directeur – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Sun, 17 Sep 2023 10:44:46 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png directeur – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Entretien exclusif avec Mathias Vicherat : un alumni revenu sur les bancs de l’école https://www.lapeniche.net/entretien-exclusif-avec-mathias-vicherat-un-alumni-revenu-sur-les-bancs-de-lecole/ Sun, 17 Sep 2023 10:44:44 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=55898 Alors que s’entame une nouvelle année universitaire, nous avons souhaité mettre le temps sur pause pour faire un saut dans le passé et revenir sur le parcours du directeur de Sciences Po, mais également sur les défis et perspectives d’avenir de l’établissement.

Qu’est-ce qui, à l’époque, vous a poussé en tant que jeune étudiant à vous orienter vers Sciences Po ? 

Il y a plusieurs raisons. La première, c’est que j’avais un intérêt pour plusieurs disciplines et je ne voulais pas choisir. Or, Sciences Po est une école qui permet d’aborder de brasser des domaines différents, avec le souci de l’interdisciplinarité.

La deuxième, c’est que je voulais être journaliste. A l’époque, il n’y avait pas encore d’école de journalisme intégrée à Sciences Po, mais c’était pas mal de faire d’abord Sciences Po puis une école de journalisme ailleurs. Mais rien ne se passe jamais comme prévu. En découvrant le droit administratif notamment, j’ai été attiré par la fonction publique, m’amenant à faire la section Service public.

Je n’étais pas programmé pour faire Sciences Po. J’étais dans un lycée parisien, qui avait de mauvais résultats au Bac, qui était et qui est encore en zone d’éducation prioritaire. J’ai vu le mal que pouvaient faire les conseillers d’orientation quand ils n’étaient pas très investis dans leur mission. Le conseiller d’orientation nous demandait ce que l’on voulait faire plus tard. Je disais “Sciences Po” et il me répondait : “Non, mais sérieusement, vous voulez faire quoi ?”.  Loin de me désinvestir, ça m’a surtout donné de l’énergie pour y arriver.

Pour moi, Sciences Po ce n’est pas seulement des études mais aussi une expérience, en termes d’engagement notamment, et ça crée chez moi une dette considérable envers cette école.

Justement, est ce que vous avez souvenir d’une anecdote particulière de votre scolarité à raconter, par exemple sur votre premier jour à Sciences Po ?

Je n’avais jamais mis les pieds à Saint-Germain-des-Prés. J’avais grandi dans le 93 et dans le nord de Paris et j’arrivais dans ce monde auquel je n’avais pas eu accès. En arrivant à Sciences Po, j’ai eu un choc thermique. On utilise souvent l’expression “monter à Paris”, moi j’étais déjà parisien, mais je suis quand même “monté à Sciences Po”. En 20 ans, l’institution a considérablement évolué sur ce point et Sciences Po est aujourd’hui la plus ouverte des grandes écoles.

J’ai de nombreuses anecdotes sur ma vie associative notamment, mais je me souviens particulièrement de ce choc et de cette première découverte. Puis, Sciences Po m’a permis de développer un appétit intellectuel. Finalement, ce qui finit par rester de ma scolarité, c’est surtout une méthode et l’agilité de passer d’une discipline à une autre, ainsi que les expériences d’engagement.

Vous avez été diplômé en 2000, année de l’instauration de la troisième année à l’étranger. Si vous en aviez eu l’occasion, où auriez-vous choisi de passer votre troisième année à l’étranger? 

D’abord il faudrait que je fasse plusieurs choix, car même si 80% des étudiants ont leur premier choix, on n’a pas toujours notre premier vœu ! 

Quand j’étais étudiant la question ne s’était pas posée car, bien que c’était possible, c’était très compliqué. Mais si j’en avais eu l’occasion, je pense que j’aurais choisi un pays en Afrique, mais je ne sais pas précisément dans quelle université. 

Vous avez parlé de dette auprès de Sciences Po. Vous étiez secrétaire général de Danone, puis vous avez décidé de quitter une carrière dans le privé, pour finalement revenir dans votre ancienne école. Pourquoi ? Quelles étaient vos motivations ?

