Cop21 – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Wed, 17 Aug 2022 08:27:44 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Cop21 – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Que veut dire « être communiste » à Sciences Po ? https://www.lapeniche.net/uec_sciencespo/ Mon, 08 Feb 2016 06:00:30 +0000 http://lapeniche.net/?p=32973 L’Union des Etudiants Communistes (UEC) est la branche étudiante du mouvement des jeunes communistes de France. Une section est présente à Sciences Po depuis septembre 2015. Rencontre avec Lucas Puygrenier, son secretaire de section, par ailleurs coordinateur fédéral de la jeunesse communiste dans les Hauts de Seine et adhérent au PCF.

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Pourquoi avoir souhaité créer une section de l’UEC, ici et maintenant, alors qu’il existe une antenne du Front de gauche à Sciences Po dans laquelle vous pourriez vous sentir représentés ?

En effet, jusqu’à présent je pense qu’il n’y avait tout simplement pas assez de communistes à Sciences Po pour récolter les 120 voix de la procédure de reconnaissance. Pour revenir un petit peu en arrière, les effectifs de l’UEC comme ceux du mouvement communiste dans son ensemble se sont effondrés dans les années 1990. Ce n’est que depuis les années 2000 que le mouvement se rebâtit. Chaque année de nouveaux secteurs s’ouvrent et cette année c’est Sciences Po. Cela me semble d’autant plus important qu’il y a en ce moment beaucoup de crispations que ce soit au niveau des frais de scolarité ou des problèmes de gestion comme le montre la condamnation de Monsieur Casanova. De façon plus générale je pense qu’il y a pas mal de gens à Sciences Po qui ne sont pas issus de la bourgeoisie et qui ont envie de se reconnaître dans des mouvements progressistes. Contrairement à la section du Front de gauche qui est une organisation politique ayant vocation à inviter Jean-Luc Mélenchon ou d’autres, nous cherchons vraiment à militer pour les étudiants sur les questions estudiantines propres à Sciences Po. Et d’autre part bien sur, à faire vivre la pensée marxiste à Sciences Po, à casser, avec nos outils, le carcan idéologique qui règne ici, en invitant des chercheurs, des syndicalistes, des gens que l’on ne voit pas beaucoup dans cette école comme les kurdes.

Vous partagez quelques combats avec l’UNEF…

Nous avons bien sur de forts liens avec l’UNEF. Beaucoup de militants communistes ont des doubles cartes avec l’UNEF et Sud, voire même avec L’UEC et le Front de gauche. Notre rôle n’est pour autant pas le même. L’UNEF est un syndicat qui a vocation à siéger aux conseils, alors que nous sommes plutôt une force de proposition. Notre objectif est de peser dans le mouvement étudiant, d’agir à la manière d’un lobby.

Récemment diverses associations se sont mobilisées pour protester contre la hausse des frais de scolarité, vous y avez participé : quelles sont vos revendications sur ce sujet ?

Cette mobilisation est portée par l’Unef, en réaction au projet de Sciences Po. En revanche de notre côté nous avons travaillé depuis l’été dernier sur ce sujet en lien avec tous les autres IEP puisque l’UEC est maintenant présente dans tous les IEP de France. Donc nous avons mis en place une coordination nationale pour réfléchir aux solutions à proposer pour une autre réforme des frais de scolarité à Sciences Po. Nous avons abouti à des propositions simples. Tout d’abord supprimer la Fondation Nationale de Sciences Politiques qui gère le financement de l’école : c’est une fondation privée et nous considérons que l’enseignement supérieur est un bien public dans lequel les intérêts privés ne peuvent interférer. D’autant plus qu’au sein de cette fondation on retrouve de nombreux membres du patronat et du Medef, qui selon nous n’ont pas vocation à représenter les étudiants et les professionnels de l’enseignement supérieur. Enfin l’objectif est bien sûr de tendre vers la gratuité de la formation pour les étudiants, comme dans toutes les facs.

Avez-vous milité pour la campagne des élections régionales ?

