concours d éloquence – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Wed, 26 Aug 2026 18:53:46 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png concours d éloquence – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 « Voix en exil » au musée d’Orsay : un concours d’éloquence, poignant et sincère, en quête de solidarité https://www.lapeniche.net/voix-en-exil-au-musee-dorsay-un-concours-deloquence-poignant-et-sincere-en-quete-de-solidarite/ Fri, 13 Jun 2025 08:12:43 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56930 Nationalismes ; barriérisation ; silence étatique face aux drames qui gangrènent le Congo, la bande de Gaza, le Cachemire, l’Ukraine… Le monde du XXIe siècle est un monde qui se replie sur lui-même, qui ferme les yeux sur la misère qui l’entoure. Les mots de Philippe Grandi, Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, sonne alors comme un cri d’alarme : « L’heure est à la solidarité, pas au repli sur soi ». C’est à la lumière de cette citation que s’est tenue la troisième édition du concours d’éloquence « Voix en exil », le vendredi 23 mai 2025 à Paris. 


En partenariat avec l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR), et avec l’appui de l’association Eloquentia, huit étudiants réfugiés en France ont eu l’opportunité de déclamer leur discours entre les murs du musée d’Orsay. Dans une langue encore nouvelle et intimidante pour certain.es, ils et elles ont su saisir et bouleverser l’auditorium rempli pour l’occasion. Car derrière leurs mots se cachait une mission : faire résonner la voix de tous ceux qu’on tait, qu’on ignore, qu’on oublie. 

Du Burundi à l’Ukraine, en passant par l’Afghanistan, le Soudan, le Bangladesh, ou encore la Colombie, tous ces étudiants ont lancé leur appel à la solidarité devant un jury présidé par l’acteur, metteur en scène et réalisateur Alexis Michalik. A tous les lésés de l’histoire, et à tous ceux qui souhaitent l’améliorer, ces paroles leur étaient adressées.  Ce fut donc avec espoir que Gabriel Karerangabo nous a invité à faire de notre époque celle de la « marche solidaire », avec conviction que Sebastian Hernandez Ramirez nous a rappelé que les liens se nouent au-delà des écrans, et avec émotion que Shema Mohammad Abdallah a affirmé : « la solidarité a sauvé ma vie ». 

Les règles du concours étaient claires : énoncer un discours de cinq minutes sur le thème de la solidarité, en mentionnant une référence artistique présente au musée d’Orsay. Mais derrière ces consignes académiques, impossible de faire fi des trajectoires personnelles. Dures et sincères, elles ont alimenté les discours et ont autant ébranlé l’auditoire que les candidats. Un silence pesant, un raclement de gorge, des yeux brillants… l’émotion n’a pourtant pas déstabilisé les étudiants, mais a su porter leur prestation. L’une d’elle a unanimement séduit le jury : celle de l’Ukrainienne Myroslava Shenher, qui n’a « pas choisi de vivre en temps de guerre », mais a « décidé de ne pas (se) taire ». L’étudiante à Paris Dauphine a obtenu le premier prix. 

Parmi les huit participants, deux d’entre eux étudient actuellement à Sciences Po : Gabriel Karerangabo, originaire du Burundi, et Sebastian Hernandez Ramirez, né en Colombie. Ce dernier s’est hissé à la deuxième place du classement. Pour les deux étudiants en master, ce concours de rhétorique fut un réel défi, et une source de fierté considérable. Informés par la direction de Sciences Po, et sur le site internet de UNHCR, ils ont d’abord dû envoyer une vidéo de deux minutes dans laquelle ils s’adressaient à l’enfant de douze ans qu’ils étaient. Après cette première sélection, ils ont ensuite été accompagnés par l’association Eloquentia et un bénévole de Sciences Polémiques pour préparer leur discours de finalistes. 

Face au public, tous deux se sentaient fiers et confiants. Mais l’émotion était souvent palpable. Sebastian admet : « J’étais très stressé, surtout quand je parle de ma vie personnelle. (…) Ma voix s’est coupée, j’ai fait semblant de regarder mes feuilles mais j’essayais juste de maîtriser mes sentiments ». C’était la première fois que l’étudiant participait à un concours d’éloquence ; d’autant plus en français, une langue qu’il côtoie depuis près de trois ans seulement. 

Après avoir vécu le harcèlement et l’intimidation en Colombie, puis les difficultés de l’exil vers la France, Sebastian suit aujourd’hui un double diplôme entre l’école des affaires internationales de Sciences Po (PSIA) et King’s College. Fier de son parcours, il affirme : « Je continuerai toujours à faire appel à la solidarité, à soutenir des causes qui me tiennent à cœur. Notamment la lutte contre l’homophobie, les LGBTphobies, pour que les enfants soient protégés et que personne ne souffre de faim. Une petite action, ça aide, ça change une vie ». Gabriel, de son côté, suit le master Human Rights and Humanitarian Aid de Sciences Po, et s’implique activement dans l’organisation Save the Refugee Youth dont il est le co-créateur. Celle-ci est destinée à accompagner les jeunes réfugiés au Rwanda et dans le monde vers un avenir meilleur, en leur assurant un accès à l’éducation, un système de mentorat, ou encore le respect de leurs droits fondamentaux. . related source

Leurs engagements respectifs démontrent une chose : au-delà de ce concours d’éloquence, ces huit étudiants souhaitent transformer leurs paroles en actes. Afin de ne pas seulement appeler à la solidarité, mais de l’incarner avec conviction. Pour que leurs mots ne brisent plus seulement le silence de cet auditorium, mais fissurent l’indifférence du monde à venir. 

