CRE – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Wed, 24 Aug 2022 11:58:20 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png CRE – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 L’Union européenne a-t-elle une politique étrangère ? https://www.lapeniche.net/cre_politique_ue/ https://www.lapeniche.net/cre_politique_ue/#comments Thu, 15 Oct 2015 06:30:45 +0000 http://lapeniche.net/?p=31503 Sans titre 2Sans titreLe 30 septembre 2015, Critique de la Raison Européenne organisait à Sciences Po une conférence débat sur la politique étrangère de l’Union européenne. Les deux personnalités invitées à confronter leurs points de vue étaient le député des Républicains Jacques Myard, spécialiste de politique étrangère, et l’économiste Jacques Sapir, spécialiste des questions européennes et de la politique extérieure de la Russie. Tous deux, convaincus et cherchant à convaincre, illustrant leurs propos d’anecdotes plus ou moins récentes, se montrent pessimistes quant à une Europe unifiée. Ils n’excluent pas une prise d’indépendance de la France. La réaction de l’UE face aux conflits est jugée inefficace en raison de la division des Etats membres et serait dirigée par la volonté des Etats-Unis. La question de l’attitude à adopter à l’égard de la Russie est aussi posée. Et au fil de la conférence le rôle de la France est présenté comme insignifiant.

 

Une situation « pire que dans les dernières années de la guerre froide »

Jacques Sapir considère que la politique étrangère européenne est dans une impasse depuis le traité de Lisbonne de 2007. Celui-ci renforçait la coopération des Etats de l’Union européenne dans l’objectif d’une politique étrangère commune. Depuis cette date, l’Europe se voit donc contrainte, au nom de la solidarité européenne, de conduire des politiques contraires aux intérêts nationaux de certains Etats, dont la France, de toute évidence.

© Critique de la Raison Européenne

Face à ce concept étroit de solidarité européenne, certains pays comme la Russie adoptent une attitude défensive. La situation est tendue, et d’après lui « pire que dans les dernières années de la guerre froide », durant lesquelles se réalisait le démantèlement progressif du bloc de l’Est. La chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 en fut l’évènement emblématique.

Aujourd’hui, la confrontation avec la Russie voulue par les Etats-Unis est reprise par l’UE. Les sanctions contre la Russie ont conduit à des contre sanctions. Leur objectif protectionniste a produit des effets indésirables comme la crise agricole. Cela de manière directe par l’arrêt des exportations en Russie, et indirecte par l’interdiction faite aux pays de l’Union Européenne d’accéder au marché Russe. C’est en effet la hausse de la concurrence au sein de l’Union Européenne qui est un des facteurs de la baisse des prix des produits agricoles.

 

« Devons-nous entrer dans cette logique de confrontation avec la Russie, ou faire la part des choses ? »

La question est posée par Jacques Sapir. Les Russes ne sont pas « blancs comme des agneaux qui viennent de naître ». Vladimir Poutine dénonce un coup d’Etat lors du départ du président Ianoukovitch, bien que cet oligarque « n’ait jamais été soutenu par la Russie ».

Jacques Myard à la gauche de Jacques Sapir © CRE

Une partie de l’Ukraine n’est-elle pas russe ? A l’époque de l’Union soviétique, un contrepoids à la Russie est trouvé, mais sans l’accord des populations. La partie orientale de l’Ukraine est majoritairement russophone et soutient une politique pro-russe.

Au lieu de négocier, les dirigeants de Kiev ont provoqué une guerre civile nécessitant l’intervention de la Russie au profit des régions soulevées. Bien que la Russie ait repris le contrôle de la Crimée qui était ukrainienne depuis soixante ans, elle ne semble pas chercher à scinder l’Ukraine. Elle refuse par exemple de reconnaitre l’indépendance des régions DNR et LNR (Républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk).

La situation militaire ukrainienne échappe à l’Union européenne, ce qui provoque des désordres économiques et engendre le risque que la Russie se détourne de l’Europe et se tourne vers l’Asie. « Il est urgent de trouver une formule qui serait peut-être une variante des accords de Minsk », lance l’économiste.

 

« En lisant le titre de la conférence, j’ai cru que c’était une provocation »

Jacques Myard affirme, en effet, l’existence d’une politique étrangère de l’UE puisqu’une multitude de textes sur la sécurité commune et la défense sont en vigueur. Seulement, l’article 47.2 du traité de l’union européenne met en contradiction le principe de l’union même. « Au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations unies. Cela n’affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains États membres. Les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, qui reste, pour les États qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre. » C’est en réalité l’OTAN qui choisit les politiques étrangères.

L’amphi Erignac n’a pu accueillir que la moitié des candidats à la conférence © CRE

« Nous suivons le troupeau européen »

Jacques Myard prend l’exemple de la livraison des Mistrals à la Russie, annulée par solidarité européenne. Le refus de la vente étant contraire à ses intérêts, la France se retrouve dans une impasse.