En effet nous avons pris part à la campagne pour les régionales en militant pour Pierre Laurent, candidat PCF-Front de gauche, avec le Front de gauche.
Dans le milieu étudiant j’ai l’impression que le discours Front National et le discours très à droite de Valérie Pécresse en Ile-de-France rencontrent peu de succès. Je pense qu’il n’y a pas non plus beaucoup de crédibilité au PS. Les gens ont vraiment envie de quelque chose qui change. C’est pour cette raison qu’ils peuvent adhérer au programme de Pierre Laurent, qui comprend beaucoup de propositions ambitieuses: la gratuité des transports en commun, la construction de 50 000 logements étudiants, mais aussi de nombreux projets culturels orientés vers la jeunesse.

Comment voyez-vous l’entrée du FN à Sciences Po ?

Nous avons évidemment regretté leur arrivée, mais plus encore le battage médiatique qui a eu lieu autour. Cela m’a paru démesuré ! De simples étudiants de Sciences Po invités au Grand Journal, c’est assez dingue ! Nous avons de notre côté quelques articles sur notre reconnaissance, mais c’est en grande partie parce que le FN était reconnu. Je trouve ça assez intriguant. Ca nous interroge sur la manière dont fonctionnent les médias aujourd’hui. On voit arriver des journalistes qui cherchent à montrer une forte mobilisation étudiante derrière le FN à Sciences Po et dans la réalité ce ne sont que quatre opportunistes issus de formation politiques diverses qui sont allés là où ils pouvaient faire carrière. Lorsque le FN Sciences Po a organisé sa première réunion après avoir été reconnu, des camarades de l’UEC et de l’UNEF sont allés voir, et en tout il n’y avait que 7 personnes, si vous comptez leur bureau, vous n’arrivez pas loin du compte ! Sans vouloir faire de comparaison, quand l’UEC a fait une conférence, la salle était pleine.

La prolongation de l’état d’urgence : pour, ou contre ?

C’est une question qui a beaucoup divisé le PCF et le FDG. Un gouvernement qui sous prétexte de pragmatisme a demandé à ce que la politique nationale s’arrête, tout en avançant dans le même temps des réformes extrêmement importantes comme une révision de la Constitution. Il est très dur de savoir comment réagir à ça. Tout cela alors que les médias tournaient en boucle et que les gens n’étaient pas aptes émotionnellemment à réfléchir. La grosse difficulté a été de trouver comment mettre un peu de réflexion au milieu de tant d’émotion.

Juste après les attentats le gouvernement a eu raison de prendre des mesures d’exception car le danger était réel. En ce qui concerne la prolongation de l’état d’urgence, qui a été votée par les députés communistes, je pense que c’est une dramatique erreur ! Cela renforce énormément l’exécutif alors même que devant l’islamisme radical et l’extrême droite qui montent, il nous faut réconcilier les Français avec la démocratie. Les assignations à résidence de militants écologistes, les interdictions de manifestations et les gardes à vue sans fondements ne me paraissent pas être le bon moyen de le faire. La solution, et je pense parler au nom de tout les communistes de Sciences Po en disant cela, c’est plus d’intégration : sans faire de misérabilisme il faut reconnaître que l’essentiel des terroristes qui ont frappé notre pays sont des gens qui viennent des quartiers populaires, des quartiers qui sont mis au ban de la société, frappés par le chômage et la misère, particulièrement la jeunesse. Cette jeunesse désabusée et sans repères fait le lit d’entrepreneurs identitaires qui se nourrissent des humiliations des uns et des autres. Plus d’intégration passe par des politiques éducatives, par la culture, tout simplement par de l’argent qui doit être investi dans ces zones, pour sortir de ce système qui met en compétition les aires urbaines : ghetto de riches versus ghetto de pauvre, pour toujours plus de malaise social.

Avez-vous personnellement pris part aux manifestations de la COP21 ?

Oui, nous avons participé à la chaîne humaine pour protester contre les mesures prises contre les militants écologistes durant l”état d’urgence. Certains de nos camarades ont d’ailleurs été placés en garde à vue. Une telle instrumentalisation de l’état d’urgence par le gouvernement, dans une analyse communiste, c’est le signe d’un capitalisme qui ne sait plus où il va et qui détruit jusqu’à la Terre sur laquelle on vit. Ce que l’on croit c’est que l’écologie ce n’est pas simplement demander aux particuliers de faire de petits efforts mais aussi contrôler les entreprises pour qu’elles prennent en compte la contrainte écologique.