Depuis ma sortie de l’ENA, j’ai fait la majeure partie de ma carrière dans le public. Sur 20 ans de carrière, je n’ai en fait réalisé que 3 années dans le privé. Je les ai effectuées chez Danone car j’ai retrouvé là bas cette dimension de bien commun, d’entreprise à impact et une volonté de changer d’une certaine manière, les pratiques du capitalisme, en prenant en compte la dimension environnementale notamment.

En réalité, durant ma carrière je n’avais jamais pensé à devenir directeur de Sciences Po, mais la crise institutionnelle a ouvert la possibilité de candidater. Avec la dette que j’avais auprès de Sciences Po, cumulée aux liens que j’ai entretenu avec l’école, ma candidature m’a semblé naturelle, j’y ai vu une forme d’alignement des planètes !

L’art a toujours occupé une place importante dans votre parcours. En 2001, vous aviez publié un ouvrage intitulé Pour une analyse textuelle du rap français. Pensez-vous élargir les domaines de compétence de la nouvelle Maison des Arts et de la Création, lancée l’année dernière, pour y incorporer des éléments de la culture populaire ?

Tout à fait. Lors d’une de mes dernières conversations avec Bruno Latour, je lui demandais quelles étaient les prochaines frontières des sciences humaines et sociales : il m’a répondu “Don’t Look Up”. Ce film Netflix, à travers la comète qui va s’abattre sur la Terre, est en fait une parabole de l’urgence climatique.

Cela montre que dans toute une série de domaines, les arts ont beaucoup à apporter, et je crois fondamentalement qu’il doit y avoir un dialogue fécond entre les pratiques artistiques et les sciences humaines et sociales.

Il ne s’agit pas simplement de théorie artistique mais de pratique : c’est pour ça par exemple que nous avons mis en place des ateliers d’écriture et non pas des cours de littérature. Nous avons également créé de nombreuses Chaires, notamment de cinéma et de littérature, ainsi qu’un statut d’artiste confirmé à Sciences Po. Par ailleurs, Benjamin Millepied présentera bientôt à Saint Thomas une chorégraphie co-créée avec des étudiant.e.s. 

Non seulement il y a une interdisciplinarité des sciences humaines et sociales, mais on y ajoute également d’autres disciplines, notamment artistiques, mais aussi des sciences exactes, par exemple à travers le cours de Culture écologique. L’interdisciplinarité est notre marque de fabrique à Sciences Po.

Étudiant à Sciences Po, vous étiez très engagé politiquement, notamment en y fondant la première antenne d’Attac: pensez-vous pour autant qu’un étudiant à Sciences Po doit nécessairement être engagé? 

Non. Ce que je crois, c’est que l’on ne vient pas à Sciences-Po par hasard, mais pour transformer des convictions en capacité d’action, c’est en quelque sorte une école de l’engagement. Et effectivement, à travers les conférences à dimension très professionnalisante, toutes les expériences et engagements associatifs, il y a cette possibilité. J’étais moi-même multi-engagé à l’époque. 

Mais ce n’est pas un pré requis. On peut avoir un parcours plus académique, scolaire, et c’est très bien. Par contre, si on a envie de s’engager, il y a toute l’offre au niveau académique et associatif des syndicats qui est là pour ça. 

Le fait que la monographie des étudiants de Sciences Po s’appelle Une jeunesse engagée, cela dit quand même quelque chose sur votre jeunesse ! Il y a un chiffre que je trouve formidable : 36 % des étudiants à Sciences-Po sont dans une association de solidarité humanitaire, soit 1 tiers des étudiants, c’est trois fois plus qu’à mon époque! 

Vous avez récemment communiqué sur un éventuel retour d’épreuves écrites en raison du décalage temporel du Bac. La suppression des épreuves écrites a permis d’élargir les origines et profils des candidats et admis. Le retour de cette sélection ne risque-t-il pas selon vous d’uniformiser les parcours des étudiants à Sciences Po ?