A propos de la Syrie, il considère que François Hollande tient un discours n’offrant aucune perspective de repli et mettant la France hors-jeu.

L’Europe a été conçue comme un bloc qui écarte la Russie et les Etats-Unis. Or un bloc ne peut être hétéroclite. Jacques Delors lui-même disait que « L’Europe puissance est une utopie » et savait qu’une politique étrangère commune était impossible. Il est difficile de converger à quinze et encore plus dans une union élargie.

 

Jacques Sapir conclut en prônant (comme à son habitude) la solution de l’indépendance des Etats, l’éclatement de l’UE, et l’éventualité d’un rapprochement de la France avec un certain nombre de pays comme l’Espagne et l’Italie. Une grande alliance entre pays européens ne serait pas nécessaire sauf peut-être au sujet du climat. Et sur ses réjouissance, le spécialiste des questions européennes appelle aussi à un « Front de libération nationale » contre l’euro, faisant toute sa place au FN.

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A Sciences Po, tout va pour le mieux chez les eurosceptiques https://www.lapeniche.net/cretouva/ Mon, 28 Sep 2015 05:00:06 +0000 http://lapeniche.net/?p=30897 1925272_807295756004655_7190432228431372493_n

Près d’un mois après la rentrée universitaire, les associations europhiles commencent à faire entendre le son de leur voix : les Jeunes Européens organisent leur week end de rentrée début octobre, Europeans Now, après plusieurs mois d’absence, a repris les tables en péniche et une antenne d’EuropaNova s’installe sur le campus de Menton (cf. notre article “Qui parle des 28 au 27 ?”) . Si on l’ajoute à cette triade Le Parlement Européen des Jeunes, ce seront près de 4 associations pro-européennes qui essaimeront cette année dans la Rue St Guillaume et ses campus délocalisés.

La tâche qui attend ce large cortège est de taille : rivaliser sur le terrain des idées et de l’évènementiel avec la seule association eurosceptique du campus, Critique de la Raison Européenne, qui dans la catégorie des associations en pleine expansion animant l’année universitaire a tenu le haut du pavé au cours de l’année universitaire 2014-2015.

CRE, un vaste rassemblement eurosceptique transpartisan

L’association qui s’auto-définit comme “euro-mécréante” est née dans les couloirs de Sciences Po lors de la rentrée universitaire de septembre 2013. Fondée par Alexandre Loubet, élu tout récemment président national de Debout Les Jeunes (NDLR : le mouvement jeune de Debout la France, le parti de Nicolas-Dupont Aignan), la section sciencepiste regroupait en septembre dernier une vingtaine de sciences pistes “radicalement opposés à l’Union européenne telle qu’elle existe actuellement”. Depuis, ils seraient plus d’une centaine sur le groupe Facebook de l’association.

Sans compter les autres antennes universitaires qui ont essaimé depuis la Rue Saint Guillaume avec des petites soeurs plus ou moins actives à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, à l’Institut Catholique de Paris et à l’Institut d’Études Politiques de Strasbourg.  

Alexandre Loubet aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan en septembre 2014 lors du lancement de CRE.
Alexandre Loubet aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan en septembre 2014 lors du lancement de CRE.

Pendant qu’Alexandre Loubet assurait la présidence de l’association nationale depuis les officines bruxelloises de l’Alliance pour la démocratie directe en Europe -le parti européen de Nigel Farage-, c’est Nicolas Pouvreau, étudiant en Master, qui a repris les rennes de la section sciencepiste l’an passé. Lui aussi vient de la droite gaulliste : il figurait d’ailleurs sur la liste d’Alexandre Loubet candidate au renouvellement du bureau national de Debout les Jeunes.

Mais si les gaullistes trustaient la présidence jusqu’à présent, c’est Côme Delanery, un deuxième année issu de l’”aile gauche” de l’association qui vient d’en prendre les commandes tandis qu’Alexandre Loubet a passé le relais à Nicolas Pouvreau sur le plan national. Et l’association est très attachée à ce que l’on ne néglige pas son caractère “transpartisan” qu’elle aime revendiquer à coups de droits de réponses enflammés contre les prétendus “amalgames faciles, idées préconçues et terroristes intellectuels”.

“Nous sommes issus des horizons politiques les plus divers, du Front de gauche au gaullisme traditionnel, en passant par le chevènementisme et une masse de non-affiliés. Lassés des vieux clivages fossilisés que les organisations installées tentent de nous imposer, nous avons le sentiment de partager un grand nombre de convictions essentielles : l’attachement au principe de souveraineté nationale, le refus du libre-échangisme comme dogme suprême de notre temps, le rejet d’une Union européenne dont le caractère oligarchique ne fait plus l’ombre d’un doute…” écrivaient-ils ainsi dans nos colonnes l’an passé.