Revenons à Sciences Po. Le président de la FNSP, Jean-Claude Casanova, a récemment été condamné par la Cour de discipline budgétaire et financière. Qu’est-ce que c’est décision dit de Sciences Po ?

C’est une décision très juste, très symptomatique de la gestion de Sciences Po qui a déjà été éclaboussé par des scandales de ce genre par le passé. Cette gestion, épinglée par la Cour des Comptes, est rendue possible par le régime d’exception, opaque, qui entoure Sciences Po contrairement aux autres universités. Cette affaire renforce d’autant plus la nécessité de la réformer: l’existence de dérives financières, alors même que les étudiants sont saignés pour financer leurs études, cela me semble simplement révoltant. Il faut que l’administration cesse d’infantiliser les étudiants qu’elle s’entête à appeler élèves, et les associe vraiment à la gestion de Sciences Po.

Quel bilan pour l’UEC à la fin du premier semestre ?

Je dresserai un bilan mitigé de ce premier semestre. Nous avons été très heureux d’être reconnus, ce n’était pas gagné d’avance! D’autant plus heureux que, même si je n’en fais pas une gloire, nous avons été reconnus avant d’autres associations politiques implantées ici depuis bien longtemps. Il y a donc eu un départ très prometteur, surtout que de nombreux étudiants nous ont rapidement rejoint, pour apprendre à nous connaître et apprendre à connaître les théories communistes, qui ne sont pas des choses que l’on apprend beaucoup à Sciences Po. Le point négatif est que nous n’avons pas pu organiser beaucoup de conférences à cause de blocages de l’administration, mais également du fait des attentats. Heureusement, le second semestre se présente bien, des militants motivés sont déjà en train de prévoir les conférences que nous organiserons : notre évènement majeur sera la semaine de la pensée marxiste, un cycle de conférence sur le thème du progrès qui se déroulera à la fin du mois de mars.

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Make It Work : Did it Work ? https://www.lapeniche.net/makeitwork/ Fri, 11 Dec 2015 06:00:20 +0000 http://lapeniche.net/?p=32244 208 étudiants. 41 délégations. 3 jours. 3 nuits. Un compétition sportive inter-universitaire ? Loupé ! Un concours endiablé d’art oratoire ? Encore raté ! Et si on vous disait que ça a à voir avec la COP 21 ?

Sciences Po engagé pour la COP21

Make It Work, c’est le nom d’un ambitieux projet mené par Sciences Po depuis plus d’un an déjà, à l’occasion de la tenue ce mois-ci de la Conférence sur le climat à Paris. A l’initiative de ce projet se trouvent deux personnes: Bruno Latour, sociologue des sciences et professeur que l’on ne présente plus à Sciences Po, et Laurence Tubiana, ambassadrice française chargée des négociations de l’accord qui devrait être conclu ces jours-ci.

D’une rare ampleur, la COP21 a longtemps été annoncée comme l’occasion d’opérer un tournant historique, au regard de la coopération pour la préservation de notre environnement à une échelle internationale. Alors que la clôture de l’événement était encore loin, nombreux étaient déjà ceux à s’annoncer plutôt pessimistes quant à la signature d’un accord contraignant et unanime. A Sciences Po, universitaires et étudiants n’ont pourtant pas attendu que les dirigeants se rassemblent autour d’une table pour entamer une réflexion sur le déroulé des négociations et leurs éventuelles issues.

L’ambition de ce projet ? Fournir des outils d’analyse et de compréhension des enjeux environnementaux et géopolitiques actuels aux collectivités étudiantes, aux chercheurs et à la société dans son ensemble, mais également informer, sensibiliser.