Le pari de l’amélioration, et du niveau et de l’ouverture sociale et géographique, est tenu. Dans le cas des élèves français, nous avons toujours 95% de mentions très bien au bac, et en même temps un taux de boursiers qui frôle les 30%. L’ouverture sociale et l’excellence avancent de pair, là où certains les opposent parfois.

A Sciences Po, nous avions un intérêt à la réforme précédente et à l’anticipation du calendrier qui nous permettait, en plus du contrôle continu pour le dossier, d’avoir accès à des notes plus tôt. Nous avons appris que le calendrier changerait ; nous allons nous adapter. Lorsque nous avions les résultats du contrôle continu et du bac, nous arrivions à une forme d’objectivité : ce n’est plus le cas. Cela ne veut pas dire que nous allons remettre une épreuve sur table, ça non, mais les modalités sont encore à définir. Il y a une réflexion, pas une décision.

Vous avez annoncé lors de votre conférence de presse de rentrée l’ouverture de la procédure Parcoursup aux élèves de la filière professionnelle: comment intégrer la plus-value de leur cursus scolaire à Sciences Po ? 

J’ai découvert en devenant directeur que les lycéens professionnels n’avaient pas le droit de passer Sciences Po : c’est totalement injuste. J’ai donc demandé une réforme des procédures d’admission au Conseil de l’Institut.

L’étape suivante, c’est d’intégrer des lycées professionnels aux lycées conventionnés (CEP): on commence cette année avec trois lycées.

La préparation pour intégrer Sciences Po en lycée professionnel n’est clairement pas la meilleure, mais il y a parfois des erreurs d’orientation scolaire et de très bons élèves peuvent y arriver : il faut laisser les possibilités ouvertes. Moi, je ne veux pas d’étiquettes.

Depuis sa création en 1872 et sa nationalisation en 1945, l’école s’est complètement diversifiée : journalisme, recherche, droit, management… Pourtant le spectre de l’ENA continue de hanter les représentations collectives. En dépit des réformes effectuées, comment casser cette image de Sciences Po d’une “simple prépa” de l’ENA ? 

Nous maintenons notre identité de meilleure préparation française à la fonction publique : nous enregistrons d’excellents résultats aux concours de la fonction publique et je l’assume.

Malgré cela, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 70% des étudiants de Sciences Po vont dans le privé, 10% dans l’associatif, et 20% dans le public. On ne peut pas, avec cette diversité, résumer Sciences Po à l’antichambre de l’ENA.

Qui plus est, on a souvent associé Sciences Po à l’école de l’intérêt général, et donc de la fonction publique ; je dirais plutôt qu’il s’agit d’une école du bien commun. C’est une notion plus large, que l’on peut poursuivre dans le privé comme dans le public. Cela se ressent dans le vote de la raison d’être de Sciences Po : « Comprendre son temps pour agir sur le monde ».

D’après un sondage auprès des alumnis de Sciences Po, 52% seulement des alumnis se revendiquant de droite estiment que Sciences Po est un espace où peuvent s’exprimer librement les opinions, contre 75% des anciens étudiants se revendiquant de gauche. Quel est votre avis sur l’expression du pluralisme au sein de l’établissement ?

Sciences Po, c’est l’école du pluralisme et nos étudiants y sont d’ailleurs fortement attachés : 89% d’entre eux mettent en avant la nécessité de la tolérance vis-à-vis des idées et des croyances des autres. Je ne veux pas d’uniformisation de la pensée. Il faut garder la possibilité d’une vraie confrontation d’idées, on ne progresse pas dans l’entre-soi intellectuel. Une des marques de Sciences Po est de maintenir un cadre éthique et pluraliste du débat, et c’est pour cela que je ne suis pas en ligne avec les demandes d’interdiction d’interventions et autres. 

En revanche, il faut que cela se fasse dans le respect de l’autre. Sur les réseaux sociaux mais pas seulement, il y a une tendance à la cacophonie, à la polarisation, et aux attaques personnelles. Il faut prendre garde à cela, et rester dans une forme cadrée d’éthique du débat. 