« La jeunesse anti-conformiste de CRE brasse donc large : à la gauche des souverainistes tendance Dupont-Aignan, on trouve en effet une vaste nébuleuse terranovaphobe »

La jeunesse anti-conformiste de CRE brasse donc large : à la gauche des souverainistes tendance Dupont-Aignan, on trouve en effet une vaste nébuleuse terranovaphobe composée de chevènementistes, de lecteurs de Jean-Claude Michéa et Christophe Guilluy et de communistes nostalgiques du PCF des années 80, celui d’un Georges Marchais qui appelait  “ceux qui veulent préserver l’indépendance et la souveraineté française” à voter PCF aux européennes de 1979.

“On a plein d’étudiants de la promo 2019 qui viennent de Contre Courant ou du Front de Gauche. Chez les 2A, il y a plus d’étudiants qui viennent de la gauche que d’étudiants de droite à CRE ! Il y a une vraie nouvelle gauche qui renaît à Sciences Po contre les libéraux libertaires” nous confie ainsi un des co-fondateurs issu de l’ “aile gauche” de l’asso.

“Honnêtement, il y a un vrai équilibre entre les deux pôles de gauche et de droite. La réussite de CRE, c’est qu’à gauche comme à droite, chacun se comptait un peu au début de l’année tandis que maintenant, plus personne n’est dans cet esprit. On a cessé de compter nos forces” assure également Nicolas Pouvreau.

Nicolas Pouvreau aux côtés d'Alexandre Loubet lors du lancement de CRE en septembre 2014.
Nicolas Pouvreau aux côtés d’Alexandre Loubet lors du lancement de CRE en septembre 2014.

Un dynamisme et une ambition intellectuelle incontestables … pour faire quoi ?

Et après avoir cessé de compter ses forces, Nicolas Pouvreau doit sans doute aussi avoir arrêté de compter les réalisations à l’actif de CRE qui a enchaîné les évènements depuis un an : Jean-Pierre Chevènement en Chapsal, tribune publiée dans Le Figaro, café de lancement avec Nicolas Dupont-Aignan, conférence transpartisane sur le déficit démocratique de l’UE, Henri Guaino en Caquot, débat inter-parti avec les responsables nationaux des mouvements jeunes etc ..  

Force d’admettre que l’an dernier, CRE n’a pas chômé malgré les nombreuses difficultés auxquelles l’association a du faire face, symbolisées par la venue avortée d’Eric Zemmour. Officiellement, l’administration a refusé que le polémiste vienne pour “des raisons de sécurité”. Un responsable haut placé nous avait à l’époque confirmé  qu’il n’y avait pas eu d’interdiction tout en estimant qu’en raison des propos tenus par Eric Zemmour sur Richard Descoings dans le Suicide Français, qui étaient “absolument honteux”, il n’était  “pas vital que nos associations étudiantes ouvrent des libres tribunes à des gens qui n’ont pas le minimum de décence nécessaire dans ce type de situation.”

« Un responsable haut placé nous avait à l’époque confirmé  qu’il n’y avait pas eu d’interdiction tout en estimant qu’en raison des propos tenus par Eric Zemmour sur Richard Descoings dans le Suicide Français, qui étaient “absolument honteux”, il n’était  “pas vital que nos associations étudiantes ouvrent des libres tribunes à des gens qui n’ont pas le minimum de décence nécessaire dans ce type de situation.”

Un des autres potentiels temps forts de l’année de CRE avait également été annulé : la venue de Cecilia Malmström, commissaire européenne chargée du Commerce, chargée de finaliser le traité transatlantique. Censée se tenir dans l’amphi Chapsal le 15 avril dernier, cette conférence sur le TAFTA devait également réunir le député UMP des Yvelines Jacques Myard et l’ancienne ministre UDI Chantal Jouanno.

Or, les responsables de CRE avaient appris sidéré dans la newsletter de Sciences Po que Mme Malmstrôm se rendait bien à Sciences Po le 15 avril … pour une conférence sans contradicteurs organisée par le Centre des études européennes. Encore manqué.

Mais au-delà des évènements organisés (ou avortés), l’association a aussi fait preuve d’une vraie ambition intellectuelle. Une dizaine de recensions d’ouvrages sont publiées sur le site, des articles,  et même un « cahier de CRE », baptisé “Souveraineté”. “Intellectuellement, on a une équipe de machines de guerre qui ont ingurgité des bouquins entiers” assure un des membres de l’association.

Une machine de guerre, certes, mais pour faire quoi ? Car la question qui se pose, c’est de savoir si toute cette agitation eurosceptique symbolisée par le dynamisme de CRE peut déboucher sur un projet politique concret ou si elle se résumera à une petite poignée d’étudiants sautant sur leurs chaises comme des cabris en disant «Non à l’Europe ! », « Non à l’Europe ! », « Non à l’Europe ! » sans que cela n’aboutisse à rien.

Et si CRE était une avant-garde de l’alliance des républicains des deux rives tant souhaitée par Jean-Pierre Chevènement ? La question est brûlante depuis quelques mois suite au départ du “Che” du MRC après avoir exprimé son souhait d’opérer un rapprochement avec Debout la France. Invité d’honneur de l’université d’été de DLF fin août, il a tenté sans succès de rassembler Mélenchon, Montebourg et NDA pour un colloque fin septembre.

