitution : par une initiative parlementaire ou par une initiative gouvernementale. Il y a une différence fondamentale entre les deux : c’est la ratification à la fin. Si ça vient du gouvernement, le président a le choix : le référendum ou le congrès. Si c’est le congrès, donc la réunion de l’Assemblée nationale et du Sénat, ça doit être voté aux 3/5. Si c’est parlementaire, ce qui est le cas aujourd’hui, il ne peut pas y avoir de vote au congrès, mais un référendum. Nous, on veut que le gouvernement fasse un projet de loi : et je m’en fiche si au final ils s’approprient la constitutionnalisation de l’IVG. C’est juste que c’est le plus efficace. Il y a une majorité au Parlement pour inscrire l’IVG, même s’il y a un boulot à faire sur la rédaction, je suis d’accord. 

Mais, on attend, on attend, on attend. Emmanuel Macron annonçait qu’il s’engageait sur la mémoire de Gisèle Halimi à le faire. Mais, il veut le faire dans un projet global de changement de la Constitution sur lequel  il sait qu’il n’aura pas la majorité : on revoit le cumul des mandats etc et en même temps l’IVG. 


Autre combat qui vous tient à cœur : la lutte contre l’homophobie. Le Parquet de Bergame en Italie a décidé en juin dernier de contester les actes de naissance d’enfants nés de PMA en ne reconnaissant que la mère biologique. Pensez-vous que l’Union Européenne devrait se saisir de ce sujet pour éviter ces dérives ?

Ce sont des forces qui prétendent défendre la famille et qui vont priver les enfants d’avoir des parents. Ça met les enfants en danger parce que, quand on n’a plus de reconnaissance de parentalité, et que l’enfant est malade, qu’on doit l’amener à l’hôpital, et dire oui pour une opération… ça a des conséquences très concrètes qui peuvent parfois mettre des vies en danger. 

Il y a des choses qu’on peut faire « rapidement » comme la reconnaissance mutuelle de parentalité puisque c’est la garantie de liberté de circulation : quand on a un couple avec une roumaine et une espagnole qui vit en Belgique, qui a eu un enfant légalement, ce n’est pas normal qu’elles perdent des droits en exerçant la libre circulation dans l’Union Européenne.

Pour aller plus loin : je suis favorable à ce que les droits fondamentaux, les droits sexuels et reproductifs, et de lutte contre les discriminations fassent partie des compétences de l’Union Européenne. Il faut que la charte des droits fondamentaux soit applicable partout en Europe directement.

Vous luttez fermement contre l’importation de produits issus du travail forcé du génocide des Ouighours. Que pensez-vous de la présence du journal officiel du parti communiste chinois à la fête de l’Humanité?


C’est un énorme problème. Je n’ai même pas besoin de développer : l’ambassade de Chine, le PCC qui sont responsables de crimes contre l’humanité ne doivent pas faire partie de nos luttes.

Cette position, la partagez-vous dans tous les domaines ? Nous pensons notamment au débat concernant la présence d’athlètes russes dans des compétitions internationales. Doit-on les exclure ?


Dans certains cas, c’est pertinent de le faire. Par exemple, quand le fait de participer à ces compétitions  présente un intérêt diplomatique pour le pays en question. Mais, il faut toujours réussir à trouver des sanctions qui visent au bon endroit : les auteurs de crime contre l’humanité, et pas les sportifs. 


Dans un tout autre domaine, récemment, Emmanuel Macron a exprimé sa volonté de voir chaque enfant de 11 ans planter un arbre. Parallèlement, les membres du gouvernement et lui-même prennent très souvent l’avion, même pour des trajets très courts. Qu’en pensez-vous?


Emmanuel Macron, c’est ça. Les vrais sujets, par exemple comment mettre la France sur le respect de l’accord de Paris, on ne sait pas faire, donc on met en place des choses symboliques et ridicules. En même temps, on continue d’autoriser les pesticides, on continue de mettre l’argent qu’il faut dans le ferroviaire… c’est toujours la même chose. 

Le changement climatique ce n’est pas le Covid 19. Le changement climatique, on sait ce que c’est, on a les capacités de résoudre la crise climatique. Mais, soyons honnêtes, résoudre la crise climatique, c’est aller en conflit avec certains intérêts. Donc, on ne le fait pas mais à côté on demande aux gens de planter des arbres. Ça a toujours été l’approche des libéraux : faire peser la charge de la solution sur les individus, en priorité les plus précaires.


Raphaël Glucksmann a annoncé sa candidature aux européennes. Pensez vous qu’une alliance serait envisageable ?


Le choix des écologistes, c’est d’avoir une liste écologiste menée par Marie Toussaint, qui défend notre projet.

Je partage beaucoup de combats avec Raphaël Glucksmann, que je respecte beaucoup. J’espère qu’il sera au Parlement. Mais, manifestement, on ne se retrouvera pas sur la même liste.


Pour conclure, avez-vous un mot pour les Sciences Pistes ?

Ce serait bien qu’ils rejoignent EELV Sciences Po [rires]. 

Je crois que l’avenir de l’Europe repose sur la jeunesse engagée, qui pour beaucoup est sur les bancs de Sciences Po. Les prochaines élections européennes vont décider de l’avenir. La dernière fois, c’est la jeunesse qui a fait le scrutin, qui a fait les villes écolos, qui a porté les écologistes en Allemagne, en Autriche, en Irlande. Si la jeunesse se mobilise, on peut y arriver. 

Propos recueillis par Racim Smahi et Orilia Attlan
Crédits photo : Téo Manisier

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Yannick Jadot : « Seules les énergies renouvelables sont des énergies de paix et de sécurité » https://www.lapeniche.net/yannick-jadot-seules-les-energies-renouvelables-sont-des-energies-de-paix-et-de-securite/ Fri, 18 Mar 2022 11:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=54281 La Péniche a reçu le candidat des écologistes à la présidentielle et député européen Yannick Jadot. Dans cet entretien, il revient, entre autres, sur la  crise ukrainienne, l’éviction de Sandrine Rousseau, ainsi que ses mesures pour réduire les inégalités.  

LA PÉNICHE. – Vous estimez que les Européens réunis pour un sommet à Versailles les 10 et 11 mars doivent décider de se passer des énergies vendues par Moscou, le gaz et le pétrole, afin de se montrer solidaires avec  les Ukrainiens. La France, et plus largement l’Europe, peut-elle survivre sans ces importations ?  

