boutmy – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Mon, 16 Mar 2026 09:47:42 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png boutmy – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Volodymyr Zelensky à Sciences Po : « Nous nous battons pour la vie » https://www.lapeniche.net/volodymyr-zelensky-a-sciences-po-nous-nous-battons-pour-la-vie/ Sun, 15 Mar 2026 22:31:19 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=57229 Le 13 mars 2026, c’est à Sciences Po que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a souhaité adresser un message à la jeunesse européenne. Avec un public solidaire, il a évoqué la réalité de la guerre, les enjeux ukrainiens et les perspectives de paix. Retour sur cette « grande conférence » historique.

Photo : Volodymyr Zelensky dans l’amphithéâtre Boutmy, à Sciences Po, Paris, 13/03/2026 (Albert Ghazaryan).


« Je ne sais pas s’il y a déjà eu ce niveau de sécurité à Sciences Po », confie une salariée de la grande école. Et pour cause : rue bloquée, portiques de sécurité, détecteurs de métaux, chiens renifleurs, snipers sur les toits, vérification d’identité… Le campus s’apprête à accueillir Volodymyr Zelensky, après son entretien avec Emmanuel Macron et son passage à Radio France.

Zelensky accueilli en héros

Le président ukrainien fait son entrée sous les applaudissements tonitruants des étudiants, professeurs, ambassadeurs ou encore anciens ministres, debout dans un amphithéâtre Boutmy bondé.

Dans son propos liminaire, Luis Vassy souligne l’ « exigence morale » pour les sociétés libres d’être puissantes, affirmant que l’Ukraine donne « la leçon suprême des nations, celle du prix de la liberté ». Le diplomate et directeur de Sciences Po laisse ensuite le président ukrainien répondre aux questions de la doyenne de la Paris School of International Affairs, Arancha González, et d’étudiants.

Pour Volodymyr Zelensky, qui remercie l’ensemble des personnes présentes, la défense de l’Ukraine et les soutiens constituent déjà une « victoire du monde entier ».

Le rappel de l’horreur de la guerre

Le chef de l’État rappelle l’horreur de la guerre pour les Ukrainiens, qui les a « incontestablement » changés : il ne s’agit pas d’une « question de kilomètres carrés », ni d’une « lutte pour des territoires » mais « pour la vie » et « pour les gens ».

Alors que des morts s’ajoutent tous les jours aux centaines de milliers déjà tombés, le pire, ce sont les disparitions « puisque les proches ne peuvent même pas dire adieu ». La question tragique des enfants déportés et adoptés de force – 19 500 selon plusieurs sources – a été évoquée. Le président appelle la France et d’autres pays à aider à les retrouver grâce à leurs services de renseignement. Il veut toutefois se réjouir pour les 2 000 enfants déjà récupérés.

V. Zelensky regrette également la guerre en Iran, qui détourne une partie du soutien international dont l’Ukraine a besoin. Il juge « incompréhensible » la levée des sanctions américaines sur les hydrocarbures russes, tout en comptant faire jouer l’aide ukrainienne contre les missiles iraniens dans les échanges ukraino-américains.

Le dirigeant ajoute tout de même quelques pointes d’humour : « Si vous savez comment faire [en sorte pour qu’Emmanuel Macron se représente pour un troisième mandat consécutif]… »

Une paix vraisemblablement lointaine

Si le chef de l’État ukrainien clame la nécessité d’une solution diplomatique au conflit, il met en exergue la nécessité d’une paix juste. Elle inclut de « punir les criminels », ce qui est « un processus long », visant sans le nommer Vladimir Poutine.

Il affirme que le changement relève aussi des Russes, qui l’ont élu à plusieurs reprises. C’est « votre choix : d’être libre ou pas ».

La perspective de la paix semble donc lointaine.

