Curieux hasard. Comme un signe du destin. C’est dans un café avoisinant la place de la Nation que nous retrouvons Jeanne1, la vingtaine. « J’avais mené mes premières actions par ici », confesse-t-elle, le sourire aux lèvres, en cet après-midi de novembre. « On se réunissait tous les vendredis, en séchant les cours. C’était génial ! On était libres et on gardait bonne conscience ».
Comme beaucoup d’autres, cette jeune militante a franchi un cap en participant aux marches hebdomadaires pour le climat dès 2019. En rejoignant la famille Greenpeace, c’est aussi une certaine émulation qu’elle a trouvée. « On était entre amis, on riait beaucoup, mais ça ne nous empêchait pas de voir que nos actions pouvaient vraiment servir et trouvaient un immense sens ». Un sens du siècle, pour la préservation de notre planète.
Elle donne également un sens professionnel à ce goût pour l’engagement. En septembre dernier, elle a obtenu un poste de stagiaire pour une durée de six mois au Ministère de la Transition Écologique et de la Cohésion des Territoires. « Pour son approche pragmatique », plus centrée sur les actions de terrain, glisse-t-elle. Au quotidien, ses journées se courent de dossiers en communiqués, à pas de charge, sur l’impeccable moquette du bureau de son maître, bien loin du pavé mal équarri, humide.
Mais, à ses yeux, son parcours ne souffre d’aucune incohérence. Car entre Greenpeace et l’Hôtel de Roquelaure, son action s’est déployée en politique jusqu’en 2021, à Europe Ecologie Les Verts (EELV). Militante au niveau régional, elle a notamment porté la candidature malheureuse de Sébastien Barlès à la mairie de Marseille au premier tour en 2020.
« Pour moi, Greenpeace, ça a vraiment été un lieu d’éducation à la question environnementale et de découverte des moyens d’agir en politique. Puis, à EELV, j’ai appris plus prosaïquement comment débattre, convaincre, mais j’étais frustrée de ne pas pouvoir appliquer ce en quoi je crois. L’aboutissement le plus logique, c’était le Ministère : ici, on change vraiment les choses », affirme-t-elle.
En est-elle bien sûre ? C’est en tout cas le constat contraire qu’a fait Zoé, une lycéenne de 19 ans avec un CV militant déjà bien garni. « J’étais à Sainte-Soline ». Sainte-Soline : une symphonie qui rime dans toutes les têtes avec le mouvement des Soulèvements de la Terre2, dont Zoé n’était pas membre ce jour-là. Apartisane, mais pas apolitique.
Résidant à Fronton, à quelques kilomètres de Toulouse, elle a aussi participé aux manifestations contre le projet d’A69, qui lierait la Ville Rose à Castres. « Une idée archaïque ; et après, on nous reproche de prôner la méthode Amish ! », s’indigne-t-elle, en référence à une sortie polémique d’Emmanuel Macron devenue célèbre3.
Une diversité de combats qu’elle mène pour la société ; qui doivent être menés par la société également. En effet, son avis sur la capacité du politique à changer son destin est tranché. Le diagnostic est simple : Zoé est désenchantée. Elle fait partie de ces 81% de jeunes qui n’y croient plus4, ou qui n’y ont jamais cru.
La raison ? « Des intérêts qui ne sont pas les miens », rétorque-t-elle. La puissance publique serait déconnectée de la jeunesse, voire lutterait contre elle, en alignant ses décisions avec les souhaits des grandes entreprises du privé. Le dossier de l’A69 en est pour elle l’illustration même. Le journal Reporterre a révélé dans une enquête5 sur les coulisses du projet de l’A69 que l’industriel pharmaceutique Pierre Fabre s’est débattu, des décennies durant pour sa construction . Une collusion qui se justifie par le profit, par des logiques guidées par des intérêts économiques, non par des intérêts humains.
Sur cet aspect, Zoé aspire à un réinvestissement du politique à une échelle plus locale. « Lorsque l’on regarde dans l’Histoire, par exemple la Commune de Paris ou l’organisation anarchiste de Barcelone [en 1936, administrée par le POUM6, ndlr], on respectait plus les intérêts des citoyens. Aujourd’hui, ça n’existe que dans les ZAD. Je serais pour qu’on donne plus de pouvoirs aux administrations locales, parce que ce sont elles qui sont au plus proches de nous », des citoyens.
Zoé se veut héritière d’Henry David Thoreau. Son cheval de bataille, c’est « la désobéissance civile ». Ses références? Des activistes et penseurs néo-marxistes. « Camille Etienne, évidemment », révèle-t-elle. Avant de poursuivre sur Andreas Malm, qui, dans son ouvrage Comment saboter un pipeline ?7, préconise face « à un désespoir total » une action contestataire qui ne doit pas se restreindre au cadre de la loi.
Des avis sur lesquels diverge Jeanne. Elle décline sa position via plusieurs exemples, pour soutenir sa thèse : « Moi, par exemple, je crois à la Sécurité Sociale, à la laïcité, à l’Education Nationale. Mes proches se moquent de moi en me disant que je travaille pour Macron. Mais je n’ai pas honte de penser que, si on n’avait pas eu un État interventionniste, aujourd’hui, certains soigneraient leur cancer à coups de Doliprane ».
Pour elle, également, agir seulement à une échelle locale, c’est être condamné à l’échec. « L’enjeu est global », rappelle-t-elle. Et toutes les récentes études le confirment. Dans son essai Insoutenables Inégalités8, l’économiste Lucas Chancel développe ces points. Sa recherche aboutit à une interdépendance des inégalités économiques et écologiques, au niveau mondial. Avec, pour conclusion, la nécessité de redéfinir des liens de coopération ainsi qu’une justice climatique. Des efforts lancés au cours de la COP21, avec l’instauration d’un Fonds Vert9 pour le climat de 100 milliards d’euros par an, financé par les pays du Nord, vers les pays des Suds, aux ressources exploitées et pillées par la colonisation. Un Fonds Vert, stagnant aujourd’hui au rang d’utopie.
