Auteur : Max Cocard
« Je bosse pour la planète », Claire Pétreault, 240 pages. Paru le 20 février 2025. 17,90€.
Publié début 2025 aux éditions Eyrolles, le premier livre de Claire Pétreault passe en revue les métiers de la transition écologique. Intitulé « Je bosse pour la planète : trouve ta voie et donne du sens à ton travail », l’autrice a pour ambition de mieux guider les individus soucieux d’insuffler du sens dans leur travail. L’alumni de Sciences Po et fondatrice du média Les Pépites Vertes décrit comment tous les secteurs de l’emploi peuvent et doivent contribuer à la transition. En adoptant une approche centrée sur le lecteur, son parcours et ses aspirations, elle s’adresse aussi bien aux jeunes qu’aux personnes en reconversion. Une lecture complète du livre permet d’en apprendre plus sur les enjeux du changement climatique, sur le lien entre transition écologique et travail, ainsi que sur soi-même.
Le livre est structuré en quatre parties : « Explorer les opportunités d’avenir », « Définir ton projet professionnel engagé », « Te donner les moyens de trouver ta place » et « Faire grandir ton engagement dans le temps ». Leur enchaînement offre un fil conducteur cohérent et permet d’aborder les divers rôles, structures et tailles d’organisations mais également d’aborder les thèmes de motivation, de candidatures et de santé mentale. Le ton, optimiste et encourageant, donne envie de s’immerger dans la lecture et de répondre aux nombreuses questions interactives. Du début à la fin, l’autrice nous guide dans la quête d’un métier alliant convictions écologiques et réalité économique. Mêlant conseils pratiques et témoignages inspirants, le livre aborde le sujet de manière pédagogique et utile.
Les exercices de réflexion personnelle permettent au lecteur de mieux conceptualiser ses propres envies et ambitions, et de les comparer aux réalités du marché de l’emploi. Ainsi, on se retrouve à calculer son salaire idéal, à écrire sur ses peurs ou encore à réfléchir sur la structure et l’échelle à laquelle on aimerait travailler. L’une des forces du livre réside également dans la diversité des témoignages recueillis, mettant en avant une multitude d’organisations diverses. On y retrouve par exemple Marie Darcas, responsable des opérations chez Ateliers Bio de Provence, Rose-May Lucotte, cofondatrice et directrice des opérations de ChangeNOW, ou encore Marion Velley, manager de la durabilité chez Volvo Group.
Mais le livre a aussi ses faiblesses. Malgré un chapitre consacré au greenwashing, on pourrait regretter l’absence d’une mise en garde plus appuyée contre les bullshit jobs, ou une critique plus incisive du rôle des grandes entreprises, des cabinets de conseil, de la finance, et plus largement du capitalisme causant la destruction de la planète. De même, il semble difficile de ne pas remettre en cause la promotion de métiers qui participent à la surconsommation (même si de manière plus éthique) comme le marketing durable. Enfin, bien que le problème systémique soit identifié et décrit, des phrases telles que « tu as quand même de l’influence, quelque part » risquent de légitimer la responsabilisation de l’individu.
Cela dit, c’est peut-être là que réside la force de l’ouvrage : refuser la polarisation et l’activisme trop marqué pour mieux toucher un public large, en particulier celles et ceux qui cherchent avant tout des repères concrets dans un monde professionnel incertain. L’approche pragmatique de l’autrice a pour objectif d’offrir des conseils, d’aiguiser le lecteur et de faciliter son insertion dans les métiers de la transition.
Finalement, « Je bosse pour la planète » tient ses promesses. Fidèle à son titre, le livre dresse un panorama riche des métiers liés, de près ou de loin, à la transition écologique. Les outils proposés sont précieux pour qui saura s’en saisir. Certes, certains passages peuvent sembler basiques pour des étudiants instruits et confiants en leur parcours. Mais pour celles et ceux qui doutent, qui cherchent encore leur voie ou se demandent simplement comment concilier écologie et gagne-pain, cette lecture constitue une ressource riche et édifiante. Alors quoi de mieux que de vous faire votre propre avis ?
