
Les 162ème, 163ème, 164ème et 165ème classicos promettent un spectacle inédit. Le premier de ce quatuor s’est joué hier et s’est soldé par un match nul 1-1, assez décevant pour être honnête. Les Blaugranas sont en tête de la Liga espagnole avec 85 points, et la Casa Blanca est deuxième avec 77 points. Le deuxième, mercredi 20 avril, est la finale de la Coupe du Roi. Et les deux derniers sont des matchs de coupe d’Europe. Hasard du calendrier de la Ligue des Champions, Barcelone et Madrid vont s’affronter deux fois lors des demi-finales. Est-il besoin d’ajouter que ces quatre rencontres sont toutes sportivement décisives ?
Les chiffres d’audiences confirment le contexte qui entoure ce match. En novembre dernier, 400 millions d’humains vibraient – ou pleuraient – devant l’écrasante victoire 5-0 de Barcelone. A titre de comparaison, la finale de la Coupe du Monde l’été dernier avait rassemblé 700 millions de personnes et le dernier match entre Paris et Marseille a été vu par 2,3 millions de téléspectateurs – arrondissons à 3 millions pour paraître moins ridicules. Mais que les plus candides d’entre vous ne se laissent pas berner par le plagiat du terme classico pour évoquer un PSG-OM. Si Paris-Marseille est l’occasion d’un duel au sommet entre Hoarau et Brandao, Barcelone-Madrid voit s’affronter Messi et Ronaldo, les deux meilleurs joueurs du monde. Tiens, je viens de me rendre compte qu’il y avait aussi des matchs de Ligue 1 française ce week-end. Peu importe, durant ces matchs je suis espagnol – ou catalan, mais je ne prendrais par le risque de faire mon choix publiquement.
Durant ces trois folles semaines, chacun des matchs sera le théâtre d’une bataille entre deux régions, deux langues, deux cultures – et deux peuples diront certains. Toute la tension et l’émotion que porte en elle cette rivalité s’exprime sur le terrain et tout devient une question d’honneur. La poussette de Ronaldo sur l’entraineur barcelonais lors du match de novembre eu assurément la même gravité que le soufflet reçu par Don Diègue dans le Cid. Le maillot est sacré, le stade est un temple, les chants sont des prières, et le classico est une guerre de religions.

Au-delà des symboles, du poids de l’histoire et de l’enjeu sportif, le facteur économique n’est pas absent de ces rencontres. J’en veux pour preuve que même Canal+ s’est mis au diapason et propose à ses abonnés français une programmation spéciale. Exit le film du samedi soir, place à une émission sur les origines et l’histoire du classico, suivie d’un débat et du match tant attendu à 22 heures. Cette mise en avant est notamment liée, en France et ailleurs, aux annonceurs pour qui le match entre les deux capitales espagnoles est une pépite évidente. Gageons que les sites de paris en ligne ne seront pas en reste et enregistreront des records de participation. Dernier exemple en date, et non des moindres: c’est lors du match d’hier soir que Cristiano Ronaldo a arboré la toute nouvelle paire de Nike, la Mercurial Vapor Superfly III. Roulement de tambours. Le nom est ronflant. Et ce sont potentiellement 400 millions de personnes qui ont vu Ronaldo courir et dribbler avec cette paire. Quelqu’un doute-t-il encore de l’enjeu économique ?
Arrêtons de parler euros au risque de fâcher les amoureux du sport. Un classico est un match à part. Quatre classicos en trois semaines relève de l’exceptionnel. Point. Aux sceptiques je n’ai qu’une chose à dire: réservez-vous une soirée, trouvez un bar et allez voir un de ces matchs. Ce ne sont plus de simples sportifs qui tapent dans un ballon, mais bel et bien des artistes portés par un peuple, ou deux.
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L’amertume, la déception, la tristesse.. La sensation que l’on a en retournant à la Gare de Lyon, où nous attend le train retour, est particulièrement difficile à décrire lorsque l’USAP vient de perdre en finale. La journée commençait pourtant bien: des dizaines de milliers de Catalans s’étaient retrouvés, comme d’habitude, sur le Champ de Mars afin de faire griller saucisses catalanes et escargots.
Le muscat et l’aïoli ont coulé à flots toute l’après-midi: la vague sang et or qui a déferlé sur Paris n’est pas passée inaperçue, et les petits couples retraités du VIIe ont pu découvrir avec bonheur (j’ose espérer) la fougue et la joie que suscite le rugby perpignanais. Même chose dans le métro: imaginez un peu un Crit avec 30,000 ultras de la même équipe !
L’ambiance était d’autant plus chaude que nous avions gagné l’année précédente (en 2009) et que nous ne voulions surtout pas que le bouclier ne parte pour l’Auvergne. Gagner le Top 14, c’est peut être l’une des plus belles sensations qui soit: d’un coup, tout votre corps semble n’être plus rattaché à quoi que ce soit, comme si vous flottiez étourdis par le plaisir. Un sorte d’orgasme partagé simultanément par les dizaines de milliers de personnes autour de soi.
Nous étions plus de 70,000 le 29 mai au Stade de France, mais contrairement à l’année précédente, c’est l’autre moitié du stade qui a ressenti ce que je viens de décrire. Après avoir vu un match d’un niveau plus faible que jamais, avec un Porical au plus petit de sa forme, le public catalan n’avait plus qu’à quitter le stade de France en admirant le bonheur de leurs voisins.
