chronique – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Mon, 03 May 2021 06:38:14 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png chronique – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Chroniques d’une extraterrestre – Épisode 5 : Une histoire d’océan https://www.lapeniche.net/chroniques-dune-extraterrestre-episode-5-une-histoire-docean/ Mon, 03 May 2021 06:38:12 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=53306 De : jenesuispersonne@gmail.com
À : louleloup@yahoo.fr

Lou,

J’ai dû vous sembler bien agressive, pardonnez-moi. Plusieurs nuits trempées ont lavé pour quelques temps l’aigreur qui me rongeait.

Attention, je ne promets pas d’être aimable bien longtemps ; je suis perdue et fatiguée au milieu d’un océan de chagrin. Lorsque j’ai reçu votre premier message, j’avais décidé d’arrêter de nager. Je me laissais couler loin de mon humanité, souhaitant disparaître.

Comme lui. Vous me rappeliez qu’il n’en était rien, que j’étais bien vivante. Je vous en ai voulu pour cela. Vous avez écorché mon abandon et je me débats à nouveau.

Avant que je ne sois trop épuisée pour prétendre que je peux vous parler, que je ne suis pas au fond de l’eau glacée et ténébreuse, je veux vous remercier d’avoir conservé le portefeuille. Son souvenir me brûle encore trop pour que je puisse le rêver sans m’en détourner rapidement, mais je suis heureuse qu’il ait trouvé une nouvelle propriétaire. J’ai dû le rendre bien malheureux en le laissant seul sur le parvis… Mais je ne pouvais pas faire autrement. Le portefeuille me rappelait mon bonheur, donc mon malheur, et m’obligeait à comprendre que je faisais face à l’insurmontable. Lorsque vous réalisez que la peine est trop immense pour votre petit corps au milieu des vagues, la seule manière de s’en sortir est de prétendre que tout cela n’existe pas.

Il faut enfouir son visage dans le noir.

Mes yeux se fixent à travers l’écran et se confrontent à celle que je ne suis plus, celle qui est morte avec lui. Il faut que je m’arrête ici pour pouvoir encore réussir à ignorer les eaux glacées. Alors j’arrête de parler du portefeuille, et je ne suis plus personne à nouveau. Je suis tout le monde, qui a perdu quelqu’un.

Pouvez-vous continuer à écouter le portefeuille et à me faire part de ce qu’il vous raconte ? Vous verrez qu’il est loin d’être vide.

Merci d’ouvrir une brèche dans ma solitude.

P.S. : Vous voulez bien être mon chat ?

De : louleloup@yahoo.fr
À : jenesuispersonne@gmail.com

Bonsoir cher inconnu, ou chère inconnue,

Votre peine semble si grande.

Vous devez vous sentir minuscule à côté d’elle.

Moi, alors que je ne la vis pas et que je ne sais pas bien ce qui l’a causée, elle m’écrase. C’est une peine trop puissante, ni vous ni moi ne pouvons lui résister. Peut-être ne faut-il pas résister, peut-être faut-il juste attendre qu’elle se lasse.

Je ne sais pas. Je n’ai aucune idée de ce que vous pouvez faire.

Mais je sais que je ne suis pas de celles et ceux qui vous diront : « Secouez-vous, surmontez ce malheur ! ».

Je ne suis pas de ceux-là parce que je n’ai jamais connu une peine comme celle que vous me décrivez. J’ai le sentiment de voguer à travers la vie sans rencontrer de vagues, seulement une petite houle de temps à autre. Mais la houle est presque une distraction. Jamais une vague ne s’est abattue de toute sa force sur moi, jamais une vague ne s’est déchaînée sur mon corps jusqu’à me laisser pour morte en se retirant.

Je ne sais pas si vous vous reconnaissez dans cette image, dites-moi.

Alors, je lis, j’écoute votre peine, je l’observe de loin, et je vous prête mon épaule pour en porter un bout avec vous si vous le souhaitez (n’est-ce pas ce que font les chats, partager notre peine ?), mais je ne vous donnerai pas de conseils.

Vous savez, j’ai peur de ma grande peine à moi. Celle qui n’est pas encore arrivée. Celle qui me guette au coin de chaque jour.

 Cette fois-ci je n’ai pas essayé de vous remonter le moral, mais j’espère l’avoir empêché de descendre à la cave.

Je ne sais pas comment vous saluer,

Lou

PS : le portefeuille jaune est bien au chaud dans mon sac bleu, ils jouent au soleil et au ciel et s’amusent comme des petits fous.