Comment ? En mettant à disposition des négociateurs, de parties prenantes, des militants et des ONG des outils à destination du débat public et des ressources développées au sein des cycles de formation de Sciences Po et de ses centres de recherches (Ceri, Cevipof, Liepp, Medialab, Iddri). Dès novembre 2014, Sciences Po s’était engagé à renforcer la thématique Climat dans ses formations et à encourager les étudiants à la participation et à la réflexion par l’intermédiaire de cas d’étude, de cours, de rédaction d’articles, ainsi par l’organisation d’un cycle de débats et de conférences durant les mois précédant les négociations. Enfin, dans le cadre de ce projet, fut impulsé un exercice aussi ambitieux qu’intriguant: un jeu de rôle grandeur nature, une simulation des négociations officielles.

Zoom sur « Le Théâtre des négociations »

Il y a maintenant 5 ans, en juin 2011, Sciences Po avait monté, en partenariat avec l’Iddri (Institut du Développement durable et des relations internationales), la COP Rowing (COP RW), une simulation étudiante autour de la question « Copenhague, et si ça s’était passé autrement ? ». Fort de son succès, Sciences Po avait rapidement fait part de sa volonté de renouveler l’expérience, avec cette fois, une ambition élargie.

Ainsi, les 28, 29, 30 et 31 juin derniers ont vu, pour près de 200 étudiants français et internationaux, la concrétisation de plusieurs mois de recherches et d’organisation. C’est au Théâtre Nanterre-Amandiers que s’est déroulée la simulation, durant 3 jours (et 3 nuits), alternant entre groupes de travail, sessions informelles et sessions plénières.

L’originalité du projet réside essentiellement dans le fait que contrairement aux négociations officielles, les chefs d’Etat et leurs représentants n’ont pas été les seuls intervenants invités à se réunir. Se sont également assis à la table de négociations des puissances habituellement silencieuses, pourtant les premières touchés par la dégradation de notre environnement: l’Amazonie, les Espèces Menacées, les Peuples Indigènes, les Hydrocarbures Enfouis dans le Sol, la délégation Océan et bien d’autres encore. L’ambition de l’initiative se trouve donc pour partie dans la mise lumière et l’expérimentation de règles du jeu « non conventionnelles ». Pour la plupart ouvertes au public, les discussions ont suivis 2 fils directeurs: les visions pour le futur tout d’abord, puis les moyens à mobiliser en vue de la trajectoire à suivre. Rien de moins ambitieux.

Entre autre, le « théâtre des négociations » s’est appuyé sur Forccast, un projet pédagogique de cartographie des controverses scientifiques porté par Sciences Po et réunissant 14 établissements partenaires. Inscrit dans une perspective de long terme, ce programme vise à apporter aux étudiants, cible privilégiée, des outils d’exploration et de représentation des discours médiatiques et scientifiques portés sur les grandes controverses touchant aux questions scientifiques, environnementales, technologiques et numériques actuelles.

Gratuit et libre d’accès, cet évènement a été l’occasion pour les plus curieux de rencontrer les quelques 40 délégations qui ont pris part à la simulation. Il a également été offert au public la possibilité de visiter les différents espaces aménagés dans le théâtre intérieur et le théâtre de verdure extérieur. Enfin, c’est par Twitter que les différentes délégations ont permis à certains de suivre à distance et en direct l’avancée des discussions. Ici encore, un même objectif: informer, participer, dialoguer.

Changer les règles du jeu, un gage d’efficacité

« Si vous parvenez à un accord, je pourrai l’amener et m’en servir comme exemple lors de la « vraie » conférence climat en décembre prochain. » avait déclaré Laurence Tubiana lors du coup d’envoi de la simulation.

Pari relevé ! Après d’âpres discussions et d’innombrables rebondissements, c’est in extremis que les étudiants réunis autour de la table des négociations sont parvenus à un accord « ambitieux et innovant », autour de 4 thématiques: « terre », « air et eau », « gouvernance » et « territoires menacés ». La difficulté du projet résidait principalement dans le fait d’intégrer aux côtés des entités du systèmes onusiens des acteurs non étatiques, tout en respectant une contrainte temporelle pesante. Alors que la nécessité de s’accorder sur la préservation de notre environnement se fait chaque jour un peu plus pressante, il ne fait aucun doute que les négociateurs rencontrent aujourd’hui des obstacles similaires, l’intégration d’« acteurs » non conventionnels aux discussions supposant de la part des Etats un douloureux renoncement à une part de leurs prérogatives. Si l’issue de cette simulation fut victorieuse, elle souligne néanmoins avec justesse que si l’on ne change pas les règles du jeu, aucun accord n’est possible.