YANNICK JADOT. – Oui parce que c’est sûr qu’on a du gaz jusqu’à l’hiver prochain, et que l’enjeu c’est la paix, la sécurité et la démocratie en Europe. Ce qui se passe en Ukraine ce n’est pas seulement une affaire ukrainienne, même si elle est absolument abominable pour les ukrainiens, où il y a des crimes de guerre et des bombardements. Ce qui se joue c’est plus largement nos dépendances aux énergies fossiles et nos complaisances politiques qui sont liées à ces dépendances, dont il faut sortir. Ca veut dire se donner tous les moyens pour garantir l’approvisionnement en énergie des françaises et des français, et compenser les coûts pour les plus impactés. C’est un enjeu majeur et on voit combien aujourd’hui les questions du climat et de la paix sont des questions qui sont très liées, puisque finalement c’est notre addiction aux énergies fossiles qui pose problème.  

Au regard de ces récents événements, la dépendance énergétique à la Russie modifie-t-elle votre position vis-à-vis du nucléaire ?  

Pas du tout. Notre uranium vient essentiellement du Kazakhstan et d’Ouzbékistan ; nous avons vu les risques à Tchernobyl avec une centrale qui a explosé et continue de poser problème ; la Russie a bombardé la plus grande centrale  d’Europe… Ça me confirme, au contraire, dans l’idée que seules les énergies renouvelables sont des énergies de paix et de sécurité. Évidemment, on ne va pas arrêter le nucléaire du jour au lendemain, il faudra dans notre pays 20 ou 25 ans pour en sortir. L’enjeu c’est de ne pas construire de nouveaux réacteurs nucléaires, mettre le paquet sur les économies d’énergie notamment dans les maisons et les logements, puis développer les énergies renouvelables. C’est comme ça qu’à la fois on luttera contre le dérèglement climatique et pour la paix.  

Considérez-vous la sobriété énergétique comme une proposition réaliste aujourd’hui ?  

Elle est essentielle : la sobriété énergétique ce n’est pas avoir froid ou prendre une douche dans le noir tous les mois. C’est éviter le gaspillage de l’énergie. Quand je dis qu’on va investir massivement dix milliards d’euros par an sur l’isolation des logements, c’est avoir moins froid l’hiver, moins chaud l’été, économiser 700 euros par an, créer des dizaines de milliers d’emplois, et agir pour le climat. La sobriété c’est un projet positif, pas un projet de contrainte, où l’on s’affranchit de nos dépendances, on réduit nos dépenses et on protège le climat.  

Dans votre tribune parue au Monde le 9 mars, vous parlez d’une Europe unie  sur ce projet de se passer des énergies vendues par Moscou. Comment font des pays comme l’Allemagne, qui sont assez dépendants du charbon et du gaz ?  

Il faut une souveraineté et une solidarité européenne. Effectivement il va falloir aller chercher d’autres approvisionnements tant que nous n’aurons pas développé massivement les énergies renouvelables. Il faut un acheteur unique européen de gaz et de pétrole pour éviter la concurrence entre les États membres et obtenir les  meilleurs prix.  

À gauche, les querelles récentes sur la crise ukrainienne se multiplient, alors que plusieurs candidats mènent la charge contre Mélenchon. Vous avez  notamment jugé sa réaction à la crise complaisante. Cette « capitulation face à une dictature de Vladimir Poutine » est-elle la principale ligne de fracture entre vos deux candidatures ?  

C’est plus généralement le rapport à la démocratie. Pour moi l’écologie est indissociable de la démocratie. Ca veut dire comment notre projet écologique est mis en oeuvre dans notre pays — moi je fais confiance aux forces vives de notre pays — et évidemment comment on défend la démocratie dans le monde entier —  moi je défends la démocratie en France, mais aussi les droits de l’homme et de la  femme, les libertés fondamentales en Chine, en Russie, en Ukraine… Partout. Il  n’y a pas d’un côté la démocratie en France et puis après, selon que l’on est plus ou moins anti-américain, on aurait le droit d’être plus ou moins autocratique ou dictatorial. Pour moi, ça ne marche pas. Et puis je pense que l’Europe est une dimension politique géographique fondamentale pour peser dans  le monde aujourd’hui et avoir un modèle écologique social. Ce n’est pas forcément le projet de Jean-Luc Mélenchon, donc ce sont des différences politiques importantes.  

La finaliste de la primaire écologiste Sandrine Rousseau a récemment été exclue de votre équipe de campagne, accusée de « faire prévaloir une  expression personnelle sur le collectif ». Ces divisions internes sont-elles  responsables des difficultés de la campagne écologiste, qui peine à émerger dans les sondages ?  

On verra le 10 avril. À chaque campagne électorale, on nous fait le même couplet  sur les mauvais sondages, les dynamiques, l’écologie politique qui n’arrive pas à incarner les préoccupations des citoyens… On nous a fait ça aux européennes et on a fait deux fois plus que les sondages, et si on avait écouté les sondages on aurait pas gagné une seule ville écolo en 2020. Donc comme on dit chez moi,  c’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses ! On verra le 10 avril quels sont les scores qui seront sur la table.

Sandrine Rousseau a également affirmé dans une interview à Libération voir du sexisme dans cette éviction. Le collectif Osez le féminisme vous a notamment accusé de « feminist washing », notamment en raison d’un  manque de prise de positions sur les droits des femmes précédant la  primaire. Considérez-vous la question féministe comme un point faible de votre campagne ?  

Non, absolument pas. Les écologistes depuis quarante ans font du féminisme le cœur de leur priorité parce qu’on considère qu’il ne peut pas y avoir de combat écolo et de société apaisée où l’on s’épanouit quand la majorité est maltraitée. C’est assez basique. Les inégalités et les violences n’ont pas à être dans la société donc on mène ce combat depuis très longtemps, on va continuer à  le mener, et d’autres le mèneront. Le combat féministe, comme le combat écolo, n’appartient à personne.  

D’après un sondage France Inter Ipsos Sopra-Steria publié fin janvier, si vous êtes perçu comme le candidat le plus compétent sur l’environnement, seul  2 % des Français vous identifient comme le candidat le plus crédible sur des enjeux comme la délinquance ou le terrorisme. Êtes-vous en mesure de répondre à ces débats lancinants sur les questions régaliennes ?  

Bien sûr, ça fait longtemps qu’on fait des propositions. Étonnamment dans notre  pays — et c’est là que la campagne est incontestablement importante pour lever des doutes —, il est marrant qu’on fasse confiance sur la sécurité à ceux qui ont échoué. Au fond, les plus crédibles, c’est toujours la droite. Sarkozy a réduit de 12 000 postes la police, a mis à bas le renseignement local, a fait la  guerre en Libye… On a des soldats français peut-être tués par des armes issues de la Libye. On a un gouvernement où l’on a vu avec les derniers chiffres l’explosion des violences aux personnes et des violences sexistes et sexuelles. Et  ces gens-là nous donnent des leçons de sécurité. Nous on veut être efficaces en matière de sécurité : remettre les policiers et les policières dans la rue pour  s’occuper des tâches essentielles de prévention, d’investigation, et attraper les méchants quand il faut attraper les méchants. Aujourd’hui les policiers on leur demande de faire du contrôle au facies, de faire le maximum d’AFD [NDLR, amendes forfaitaires délictuelles], pour faire de la politique du chiffre. Ils n’ont pas le temps de s’occuper des vrais problèmes, de prévenir ou d’accompagner. Nous on aura une police efficace et nous n’avons rien à envier à ceux qui ont gouverné en matière de sécurité.  