Interrogé à la sortie de la conférence par La Péniche, L. Vassy veut bien nuancer : « [V. Zelensky] a aussi noté que ni la Russie ni l’Ukraine n’avaient sans doute la possibilité de bouger massivement les lignes sur le terrain. »

Pour le diplomate, « la question de l’impunité doit rester un horizon. Le droit international existe, mais n’a pas de force exécutoire. […] C’est un repère et une contrainte. Il crée une sorte de viscosité positive dans les relations internationales. Mais les juges ne sont pas les maîtres des relations internationales, ce sont les diplomates. »

Le président ukrainien avait conclu cette grande conférence par un message à la jeunesse européenne : « Faites confiance aux Ukrainiens, soutenez-nous. Nous nous battons pour la liberté, pour toute l’Europe et pas uniquement l’Ukraine. Bien sûr, c’est une guerre pour notre pays natal, mais aussi pour toute l’Europe. Et je pense que les Ukrainiens ont aujourd’hui besoin de votre réel soutien, vos vraies émotions. Venez aussi en Ukraine. »

Finalement, c’est d’un sursaut d’humanité dont le monde a besoin en ces temps troublés.

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« Le Sionisme et Israël : Histoire d’un Projet Contesté », Conférence d’Alain Dieckhoff https://www.lapeniche.net/le-sionisme-et-israel-histoire-dun-projet-conteste-conference-dalain-dieckhoff/ Thu, 24 Oct 2024 15:04:53 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56434 Ce jeudi 17 octobre 2024, Alain Dieckhoff, directeur de recherche au CNRS et directeur du CERI Sciences Po, a donné la deuxième conférence du cycle de leçons sur le conflit au Proche-Orient intitulée « Le Sionisme : Pourquoi Israël ? » dans l’amphithéâtre Boutmy. Pendant son discours, il a traité le processus complexe et les idéologies concurrentes de la formation de l’État juif, offrant au public une introduction sur le sujet s’avérant nécessaire pour mieux comprendre les enjeux mondiaux actuels.


Pour cette deuxième conférence, c’est encore un grand nombre de spectateurs qui a fait le déplacement. Si une grande partie du public est composé d’étudiants de Sciences Po, des dizaines de personnes extérieures à l’école parsèment également les rangs de l’amphithéâtre Boutmy. Sur l’estrade, Alain Dieckhoff, directeur de recherche au CNRS, déroule.

Il commence par discuter la racine étymologique du mot « Sion », qui se réfère à une colline située à Jérusalem, équivalent dans la tradition juive à la terre promise par Dieu. Les Juifs se sont mus en diaspora après la destruction du Second Temple de Jérusalem, mais le lien symbolique entre les Juifs et Jérusalem a été préservé, selon Dieckhoff, par les pratiques religieuses qui évoquent le Sion, pour « récompenser une sorte d’absence ». 

« Cet attachement à Sion et à la promesse fait partie de la pratique religieuse, de l’église, de la Bible, des prières, des liturgies…tous ces éléments entretiennent ce lien avec le Sion, qui était d’autant plus important, » avance le chercheur.

Avant l’émergence du sionisme politique, les penseurs avaient déjà commencé à théoriser le projet d’un retour des Juifs vers leur terre ancestrale. Dieckhoff évoque l’œuvre du Moses Hess intitulé Rome et Jérusalem, qui décrit la situation « anormale » de l’antisémitisme européen à l’époque et la nécessité d’avoir un État : « les Juifs ne sont pas un groupe religieux, ils sont un peuple – comme ils sont un peuple, ils ont droit à un État à eux. »

Moses n’était d’ailleurs pas seul à le penser. Leon Pinsker, dans son œuvre Auto-émancipation, argumentait déjà en 1882 que la seule solution pour résoudre l’antisémitisme croissant, c’était de « créer un foyer national juif ». Cette idée sera plus tard reprise par Theodor Herzl, reconnu comme le père du sionisme moderne, qui est convaincu que les Juifs ne pourront jamais s’assimiler complètement en Europe. En organisant le premier congrès sioniste à Bâle, en Suisse, il définit l’objectif du mouvement : établir un foyer juif « garanti » en Palestine, sous « l’égide internationale. »

Le sionisme naissant a subi de nombreuses critiques dès son lancement. D’après Dieckhoff, même si certains Juifs ont soutenu l’initiative, une large partie de la communauté juive à travers l’Europe restait sceptique à la perspective de s’installer en Palestine. À l’époque, « les Juifs étaient un peuple qui était à 95% en diaspora, » ce qui rendait le projet « impossible » à effectuer.

Pour les Juifs assimilationnistes, la voie vers l’émancipation ne pouvait que passer par l’intégration des Juifs dans les sociétés occidentales. Ils rejetaient ainsi l’idée « qu’il y avait une sorte de communauté de destin absolue, » convaincus que les Juifs devaient devenir des citoyens des pays dans lesquels ils vivaient.