L’expérience est à retrouver dans les médias et sur les réseaux sociaux:

  • « La Suite dans les idées » sur France Culture, émission du 31 mai 2015 consacrée à « La grande simulation »
  • Les témoignages d’étudiants de Sciences Po dans l’émission « La tête au carré » (France Inter ) du 25/05/2015 consacrée aux enjeux de la COP 21
  • « Quand les guerres climatiques se retrouvent sur les planches », Interview de Bruno Latour, Libération du 27/05/2015
  • Et jusqu’au 22 janvier la Bibliothèque de Sciences Po consacre une exposition aux négociations (Sciences Po, 27 rue Saint Guillaume, 75007 Paris).
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Cop 21 : le face à face Ecolos vs. Les Républicains https://www.lapeniche.net/faf_cop21/ Wed, 09 Dec 2015 09:13:09 +0000 http://lapeniche.net/?p=32221 Aurélien Froissart

Claire Hasnier

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La COP21 est présentée par la classe politique comme un enjeu fondamental, est-ce que la couverture médiatique est à la hauteur?

Claire : La couverture médiatique est présente, mais trop faible. Plus de 50% des Français ne savent même pas ce que signifie COP21. Les partis politiques commencent à se mobiliser sur cette question, un travail en amont a été fait, dans tous les partis politiques. Notamment chez les Républicains de nombreux projets sont mis en place pour sensibiliser à ces questions.

Aurélien : On voit aujourd’hui une couverture médiatique clairement insuffisante par rapport à l’enjeu. C’est l’avenir de l’humanité qui se joue là, la plupart des scientifiques estiment que 2025 est la date irréversible, donc il faut agir très vite. Mais c’est aussi toute la mobilisation citoyenne autour de cet évènement qui est insuffisamment médiatisée. Il y a peine deux semaines, place de la République, le village mondial des alternatives, organisé par Alternativa, réunissait 50 000 personnes, ce qui est énorme pour un évènement ayant pour thème le climat. Et pourtant il n’y a eu quasiment aucune couverture médiatique sur cet évènement. Des gens agissent, des politiques agissent, des institutions même, et pourtant les médias en parlent toujours comme d’un sujet secondaire.

Concernant les politiques, s’ils se saisissent du sujet, c’est bien souvent un discours de façade. Chez les Républicains par exemple, je me suis demandé ce que faisaient les Républicains pour la COP21 et je n’ai tout simplement trouvé aucun article dessus! Quant au gouvernement actuel qui cherche à faire de la COP21 son grand enjeu, les engagements ne suivent pas derrière. Il conditionne la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim à l’ouverture de l’EPR de Flamanville, il est revenu sur l’écotaxe… Il y a un clair manque d’ambition en matière écologique, au niveau européen aussi, avec le TAFTA qui revient sur de nombreuses normes environnementales qui ont été décidées démocratiquement ! Par ailleurs, le fait que les sponsors de le COP21, qui la financent à plus de 20%, soient les plus gros pollueurs français, dont EDF et GDF, n’est pas du meilleur augure. Il y a une hypocrisie généralisée sur ce sujet. Et si les médias mettaient plus l’accent sur la mobilisation citoyenne, il est probable que les politiques auraient moins peur de s’engager sur ce sujet.

C. : Je suis d’accord sur ce point, les mobilisations autour de la COP21 ne sont pas assez mises en avant par les médias. Aujourd’hui la numéro deux des Républicains, Nathalie Kosciusko-Morizet, est extrêmement impliquée dans les questions climatiques: son métier d’origine est d’ailleurs de participer à ces conférences climatiques (N.D.L.R : elle fut notamment conseillère technique en Écologie et Développement durable auprès du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin). Elle porte dans les médias le sujet de la COP21, et ceux-ci cherchent toujours à l’en écarter en abordant les primaires…

Sur la COP21 tous les partis se mobilisent, la société civile aussi, et pourtant les médias ne relaient rien. Je pense que pour eux ce n’est tout simplement pas une priorité : la COP21 n’est pas le sujet primordial pour les Français, donc ils ne le traitent pas beaucoup. Mais cette couverture médiatique va arriver à mesure que l’échéance se rapproche. La mobilisation se renforce : la Fondapol, avec qui les Républicains Sciences Po ont un partenariat va publier deux notes à ce sujet. Les Républicains ont mis en place une série de concertations publiques au niveau national qui concernent l’environnement… Donc, il y a un défaut de couverture médiatique certes, mais de manière générale je pense qu’il y a un défaut d’intérêt de la part des Français pour l’instant.