Selon ce même sondage, la crise sociale semble être le principal enjeu de cette campagne, pour 42% des personnes interrogés, notamment avec la stagnation du pouvoir d’achat, la hausse des inégalités et le manque de mobilité sociale. Que proposez-vous pour répondre à cette principale préoccupation de la population française ?  

Le pouvoir d’achat c’est deux choses : les revenus qu’on touche et les dépenses.  Nous on veut notamment augmenter le SMIC à 1400 euros net dès notre arrivée —  1500 dans le courant du quinquennat — et augmenter les bas salaires, y compris dans la fonction publique. Ça c’est pour la partie revenus. Mais notre spécificité c’est de nous battre sur les dépenses contraintes, les dépenses de logements. On  veut construire 700 000 logements sociaux, on veut l’encadrement des loyers, on veut la garantie universelle qui mutualise et met dans une instance publique la question des cautions pour que les locataires et les propriétaires soient rassurés et protégés. On veut aussi un chèque énergie de 400 euros pour les 6 millions de  familles qui en ont le plus besoin et rendre gratuit le covoiturage, c’est-à-dire que les frais d’essence seront pris en charge par les entreprises quand il y aura  covoiturage. On veut donc agir à la fois conjoncturellement et structurellement sur le pouvoir d’achat parce qu’au fond les Français sont confrontés à des crises qui tiennent beaucoup au fait que l’on n’a pas anticipé. Par exemple, on a pas organisé la sobriété et notre souveraineté énergétique pour ne pas être dépendants des marchés internationaux et de leurs soubresauts.  

Parmi les mesures de votre programme, vous souhaitez aussi créer un revenu citoyen pour garantir 920 euros par mois à chacun, qui représenterait un coût  additionnel de 15 à 20 milliards d’euros par an…  

Effectivement, je veux que dans notre pays on éradique la grande pauvreté. Il n’est pas normal qu’à 18 ans et jusqu’à 25 ans, on n’ait pas accès à des minima  sociaux. Il n’est pas normal que tant de gens dans notre société n’arrivent même pas à obtenir le RSA parce que c’est compliqué de l’avoir. Donc moi je veux que personne ne soit en dessous de 920 euros par mois pour vivre. Ce n’est pas énorme, mais c’est le seuil de grande pauvreté. Et je veux que ce revenu citoyen soit accessible dès 18 ans parce que je veux aussi que les jeunes soient autonomes et puissent choisir leur vie. Dans ces conditions là, ce n’est pas magique mais c’est déjà 20 milliards d’euros, vous l’avez souligné.  

Est-il réellement possible d’allier capitalisme et écologie ?  

Il faut dépasser le capitalisme. Aujourd’hui, on le voit, le capitalisme est prédateur  du point de vue social, du point de vue de nos vies privées, avec la marchandisation des données personnelles, et du point de vue écologique. Il faut donc évidemment dépasser le capitalisme. Moi, mon modèle c’est une économie régulée écologiquement et socialement. C’est pour ça que nous imposerons la règle d’or climatique qui fera que chaque euro et chaque politique publique seront conditionnés au climat et à la justice sociale. 

Et c’est suffisant pour dépasser le capitalisme ?  

Le capitalisme, je l’ai dit, il faut le dépasser. Il faut réguler l’économie, c’est ce qu’on fait. Ce qu’il faut, de toute façon, c’est sortir de toutes les formes de prédation et de domination, mais il faut agir dès aujourd’hui. Heureusement que les syndicats se sont battus pour la protection des salariés, les congés, la santé au travail… sans se poser tous les matins la question de « Est-ce que je fais un compromis avec le capitalisme si j’augmente les salaires et si j’ai des congés payés ? ». Donc c’est une bataille très lourde qu’il faut mener, mais il faut la mener dès maintenant. 

Un autre sujet d’inquiétude est celui des déserts médicaux et du financement des hôpitaux. En quoi l’écologie va de pair avec la reconstruction d’un service public de la santé ?  

Parce que la santé, c’est au cœur de l’écologie. On voit qu’aujourd’hui il n’y a qu’une seule santé, que la santé environnementale, la santé animale et la santé humaine ne font qu’une. Donc on a un grand projet de santé environnementale et de sursaut sur l’hôpital avec le recrutement de 100 000 infirmières, l’augmentation des salaires pour redonner à l’hôpital sa capacité à être accessible à toutes et à tous pour une bonne santé.  

Question un peu plus générale, est-ce que selon vous la politique est un milieu où l’on doit faire carrière ?  

Non.  

Mais vous le faites quand même…  

Écoutez, j’ai commencé la politique en 2009, j’avais donc 42 ans. Donc j’ai eu plus de vingt ans d’engagement avant de faire carrière en politique. Je ne fais pas carrière, j’ai des mandats, mais vous pouvez considérer qu’effectivement depuis 2009 je vis de la politique, c’est incontestable. Mais je ne fais pas partie de cette  génération, et c’est le cas des écologistes le plus souvent, où l’on fait l’ENA,  Sciences Po — pardonnez-moi —, attaché parlementaire ou cabinet ministériel pour faire de la politique toute notre vie. On est tous et toutes des militants engagés et, à un moment donné, on considère que cet engagement on le porte dans un mandat, mais on a tous été d’abord des militants engagés sur le terrain pour sauver une rivière, combattre ici un entrepôt amazon, là une centrale nucléaire, protéger le thon rouge, combattre les violences faites aux femmes, le racisme ou la souffrance animale. C’est ça l’engagement écologiste.  

Finalement, si vous êtes élu Président de la République, quelle serait votre première mesure ?  

Ça sera de nommer une première ministre pour former un gouvernement. 

Crédit Image : ©SciencesPhotos

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Sandrine Rousseau : « Pour 2022, c’est foutu. Par contre, il y a 2027. » https://www.lapeniche.net/sandrine-rousseau-pour-2022-cest-foutu-par-contre-il-y-a-2027/ Fri, 25 Feb 2022 16:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=54256 Le mercredi 2 février, Sandrine Rousseau, finaliste de la primaire des Verts et militante écoféministe, était l’invitée d’une conférence organisée par Sciences Po Environnement et Politiqu’Elles. Intitulée « Écologie et féminisme, incarnations et perspectives », la conférence revenait non seulement sur son combat écoféministe, mais aussi sur la primaire écologiste et les moments forts de sa campagne.