De : jenesuispersonne@gmail.com
À : louleloup@yahoo.fr

Bonjour Lou,

Tout d’abord, merci de continuer à me répondre, malgré tout cela. Vous devez vous sentir bien démunie face à l’océan ; je le suis déjà moi-même, alors que cette étendue est la mienne et me noie dans mes souvenirs douloureux. J’imagine à quel point les vagues doivent sembler insurmontables lorsque ce qu’elles secouent vous est complètement opaque. Vous semblez être une belle personne puisque vous avez peur, pour moi.

Ensuite, vous me dites que vous avez aussi peur pour vous. Comme à l’approche du tsunami, vous voilà à écouter le silence avec anxiété, à attendre, suspendue au bon vouloir des éléments. (Vous voyez, j’ai beaucoup aimé votre image de la vague).  Encore une fois, je vous comprends. Mais je me dois aussi de vous avertir.

Cette crainte de la tranquillité que vous semblez ressentir, confiez-la au portefeuille jaune. Lui, qui représente toute la douceur et le bonheur qui précède l’arrivée de la vague, vous dira de ne pas l’anticiper.

Ouvrez-le, et vous sentirez la joie qui a précédé. Une fois de plus, je veux m’extirper de l’océan pour vous raconter quelques histoires.

Il y avait cette soirée, où les nuages recouvraient de miel le ciel de Paris, et où nous nous sommes rencontrés. L’air sentait bon lui aussi, les fleurs semblaient soupirer leur parfum après une chaude journée d’été.

Je me souviens aussi de ce moment d’avril, lorsque nous avons croisé un marchand de jonquilles sur le marché aux fleurs. C’est alors qu’il a su que le jaune était ma couleur préférée.

Et puis, il y a eu aussi ce jour juste avant l’arrivée de l’orage, lorsque je l’ai vu poser au fond d’un placard un petit paquet que je savais être pour moi. Son sourire, lorsqu’il s’est aperçu que je l’avais observé, habille encore l’écume de mon chagrin. Pourtant il me semble qu’aujourd’hui, pour la première fois, je peux à nouveau entendre le rire qu’il avait dans les yeux, autrefois. 

Lou, n’ayez pas peur du silence avant la tempête. Il est toujours rempli de la musique du vent sur le sable, du chant des mouettes dans le ciel. Il faut juste quitter du regard les vagues menaçantes pour aimer ce qui entoure, avant que l’eau ne pénètre tout.

J’espère avoir pu vous aider, car je crois que cela m’aide.

A bientôt,

Nadine.

P.S. : j’ai décidé de renouer avec celle que j’étais avant pour mieux la dépasser. J’ai repris mon prénom. 

Par Emma Roubertie et Lucie Cheylan

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La Fashion Week vue par Helmut le modieux https://www.lapeniche.net/la-fashion-week-vue-par-helmut-le-modieux/ Mon, 03 Oct 2016 09:00:11 +0000 http://lapeniche.net/?p=35496 Descendu des montagnes du Bade-Wurtemberg pour mieux « monter à la capitale », Helmut auto-nommé Wintour se revendique modestement comme étant le gardien universel du bon goût. Snob et intransigeant, il commentera sans détour les micro-tendances et maxi-impairs de la mode.

Chronique #1 Le cropped top

Phénomène relevant à la fois du risque sanitaire et de la vulgarité, donnant le rhume et piquant les yeux, Helmut Wintour s’intéresse aujourd’hui au port du cropped top à l’année.

Bien qu’il adore les accroches tapageuses, Helmut n’en reste pas moins ouvert d’esprit, et nuancé, et subtil, et brillant, et compte bien réfléchir au concept.

Un dessin d'Amandine Le Bellec
Un dessin d’Amandine Le Bellec

Helmut est plutôt sceptique quant à l’envahissement de notre penderie par les vêtements de sport. Le cropped top est apparu dans les années 80, décennie musicalement décisive mais désastreuse en terme d’image. A l’époque, l’aérobic devient un véritable phénomène de société. Souvenez-vous, Véronique et Davina sous la douche après leur cours de sport, nues et du shampoing plein les yeux, au son de toutouyoutou. Helmut, de son côté, emmenait son premier rencard voir Flashdance… Bref, le sportswear triomphe.