Je trouve qu’à Sciences Po, l’échange d’idées entre les élèves, mais aussi avec le corps professoral, est beaucoup plus riche qu’il y a vingt ans. Beaucoup d’élèves ont des convictions, des principes très arrêtés, sur le changement climatique, les inégalités sociales. C’est très respectable, parce que je pense que c’est votre génération qui fera bouger les lignes. Je suis très impressionné par le fait que les élèves osent autant s’exprimer. Notre rôle est de transformer ces convictions en capacités d’action.

Enfin, nous avons une question bonus : tous les étudiants se le demandent, pourquoi porter perpétuellement des chaussettes rouges ? 

(rires) J’aime beaucoup les chaussettes hautes, et il se trouve qu’il y a plus de choix de chaussettes colorées parmi les chaussettes hautes. De plus, lorsque l’on est habillé en costume, on a finalement pour un homme assez peu de fantaisies possibles !


Propos recueillis par Chloé Auffray et Liam Piorowicz

Crédit images : Teo Manisier

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Succession Descoings (2) : Après « l’hyperdirecteur », le directeur « normal » ? Entretien avec Dominique Reynié https://www.lapeniche.net/succession-descoings-2-apres-%c2%ab%c2%a0l%e2%80%99hyperdirecteur%c2%a0%c2%bb-le-directeur-%c2%ab%c2%a0normal%c2%a0%c2%bb%c2%a0-entretien-avec-dominique-reynie/ https://www.lapeniche.net/succession-descoings-2-apres-%c2%ab%c2%a0l%e2%80%99hyperdirecteur%c2%a0%c2%bb-le-directeur-%c2%ab%c2%a0normal%c2%a0%c2%bb%c2%a0-entretien-avec-dominique-reynie/#comments Fri, 28 Sep 2012 21:55:00 +0000 http://lapeniche.net/?p=1381 Premier des quatre candidats encore en lice pour la succession de Richard Descoings à accepter de nous rencontrer, Dominique Reynié est un pur produit de Sciences Po. Diplômé de l’institut (promotion 1983) où il obtint un DEA en sciences politiques, il ne quittera jamais véritablement la maison : après avoir passé l’agrégation, il revient comme maître de conférences puis professeur des universités au 27 rue Saint Guillaume. Chercheur au Cevipof, il est également directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), un think tank « libéral, progressiste et européen » proche de l’UMP qui a obtenu la semaine dernière le second prix du meilleur think tank de l’année décerné par l’Observatoire français, derrière Terra Nova.

P1420511D1508572G_apx_470_.jpgConnu pour ses nombreux passages dans l’émission sur France 5 C dans l’air et sa chronique sur France Culture Le monde selon Dominique Reynié, ce dernier connaît par cœur les rouages et les attentes des médias. Projeté devant les comités et les caméras à l’annonce de sa candidature, il maitrise sans problème cette effervescence médiatique et accepte de répondre aux sollicitations de LaPéniche. Le rendez-vous est pris le vendredi 7 septembre, dans un café boulevard Saint Germain.

Immédiatement, Dominique Reynié nous met à l’aise ; autour d’un verre, confortablement assis sur des banquettes rouges en simili cuir, notre entretien prend le tour d’une discussion informelle, jeu auquel il se prête avec aisance. C’est un homme accessible et sympathique, qui nous livre franchement et sans détours sa vision de Sciences Po et de ce qu’il veut en faire.

L’héritage de Richard Descoings

Tout d’abord, il veut « poursuivre» l’œuvre de Richard Descoings et continuer à faire de Sciences Po une « université internationale et sélective ».

Il était en effet un proche de l’ancien directeur, bien avant 1996 par ailleurs, et il nous assure assumer entièrement ce que celui-ci avait réalisé. Quelles que soient les conclusions du rapport de la Cour des comptes (dont il est bien difficile de deviner les grandes lignes malgré tout ce qui se murmure et dont aux dernières nouvelles il se susurre qu’il pourrait ne pas être rendu public), les bénéfices en terme d’image, d’attractivité et de niveau d’enseignement réalisés sous l’ère Descoings sont de toute façon supérieurs aux coûts engendrés. Et de préciser que la France aurait bien de la chance si tous ses milliards de deniers publics pouvaient produire de tels gains.