]]>Curieux hasard. Comme un signe du destin. C’est dans un café avoisinant la place de la Nation que nous retrouvons Jeanne1, la vingtaine. « J’avais mené mes premières actions par ici », confesse-t-elle, le sourire aux lèvres, en cet après-midi de novembre. « On se réunissait tous les vendredis, en séchant les cours. C’était génial ! On était libres et on gardait bonne conscience ».
Comme beaucoup d’autres, cette jeune militante a franchi un cap en participant aux marches hebdomadaires pour le climat dès 2019. En rejoignant la famille Greenpeace, c’est aussi une certaine émulation qu’elle a trouvée. « On était entre amis, on riait beaucoup, mais ça ne nous empêchait pas de voir que nos actions pouvaient vraiment servir et trouvaient un immense sens ». Un sens du siècle, pour la préservation de notre planète.
Elle donne également un sens professionnel à ce goût pour l’engagement. En septembre dernier, elle a obtenu un poste de stagiaire pour une durée de six mois au Ministère de la Transition Écologique et de la Cohésion des Territoires. « Pour son approche pragmatique », plus centrée sur les actions de terrain, glisse-t-elle. Au quotidien, ses journées se courent de dossiers en communiqués, à pas de charge, sur l’impeccable moquette du bureau de son maître, bien loin du pavé mal équarri, humide.
Mais, à ses yeux, son parcours ne souffre d’aucune incohérence. Car entre Greenpeace et l’Hôtel de Roquelaure, son action s’est déployée en politique jusqu’en 2021, à Europe Ecologie Les Verts (EELV). Militante au niveau régional, elle a notamment porté la candidature malheureuse de Sébastien Barlès à la mairie de Marseille au premier tour en 2020.
« Pour moi, Greenpeace, ça a vraiment été un lieu d’éducation à la question environnementale et de découverte des moyens d’agir en politique. Puis, à EELV, j’ai appris plus prosaïquement comment débattre, convaincre, mais j’étais frustrée de ne pas pouvoir appliquer ce en quoi je crois. L’aboutissement le plus logique, c’était le Ministère : ici, on change vraiment les choses », affirme-t-elle.
En est-elle bien sûre ? C’est en tout cas le constat contraire qu’a fait Zoé, une lycéenne de 19 ans avec un CV militant déjà bien garni. « J’étais à Sainte-Soline ». Sainte-Soline : une symphonie qui rime dans toutes les têtes avec le mouvement des Soulèvements de la Terre2, dont Zoé n’était pas membre ce jour-là. Apartisane, mais pas apolitique.
Résidant à Fronton, à quelques kilomètres de Toulouse, elle a aussi participé aux manifestations contre le projet d’A69, qui lierait la Ville Rose à Castres. « Une idée archaïque ; et après, on nous reproche de prôner la méthode Amish ! », s’indigne-t-elle, en référence à une sortie polémique d’Emmanuel Macron devenue célèbre3.
Une diversité de combats qu’elle mène pour la société ; qui doivent être menés par la société également. En effet, son avis sur la capacité du politique à changer son destin est tranché. Le diagnostic est simple : Zoé est désenchantée. Elle fait partie de ces 81% de jeunes qui n’y croient plus4, ou qui n’y ont jamais cru.
La raison ? « Des intérêts qui ne sont pas les miens », rétorque-t-elle. La puissance publique serait déconnectée de la jeunesse, voire lutterait contre elle, en alignant ses décisions avec les souhaits des grandes entreprises du privé. Le dossier de l’A69 en est pour elle l’illustration même. Le journal Reporterre a révélé dans une enquête5 sur les coulisses du projet de l’A69 que l’industriel pharmaceutique Pierre Fabre s’est débattu, des décennies durant pour sa construction . Une collusion qui se justifie par le profit, par des logiques guidées par des intérêts économiques, non par des intérêts humains.