« La question qui se pose, c’est de savoir si toute cette agitation eurosceptique symbolisée par le dynamisme de CRE peut déboucher sur un projet politique concret ou si elle se résumera à une petite poignée d’étudiants sautant sur leurs chaises comme des cabris en disant «Non à l’Europe ! », « Non à l’Europe ! », « Non à l’Europe ! » sans que cela n’aboutisse à rien. »

La question de réaliser l’alliance des multiples sensibilités  de “la France du non” est au coeur des débats en interne à CRE : “j’ai longtemps été sceptique sur cette perspective, notamment sur l’économie : on a des gens au Front de Gauche ultra marxistes. Or, ce n’est pas tout à fait ma perspective, ni celle de l’UMP .. C’est une question qu’on se pose tous au sein de l’association. Personnellement, je n’ai pas de réponse” affirme Nicolas Pouvreau.

Jean-Pierre Chevènement à Sciences Po lors de la conférence organisée par CRE.
Jean-Pierre Chevènement à Sciences Po lors de la conférence organisée par CRE.

Un splendide isolement

Ce flou autour du projet politique de CRE se double d’une faible appétence de l’association pour la communication : pendant qu’Europeans Now trustait le haut des timelines avec leurs campagnes coms, les cahiers et recensions de CRE sont restés confidentiels, téléchargeables par PDF ou consultables sur un WordPress à la mise à page somme toute sommaire.  

“On ne veut pas non plus rester entre souverainistes purs et durs qui jouent aux fléchettes sur une pièce d’un euro chaque soir, mais c’est vrai que cette année, on n’a pas travaillé la com, on a privilégié le travail de fond. On veut structurer un réseau de gens cohérents avant tout. Et puis je n’ai pas de compétences ni d’appétences dans le domaine, c’est un peu la tare de notre époque la com” admet Nicolas Pouvreau.

« On ne veut pas non plus rester entre souverainistes purs et durs qui jouent aux fléchettes sur une pièce d’un euro chaque soir » Nicolas Pouvreau

A entendre le responsable CRE, on serait tenté de croire que l’association ne cherche pas à convaincre ou en tout cas, à ne pas entrer dans une logique de conquête des esprits. L’objectif serait ailleurs, comme si le plaisir de se retrouver entre eurosceptiques minoritaires dans les couloirs du 27 pour se prêter des bouquins de Michea entre deux amphis se suffisait à soi-même. Vu de l’extérieur, les réunions germanopratines de CRE doivent avoir le charme des rencontres des jeunes et brillants esprits amis de Jacques Bainville se réunissant au Café de Flore.

La comparaison n’a rien d’insultante et ne porte pas sur le corpus idéologique de l’association mais bien sur cette attitude bainvilienne de sage en surplomb. Elle a en effet toutes les caractéristiques de la splendide indifférence maurrassienne, qui pour reprendre les mots de François Huguenin “lutte à côté de l’arène politique, juge les faits sans les faire, et pour finir, constitue une bulle mentale où tout serait possible mais où rien n’est réalisé”.

Quelques militants de CRE autour Jacques Sapir en février dernier après une conférence de l'économiste à Sciences Po.
Quelques militants de CRE autour de Jacques Sapir en février dernier après une conférence de l’économiste à Sciences Po.

Mais si les euromécréants de CRE n’ont pas encore atteint le stade où ils délaisseront Manent pour Gramsci afin de mener une vraie bataille culturelle, avec une vraie stratégie de conquête des esprits, leurs adversaires europhiles sont loin de former une opposition digne de ce nom. L’an passé, Europeans Now, Le Parlement européen des jeunes et Les Jeunes Européens (qui, certes, cible ses très nombreuses actions sur l’hors Sciences Po) ont eu du mal à rivaliser avec CRE sur le plan des évènements et des publications.  

“Les europhiles, on ne les a pas beaucoup vus. On a été assez surpris. C’est paradoxal car les positions fédéralistes sont puissantes à Sciences Po : le fait de se morceler en trois assos n’est peut être pas très intelligent” affirme Nicolas Pouvreau.

Drôle de paradoxe que cette apathie fédéraliste dans un bastion europhile. Tout se passe comme si les idées pro-européennes faisaient tellement consensus, comme une sorte de méta-idéologie diffuse, qu’elles ne disposeraient plus de relais. Comme si le triomphe de cet état d’esprit le réduisait à n’être qu’une tendance plutôt qu’une organisation, comme si au fond, il s’était sublimé en passant directement d’un état solide à un état gazeux, présent partout et nulle part à la fois.

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Qui parle des 28 au 27 ? https://www.lapeniche.net/associations_europe/ Tue, 15 Sep 2015 06:00:00 +0000 http://lapeniche.net/?p=30784 L’Europe et Sciences Po, c’est une valse passionnée. Et du Master Affaires Européennes aux publications régulières des Presses de Sciences Po sur le sujet, les étudiants sont au coeur du mouvement. Sujet incontournable, les 28 animent de nombreuses associations au 27. Entre convergences et différences, éloge et critique, La Péniche fait le point.