Paradoxalement, Jeanne et Zoé semblent être des exceptions parmi la jeunesse, justement par leur engagement. Dans une enquête du CEVIPOF parue en novembre, intitulée « Jeunes en France »10, nous apprenons que seuls 60% des 18-24 ans se disent engagés, huit points de moins qu’il y a dix ans. Le répertoire varié de l’action politique a tendance à se focaliser sur les actions individuelles. La protestation politique, au sens que nous l’entendons communément (participation à des manifestations, des campagnes, élections, principalement) ne constitue une preuve d’engagement qu’aux yeux de moins d’un quart des sondés (23%). À présent, l’expression advient par le boycott ou le buycott, pour faire perdre ou – inversement – gagner de l’argent à des entreprises en fonction de leur comportement environnemental. Des initiatives à la dimension symbolique, qui échouent souvent sur le manque de coordination des agents économiques, comme le rapporte Olivier Estèves, maître de conférences à l’Université Lille III11. Cependant, ne nous y trompons pas : si la mobilisation est individualisée, les jeunes reconnaissent l’environnement comme une priorité politique. Dans cette étude, plus de 40% d’entre eux la mettent en première place de leur mobilisation actuelle.
Il est à penser que l’action demeure consubstantielle à la capacité de l’individu à agir, face à des situations structurellement inégales. Inégales sur les moyens. Économiques, déjà ; en ce sens, le boycott, proportionnel au budget est un recours potentiellement universel. Et de compétences. La valeur reconnue par le marché du travail de l’individu est dépendante de son niveau d’éducation. Le diplôme compte toujours, dans l’esprit d’une société au système universitaire fracturé entre universités et grandes écoles. Or, lorsqu’ils détiennent un poids d’influence, lorsque leur avis compte aux yeux des pouvoirs publics et privés, les individus ne se défilent pas, comme l’a démontré la vague de « désertion »12 de HEC et d’Agro Paris Tech ; de ces étudiants qui, lassés de servir le modèle qui nous a menés jusque-là, ont refusés les carrières dorées promises.
Gaspard Koenig, philosophe, s’est inspiré de ces récits pour son roman Humus, finaliste du Prix Goncourt cette année. Symbole d’un fait social devenu culturel. Les deux protagonistes de l’ouvrage, étudiants en agronomie, renoncent aux prestigieuses voies de sortie qui leur étaient offertes et cherchent à raffermir une terre martyrisée par les pesticides. La toile de fond est sociale. Arthur est issu d’une famille bourgeoise et croit dur comme fer dans son idéal. De son côté, Kévin, aux parents ouvriers agricoles, finit par trahir ses convictions écologiques et cède aux méandres d’un capitalisme vert qui se vend, angélique, comme source de transfusion de classe.
Néanmoins, les jeunesses que nous venons d’esquisser ne peuvent se désunir. Elles sont les seules à pouvoir agir sur leur avenir. Jeanne nous partage cette expérience : « au Ministère, tous mes collègues plus âgés sont intéressés par le sujet bien sûr, mais pas avec la même volonté que la mienne». Une vigueur à géométrie variable qu’elle explique par une émotion : « la peur ».
Une position commune avec Zoé, pour qui la mobilisation, par l’action, permet de lutter contre ce qui nous menace tous. Auteur d’un article sur l’engagement des jeunes en politique pour le magazine Émile13, le journaliste Ismaël El-Bou Cottereau raconte : « Dans mes entretiens, j’ai bien compris qu’on se mettait en action en politique pas simplement pour la révolte, mais par le désir de briser une forme d’impuissance. Dans l’enjeu environnemental, l’éco-anxiété est une clé de lecture ». Dans une étude de 2021 du Lancet Planetary Health, 60% de 10 000 jeunes interrogés déclarent en souffrir14. Une impuissance paralysante, qui nous mettrait victimes d’un destin face auquel on ne peut rien faire.
C’est la génération « Climat ». Celle qui a grandi dans l’espoir de la COP21, qui a connu les grandes vagues d’incendies des années 2020, de l’Australie à la Grèce, de l’Aquitaine à la Provence.
Ces générations sont celles qui, en dépit de leurs disparités économiques, sociales, culturelles, sentent ce devoir d’agir. Uniquement parce que la jeunesse, dans son identité, est la seule qui puisse offrir assez de vigueur à cette lutte. Uniquement, parce qu’elle ne réfléchit pas dans le mouvement accéléré15 du monde, du temps présent, économique – des bilans annuels – et politique – des élections. Elle se projette sur le long terme. Non pas pour ses enfants, mais pour elle, directement. La crise climatique, c’est la fin d’un monde : le sien.
Le climat au service de la jeunesse ?
Le Vieux-Monde s’écroule, et nous regardons ailleurs. Ceux en capacité d’agir sont parfois accusés de mépriser cette inquiétude. Le 3 novembre dernier, le Président de la République Emmanuel Macron avait été repris en Bretagne sur la question climatique par un adolescent sur ses déplacements en avion. Sa réponse, teintée de relents pédants, avait choqué. Ce qui nous pose plus profondément cette question : Qu’est-ce que grandir ? Ou plutôt, qu’est-ce que devrait être grandir pour cette génération confrontée à une crise d’origine anthropique sans précédent?