Sur cet aspect, Zoé aspire à un réinvestissement du politique à une échelle plus locale. « Lorsque l’on regarde dans l’Histoire, par exemple la Commune de Paris ou l’organisation anarchiste de Barcelone [en 1936, administrée par le POUM6, ndlr], on respectait plus les intérêts des citoyens. Aujourd’hui, ça n’existe que dans les ZAD. Je serais pour qu’on donne plus de pouvoirs aux administrations locales, parce que ce sont elles qui sont au plus proches de nous », des citoyens.
Zoé se veut héritière d’Henry David Thoreau. Son cheval de bataille, c’est « la désobéissance civile ». Ses références? Des activistes et penseurs néo-marxistes. « Camille Etienne, évidemment », révèle-t-elle. Avant de poursuivre sur Andreas Malm, qui, dans son ouvrage Comment saboter un pipeline ?7, préconise face « à un désespoir total » une action contestataire qui ne doit pas se restreindre au cadre de la loi.
Des avis sur lesquels diverge Jeanne. Elle décline sa position via plusieurs exemples, pour soutenir sa thèse : « Moi, par exemple, je crois à la Sécurité Sociale, à la laïcité, à l’Education Nationale. Mes proches se moquent de moi en me disant que je travaille pour Macron. Mais je n’ai pas honte de penser que, si on n’avait pas eu un État interventionniste, aujourd’hui, certains soigneraient leur cancer à coups de Doliprane ».
Pour elle, également, agir seulement à une échelle locale, c’est être condamné à l’échec. « L’enjeu est global », rappelle-t-elle. Et toutes les récentes études le confirment. Dans son essai Insoutenables Inégalités8, l’économiste Lucas Chancel développe ces points. Sa recherche aboutit à une interdépendance des inégalités économiques et écologiques, au niveau mondial. Avec, pour conclusion, la nécessité de redéfinir des liens de coopération ainsi qu’une justice climatique. Des efforts lancés au cours de la COP21, avec l’instauration d’un Fonds Vert9 pour le climat de 100 milliards d’euros par an, financé par les pays du Nord, vers les pays des Suds, aux ressources exploitées et pillées par la colonisation. Un Fonds Vert, stagnant aujourd’hui au rang d’utopie.
Paradoxalement, Jeanne et Zoé semblent être des exceptions parmi la jeunesse, justement par leur engagement. Dans une enquête du CEVIPOF parue en novembre, intitulée « Jeunes en France »10, nous apprenons que seuls 60% des 18-24 ans se disent engagés, huit points de moins qu’il y a dix ans. Le répertoire varié de l’action politique a tendance à se focaliser sur les actions individuelles. La protestation politique, au sens que nous l’entendons communément (participation à des manifestations, des campagnes, élections, principalement) ne constitue une preuve d’engagement qu’aux yeux de moins d’un quart des sondés (23%). À présent, l’expression advient par le boycott ou le buycott, pour faire perdre ou – inversement – gagner de l’argent à des entreprises en fonction de leur comportement environnemental. Des initiatives à la dimension symbolique, qui échouent souvent sur le manque de coordination des agents économiques, comme le rapporte Olivier Estèves, maître de conférences à l’Université Lille III11. Cependant, ne nous y trompons pas : si la mobilisation est individualisée, les jeunes reconnaissent l’environnement comme une priorité politique. Dans cette étude, plus de 40% d’entre eux la mettent en première place de leur mobilisation actuelle.
Il est à penser que l’action demeure consubstantielle à la capacité de l’individu à agir, face à des situations structurellement inégales. Inégales sur les moyens. Économiques, déjà ; en ce sens, le boycott, proportionnel au budget est un recours potentiellement universel. Et de compétences. La valeur reconnue par le marché du travail de l’individu est dépendante de son niveau d’éducation. Le diplôme compte toujours, dans l’esprit d’une société au système universitaire fracturé entre universités et grandes écoles. Or, lorsqu’ils détiennent un poids d’influence, lorsque leur avis compte aux yeux des pouvoirs publics et privés, les individus ne se défilent pas, comme l’a démontré la vague de « désertion »12 de HEC et d’Agro Paris Tech ; de ces étudiants qui, lassés de servir le modèle qui nous a menés jusque-là, ont refusés les carrières dorées promises.