La fibre fédéraliste

Résolument fédéralistes, les Jeunes Européens Sciences Po s’activent, parfois un peu trop dans l’ombre, pour sensibiliser les jeunes à la cause européenne.

La section sciences piste compte vingt membres actifs pour plus de soixante-quinze adhérents. Elle développe des programmes ouverts à tous les étudiants.

« Nous organisons notamment des Europe à l’Ecole, c’est-à-dire des interventions du primaire aux BTS. Nous coordonnons également plusieurs cafés-débats dans l’année et nous participons activement à la rédaction du Taurillon, le journal en ligne des Jeunes Européens », explique Pauline Vidal, présidente des JE.

© Jeunes Européens

Les évènements prévus cette année sont ambitieux. Un jumelage avec une section des JE récemment créée à Londres est à l’ordre du jour, dans un contexte de référendum éventuel sur « une Brexit » en juin 2016.

Malgré une énergie déployée considérable, les Jeunes Européens ne sont pas toujours très visibles dans l’école. La Présidente avoue que « beaucoup de notre énergie est dépensée sur nos activités et nous ne sommes pas toujours performants quand il s’agit de communiquer. Évidemment nous cherchons à nous améliorer. »

© Jeunes Européens

La deuxième association ouvertement fédéraliste est à trouver en la personne des Europeans Now, connue quant à elle pour une communication enthousiaste et festive.

« L’association souhaite promouvoir le débat public sur l’Union Européenne. Nous sommes partis du constat que l’Europe ne fait plus rêver et qu’il faut redorer son blason. Il faut la « rendre sexy » pour donner à chacun l’envie d’apporter sa pierre à l’édifice » explique Sébastien Chapotard, trésorier.

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© Europeans Now

Europeans Now a déjà réalisé plusieurs coups en organisation des conférences sur l’Europe de la Défense ou l’Europe de l’énergie mais semble être moins en vue depuis quelques temps par manque de nouveaux adhérents motivés et déliquescence du bureau.

Il n’en demeure pas moins que les responsables comptent bien poursuivre leur oeuvre en développant cette année des « petits évènements types cafés-débats ou débats inter-partis ». Sébastien Chapotard lance même un appel : « Nous souhaitons accueillir le maximum de 1A sensibles aux idées européennes et prêts à s’investir avec d’autres jeunes ». Et poursuit : « Nous sommes convaincus que l’extrême droite nationaliste et eurosceptique ne doit pas être la seule à monopoliser la parole lorsqu’il est question d’Europe. »

Dans de tels discours, ne pourrions-nous pas envisager un rapprochement ? « Les Jeunes Européens font partie d’un réseau hors de Sciences Po – le Mouvement Européen France. Je nous crois également plus militants et politiques même si nous restons résolument transpartisans ! », considère Pauline Vidal.

Même son de cloche du côté de Europeans Now qui précise : « Nous sommes résolument indépendants de toute structure, et nous n’organisons pas le même type d’évènements. »

Une volonté de débat et de contradiction

D’autres sciences pistes ne sont pas de cet avis et sont bien décidés à faire entendre leurs voix.

Côme Delanery, le responsable, pour cette année 2015-2016, de Critique de la Raison Européenne (CRE) fait partie de ceux ci. Il nous explique que « L’association fondée en 2013, cherche à ouvrir le débat sur l’U.E. à Sciences Po, où il manque cruellement alors même que dans la société française il est permanent et que dans toute l’Europe on voit de plus en plus que les peuples veulent en finir avec cette construction antisociale et antidémocratique. »

CRE compte une quarantaine de membres actifs, issus de toutes les promotions, qui participent à un programme chargé. « On fait des dîners informels ensemble, on tient des tables, on écrit des articles pour le journal Souveraineté que nous avons lancé l’an dernier et puis on organise quelques conférences », rappelle le responsable. 

Plusieurs confrontations avec les autres associations ont été organisées l’année dernière, comme le débat sur le TAFTA avec les Jeunes Européens ou la conférence sur l’avenir de l’euro avec Henri Guaino, co-modérée par l’UMP Sciences Po.

Beaucoup de personnalités de renom ont été par ailleurs invitées par le passé comme Jean-Pierre Chevènement, Pierre Manent ou encore Périco Légasse.

© CRE

Les membres de l’association assurent que « de belles têtes d’affiche sont à prévoir pour l’an prochain » ainsi que des débats avec les autres associations européennes. La très probable arrivée d’une section FN à Sciences Po (dont certains fondateurs sont d’anciens membre de CRE), promet quelques émotions…

Toutefois, Côme Delanery insiste pour que l’on ne voit pas les sympathisants de CRE comme des euro-saboteurs primaires. « A CRE, on aime l’Europe plus que tous ceux qui veulent lui imposer austérité et technocratie » martèle-t-il. Les membres de CRE se définissent eux-mêmes comme des « euro-réalistes ».