D’autre part, l’ultra-orthodoxie juive portait l’idée que l’objectif sioniste de créer un État juif ne se conformait pas à la nature spirituelle du judaïsme. Selon cette idéologie, décrypte Dieckhoff, « il y aura un retour, mais c’est un retour providentiel, et ce n’est pas un retour que les Juifs doivent faire eux-mêmes. »

Enfin, pour les autres nationalistes juifs, au lieu de migrer vers la Palestine, leur but était de « lutter pour les droits politiques et culturels des Juifs là où [ils] se trouvaient ». Notamment, le Bund, un groupe particulièrement actif en Russie, en Lituanie et en Pologne, « inscrivait son combat dans une logique internationaliste » pour défendre les droits des minorités.

Malgré ces oppositions, le sionisme a réussi à s’imposer grâce à plusieurs facteurs.

Le message de « créer un État pour les Juifs » est assez simple pour mobiliser une large partie de la population juive sous la menace de l’antisémitisme, et de déménager en Palestine. En parallèle, avec l’apparition des pogroms en Russie, le projet national devient porteur d’espoir pour un peuple dispersé et persécuté. Dieckhoff constate ainsi que « les circonstances historiques, en particulier, ont fait que leur capacité de mobilisation est devenue progressivement plus courante. »

Le soutien international joue également en faveur du sionisme. La Déclaration Balfour de 1917 par le gouvernement britannique se dit favorable à l’établissement d’un foyer national juif en Palestine, en donnant une légitimité au mouvement sioniste. Cette « reconnaissance internationale précoce, » selon Dieckhoff, donne au mouvement une « visibilité à la fois interne et externe » et lui permet de se consolider politiquement.

Enfin, le développement d’une société juive en Palestine avant même la création de l’État d’Israël constitue un facteur clé. Au fil des années, des communautés juives se sont installées en Palestine et ont développé les infrastructures, institutions, et fondations économiques nécessaires à la création d’un futur à eux. D’après Dieckhoff, la population juive est « passée de 50 000 au début du XXe siècle à 500 000 en 1945, » représentant une multiplication par dix.

En conclusion, Dieckhoff note que le sionisme se distingue des autres nationalismes par un aspect fondamental : le sionisme vise à rétablir les Juifs sur leur terre ancestrale, où était déjà installée une majorité arabe. Le mouvement est ainsi perçu comme un projet nationaliste particulier, car il s’efforce de réaliser l’autodétermination juive dans un contexte social et géographique où la majorité de la population est non juive.

Ce dilemme se reflète dans les tensions géopolitiques persistantes. Le projet sioniste a été perçu comme une intrusion par la population arabe palestinienne, alors qu’il s’avère légitime aux yeux de nombreux Juifs, conduisant à des conflits qui perdurent jusqu’à aujourd’hui.

« La difficulté, c’est de penser [ce paradoxe], parce qu’en fait je crois qu’il faut le penser. Si on veut essayer de comprendre, intellectuellement quand même, la réalité dans toute sa complexité, je pense que ça, c’est mieux », conclut le chercheur, faisant la lumière sur l’importance d’analyser et de comprendre en profondeur les enjeux contemporains qui nous entourent.

Conformément à un sujet académique sérieux qui importe davantage dans l’actualité, l’ambiance a été assez solennelle jusqu’à la fin du discours, suivie par des questions et des déclarations solidaires brèves des étudiants. En plus de l’attention déjà portée sur la région en conflit et son histoire, une vision nuancée et contextualisée est indispensable, pour donner une analyse des conflits majeurs qui nous impliquent au quotidien.

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La finale des triplétades d’art oratoire, une soirée sous le signe de l’unité https://www.lapeniche.net/la-finale-des-tripletades-dart-oratoire-une-soiree-sous-le-signe-de-lunite/ Fri, 20 Oct 2023 13:51:44 +0000 https://www.lapeniche.net/?p=56014 Ce lundi 16 octobre, entre 19h15 et 21h15, Boutmy s’enflammait à mesure que les mots des orateurs emplissaient la pièce pour la finale des triplétades d’art oratoire, organisée et animée par l’association Sciences Polémiques. 