Il se veut donc le candidat de la « consolidation » des mesures mises en place. « Le temps des révolutions est terminé », explique-t-il. C’est en partie pour cette raison qu’il considère que sa connaissance de la maison est un atout indéniable : sa compréhension des dossiers et des codes de l’IEP lui permettrait une plus grande efficacité une fois à sa tête.

Dominique Reynié présente donc un projet sobre, sans mesure « révolutionnaire », mais qui permettrait de renforcer les réformes menées par son prédécesseur. Il souhaite aussi mettre l’accent sur la prise en compte des profonds bouleversements que le numérique et la culture de l’écran sont en train de produire dans le monde académique, non seulement sur le plan de l’offre mais aussi, plus profondément, sur la manière d’apprendre et d’enseigner, de chercher et de publier.

Un nouveau management plus transparent et démocratique

Il promet tout d’abord une transparence maximale sur les comptes de Sciences Po, en publiant notamment les financements et le montant des primes sur Internet. Il souhaite également un processus de décision plus collégial. Cela se traduirait par la présence accrue de représentants du corps académique, mais aussi des élèves et des salariés dans les assemblées décisionnelles. En effet, selon lui, les projets se doivent d’être présentés à la communauté et modifiés de façon à ce qu’un consensus émerge. Il nous précise d’ailleurs que son expérience à la tête de la Fondapol fut très formatrice à ce propos.

Il veut rompre avec le mode de décision « charismatique» qui permettait à Richard Descoings de faire valoir sa vision des choses et d’octroyer à ses mesures une légitimité suffisante. Après tant d’années fastes, il faut pour la consolidation un directeur « ordinaire », dont le soutien se devra d’être garanti à tous les échelons.

Ouvrir Sciences Po sur l’Europe et les autres IEP

drapeau-europeen.jpgPour poursuivre l’œuvre de Richard Descoings, et parce que l’Europe est un enjeu historiquement et culturellement cher à Sciences Po, Dominique Reynié voudrait davantage renforcer la coopération entre Sciences Po et les grandes universités européennes. L’ouverture internationale est indéniablement l’un de nos atouts majeurs ; mais plutôt que d’intensifier et de diversifier les partenariats dans le monde entier, il souhaiterait consolider ceux qui existent déjà, et envisage ainsi la multiplication de formations communes associant plusieurs grands établissements européens.

Il souhaiterait également que l’école se concentre sur une coopération entre Sciences Po Paris et les IEP de province, notamment en mutualisant les ressources de travail.

Repenser la finance de l’institut

Il se réjouit également de l’augmentation du nombre d’étudiants depuis 1996, mais n’imagine pas cette dynamique en œuvre encore longtemps. Si d’une part les effectifs semblent avoir atteint un seuil optimal, la question délicate des financements se poserait avec insistance (cours supplémentaires, salles de classe, nouvelle bibliothèque, etc). Et ce d’autant plus que dans un contexte de crise économique, il est probable que l’Etat mette un terme à l’augmentation annuelle de 7-8 % de sa contribution au financement de l’Institut comme il le faisait auparavant (à l’occasion de la renégociation quinquennale). Peut-être même réduira-t-il celle-ci suite à la publication du rapport des sages de la rue Cambon… Pour continuer à développer l’institution en gardant le même nombre d’étudiants il faudra donc compter sur de nouvelles ressources.

Le candidat dit cependant ne pas vouloir augmenter les frais de scolarité et répète que « dans (son) monde idéal, l’accès à Sciences Po est gratuit pour tous. ». Oui, pour nous aussi ; mais comment trouver les fonds nécessaires à notre développement ? Il évoque la possibilité de faire des économies structurelles en établissant un plus grand tronc commun notamment au niveau du master (avec des cours obligatoires de relations internationales ou de droit constitutionnel par exemple), ou en réduisant la diversité des cours et des options (en deuxième année par exemple). Pourtant difficile d’imaginer des bénéfices records sur une restructuration des enseignements.

fundraising-tip.jpgIl insiste dès lors sur l’importance d’augmenter le fundraising, qui ne représente aujourd’hui qu’une proportion de l’ordre de 5% du financement de l’IEP (7 millions d’euros). Quand on pense que la contribution de l’Etat est dix fois supérieure, on ne peut que s’interroger sur la faisabilité d’une telle opération. Il faudrait viser non pas le financement du fonctionnement de l’institut mais la constitution d’un capital de 100 millions € dont le placement pourrait abonder de manière pérenne et significative les ressources de la maison.

