Auteur : Gabriel Caputo
Image : Édouard Geffrey avec l’équipe de l’association Caré, Gabriel Caputo.
Nous voilà devant l’entrée de l’amphithéâtre Jacques Chapsal. Du côté de l’équipe de Caré, le Collectif d’Analyse et de Réflexion sur l’Éducation, on trépigne d’impatience. L’événement est important pour cette jeune association qui organise pour la première fois une conférence de cette envergure. Les portes s’ouvrent, les élèves s’installent, les membres du collectif s’affairent autour de la chaire. Puis c’est au tour du ministre d’arriver. Originaire du Val de Marne et familier de la Rue Saint-Guillaume, il a été étudiant à Sciences Po, puis enseignant jusqu’à l’année dernière au sein de l’École d’Affaires publiques.
Une École entre prudence et nécessaire évolution
Adoptant un ton léger et didactique, le ministre a dressé le portrait d’une « école face au numérique » marquée par des « enjeux de régulation, d’innovation et de citoyenneté ». Ceux-ci s’ajoutent à des tensions préexistantes : « tension démographique », par le déclin du nombre d’élèves, la génération 2025 comportant un effectif de 25% inférieur à la génération 2008, tension liée à un « climat scolaire » qui perd de son pouvoir rassembleur et, enfin, tension d’un enseignement, « cœur du réacteur », « percuté par l’intelligence artificielle (IA) plus que par le numérique », affirme l’ancien secrétaire général de la CNIL. L’IA apparaît comme un défi d’autant plus important qu’elle questionne les élèves, leurs pratiques d’apprentissage, mais aussi l’institution scolaire qui se doit d’intégrer une nouvelle technologie qu’elle peine elle-même à appréhender. Les diapositives diffusées à ce moment de la conférence l’ont rappelé : seuls 14% des enseignants français utilisent cette technologie, le plus faible pourcentage de l’OCDE. Le Collectif se questionne alors : « on a l’ambition d’une formule 1 mais on forme nos enseignants sur des bicyclettes. Le virage de l’IA est-il raté ? » Le Ministre choisit en tout cas d’emprunter un chemin de traverse, s’imaginant au volant d’une « 2 CV », en enjoignant les étudiants à faire preuve de prudence face à un potentiel « mirage de l’IA ». La Suède avait en effet, en précurseur, promu le numérique à l’école, avant de retrouver la voie des manuels physiques, avec des conséquences positives sur ses résultats PISA.
Du reste, le développement de l’IA est bien une réalité qui comprend quatre enjeux pour le Ministre. Le premier est pédagogique : « l’autorité du professeur, et en réalité de l’institution, vient de deux choses : l’autorité institutionnelle et l’intériorité du savoir. Car le professeur sait ce que je ne sais pas encore. » Or, cette intériorité est aujourd’hui remise en cause, l’information étant directement accessible à des élèves qui ne sont pas toujours capables de faire la distinction entre vraie et fausse information. D’un point de vue plus global, il s’agit de la « redéfinition de ce que l’on doit apprendre, de la manière de le faire », l’occasion pour Édouard Geffray de mentionner l’organisation de travaux au sein du ministère visant à éclaircir cet horizon.
Le deuxième enjeu est celui de la santé publique, alors que les troubles mentaux s’accroissent avec l’exposition aux écrans. C’est pourquoi « on ne veut pas être le vecteur de l’entrée ou de la propagation des écrans à la maison », et notamment chez les jeunes élèves de maternelle et de primaire. Au-delà de la diffusion des appareils, ce sont également des contenus diffusés sur les réseaux sociaux dont il faut se préoccuper. « Votre serviteur, a-t-il déclaré, a fait un article 40 sur Tiktok » afin d’alerter le procureur de la République sur la facilité avec laquelle les jeunes utilisateurs peuvent se voir exposés à des contenus dépressifs ou incitant au suicide entre autres.
La question civique constitue le troisième enjeu pour l’ex-directeur général de l’enseignement scolaire. Il faudrait « éveiller la conscience de la chose avant d’y être exposé ». En d’autres termes, il incomberait à l’institution scolaire de rendre les jeunes élèves capables d’appréhender les phénomènes sur lesquels ils sont susceptibles de tomber. Or, ce principe est aujourd’hui inversé à une époque où les enfants acquièrent leur premier téléphone à 8 ans et 9 mois en moyenne.
Quatrième et dernier enjeu, et pas des moindres, celui de la souveraineté pour « des outils souverains et une atténuation des biais, voire l’acceptation de biais objectivement choisi » permettant d’acquérir une forme de contrôle sur les filtres appliqués par les plateformes.
En finir avec « l’autoflagellation franco-française sur l’Éducation nationale et l’École »
Après la diffusion d’une vidéo dans laquelle les étudiants n’ont pas pris la défense du bien aimé cours de technologie au collège, ce fut le temps des questions posées par Caré, puis par les étudiants eux-mêmes.
L’association est notamment revenue sur l’EMI (Éducation aux médias et à l’information), qui doit être dispensée à 100% des collégiens d’ici 2027. Selon elle, et le constat semble implacable, il s’agit d’un enseignement « dilué dans l’EMC qui est lui-même dilué dans le cours de géographie ». « C’est sympa cette soirée ! », répond alors Édouard Geffray pour qui cet enseignement a d’abord vocation à être « très incarné », c’est-à-dire dispensé de manière plus concrète, ancrée dans le quotidien des élèves. Pour assurer le bon déroulement de ce type d’enseignement souvent relégué au second plan, Édouard Geffray souhaite un volume horaire dédié aux enseignements transversaux. Il est également revenu sur la nécessité de poursuivre le développement de communs numériques afin de fournir aux enseignants les ressources nécessaires à leur activité. En outre, il considère que la régulation de l’utilisation des écrans pour les plus jeunes ne sera pas applicable tant que des alternatives sociales ne seront pas effectivement accessibles à tous, à l’image de l’accès aux médiathèques pour les plus jeunes. Des perspectives de réforme existent donc pour un système scolaire qui continue de former les élèves même si tout n’est pas parfait, précise-t-il en appelant à en finir avec « l’autoflagellation franco-française sur l’Éducation nationale et l’École ».
