conférence – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Sun, 19 Oct 2025 18:58:24 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png conférence – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 À Sciences Po, Hubert Bonneau, un directeur général de la gendarmerie nationale face à de multiples défis https://www.lapeniche.net/a-sciences-po-hubert-bonneau-un-directeur-general-de-la-gendarmerie-nationale-face-a-de-multiples-defis/ Tue, 30 Sep 2025 07:20:14 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=57021 Ce 15 septembre 2025, Sciences Po Défense et Stratégie a accueilli le directeur général de la gendarmerie nationale, Hubert Bonneau. Ce dernier, fort de son expérience comme commandant territorial de brigades et à la tête du groupe d’intervention de la gendarmerie nationale, a esquissé un panorama des défis auxquels la gendarmerie nationale est confrontée et des réponses qu’elle peut apporter.

Crédit photo : ministère de l’Intérieur.


L’amphithéâtre Eugène d’Eichthal est bien rempli, on y croise beaucoup d’étudiants de Sciences Po mais aussi de la Sorbonne et de l’Ecole militaire de Saint-Cyr, très bien habillés.

Hubert Bonneau, directeur général de la gendarmerie nationale depuis octobre 2024 et général d’armée, prend place. Pour son propos introductif, il a souligné plusieurs “marqueurs stratégiques” auxquels la France fait face. En premier lieu, l’aggravation des tensions internationales qui se caractérisent par une guerre hybride. Celle-ci, menée notamment par la Russie, est marquée par des actions de déstabilisation allant des cyberattaques aux tentatives de semer la discorde comme les têtes de cochon déposées devant des mosquées franciliennes. Face à cette situation, M. Bonneau recommande un renforcement du continuum sécurité défense.

En deuxième lieu, l’insécurité ressentie qui a selon lui “dépassé le stade du sentiment” avec une extension de la criminalité organisée, en particulier du narcotrafic. Le directeur de la gendarmerie a insisté sur un continuum croissant entre délinquance du quotidien et criminalité organisée, en prenant l’exemple de réseaux mafieux d’Europe de l’Est très structurés à l’origine de cambriolages en série. Une meilleure coordination entre gendarmerie et police est selon lui indispensable, “il faut que les maires et les gendarmes se parlent” nous dit-il. M. Bonneau préconise également un investissement plus important dans les maillons faibles de la gendarmerie comme les ports secondaires de la côte Atlantique vers lesquels se redéploie le narcotrafic, les grands ports étant davantage surveillés. 

Par ailleurs, il note un durcissement des contestations sur le territoire national, marqué par la part croissante des mineurs dans les phénomènes de radicalisation islamiste, une “montée en miroir” de l’ultragauche et de l’ultradroite, et des violences en marge des manifestations. Le cyber représente également un enjeu majeur pour la gendarmerie, puisque davantage d’escroqueries sont aujourd’hui commises en ligne que dans le monde physique, et que les rançons lors d’enlèvements sont demandées en cryptomonnaies, moins aisément traçables par les forces de l’ordre.

Le général a en outre évoqué le besoin de reconnaissance des gendarmes, qui se traduit par une demande de compréhension des défis en matière de procédure auxquels ils sont confrontés dans leur travail de police judiciaire et sur l’état général dégradé des casernes.

Pour conclure, M. Bonneau a rappelé l’importance de l’engagement. Il se félicite de l’augmentation du nombre de réservistes, qui atteint 38 000 membres avec une forte majorité de jeunes issus d’horizons divers, qui ne comptent pas forcément de gendarmes dans leur entourage.

L’occasion pour lui de souligner l’importance de la cohésion nationale : face aux menaces sécuritaires, “il faut se battre” dit-il, tout en rappelant que l’action de la gendarmerie s’inscrit dans un cadre juridique strict et protecteur des libertés (y compris pour l’interception de données numériques). Un message porteur de sens qui résonne avec la devise de la gendarmerie nationale, “Pour la patrie, l’honneur et le droit”. 