A noter que d’autres organisations comme Contre-Courant Sciences Po manifestent également des velléités eurosceptiques.

De la nouveauté en perspective

Du côté du campus de Menton, une antenne d’EuropaNova, un think tank animé depuis quelques temps par Guillaume Klossa, a vu le jour.

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Jeremy Lucky, le fondateur, s’en félicite : « Avec cette initiative, j’espère réunir tous les étudiants désireux de débattre sur différents sujets traitant de l’Europe », déclare-t-il.

Pour autant, l’étudiant en première année ne souhaite pas développer une association qui ouvrirait la voie à des thèmes trop polémiques. Il assure que son but « n’est pas de discuter d’austérité mais de structurer les participants en groupes de travail sur des sujets tels que la gouvernance économique de l’Union, l’Europe sociale ou les enjeux énergétiques communautaires. »

Le programme de cette nouvelle association – si elle est reconnue en octobre – est pour le moins ambitieux. En effet, son fondateur envisage d’organiser un cycle de conférences avec une pléiade d’invités d’honneur dont les noms n’ont pas encore été portés à notre connaissance.

Il tentera, par ailleurs, de développer des projets en parallèle. Ainsi il espère « encourager les étudiants des grandes écoles de commerce à prendre part dans ces débats » et il les invite d’ores et déjà à participer à des évènements chapeautés par le noyau central du think tank, comme la sixième édition des États généraux de l’Europe ou encore le programme 40under40, co-organisé par Friends of Europe.

Pour ce faire, il compte bien sur l’aide du réseau déjà conséquent de Guillaume Klossa. À suivre donc.

Le point d’interrogation

Une autre association européenne avait été reconnue à l’issue de la procédure 2014-2015 : Le Parlement Européen des Jeunes.

© Wikipédia

Se présentant comme une « organisation apartisane offrant aux étudiants une plateforme de débats et de réflexion autour des grands enjeux de l’Europe d’aujourd’hui, (…) en leur permettant de remettre leurs propositions à des responsables publics », elle participe également à plusieurs évènements culturels à l’instar des euroconcerts ou la Fête de l’Europe.

Les membres du bureau du PEJ n’ayant pas répondu à nos questions, nous ne sommes pas en mesure de dire si ce dernier sera de nouveau présent pour la reconnaissance de cette année.

Le science piste l’aura compris : il y a de quoi attendre des débats riches et houleux. L’an de grâce 2015 alimentera-t-il le bruit et les fureurs de l’europhobie, de l’euro-mollesse ou de l’euro-pragmatisme ? Vous avez la réponse. Et c’est à vous de jouer.

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Zemmour et Mélenchon : des invités jugés indésirables à SciencesPo ? https://www.lapeniche.net/zemmour-et-melenchon-des-invites-juges-indesirables-a-sciencespo/ https://www.lapeniche.net/zemmour-et-melenchon-des-invites-juges-indesirables-a-sciencespo/#comments Tue, 18 Nov 2014 08:58:49 +0000 http://lapeniche.net/?p=24481 zemmourmelenchon

“SciencesPo nous apprenait à ne jamais rester sec, à parler toujours (…) : cette école est l’ennemie du silence” assurait Marin de Viry -chroniqueur littéraire pour la Revue des deux Mondes- dans la revue Charles du printemps 2013 consacrée à SciencesPo.

Nonobstant le large consensus de centre-gauche qui règne parmi les étudiants foulant chaque jour le sol de la péniche, cette dernière en effet a pris l’habitude de recevoir la visite de quelques personnalités qui s’aventurent bien au-delà des frontières du spectre politique sciencepiste.

C’était le cas en 2012 de Marine Le Pen vociférant contre les “enfants de bourgeois” en train de la siffler devant l’amphi Boutmy ou d’Alain Finkelkraut tentant d’échapper tant bien que mal aux étudiants venus le chahuter lors d’une conférence en 2008.

Mais ce SciencesPo ouvert à tous les vents, aussi clivants et peu consensuels soient-ils, semble désormais engagé dans une voie bien différente.

 

Melenchon relégué au sous-sol d’un bâtiment annexe

Les difficultés éprouvées récemment par le Front de Gauche SciencesPo pour inviter Jean-Luc Mélenchon posent en tout cas certaines questions quant à la politique de l’administration.

Fin septembre, la section sciencepiste du FDG avait formulé une demande de réservation de l’amphithéâtre Boutmy : Jean Luc Mélenchon avait en effet accepté de venir à SciencesPo le 19 novembre à 19h15.

Or, cette demande avait été immédiatement refusée par la direction de la vie étudiante au motif que l’amphithéâtre Boutmy ne pouvait pas être réservé par une association politique. Un argument qui laisse perplexe sachant que l’UMP SciencesPo avait pu inviter sans aucun souci Nathalie Koscizusko Morizet en Boutmy le 13 novembre 2013. D’ailleurs, lorsque Nicolas Thomas, l’ancien président de la section avait “effectué la demande, l’administration ne m’ [lui] a posé aucun problème pour accéder à ma [sa] requête et réserver Boutmy” assure-t-il. Julien Palomo que nous avons interrogé dément toutefois avoir exposé cet argument auprès du Front de Gauche.