De nos jours, la doxa considère toujours la maturité par la manière dont elle se complait de la réalité. Comme si vivre, c’était énoncer un compromis permanent entre ses ambitions et le réel, puis, qu’avec le réel. C’est, quelque part, ce que nous pourrions nommer « l’effet Peter Pan ». Dans son ouvrage éponyme, James Matthew Barrie écrit : « Nul n’oublie la première injustice ; nul, sauf Peter ». Si Peter Pan reste dans l’enfance, c’est parce qu’il ne l’a pas connue. On ne deviendrait adulte que par un double processus. Déjà, la découverte de celle-ci. Puis, l’apprentissage qu’on ne pourrait lutter frontalement contre. Caricaturalement, l’on pense que grandir, c’est trahir. Plus nuancé, on devient pragmatique.
Que les ambitions climatiques s’opposent à la froideur du réalisme, ce n’est pas nouveau. L’exemple le plus frappant demeure Mai-68, parti des lycées et des facs, qui se battaient pour des valeurs post-matérialistes, de liberté, de solidarité… de bonheur, en bref. Mais, nous ne sommes plus dans luttes simplement post-matérialistes. Le climat n’est pas un sentiment, mais une vérité naturelle. Pas une opinion, mais des faits, incontestables scientifiquement. En dehors des opinions, mais impactée par une morale encore pesante. Comme l’écrivait Emmanuel Kant, dans sa Critique de la Raison Pure, « la paresse et la lâcheté sont les causes qui font qu’un aussi grand nombre d’hommes préfèrent rester mineurs leur vie durant, longtemps après que la nature les a affranchis de toute direction étrangère ; et ces mêmes causes font qu’il devient si facile à d’autres de se prétendre leurs tuteurs ». Par l’infantilisation, on réduit dans le débat public cette jeunesse, qui manquerait d’expérience. Zoé, sur un ton hilare, nous rappelait : « Parfois, quand je débats avec mes parents, j’ai l’impression d’être dans OSS 117, avec Hubert Bonisseur de la Bath qui nous dit sur la plage : « vous savez, le monde, il vous attend pas ! » ».
Or, ce n’est pas parce que le monde refuse la justice que l’on ne doit pas se battre pour elle. Se battre pour réduire l’écart entre ce qui est et ce qui devrait être.
Confrontées à cette crise climatique, les jeunesses avancent sur des parcours pluriels, dépendants bien plus des moyens des individus que de leur volonté. Cette dernière est commune, et peu la contestent. C’est une question d’avenir qui se présente à cette génération. C’est également une question d’héritage. Jeanne le sait : « Je me bats aussi pour l’image qui restera de moi, de ma génération. Peut-être qu’on ne réussira pas. Mais l’enfer c’est surtout de ne pas tout faire pour l’éviter. Je ne veux pas qu’on se dise, comme je le fais pour mes parents, qu’ils auraient pu mais ont procrastiné […] je me bats pour ce qui restera de nous ».
L’origine étymologique krisis en est un signe. Une crise, ce n’est pas qu’un moment délétère. C’est un instant de choix, une “révélation”. Pour que la peur ne paralyse pas. Pour que le naufrage ne nous submerge pas.
1 Les entretiens ont été anonymisés par soucis de confidentialité
2 L’entretien a été réalisé le dimanche 5 novembre, soit quatre jours avant la décision du Conseil d’Etat de suspension du décret de dissolution de l’organisation. Contactée a posteriori, Zoé nous a répondu sobrement : « Bien joué Gégé ! ».
3https://www.lefigaro.fr/politique/je-suis-pour-une-societe-ecologique-mais-pas-amish-macron-utilisait-deja-ce tte-expression-en-2016-20200916
4https://www.liberation.fr/politique/elections/presidentielle-des-jeunes-desenchantes-mais-pas-demotives-20 220321_XDNOZZEHQJFWVF4A7QWMPRNDLY/
5 https://reporterre.net/Elus-industriels-Dans-le-Tarn-les-barons-de-l-A69
6 Sur ce sujet, voir le film de Ken Loach Land and Freedom
7 MALM, Andreas. Comment saboter un pipeline ? La Fabrique. [s.l.] : [s.n.]. 2020
8 Pour retrouver les données étudiées, voir le site : https://lucaschancel.com/insoutenables/9https://www.lesechos.fr/2015/11/cop-21-le-fonds-vert-pour-le-climat-affiche-cinq-priorites-dinvestissement-2 82255
10 https://theconversation.com/comment-les-jeunes-sengagent-218165
11 https://maconscienceecolo.com/le-boycott-est-il-efficace/
12https://theconversation.com/reveil-ecologique-des-grandes-ecoles-ce-que-nous-ont-appris-les-discours-de-je unes-diplomes-196263
13 https://www.emilemagazine.fr/
14 https://www.cidj.com/vie-quotidienne/eco-anxiete-chez-les-jeunes-et-si-c-etait-une-bonne-nouvelle
15 Référence à l’ouvrage du sociologue de l’Ecole de Francfort : ROSA, Hartmut. Accélération. Une critique sociale du temps. La Découverte. [s.l.] : [s.n.]. 2011.
À l’occasion de la journée européenne de mobilisation universitaire en soutien à la Palestine mardi 12 mars, un groupe d’étudiant·e·s a occupé l’amphithéâtre Émile Boutmy pendant quatre heures. Bien que le caractère démocratique de cette pratique militante fasse fréquemment débat auprès d’étudiant·e·s désireux·euses d’assister à leurs cours, mardi matin, les critiques étaient d’un autre ordre : une étudiante membre de l’Union des Étudiants Juifs de France (UEJF) se serait vue refuser l’accès à la conférence “Judéité et antisionisme” organisée à la place d’un cours d’histoire par le Comité Palestine de Sciences Po Paris (CPSPP). Ce collectif ne dispose pas de statut administratif et n’est pas affilié à Students For Justice in Palestine (SJP), l’initiative étudiante à l’origine du walkout officiel qui s’est tenu le même jour.