Une foule d’étudiants s’est engouffrée dans l’amphithéâtre emblématique de Sciences Po pour célébrer l’intégration des premières années dans la vie associative. Si les mots des seize finalistes ont résonné hors des murs de l’amphithéâtre jusque dans les salles de cours de droit public, ils n’avaient qu’un seul objectif : épater les huit jurés que SPK a déniché. Des personnalités aussi éclectiques qu’intimidantes ont répondu présentes afin de représenter la diversité des enjeux du rap, thème de la finale. Rim’K, Narjes Bahhar en passant par l’ancien sciencepiste Jean Morel, plus tatillons que jamais, se sont prêtés au jeu des questions, la bête noire des candidats. 

Après trois semaines de sélections et une demie finale, les quatre triplettes sélectionnées pour la finale ont eu cinq jours pour composer un discours de quatre minutes, ni plus, ni moins. Le principe est simple : chaque triplette nomme deux discoureurs répondant à la positive ou à la négative à la citation de rap leur étant attribuée. Les deux autres participants doivent quant à eux répondre aux questions des jurés, qui provoquent bien souvent des sourires gênés et des rires nerveux. Samuel, étudiant de la triplette 20 affirme “ Il n’y a  pas ce stress de préparer un discours […] mais [la réponse aux questions] est un exercice qui reste compliqué et stimulant. On ne sait pas si ce que l’on dit va passer, ça se joue sur une réaction directe”. Contrecarrer les déstabilisations de jurés insatiables, telle était la mission des répondants lors de la finale. 

Une finale des triplétades se prépare. Pas question d’arriver à court d’idées ou d’avoir le souffle coupé par une question. Coachés par deux membres de Sciences Polémiques, les orateurs et leurs coachs ont anticipé, répété tous ensemble pour finalement déclamer et célébrer. Emie, de la triplette 7 affirme qu’“avant, on se regardait tous comme des inconnus […] maintenant, j’ai l’impression de mieux connaître tout le monde”.

Loin de n’être qu’une compétition, les  triplétades de SPK représentent avant tout une expérience de partage et de transmission de la passion de l’art oratoire. Elle est ponctuée par des instants de rencontre entre différents niveaux d’études mais aussi au sein même des premières années, dont la cohésion et la complicité en sortent renforcées. Paul, Emy et Samuel sont unanimes, “c’est un vecteur de stress mais ce que je retiens des triplétades de SPK, c’est que c’est magique de se sentir aussi intégrée” (Emy). Paul (triplette 7) complète ; “ça a développé une solidarité aussi bien entre participants qu’entre supporters”. Les spectateurs enflammés ont aussi bien encouragé leurs camarades de triplette que les adversaires pour saluer chacune des prestations. 

Les premières années ont brillé et ont émerveillé les membres de Sciences Polémiques qui n’ont pas chômé, en animant toute la soirée, notamment lors d’une reprise humoristique sur les discours et réponses entendus ainsi qu’un intermède imitant un journal satirique. L’issue fut sans débat, la triplette 15 remporte la bouteille de champagne après avoir discouru sur la volonté ou non de voler, malgré le poids inhumain de nos chaînes. 

Entre appréhension, excitation et félicitations, les finalistes sont rentrés ravis avec un sourire accroché à leurs lèvres. Une première expérience SPK en appelle une suivante… rendez-vous au prochain prix. 

Crédits photo : Victoria Bennardi

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Hommage à Bruno Latour : l’homme aux mille projets que Sciences Po ne saurait oublier https://www.lapeniche.net/hommage-a-bruno-latour-lhomme-aux-mille-projets-que-sciences-po-ne-saurait-oublier/ Sun, 30 Oct 2022 08:49:53 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=55338 Bruno Latour était un personnage, un mythe, un homme extraordinaire comme on en rencontre peu dans une vie. C’est ce qu’ont répété ses élèves, collègues et collaborateurs, qui se sont succédé sur la scène de l’amphithéâtre Boutmy lors d’une soirée hommage organisée ce jeudi 20 octobre. 

Pour introduire l’hommage, Sylvain Bourmeau, co-fondateur et directeur du journal Analyse Opinion Critique (AOC), expliquait que Bruno Latour et Sciences Po, ce n’était pas une évidence. 

Lui était l’inventeur d’une nouvelle sociologie : la sociologie des sciences et des techniques. Cette sociologie étudie le rapport entre sciences et société mais surtout la façon dont les chercheurs travaillent concrètement dans leurs laboratoires. Entre cette nouvelle sociologie inventée par Bruno Latour et l’enseignement classique de Sciences Po, il y avait un fossé immense. Pourtant, aujourd’hui, cela semble naturel. Chaque étudiant sait que Bruno Latour à profondément chamboulé cette école.