Si Dominique Reynié se veut clairement « héritier » de l’œuvre de Richard Descoings, il montre quand même des doutes sur certaines mesures sur lesquelles il pourrait revenir.

Il voudrait ainsi notamment revoir la dernière réforme du concours d’entrée pour y réintroduire une épreuve d’ordre général, dont la forme ressemblerait presque à celle du concours commun aux six IEP de province. Il s’agirait d’une épreuve de sciences sociales, où chacun pourrait être interrogé sur deux thèmes dans chacune des six matières qui composent l’ensemble général. Ainsi, les prétendants à l’entrée étudieraient tous avec les mêmes sources un programme précis et limité. Cela permettrait une première sélection sans exclure ceux qui n’ont aujourd’hui ni les moyens de payer une prépa, ni les conditions requises pour rentrer par CEP.

logo_pres.jpgDominique Reynié semble également un peu sceptique sur l’Idex et le PRES Sorbonne-Paris-Cité dont Sciences Po est l’un des membres fondateurs. Bien que la création d’un si grand pôle de recherche dans tous les domaines scientifiques soit une chance, elle pourrait également selon lui représenter un danger pour l’identité de Sciences Po, qu’il considère comme une institution « à part ». La préservation de cette singularité, statutaire, culturelle et académique, est la clé du prochain mandat.

Au bout de deux heures d’entretien, le plus frappant est que Dominique Reynié est passionné par Sciences Po. Il a un avis sur tout, et cet article ne saurait recenser de manière exhaustive toutes les idées qu’il a évoquées. Et si le léger « il faut vraiment que j’y aille, j’ai rendez-vous à France Inter » avec lequel il clôt notre entrevue prouve quelque chose, c’est bien peut-être qu’il n’est pas aussi ordinaire qu’il veut bien le dire.

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Succession Descoings : L’exception rue Saint-Guillaume (1) https://www.lapeniche.net/succession-descoings-lexception-rue-saint-guillaume-1/ https://www.lapeniche.net/succession-descoings-lexception-rue-saint-guillaume-1/#comments Tue, 18 Sep 2012 21:41:00 +0000 http://lapeniche.net/?p=1375 La succesion de Richard Descoings à la tête de SciencesPo agite en silence les coulisses de la rue Saint-Guillaume. Alors que les étudiants de SciencesPo regrettent encore la disparition de l’ancien directeur, les délibérations sur son successeur avancent à grands pas sur fond de tensions financières et politiques. LaPéniche a enquêté toute la rentrée ; interviews de tous les candidats, analyse de la procédure, décryptage du rapport, découvrez à travers nos 7 articles à paraître toutes les facettes de la nomination du prochain directeur ! En guise d’introduction, un rappel sur le mode de désignation de ce dernier, une exception rue Saint-Guillaume.

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L’été n’a pas épargné les discussions autour de la nomination du nouveau Directeur de Sciences Po: alors que les étudiants s’en allaient tranquillement oublier les événements de la fin d’année, les auditions des candidats et les premiers échos du fameux rapport de la Cour des Comptes ont entretenu une affaire déjà très médiatisée.

« Mais comment va-t-on le nommer ? »

Tradition impose, depuis désormais cinquante ans : le prochain Directeur de l’IEP, structure universitaire publique, sera également l’Administrateur de la FNSP, entité privée. Il est donc légitime de retrouver deux comités de sélection des candidatures : l’un issu du Conseil de Direction de l’IEP (CD-IEP), sous la présidence de Michel Péberau (ancien professeur à Sciences Po et ancien PDG de BNP Paribas), composé de 5 membres, parmi lesquels des professeurs et un étudiant élu UNEF, vice-président du CD, Arnaud Bontemps ; l’autre issu du Conseil d’Administration de la FNSP (CA-FNSP), présidé par Jean-Claude Casanova, composé de membres pour la plupart extérieurs à Sciences Po, tels que des anciens grands patrons, des hauts-fonctionnaires, etc.