Gaspard Koenig, philosophe, s’est inspiré de ces récits pour son roman Humus, finaliste du Prix Goncourt cette année. Symbole d’un fait social devenu culturel. Les deux protagonistes de l’ouvrage, étudiants en agronomie, renoncent aux prestigieuses voies de sortie qui leur étaient offertes et cherchent à raffermir une terre martyrisée par les pesticides. La toile de fond est sociale. Arthur est issu d’une famille bourgeoise et croit dur comme fer dans son idéal. De son côté, Kévin, aux parents ouvriers agricoles, finit par trahir ses convictions écologiques et cède aux méandres d’un capitalisme vert qui se vend, angélique, comme source de transfusion de classe.
Néanmoins, les jeunesses que nous venons d’esquisser ne peuvent se désunir. Elles sont les seules à pouvoir agir sur leur avenir. Jeanne nous partage cette expérience : « au Ministère, tous mes collègues plus âgés sont intéressés par le sujet bien sûr, mais pas avec la même volonté que la mienne». Une vigueur à géométrie variable qu’elle explique par une émotion : « la peur ».
Une position commune avec Zoé, pour qui la mobilisation, par l’action, permet de lutter contre ce qui nous menace tous. Auteur d’un article sur l’engagement des jeunes en politique pour le magazine Émile13, le journaliste Ismaël El-Bou Cottereau raconte : « Dans mes entretiens, j’ai bien compris qu’on se mettait en action en politique pas simplement pour la révolte, mais par le désir de briser une forme d’impuissance. Dans l’enjeu environnemental, l’éco-anxiété est une clé de lecture ». Dans une étude de 2021 du Lancet Planetary Health, 60% de 10 000 jeunes interrogés déclarent en souffrir14. Une impuissance paralysante, qui nous mettrait victimes d’un destin face auquel on ne peut rien faire.
C’est la génération « Climat ». Celle qui a grandi dans l’espoir de la COP21, qui a connu les grandes vagues d’incendies des années 2020, de l’Australie à la Grèce, de l’Aquitaine à la Provence.
Ces générations sont celles qui, en dépit de leurs disparités économiques, sociales, culturelles, sentent ce devoir d’agir. Uniquement parce que la jeunesse, dans son identité, est la seule qui puisse offrir assez de vigueur à cette lutte. Uniquement, parce qu’elle ne réfléchit pas dans le mouvement accéléré15 du monde, du temps présent, économique – des bilans annuels – et politique – des élections. Elle se projette sur le long terme. Non pas pour ses enfants, mais pour elle, directement. La crise climatique, c’est la fin d’un monde : le sien.
Le climat au service de la jeunesse ?
Le Vieux-Monde s’écroule, et nous regardons ailleurs. Ceux en capacité d’agir sont parfois accusés de mépriser cette inquiétude. Le 3 novembre dernier, le Président de la République Emmanuel Macron avait été repris en Bretagne sur la question climatique par un adolescent sur ses déplacements en avion. Sa réponse, teintée de relents pédants, avait choqué. Ce qui nous pose plus profondément cette question : Qu’est-ce que grandir ? Ou plutôt, qu’est-ce que devrait être grandir pour cette génération confrontée à une crise d’origine anthropique sans précédent?
De nos jours, la doxa considère toujours la maturité par la manière dont elle se complait de la réalité. Comme si vivre, c’était énoncer un compromis permanent entre ses ambitions et le réel, puis, qu’avec le réel. C’est, quelque part, ce que nous pourrions nommer « l’effet Peter Pan ». Dans son ouvrage éponyme, James Matthew Barrie écrit : « Nul n’oublie la première injustice ; nul, sauf Peter ». Si Peter Pan reste dans l’enfance, c’est parce qu’il ne l’a pas connue. On ne deviendrait adulte que par un double processus. Déjà, la découverte de celle-ci. Puis, l’apprentissage qu’on ne pourrait lutter frontalement contre. Caricaturalement, l’on pense que grandir, c’est trahir. Plus nuancé, on devient pragmatique.