Vous dites que la mobilisation va monter, que le sujet va venir, mais nous sommes aujourd’hui très proches du début de la conférence et pourtant le sujet ne semble toujours pas occuper l’espace médiatique, ne va-t-il pas y avoir un problème?

C. : Bien sur, aujourd’hui si vous parlez d’actualité avec quelqu’un, il va y avoir beaucoup de sujets qui vont le préoccuper, et pas forcement la COP21. Les gens aujourd’hui en France sont plus attristés par la montée du terrorisme et par le chômage que par les enjeux de la COP21. Ils pensent que ça les touche moins, alors que ça les touche vraiment! Il y a un manque d’information à ce sujet je pense. De manière générale des accords climatiques sont pris au niveau international depuis maintenant deux décennies et je pense que les populations ne sont pas assez incluses dans ces négociations. Beaucoup de gens laissent les Etats réfléchir pour eux sur ces sujets là.

A. : Il y a tout de même eu 200 000 personnes qui ont participé au tour de France d’Alternativa! Donc il y a au moins 200 000 personnes en France qui se sentent concernées par le sujet et ont envie d’agir pour lui. Alors bien sûr ce chiffre peu paraître faible. Les gens se sentent plus concernés par le chômage et la crise migratoire que par le climat. Mais ils ignorent que ces sujets sont liés! Actuellement 20 millions de personnes dans le monde migrent à cause des dérèglements climatiques : assèchement des terres ou montée des eaux. Concernant le chômage un rapport de 2014 montre que baisser les émissions de C02 de 84% créerait 1 million d’emplois en Grande-Bretagne et en France: dans les BTP par la rénovation des batiments, dans l’agriculture, dans les transports, dans l’énergie…

Donc la question climatique est une question dont tout le monde, à tous les niveaux, peut se saisir, car elle touche les préoccupations directes de tous les Français. Avec un peu de bonne volonté une vrai mobilisation peut-être faite pour montrer aux politiques qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils sont soutenus par les citoyens.

 

 

L’accord contraignant, vous y croyez ?

C. : Sur 196 États, 146 ont déjà rendu un rapport sur les objectifs d’émissions d’ici 2025. Mais un accord contraignant me parait compliqué à obtenir dans la mesure où les économies nationales sont à des niveaux de développement très différents, il parait difficile de contraindre les pays émergents. De grosses négociations sont en perspectives : le Brésil et la Chine ne souhaitent pas ralentir leur croissance au nom d’un réchauffement climatique causé en grande partie par les pays du Nord lors de leur propre développement. Un fond de 100 milliards mis en place en 2020 pourrait justement être la clé pour pallier à ces problèmes, encore faudrait-il que certains Etats soient d’accord pour le financer. Pourtant la prise de conscience a eu lieu, elle doit aboutir à un accord.

A. : Au point où on en est, les engagements pris par les Etats ne limiteraient la hausse des températures qu’à 3 ou 4 degrés d’ici 2100, donc l’objectif ne serait pas atteint. D’où la nécessité d’une action citoyenne, pour pousser les négociations, empêtrées dans le lobbying. Pour l’instant pays du Nord et du Sud se renvoient la balle sur la question de la responsabilité du réchauffement climatique, cela n’est pas encourageant. Le problème ne se résoudra pas sans prendre en compte la justice climatique : les pays les plus riches doivent montrer la voie à ceux qui ont le moins de capacité d’action. Et laisser une plus grande place aux BRICS dans les négociations.

C. : Je suis tout de même un peu plus optimiste. Il y a de bons indicateurs, notamment la Chine qui a annoncé vouloir réduire de moins 60 à moins 70% par unité de PIB ses émissions des gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 2005.