Après l’installation “orga, déco et DJ set” entre 8h et 10h, et l’introduction à la conférence, un échange a eu lieu avec un réfugié palestinien de la bande de Gaza ainsi qu’un professeur en poste à Jérusalem. L’évènement avait pour objet la défense et le soutien des Palestinien·ne·s victimes des privations et bombardements infligés par Israël, en particulier depuis l’attentat perpétré par le Hamas le 7 octobre.
Lorsque l’étudiante au cœur des polémiques arrive devant l’amphithéâtre, les membres du CPSPP lui en auraient refusé l’accès verbalement, avant l’intervention de l’administration qui lui a finalement permis de passer. Sur Twitter, l’UEJF dénonce la supposée apostrophe d’un participant : “Ne la laissez pas rentrer, c’est une sioniste”.
Et la polémique s’enflamme. Pierre Catalan, directeur de la Vie Étudiante, nous explique à l’occasion d’un échange par mail qu’ “aucun membre de l’administration n’a été témoin de cette phrase. Certains ont été témoins du filtrage pratiqué et d’autres propos tenus pour justifier l’interdiction que l’accès à des étudiants soit empêché”. L’étudiante a déclaré au Parisien ne pas avoir entendu cette invective. Dans un mail adressé à la communauté éducative le 12 mars au soir, Sciences Po dénonce toutefois des “propos accusatoires (…) prononcés à l’encontre d’une association étudiante en particulier”, qui viseraient l’UEJF.
Très fort, trop vite, cet incident fait l’événement, et chaque camp politique le récupère à l’envi. Une semaine plus tard, après la saisie du Procureur et de nombreux communiqués, Sciences Po flotte dans le désarroi diffus des parties prenantes, qui affirment toutes pâtir des retombées médiatiques.
Contrairement à ce qu’ont rapporté certains médias et la ministre déléguée chargée de l’égalité femmes-hommes Aurore Bergé, l’étudiante n’aurait pas fait l’objet d’un “filtrage au nom”, dont la sonorité aurait “révélé” qu’elle était juive. Non membre de l’UEJF, mais se définissant lui-même auprès de La Péniche comme juif, Ethan* était aux abords de l’amphithéâtre lorsqu’il a eu vent des difficultés de l’étudiante. Il nous raconte avoir accouru en Boutmy pour vérifier que le “filtrage” n’était pas lié à une appartenance religieuse ou affiliation politique, ayant d’abord “naturellement pensé qu’on lui refusait l’accès car [l’étudiante] était juive”. Il est entré dans l’amphithéâtre “sans problème”, tout comme des étudiant·e·s affilié·e·s à l’UEJF, et nous confie que les étudiant·e·s pro-palestinien·ne·s présent·e·s dans l’amphithéâtre se sont montré·e·s “bienveillants” lorsqu’il s’est renseigné sur la situation. L’étudiante bloquée à l’entrée aurait été la seule membre du bureau de l’UEJF à tenter de pénétrer en Boutmy.
Jeanne*, étudiante venue assister à la conférence, était au fond de l’amphithéâtre. Vers 10h10, elle entend le ton monter près de l’entrée. Elle voit alors l’une des organisatrices de l’événement en “pleine altercation [verbale] avec l’étudiante concernée par le refus”, cette dernière étant accompagnée de Kate Vivian, Directrice de l’Engagement. Jeanne nous assure n’avoir pas entendu “sale sioniste”, elle ajoute qu’ “à aucun moment de la discussion il n’a été question de sa religion ou de son affiliation politique”.
L’organisatrice de l’événement aurait expliqué leur refus en invoquant la protection du droit à l’image des participants pro-palestinien·ne·s, ce que confirme Amélia*, une étudiante présente mardi matin : “je les ai entendu dire ‘non elle ne rentre pas, c’est pour notre sécurité’ à l’admin[istration]”. Jeanne confirme qu’il était question de “photos”. Mohamed*, militant pro-palestinien et étudiant en droit international, déclare auprès de La Péniche : “cette étudiante, on ne sait pas si c’est elle qui les poste, mais on sait qu’elle nous prend souvent en photo et en vidéo. D’autres gens avec elles prennent aussi des vidéos, ils n’étaient pas invités. Il se trouve qu’il n’y avait qu’elle à ce moment-là, elle n’est pas rentrée, mais le reste des gens de son organisation sont rentrés”.
L’étudiante bloquée à l’entrée aurait protesté, en affirmant que les membres du CPSPP ne connaissaient pas son identité, et devaient justifier leur refus. Le comité aurait évoqué des “mesures de sécurité” mises en place en réponse à un “harcèlement”. Parmi ces “mesures” figure la mise à disposition de masques en papier durant toute la matinée. Cette inquiétude liée à la diffusion de leur image pèse sur les mobilisations pro-palestiniennes depuis un certain temps, et si Pierre Catalan note qu’ “à sa connaissance (…), aucun signalement formel ni plainte n’avaient été formalisés” pour des cas de “fichage” ou de harcèlement des militant.e.s, au moins depuis son arrivée en fonction en décembre 2023, il reconnaît que “plusieurs étudiants, actifs notamment sur les blocages et dans des collectifs dits en lutte” lui ont signalé être inquiets d’être “pris en photo et circularisés à des personnes malveillantes”.