Le ministre a également tenu à rappeler la place fondamentale qu’occuperait l’École au sein d’une société qui ne la considérerait pas toujours à sa juste valeur, comme en témoignerait l’utilisation du diminutif « prof » qu’il critique. Il souligne aussi l’importance de l’implication des parents, « tous capables de questionner leurs enfants sur leur journée », d’après ses mots. Pas sûr que les familles monoparentales, dont le temps alloué à ce type d’interaction est parfois plus contraint, acquiescent. L’enjeu est d’après lui de faire prendre conscience aux parents qu’ils ont un rôle à jouer dans la stimulation intellectuelle des enfants, indépendamment de l’origine sociale du foyer, afin de limiter les inégalités entre les élèves.
« Servir la société dont je suis issu est un grand honneur », choisit-il de conclure, encourageant les étudiantes et étudiants à s’investir, eux-aussi, en faveur de l’intérêt général, mais également à défendre une école républicaine trop souvent dévalorisée.
En somme, une conférence réussie. Carée, pourrait-on dire.
]]>LA PÉNICHE. – Le sujet des difficultés de notre démocratie occupe une place croissante dans nos discussions ; la réforme des institutions a souvent été présentée comme une volonté du président de la République. Faudrait-il aujourd’hui réformer les institutions pour apporter des réponses à certaines préoccupations ? En introduisant par exemple la proportionnelle pour l’élection des députés de l’Assemblée nationale ?
Philippe JUVIN. – Je ne suis pas certain que le malaise actuel provienne des institutions même si elles sont imparfaites. La place prépondérante de l’élection présidentielle qui gomme tous les autres débats et fait qu’on élit un homme tous les cinq ans en espérant de lui des miracles, c’est quelque chose qui ne se voit nulle part ailleurs ; le fait que le Parlement ne fait pas la loi mais souvent la subit, quand il y a une majorité absolue… Il y a évidemment une hyper centralisation. On a eu beau écrire dans la Constitution que nous étions une république décentralisée, on retire depuis 10 ans toute autonomie fiscale aux collectivités qui ne dépendent quasiment plus que d’impôts ou de taxes attribués. Il y a donc bien un dysfonctionnement et il faudrait améliorer cela. Mais le vrai problème vient du notre classe politique qui n’a pas la culture du compromis politique et qui continue de penser évoluer dans un système avec une majorité absolue. Dans toutes les démocraties, il y a des situations d’hétérogénéité de groupes politiques et l’absence de majorité absolue attribuée à un groupe, c’est quelque chose de très fréquemment observé à l’étranger et en premier chef au parlement européen. Mais ça marche parce que là-bas, les eurodéputés savent qu’ils n’ont pas des ennemis politiques mais des adversaires. On travaille avec un adversaire mais on ne travaille pas avec un ennemi. Ici, on a une exacerbation des passions qui fait que les gens issus de groupes différents ne veulent pas travailler ensemble. C’est ça le vrai sujet. Est-ce que la proportionnelle résoudrait tout ? Non. Je ne dis pas qu’il ne faut pas la faire – j’y suis moi-même plutôt favorable. Mais la chambre des députés que nous avons aujourd’hui est de type proportionnel et on n’arrive pas à la faire fonctionner. Donc je ne vois pas très bien ce qu’apporterait, dans la situation actuelle, la proportionnelle. Qu’est-ce qui ferait dans la mise en place de la proportionnelle que les gens accepteraient plus de travailler ensemble ? Rien. En tout cas ce n’est pas la solution à nos maux actuels.
Donc pas la proportionnelle, et pas non plus forcément la présidentialisation du régime pour une séparation des pouvoirs plus stricte ?
Je suis un fervent lecteur d’un livre que je conseille à tous les étudiants en sciences politiques de Jean-François Revel qui s’appelle L’absolutisme inefficace ou contre le présidentialisme à la française. Je pense que tout y est résumé. Le pouvoir présidentiel est tellement puissant qu’il en devient inefficace par paralysie. Vous avez beau mettre les gens les plus intelligents à la tête de l’État – et objectivement nos Présidents sont intelligents, quand vous reprenez toute la litanie depuis 1958, on a eu des gens formés, estimables, ayant le sens de l’État… L’hyper-présidentialisme à la française n’est pas un vain mot. Quand les choses vont mal le Président prend la parole et les commentateurs disent le lendemain « ça va mieux, le président a bien parlé ». Oui, mais il ne s’est rien passé. La parole descendante reste une sorte de nostalgie d’ancien régime : quand le Roi venait, il touchait les écrouelles et guérissait les Français. On a encore cette idée d’une sorte de magie présidentielle. Je ne dis pas que le Président n’a pas un rôle particulier et symbolique – il en a un, très important, je ne méconnais pas son rôle – mais nous avons une croyance collective en la toute-puissance d’une institution qu’est le président de la République qui est assez époustouflante pour nos voisins. Son propre parti a provoqué la démission de Thatcher : c’est inimaginable en France.
Vous avez des liens particuliers avec la Corse, vous êtes d’origine Corse. Seriez-vous favorable à ce que la notion de peuple corse soit mentionnée dans la constitution, comme c’est le cas, par exemple pour le peuple kanak ?