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« Sur Scène et sur la Seine, Création et Représentations » : Conférence de Thomas Jolly à Sciences Po https://www.lapeniche.net/sur-scene-et-sur-la-seine-creation-et-representations-conference-de-thomas-jolly-a-sciences-po/ Thu, 13 Feb 2025 09:20:21 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56748 Ce mercredi 5 février 2025, c’est sous les applaudissements et les « joyeux anniversaire » en chœur que Thomas Jolly fait son apparition dans l’amphithéâtre Émile Boutmy.  Acteur et directeur artistique des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux olympiques et paralympiques de 2024, il a fait rêver le monde et rendu fiers les Français le temps d’un été. Invité par l’École du management et de l’impact de Sciences Po, il inaugure le premier « Rendez-vous de la Création » de l’année 2025, un cycle de conférences proposé par le Master communication, médias et industries créatives de Sciences Po.

En compagnie du journaliste Alexandre Kouchner qui modère la conférence, Thomas Jolly nous partage les moments phares de sa carrière. Succès ou « gros bide », il nous dévoile tout, jusqu’à cette cérémonie historique des Jeux Olympiques qui a rassemblé plus de 24 millions de téléspectateurs français en direct. Un record d’audience pour la chaine de télévision France 2. Lui qui préfère le terme d’« entremetteur en scène » plutôt que celui de metteur en scène, Thomas Jolly a non seulement réussi à lier scène et texte, mais surtout un pays jusqu’ici désuni. Une tâche pourtant délicate, au vue du résultat contrasté des dernières législatives, ainsi qu’un gouvernement ayant plié bagage…


Pour autant, Alexandre Kouchner s’assure de ne brûler aucune étape, et débute l’échange par les premiers pas de Thomas Jolly dans le monde du théâtre. Cette révélation artistique survient à l’âge de onze ans, lorsque sa professeure de français lui demande de lire les répliques de Sganarelle dans Le médecin malgré lui de Molière. Soudain, le jeu apparaît comme un outil contre le harcèlement au collège. L’engrenage se met ensuite en marche ; les diplômes et les mises en scène s’enchaînent, jusqu’à ce premier grand défi lancé en 2010 : mettre en scène l’intégralité de la trilogie Henri VI, de Shakespeare. Dans cette pièce, le roi d’Angleterre, Henri VI, voit son royaume sombrer, avant d’être destitué par Richard III. En illustrant cette destitution, « l’entremetteur » ne livre donc pas seulement un théâtre esthétique, mais également politique. 

La dimension politique est effectivement au cœur du travail de création de Thomas Jolly. Celui-ci souhaite que la « pensée reste en circulation » dans une société où les réseaux sociaux l’enrayent, sans pour autant imposer ses propres idées. Pour illustrer ses propos, le metteur en scène cite l’une des plus grandes stars contemporaines : Madonna. Il lui attribue ces paroles : « si ce soir il y a une personne dans le public qui rentre chez elle et qui a envie de changer le monde, on aura réussi notre soirée ». 

C’est donc avec cette ambition en tête que l’intégralité de la trilogie Henri VI est jouée pour la première fois en 2014 à Avignon. La représentation s’étend sur pas moins de dix-huit heures. Pourtant, les dernières répliques sont jouées devant une salle comble, et une foule scandant « Richard III ! Richard III ! ». Face à cet engouement, Thomas Jolly offre en 2022 une représentation de vingt-quatre heures (entractes compris), qui comprend l’intégralité de Henri VI et Richard III.  En parallèle, le metteur en scène cherche à intéresser un nouveau public. Ensemble avec sa compagnie La Piccola Familia, ils créent un jeu vidéo, Richard III attacks, et une version synthétique de Henri VI jouée dans les lieux publics, H6m2. Le journaliste Alexandre Kouchner qualifie ce spectacle de quarante-cinq minutes de « version pour les nuls ». Une expression qui fait immédiatement réagir Thomas Jolly : « pour ceux qui ne savent pas », nuance-t-il. Son envie est claire : « amener le théâtre aux gens plutôt que l’inverse », leur donner le goût de l’histoire et du théâtre grâce à une pièce bien moins intimidante que Henri VI et Richard III. Il souhaite avant tout éviter que les gens puissent « se sentir renvoyés à leur ignorance ».