Si les combats féministes et écologiques étaient initialement séparés aux yeux de Sandrine Rousseau, elle explique au début de la conférence avoir progressivement pris conscience du système de prédation des corps, de la Nature et plus particulièrement des femmes. Seulement, après l’échec de sa candidature à la primaire écologiste pour 2022, le courant écoféministe a-t-il un réel avenir au sein de la politique ? 

Aux racines de l’écoféminisme

Pour répondre à cette question, l’invitée a décidé de revenir aux racines de l’écoféminisme. La chasse aux sorcières en est un moment charnière. Alors que les femmes risquaient les pires tortures sur simple dénonciation, cette persécution a permis de moyenner un compromis résultant en la mise au foyer des femmes. Selon la femme politique, l’arrêt de la chasse aux sorcières, « arme de discipline massive », a joué un rôle clé dans l’organisation sociale des ménages et des couples, y compris jusqu’à ce jour. Ainsi, dès le dix-neuvième siècle, le corps des femmes est réifié, rabaissé et transformé en objet de reproduction. Les femmes sont renvoyées au versant de la Nature et sont décrites comme manquant de rationalité et de la capacité à diriger, qui serait supposément propre aux hommes.

Parallèlement à la prédation sur le corps des femmes se met en place une réification de la Nature. Selon Sandrine Rousseau, c’est ce qui permet de faire rentrer la Nature dans la sphère marchande : « Cette réification a une utilité : si ça devient un objet, alors on peut se l’approprier ». Elle poursuit, « On rationalise le monde : les femmes rentrent au foyer, la Nature devient un objet marchand, on organise la conquête des espaces coloniaux et on utilise les corps des esclaves, tout ça dans le but de créer un système économique qui génère du profit». Ce biais initial aux origines du système économique, qui est dénoncé par les militantes écoféministes, apparaît inséparable de notre système actuel.

Une campagne inédite

Comme Sandrine Rousseau l’explique, la dénonciation de la prédation et de sa pensée systémique, qui est à l’origine du système économique dans lequel nous sommes, fonde désormais sa pensée et son action politique. Toutefois, alors que le courant écoféministe est souvent perçu comme un mouvement activiste et apolitique, l’avènement d’un écoféminisme politique n’est-il qu’un fantasme ? Quelle a été son expérience d’une campagne politique écoféministe ?

En quelques mots, Sandrine Rousseau décrit cette campagne comme quelque chose d’inédit, s’éloignant des normes politiques actuelles. Elle explique, « c’étaient des gens qu’on ne voit pas d’habitude au sein de la sphère politique, qui ont peur de sa violence et s’écartent de ces milieux-là pour s’en protéger. » Si une campagne écoféministe entraîne un éloignement des normes politiques, a-t-elle réellement vocation à prendre le pouvoir ou à s’institutionnaliser dans un parti ? Sandrine Rousseau confie s’interroger sur la façon de poursuivre son combat : « Je me confronte actuellement au fonctionnement du mouvement politique traditionnel, et j’ai du mal à voir comment on peut s’y inscrire. »

« C’étaient des gens qu’on ne voit pas d’habitude au sein de la sphère politique, qui ont peur de sa violence et s’écartent de ces milieux-là pour s’en protéger. »

La finaliste de la primaire des Verts affirme tout de même avoir mis en lumière un écoféminisme extrêmement puissant, à même de transformer notre société et la politique. Bien qu’elle ait perdu la primaire, les mots qu’elle a évoqués restent dans le débat : homme déconstruit, écoféminisme, prédation… « Ces mots là, c’est un peu comme si j’avais jeté des sorts finalement, et qu’ils suivaient leurs vies indépendamment de moi. Je crois vraiment que ce qu’on a fait était très puissant. » 

Les coulisses de la primaire écologiste

Première candidate à se réclamer de l’écoféminisme en politique française, Sandrine Rousseau a été largement médiatisée, devenant ainsi la cible de nombreuses vagues de cyberharcèlement. Outre les 280 articles sur la notion d’« homme déconstruit » et une procédure judiciaire ouverte concernant cette fameuse prise de parole, elle explique avoir reçu de multiples menaces de viol. « Je crois que c’est la première fois que quelqu’un posait dans le débat le fait que la prédation n’est pas une affaire de femmes, mais qu’il y a aussi des comportements masculins et virilistes à changer », dit-elle au cours de la conférence.

« Valérie Pécresse est allée dès le lendemain chez Ciotti. Moi, c’est un peu tout l’inverse qui s’est passé. »

L’écologiste revient également sur sa défaite face à Yannick Jadot lors de la primaire organisée fin septembre. Alors que Sandrine Rousseau crée la surprise en arrivant en seconde place au premier tour, un système de phoning (appels téléphoniques pour démarcher) s’est mis en place au sein du parti Europe Écologie Les Verts pendant l’entre-deux tours, afin de convaincre de voter pour Yannick Jadot. Pour Sandrine Rousseau, il était impossible de reprendre des relations normales après ça. L’intégration dans l’équipe de campagne du vainqueur a également été particulière, notamment en raison du score très serré : « Valérie Pécresse est allée dès le lendemain chez Ciotti. Moi, c’est un peu tout l’inverse qui s’est passé. » Alors que l’équipe de campagne de Sandrine Rousseau était constitué de personnes précarisées et néophytes en politique, celle de Yannick Jadot était différente. Durant la conférence, elle qualifie la période de difficile, beaucoup de personnes n’ayant pas pu trouver leur place au sein de l’équipe du vainqueur de la primaire : « J’ai entendu beaucoup de mots… ‘L’équipe de Sandrine il n’y a que des fous et des folles, on ne sait pas ce qu’on va en faire’. »

Le ‘Je’ viriliste de 2022

Après quelques débats houleux au sujet du nucléaire, Sandrine Rousseau achève sa prise de parole en évoquant le futur de l’éco-féminisme. A-t-il des chances de survivre au sein de la campagne présidentielle pour 2022 ? Pour l’écologiste, il n’y a aucune chance : « Arriver à l’écoféminisme, c’est avoir travaillé sur les rapports de domination et de prédation, au-delà d’un programme. On voit déjà que le ‘Je’ viriliste revient avec Jadot, Mélenchon, Roussel… » 