Je crois qu’il n’y a qu’une seule république et qu’il n’y a que des Français. Je pense que la question de la Corse – qu’il faut traiter parce qu’il y a indéniablement une spécificité corse, ne serait-ce que par son insularité, qui est une spécificité, en termes de services publics et d’accessibilité – mérite d’être traitée par une hyper-décentralisation. Je suis un hyper girondin, je pense que les décisions sont mieux prises sur le terrain qu’à Paris, et les deniers publics sont mieux utilisés quand ils sont décentralisés. Je suis donc pour donner un large pouvoir à la collectivité de Corse, notamment en matière d’aménagement, de transport, d’éducation et de santé. Mais, je ne voudrais qu’il y ait un peuple corse qui s’oppose au peuple français. Les Corses sont des Français, ils l’ont montré dans l’histoire. Il n’y a qu’à se promener dans tous les villages de Corse, vous verrez la liste des morts au combat pour défendre la France.
Durant les divers scrutins auxquels vous vous êtes présenté, vous avez souvent mis en avant le fait que vous étiez d’une famille d’enseignants. Vous avez fait des propositions sur l’éducation. Aujourd’hui, comment est-ce qu’on peut élever le niveau et est-ce que l’acte II du choc des savoirs qui a été annoncé par la ministre de l’Éducation nationale apporte des réponses satisfaisantes ?
Je suis arrière-petit-fils d’instituteur, petit-fils de professeur et je suis moi-même professeur d’université. La question de l’enseignement est fondamentale. Il n’y a pas de pays prospère qui n’ait pas un système d’enseignement puissant. Je pense que ça passe peut-être par trois choses. D’abord une question d’exigence générale – qui est abandonnée aujourd’hui. Deuxièmement, Jules Ferry disait que l’école doit être entourée de hauts murs au sein desquels ne sont pas transmis les murmures du monde extérieur. Je ne suis pas en train de plaider pour une école qui ne regarde pas ce qu’il y autour d’elle, mais l’importation dans l’école de débats d’actualités politiques clivants n’a pas sa place. Le troisième point c’est que je pense qu’on a abandonné les sciences alors qu’il n’y a pas de pays prospère sans des scientifiques et mathématiciens : ce sont eux qui font le progrès et qui font la prospérité d’un pays. Et nous sommes en train de dégringoler. Je pourrais aussi ajouter qu’on ne parle pas anglais. Je regardais CNN avec un agriculteur belge qui répondait en anglais, j’avais honte pour nous quand je voyais son niveau car nous, nous sommes à peine capables d’ânonner. Et quand on sait que 46 % des élèves de 6e ne comprennent pas facilement un texte qui leur est lu en français, on peut s’en inquiéter. Il faut donc tout reprendre : l’exigence, les savoirs fondamentaux, les sciences et une école qui ne soit pas militante.
Vous évoquez des débats clivants qui seraient introduite dans les écoles. À quoi faites-vous référence précisément ?
Il y a tout un débat actuellement sur l’éducation sexuelle à l’école et l’enseignement de la théorie du genre en particulier dès la primaire. Je ne vois pas l’intérêt. En tant que médecin, je ne vais pas vous dire que l’éducation sexuelle n’est pas importante, elle est fondamentale. Elle permet de se respecter soi-même et ne pas faire de bêtises avec son propre corps, et pas qu’en termes sexuels. Mais le militantisme a fait beaucoup de mal en France, aux sciences et à l’école.
Actuellement, certains poussent pour un texte relatif à la fin de vie sur ce qui est pudiquement nommé une « aide active à mourir ». Plaidez-vous toujours pour qu’on s’intéresse d’abord aux soins palliatifs ?
Je plaide pour plusieurs choses. D’abord, il faut une loi distincte entre soins palliatifs et euthanasie. Deuxièmement, il faut nommer les choses. « Aide active à mourir », je ne sais pas ce que ça veut dire. Moi je suis médecin et je fais de l’aide active à mourir en permanence. C’est-à-dire qu’activement, j’aide les gens dans leurs derniers moments. Ce matin, j’étais à l’hôpital et il y a une très vieille dame que j’ai aidée à mourir ; comment ? en l’accompagnant, en la sédatant, en m’assurant qu’elle n’avait pas de douleurs, en accompagnant la famille. Je ne provoque pas la mort, mais j’aide à mourir. Je trouve que la notion d’aide à mourir est intrinsèque à la qualité des soignants. Troisièmement, toutes les demandes d’euthanasie que j’ai vécues dans ma vie de médecin, toutes, ont disparu quand on apportait une réponse adéquate aux patients ou à la famille. Parfois, c’était une douleur qui n’était pas traitée, parfois c’était un isolement social qui fait que les actes de la vie quotidienne étaient difficiles, parfois c’était une détresse psychologique souvent encore liée à l’isolement… Vous pouvez avoir 1000 raisons qui vous conduisent à demander l’euthanasie, 1000 raisons que l’on pourrait prendre en charge avant d’acter l’euthanasie, qui est un peu la solution de facilité parce qu’on n’aura pas bien fait les choses. Moi je veux qu’on aide les gens à mourir, mais je ne veux pas qu’on les tue. Enfin, l’euthanasie c’est une loi qui est proposée par des gens plutôt éduqués, plutôt riches, tous bien portants et qui ont peur de la déchéance. Mais en pratique, elle s’appliquera d’abord à des gens pauvres : les statistiques de l’OREGON prouvent que les gens qui « bénéficient » de l’aide active à mourir, c’est du suicide assisté là-bas, sont d’abord des gens modestes et des gens isolés. Donc c’est une loi pour riches anxieux qui s’appliquerait à des pauvres isolés.
