conférence Sciences Po – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Wed, 07 Aug 2019 09:45:34 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png conférence Sciences Po – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Conférence Agnès Buzyn : diagnostic d’une réforme contestée https://www.lapeniche.net/conference-agnes-buzyn-diagnostic-dune-reforme-contestee/ Fri, 08 Mar 2019 09:00:29 +0000 http://lapeniche.net/?p=39206 L’amphithéâtre Chapsal était presque rempli, mercredi soir, pour accueillir Agnès Buzyn. Peu d’étudiant-e-s, mais surtout des diplômé-e-s de l’école, acteur-ice-s aujourd’hui dans les domaines de la santé ou de la protection sociale. Ils se sont montrés intéressés par l’invitation de Sciences Po et du groupe Santé de Sciences Po Alumni, et sont venus rencontrer leur ministre référente.

Frédéric Mion, directeur de l’école, puis le Dr Pascal Maurel, président du groupe santé des Alumni, ont ouvert la conférence avec des traditionnels discours d’introduction. Ils ont rappelé l’objectif de la conférence du soir : s’interroger sur la question directrice, « la santé peut-elle recoudre le social ? ». Pour y répondre, un jeu de questions / réponses entre la salle et Madame la Ministre.

Les questions, en effet, ont fusé. Questions d’étudiant-e-s, mais surtout de professionnel-le-s de la santé. Des médecins, directeur-ice-s d’établissements de soin, des patient-e-s aussi. Venant des secteurs privés comme publics, de la ville ou de zones rurales, longuement installé-e-s ou débutant tout juste dans le métier. Autant dire que les intérêts représentés étaient très divers, parfois contradictoires.

La ministre des solidarités et de la santé ne se laisse pas emporter par le flot de questions et répond, méthodologiquement, à chacun-e. Elle rappelle la centralité des questions de santé et d’accès aux soins dans les revendications concernant les services publics, qui sont même des « services au public » selon sa formule. Dans le même temps, elle déplore le fait que les réformes ne soient pas suffisamment expliquées, menant à des réclamations inutiles selon elle. Et c’est ce qu’elle s’emploiera à faire, tout au long de l’heure et demie de dialogue avec le public : répondre aux inquiétudes, aux interrogations voire aux critiques par un point de programme politique, par une réforme déjà mise en œuvre ou sur le point de l’être.

La ministre a su démontrer une connaissance précise des dossiers, comme l’attestent ses réponses à certaines questions portant sur des situations géographiquement déterminées par exemple, mais elle a dans le même temps veillé à maintenir une vision de grande échelle, revenant toujours à un cap global, presque martelé tout au long de la conférence. Ainsi, lorsque les déserts médicaux ou les problèmes récurrents de manque de temps dans les hôpitaux sont pointés, Agnès Buzyn répond télémédecine, et justifie les fermetures par une volonté de qualité des soins plutôt que de quantité.

Mais surtout, la ministre prône le décloisonnement, qu’elle fait apparaître comme la première des solutions à tous les maux dont souffrent les acteurs du secteur de la santé : décloisonnement entre le public et le privé, décloisonnement des différentes formations professionnelles puis des différentes professions, et enfin décloisonnement entre la médecine de ville et l’hôpital.

On aurait aimé que le débat dure encore des heures, pour permettre au public de poser plus de questions. En effet, malgré une quinzaine de questions posées, nombreuses sont les personnes qui sont reparties sans avoir pu prendre la parole. On aurait voulu quelques minutes supplémentaires, pour que cette directrice d’EHPAD puisse détailler plus longuement les chiffres de l’enquête réalisée auprès de 200 établissements similaires au sien, chiffres accablants quant au manque de soignants. On aurait souhaité, surtout, que cet exercice soit, plus qu’un jeu de questions / réponses, soit un dialogue. Quelques soupirs et haussements d’épaules laissent à penser que les réponses de la ministre appelaient, à leur tour, des mises au point et corrections de l’audience, pas toujours convaincue par la confiance de la ministre envers son projet.

Céleste Relave

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Yémen, où en est la révolution ? https://www.lapeniche.net/yemen-ou-en-est-la-revolution%c2%a0/ Fri, 23 Nov 2012 09:37:00 +0000 http://lapeniche.net/?p=1432 Le Printemps arabe : à son évocation, on pense immédiatement à la Tunisie, à l’Egypte, à la Libye ou encore à la Syrie ; les médias pérorent sur le succès de la transition démographique, sur le danger de l’islamisme et la protection des libertés, sur la propagation de la révolution… Mais si l’on parle beaucoup des pays d’Afrique du Nord, on en oublie un peu le Yemen, ce pays au sud de la péninsule arabique, qui constitue pourtant un cas emblématique de la révolution arabe. La conférence proposée par Sciences Po, à l’occasion de la sortie du livre « Yémen, le tournant révolutionnaire » a permis de se pencher davantage sur ce pays oublié par la presse. Les intervenants, Laurent Bonnefoy, Franck Mermier, Marine Poirier et Hélène Thiollet ont ainsi présenté leur ouvrage, dont le titre questionne la situation actuelle du pays qu’il faut en effet davantage qualifer de « tournant révolutionnaire » que de « révolution ». Les auteurs ont tour à tour exploré la question du salafisme au Yémen, celle de l’unité du pays et enfin celle des transformations de la scène politique provoquées par la révolte. LaPéniche vous en présente les principaux enjeux, pour ceux qui n’ont pu y assister.