Que les ambitions climatiques s’opposent à la froideur du réalisme, ce n’est pas nouveau. L’exemple le plus frappant demeure Mai-68, parti des lycées et des facs, qui se battaient pour des valeurs post-matérialistes, de liberté, de solidarité… de bonheur, en bref. Mais, nous ne sommes plus dans luttes simplement post-matérialistes. Le climat n’est pas un sentiment, mais une vérité naturelle. Pas une opinion, mais des faits, incontestables scientifiquement. En dehors des opinions, mais impactée par une morale encore pesante. Comme l’écrivait Emmanuel Kant, dans sa Critique de la Raison Pure, « la paresse et la lâcheté sont les causes qui font qu’un aussi grand nombre d’hommes préfèrent rester mineurs leur vie durant, longtemps après que la nature les a affranchis de toute direction étrangère ; et ces mêmes causes font qu’il devient si facile à d’autres de se prétendre leurs tuteurs ». Par l’infantilisation, on réduit dans le débat public cette jeunesse, qui manquerait d’expérience. Zoé, sur un ton hilare, nous rappelait : « Parfois, quand je débats avec mes parents, j’ai l’impression d’être dans OSS 117, avec Hubert Bonisseur de la Bath qui nous dit sur la plage : « vous savez, le monde, il vous attend pas ! » ».
Or, ce n’est pas parce que le monde refuse la justice que l’on ne doit pas se battre pour elle. Se battre pour réduire l’écart entre ce qui est et ce qui devrait être.
Confrontées à cette crise climatique, les jeunesses avancent sur des parcours pluriels, dépendants bien plus des moyens des individus que de leur volonté. Cette dernière est commune, et peu la contestent. C’est une question d’avenir qui se présente à cette génération. C’est également une question d’héritage. Jeanne le sait : « Je me bats aussi pour l’image qui restera de moi, de ma génération. Peut-être qu’on ne réussira pas. Mais l’enfer c’est surtout de ne pas tout faire pour l’éviter. Je ne veux pas qu’on se dise, comme je le fais pour mes parents, qu’ils auraient pu mais ont procrastiné […] je me bats pour ce qui restera de nous ».
L’origine étymologique krisis en est un signe. Une crise, ce n’est pas qu’un moment délétère. C’est un instant de choix, une “révélation”. Pour que la peur ne paralyse pas. Pour que le naufrage ne nous submerge pas.
1 Les entretiens ont été anonymisés par soucis de confidentialité
2 L’entretien a été réalisé le dimanche 5 novembre, soit quatre jours avant la décision du Conseil d’Etat de suspension du décret de dissolution de l’organisation. Contactée a posteriori, Zoé nous a répondu sobrement : « Bien joué Gégé ! ».
3https://www.lefigaro.fr/politique/je-suis-pour-une-societe-ecologique-mais-pas-amish-macron-utilisait-deja-ce tte-expression-en-2016-20200916
4https://www.liberation.fr/politique/elections/presidentielle-des-jeunes-desenchantes-mais-pas-demotives-20 220321_XDNOZZEHQJFWVF4A7QWMPRNDLY/
5 https://reporterre.net/Elus-industriels-Dans-le-Tarn-les-barons-de-l-A69
6 Sur ce sujet, voir le film de Ken Loach Land and Freedom
7 MALM, Andreas. Comment saboter un pipeline ? La Fabrique. [s.l.] : [s.n.]. 2020
8 Pour retrouver les données étudiées, voir le site : https://lucaschancel.com/insoutenables/9https://www.lesechos.fr/2015/11/cop-21-le-fonds-vert-pour-le-climat-affiche-cinq-priorites-dinvestissement-2 82255
10 https://theconversation.com/comment-les-jeunes-sengagent-218165
11 https://maconscienceecolo.com/le-boycott-est-il-efficace/
12https://theconversation.com/reveil-ecologique-des-grandes-ecoles-ce-que-nous-ont-appris-les-discours-de-je unes-diplomes-196263
13 https://www.emilemagazine.fr/
14 https://www.cidj.com/vie-quotidienne/eco-anxiete-chez-les-jeunes-et-si-c-etait-une-bonne-nouvelle
15 Référence à l’ouvrage du sociologue de l’Ecole de Francfort : ROSA, Hartmut. Accélération. Une critique sociale du temps. La Découverte. [s.l.] : [s.n.]. 2011.