Concernant le budget 2025, vous avez déposé une proposition de loi relative à la suppression du CESE. Est-il si inutile que cela ?
D’abord, il n’y a aucune structure inutile. Il y a des structures très utiles et d’autres peu utiles. À partir du moment où on n’arrive pas à payer les fins de mois, puisque pour rappel on paie les fonctionnaires et les retraites en empruntant, c’est qu’on ne peut pas payer et qu’on doit avoir un réflexe de frugalité. Celui-ci devrait être la première qualité d’un budget aujourd’hui en France. Ça commence par couper tout ce qui n’est pas absolument indispensable.
Alors doit-on garder le Conseil économique, social et environnemental ? Il y a une chose qui m’a frappé : le CESE peut être saisi par différentes instances – le Président, le Gouvernement, etc. –, il peut aussi s’autosaisir. Or, l’immense majorité de ses avis de l’année dernière – et pas que l’année dernière – sont des avis en autosaisine, ce qui pour moi est la démonstration que pas grand monde ne demande son avis au CESE. À partir du moment où on a du mal à boucler les fins de mois et qu’on a un outil qui n’est pas très utile, il faut le supprimer, même si ce n’est pas le seul. Je sais qu’il faut modifier la Constitution et qu’il y a beaucoup de choses à faire. Une solution serait de passer par une loi en fixant le nombre de membres du CESE à 2, 0 ou 3, comme ça c’est réglé. Il faut faire des économies sur les agents de l’État, sur les strates administratives. J’ai été élu maire il y a quelques années, il y avait une commune, un département, une région. Maintenant, il y a commune-département-région-territoire-métropole en Île-de-France. Est-ce qu’il n’y a pas une piste là ? Il faut être rigoureux dans la gestion des deniers publics, quand vous savez que les trésoreries de l’État ne sont pas placées. L’État a des milliards en trésorerie, ce qui est évidemment normal et heureux. Mais rien n’est placé. Quand vous savez que 10 % des emprunts de l’État sont des emprunts à taux variable. Et ça c’était le cas y compris quand on avait des taux à 0. Donc il faut de la rigueur et de la frugalité.
À la suite de la dissolution, vous aviez passé certains accords avec le bloc central et donc vous n’aviez pas de candidat macroniste en face de vous. Pour la présidence de l’Assemblée nationale, vous vous êtes retiré au profit de Yaël Braun-Pivet… Prochainement, plusieurs élections législatives partielles auront lieu, y compris dans la neuvième circonscription des Hauts-de-Seine, où Stéphane Séjourné était député jusqu’à présent. Comment justifier qu’avant le socle commun, vous puissiez vous mettre d’accord pour une candidature commune, et qu’à présent vous partez divisés, chacun avec son propre candidat.
Non, je ne crois pas que nous serons divisés. Ce qui était prévu, c’était que Stéphane Séjourné devienne ministre, et que sa suppléante LR siègerait au sein de La Droite républicaine. J’espère qu’elle sera élue et pourra siéger au sein de LDR. Il y a une réalité aussi sociologique. À Boulogne-Billancourt, le Maire a une implantation locale très forte et il est clair que Stéphane Séjourné aurait probablement eu du mal à être élu sans l’aide du Maire. D’ailleurs, je lui ai dit : « Pourquoi ne te présentes-tu pas toi ? Après tout, tu serais légitime. Ça règlerait d’une certaine manière la question. »
Auriez-vous des conseils pour les jeunes de Sciences Po ou d’ailleurs qui voudraient s’engager dans la chose publique ?
Je dirais d’abord, même si c’est évident, de lire. Lire n’importe quoi parce que la France est un pays de lettres. Je dirais de parler parfaitement l’anglais et si possible même une deuxième langue. Je leur dirais de compléter leurs études par un parcours européen. Il n’y a rien de plus terrible quand on fait de la politique de n’avoir que des parcours franco-français. La France a éclairé le monde dans son passé, et si on veut qu’elle continue à converser avec le monde, il faut qu’elle le fasse. Le Collège d’Europe par exemple est une très belle école et qui ouvre sur l’Europe. Quatrièmement, je dirais qu’il faut ne pas faire de commentaires sur la politique mais s’engager en politique. Il y a une élection qu’il ne faut pas rater quand on veut faire de la politique, c’est l’élection municipale parce que c’est le moment où on y entre massivement – il y a 500 000 Français qui sont conseillers municipaux. Et puis, rester constant. C’est normal d’avoir une évolution intellectuelle mais ce qui est important, c’est que les gens qui vous élisent aient l’impression que vous ne trahissez pas leur confiance, que vous êtes constant au moins dans vos approches. Vous pouvez avoir des analyses qui changent dans le temps. Mais il faut que vos électeurs aient l’impression d’avoir en face d’eux la même personne sincère. La parole publique, c’est la question clé de la vie politique. Les gens ne croient plus aux hommes et femmes politiques parce qu’ils n’ont pas dit la vérité, disent blanc le lundi et font noir le mardi… Nous ne pouvons plus accepter cela aujourd’hui. Faites de la politique en étant tranquillement fermes sur vos appuis, que vous soyez de droite, de gauche, du centre ou d’ailleurs, peu importe, mais les gens ont besoin de colonne vertébrale. Ils ne veulent pas de la guimauve, ils veulent des personnes qui affirment des valeurs. Et puis si celles-ci sont en accord avec la société, tant mieux, si elles ne le sont pas, ce n’est pas grave, vous perdez. Ça n’a jamais tué personne de perdre une élection. En revanche, ça tue la démocratie d’avoir des hommes et des femmes politiques dont on ne sait jamais vraiment où ils sont.
Auriez-vous quelque chose à ajouter ?