Nathalie Kosciusko-Morizet et Nicolas Thomas, l'ancien président de l'UMP SciencesPo, dans l'amphi Boutmy en novembre 2013. Credits : Pascal Legrand
Nathalie Kosciusko-Morizet et Nicolas Thomas, l’ancien président de l’UMP SciencesPo, dans l’amphi Boutmy en novembre 2013. Credits : Pascal Legrand

 

Mélenchon a donc dans un premier temps été étrangement relégué dans l’amphithéâtre Chapsal. Pourtant, Pierre-Yves Cadalen, membre du bureau FDG, se disait “sûr de pouvoir remplir Boutmy avec un invité pareil, c’est dommage”.

Pas de Boutmy donc, et pas de Chapsal non plus au final. Julien Palomo a en en effet annoncé à Pierre-Yves Cadalen début novembre que Jean-Luc Mélenchon serait finalement déplacé au sous-sol du 13 rue de l’Université, dans l’amphithéâtre Jean Moulin.

La raison avancée était la venue de Jean-Yves Le Drian, l’évanescent ministre de la Défense, le même jour à la même heure  pour une conférence intitulée “Quels choix de défense dans un environnement budgétaire contraint ?” et réservée aux étudiants de l’Ecole des Affaires internationales. “Ca me semblait indigne de faire venir Mélenchon dans cette salle petite obscure donc on a préféré annuler la conférence” explique Pierre-Yves Cadalen.

L’invitation de Jean-Yves Le Drian par Ghassan Salamé, doyen de l’Ecole des Affaires internationales de Sciences Po le même jour et la même heure que Jean-Luc Mélenchon pose en effet question sur la volonté supposée de l’administration d’écarter Jean-Luc Mélenchon du 27. Julien Palomo s’en défend et explique que l’agenda chargé de M.Le Drian a poussé son cabinet à imposer ce créneau horaire là au dernier moment. Mais pourquoi ne pas avoir proposé une autre date au Front de Gauche ? M.Palomo assure que le planning de Boutmy était complètement plein toute la semaine, il n’y aurait apparemment pas un seul créneau horaire disponible. 

Eric Zemmour lors d'une séance de dédicaces du Suicide Français. Crédits : Europe1.
Eric Zemmour lors d’une séance de dédicaces du bucher des vaniteux. Crédits : Europe1.

 

Zemmour : l’administration dit non “pour des raisons de sécurité”

Mais surtout, le cas Mélenchon est loin d’être isolé. Critique de la Raison Européenne (CRE), l’association eurosceptique de l’école qui rassemble souverainistes de gauche et de droite, s’est récemment vue refuser l’organisation d’une conférence avec Eric Zemmour.

Grâce aux contacts d’une des militantes de l’association avec le polémiste, CRE avait obtenu l’accord de principe d’Eric Zemmour pour organiser une conférence qui aurait du avoir lieu la semaine du 24 novembre. L’attachée de presse de Zemmour chez Albin Michel, Isabelle Muller, avait même donné un accord définitif.

Mais lors d’une première visite de Nicolas Pouveau –le responsable de CRE SciencesPo cette année– au bureau de la vie étudiante la semaine du 13 octobre, ce dernier s’est vu imposer un certain nombre de conditions. Pas de dédicaces, pas d’auditoire composé de non-sciencepistes et surtout, pas de Zemmour comme seul et unique intervenant, sa venue devant prendre la forme d’un débat ou d’un échange à plusieurs voix.

L’économiste Jacques Généreux ayant donné son accord pour participer à l’évènement autour du thème “L’U.E : un suicide français ?”, Nicolas Pouvreau est revenu à la charge après les vacances de la Toussaint. Cette fois, le discours de Julien Palomo, responsable de la vie étudiante s’est avéré être beaucoup plus ferme : “pour des raisons de sécurité”, SciencesPo ne peut pas accepter l’organisation d’un tel évènement dans ses locaux. Rebelote la semaine suivante lorsque Raphaël Audoire et Davy Rodriguez, deux membres actifs de l’aile “gauche” du CRE- se sont déplacés une troisième fois au bureau de la vie étudiante.

Des cars de CRS boulevard St Germain pour le forum SciencesPoTV. Photographie : Guillaume Casel.
Des cars de CRS boulevard St Germain pour le forum SciencesPoTV. Photographie : Guillaume Casel.

Avant de conclure précipitamment à une décision d’ordre politique, il faut admettre que les “raisons de sécurité” invoquées par Julien Palomo sont le reflet de deux réalités objectives.