Artificialisation des sols, réchauffement climatique, effondrement de la biodiversité, inégalités climatiques : la crise écologique et sociale fait désormais partie de notre quotidien. Il est temps d’agir. Collectivement. Face à la mesure du changement à atteindre, nous appelons nos établissements à prendre leurs responsabilités et à agir de manière participative et concrète.
Avec le concours d’associations et de collectifs, les étudiant·e·s s’activent déjà depuis de nombreuses années afin de faire évoluer les pratiques de leurs écoles respectives, sensibiliser à la crise écologique et sociale mais, surtout, montrer qu’une autre voie est possible.
Nous souhaitons aujourd’hui répondre à l’appel lancé par les étudiant.e.s de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye pour une convergence des mouvements écologistes dans tous les Sciences Po. Pour ce faire, nous avons constitué un collectif composé de l’ensemble des associations écologistes des Sciences Po. De manière concertée, nous avons donc établi une liste de 10 propositions à mettre en œuvre d’urgence. 10 propositions pour une transition écologique concrète et planifiée. 10 propositions pour que les Sciences Po soient enfin à la hauteur des enjeux écologiques.
1. Écrire une Charte contraignante et commune à tous les Sciences Po, faisant des enjeux écologiques et sociaux une de leurs priorités. Conditionnée à la participation de la communauté étudiante, enseignante et des membres du personnel ; la rédaction de la Charte doit être précédée de la réalisation d’un « Grand Baromètre » de l’établissement (créé par le collectif Pour un réveil écologique).
2. Rédiger, ou mettre à jour, le « Plan Vert » (loi Grenelle I, 2009). Celui-ci doit être rédigé ou mis à jour par le Comité mentionné dans la proposition 4, et reprendre les éléments déjà établis par le Référentiel et le Canevas de « Plan Vert » en établissant des objectifs précis. Il doit faire l’objet d’une révision régulière, adaptée aux spécificités de chaque campus.
3. Créer dans chaque campus des Sciences Po, selon le mode de gouvernance correspondant, un poste de chargé·e de mission de la transition écologique, aux compétences décisives. Accompagné·e du comité mentionné dans la proposition 4, iel sera chargé·e de mettre en œuvre le « Plan Vert » (loi Grenelle 1, 2009) de l’établissement. Membre du Conseil d’Administration, iel veillera à ce que toutes les décisions soient désormais pensées à travers le prisme des enjeux écologiques et sociaux.
4. Créer un comité de planification de la transition écologique et sociale, chargé d’élaborer le « Plan Vert » de l’établissement et de contrôler sa mise en œuvre. Il serait composé à ⅓ d’étudiant·e·s, ⅓ de membres de l’administration (direction, équipe pédagogique, équipe administrative, membres du personnel) et ⅓ de scientifiques extérieur·e·s à l’établissement.
5. Intégrer les enjeux écologiques et sociaux à tous les enseignements. Il s’agit également d’inclure dans les maquettes fondamentales, de manière obligatoire, des enseignements sur les enjeux actuels afin de nous préparer aux défis du XXIème siècle. Nous attendons un corpus sur les limites planétaires et l’écologie scientifique, sur les humanités environnementales, sur l’histoire, l’économie et les pensées écologiques ; avec une attention particulière portée aux problématiques sociales. Il serait établi sur l’ensemble des années de formation des étudiant·e·s. Ouvrir le champ des projets professionnels en relation avec la transition écologique et sociale aux étudiant·e·s dès la 1ère année.
6. Créer un pôle de recherche liant les sciences sociales et l’écologie, qui serait commun aux Sciences Po et à des établissements de recherche dans le domaine des sciences de la Terre et du vivant.