Je regrette de ne pas avoir fait Sciences Po quand j’étais jeune !
Propos recueillis le 29/11/2024.
]]>Comme un certain nombre d’étudiants, mon thème d’engagement est de promouvoir l’éducation, et fin avril, j’ai envoyé mon CV dans plusieurs lycées et des collèges de Paris… sans réel enthousiasme à vrai dire. Je n’étais pas enflammé de désir à l’idée de remettre les pieds dans ce milieu que j’avais quitté a peine un an plus tôt.
Prenant une pause lors de mes révisions pour le galop de sociologie, j’ai trouvé une vidéo Brut sur les écoles Montessori. J’ai tout de suite été intrigué. Il y avait de quoi : le spectacle d’une classe où des élèves jouaient, lisaient des BD puis se levaient et sortaient tranquillement de la salle tandis que le prof donnait son cours avec d’autres était déroutant… et voir ensuite le même prof expliquer devant la caméra que c’est là une journée tout à fait normale et assurer que c’est ainsi que fonctionne l’école l’est encore plus.
Mais cela « fonctionne-t-il » au moins de faire crèche à des enfants jusqu’à 15 ans ? N’est-il pas irresponsable de ne pas assurer aux élèves un socle commun en français, en histoire, en mathématiques ? Est-on vraiment préparé au monde du travail quand on a passé sa scolarité à jouer à chat perché et à lire Spirou ?
Pour autant, je ne me voyais pas chanter les louanges de la très sainte école républicaine. J’ai donc décidé que j’irais voir sur place ce qu’il en était. J’ai envoyé un mail à l’Institution Maria Montessori d’Angers : une semaine plus tard je passais un entretien… et j’avais mon stage.
Sans m’étendre sur le déroulement de ce stage, mais sachez que je m’y suis plu au-delà de mes espérances, et que les rencontres que j’y ai faites étaient très enrichissantes humainement. Mon regard actuel sur le système éducatif français a considérablement mûri, et je vais tenter de partager avec vous ce que j’ai appris.
La première chose que j’ai comprise est que la posture pédagogique de l’Education Nationale aurait beaucoup à gagner à s’inspirer des pédagogies alternatives. Le principal défaut de notre système éducatif est son attitude paternaliste. Par paternalisme, j’entends l’attitude qui consiste à imposer une autorité sur une personne pour son bien. C’est exactement le discours que tient aujourd’hui l’école publique, ce commandement sacro-saint « travaille, sinon tu seras au chômage » qu’on a tous déjà entendu. On se donne le droit d’imposer un cadre strict et stressant aux élèves car on pense que l’on sait mieux qu’eux ce qu’il faut pour leur bien et pour leur avenir. C’est ce que je pensais aussi avant… Mais est-ce avec ce genre d’attitude que nous les aiderons à grandir et à devenir des citoyens ?
Pour commencer, n’avez-vous jamais songé au fait que nous infantilisions les enfants ? Notre école publique encourage pas (ou peu) à prendre nos propres responsabilités, à penser par nous-mêmes, à être curieux, à oser mettre en place des projets… Bref : à grandir. Aujourd’hui; après avoir donné des cours particuliers à des élèves du public comme du privé, je peux vous affirmer que ce sont les élèves Montessori les plus autonomes. Est-ce surprenant que les rendre responsables de leur emploi du temps et de leur rythme de travail les fasse grandir plus vite ? Contrairement à ce que beaucoup penseraient : aucun élève ne passe son temps à jouer dehors. Chacun va au travail à son rythme mais AUCUN ne reste sans rien faire. Quand on observe que les élèves restent parfois même sur leur temps de pause pour finir un travail qu’ils ont commencé je pense que l’on peut convenir que la marge de liberté qu’on leur a laissée n’a pas fait d’eux des enfants sauvages.
De plus, ces élèves organisent eux-mêmes leurs sorties scolaires (avec l’aval des éducateurs). Cela peut paraître surprenant que des enfants de 11 à 14 ans s’occupent de prévenir les parents, de faire une liste du matériel nécessaire, de joindre l’organisme d’accueil, de collecter l’argent… mais ils apprennent ainsi à prendre en charge des projets et à assumer des responsabilités. Ces exemples montrent bien qu’on ne devrait pas sous-estimer le sérieux et la maturité dont peut faire preuve un élève.
J’admets qu’ils passent moins de temps derrière les bureaux que les élèves du système national et consacrent moins de temps à faire leurs devoirs. Cela en fait-il de mauvais élèves, quand les élèves finlandais (cinquième selon le classement PISA 2016) disent eux-mêmes travailler moins d’un quart d’heure chaque soir ? Pour le rappel, les élèves français dans notre système actuel sont à la vingt-sixième place selon ce même classement.
Ceux qui pensent que sans professeurs sur le dos l’enfant n’apprendra jamais à lire, à compter ou à écrire se trompent. Les enfants ont un désir inné d’appréhender le monde autour d’eux, et tous voudront un jour pouvoir lire le journal de leurs parents, le texte de leurs cartes Pokémon, compter combien de billes ils ont, écrire tous seuls sur le tableau leur nom en dessous de l’activité à laquelle ils veulent s’inscrire… et leur curiosité ne s’arrêtera pas là ! Certains vont s’intéresser aux planètes, aux livres d’histoire, au bricolage, à la langue des signes… Chacun va acquérir par lui-même un socle commun, à son rythme, socle qui sera enrichi par le(s) domaine(s) intellectuel(s) ou manuel(s) qui l’auront intéressé. Ce que ces enfants apprennent par eux-mêmes, ils le garderont davantage en mémoire que si la source de ces connaissances était extérieure et que leur cours leur était tombé de l’éducation nationale directement sur leur cahier 21×29,7cm à grands carreaux. Qui se rappelle du mouvement de convection, du numéro atomique ou de la synecdoque en français ? Qui n’a jamais été largué en cours ? Ou qui n’a jamais trouvé les autres lents ? Et surtout qui peut affirmer n’avoir jamais perdu son temps en cours alors que l’on aurait été plus efficace si l’on avait travaillé seul.e ?