Capture_d_ecran_2012-09-18_a_21.17.51.pngDurant l’été, les comités devaient auditionner les candidats, afin de présenter à leur président un unique nom. Une fois les comités d’accord sur celui-ci, J-C. Casanova et M. Pébereau soutiendront au Président de la République cette seule et unique candidature qui, si elle est approuvée, sera validée par décret présidentiel (contresigné par le Premier Ministre et la ministre de l’enseignement supérieur, Geneviève Fioraso). Mais le Président ne validerait que le poste de Directeur de l’IEP, tandis que celui d’Administrateur de la FNSP serait délivré par le Premier Ministre. L’un des plus beaux exemples de l’ « exception française », dans la mesure où les présidents d’université sont traditionnellement nommés en interne par le Conseil de Direction, Sciences Po cultive l’originalité par cette combinaison si particulière entre structure de droit public et entité de droit privé.

Sur les 24 premières candidatures, les plus sérieux candidats sont au nombre de quatre. Si Hervé Crès fait figure de favori, auprès des élèves comme de l’Administration – notamment de J-C Casanova et M. Pébereau – Jean-Michel Blanquer, directeur général de l’enseignement scolaire, serait le candidat privilégié de certains hauts-fonctionnaires. Gilles Andréani, magistrat à la Cour des Comptes, et Dominique Reynié, directeur général de Fondapol seraient davantage en retrait même si tout reste ouvert. Tous se placent dans l’héritage de Richard Descoings, prônant l’innovation comme critère fondamental de l’évolution de l’École, et considérant la refonte du management comme une pierre d’angle du prochain mandat.

A situation d’exception, mesures et retentissement d’exception

Entre la grande discrétion des comités d’instruction quant à leurs critères de composition et l’opacité du mode de décision au sein de chacun d’eux, étudiants et autres ont crié haro sur une procédure dont le manque de visibilité au sein de l’institut est frappant. Si l’on ajoute à cela ce formidable tour de magie qu’est la proposition de nomination du même candidat de la part de chaque comité, alors même qu’ils sont censés décider indépendamment l’un de l’autre, les interrogations qui entourent toute cette nomination sont nombreuses.

Capture_d_ecran_2012-09-18_a_21.34.39.pngLes critiques multiples, dans les journaux comme à Sciences Po, contraignirent les membres de l’Administration à se prononcer sur cette procédure peu ordinaire. Dans l’interview accordée par Hervé Crès à Sciences Po TV, administrateur provisoire de SciencesPo, l’interrogé se défend : « il s’agit de juger cette accusation d’opacité de façon relative à ce qu’il se passait avant à Sciences Po : le directeur sortant préparait son successeur, le présentait au Conseil de Direction et au Conseil d’Administration, et la nomination se faisait de façon très feutrée ». Certes. D’où vient alors ce décalage qui agite tant ? Dominique Reynié partage, dans une certaine mesure, la même idée qu’Hervé Crès : la procédure de nomination ne peut être que plus démocratique, relativement aux précédentes, mais elle ne l’est sûrement pas encore assez. En 1996, Alain Lancelot désignait Richard Descoings comme son successeur sans que des comités ne soient formés pour en discuter la légitimité… «C’était comme cela. Nous n’avions plus qu’à applaudir». Aux lendemains de la mort de Richard Descoings, l’Administration a semblé prise de court, contrainte d’élaborer une procédure originale. D’où son aspect bancal, ce gouffre qui sépare son fonctionnement des souhaits étudiants et médiatiques. L’on ne pouvait peut-être pas faire beaucoup plus en si peu de temps.