Le cropped top devient réellement tendance avec Madonna, à l’instar de tous ces petits riens d’une grande élégance tels la résille, le legging ou le bijou-crucifix. Depuis lors, il est remis à la mode chaque décennie par des chanteuses pop au goût discutable – Britney, oups you did it again  – et par des clips un tant soit peu sexistes – Call on me d’Eric Prydz, pour n’en citer qu’un.

Helmut apprécie le bon sens québécois, qui veut qu’un cropped top soit appelé un chandail bedaine, ôtant tout le glamour de l’appellation anglaise et révélant le paradoxe d’un vêtement inadapté aux températures continentales 345 jours sur 365.  Mais pourquoi vouloir montrer sa bedaine ?

Un dessin d'Amandine Le Bellec
Un dessin d’Amandine Le Bellec

Le néo-sexy a rangé au placard le décolleté tapageur et la mini-jupe, laissant place au dos nu et à la transparence. Pourquoi ne pas dévoiler alors de sa féminité à hauteur abdominale, notamment lorsqu’il s’agit de contrebalancer un pantalon pas toujours flatteur – ok je porte un Jean Mom, ok il  me fait une culotte de cheval alors que je fais du 34, and so what ?

Le cropped top serait une touche de sexy mais pas trop, de féminin mais pas trop, histoire de maintenir sa street cred de pseudo garçon manqué tout en exhibant un ventre archi-plat à la Kendall Jenner.  En effet, le cropped top oscille entre l’insoumission de Sharni Vinson dans Sexy Dance 3 et l’innocence d’une Lolita. De quoi éveiller beaucoup de fantasmes, Helmut le concède.

Supposons que le ventre soit la quintessence d’une féminité sacrée, puisqu’il est susceptible de porter la vie ; exhiber son nombril constituerait-il un acte d’émancipation ? Révélé à tous les regards et symboliquement à tous les dangers, il serait alors un pied-de-nez à la ménagère morale et proprette – et accessoirement à ses vergetures de grossesse. Helmut se demande toutefois si dévoiler son ventre ne servirait pas uniquement à augmenter son quotient faussement rebelle, en frôlant les règles de bienséance et de pudeur, tout en évitant les affres ordinaires de la bimbo.

Si le cropped top fait son petit effet, il apparaît d’une part comme une facilité de style, d’autre part comme carrément mainstream, puisque porté par 80% des papesses de la télé-réalité et autres adolescentes lookées d’Instagram. Magnanime, Helmut propose une alternative ; le cropped top sera préféré associé à un bas taille haute afin de souligner la taille et de laisser apparaître un peu de chair. Repêchage in extremis, Helmut a bon cœur.

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La chronique sonore du Mag’ : MGMT, duo planant https://www.lapeniche.net/la-chronique-sonore-du-mag-mgmt-duo-planant/ Thu, 10 Oct 2013 10:00:20 +0000 http://lapeniche.net/?p=11644 Comment faire évoluer sa musique après un succès planétaire ? MGMT fait partie des groupes qui ont dû se poser cette question après le triomphe d’Oracular Spectacular en 2007. Et depuis cette date, le duo américain n’a cessé de complexifier et de diversifier ses compositions avec Congratulations en 2010 et maintenant MGMT, album innovant qui ne laisse pas insensible.

 

Source : Les Inrocks
Source : Les Inrocks

À la première écoute, on est surpris par l’innovation mais surtout par l’aspect totalement planant de chaque minute musicale, qui pousse l’auditeur à redécouvrir plusieurs fois chaque chanson pour pouvoir pleinement profiter de l’univers  que nous offre les deux acolytes. Ce n’est pas le succès que le groupe recherche mais bien l’originalité musicale, qu’ils semblent avoir atteint après des après-midi d’efforts imaginatifs intenses à consommer des substances plus ou moins licites. Conscients de leur talent, ils se sont lancés dans l’association de la pop au psychédélisme, du rock à l’électro, à travers des morceaux confus et pourtant tellement maîtrisés. Your Life Is A Lie ou Cool Song No. 2  caractérisent bien le côté électro-planant de ce nouvel album qui se laisse difficilement approcher. Les chansons se suivent, ne se ressemblent pas ni ne se répètent, et la construction des morceaux n’est ni traditionnelle ni claire.

Pourtant, il en émane une originalité rare et un travail de recherche évident. Le groupe avoue d’ailleurs que MGMT est l’album dont ils sont le plus fier. Les clips valent eux aussi le détour, montrant tout le potentiel imaginatif de deux potes qui ont décidé de faire compliqué alors que tout le monde leur recommandait de faire simple. Et ils nous montrent qu’ils avaient – encore une fois – raison et qu’à défaut de plaire à tout le monde, leurs nouvelles compositions impressionnent.