Le journaliste aborde ensuite l’expérience de Thomas Jolly en tant que directeur du centre dramatique national d’Angers à partir de 2019, qui est quelque peu bousculée par la pandémie de Covid-19. À l’inverse des idées reçues, ce confinement représente justement l’occasion pour lui de réformer cette institution altérée. Les abonnements, la communication, le format, les lieux de représentation… tout est à refaire. Pour lui, le plus important est de revenir à l’essence-même du théâtre qui est l’art le plus simple qui soit. Il suffit d’une personne, et d’une histoire. Le metteur en scène le démontre grâce à une scène : celle de Roméo et Juliette sur son balcon en plein confinement. Il s’agit de son spectacle le plus court, le moins travaillé et le moins coûteux. Pourtant, il est massivement relayé et lui vaut même un appel de l’Opéra Bastille. Cette période de confinement lui donne l’occasion de « faire venir le théâtre au public », en représentant des pièces au pied des résidences universitaires, ou dans la cour du théâtre qu’il dirige. Cette parenthèse est cependant de courte durée, puisque le monde d’avant finit par réapparaître, et avec lui, les anciennes normes de l’institution.

Thomas Jolly rejoint alors le théâtre privé pour y représenter Starmania, sa première comédie musicale en 2022. A l’inverse du théâtre public qui « ne sait pas trop quoi faire de ses succès » et clôt rapidement les représentations d’une pièce, le théâtre privé permet de faire représenter une pièce aussi longtemps que celle-ci est rentable. De même, le théâtre privé se départit des abonnements. Thomas Jolly explique ainsi : « il y a aussi une question de théâtre populaire dans le théâtre privé. C’est vrai que ce ne sont pas les mêmes méthodes. Ce ne sont pas les mêmes enjeux. Ce ne sont pas non plus les mêmes façons de faire ». Au final, sa tournée pour Starmania comptabilise un million trois cent mille spectateurs et spectatrices.

Devant ces chiffres et les distinctions qui s’accumulent – avec notamment cinq Molières à son actif, Thomas Jolly semble enchaîner les succès. Alexandre Kouchner s’enquiert alors : « ça vous est déjà arrivé de faire un bide ? ». « Complètement ! », répond le metteur en scène, le sourire aux lèvres. C’est ensuite avec beaucoup d’humour et d’autodérision qu’il nous décrit son plus gros fiasco à l’opéra Garnier. En 2016, il met en scène son premier opéra : Eliogabalo de Cavali. Mais dans cette institution aux normes singulières, il enchaîne les erreurs méthodologiques et « ce qui doit arriver arrive, je fais une merde. Mais colossale ! », explique-t-il. « Je ne me suis pas fait huer, mais apparemment à l’opéra, ce n’est pas un bon signe », ajoute Thomas Jolly, ce qui provoque des éclats de rire dans l’amphithéâtre.

Quant à l’enjeu de cette cérémonie, il rappelle celui de ses mises en scène précédentes : il ne veut laisser personne en dehors de la fête. Pour Thomas Jolly, cette recherche de mixité s’illustre parfaitement à travers l’exemple d’Aya Nakamura et de la Garde républicaine. Il explique : « ils se regardaient comme des enfants à un anniversaire qui n’a pas encore commencé. C’était tellement mignon, mais tellement porteur aussi du respect mutuel ». Finalement, le directeur artistique rattache cet exemple à l’importance plus générale de la représentation. Dès que l’on représente chacune et chacun, cela crée du commun. Et dès que l’on voit quelque chose, cela devient réalité. Ainsi, à travers la représentation des singularités, nous sommes parvenus « à l’unité et même à la fierté ». En effet, « 86% des Français jugent la Cérémonie d’ouverture réussie » selon l’Enquête Harris interactive post-cérémonie d’ouverture Paris 2024. Pour Thomas Jolly, cette cérémonie et cette dynamique propres aux Jeux n’ont pas été une parenthèse, mais une « brèche ». Celle-ci a su montrer « un peuple uni, un peuple divers, un peuple qui se considère, un peuple qui se sent représenté, un peuple qui fait la fête, aussi ».

