Est-ce que vous pouvez vous présenter en quelques mots : votre parcours, votre métier, votre entreprise ?
Je suis diplômé 2005 du Master Affaires Publiques de Sciences Po. Après le Master, j’ai fait un an de prépa ENA pour passer les concours administratifs, puis je me suis rendu compte que ce n’était pas vraiment ma voie.
Pendant mes études à Sciences Po, je m’étais beaucoup impliqué dans le domaine associatif, notamment au BDE. J’ai également été l’organisateur du Gala de ma promotion. Toutes ces expériences m’ont permis d’acquérir des connaissances en matière de gestion de projet (financement, gestion d’une équipe…). En 2007, j’ai donc décidé de créer une entreprise avec deux associés. Nous avons décidé de nous lancer ensemble dans cette aventure car nous avions des compétences complémentaires : gestion de projet en ce qui me concerne, graphisme, design (aspect technique de notre activité) pour l’un de mes associé et marketing pour le second. Je suis aujourd’hui le Directeur Administratif d’INOCHI.
Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur INOCHI ?
INOCHI signifie « force de vie » en Japonais. Nous avons choisi ce nom car nous étions au départ spécialisés dans la communication au sein du monde médical. Mais depuis sa création, l’entreprise a élargi son activité. Nous proposons des services de conseil (Etudes de marchés, créations de campagnes, création d’identité, conceptions d’outils) et en conception graphique (création d’identité visuelle, création de charte graphique, packaging). Pour l’instant, l’entreprise ne compte que trois salariés, mais nous travaillons avec un réseau de partenaires d’une vingtaine de personnes, ce qui nous permet d’offrir une large palette de services de qualité dans plusieurs domaines.
Avez-vous suivi une formation complémentaire à Sciences Po ? Si oui, pourquoi ? Que vous ont-elles apportées ?
J’ai intégré Sciences Po après une Maîtrise de Littérature. Auparavant, j’ai eu un parcours assez classique, avec un passage par une classe préparatoire littéraire. Mes études en prépa m’ont permis d’apprendre à gérer mon temps de travail et d’avoir une certaine capacité de travail. Je n’ai pas été très convaincu par mon passage par la Fac. La formation était très intéressante d’un point de vue intellectuel, mais j’avais largement conscience qu’elle était également très peu professionnalisante et m’offrait peu de perspectives sur le marché du travail. D’ailleurs, en m’inscrivant à l’Université, je savais déjà que je voulais passer le concours BAC+3 de Sciences Po.
Quels éléments de votre formation à Sciences Po vous sont particulièrement utiles dans votre travail actuel ?
Sciences Po est une formation très généraliste, mais de nombreux enseignements, surtout ceux de spécialisation, peuvent être valorisés sur le marché du travail. Je pense notamment aux cours de Droit Public et de Questions Européennes qui m’ont permis de me constituer un bagage dont je me sers encore aujourd’hui.
A première vue, votre expérience de création d’entreprise semble assez atypique pour un ancien étudiant du Master Affaires Publiques. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous orienter dans cette voie ?
C’est d’abord l’aspect gestion de projet qui m’intéressait. Pendant ma 4e année d’étude à Sciences Po, j’ai travaillé en tant que coordinateur pour un programme d’échange privé américain. Ce programme offrait des services d’échanges universitaires entre des universités américaines et françaises. Mon rôle consistait à aider et guider les étudiants américains dans leur intégration au sein de leur établissement d’accueil et dans la société française en général, en mettant en place un suivi personnalisé (choix des enseignements, activités extrascolaires…).
Cette expérience a été très enrichissante mais m’a également permis de me rendre compte que je ne souhaitais pas intégrer le marché du travail immédiatement après l’obtention de mon diplôme. Je voulais une activité qui m’offrait davantage d’indépendance. L’idée de la création d’entreprise s’est peu à peu affirmée grâce à différentes rencontres et INOCHI est née en 2007. Notre premier client a été l’Association du Master de Marketing médical de l’ESCP.
A quelles difficultés avez-vous été confronté pour faire aboutir votre projet ?
Je pensais – à tort – que ma formation en Affaires Publiques m’aiderait à gérer plus facilement tout l’aspect administratif dans le processus de création de notre entreprise. Mais je me suis très vite aperçu que le savoir acquis à Sciences Po était trop théorique et très peu pratique. Je m’en suis notamment rendu compte lorsqu’il a fallu remplir notre première déclaration de TVA, alors même que j’avais suivi des cours à ce sujet à Sciences Po.
A l’époque où j’y étais étudiant, la maquette pédagogique du Master Affaires Publiques était trop rigide et ne permettait pas par exemple de suivre des cours de gestion. Néanmoins, Sciences Po m’a permis d’être relativement familier avec le vocabulaire administratif. Je pense également que la possibilité actuellement offerte aux étudiants d’effectuer leur formation en alternance est une évolution qu’il faut saluer, car cela permet d’avoir une vision plus concrète du monde du travail et d’acquérir des compétences pratiques.