Pour autant, les perspectives restent ouvertes pour amener, de nouveau, l’écoféminisme sur la scène politique. Faut-il créer un parti écoféministe ? Réinventer la politique au nom de l’écoféminisme ? Continuer le militantisme « gratuit et fatigant » ? « Pour 2022, c’est foutu. Par contre, il y a 2027 », dit-elle en souriant. Elle termine, « On a besoin de vous. Et puis franchement, une position dominante dans une société, on en fait le deuil assez vite. »

Crédits photo : Arthur Collin, Sciences Po Environnement

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Élections régionales 2021 : Julien Bayou (EELV) présente ses ambitions pour la jeunesse francilienne https://www.lapeniche.net/elections-regionales-2021-julien-bayou-eelv-presente-ses-ambitions-pour-la-jeunesse-francilienne/ Fri, 09 Apr 2021 07:42:47 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=53226 Mercredi 17 mars, La Péniche a assisté à une conférence de presse organisée par le parti Europe Écologie Les Verts, dans le cadre de la campagne des élections régionales en Île-de-France. À cette occasion, nous avons rencontré Julien Bayou, secrétaire national du parti écologiste et candidat à la présidence de la région (1). Lors de cette rencontre, plusieurs sujets ont été évoqués par les syndicats invités, puis par Julien Bayou, qui a présenté ses ambitions pour la jeunesse francilienne. Deux enjeux principaux ont émergé de ces prises de parole, le premier lié au climat et à l’éco-anxiété, le second associé à la précarité croissante des jeunes.

Écologie et participation politique

La question des bâtiments scolaires a par exemple été évoquée par l’UNL (Union Nationale des Lycéens), interrogeant le rôle des éco-délégués, privés selon le syndicat lycéen d’une participation concrète à la prise de décision relative aux enjeux écologiques. À ce sujet, Julien Bayou a évoqué son souhait de mettre en place un « conseil des éco-délégués », réaffirmant l’importance cruciale de la prise de parole des jeunes au sein des institutions. Concernant les bâtiments scolaires, Julien Bayou a regretté le « peu de rénovations » réalisées par Valérie Pécresse. Selon le candidat, la région aurait investi davantage dans les toilettes d’un établissement situé à Saint-Germain-des Prés (75) que dans l’intégralité d’un autre bâtiment scolaire à Coulommiers (77). À cet égard, Julien Bayou a réaffirmé sa volonté d’accélérer la rénovation de ces bâtiments, souvent sujets à l’amiante, à l’origine de nombreux cancers.

Précarité étudiante

L’UNEF (Union Nationale des Étudiants de France) a également mentionné le cas des transports franciliens, exigeant une gratuité à moyen ou long terme. À ce sujet, Julien Bayou a affirmé souhaiter mettre en place une tarification sociale, une gratuité complète étant pour le moment difficilement envisageable en raison de considérations budgétaires. L’AGEP (Association Générale des Étudiants de Paris), exprimant le même souhait quant à la tarification des transports franciliens, a également évoqué les aides d’urgence, jugées trop difficiles d’accès par le syndicat étudiant. Ce dernier a également mentionné l’ouverture du Revenu de Solidarité Active (RSA) aux jeunes de moins de 25 ans, mesure à laquelle Julien Bayou s’est déclaré favorable. Le secrétaire national d’EELV a par ailleurs annoncé souhaiter expérimenter un revenu universel dans une commune de 5 000 habitants, à destination de mères célibataires et de jeunes adultes, projet qu’il partage avec un Benoît Hamon renouant avec la politique, rallié au candidat écologiste dans les Yvelines (78).

D’autres enjeux tels que les logements étudiants ou l’accès à la santé ont été mentionnés par les syndicats présents. À cet égard, Julien Bayou a déclaré souhaiter mettre en place des centres de santé publics gratuits, à proximité des universités, afin d’assurer un meilleur suivi des étudiants. Le candidat à la présidence de la région a également défendu une logique de soutien au gel des loyers tout au long de la situation sanitaire, puis d’encadrement, afin de permettre aux jeunes de disposer de véritables logements plutôt que d’hébergements d’urgence.

« Fin du monde, fin du mois, même combat ? »

Alors, « fin du monde, fin du mois, même combat » ? La Péniche a interrogé Julien Bayou sur les moyens qu’il souhaitait mettre en place à l’échelle régionale pour soutenir les jeunes, particulièrement engagés dans la lutte contre le changement climatique, mais aussi sujets à une précarité croissante. Une enquête réalisée par Monique Ronzeau, présidente de l’Observatoire national de la vie étudiante, affirmait par exemple qu’un tiers des étudiants français interrogés déclarait avoir rencontré des difficultés financières depuis le début de la crise sanitaire (2).

Julien Bayou

À ce sujet, Julien Bayou a tout d’abord réaffirmé son enthousiasme vis-à-vis de cet engagement croissant de la jeunesse : « Je voudrais ré-insister sur le fait que cet engagement est merveilleux, qu’il nous bouscule. C’est émouvant. Je pense aux générations passées qui [évoquaient des] générations qui aujourd’hui sont dans la rue et dans les urnes. Nous ce qu’on veut, c’est les [inclure] dans les institutions […]. » Le secrétaire national d’EELV a néanmoins insisté sur l’importance de ne pas culpabiliser ceux qui ne sont pas en mesure d’avoir un comportement idéal en matière environnementale : « Côté citoyens et citoyennes, l’action individuelle est importante, mais il faut un continuum, de [cette] action individuelle à l’action des institutions. Parce que si vous et moi [devenons] exemplaires, mais qu’on laisse Total forer au large de la Guyane ou Lafarge rejeter des produits toxiques en toute impunité dans la Seine, on aura raté l’essentiel. Moi, je ne pousse pas et je ne culpabilise pas les gens qui par nécessité ne peuvent pas s’offrir ce qui aujourd’hui malheureusement est un luxe. Par contre, ce sur quoi la région peut intervenir, c’est démocratiser l’excellence ou le bio. Quand on développe le bio dans les cantines, c’est bien sûr d’abord le climat, la lutte contre les pesticides, le soutien aux agriculteurs et à la santé, mais c’est aussi une logique de justice sociale, parce qu’on sait que quand on développe des alternatives végétariennes à 10 centimes, peuvent venir manger des enfants dont les parents n’ont pas les ressources. […] C’est enclencher un cercle vertueux, c’est un peu première classe pour tout le monde si vous voulez. De la même manière, investir dans les détergents les plus propres dans l’entretien des lycées signifie une meilleure santé pour tous. »

Le candidat à la présidence francilienne a enfin réaffirmé l’importance cruciale des institutions dans la lutte contre le changement climatique : « Clairement, je crois qu’il ne faut pas culpabiliser les gens, parce qu’encore une fois, si vous et moi on est exemplaires mais qu’on laisse la pollution dans cet état, du fait du trafic automobile [par exemple], [ça ne suffira pas]. On sait par exemple qu’il n’y a pas une école en Île-de-France qui est dans les clous en termes de normes sanitaires. Si on veut lutter pour le bien-être, le climat, la santé, on doit agir au niveau structurel qu’est la région. »

Julien Bayou
Violences et harcèlement

On, le journal de l’université La Sorbonne, a également interrogé Julien Bayou sur les violences qui ponctuent l’actualité de ces dernières semaines, en Île-de-France notamment. Comment lutter contre le développement de tels affrontements, qui impliquent des individus souvent très jeunes ? « D’abord, il faut regarder les chiffres en face », a affirmé Julien Bayou. « L’Île-de-France concentre la moitié des rixes recensées. » Le candidat à la présidence de la région a ensuite décliné sa réponse en trois parties : le développement de moyens humains, de logiques de prévention et de moyens matériels.