Concernant les BRICS, je pense quant à moi qu’ils sont déjà énormément présents dans les négociations. Mais il est vrai que les pays les moins développés, les pays africains notamment, ne sont pas assez inclus dans les négociations, toutefois ce ne sont pas eux qui polluent le plus. Ce sont eux qui sont les plus touchés, ce n’est donc pas à eux que l’on doit demander des efforts en matière de politique climatique mais plutôt ceux qui doivent bénéficier des aides pour les protéger des effets pervers du réchauffement climatique.

A. : Il est justement important qu’ils soient dans les négociations, les victimes du réchauffement climatique sont les plus susceptibles d’être investies dans la défense de l’environnement. De manière plus générale, oui, de nombreux pays ont pris des engagements, mais ils sont insuffisants ! Il faut pousser les pays à faire le plus d’efforts possibles, à mettre en place le plus de mesures concrètes.

C. : En effet des mesures concrètes peuvent être prises au niveau national. Ce qu’avait fait le gouvernement précédent avec l’écotaxe de NKM, la Charte de l’environnement, alors que le gouvernement actuel ne fait rien. Avec l’entrée des ecologistes au gouvernement en 2012, on pouvait s’attendre à ce que ce chemin soit poursuivi, et cela n’a pas été le cas. L’écotaxe a été retirée, et rien n’est venu la remplacer.

A. : C’est normal nous n’y sommes plus ! Quant au gouvernement précédent, N.Sarkozy ne disait-il pas que « l’environnement ça commence à bien faire » ? Le gouvernement écologiste a tout de même mis en place l’encadrement des loyers qui est un immense pas en faveur de la justice climatique. L’écotaxe a été rejeté par le gouvernement Valls alors qu’il n’y avait plus d’écologistes au gouvernement. Le gouvernement actuel est maintenant en train de revenir sur l’interdiction des forages de gaz de schiste et de favoriser le transport en cars… Donc quel que soit le gouvernement, les mesures prises ne sont pas les bonnes ou pas suffisantes. De manière plus générale il faut remettre totalement en cause le paradigme économique actuel. Penser un nouveau modèle de consommation et de production pour re-localiser et diminuer le transport.

La limitation à deux degrés est un objectif affiché, mais concrètement par quoi cela passe ? Quels changements pour en arriver là ?

A. : Cet objectif ne pourra être atteint sans un changement total de paradigme économique comme je l’ai déjà dit : il faut sortir du système capitaliste pour former un système bien plus respectueux de l’environnement, des hommes et des territoires. Il faut arriver à une autre gouvernance mondiale. C’est pour cela que l’écologie ce n’est pas simplement planter des arbres. C’est toute une réflexion sur l’agriculture, l’énergie, sur nos façons de consommer et de produire et nos façons d’échanger. Ce n’est qu’en prenant en compte tout ces critères que nous résoudrons la crise actuelle.

C. : Tout cela me semble très idéaliste. On a déjà du mal à obtenir un accord international pour limiter le réchauffement à deux degrés, chaque pays a son propre système politique… Si on rajoute des considérations sociales, aussi louables soient elles, on n’arrivera à rien. L’accord qui résulte de la COP21 doit être contraignant, mais par la suite chaque Etat doit avoir la liberté de mettre en place la politique qu’il veut pour tenir ces objectifs en matière de limitation des émissions. Chaque Etat doit garder sa souveraineté tout en accomplissant sa responsabilité. Il y doit y avoir des sanctions contre un Etat qui ne respecterait pas ses engagements.

A. : Cela reviendrait à maintenir le statut quo et à risquer une disparition de l’humanité d’ici 2100 ! Je le répète, ces engagements ne pourront être tenus sans une refonte totale du système.

C. : Tu auras du mal à changer tout le système libéral…

A. : La question n’est pas de savoir si on peut, mais de savoir si l’on doit. C’est une question primordiale, qui menace notre avenir à nous et la survie de nos enfants ! On ne peut pas se contenter de ‘mesurettes’, qui n’engagent pas les Etats, et c’est actuellement ce à quoi se destine la COP21. Notre survie n’est pas compatible avec la recherche de la croissance à tout prix.

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