Or, si cette cérémonie d’ouverture a fait rêver, elle a également généré un flot d’insultes qui ont conduit Thomas Jolly à porter plainte pour cyberharcèlement. À la question « vous êtes-vous senti soutenu face aux critiques ? », le directeur artistique nuance alors ses propos. Certes, une agence de communication de crise a pris en charge ses réseaux-sociaux. Cependant, l’attitude de l’institution a laissé à désirer. « Une institution à qui on donne tout, à un moment, c’est à elle de le rendre. » Et à ce moment-là, « il n’y a plus grand monde », explique Thomas Jolly. Le metteur en scène est encore heurté par les excuses « scandaleuses » du CIO. « Parce que d’abord, il n’y a pas à s’excuser. Moi, je ne me suis pas excusé et je ne m’excuserai jamais. Et en faisant ce mot d’excuse, ils me jettent en pâture », précise-t-il.

Alors que le directeur artistique tente de répondre encore aux dernières questions – entre crise de l’institution culturelle, futurs projets et Beyoncé -, le temps vient finalement à manquer. Alexandre Kouchner faisait miroiter depuis quelques minutes la possibilité d’être « dirigé par Thomas Jolly » dans l’amphithéâtre Boutmy, mais ce dernier préfère décliner la demande par manque de temps. Pour autant, le metteur en scène clôture cette conférence par une simple proposition : « Vous savez quoi… Et si on se revoyait ? ». Dans le public, les applaudissements et l’agitation dévoilent l’enthousiasme des étudiants. De quoi rassurer les plus curieux qui n’ont pas pu poser leurs questions. Quant aux absents, voyez cela comme une seconde chance pour profiter, vous aussi, d’une conférence exaltante avec Thomas Jolly !

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Conférence avec Thomas Gassilloud : le Parlement et la défense des liaisons stratégiques https://www.lapeniche.net/conference-avec-thomas-gassilloud-le-parlement-et-la-defense-des-liaisons-strategiques/ Mon, 23 Oct 2023 15:40:06 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56018 Le 10 octobre 2023, l’association Sciences Po Défense et Stratégie a organisé une conférence intitulée « Le rôle du Parlement dans la politique de défense » et animée par Thomas Gassilloud, président de la commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale. 

Cette association étudiante est centrée sur les problématiques de sécurité et de défense au sens large. Elle organise des conférences avec des acteurs du monde sécuritaire et stratégique, qu’il s’agisse de parlementaires, de militaires ou de chercheurs, et publie également en ligne un suivi de l’actualité stratégique.

Le député de la 10ème circonscription du Rhône a partagé aux étudiants les grandes lignes de l’action d’évaluation et de contrôle menées par le Parlement dans le domaine de la défense. Cette question s’avère cruciale au vu de la conjoncture internationale. Thomas Gassilloud a d’abord évoqué le travail transpartisan, avec l’adoption d’amendements de différents groupes parlementaires, sur la loi de programmation militaire 2024-2030. Cette loi, promulguée le 1er août 2023, consacre 413 milliards d’euros de crédits alloués aux différentes composantes de la défense nationale et un objectif de 100 000 réservistes d’ici la fin de la décennie. Nous avons pu apprendre à cette occasion que les lois relatives à la défense furent parmi les premières à être adoptées par 49.3 sous la Cinquième République.

M. Gassilloud inscrit son travail en commission comme une « responsabilité de contrôle démocratique » sur des questions relevant majoritairement de l’exécutif, en particulier au Président de la République en tant que chef des armées et détenteur du feu nucléaire. La commission défense a recours aux moyens habituels d’évaluation et de contrôle (auditions, commissions d’enquête, rapports) en s’appuyant sur les différents acteurs impliqués dans la défense nationale (militaires, ministères, industries). Face aux enjeux de transparence, elle a récemment mené une audition publique sur l’exportation de matériel militaire, sujet controversé comme l’a montré l’interpellation d’Ariane Lavrilleux qui a enquêté sur un possible détournement par l’Egypte de l’aide apportée par les renseignements français. Des coopérations sont aussi instituées avec les parlements étrangers notamment au sein de l’assemblée parlementaire de l’OTAN.