« Nous voulons d’abord des moyens humains, que la police nationale renforce sa présence sur le terrain. Valérie Pécresse a avalisé le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux : sans surprise, ça se traduit par moins de fonctionnaires de police. […] C’est une logique comptable. [Cependant], […] on ne peut pas considérer la sûreté, le bien-être comme une [valeur] marchande. […] Ensuite, il faut développer une logique de prévention. La suppression de la police de proximité était une erreur. Là encore, c’est une logique comptable qui a prévalu. Nous voulons aller vers le plan Borloo avec des correspondants de nuit et une présence apaisante sur le territoire parce qu’on connaît les acteurs de ces lieux. Enfin, il y a une logique de moyens techniques. Pour schématiser, j’ai rencontré un commissaire à qui on a donné une arme de guerre, mais qui n’a pas la voiture qui va avec. Ça ne lui sert à rien d’avoir une arme de guerre s’il n’a pas les talkie walkies ou une voiture en bon état pour circuler. On revient à la question des moyens techniques. Autour de Drancy ou Trappes, vous avez deux à trois voitures la nuit pour patrouiller sur des zones de plus de 100 000 habitants. Des maires de droite le disent également, il y a un manque de moyens humains et techniques. »

Julien Bayou a également souligné la nécessité de revoir l’aménagements de territoires « qu’on a laissés se dégrader », ainsi que d’investir économiquement « là où il y a un désespoir, de la demande d’emploi et beaucoup de discriminations ». Enfin, le candidat à la présidence de la région est revenu sur un sujet de débats, la légalisation du cannabis, à laquelle il s’est déclaré favorable, avant de conclure : « Je pense qu’il faut prendre le temps de développer ces six axes pour prétendre lutter sérieusement contre ces phénomènes de violences. Si on se contente de [ce que] fait Darmanin, qui envoie des gens pendant deux semaines, et puis ensuite, c’est reparti, non seulement on ne traite pas le sujet mais on arnaque les gens. »

Julien Bayou a cependant complété son intervention, en évoquant d’autres types de violences, trop souvent oubliées selon le candidat écologiste : « Quand on parle de sécurité en acception normale, on a tendance à parler des incidents de sécurité publique, tout en occultant les violences domestiques à l’égard des femmes et des enfants. Pour nous ça relève de la sécurité. Si vous parlez de sécurité mais que vous n’adressez pas les transports et la question du harcèlement à l’égard des femmes, n’investissez pas dans les moyens humains pour assurer une présence, vous êtes disqualifiés à parler de sécurité. […] Ensuite on peut aller sur les questions de l’insécurité alimentaire, l’insécurité dans l’accès aux soins… Tout ça oblige à dépasser les simples slogans et à travailler le fonds du sujet ».

Concernant le harcèlement scolaire, Julien Bayou a exprimé la volonté de développer des correspondants dans les lycées, pour former à l’usage des réseaux sociaux, soulignant l’importance de la « formation de cette jeunesse à l’exposition et à la mémoire qui survit sur les réseaux sociaux, quand les générations précédentes y échappaient », mais aussi du corps enseignant et des forces de police. « Là encore on retombe sur des questions de harcèlement et de violences sexistes et sexuelles, parce que pour porter plainte, il faut pouvoir être accueilli et cru et ça n’est pas le cas. Donc il y a une logique que nous expliquent les associations féministes de terrain de former non seulement les lycéens et les lycéennes, mais aussi tout le corps enseignant et les agents à repérer des signaux de fragilité, de détresse… »

Finalement, cette rencontre entre Julien Bayou et les syndicats présents s’est articulée autour d’enjeux divers, écologiques bien sûr, mais aussi sociaux et politiques. À cet égard, la critique du candidat écologiste envers le gouvernement s’est animée dans la dénonciation régulière d’une jeunesse « abandonnée », menée par une Ministre de l’Enseignement Supérieur à « l’emploi fictif ».


Crédit images : Elise Ceyral

Image de couverture : Julien Bayou entouré des représentants syndicaux présents (de gauche à droite : Bérangère Poncet, Vice-Présidente de l’AGEP, Adrien Lienard, Vice-Président de l’UNEF et Mathieu Devlaminck, Président de l’UNL).

(1) Liste L’Écologie

(2) PAIRO-VASSEUR, Alice. « Précarité étudiante : une crise ‘sans précédent’ ». Le Point, [en ligne], 26/02/2012. URL : https://www.lepoint.fr/societe/precarite-etudiante-une-crise-sans-precedent-26-02-2021-2415544_23.php

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« Ça n’est pas la France dont nous voulons » : la proposition de loi « Sécurité Globale » vue par EELV Sciences Po https://www.lapeniche.net/ca-nest-pas-la-france-dont-nous-voulons-la-proposition-de-loi-securite-globale-vue-par-eelv-sciences-po/ Mon, 18 Jan 2021 12:59:47 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=53075 Le 4 décembre dernier, Europe Écologie-Les Verts Sciences Po et huit autres associations[1], syndicats et partis politiques sciencespistes ont co-signé une tribune[2] dans le média Politis pour demander le retrait de la proposition de loi dite « Sécurité Globale », dénonçant « un recul historique de notre démocratie. » Votée à l’Assemblée Nationale en novembre dernier, cette proposition prévoit, entre autres, de punir la diffusion « malveillante » d’images des forces de l’ordre. Depuis novembre, elle est examinée par le Sénat. Léon Thébault, étudiant en deuxième année et coordinateur d’Europe Écologie Les Verts Sciences Po, est revenu pour La Péniche sur cette initiative.

Léon Thebault
La Péniche : Peux-tu nous parler de ton parcours, de ton engagement politique ?