Lors de cette soirée d’hommage, ce sont des collectifs auxquels il a participé, et qu’il a souvent créé, qui sont venus témoigner pour montrer à tous à quel point il a su lever des volontés, bousculer les codes et mener de fascinants projets pour faire de Sciences Po l’école que l’on connait aujourd’hui. 

Une œuvre prolifique, qui a transformé Sciences Po 

Bruno Latour a travaillé sur un grand nombre de projets à Sciences Po. Il a occupé le poste de directeur scientifique de Sciences Po de 2007 à 2013. À ce poste, il a monté des projets, nombreux, pour changer en profondeur l’enseignement et la recherche scientifique de Sciences Po.

Il a fondé le Medialab. Ce laboratoire de recherche interdisciplinaire a pour but d’étudier les sciences avec l’aide de sociologues, ingénieurs et designers, en questionnant le rôle du numérique dans ces disciplines. Cette plateforme qui centralise des recherches était une forme de rêve pour celui qui avait vu l’opportunité donnée par la naissance des réseaux de communication numérique.

Il a créé le master en Arts politiques (SPEAP) ainsi que le double cursus BASC (Bachelor of Arts and Sciences).

Le master en Arts Politiques de l’école d’affaires publiques est à destination des jeunes travailleurs qui souhaitent approfondir leur formation et s’approprier les liens entre sciences et arts.

Le double programme de Bachelor of Arts and Sciences permet une formation en sciences de la terre, en mathématiques, en physique et en sciences humaines notamment autour des enjeux écologiques.

Très sensible à la problématique écologique, Bruno Latour croyait en la formation des futurs dirigeants politiques à l’écologie pour en faire des décideurs capables de comprendre les enjeux scientifiques. 

Ces deux cursus proposent chacun une interdisciplinarité novatrice qui permet aux étudiants de comprendre les relations étroites entres sciences dures, art et sciences souples.

Il a également mis en place le cours de cartographie des controverses. Selon ses mots, « c’était la première fois qu’on avait 28h pour faire de la sociologie des sciences en France ». Ce cours a pour but d’apprendre aux étudiants comment utiliser et se déplacer dans les outils numériques au service des débats controversés, scientifiques ou politiques. Il peut s’agir par exemple de bases de données ou d’ outils de représentation dans le but de rendre ces débats complets, limpides et compréhensibles. 

Bruno Latour, un homme admiré 

Laurence Bertrand Dorléac, directrice de la fondation nationale des sciences politiques (FNSP), a pris la parole en premier pour rappeler combien elle adulait Bruno Latour. Pour elle, il était un « spinoziste, selon l’idée qu’elle s’en fait en tout cas », conscient de son monde, toujours fourmillant d’idées et de bonne volonté pour les mener à bien. 

Mathias Vicherat, directeur de Sciences Po, a salué le pionnier, le visionnaire qui a su « conjuguer sciences exactes et sciences souples » en donnant de nouvelles frontières aux arts.

Bruno Latour voulait changer le monde, et il y parvenait car « sa capacité d’émerveillement et d’indignation demeuraient intactes, fleurissaient même » au fil des ans. Il avait de l’espoir pour l’avenir et a légué cet espoir aux gens qui ont croisé son chemin.

Michel Gardette, adjoint de Bruno Latour lorsqu’il était directeur scientifique de Sciences Po, a rendu hommage à celui qui n’en faisait qu’à sa tête, qui « envoyait valdinguer la vaisselle de famille ».

Il admirait beaucoup cet homme qui comprenait tout avant les autres, impatient et passionné. Bruno Latour avait compris qu’il fallait assembler les morceaux existants, tisser des liens, bousculer l’existant pour transformer Sciences Po et donner la part belle aux sciences, aux chercheurs et aux étudiants. 

Bruno Latour alliait arts, humanités et technique pour transformer le monde. Pour lui, « avoir du pouvoir c’est avoir le monopole de la formulation des problèmes », donc nos futurs dirigeants doivent connaitre les sciences et les arts pour apprivoiser le monde. Aujourd’hui les modèles en lesquels il a tant cru ont transformé la vie de ses étudiants, comme ils en ont témoigné.