Et si un jour ces élèves voulaient rejoindre un lycée public sans s’être jamais vraiment intéressés à l’anglais ou aux maths ? La réponse est simple : quand ils ont soudainement besoin de connaissances dans un domaine, alors ils font ce qu’on a tous fait un jour : ils se donnent à fond. Un élève de seconde capable d’apprendre de lui-même et de faire preuve d’autonomie et de curiosité sera en mesure de rattraper (voire de dépasser) ses camarades, sans être nullement désavantagé pour le bac. De plus, dans un monde où la mobilité professionnelle est devenue la norme, l’apprentissage par soi-même et la faculté d’adaptation n’ont jamais été aussi précieuses.
D’autres me diront encore : si les enfants sont passionnés de littérature, très bien, mais si leur passion est le foot ou les jeux-vidéo, ils ne seront pas avancés à la fin de leurs études. C’est en partie vrai : il existe une culture dominante et une culture dominée. Tous les savoirs et toutes les compétences ne se valent pas socialement. Cependant il ne faut pas dénigrer le potentiel de ces passionnés de foot ou de jeux-vidéos : ils peuvent devenir de bons voire d’excellents élèves. Pendant la première semaine de mon stage, j’ai aidé un élève qui avait décidé qu’il rédigerait un dossier sur la Coupe du Monde… dossier d’une trentaine de pages sur lequel je l’ai vu travailler pendant des heures en prenant peu de pauses. A travers le foot, il exerçait ses capacités de rédaction, de recherche d’information et son aisance orale lorsqu’il a présenté son travail à la classe.
Je sais qu’il est souvent difficile de faire confiance aux enfants, parce qu’on veut leur réussite donc on veut leur imposer la même rigueur qu’on a subie, mais à mon avis, les élèves des institutions Montessori sont sans doute les mieux adaptés au monde contemporain. Plutôt que l’obéissance, ce sont l’audace et la débrouillardise qui sont mises en valeur dans ces établissements. Nous ne sommes plus des générations destinées à des travaux de bureaux ou à l’usine, beaucoup d’entre nous ont l’ambition de créer leur propre entreprise, de s’engager dans des associations, d’être des entrepreneurs et des leaders. Les élèves Montessori sont libres de proposer des projets et de les mettre en application, et il y a fort à parier qu’ils soient ceteris paribus bien plus capable de monter des projets et d’innover que leurs camarades.
De plus, les écoles Montessori encouragent bien plus la prise de parole devant la classe : des conseils sont organisés pour discuter des règles, les litiges se règlent lors de discussions, les exposés sont très fréquents… Dès 8 ans, les élèves ont une aisance à l’orale une articulation, un vocabulaire qui m’ont surpris à plusieurs reprises. Enfin il n’est pas anodin de mentionner que tous les élèves (et les professeurs aussi d’ailleurs) avec qui j’ai passé des entretiens m’ont confié qu’ils se sentaient mieux ici que dans leur précédent collège. Les raisons ? Ici ils se sentent moins jugés et plus libres…
Cependant, les écoles Montessori sont aujourd’hui limitées dans leur ambition : tant que ces écoles ne seront pas subventionnées par l’Etat, elles devront rester privées et seront inaccessibles à certaines catégories sociales défavorisées. Le gouvernement devrait sérieusement considérer les méthodes de ces écoles et s’en inspirer pour se moderniser, mais au lieu de cela, il a répondu au geste du lycéen qui braquait sa professeure par l’autorisation de l’intervention des forces de l’ordre à l’intérieur de l’école.
Pas besoin d’être Akinator pour prédire que les tensions ne vont pas s’apaiser de sitôt…
Gabriel Allegret
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L’Ecole républicaine est un collectif étudiant fondé en février 2015, à la suite de la décision du Conseil d’Etat de rétablir les bourses au mérite. L’association s’inscrit en fait dans la continuité du mouvement « Touche pas à ma bourse je la mérite« , qui s’était alors battu pour ces bourses récompensant l’excellence académique. Les effectifs ont ensuite grossi jusqu’à atteindre aujourd’hui 31 étudiants, dont 12 master et 19 élèves de licence. En d’autres termes, 60% des membres de l’association ont moins de 20 ans.
C’est donc un projet qui est porté par la jeunesse, issue de tous les milieux socio-professionnels puisque près de la moitié des membres sont boursiers sur critères sociaux. « “certains des membres de l’association ont pu bénéficier de l’ascenseur social républicain, mais ce n’est pas le cas de tous les français. Donc au lieu de profiter du système en laissant les autres sur le banc de touche nous nous sommes mobilisés en menant un projet avec nos valeurs”, explique Anne-Laure Fabre, étudiante en deuxième année.
L’initiative est partie d’un constat simple et assez largement partagé par l’opinion publique : le système éducatif va mal, et il y a urgence à le réformer. Cependant, plutôt que de s’arrêter à de grandes envolées lyriques sur le sujet, l’association a voulu passer des paroles aux actes, ou du moins proposer quelques pistes pour améliorer concrètement la scolarité républicaine.