Léon Thebault : « Je me suis engagé pour la première fois à 17 ans dans le cadre des marches pour le climat, en organisant celles de ma ville d’origine. Ensuite, j’ai débuté mon engagement politique chez EELV l’année dernière, lors des élections municipales parisiennes, pour David Belliard. À la rentrée, nous avons également lancé la première antenne étudiante du parti à Sciences Po. Nous nous sommes en effet rendu compte qu’EELV n’était pas représenté dans les universités, contrairement aux autres partis. J’ai proposé cette initiative à Julien Bayou [Secrétaire national du parti EELV, ndlr.], qui a tout de suite accepté. Aujourd’hui, nous travaillons à « faire des petits », notamment à la Sorbonne et Assas, mais aussi à Montpellier, Toulouse, Bordeaux et Poitiers. »

Premier after-work Europe Écologie-Les Verts Sciences Po, en compagnie de Raphaëlle Rémy-Leleu et Julien Bayou
LPN : Comment est née cette tribune contre la proposition de loi dite « Sécurité Globale » ?

« Au sein d’EELV, nous nous sommes rendus compte qu’aucun parti politique ou syndicat de Sciences Po ne s’était réellement engagé contre le tournant sécuritaire du gouvernement Macron. Celui-ci a en effet débuté lors de la mise en place de l’état d’urgence sanitaire, conduisant à des restrictions de libertés importantes et à des atteintes à notre démocratie. Ensuite, ce tournant a été particulièrement frappant avec la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPR). Au sein de celle-ci, un sénateur UDI – soutenu par la majorité gouvernementale – a notamment inséré un article disposant que toute mobilisation au sein d’un établissement du supérieur qui perturberait la tranquillité de son enseignement serait sanctionnée de 45 000€ d’amende et de 3 ans d’emprisonnement. Autrement dit, il s’agit d’une remise en cause de notre liberté de manifester, à nous, les étudiants et étudiantes, parce que se mobiliser au sein de notre fac est un des moyens à notre disposition les plus évidents. Et on ne parle pas que de blocage : demain, ne serait-ce que faire un sit-in en Péniche à Sciences Po ou venir avec une pancarte pourrait être sanctionné de 3 ans d’emprisonnement et 45 000€ d’amende. Il s’agit d’une privation de liberté immense, qui s’est évidemment aggravée avec la proposition de loi « Sécurité Globale ».  Ça n’est pas pour rien qu’aujourd’hui des organismes internationaux mettent en garde le gouvernement français sur ses dérives relatives aux questions sécuritaires.

[La disposition de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche prévoyant de punir d’un an d’emprisonnement et 7 500€ d’amende (3 ans et 45 000€ dans le cas d’une réunion) l’intrusion de personnes extérieures aux universités « dans le but de troubler la tranquillité » des établissements a été censurée par le Conseil Constitutionnel le 21 décembre 2020, ndlr.].

L’idée était donc de parvenir à un consensus entre partis politiques de gauche, syndicats et associations de Sciences Po, malgré nos différences. Nous voulions affirmer que la France que nous propose Emmanuel Macron, autoritaire et sécuritaire, n’est pas du tout la France dont nous, monde étudiant engagé, voulons. C’est à partir de ce moment que nous avons lancé cette initiative. Nous avons écrit cette tribune au sein d’EELV et avons ensuite contacté des partis de gauche, syndicats et associations. Nous n’avons eu que des retours très positifs, et surtout, nous avons réussi à dépasser nos clivages : il suffisait d’initier cette démarche. »

LPN : Peut-on parler d’une union de la gauche sciencespiste ?

« C’est ça qui est intéressant. On ne l’avait pas encore vu au sein de Sciences Po, mais cette tribune montre bien qu’il existe des convergences entre les divers partis de gauche. Bien entendu, il existe des différences, c’est pour cela que nous ne sommes pas tous dans le même parti. Mais il existe des questions, comme celle de la République, sur lesquelles nous sommes tous d’accord.

L’idée, c’est de ne pas s’arrêter là. Notre souhait est de continuer à échanger, à travailler ensemble et à co-construire des projets. Évidemment, nous ne sommes pas naïfs, nous savons que parfois cela ne fonctionnera pas. Mais dès que cela sera possible, il nous faut arriver à travailler ensemble. D’ailleurs, nous nous engageons dans cette démarche au-delà de Sciences Po : pour les élections régionales, EELV fait par exemple alliance avec Génération.s et quatre autres partis en Île-de-France. »

LPN : L’article 24 de la proposition de loi est probablement celui qui a fait couler le plus d’encre et sur lequel vous vous êtes le plus exprimés dans cette tribune. Pourquoi est-il problématique selon toi ?

« Cet article prévoit d’interdire la diffusion d’images qui pourraient porter atteinte à l’intégrité physique ou psychique d’une personne appartenant aux forces de l’ordre, cette diffusion étant punie d’un an d’emprisonnement et 45 000€ d’amende. Ce qui pose problème, c’est qu’aujourd’hui ces vidéos sont essentielles pour la presse, pour notre démocratie et la liberté d’expression. Ce sont ces vidéos qui nous ont permis de prouver de nombreuses violences policières, comme récemment sur Michel Zecler, tabassé chez lui par quatre officiers de police, alors que cette proposition était à l’étude.

Ce que nous défendons dans cette tribune, c’est que les forces de l’ordre doivent être respectées parce qu’on en a besoin et qu’elles font un métier très difficile. Cependant, ça n’est pas en réduisant nos libertés que nous allons pouvoir les protéger. La solution, c’est plus de financements matériels, mais aussi investir dans les forces humaines.

Dans notre démarche, nous ne voulons pas faire de généralités : les forces de l’ordre ne sont pas systématiquement à l’origine de violences, mais il ne faut pas fermer les yeux car ces violences existent. C’est pour cela que pouvoir les filmer, notamment durant les mobilisations, est essentiel. »

LPN : Pourtant, cet article dispose que ces images pourront être transmises aux « autorités de police administratives et judiciaires compétentes ». Pourquoi est-ce que cela demeure insuffisant selon toi ?

« Il y a un aspect dissuasif qui est évident. Pour reprendre l’exemple de la loi LPR, le gouvernement met en place des sanctions très élevées, en sachant très bien qu’un étudiant ne prendra pas le risque d’avoir un casier judiciaire ou de finir en prison. Ici, c’est la même chose : un an d’emprisonnement et 45 000€ d’amende, c’est une sanction très élevée, qui a un réel effet dissuasif.

Ensuite, sur des questions de société aussi importantes, il est normal que les citoyens et citoyennes puissent avoir un droit de regard et s’exprimer, que ça ne reste pas toujours au sein des institutions de police, qui manquent de transparence. D’ailleurs, certaines enquêtes menées par l’IGPN [Inspection Générale de la Police Nationale, ndlr.] n’aboutissent à aucune sanction alors qu’il y a eu violences policières. Plus largement, sur l’aspect symbolique, cette loi remet en question des droits fondamentaux dans notre République, que sont les libertés d’expression et de la presse. »

LPN : Filmer les policiers, un droit démocratique ?