Selon Mohamed, l’administration aurait été informée à plusieurs reprises par le passé de tels cas de harcèlement, sans donner de réponse. La Péniche a eu accès à un mail d’étudiant·e·s pro-palestinien·ne·s daté d’octobre qui atteste de plaintes addressées à l’administration de Sciences Po au sujet de “faits de violence et d’intimidation commis par des étudiants”. Le CPSPP avait également partagé sur les réseaux sociaux une liste de leurs demandes en février, et la “protection des voix palestiniennes” y figurait comme première priorité.
Dans un communiqué du CPSPP du 13 mars, on peut lire que « les personnes à qui l’accès a été refusé (NDLR: à notre connaissance, une seule personne s’est vu refuser l’accès) étaient des individus ayant harcelé et intimidé par le passé d’autres étudiant·e·s quant à leurs positions politiques (…) Ces personnes sont connues pour avoir photographié et filmé des étudiants pro-palestiniens à leur insu, pour ensuite les poster sur les réseaux sociaux, les exposant ainsi à un risque élevé de harcèlement en ligne« .
Précisons avant tout que, fondées ou non, des accusations spontanées de violation du droit à l’image ne sont a priori pas suffisantes pour refuser l’accès d’un·e étudiant·e à un événement tenu à l’université. Comme nous le rappelle Pierre Catalan par e-mail, “interdire l’accès à un étudiant ou une étudiante pour ce motif [du droit à l’image], sans preuve étayée ni précédent tangible (appuyé par un signalement interne a minima, voire une plainte) est totalement intolérable et renvoie à la calomnie”. Toutes les parties prenantes, y compris le CPSPP, ont confirmé que cette étudiante n’avait jamais fait l’objet d’un signalement de ce type.
Le droit à l’image, qui permet d’autoriser ou de refuser la reproduction et la diffusion publique de son image, est souvent invoqué par les militant·e·s. De manière générale, peut-on photographier des manifestant·e·s? Oui, si l’image est prise dans un lieu public. La personne photographiée peut toutefois engager des poursuites si elle est reconnaissable et isolée sur le cliché, si elle considère que sa dignité n’a pas été respectée ou que l’image a été utilisée dans un but commercial. Pierre Catalan commente également : “Publier sans leur consentement des images d’étudiants mobilisés à visage découvert, dans des contextes irréguliers est pratiqué déjà et avant tout autre… par les étudiants mobilisés eux-mêmes”. Certes. Si aux yeux de la loi, et en l’absence de précédents internes, le refus du CPSPP serait difficilement justifiable, l’invocation du droit à l’image fait toutefois apparaître un élément supplémentaire dans le débat autour de la qualification de cet épisode : refus individuel, ou acte antisioniste voire antisémite ?
Pour Tsipora*, membre de l’UEJF, il n’y a pas eu “un seul acte antisémite, mais pleins de micro-évènements antisémites”, de “micro-agressions” à Sciences Po, et elle note une augmentation depuis le 7 octobre. Le 12 mars doit être situé dans un climat de tensions entre les militant·e·s, où chaque groupe se dit en “insécurité” et victime de “harcèlement”.
Tsipora rapporte des relations cordiales avec SJP, l’association pro-palestinienne officielle de Sciences Po qui, rappelons-le, n’a pas de lien avec ce qu’elle nomme le “collectif fantôme” [le CPSPP]. Pour Tsipora, les militant·e·s pro-palestinien·ne·s les “moins sympas”, les plus “fermés au débat”, sont les “indépendants” qui militent ponctuellement et s’éduquent “en autonomie”. Tsipora ajoute que “tout le monde s’attend à ce qu’on [l’UEJF et les organisations pro-palestinien.ne.s] ait des rapports, alors que l’UEJF n’est pas une association israélienne”. Sur son site Internet, l’UEJF mentionne sa “mission avant tout sociale”, “son soutien des Juifs […] dépositaires de la mémoire de la Shoah”, puis sa “représentation des Juifs engagés pour la paix aux côtés d’Israël”. Le sionisme, nous dit-elle, “c’est soutenir l’existence de l’Etat, mais pas forcément sa politique, sa façon de faire”, et “nous [l’UEJF] n’avons pas pour but de faire taire les voix pro-palestiniennes”.
Les étudiant·e·s pro-palestinien·ne·s déplorent cependant l’interruption d’une minute de silence par des membres de l’UEJF nationale lors d’une action tenue dans la rue Saint-Guillaume. Ils rappellent aussi qu’un homme non-identifié est entré dans l’amphithéâtre le matin du 12 mars et a crié “Am Israël Hai (Vive Israël), Fuck le Hamas !”.
Toutefois, le reproche principal adressé à l’UEJF remonte à la semaine précédente. En effet, le mardi 5 mars, SJP avait invité Rima Hassan, juriste, militante franco-palestinienne et candidate pour LFI aux européennes; Rony Brauman, médecin et ancien président de Médecins sans Frontières, et Ivar Ekeland, président de l’Association des universitaires pour le respect du droit international en Palestine (AURDIP). L’UEJF a tracté devant l’entrée, car ils “jugeaient les propos de certains invités inacceptables”, citant par exemple l’affirmation par Rony Brauman que “le port de la kippa est un signe d’allégeance à la politique d’Israël”. La Péniche a eu accès à certains messages de l’UEJF, sur lesquels on peut lire les responsables demander à leurs militant·e·s d’ “être exemplaire”, ou leur rappeler que “la posture de l’UEJF Sciences Po c’est pas d’arrachage [d’affiches], sauf si c’est des propos d’appels à la haine, purement antisémites, complotistes, etc. […] On ne sert pas notre combat en arrachant”.