Relativisons également ce manque d’opacité, par la nouvelle image qu’avait acquise Sciences Po. Que trouve-t-on réellement choquant ? La procédure de décision en elle-même, ou son décalage, son inadaptation à la médiatisation de l’IEP ces dernières années ? On voit ici à quel point l’IEP garde l’empreinte de Richard Descoings : surmédiatisée, égocentrique et plus ouverte, l’École suscite maintenant des attentes en adéquation avec les mandats de son ancien directeur, moins avec le fonctionnement administratif universitaire traditionnel. Devenue image de marque, source d’intérêt pour les médias, différents acteurs revendiquent un rôle dans le fonctionnement de SciencesPo, là où ses dirigeants estiment l’avoir déjà profondément modifiée.

Mais retour au calendrier, l’été ayant gommé certains souvenirs : durant le mois de juin, quatre candidats ont été présélectionnés, «shortlistés» plutôt, et ont donc été auditionnés par les comités. Il s’agit dans le détail d’un oral d’une quinzaine de minutes devant le comité du conseil de direction de l’IEP et d’un entretien individuel avec tous les membres du comité du conseil d’administration de la FNSP pouvant durer jusqu’à deux heures. Mais certaines zones d’ombre demeurent : comment expliquer, si le rôle de l’Etat dans la nomination du successeur de Richard Descoings est si important que seuls quatre candidats sur vingt-quatre aient été auditionnés par les comités de sélection ? Si J-C Casanova clame haut et fort que tout reste ouvert, les autres candidats n’ont toujours pas été invités à un entretien et l’on peut se demander s’il ne s’agit pas que d’un peu de fumée pour calmer les doutes élyséens … Et du coup comment ce dernier quatuor a-t-il donc été choisi, et sur quels critères ? Mystère, mystère.

Le cinquième candidat et grand favori : le rapport de la Cour des Comptes

cour-des-comptes_article_pleine_colonne.jpg« Epine dans le pied », « épée de Damoclès », « grande ombre au tableau »… Ce mystérieux candidat nommé des qualificatifs les plus menaçants, « qui ne sera jamais Directeur de Sciences Po et qui pourtant semble gouverner cette rentrée », c’est lui, le fameux rapport de la Cour des Comptes sur la gestion de notre École. Il s’est imposé de force, les Conseils ne semblent pas vouloir de lui, mais il faut faire avec. Un article du Monde datant du 8 juillet énonçait l’ « abandon des règles les plus élémentaires des finances publiques », l’irrégularité de la gestion et l’irresponsabilité des dirigeants, sans oublier d’évoquer le scandale des primes dévoilé par Mediapart en début d’année, les dépenses déraisonnées, et la prise en charge par la FNSP des frais de missions et de déplacements de Richard Descoings quand celui-ci travaillait sur la réforme du lycée en 2009.

Or en cette semaine de rentrée, nouvelle pierre dans la mare : le Ministère de l’Enseignement supérieur a demandé à J-C Casanova d’attendre la publication définitive du rapport de la Cour des Comptes, qui ne devrait pas être communiqué avant novembre, pour nommer le nouveau Directeur. De fait, les deux réunions qui devaient faire émerger un candidat, le 4 et le 18 septembre, la première pour le CD-IEP, la seconde pour le CA-FNSP, ont été reportées. Un contretemps handicapant pour la stratégie du duo Casanova-Pébereau, qui seraient partisans de la nomination d’Hervé Crès, et qui voulaient que la décision du comité du CD-IEP soit prise la première – H. Crès étant grandement favori – pour contraindre le comité du CA-FNSP à prendre la même décision. Si le rapport venait à être publié avant la nomination, H. Crès, au cœur de la dernière équipe dirigeante, et ayant forcément sa part de responsabilité dans les dérives financières des dernières années, pourrait alors voir sa nomination fortement contestée. Mais sur cet échiquier dont les pions bougent chaque semaine, J-M Blanquer pourrait lui aussi être désapprouvé, puisqu’il joua un rôle important dans la tenue des moyens de gestion de l’éducation sous N. Sarkozy.

En définitive, si les tractations médiatiques vont continuer, la nomination ne devrait pas arriver de si tôt. Le candidat a-t-il déjà été choisi ? Le Rapport perturbera-t-il ce choix ? Mystère ! Ou pas.

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