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La révolution yéménite, comme les autres révoltes des pays arabes, prend sa source dans les mouvements de contestation maghrébins. Concentrée à l’origine dans la capitale Sana’a, portée par les étudiants, elle s’est ensuite propagée dans tout le pays. Les manifestants réclament la démocratie et le départ du président Saleh, qui mettrait un terme à la corruption et à l’emprise du parti au pouvoir. Après une répression dans le sang par le régime, Saleh cède finalement le pouvoir au vice président Hadi en novembre 2011. Le parti du président organise alors des élections en février 2012 qui voient la victoire de Hadi, seul candidat en lice. Ce déroulement laisse déjà voir l’ambigüité de la révolte qui mène au pouvoir un homme politique qui n’est personne d’autre que l’ex vice-président de l’ancien dictateur. Mais la révolte yéménite est complexe sur bien d’autres points, que les intervenants ont mis en exergue lors de la conférence.

La question du salafisme, et donc du djihadisme dans le pays, en est un. Le président Saleh se présentait comme un rempart contre l’islamisme et se servait de ce prétendu rôle pour asseoir son autorité. Après le 11 septembre, nous dit Laurent Bonnefoy, tout le monde considérait que la menace au Yémen était le terrorisme, alors qu’en réalité il s’agissait d’un phénomène relativement marginal au Yémen, au vu de la guerre qui sévissait au Nord du Yémen (qui oppose le régime à l’activisme chiite), du problème de la nourriture et même des accidents de la route : la question du terrorisme était en fait absolument secondaire dans l’échelle des priorités. C’est seulement à partir de 2009 que le mouvement salafiste s’est radicalisé et que l’on a pu observer une escalade de la violence entre le régime et le mouvement. La grande question aujourd’hui est de se demander si le tournant révolutionnaire a servi les intérêts des groupes armés. En observant la situation de loin, on peut penser que oui puisqu’il y a une concomitance entre la chute de Saleh et la prise de territoires par les groupes armés au sud du pays mais en fait, il y a une continuité forte en termes de coopération anti-terroriste au niveau du gouvernement et des occidentaux, les Etats-Unis considérant même que la coopération a été facilitée par l’arrivée du nouveau gouvernement. L’avis est en fait partagé : d’un côté, il est permis de penser que le processus révolutionnaire va parvenir à saper la progression des mouvements islamistes grâce aux échanges entre les groupes composant le Yémen, de l’autre le processus a engendré des demandes par les organisations islamistes, demandes plutôt radicales et portées sur la violence.

Un autre problème est celui de l’union du pays. Il est sujet en effet à une volonté de sécession par certains mouvements du Sud, alors même que l’unification du pays est récente (1990). Les demandes des mouvements sudistes vont du fédéralisme à l’indépendance, voire à la négation même de l’existence du Yémen. Le processus révolutionnaire a-t-il modifié le clivage? Il a d’un côté créé un sentiment de communauté yéménite, unie dans l’opposition contre le régime autoritaire de Saleh. Mais le problème persiste, puisque les identifications sont contingentes dans le pays : si l’unité yéménite se fait sentir pour un temps, les identifications peuvent basculer d’une période à l’autre.

La dernière question, et la plus cruciale, étudiée pendant la conférence est celle de la pertinence du mot « révolution » dans le cas du Yémen. Il faut noter que ce n’est pas l’opposition politique qui est à l’origine de la révolte, mais de jeunes activistes qui veulent, non pas une réforme qui pourrait mener l’opposition au pouvoir, mais un renversement radical du régime. Encore aujourd’hui, il y a un décalage entre les jeunes manifestants et les partis de l’opposition, les uns voulant « la peau » de Saleh, les autres son immunité. Par ailleurs les premiers reprochent à l’opposition partisane d’avoir volé « leur » révolution, et réclament une absence de leadership. Les jeunes et les partis n’ont pas les mêmes idéaux, projets ni les mêmes répertoires d’actions. Ainsi, le sit-in se maintient encore aujourd’hui sur la place du changement, à Sana’a. Ce qui fait aussi douter de la véracité de la révolution au Yémen est la constitution du nouveau parlement : les partis d’opposition, tout comme le parti de Saleh y sont présents. Le parti de Saleh a même conservé la présidence. Le départ de Saleh semble être le seul véritable changement mais les structures du régime et les élites qui le composent ont été maintenues. Les auteurs ont donc utilisé le mot de « tournant révolutionnaire », précisément parce que l’on ne sait pas où cela va mener. En revanche, on peut dire qu’il y a au moins une révolution dans les mentalités et les pratiques : les individus, et en particulier les jeunes, ont réalisé qu’ils avaient la capacité de changer les choses, de les faire évoluer et de peser dans les décisions. Il y a aussi une révolution chez les observateurs, nous disent les auteurs : on remet en question nos grilles de lectures, nos concepts traditionnellement utilisés pour comprendre la société yéménite et on adopte une nouvelle compréhension, plus optimiste, du pays.

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