Des groupes juifs externes à Sciences Po, et auxquels l’UEJF n’est pas affiliée, ont été informés de la venue de Rima Hassan, et sont arrivés “cagoulés et masqués, avec des drapeaux israéliens” devant l’université. “Là, on a tous vraiment pris peur”, nous dit Mohamed, étudiant pro-palestinien : “en plus, Rima Hassan avait reçu des menaces de meurtre et de viol sur Internet avant cette conférence”. Tsipora raconte que l’un·e des militant·e·s pro-palestinien·ne·s était “particulièrement stressé.e par la situation”, a “pointé du doigt l’UEJF en disant que nous les harcelions”. La militante UEJF visée, qui n’est pas celle à laquelle l’accès à Boutmy a été refusé, aurait “enregistré cette diffamation” par protection. Les militant·e·s pro-palestinien·ne·s ont donc demandé à l’administration la suppression de ces clichés, et les responsables de la Vie étudiante ont enjoint l’UEJF à le faire, avec succès. En dehors du 5 mars, Tsipora garantit qu’on ne leur a jamais reproché d’avoir pris des photos, “ni l’administration, ni le SJP, ni le CPSPP”.
A la lecture de la tribune des “33 personnes juif·ve·s non affilié·e·s”, Tsipora a été “étonnée” : elle nous confie s’être dit que “peut-être ces personnes n’ont pas des positions si différentes de nous”. Elle regrette que “l’on ne se questionne pas assez sur les nuances personnelles de chacun” et répète que “l’UEJF condamne toute forme de harcèlement”.
Mohamed aussi, l’assure, “nos espaces pro-palestinien·ne·s condamnent fermement le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie ou toute forme de discrimination”. Il étudie le droit international, “c’est pour cela que ça [lui] tient à cœur, il n’y a pas de religion ou de race là-dedans”. Le CPSPP demande “la liberté des Palestiniens, le respect du droit international, la fin du blocus illégal à Gaza, la fin de l’occupation illégale de la Cisjordanie, la fin de l’apartheid et du traitement différencié des juifs et des arabes en Israël. On ne demande pas aux gens de partir [d’Israël] ou de mourir”.
À l’institution dont Mohamed dit “avoir honte”, il reproche l’absence de l’organisation d’une minute de silence pour les victimes palestiniennes “alors qu’il y en a eu une pour celles du 7 octobre, à juste titre”. Cette minute de silence en mémoire d’Omri Ram, étudiant israélien qui avait effectué un échange à Sciences Po et a été tué par le Hamas au festival Nova, s’est tenue le 13 octobre. Pierre Catalan nous confirme par e-mail qu’ “à ce jour, Sciences Po n’a pas été à l’initiative d’une minute de silence à la mémoire des victimes [palestiniennes] mortes depuis le 7 octobre. À Menton, une minute de silence a été organisée à l’initiative des associations permanentes et avec le soutien de la direction, pour les victimes du conflit israélo-palestinien. Au Havre jeudi dernier, nous avons également observé une minute de silence, à la demande des étudiants, avant d’entamer un échange en amphi”. Plus globalement, Mohamed reproche à Sciences Po le silence généralisé à propos de Gaza. Il inscrit leur mouvement dans la “tradition militante de Sciences Po”, comparant “l’amphi Gaza” à “l’amphi Lénine” de mai 68. “Nous demandons à Sciences Po de faire ce qui est en son devoir, et non seulement en son pouvoir”, termine-t-il.
L’UEJF aussi, souhaite adresser des reproches à l’administration. Lors d’une réunion inter-associative organisée après le 12 mars, Tsipora a constaté que “plusieurs de ces remarques, nous [les pro-palestinien·ne·s et l’UEJF, NDLR], nous les avions en commun”. Elle ne souhaite pas en dire plus, maintenant que “l’enquête est ouverte et se chargera de déterminer les responsabilités”.
L’évènement du 12 mars a permis de mettre en lumière des problèmes structurels dans la mise à distance par Sciences Po d’une guerre qui affecte tou·te·s les étudiant·e·s, tout en interrogeant les modalités du dialogue inter-associatif. L’affaire de “l’amphi Gaza” aura surtout été l’occasion de constater l’influence mutuelle entre désinformation et hommes et femmes politiques dont Sciences Po est le bouc émissaire favori.
Légende : Le 14 mars à 17h, l’ensemble du campus de Paris est évacué, et un rassemblement pro-palestinien interdit.
]]>Nous, étudiant-e-s juif-ves de Sciences Po, refusons d’être instrumentalisé-e-s pour justifier la répression des mobilisations pro-palestiniennes.
Mardi 12 mars au matin a eu lieu une mobilisation d’étudiant-e-s engagé-e-s contre les massacres de masse systématiques en cours sur la bande de Gaza et l’occupation par Israël des terres palestiniennes. Sur la base de récits approximatifs, un emballement médiatique et politique démesuré a suivi pour accuser ces mobilisations d’antisémitisme. Sciences Po a elle-même saisi le procureur de la République pour des “faits à caractère antisémite”, tandis que l’école voyait la visite du premier ministre et de la ministre de l’enseignement supérieur. En tant qu’étudiant-e-s juif-ves, nous dénonçons cette manipulation politique qui invisibilise notre expérience d’étudiant-e-s juif-ves horrifié-e-s par les horreurs commises contre la population gazaouie. La direction de Sciences Po et les responsables politiques font de nous des cautions pour leur permettre de réprimer la liberté d’expression et les mobilisations pour la justice en Palestine. Nous refusons fermement d’être instrumentalisé-e-s de la sorte. Impliqué-e-s dans les mobilisations étudiantes pro-palestiniennes, nous réfutons les accusations d’antisémitisme menées à leur encontre et nous unissons à leurs côtés.