Premièrement, SciencesPo, à cause de l’éparpillement de ses bâtiments et de ses nombreuses ouvertures, est un établissement particulièrement peu sécurisé : la venue d’un intervenant comme Zemmour mobilise donc des moyens humains et financiers conséquents. « SciencesPo est au coeur d’un quartier avec des petites rues étroites, Boutmy a une grande baie vitrée, bref, ce n’est pas idéal en matière de sécurité.  SciencesPo est d’ailleurs obligé de payer un service de sécurité d’une société extérieure régulièrement » affirme Julien Palomo.

Deuxièmement, la médiatisation de l’établissement, sa position particulière, chaque événement potentiellement sensible peut facilement provoquer des mobilisations. Les échauffourées de l’an passé lors de la venue de Walleyrand St Just et de la (non) venue de Florian Philippot en sont la preuve. Et ces débordements ont tendance à sérieusement agacer les appariteurs, obligés une fois par semestre de s’improviser policiers anti-émeutes : cette grogne du côté des agents de sécurité n’est pas non plus étrangère à la réticence de SciencesPo de faire venir Eric Zemmour.

Nigel Farage, le leader d'UKIP
Nigel Farage, le leader d’UKIP

 

Une volonté de dé-politiser SciencesPo à l’oeuvre ?

Mais ces raisons techniques ne convainquent pas Davy Rodriguez. “Il est possible qu’il y ait une volonté politique d’empêcher les gens de s’exprimer, d’empêcher que le clivage ne s’exprime”. “Ces deux affaires qui interviennent en même temps nous paraissent symptomatiques d’un rétrécissement du champ des invités tolérés à Sciences Po.« ” ajoute Nicolas Pouvreau.

Car si “les raisons de sécurité” invoquées dans le cas de Zemmour peuvent paraître comme éventuellement légitimes, ce n’est absolument pas le cas de Nigel Farage, le leader d’UKIP, qui a accepté de venir à SciencesPo sur proposition d’Alexandre Loubet, actuellement en stage auprès d’EUDemocrats. Or, là aussi, l’administration ne se montre pas forcément très favorable à l’idée que Farage franchisse les grilles du 27 Rue Saint Guillaume, Julien Palomo ayant indiqué lundi 17 novembre à Nicolas Pouvreau que l’administration allait « étudier la question« . Sans s’avancer plus que ça.

Le britannique, libéral-conservateur farouchement eurosceptique,  ne dispose pourtant pas vraiment d’une notoriété exceptionnelle en France. “ »Zemmour est peut-être quelqu’un de très clivant dans le contexte actuel. Mais Farage, lui, est beaucoup moins médiatisé en France. Pas sûr que les habituels trouble-fête se mobilisent…« ” affirme Nicolas Pouvreau.

Pour Nicolas Pouvreau, ce contrôle drastique des invités n’est pas à mettre au passif de la direction de la vie étudiante : “cela ne vient pas des responsables de la vie étudiante, qui restent toujours aussi disponibles et ouverts. Dans le cas Zemmour, le veto ne venait à mon avis absolument pas de Julien Palomo, même s’il fut obligé d’assumer cette décision devant nous”. Même son de cloche du côté de Davy Rodriguez : “je n’ai rien à reprocher à Palomo, il fait son boulot plus qu’honnêtement”.

Ibraymi
Un appariteur devant l’amphi Boutmy pendant le forum des municipales. Photographie : Amal Ibraymi.

Plus qu’une réticence de la direction d’inviter des personnalités qui s’éloignent du corps doctrinal de SciencesPo, ces trois « affaires » témoignent plutôt d’une volonté d’éviter les remous qu’a pu connaître SciencesPo dans le passé. « Il y a une lassitude générale parmi le personnel à l’idée que chaque événement puisse créer une atmosphère électrique » affirme Julien Palomo, qui assure avoir reçu plusieurs mails d’étudiants excédés parce qu’ils n’avaient pas pu entrer dans l’établissement lors du blocage de l’entrée du 27 pour le forum SciencesPo TV notamment.

Les étudiants seraient en réalité de moins en moins politisés, et l’administration n’aurait pas vraiment envie de « sortir l’artillerie lourde pour assurer la bonne tenue d’une conférence à laquelle cent personnes vont assister au détriment de tout une communauté » ajoute Julien Palomo.

Le refus d’inviter Eric Zemmour à SciencesPo apparaît au fond comme une nouvelle étape dans la business-schoolisation de l’école. Eviter le clivage et les incidents à tout prix pour cultiver une image aseptisée et dépolitisée, tel semble être le mot d’ordre de ces orientations.

Quitte à donner l’impression que l’Institut d’Etudes POLITIQUES de Paris cherche plus à prendre exemple sur l’IPAG des années 2010 que sur la Sorbonne des années 60. Ce serait porter atteinte à l’essence même de l’école : la plupart des sciencepistes n’ont pas candidaté à l’école des sciences politiques pour vivre à l’écart de la politique. Ils ont en partie candidaté pour entendre Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour.

 

NB : article repris sur la page Facebook de Jean-Luc Mélenchon

 

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