Le député a insisté sur l’importance de développer les échanges entre militaires et civils afin d’aider à l’acquisition par chacun d’entre nous de ce qu’il nomme « la culture de défense » et qui passerait par une réflexion sur l’attractivité de l’armée en matière de recrutement. Interrogé sur la contrainte du secret défense, il a indiqué que ce dernier ne constituait pas un obstacle majeur pour les travaux de la commission. A noter que seuls les parlementaires membres de la délégation du renseignement disposent d’informations classifiées. Thomas Gassilloud n’a pas pu échapper à l’automne encore chaud pour l’armée française avec le retrait du Niger : la présence française en Afrique demeurera, selon lui, au vu des nombreux défis sécuritaires que le continent, en particulier le Sahel, aura à relever.

Cette conférence fut très enrichissante en levant le voile sur une thématique peu abordée sous l’angle parlementaire. Elle constitue une invitation à s’ouvrir aux enjeux de défense et de sécurité, ce qui est essentiel en tant que citoyen, car comme le disait Georges Clemenceau, « la guerre est une chose trop grave pour être confiée à des militaires ».

Crédits photo : Sciences Po Défense et Stratégie

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Table ronde « (Re)voir les classiques » https://www.lapeniche.net/table-ronde-revoir-les-classiques/ Mon, 27 Feb 2023 18:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=55536 Mercredi 1er février, à l’occasion de la Semaine du Cinéma de Sciences Po, 5 intervenants prestigieux se sont réunis pour réfléchir à la question : qu’est ce qui fait un film classique ? 

Ce sont Judith-Lou Lévy (productrice et fondatrice de la maison de production Les films du bal), Simon Riaux (critique de cinéma et participant du podcast Réalisé sans trucage sur Spotify), Pierre François (Directeur de recherche au CNRS et professeur de sociologie à Sciences Po), Héloïse van Appelghem (professeure de cinématographie à la Sorbonne) et Elisha Karmitz (directeur de MK2) qui ont réfléchi à cette question à l’occasion de la table ronde « (Re)voir les classiques » organisée dans le cadre de la Semaine du Cinéma. 

« Le classique existe dans l’œil de celui qui regarde »

Quand on affirme qu’un film est un classique, on pense qu’il s’agit d’un fait commun : ce film est un classique et tout le monde le sait. Pourtant je n’ai pas vu le film que mon ami qualifie de classique, et il n’a jamais entendu parler de ce film incontournable pour moi. 

Nous en avons convenu lors de la table ronde : la notion de « classique » est difficile à définir. « Le classique existe dans l’œil de celui qui regarde » pour Pierre François. Un film devient donc un classique grâce à celui qui le regarde et aux professionnels qui s’y réfèrent. Il n’existe pas de critères ou de caractéristiques objectives qui font d’un film un classique.

Simon Riaux, le dit aussi : la définition d’un film classique est mouvante car elle dépend de l’avis du public. Nous pouvons alors seulement nous accorder sur une définition vague : un film classique est un film qui marque l’histoire du cinéma.

Ainsi, chacun a une liste de « films classiques à voir absolument » relativement différente. D’ailleurs notre liste de classiques ne serait-elle pas plutôt une liste des films que nous avons aimé ou qui nous ont marqués ? Personne ne qualifierait de « classique » un film qu’il a détesté, et ce peu importe son importance dans l’histoire du cinéma. Qui peut alors objectivement déclarer quel film est un classique et quel film ne l’est pas ? La dessus, Simon Riaux nous met en garde : le cinéma, en plus d’être un art, est une industrie. La qualification de « classique » peut alors être utilisée comme argument marketing.

Un “classique” peut-il être oublié ? 

Ces dernières années, certains films pourtant considérés comme classiques par le plus grand nombre ont pu faire débat. Autant en emporte le vent de Victor Fleming (1939), adapté du roman de Margaret Mitchell, avait notamment été retiré de certaines plateformes de streaming en 2020 du fait d’une vision raciste qui y est dépeinte. Nous pouvons alors nous demander : puisqu’un film est classique selon l’avis du public, et que les coutumes et manières de penser de ce public changent avec le temps, est ce qu’un film classique peut un jour perdre son statut, être oublié ? 