C’est ainsi que, pendant près d’un an, l’association a travaillé à la rédaction d’un ouvrage collectif impliquant aussi bien des hommes politiques que des chercheurs. Le but était de poursuivre le combat mené pour les bourses au mérite, mais cette fois en allant plus loin. En effet, “il s’agissait de ne pas uniquement être contre la suppression [des bourses au mérite] et de s’arrêter à ce combat, mais aussi de porter un projet, de démocratiser le débat autour de l’école. Aider 8000 étudiants boursiers, c’est bien, mais qu’en est-il des autres ?” complète Anne-Laure Fabre.
Par ailleurs, comme en témoignent le prix (moins d’une dizaine d’euros) et le format (chacun peut participer à la réflexion en publiant une contribution sur le site de l’association), le projet est complètement pensé pour amorcer un mouvement de réflexion sur l’école plus large au sein de la société française.
L’association revendique sa neutralité politique et son détachement vis-à-vis de tout parti politique, deux principes qui sont « l’essence même du livre » selon les mots d’Anne-Laure Fabre. Force est de constater une vraie parité dans la représentation des forces politiques au sein du collectif : « 40% des membres sont à droite et 40% revendiquent une sympathie politique de gauche », détaille-t-on. Et Anne-Laure Fabre d’ajouter : « l’unité républicaine est nécessaire pour un enjeu de cette taille. Cependant, l’ouvrage est comme nous, engagé politiquement – mais de façon transpartisane – et républicainement, puisqu’il mobilise la société civile. »
On retrouve également dans le livre cette volonté d’ouvrir le débat aux idées de droite comme de gauche. Si au niveau politique la majorité des contributeurs sont de droite (citons par exemple Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Luc Ferry ou encore Nicolas Sarkozy), certains apportent leurs réflexions de gauche ou du centre, puisque Jean-Luc Lagarde, président de l’UDI, ou encore le sénateur PS du Loiret Jean-Pierre Sueur ont également contribué.
La réflexion du livre porte sur l’égalité des chances, et se divise en cinq temps. D’abord, il est question de l’enracinement historique de l’égalité des chances. La partie suivante aborde la mise en oeuvre de cette idée à l’école. Puis le livre aborde sous un angle plus pratique les solutions qui ont déjà été proposées pour répondre à ce défi. La quatrième partie s’intéresse aux moyens de relancer cette égalité dans le futur. Enfin, la dernière partie dépasse le simple cadre de l’école et ouvre le débat autour de la poursuite de l’égalité des chances dans le monde extrascolaire. Tout au long de leurs différentes contributions, les auteurs développent donc leurs idées autour de cette problématique.
Le livre a connu un franc succès lors de son lancement, puisqu’il est en rupture de stock. Toutefois, même si la mission principale a été accomplie avec la publication de l’ouvrage, l’association ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : il est en effet d’ores et déjà prévu qu’elle soit présente au Salon du Livre de Paris (qui a commence ce jeudi et qui se termine dimanche soir). L’Ecole Républicaine voit même plus loin. Comme le confie Anne-Laure, le collectif compte bien poursuivre son action.
Le livre L’École au chevet de la République, Éd. Connaissances et savoirs, 9,95 € est disponible à la librairie de Sciences Po, en face du 27.
]]>UN NOMBRE TROP IMPORTANT DE MASTERS
« Sans aucun doute, le nombre important des masters nuit à leur visibilité », explique Françoise Mélonio. « Cela nuit sous deux aspects, d’abord pour les étudiants mais aussi pour les employeurs ». En effet, si Sciences Po offre à ses étudiants un large choix de masters, cette multiplicité de l’offre n’a pas forcément un résultat positif. Pour les étudiants d’abord, la diversité et la dispersion des choix de masters brouillent l’identification des grands secteurs qui les intéressent. Ils peuvent rapidement se retrouver perdus parmi la cinquantaine de masters proposés et, par manque d’information et d’orientation, risquer de faire un choix qui ne leur correspond pas ou se diriger dans un secteur aux débouchés limités. S’il est vrai que l’on vient souvent à Sciences Po pour ne pas s’engager trop vite dans une voie qui apparaitrait comme définitive, la nécessité d’une réflexion très approfondie pour bien faire son choix de master paraît aujourd’hui primordiale. Françoise Mélonio insiste sur un travail d’orientation à faire en amont. Pour les employeurs, cette diversité n’est pas non plus un avantage. S’ils voient avant tout dans un élève le label « Sciences Po » garantissant une certaine excellence, ils ont du mal à repérer le parcours particulier de l’étudiant. Or, dans un monde où les opportunités dans certains secteurs se raréfient, où d’autres secteurs se développent et où il faut à la fois être polyvalent et spécialisé, le manque apparent d’une spécification pose problème lors du recrutement. Pourtant, si l’on regarde de plus près, nos étudiants en masters ne manquent pas de spécialisation ! Que faire alors pour une meilleure visibilité de leurs aptitudes ?

DU MASTER À L’ÉCOLE : VERS UNE NOUVELLE ARCHITECTURE DU SECOND CYCLE UNIVERSITAIRE
Pour remédier à ce problème de visibilité des masters, l’administration de Sciences Po entend procéder par regroupements et propose une simplification globale de l’offre tout en faisant un effort pour la rationaliser.