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Le Prix Philippe Seguin : la crème de l’éloquence https://www.lapeniche.net/le-prix-philippe-seguin-la-creme-de-leloquence/ https://www.lapeniche.net/le-prix-philippe-seguin-la-creme-de-leloquence/#comments Mon, 02 Apr 2012 02:44:00 +0000 http://lapeniche.net/?p=1340 «Quand tu prends la parole, aie pitié de ceux qui t’écoutent !». L’amphi Boutmy est en ébullition ; Henri Lopès vient de résumer en un proverbe l’âme du Prix Philippe Seguin.

ppsfnl-hi-def.jpgCar rappelons-le, de la pitié, certains à SciencesPo en manquent cruellement ! Du triplettiste qui parvient – non sans un certain brio – à nous chloroformer dès la première slide de son powerpoint aux vitupérants syndicalistes auxquels seuls les premiers rangs accordent encore quelques coups d’oeil, du maître de conférence soporifique débitant son cours copyright universalis au fameux «merci, suivaaaaaaaaaaant !» d’une cafèt bondée, le monde germanoprantin semble manquer de grands orateurs capables de soulever et de transcender une jeunesse narcoleptique artificiellement gonflée par la pinte du Basile.

Pourtant, depuis 2010, le BDE et l’association Sciences Polémiques organisent conjointement le Prix Philippe Seguin pour les Arts Oratoires, concours d’éloquence qui constitue un moment incontournable dans la vie de l’institut parisien. Par leur humour, leur prestance, leurs références élégantes et leur répartie parfois impressionante d’aisance, les candidats ont ravi un public avide de jeux de mots, de piques saillantes et d’élancées lyriques et emphatiques. Le jury, loin d’être désarçonné par les private-jokes-pipistes et autres blagues salaces s’amusa à repousser les orateurs dans leurs derniers retranchements, au risque de faire peser sur l’assemblée un léger malaise ponctué par les bégaiements de la victime agonisante, suant à grosses gouttes et suppliant qu’on l’achevât. Peu importe, l’heure est à la fête, on rit de bon coeur, et on applaudit chaleureusement.

Mais l’essorage n’en est pas moins important : 148 le premier jour, les candidats ne sont plus que 16 pour la demi-finale, puis 6 à descendre les marches austères jusqu’au mythique amphithéâtre, rempli à craquer pour l’occasion : Raphaël Charpentier, Côme Dechery, Quentin Dreyfus, Grégoire Durand, Hélène Lemoine-Bugner et Ronan Maurel. Alors que résonnent encore les chants grégoriens de la campagne BDE, que se prépare dans une ambiance liturgique le pèlerinage de quelques jaunes et noirs dans une lointaine contrée, l’agitation gagne lentement les travées et les balcons de l’amphi Boutmy lorsque les éminents membres du jury prennent place au premier rang : Henri Lopès, Pierre Mazeaud (ancien président du conseil constitutionnel), Thierry Lévy, Bernard Pivot, Eugène Saccomano, Bernard Vatier, Pierre Séguin (fils de Philippe Seguin), Fabienne Servan Schreiber, Alexandre Adler, Jean Claude Le Grand, Pascal Pincemin et bien sûr Richard Descoings.

La grande finale, sur le thème des présidentielles commence. Pendant presque deux heures, les candidats haranguent la foule, la soulèvent et la transportent, en variant le ton et les figures de style, en scandant leurs grandes idées, débitant leurs paroles entre flots inintelligibles et nonchalance sonore. D’abord solennels, ils s’indignent, les bras grands ouverts avant de redonner à leur voix un timbre plus tranquille ; les applaudissements pleuvent ; mais malheur à celui qui s’égarerait dans les tréfonds obscurs de sa littérature, car le silence oppressant le tétaniserait sur le champ, et il ne récolterait en guise de bravos qu’un millier de moues dubitatives et dédaigneuses. concours d'éloquence La tension est à son comble ; après d’interminables discours plus ou moins élogieux, les membres du jury rendent leur verdict : troisièmes ex-aequo Hélène Lemoine-Bugner et Ronan Maurel, deuxième Grégoire Durand et premier Raphaël Charpentier. Cette récompense, comme nous le confiera ce dernier, est l’aboutissement d’un long parcours jonché d’obstacles, d’une participation au concours très incertaine au syndrome de la page blanche la veille de la finale, mais récompense méritée toutefois pour ce passionné des planches, qui rejoignit Sciences Polémiques à peine arrivé entre les murs de la rue saint Guillaume et qui s’adonna aux veillées oratoires (un brin sadomasochistes – mais mes lointaines humiliations n’ont rien à faire dans pareil papier) de Bertrand Périer et Antoine Vey qu’il tient à remercier sincèrement pour leur aide précieuse, leur franchise et leurs conseils avisés. Raphaël rappelle qu’il n’avait pas passé le premier tour l’année dernière – il ne faut pas désespérer ! – car c’est à force d’entrainements et de persévérance que l’on décroche le saint Graal, outre les cinq jours à Rome et le beau trophée réalisé par Bernar Venet, l’héritage de cinquante générations de grands orateurs qui ont fait la renommée de l’école.

« Quand tu prends la parole, aies pitié de ceux qui t’écoutent ». Lapéniche.net aujourd’hui prend pitié de vous, et vous rend, pour les plus studieux à l’introduction de vos mémoires et pour les un-peu-moins studieux aux commentaires oenoliques du CRIT et de la campagne BDE pour lesquels, en revanche, nous ne manquons pas d’orateurs.

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