Les étudiant-e-s juif-ve-s ont fait partie intégrante de la mobilisation en faveur du peuple palestinien, tant sur le campus qu’en dehors, et ce depuis des mois. Le matin de ce mardi 12 mars, plusieurs étudiant-e-s juif-ve-s sont entré-e-s dans l’amphithéâtre Emile Boutmy et ont été présent-e-s pendant toute la durée de la mobilisation. Contrairement aux allégations, nous avons pu entrer dans l’amphithéâtre sans aucune entrave. L’une d’entre nous l’a fait librement, tout en portant autour de son cou l’étoile de David qu’elle porte depuis sa Bat Mitzvah. Elle a porté son collier à l’extérieur de son pull dans l’intention qu’il soit visible, afin que sa présence en tant que femme juive dans l’amphithéâtre soit connue. Une autre d’entre nous a fait une présentation dans le cadre de la mobilisation sur le judaïsme et l’antisionisme. Ironiquement, le cœur de sa présentation était de montrer comment le sionisme instrumentalise l’antisémitisme pour servir ses propres ambitions matérielles. L’altercation à la porte de l’amphithéâtre qui a été si lourdement défigurée par la presse s’est produite au moment où elle donnait sa présentation. À aucun moment de l’événement, nous ne nous sommes senti-e-s intimidé-e-s ou en danger du fait d’une action des organisateur-rice-s ou des autres participant-e-s à quelque titre que ce soit. Au contraire, nous avons été touché-e-s par le fait que nous nous sommes senti-e-s bien accueilli-e-s et inclu-e-s en tant que juif-ve-s pendant toute la durée de l’événement.
Les accusations d’antisémitisme contre les mobilisations pro-palestiniennes à Sciences Po ont été menées en grande partie par l’Union des Etudiants Juifs de France (UEJF), et ce depuis octobre. L’UEJF dit représenter les étudiant-e-s juif-ves, nous affirmons que cette organisation ne nous représente pas, ni politiquement, ni religieusement.
La lutte contre l’antisémitisme ne doit pas être brandie dans le but d’illégitimer toute revendication pro-palestinienne et critique de la politique criminelle d’Israël. Nous ne devons pas porter un discours réducteur : les étudiant-e-s juif-ves de Sciences Po sont divers, n’uniformisons pas leurs voix. L’identité juive ne présuppose pas un soutien politique à Israël! Vider le mot antisémitisme de son sens, c’est prendre le risque de mettre les juif-ve-s en danger, et nuire à la lutte réelle contre l’antisémitisme.
Malgré les menaces et les pressions nous continuerons de porter la voix d’une solidarité entre juif-ves et palestinien-ne-s. La lutte contre l’antisémitisme ne pourra jamais se faire au détriment des vies palestiniennes. Vive la Palestine libre ! Tahia Falasteen ! Tri falastin hahouvit ! Lang lebn di freye falestine !
Alumni :
Remplissant l’amphithéâtre Simone Weil, le représentant de la communauté juive a su réaffirmer le puissant lien entre ces deux religions, qui ont longtemps semblé antinomiques. À tort selon lui, qui affirme que les deux groupes religieux sont et seront toujours intrinsèquement liés.
Une conférence sous le signe du discours interreligieux
La conférence s’ouvre sur un court discours du président du CSG, Maxime Zbiden, qui n’hésite pas à dire sa joie face au partenariat avec l’UEJF autour d’un sujet qui lui semble capital. L’occasion pour lui également de réaffirmer la position ferme du CSG face à l’antisémitisme : « Nous disons non à l’antisémitisme et non à l’antijudaïsme de l’Eglise. »
Après un discours aux mots forts et inspirants, la parole est donnée à Salomé Delarive, présidente de l’UEJF Sciences Po. Alors qu’elle présente le parcours de l’intervenant, celui-ci l’arrête directement : « je ne suis pas là pour chercher un boulot », lui réplique-t-il très ironiquement, provoquant le rire général et un sourire amusé de la présidente de l’UEJF Sciences Po.
Le ton est lancé : accumulant les blagues, et les anecdotes qui détendent l’atmosphère, Haïm Korsia n’hésite pas à user d’un ton léger tout en exposant ses convictions puissantes. C’est ainsi que celui qui mêle humour, religion et histoire des relations entre juifs et chrétiens, retrace l’évolution de l’antijudaïsme dans l’Eglise.
Pour lui, l’antijudaïsme et l’antisémitisme ont beaucoup changé à travers le temps au sein du monde chrétien. D’abord basés sur l’accusation de peuple déicide, expression visant à pointer l’ensemble du peuple juif comme responsable de la mort de Jésus, l’Eglise s’en est imprégnée en menant des conciles aux conclusions antisémites. Ceux-ci ont notamment abouti à l’interdiction de pratiquer certaines fonctions, parfois même l’interdiction des mariages mixtes entre juifs et chrétiens, et bien d’autres discriminations anti-juives et antisémites.
La Première Guerre mondiale aurait marqué un changement crucial dans le rapport des chrétiens aux juifs (et inversement). Pour Haïm Korsia, la Grande Guerre a marqué la rencontre entre tous les hommes Français engagés, dont des juifs et des chrétiens. Très attaché au monde littéraire, Monsieur Korsia évoque une pièce de théâtre la maison du bon Dieu, dans laquelle un curé, un pasteur, un rabbin et un imam se retrouvent après la guerre autour d’une réflexion commune : et si cette fraternité que nous avons ressentie pendant la guerre, on la vivait tous les jours ?
Ces paroles de Haim Korsia résonnent particulièrement, d’autant que l’évènement est un partenariat entre deux entités religieuses à Sciences Po, un partenariat qui semble être bien plus qu’une formalité mais bien un signe d’amitié. Les deux associations ont d’ailleurs affirmé que cette conférence n’était que le début d’une longue série.