C’est ce que je fît, et c’est vrai que c’est assez beau à voir. Les Auvergnats, qui étaient en finale pour la onzième fois, ont enfin obtenu le titre de Champion de France. J’ai pu admirer les larmes dans les yeux de la vieille dame assise à trois sièges de moi: je ne me rappelle plus son nom, mais elle avait plus de 90 ans et n’avait raté aucune finale montferrandaise – sans jamais voir son équipe gagner.
Plus beau encore, le fait que malgré qu’elle voyait enfin son rêve se réaliser elle prît le temps de poser une main réconfortante sur mon épaule pendant que je quittai le stade. C’est en partie pour cela que le rugby est un sport si magnifique et émouvant: quoi que soit l’issue du match, la fraternité entre les supporters reste intacte – enfin, tant qu’ils reconnaissent qu’ils ont gagné sur un match particulièrement laid..
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Ça vous a peut être échappé, mais la Catalogne traverse une période décisive pour son histoire, et avec elle l'Union Européenne, qui jouera peut être un rôle nouveau qui fera jurisprudence. En effet, voici la question qui a été posée à 700,000 électeurs catalans le 13 décembre : « Etes-vous favorable à ce que la Catalogne soit un Etat souverain, social et démocratique, intégré dans l'Union européenne ? ». 171 communes ont participé à ce référendum symbolique (rien d'officiel pour le moment) et, sans surprise, le Oui l'a emporté à 94,8%.
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Ça vous a peut être échappé, mais la Catalogne traverse une période décisive pour son histoire, et avec elle l’Union Européenne, qui jouera peut être un rôle nouveau qui fera jurisprudence.
En effet, voici la question qui a été posée à 700,000 électeurs catalans le 13 décembre : « Etes-vous favorable à ce que la Catalogne soit un Etat souverain, social et démocratique, intégré dans l’Union européenne ? ». 171 communes ont participé à ce référendum symbolique (rien d’officiel pour le moment) et, sans surprise, le Oui l’a emporté à 94,8%.
Ce résultat peut s’expliquer par deux facteurs. Premièrement, le facteur structurel: la Catalogne a les moyens et la légitimité d’être indépendante: elle dispose déjà d’une très large autonomie. Elle a sa propre langue, sa propre culture, sa propre histoire. Elle a déjà été indépendante et dispose actuellement de ses propres lois, sa propre constitution, son propre Parlement, son propre Président, sa propre vie politique. Elle a même sa propre équipe de football ! De plus, en tant que région la plus dynamique d’Espagne (à peu près autant que la région madrilène), disposant d’une industrie forte, du premier port méditerranéen et d’une économie tertiarisée et financiarisée, le tout sur un territoire comprenant plus de sept millions de personnes, on peut penser qu’elle a largement les moyens d’être auto-suffisante.
Le deuxième facteur est conjoncturel. En effet, les catalans se sentent de plus en plus opprimés par le gouvernement espagnol – en plus d’être ouvertement rejetés de la société espagnole. La Catalogne, en tant que région riche, participe en effet financièrement au développement des régions moins développées de la péninsule ibérique, via des taxes prélevées par l’Espagne sur certaines activités en Catalogne. Un sentiment d’injustice grandît alors dans la nation catalane, puisque parallèlement à ces efforts le territoire catalan souffre d’un réseau de transports chaotique et de grosses coupures d’électricité, faute à l’insuffisance chronique des investissements des compagnies espagnoles sur le territoire catalan. C’est ainsi qu’est né un sentiment de spoliation de la Catalogne par l’Espagne.
Mais à ce sentiment de spoliation s’ajoute une impression de manque de respect du régime espagnol envers la société catalane, que traduit ce passage de l’éditorial commun signé par douze journaux catalans le 26 novembre: « le croissant ras-le-bol de devoir supporter le regard courroucé de ceux qui continuent à percevoir l’identité catalane comme un défaut de fabrication empêchant l’Espagne d’atteindre une impossible et rêvée uniformité ». En effet, il faut savoir qu’un nouveau statut d’autonomie a été voté en 2006 par les parlements espagnols et catalans ainsi que par référendum en Catalogne: ce statut accordait une plus grande autonomie à la Catalogne, et surtout reconnaissait l’existence d’une nation catalane. Mais ce texte attends depuis 4 ans la décision du Conseil constitutionnel espagnol, qui chercherait selon des fuites dans la presse à supprimer la référence à la nation catalane. Si tel est le cas, il ne fait nul doute que l’on assisterait à une radicalisation et une propagation de l’indépendantisme en Catalogne, déjà à un niveau historiquement haut.
Mais, au delà de la Catalogne, ces évènements auront probablement un lourd impact sur l’Union Européenne. En effet, si le référendum était jusqu’alors symbolique et non officiel, un autre référendum sera organisé en 2010 notamment par les grandes villes comme Barcelone. Il n’y a nul doute que la décision de la capitale catalane aura un poids non négligeable sur la politique espagnole dans son ensemble. En outre il semble que le statu quo actuel ne pourra pas tenir sur le long terme – ce qui est incontestablement une porte ouverte pour l’indépendance. Ce serait alors le premier exemple d’une nation qui conquiers son indépendance notamment grâce à l’Union Européenne, qui permettra de régler ce différend sans que « les tanks espagnols ne déboulent sur la Diagonal de Barcelone » (propos rapportés par Libération).
On savait que les catalans se sentaient plus européens qu’espagnols. Ainsi l’Union Européenne pourrait trouver une de ses raisons d’être dans la possibilité pour tous les peuples européens de s’autodéterminer, indépendamment des frontières et des États tels que définis aujourd’hui – et une telle dynamique commencera probablement par la Catalogne.
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Illustration : La Croix
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