7. Développer des partenariats avec des établissements de l’enseignement professionnel, technologique et d’ingénierie afin d’adopter une approche pluridisciplinaire dans une démarche écologiste et sociale, notamment dans les domaines suivants : rénovation thermique, conservation de la nature, paysages, gestion de l’eau et méthodes de recyclage.
8. Décarboner les activités des Sciences Po, en réalisant notamment dans chaque campus un bilan carbone annuel public qui ne reste pas lettre morte, ainsi qu’une réduction des déplacements obligatoires polluants (mobilité internationale des étudiant·e·s, déplacements obligatoires des salarié·e·s, professeur·e·s et intervenant·e·s).
9. Eco-responsabiliser les campus, en mettant en place des solutions spécifiques à la situation de chacun d’entre eux. Il s’agit, entre autres, d’établir un plan végétalisation et biodiversité, de réduire les déchets, mais aussi de mettre à disposition des étudiant·e·s une restauration soutenable, éthique et locale en collaboration avec les acteurs concernés.
10. Conditionner les partenariats financiers, logistiques et professionnels à un cahier des charges public établi par le comité de planification de la transition écologique et sociale.
Nous exigeons la mise au vote d’une déclaration de principes reprenant nos propositions lors du prochain conseil d’administration de nos écoles respectives. Notre collectif s’est rassemblé pour faire résonner la voix de l’écologie dans les Sciences Po et interpeller nos directions dans une démarche publique et transparente.
Nous nous sommes nourri·e·s des travaux menés par nos associations respectives ainsi que d’initiatives inspirantes telles que les Fridays For Future, les « Plans verts » mis en place par certaines écoles et universités, ainsi que la proposition de loi sur l’intégration des enjeux écologiques à l’enseignement supérieur (2019). Nous espérons ainsi contribuer, comme d’autres étudiant·e·s l’ont fait auparavant, à la transformation écologique de l’enseignement supérieur français.
Pour signer l’appel du Collectif Ecologiste Inter-IEP: https://framaforms.org/pour-des-sciences-po-a-la-hauteur-des-enjeux-ecologiques-1589971713
Liste des premiers signataires :
Associations écologistes des Sciences Po de France
Association pour la Protection de la Nature et des Animaux (APNA) et Sekoïa de Sciences Po Aix ;
Echo’logik de Sciences Po Bordeaux ;
Agir Alternatif de Sciences Po Grenoble ;
La Ruche de Sciences Po Lille ;
Volonterre de Sciences Po Lyon ;
Collectif pour la Décroissance, Ecophilia, Sciences Po Environnement et Sciences Po Zéro Fossile de Sciences Po Paris ;
Les Décaenté·e·s et Révol’vert de Sciences Po Rennes ;
le Comité d’Action pour le Système-Terre (CAST) et Solidarités de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye;
Alter’bureau de Sciences Po Strasbourg ;
et Gaïa de Sciences Po Toulouse.
Personnalités
Yann AGUILA – Juriste, avocat et professeur de droit public ;
Manon AUBRY – Eurodéputée La France Insoumise et co-présidente du groupe parlementaire confédéral GUE/NGL ;
Dominique BOURG – Philosophe et directeur de la rédaction de la revue La Pensée écologique ;
Valérie CABANES – Juriste internationaliste et présidente d’honneur de Notre Affaire à tous ;
Marine CALMET – Juriste, présidente et co-fondatrice de Wild Legal ;
Alain GRANDJEAN – Économiste et président de la Fondation pour la Nature et l’Homme ;
Jean JOUZEL – Climatologue et directeur de recherche émérite au CEA ;
Arthur KELLER – Expert et consultant des vulnérabilités systémiques et de la résilience ;
Corinne LEPAGE – Avocate et ancienne Ministre de l’Environnement ;
et Marie TOUSSAINT – Eurodéputée Europe-Ecologie – Les Verts.
Associations et organisations de jeunesse
CliMates, Pour un Réveil Écologique, RÉseau Français des Etudiants pour le Développement Durable (REFEDD), Together For Earth, Youth For Climate France.
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