Pour Simon Riaux, un classique pourrait bien finir par être oublié. C’est d’ailleurs déjà arrivé dans le monde de la littérature : un art premier au cinéma, et qui nous apporte donc plus de recul sur cette question. M. Riaux nous donne alors l’exemple de Chapelain. Ce célèbre écrivain du XVIIe siècle fut cité et pris pour référence par de nombreux intellectuels de l’époque, mais est pourtant peu cité comme référence aujourd’hui. C’est probablement le passage du temps qui a fini par jeter Chapelain aux oubliettes : ce qui pourrait finir par arriver à certains de nos films classiques. 

Mais alors quid des films, tels que Autant en emporte le vent, qui font débat pour des questions d’éthique ? Un film peut-il être disqualifié pour des raisons morales ? Malgré le débat, le film Victor Fleming est resté un classique pour un grand nombre de personnes. D’ailleurs, même s’il venait à être définitivement banni des plateformes de streaming, il faudrait attendre encore des décennies pour savoir s’il sera finalement oublié. La question reste donc sans réponse. 

Une nouvelle crise du cinéma

Enfin, durant la table ronde, le sujet de la crise que rencontre actuellement le cinéma a été abordé. Pour Elisha Karmitz, le cinéma fait face à une crise similaire à celle dépeinte dans certains films, notamment Singing in the rain (Stanley Donen, Gene Kelly, 1952), The Artist (Michel Hazanavicius, 2011), et plus récemment Babylon (Damien Chazelle, 2023). Le secteur du cinéma serait en train de se réinventer en utilisant les nouvelles technologies, tout comme il s’est réinventé dans les années 1930 avec l’arrivée des films parlants. Cette idée paraît plutôt optimiste : le cinéma ne serait donc pas en train de mourir mais en train d’évoluer vers quelque chose de nouveau. Malheureusement, comme dans les années 1930, certains ont beaucoup à perdre dans cette transformation. 

Enfin, Judith-Lou Lévy, nous explique que le grand enjeu du cinéma est finalement une lutte perpétuelle contre l’oubli. Enjeu magnifiquement exprimé dans un monologue du personnage Elinor St. John dans le film Babylon : “[…] dans 100 ans, quand toi et moi serons morts depuis longtemps, à chaque fois que quelqu’un lancera un de tes films, tu vivras à nouveau”. 

Les films « classiques » seraient alors les films qui seraient parvenu à gagner ce combat pour s’ancrer dans le débat public, les mémoires, et la culture. 

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Interview de Victoria Bruné, autrice de La Reine éphémère : récit d’une vie à la cour du Roi Soleil https://www.lapeniche.net/interview-de-victoria-brune-autrice-de-la-reine-ephemere-recit-dune-vie-a-la-cour-du-roi-soleil/ Fri, 25 Nov 2022 17:30:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=55454 La Reine éphémère, c’est Louise de Lavallière, favorite du roi Louis XIV. Dans une interview accordée à La Péniche, la jeune autrice Victoria Bruné nous montre comment la résilience de ce personnage peut inspirer.

Louise de Lavallière occupe depuis peu le poste de gouvernante à la Cour de Louis XIV. Ce rôle qu’elle remplit consciencieusement lui permet de subvenir aux besoins de sa famille. Son destin prend cependant un tour inattendu quand le Roi Soleil remarque cette  jeune fille à la beauté éblouissante. Charmé par son esprit lettré et son humilité – qui détonne parmi l’hypocrisie et l’ambition des courtisans – elle deviendra sa première favorite. La méfiance et le désintérêt qu’elle porte initialement à la vie de Cour s’efface quand elle est propulsée à une place enviée de toutes, et dans une vie fastueuse et mondaine. Éperdument amoureuse du roi, elle se défait de sa dévotion envers sa famille et de sa timide modestie, et savoure ce qu’elle croît pouvoir être un statut éternel. Cependant, l’inconstance du Roi et la duplicité des courtisans lui feront subir un déclassement aussi violent et rapide que le fut son ascension. Louise de Lavallière trouve alors secours dans la religion en menant de bonnes œuvres et une vie pieuse loin de la Cour.