A travers ce voyage introspectif dans des mélodies qu’ils semblent avoir toujours voulues faire, MGMT adresse un message aux industries musicales qui ont trop souvent tendance à choisir les nouveaux artistes en fonction de leur potentiel commercial et non de leur talent musical. Adoré pour son aspect original ou détesté pour son apparente confusion, cet album peut en tout cas être reconnu comme le plus abouti et le plus créatif du duo. Vivement le prochain.

 

Pour vous donner une idée de la musique et du clip :

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Sun sets in Paris : Parisian subway https://www.lapeniche.net/sun-sets-in-paris-parisian-subway/ https://www.lapeniche.net/sun-sets-in-paris-parisian-subway/#comments Thu, 13 Sep 2012 15:53:00 +0000 http://lapeniche.net/?p=1369 Allie Lang Qin is a chinese exchange student who studied at Fudan University in Shanghai until 2011 which enabled her to spend a year in the US. She starded a Master in sociology at the University of Tsinghua in Beijing and decided to enjoy our french and parisian way of life. She tells what strikes her the most. In chinese, Qin means « sun ». That’s why we entitle this column, Sun sets in Paris – and we appreciate the play on words !

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As a newcomer in Paris from China, I have been strongly touched during the first 3 weeks by the musician beggars (I call them) in all metros of Paris. In my opinion, it’s them who have made Parisian metros the most attractive in the world. Compared with beggars in Beijing subway, they bring enjoyable music to tourists along the journey rather than noise.

In Beijing, the subways might be the most crowed place. At rush hour, there is no room for beggars to come. Beggars could only start to work after the rush hour in the morning. So they are luckier than Chinese businesswomen or businessmen. But when they start to work, the Beijing subway changes to an unpleasant place for tourists to stay because What they do is only begging without any pleasant acts. Most of them are old or disabled people or kids. Sometimes, those disabled people are fake. To do this is just to gain compassion from people around. About 10 years ago, Chinese people might still hope to help these beggars, but more and more fake disabled beggars have harmed social trust. So far, almost no beggars could make a good living in China. As a sociological student, I am always thinking about the problem bothering beggars in China. Despite institutional aspects (too boring to be discussed here), one reason is mentioned that social trust has been harmed by fake disabled beggars. Second reason could be known by comparing beggars in Beijing subways and in Paris metros.

The first time I saw a beggar in Parisian Line 6, I did not think the man was a beggar! He was playing saxophone with a partner. The music from his saxophone is so fascinating. All tourists looked like audiences in a grand theater, enjoying the music quietly and smiling at the musician. The musician played 3 songs. Before La Motte Picquet Grenelle, his partner began to beg for money. Till then, I realized they were beggars. But I would like to call them musician beggars. With no doubt, I gave them 1 euro. I have not given money to beggars in China during recent a few years. How could the musician beggar play such beautiful music? I gave money not because they were begging, not because of my compassion, but because they did bring enjoyment and great moment to my journey in the metro so they deserved the money! They did not fake anything, but took advantage of their talent and brought joy to people around.

That day was a surprising day. I met musician beggars in every metro line during my journey! Besides the saxophone beggar, I met a musician beggar playing accordion. I thought that “wow I already met 2 musician beggars so it seems I have special link with music today. I will give 2 euros if I meet the third one to demonstrate this link”. Then I met an other musician beggar! He was using some exotic musical instruments such as a very small guitar, a special bell and a kind of harmonica. Five minutes later, he even began to sing! I could read his journey in deserts and his longtime lonely from his voice. What a surprise! I did not know how it worked, but his voice did open a gate to link me with his history! I already reached the destination but he did not finish his song, so I had to disrupt him and “begged” him to take the 2 euros.

Those musician beggars in Parisian metros has been bringing amazing moment and experience to my journey around this city. But it does happen in Paris. The biggest difference between Parisian musician beggars and their counterparts in Beijing is that they could bring joy to you and actually you do not pay for their begging activity, but pay for their music, the enjoyments and your own great moment. You are not a donor any more, but an audience. You are not who is subjected to condemnation if not giving money, but who could get smile back from the “musicians” and from your own peace. This is my feeling about the musician beggars. The feeling about beggars in Beijing subways is totally opposite. I hope one day in my motherland, there also could be musician in the subways, not begging for compassion, but earning money by moving people. If so, it will be a historical victory for my country and my people.

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