Un héritage durable 

Ses étudiants de SPEAP se sont ainsi succédés sur la scène pour énumérer les questions qu’il leur avait laissé.

Il croyait en eux et était capable de monter d’immenses projets pour mobiliser ses étudiants, leur montrer à quel point les questions à résoudre aujourd’hui sont vastes et leur faire prendre conscience du monde.

Hommage de ses élèves retranscrivant les questions qu’il leur a laissées

Lorsqu’il mobilisait 200 étudiants pour rejouer la COP 15 ou la conférence de Copenhague, il embarquait tout le monde dans ses passions pour les arts, les sciences ou encore l’enseignement.

Les témoignages de tous les élèves ayant participé à ces entreprises immenses et périlleuses sont unanimes : il n’y avait que lui pour cela et cela a changé le destin de Sciences Po et de ses étudiants.

Alexis, un ancien étudiant de Bruno Latour en témoigne. Pour lui, c’est sur le temps long qu’une vraie contagion a eu lieu et ces humanités scientifiques, regardées avec des yeux ronds au départ, ont produits des adultes capables de sortir des bibliothèques pour aller compter les vers-de-terre dans les champs. 

De nombreuses vidéos retraçant son parcours et sa vision du monde, diffusées pendant la soirée ont permis de pénétrer l’homme qu’il était et de comprendre combien sa passion pour ce qu’il faisait a pu changer l’institution en profondeur, tant administrativement que pédagogiquement.

Il avait la science joyeuse. Avant tout le monde, il avait compris le merveilleux outil qu’était le web, non pas pour l’outil numérique en lui-même mais pour l’incroyable réseau de communication qu’il rendait possible. 

Aujourd’hui, l’héritage de Bruno Latour est immense. Il a nous légué ses projets : SPIP, Le Medialab, la cartographie des controverses et plein d’autres. C’est à nous tous de faire vivre sa mémoire, de nous rappeler le sociologue, le professeur accompli qu’il était et toutes les avancées qu’il a permises dans les sciences humaines.

S’il était une chose que les contemporains de Bruno Latour devraient retenir, ce serait sa multiplicité : il était à la fois un scientifique, un artiste, un visionnaire, un sociologue, un ami, un professeur.

Peu importe son rôle, il a laissé des traces et a touché le cœur des gens.

Chaque élève passant un jour les portes de Sciences Po connaitra l’œuvre de Bruno Latour car il restera l’une des grandes âmes de notre école. 

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Batuka x Art’core, un show magistral https://www.lapeniche.net/batuka-x-artcore/ Mon, 06 Feb 2017 09:00:40 +0000 http://lapeniche.net/?p=36378 Boutmy, comme vous ne l’avez jamais vu. Endiablé par les bonds des étudiants sur les tables, bravant le risque de tomber pour mieux vibrer. Silencieux d’admiration devant la fougue des danseurs, jetant au visage – ébahi – du spectateur arabesques, sauts et passion. Frappé par les applaudissements suivant les percussions, rythmés par la ferveur de la Batuka et des danseurs d’Art’core.

Pendant presque deux heures, l’union savamment sauvage des deux associations a rempli son pari: enflammer l’amphi. Ce vendredi 3 février à 19h, il était comble, à 21h, comblé. Les énergies communicatives des participants, costumés et bariolés d’un jaune rieur ou d’un noir élégant, firent s’agiter les esprits et les corps; les frissons face aux danseurs laissant la place au souffle de chaleur de la Batuka.

Comment retranscrire la joyeuse transgression qu’est la danse sur les tables studieuses ? Comment faire sentir l’atmosphère électrique, traversée de cris au nom de « Sciences Po Paris » ? Mieux que les mots, les photos: retour en images sur un amphithéâtre où il se passe toujours quelque chose de magistral.

 

Photo: Christina Delannoy
Photo: Christina Delannoy

 

Photo: Christina Delannoy
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Photo: Christina Delannoy
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Photo: Christina Delannoy
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Photo: Christina Delannoy
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Photo: Christina Delannoy
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Photo: Christina Delannoy
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Photo: Christina Delannoy
Photo: Christina Delannoy

 

Photo: Christina Delannoy
Photo: Christina Delannoy

 

Photo: Christina Delannoy
Photo: Christina Delannoy

 

Un grand merci à Christina Delannoy pour ses photos.

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