À 22 ans, Victoria Bruné a déjà à son actif de nombreux poèmes sur son blog La voix d’une jeune,  un recueil du même nom, et une tribune pour le Monde – Unissons-nous contre la haine et retrouvons la cohésion du 11 janvier.  En juin 2022 paraît son second ouvrage La Reine éphémère, publié chez Librinova. 

 – À 14 ans, vous écriviez déjà ; en grandissant vous menez de front études et écriture, d’où vous vient ce désir insatiable ? 

V. Bruné : J’écris depuis l’âge de 6 ans. J’ai grandi dans un univers familial où on m’a beaucoup encouragée à lire et cela s’est répercuté sur ma manière de voir le monde et mes hobbies. De ce fait, j’ai pris la plume pour décrire à la fois mon entourage immédiat et le produit de mon imagination. Vers l’âge de 12 ans, ma manière d’écrire a pris un virage plus engagé. De ce fait, en 2014, j’ai ouvert un premier blog : Les Résistantes pour dénoncer les injustices qui étranglent ce monde. À travers ma plume, j’ai décidé d’élever la voix. Par ailleurs, j’aime beaucoup cette citation de Jean-Paul Sartre : “Agir, c’est modifier la figure du monde”. Je souhaiterais m’approprier cette pensée et de ce fait je m’en inspire pour dénoncer les injustices.

– Cette volonté se ressent bien dans votre premier ouvrage La voix d’une jeune paru en 2018. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

V. Bruné : C’est une compilation d’articles, de nouvelles et de poèmes, sur des thématiques aussi diverses et variées que : le racisme, le harcèlement scolaire, les droits de l’enfant mais surtout les droits des femmes. Il y a notamment l’accent qui est mis sur les migrants et la guerre au Yémen, une guerre silencieuse, et fort peu médiatisée, à l’inverse de la guerre en Syrie.

– Votre nouvel ouvrage La Reine éphémère apparaît par comparaison moins engagé, en tant que nouvelle historique traitant d’une histoire plus intime. Dans quelle mesure pensez-vous qu’il peut néanmoins entrer en résonance avec l’actualité ? Est-ce tout de même une œuvre engagée ou avez-vous pris une direction  nouvelle dans cet ouvrage ?

V. Bruné : Dans un premier temps, dès les premières lignes de ce récit, il est possible d’avoir une lecture féministe de cette ouvrage. À travers celui-ci, je tenais à donner une leçon de vie facilement actualisable, sur la quête de soi et les faux-semblants. De ce fait, au travers de ce livre, certes historique, je tenais à dépeindre des aspects bien actuels de notre société, que ce soit le fait que les relations sociales peuvent parfois se tisser sur une base purement intéressée, et sur le fait qu’il est possible de consacrer sa vie à de bonnes œuvres.

– Vous parlez d’une lecture féministe de cette nouvelle. Personnellement, j’ai été à première vue étonnée du choix de Louise de Lavallière comme héroïne. Bien qu’elle ait fait preuve d’une résilience silencieuse, ce n’est en effet pas la favorite de Louis XIV qui m’avait le plus marquée en tant que femme forte et mémorable.

V. Bruné : Tout à fait, je peux comprendre ce point de vue. Mais il n’en demeure pas moins que tout au long de sa vie aux côtés de Louis XIV, Louise de Lavallière était placée sous la dépendance de son “amant”. Elle existait seulement parce qu’elle était la maîtresse de Louis XIV. De ce fait, mener par la suite une vie pieuse lui a permis de se libérer de ce joug et donc de s’émanciper. Même si ce n’était pas le cas de Louise de Lavallière qui ne faisait pas partie de cette communauté, on peut très facilement penser aux béguines, qui se sont émancipées du patriarcat via le spirituel.

– Il est assez ambivalent qu’à la fois ce qui ait sauvé Louise de Lavallière à la fin de sa vie fut de s’ouvrir en se consacrant aux autres, mais aussi de cultiver son intériorité en faisant d’elle-même la seule personne qui lui était nécessaire. Qu’en pensez-vous ?