« Évidemment, il ne faut pas que ces vidéos soient faites au détriment des forces de l’ordre. Sauf que dans la réalité, ça n’est quasiment jamais le cas et elles sont très utiles pour lutter contre les violences policières. En cela, oui, c’est un droit démocratique. Pourquoi les forces de police auraient-elles le droit de nous surveiller 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, avec notamment la surveillance par drones, autorisée par cette même loi et nous, nous n’aurions pas le droit de filmer leurs dérives ? Il y a un problème d’égalité dans cette loi qui est flagrant. »

Manifestation du 28 novembre 2020 contre la proposition de loi relative à la sécurité globale.[1]
[1] Creative commons https://en.wikipedia.org/wiki/en:Creative_Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/deed.en, author https://commons.wikimedia.org/wiki/User:Jules*
LPN : Que penses-tu de la réécriture de l’article 24 annoncée par le Gouvernement ?

« Cet article va être réécrit par des députés de la majorité, on peut se douter que la réécriture ne sera pas suffisante pour en changer le fonds. Plus généralement, ça n’est pas la forme de l’article qui pose problème, mais vraiment son fonds et la symbolique qui existe derrière cette proposition de loi. Ce qui pose problème, c’est la gestion des forces de police et du maintien de l’ordre que défend le gouvernement. Si on veut vraiment aider les forces de police aujourd’hui, il faut plutôt augmenter les financements et aller vers une autre maîtrise des manifestations. »

LPN : À cet égard, que penses-tu de l’élargissement des champs d’intervention de la police municipale, prévu par cette proposition ?

« On ne peut pas valider ce genre de mesures, qui vont encore augmenter les pouvoirs des forces de police municipales, en donnant la responsabilité aux communes. L’État se décharge de son rôle régalien. Sur cette proposition, comme sur l’ensemble des propositions de la loi « sécurité globale » que nous propose le Gouvernement, nous sommes en désaccord. »

LPN : La proposition de loi prévoit également une utilisation plus importante des caméras individuelles par les forces de l’ordre, afin d’informer « le public sur les circonstances de l’intervention », est-ce une avancée que tu salues malgré tout ?

« C’est une avancée, car ces vidéos pourront montrer des dérives. Mais ce qui pose problème, c’est la réciprocité. Seuls les policiers pourront filmer et les manifestants ne le pourront pas. Dans cette proposition de loi, on retrouve toujours le même problème d’égalité et de transparence. C’est donc une demi-avancée, qui, en réalité, représente presqu’un recul puisqu’on autorise ça mais on interdit aux manifestants et manifestantes de filmer. On ne peut pas comprendre une situation aussi complexe qu’une intervention en situation de manifestation en n’ayant que la vision de l’un des acteurs. »

LPN : Vous parlez d’une proposition destinée à « encadrer la liberté d’expression, la liberté de la presse et la transparence de notre République » : selon toi, son objectif premier n’est-il pas le bon ?

« À un an et demi des élections présidentielles, Emmanuel Macron est dans une stratégie politique pour plaire à la droite. Il a essayé aux dernières présidentielles de plaire à gauche, mais aujourd’hui tout le monde sait qu’il s’agit d’un gouvernement de droite, il ne faut pas hésiter à le dire. Cette loi va dans ce sens. Derrière l’idée de protéger les forces de police – ce qui plaît à la droite et qui peut paraître légitime – il s’agit d’une réduction de nos libertés, de nos capacités de « nuisance », en tant qu’opposition politique, militante et associative, pourtant essentielles au débat démocratique. »

Manifestation du 28 novembre 2020 contre la proposition de loi relative à la sécurité globale.[1]
[1] Creative commons https://en.wikipedia.org/wiki/en:Creative_Commons Attribution-Share Alike 4.0 International license https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/deed.en, author : https://commons.wikimedia.org/wiki/User:Jules*
LPN : En 2019, 7399 policiers ont été blessés en mission. Vous le dites dans cette tribune, « nos policier.es et gendarmes doivent être respecté.es mais, ils-elles ne sont pas au-dessus des lois ». Comment agir contre les violences faites aux forces de l’ordre sans mettre en danger la liberté d’expression ou mettre de côté les violences policières ?

« Les forces de l’ordre ne sont pas au-dessus des lois, mais évidemment les manifestants ne le sont pas non plus. Les violences, qu’elles viennent de l’un ou l’autre acteur, ne peuvent être légitimées et on ne doit pas rester dans un système qui les entraîne. On peut prendre l’exemple de pays anglo-saxons qui arrivent à réguler les mobilisations et les violences qui peuvent en découler, sans passer eux-mêmes par l’usage de la force. Ce sont des exemples que l’on doit suivre pour éviter un engrenage de la violence. »

LPN : Dans cette tribune, vous enjoignez les étudiants, entre autres, à « défendre [leurs] droits […] [la France] de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité » : pourquoi la mobilisation étudiante est-elle centrale selon toi ?

« Si on ne se bat pas aujourd’hui, la société dont nous hériterons demain sera pire, sur les questions environnementale, mais aussi autoritaire et sécuritaire. Toutes les victoires que l’on a obtenues depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale sont en train de nous être reprises. Notre génération est en train de subir une véritable remise en cause de ses libertés. Il est donc essentiel que les premiers concernés se mobilisent, à travers les manifestations ou sur les réseaux sociaux. Il faut montrer que non, nous ne cautionnons pas les propositions du gouvernement Macron et que la France doit rester un État de droit. Nous devons pouvoir nous mobiliser, dans le respect d’autrui évidemment. »

LPN : Pour finir, que penses-tu de la mise en place d’un Beauvau de la sécurité ?

« Il est important de réfléchir, de proposer des solutions pour sortir de cette crise. Le problème, c’est que c’est le gouvernement qui va organiser ce Beauvau. On peut se douter que les propositions iront donc dans la logique de la loi « Sécurité Globale ». Si c’est pour aggraver la situation, nous disons non. Oui, il faut en parler, mais il faut que toutes les opinions puissent être entendues. »


[1] Génération.s Sciences Po, Union des Étudiants Communistes de Sciences Po, Parti Socialiste Sciences Po, UNEF Sciences Po, Sciences Po Écologique et Solidaire, SOS Racisme Sciences Po, Terra Nova Sciences Po, Sciences Po Zéro Fossile

[2] Lien de la tribune : https://www.politis.fr/articles/2020/12/securite-globale-ce-nest-pas-la-france-dont-nous-voulons-42605/

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