De la Seconde Guerre mondiale à aujourd’hui : des liens inaliénables entre juifs et chrétiens.
La Seconde Guerre mondiale a, malgré elle, tracé au feutre indélébile la suite du chemin de cette fraternité interreligieuse, de nombreux chrétiens ayant caché des juifs menacés de déportation. Cette coexistence et cette fraternité ne se sont pas arrêtées en 1945 et sont plus que jamais d’actualité. Le Grand Rabbin mentionne un propos, fort et poignant, prononcé par Jean Paul II, ancien Pape, à l’attention des juifs, lors d’une visite à la synagogue de Rome : « vous êtes nos frères préférés et, d’une certaine manière, on pourrait dire nos frères aînés », message d’amour et d’espoir puissant, renouant les liens, quoique parfois fragilisés mais toujours présents, entre juifs et chrétiens.
Pour conclure son propos, l’invité a tenu à dire quelques mots sur l’antisémitisme actuel, et la vertigineuse hausse de près de 1000% des actes antisémites depuis le 7 octobre 2023. Il tenait à rappeler l’importance de l’indignation dans les luttes antiracistes : ne jamais s’habituer, voilà son mot d’ordre. S’habituer, pour lui, c’est déjà abandonner et arrêter la lutte, pourtant si importante pour la cohabitation et la paix.
Le temps accordé aux questions du public a ensuite permis de revenir sur la place des religions en France mais aussi sur la laïcité. Monsieur Korsia a tenu à réaffirmer le droit essentiel à l’athéisme tout en évoquant les dangers que peut provoquer l’interprétation athée de la laïcité. En plus d’avoir le droit d’être athée, droit qui lui tient à cœur, il affirme la nécessité d’un autre droit qui le prend aux tripes : celui de pratiquer librement sa religion.Cette conférence de Haïm Korsia a alors su et pu illustrer la force et la nécessité du discours interreligieux. Porteur d’espoir, de luttes acharnées, doté d’un sens de l’humour qui surprend de prime abord mais rend le propos fort agréable à écouter, Haïm Korsia fait résonner une voix que l’on entend trop peu : celle de la paix dans les relations interreligieuses. Sa dernière phrase résume, lors de sa réponse à la dernière question posée, son combat, le combat d’une vie : « ne laissez jamais personne définir qui vous êtes ».
Within the first couple of weeks since moving to Paris, I found myself engaged in a deep conversation with my fellow exchange students about the delights of having moved to the city. However, our conversation took a gradual turn into an intense exchange of how unsafe we felt in Paris as young women, a sentiment that echoed our previous experiences at home in UK cities London and Manchester, and in other European cities like Budapest and Barcelona.
Sadly, we concluded how the pervasive fear of sexist and sexual violence seemed inescapable, underscoring the unsettling reality that the system we live in often falls short in preventing such acts.
Therefore this Saturday, the 25th November, myself, along with 80 000 others, including SciencesPo’s own NousToutes society, took to the streets of Paris to protest against this lack of action against sexist and sexual violence, and to ensure no one feels alone in this battle. This date in November has been dedicated to the emancipation of women since the General Assembly adopted resolution 54/134 in 1999, which acknowledged how ‘endemic violence against women was impeding women’s opportunities to achieve legal, social, political and economic equality in society.’.
The forms of gender-based violence are various, ranging from rape, sexual and physical assault, and forced marriage, to denial of resources and psychological and emotional abuse. In France alone, it is estimated that at least 44 % of women have experienced some form of this violence. And just under Macron’s presidency, more than 850 feminicides have been recorded.
An inter-associative protest, a range of groups and charities gathered at Place de la Nation on the day. They included the main organiser NousToutes, a collective at the forefront of championing change in light of these alarming statistics, Amnesty International and Les Rosies, a feminist collective that raises awareness by dancing to classic songs with lyrics rewritten to expose the realities of gender inequality.
The protest also drew both pro-Palestinian and pro-Israeli activists. Some protesters, waving Palestinian flags and posters reading “Free Palestine,” marched in a show of solidarity with Gaza and Palestinian women who are being murdered. However feminist groups holding signs which called for a recognition of the gender-based violence against Israeli women by Hamas on the 7th October, were asked to leave the protest to prevent a conflict from abrupting with the pro-Palestinians.
Speaking to one protester about why they decided to participate in the march, they replied, “I’m here because I believe it’s time to break the silence. Too many women suffer in silence, and it’s crucial that we stand together to demand change.” While another, when asked about what message they believe needs to be received by policymakers, declared that “an acknowledgment of the severity of the issue is needed,” and that “concrete action and comprehensive measures must be implemented.”
For SciencesPo students, this protest comes at a particularly relevant time, occurring just weeks after individuals barricaded the entrance to the Paris campus. They demanded that the institution take more decisive actions to condemn aggressors and prevent future incidents of sexual violence, highlighting a pressing need for change.
A swarm of people adorned in purple, a unifying colour which refuses to be ignored, made their way up Boulevard Voltaire, holding placards up towards the sky which exhibited empowering phrases such as; “It’s a dress, not a yes” and “mon, corps; mon choix, mes droits”.
Despite the chill in the brisk November air, a tangible warmth radiated from the pervasive feeling of unity and solidarity. I befriended women donned in knitted cagoules, after curiously observing them darting around plastering buildings with posters, and spray-painting benches with the moving words “tu n’est pas seule” (you are not alone).
The unity of the diverse crowd was palpable, as protestors navigated the streets with a shared purpose, demanding change and amplifying the call for gender justice in the heart of the French capital. The protest was indeed yet another visual testament of the continual struggle to dismantle the structures that perpetuate violence against women.
Crédits photo : Clémentine Gigot
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