V. Bruné : Je viens de penser à cet aphorisme grec souvent cité “Connais-toi toi-même”. Il est important de se chercher soi d’abord, car l’écueil que connaissent de nombreuses personnes, c’est de s’épanouir au travers d’une relation amoureuse ou même amicale, et donc de s’investir à 100%, avant de se concentrer sur soi, pensant qu’entretenir une relation permet de se découvrir. Il y a un conseil que j’aimerais partager pour pouvoir s’accomplir soi, bien qu’il puisse soulever des controverses : j’aimerais prôner la découverte de la foi. Parce qu’en découvrant la foi et en se connectant de ce fait avec une transcendance, cela ouvre la voie à un épanouissement personnel et donc à la construction de son propre bonheur, car il est malheureusement tentant de construire son bonheur sur les circonstances seules. Il est important pour construire son bonheur de faire un retour constant sur soi mais aussi d’essayer de rester résilient en dépit des circonstances en portant en son sein un certain optimisme.

– Comment caractérisez-vous ce roman, qui s’inscrit dans un contexte historique mais est néanmoins une fiction, notamment du fait qu’il soit écrit à la première personne ce qui implique une certaine subjectivité ? Écrire un roman historique est toujours un terrain glissant, entre la place laissée aux faits et celle laissée à l’imagination. Comment avez-vous balancé les deux ?

V. Bruné : Lors de la rédaction de cet ouvrage, je me suis penchée sur l’ouvrage universitaire de l’italienne Benedicta Craveri intitulé Reines et favorites qui offre un panorama et un portrait des reines et favorites officielles des rois de france, et qui a été une source on ne peut plus précieuse. Je me suis aussi basée sur d’autres sources en ligne à l’instar des éléments donnés par le château de Versailles, entre autres choses. Cependant, pour équilibrer la dimension historique et pour éviter toute vraisemblance qui puisse nuire au récit, j’ai décidé d’écrire un roman atemporel, donc, où il n’y a pas de repères qui pourraient donner une idée précise de la période ou même de l’année où le récit se déroule. C’est plus un roman initiatique et un roman visant à partager mes réflexions philosophiques et spirituelles dans l’espoir de susciter des réflexions sur notre existence et sur l’importance de baser notre quotidien sur une forme d’altruisme.

– Avez-vous comme projet de réaliser un nouvel ouvrage ?

V. Bruné : En ce moment je suis en train de travailler sur un nouveau roman sur l’Erythrée, un pays d’Afrique de l’Est. Ce pays indépendant depuis 1993 est sous le joug d’une dictature dont la sévérité lui vaut le surnom de Corée du Nord africaine. L’Erythrée est connu pour être un pourvoyeur de migrants, étant donné que chaque citoyen est astreint à effectuer un service militaire qui en théorie est censé durer autour de 18 mois, mais malheureusement peut durer indéfiniment. Certaines personnes se retrouvent conscrites encore à l’âge de 50 ans. Des témoignages font état de torture et de conditions de vie épouvantables tout le long de ce service militaire qui est donc un quasi esclavage. Pour éviter cette destinée toute tracée par le régime pour chacun des citoyens, des personnes préfèrent risquer leur vie à la recherche d’une vie meilleure et loin des serres de la dictature et de la rapacité du régime autoritaire. De plus, le service militaire concerne à la fois les hommes et les femmes, et des témoignages ont fait état de viol sur les jeunes filles, à tel point que des familles préfèrent marier leurs filles de manière précoce pour éviter qu’elles aient à subir de tels actes.

A l’occasion de la Journée des autrices et des auteurs, Victoria Bruné sera présente pour dédicacer son roman La Reine éphémère ce samedi 26 novembre au 27 rue Saint-Guillaume. (Lien d’inscription : https://www.sciencespo.fr/agenda/picasso/fr?event=3996)


Crédit image : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Louise_de_la_Valliere.jpg

Détail du portrait de la duchesse de La Vallière et de ses enfants Mademoiselle de Blois et le Comte de Vermandois par M. Schmitz en 1865 d’après une peinture de Pierre Mignard datant du XVIIe siècle.

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