C’est l’idée sous-jacente au projet des « Écoles ». Vous connaissez probablement l’école de journalisme ou encore PSIA. Ce système tend à se généraliser, notamment par la transformation du master Affaires publiques en école dès la rentrée 2014. Mais que sont précisément ces écoles ? Actuellement de tailles diverses, elles définissent un secteur d’activité au sens large. L’idée est de faire des regroupements qui désignent ces grands secteurs d’activité afin de leur donner une meilleure visibilité. On choisit d’abord une école, une branche d’étude particulière, puis on s’oriente progressivement vers un parcours de plus en plus précis et spécialisé. La politique voulue est d’avoir certes moins de masters, mais, à l’intérieur de ceux-ci, des parcours plus différenciés. Françoise Mélonio insiste : « Il ne faut pas décrocher du marché du travail et des évolutions de la recherche. C’est pourquoi une structure stable globale telle que les écoles est nécessaire, ainsi qu’une souplesse véritable à l’intérieur de ces dernières en fonction des évolutions du monde du travail ». Aujourd’hui, le Comité du curriculum du master travaille conjointement aux professeurs, aux étudiants et à l’administration et réfléchit à l’architecture globale des masters afin de proposer un projet de réforme des études. Il n’y a pour le moment pas de grand changement de prévu, Françoise Mélonio a souligné le fait que l’administration était encore en pleine réflexion. Si le processus de création d’une architecture d’ensemble avec les écoles est enclenché, il faut dorénavant penser aux formations proprement dites : les affaires publiques l’année prochaine, les affaires urbaines ensuite. « L’idée n’est pas de supprimer ce qui existe : il faut éliminer les doublons qui brouillent la lecture de l’enseignement, mais aussi créer ce que nous ne faisons pas et qui relève pourtant des nouveaux métiers du tertiaire »
QUELLES ÉVOLUTIONS DES EFFECTIFS ?
Si les effectifs du Collège universitaire n’ont pas vocation à augmenter, la question se pose aujourd’hui pour les masters : faut-il augmenter leurs effectifs ? Françoise Mélonio nous explique que ce qui doit surtout évoluer, c’est la part d’élèves extérieurs admis en masters à Sciences Po. L’école ne connaît pour le moment pas un énorme apport de l’extérieur, ce que regrette la directrice des études : « Cela nous prive d’une diversité formidable, aussi bien pour les étudiants que pour l’institution. Nous réfléchissons sur l’extension souhaitable compte tenu du fait qu’il faut garder un apport extérieur : avoir des ingénieurs dans une formation de finance ou d’urbanisme, ou encore des élèves venus d’écoles de design au sein de l’école communication, c’est une vraie richesse ».
Par ailleurs, la directrice des études et de la scolarité déplore la tendance des étudiants du Collège universitaire à rester à Sciences Po en master. L’année dernière, seulement une cinquantaine de personnes sont partis vers d’autres écoles et institutions. Ici encore, une plus grande mobilité des sciences pistes serait souhaitable. Par exemple, les élèves venus de l’étranger peuvent compléter leur diplôme de Sciences Po par une formation dans leur pays d’origine : la vocation à alterner serait d’autant plus intéressante du fait de l’opportunité d’étudier dans deux endroits différents, véritable avantage dans un profil professionnel. Malheureusement, il semblerait que changer d’établissement ne soit pas dans les habitudes françaises, et encore moins sciences pistes. « Aux États-Unis, il est très rare de faire l’intégralité de ses études dans une même université, et le contraire représente un véritable handicap : en procédant ainsi, l’étudiant se prive du label de deux institutions et du choix des formations possibles ». Si les étudiants ne semblent pas encore prêts, il faudrait pourtant s’accoutumer à l’idée de changer d’établissement pour le master, habitude conforme aux pratiques internationales et aux ambitions grandissantes des étudiants. La politique de Sciences Po n’est pas à ce sujet celle d’un parent protecteur, qui voudrait garder ses enfants auprès de lui : « Les étudiants qui partent ne représentent pas une perte, mais plutôt un bénéfice. Quand un excellent étudiant est envoyée dans une autre bonne institution, c’est la réputation de Sciences Po qui grandit à travers lui ». Nous sommes tous voués à être les futurs ambassadeurs de Sciences Po !
UNE VOLONTÉ D’EXTENSION… MAIS PLUS DE PLACE !

Avec toutes les ambitions de l’administration concernant les masters, la question vient à se poser de l’espace disponible que peut offrir Sciences Po sur le campus de Paris. Les capacités d’accueil parvenant à leur maximum, Françoise Mélonio n’exclue pas certaines délocalisations dans les campus de région. Un projet consistant à transférer une partie du Collège universitaire est présentement étudié. Le transfert du programme Europe Afrique à Reims a déjà été voté et aura lieu dès la rentrée 2015. Françoise Mélonio, qui a récemment visité le campus rémois, parle de « conditions d’accueil et de travail exceptionnelles ». Avec la création de la seconde cour, 250 étudiants supplémentaires pourront être reçus à partir de 2016. Ainsi, le campus de Paris serait progressivement réservé aux étudiants de master, pour lesquels aucune décision de transfert n’a été mise à l’étude. On imagine néanmoins la future déception des candidats au campus de Paris, contraint d’être privés de la richesse pédagogique et des offres de la vie associative de son cœur culturel, et les secondes pensées que cela pourrait causer à la direction qui insiste toutefois sur la qualité des conditions de travail en région. Cela dit, celle-ci a des projets d’extension dans le 7ème qui lui permettraient éventuellement de maintenir ses capacités d’accueil pour les étudiants en premier cycle tout en élargissant ses ambitions concernant les masters.
Ainsi, si le monde des masters est en pleine mutation, la direction des études et de la scolarité n’entend pas rompre avec une formation traditionnelle solide qui a fait jusqu’alors le prestige de la maison, tout en l’adaptant aux évolutions du monde de l’emploi et du travail. La richesse de l’offre ne doit pas exempter les étudiants d’une orientation efficace, orientation qui sera d’autant plus facilitée par la réforme des parcours professionnels au sein des écoles. Enfin, c’est aux étudiants de ne pas se limiter dans leurs choix, et de saisir les meilleures opportunités qui s’offrent à eux – à Sciences Po, ou ailleurs.
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