Vous est-il déjà arrivé de faire jouer le réseau des Anciens de Sciences Po dans le cadre de votre activité ? Si oui, a-t-il été efficace ? Est-ce que vous pensez qu’on peut parler d’une solidarité entre les anciens de Sciences Po ?
Il m’est arrivé de solliciter des anciens de Sciences Po à plusieurs reprises, notamment mes anciens camarades de promotion. Certain d’entre eux ont aujourd’hui des responsabilités professionnelles qui m’ont permis d’avoir accès à certaines missions de conseil. Je pense par exemple à la Chambre Syndicale BOCI dont nous assurons la communication. Faire appel au réseau ne nous garantit évidemment rien, et nous devons toujours faire nos preuves comme avec chacun de nos partenaires, mais il est vrai que la carte Sciences Po nous permet parfois d’être au moins reçu.
Je dirais donc que le réseau de Sciences Po n’est pas encore efficace dans tous les domaines, mais qu’il est de plus en plus structuré. Nous avons créé, avec quelques anciens de Sciences Po un club de promotion. En Octobre dernier, nous avons organisé une soirée de rencontre informelle au Sénat entre une centaine de diplômés de la promo 2005 et une centaine de diplômés de la promotion 1980. Il y a à mon sens une véritable volonté de la part des anciens de créer une solidarité intergénérationnelle, et elle mérite d’être davantage exploitée.
Quelles sont selon vous les qualités nécessaires pour réussir à monter une entreprise ?
Il faut d’abord être téméraire et croire en son projet, car aujourd’hui, l’apport de capital nécessaire pour créer une entreprise de services intellectuels est très faible. Il faut ensuite beaucoup d’énergie et de patience pour développer son projet, s’assurer que l’entreprise fonctionne. La formation généraliste de Sciences Po est un atout car elle apporte une culture générale qui permet d’appréhender des interlocuteurs très différents. Il faut savoir être réactif et faire preuve d’une certaine capacité d’adaptation. Dans mon domaine, l’aspect affectif est un élément essentiel dans la prise de décision des clients qui doivent choisir un logo ou une identité visuelle pour leur entreprise. Il faut donc savoir être à l’écoute du client.
Pour résumer, je dirais que selon moi, les qualités essentielles pour réussir à créer une entreprise dans le domaine des services intellectuels sont le dynamisme, la réactivité, la créativité, la capacité d’écoute et d’adaptation.
Quel conseil donneriez-vous à un étudiant qui sera bientôt diplômé de Sciences Po et qui ne sait pas encore vers quelle voie s’orienter ?
Je lui dirais qu’il ne faut jamais se fermer de portes, ne pas se dire que parce qu’on est dans tel ou tel Master, on doit nécessairement chercher un emploi dans un domaine bien particulier. Il faut savoir être à l’écoute de nos envies car Sciences Po offre une formation très valorisable et qui ouvre de nombreuses portes…
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Xavier : Je suis en M1 de Finances et stratégie, en double diplôme avec Columbia. J’ai créé avec Aurian de Maupeou actuellement en 3A à Korea University a Seoul, l’entreprise Selectra. Elle est fondée sur deux sites Internet.
www.selectra.info permet de comparer les offres des différents fournisseurs d’électricité et de gaz pour les particuliers
www.efficience-energetique.com propose des informations sur tous les moyens de faire des économies d’énergie avec notamment le renforcement de l’isolation, la géothermie, les panneaux solaires pour le chauffage et la production d’électricité etc. Le site apporte aussi des conseils sur l’utilisation des appareils électroménagers. Ce second site est relativement neuf, puisqu’il a été mis en ligne mi février, alors que l’entreprise Selectra a été créée en septembre 2007.
Nos recettes viennent de trois sources différentes : tout d’abord sur www.selectra.info, quand les internautes cliquent sur le lien d’un fournisseur d’énergie, un cookie les suit et nous percevons une rémunération s’ils souscrivent en ligne auprès du fournisseur ou s’ils font une demande d’informations. Ensuite bien entendu viennent les ressources publicitaires des deux sites. Et enfin, sur www.efficience-energetique.com on espère booster suffisamment le trafic pour avoir des demandes de devis de particuliers pour des installations et travaux ; des devis qui seraient monnayés et transmis à des installateurs pour leur réalisation. Donc là, vu que le site est assez jeune, on attend.
Aujourd’hui, les fournisseurs d’énergie alternatifs proposent vraiment des tarifs moins chers que les fournisseurs historiques et depuis décembre, les usagers peuvent facilement revenir au tarif réglementé de l’électricité, ce qui est un atout de poids pour les gens qui hésitaient encore. On a aussi des garanties que ces prix resteront effectivement en dessous des tarifs réglementés. Donc toute la publicité négative qui a été faite autour de la libéralisation du marché de l’énergie n’est plus du tout pertinente dans la mesure où l’usager est libre de revenir à son état initial quand bon lui semble !
Xavier : On a voulu profiter de la libéralisation du marché de l’énergie pour créer notre entreprise dans ce domaine et on a pensé que devant la faiblesse de l’information apportée au consommateur sur ce sujet, on pouvait, nous, proposer une comparaison objective et indépendante entre les fournisseurs. Les détails sont ensuite venus au fur et à mesure. On a supprimé ce qui était impossible notamment du fait de la contrainte de temps qui est la nôtre, et on a aussi ajouté d’autres éléments au fil des semaines !
Xavier : Pour créer son entreprise, c’est devenu relativement simple. Il faut d’abord réfléchir à un business plan réaliste, tout en gardant à l’esprit que dans notre cas, on n’avait besoin que d’un faible capital social, qui ne représentait pas un investissement de malade. En gros, quand il faut y’aller, il faut y’aller, d’autant que nous ne courions pas un grand risque. On peut trouver énormément de renseignements sur le net quant à la création d’entreprise, il y a des sites qui y sont même spécialement consacrés, où l’on explique toutes les étapes : aller voir son banquier pour ouvrir un compte, puis aller au centre de création des entreprises remplir les formalités d’usage, le dépôt de statuts etc.
En gros, créer l’entreprise, c’est 325 euros environ, dont 180 pour voir quelques lignes écrites dans le journal officiel… Ensuite, il faut commencer l’activité. Cela demande une maitrise minimale de la comptabilité (ndlr : Fin’ et Strat’, ça aide…), d’autant que c’est un impératif légal et vu le prix d’un expert comptable, il vaut mieux s’y atteler soi-même. C’est à peu près la plus grosse difficulté technique, c’est un domaine qui est généralement inconnu quand on crée sa première entreprise. Mais c’est tout à fait surmontable !
Xavier : Aujourd’hui, la situation française dans ce domaine n’est pas si médiocre que ce qu’on entend, et à nouveau, ce n’est pas si compliqué que ça. Cela demande bien sûr un investissement personnel pour chercher soi même les nombreuses informations, notamment sur le statut (Sarl, SA…) et aussi sur les régimes de TVA. Certes il y a ces petites recherches, mais il est toujours possible de demander conseil autour de soi, à son entourage plus ou moins proche.
Le miracle français, c’est que comme nous n’avons pas d’employés, Sélectra ne paie que très peu d’impôts (11% d’impôt sur les sociétés). En tant que gérant, je ne suis pas rémunéré, et toute notre rémunération est tirée des dividendes. Rien qu’avec un seul employé, ça peut se chiffrer à plus de 3000 euros de charges sociales minimales !
Si on ne devient pas richissimes immédiatement, ça nous permettra de faire nos armes et de connaître un peu plus le secteur de l’énergie.
Xavier : Pour l’incubateur, il est possible de déposer des dossiers pour demander un parrain, que Sciences-Po se charge de trouver et qui travaille souvent dans le même secteur que l’entreprise concernée. C’est un peu le concept phare pour ceux qui ont déjà créé leur entreprise. Mais l’incubateur c’est surtout pour ceux qui veulent créer leur propre entreprise, et plus grosse éventuellement que Selectra, avec des bureaux etc. Et au final, l’incubateur est le résultat d’un processus en trois étapes : au départ il y a le cours de création d’entreprise, puis le cours de création de business plan et ensuite l’incubateur. C’est vraiment la finalité d’un long processus, qui est destiné à des projets plus lourds que le nôtre actuellement. On pense donc y avoir recours quand on aura un projet plus conséquent, et là on posera notre dossier et on sera d’ailleurs bien content de trouver l’incubateur à ce moment là, car il manquait auparavant !
Xavier : S’il n’y a pas un enjeu extraordinaire niveau investissement, lancez-vous, ce n’est pas grave si vous vous plantez, vous apprendrez encore plus et c’est super intéressant. Beaucoup de gens, notamment dans mon master, veulent lancer des sites Internet ou ont d’autres projets qui nécessitent peu d’investissement en argent et en temps. Je ne dis qu’une chose : faites-le maintenant, si ça se plante, vous pourrez rembourser sans problème, faut y’aller, foncer –sauf si de grosses sommes sont en jeu et dans ce cas l’incubateur peut vous aider. C’est le meilleur outil pour obtenir les conseils nécessaires et les meilleures conditions pour créer son entreprise quand les enjeux sont plus conséquents !
LaPéniche.net : Merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions Xavier –et Aurian aussi-, et à bientôt pour nous donner des nouvelles de votre entreprise!
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