Son sujet de finale : « Serait-il à propos, et de la bienséance, de dire à mille gens tout ce que d’eux, on pense ? » Le Misanthrope, Acte I, Scène 1, Molière
Cadette de la compétition, Fatoumata, étudiante en première année ne compte pas se laisser faire. Férue de théâtre, de chant et de danse, elle met l’interprétation au cœur de ses discours. Encore surprise d’être arrivée à ce niveau de la compétition, elle le rappelle: « pour moi c’est plutôt un grand jeu avec des grandes étapes où le plus important reste de faire un discours qui nous ressemble, où on reste soi-même ». Elle compte sur sa personnalité et sur son humour décapant pour faire la différence mercredi soir, même si elle affirme modestement « je ne suis jamais confiante sur mes discours ». Raphaël Charpentier, lauréat du Prix Philippe Séguin et jury en demi-finale salue son originalité : « Elle a fait pleurer de rire la salle en sélections et fait sensation en demi-finale. Elle a un style tout à fait unique mélangé d’un phrasé inimitable et d’un humour politique en général réussi ». Guillaume Courvoisier, également membre du jury en demi-finale le rappelle : « elle s’engage à fond dans ses discours, et varie réellement le ton ce qui rend ses discours toujours intéressants pour le public. Avec elle, on est sûr que personne ne va s’endormir ! ». Tous deux lui conseillent de maintenir un fil rouge au long de son discours pour la mener vers la victoire.
Son sujet de finale : « C’est drôle d’être libre, ça donne le vertige » Les mains sales, Premier Tableau, Scène 1, Sartre
Etudiant en deuxième année en double-diplôme Lettres avec La Sorbonne, Gabriel, vice-champion de France de bridge en 5ème espère ne pas avoir perdu la main et jouer les bonnes cartes pour la finale. Habitué des événements de Sciences Polémiques depuis sa première année, Raphaël Charpentier l’affirme « cela fait plaisir de le voir enfin se révéler : il a été remarquable en sélection comme en demi ». L’intéressé prend énormément de plaisir dans cette compétition où l’important, dans sa vision de l’humour, est de divertir et faire passer aux gens un bon moment, autant dans ce qu’il fait et ce qu’il vit. Lui qui l’an dernier était en régie et avait « l’immense privilège de manipuler le powerpoint des finalistes de l’an dernier », prend aujourd’hui beaucoup de plaisir à faire ses discours, véritable nouvelle aventure où, à chaque fois il part de zéro et exerce un travail de longue haleine : « je ressors souvent exténué de mes discours mais toujours extrêmement heureux ». Vis-à-vis de son sujet de finale, l’étudiant d’origine marseillaise le rappelle « dans le classico OM/PSG comme dans le classico Camus/Sartre je ne choisis jamais ceux qui viennent de Paris… », malgré tout, il salue ce sujet riche en images évocatrices où il pourra beaucoup s’amuser. Brillant dans sa répartie, Guillaume Courvoisier salue sa pertinence dans le jeu des questions, là où certains font défaut. Le président de l’association applaudit ses discours « drôles et bien construits » et les deux membres de Sciences Polémiques espèrent voir un discours hors des sentiers battus en finale.
Son sujet pour la finale : « Les coupables, il vaut mieux les choisir que les chercher » Topaze, Acte I, scène 5, Pagnol
Cet étudiant de Master 2 en Droit Economique mention « Entreprises, Marchés, Régulations », un sujet prégnant dans son discours de demi-finale, s’affirme comme véritable outsider de la compétition. Il l’affirme lui-même : il n’a pas beaucoup participé aux événements de la vie associative de Sciences Po, si ce n’est sa participation à l’organisation de la première édition du concours de plaidoirie de l’Ecole de Droit (« la Comparution »). C’est peut-être lors de cet événement qu’il a développé cette appétence pour la compétition en art oratoire, n’étant présent qu’à un seul événement de Sciences Polémiques, au débat de rentrée. Or, que ce soit par son humour empli d’autodérision et son fervent public déployant des affiches « Yes We Gan-Dibleux », l’étudiant en M2 a su s’hisser jusqu’en finale, alors qu’il s’agit de sa première participation au concours. Clément est satisfait de son sujet de finale qui « permet de dire beaucoup de choses et d’adopter une position un peu ridicule ». Bien qu’il ait un peu du mal à saisir ses points forts, Guillaume et Raphaël sont unanimes : il s’agit de la « révélation des sélections » selon Guillaume et Raphaël apprécie ses discours « très drôles et plein d’autodérision » comme celui de la demi-finale. Les deux patriarches de Sciences Polémiques espèrent non seulement que son public soit encore une fois au rendez-vous, mais qu’il parvienne également à se démarquer au maximum lors du discours et des questions.
Son sujet pour la finale : « Il y a des choses qui viennent à l’esprit même de ceux qui n’en ont pas. » Rhinocéros, Acte I, Ionesco
C’est ainsi qu’Adrien se présente : « 19 ans, toutes ses dents, sait compter deux par deux et lasser ses chaussures ». On le sent dès le début, Adrien est là pour blaguer. En deuxième année en bi-cursus en Histoire à La Sorbonne, cet étudiant a fait preuve d’immenses prouesses pour accéder aux portes de la finale. Présent dans la liste complémentaire l’année dernière, il a suivi assidument les événements de Sciences Polémiques où il a pu « travailler toutes les facettes de son discours ». S’il avait un discours à retenir, ça serait celui de la demi-finale : « c’était le premier discours devant ma mère… ». Fier de ses réponses aux sélections et de son discours en demi-finale : l’étudiant sait qu’il devra concilier les deux pour cette finale endiablée. Ses discours rocambolesques ont su marquer notre jury selon Guillaume Courvoisier : « Adrien vit sur la planète Mars » et pour Raphaël Charpentier il s’agirait d’un « OVNI… La diction est très rapide et les idées s’enchaînent sans qu’on sache vraiment ce qui les lient. Et pourtant, à la fin on se dit : « mais c’est tout à fait dingue ce qui vient de se passer ! » ». Adrien, passionné d’athlétisme, malgré une certaine appréhension face à son sujet et à son passage (en dernier) sait qu’il pourra compter sur son équipe et son public pour le soutenir : « ce sport, ça me donne une mentalité de winner, je vois le prix Philippe Séguin comme un Championnat de France où le temps que l’on met pour arriver n’est pas le plus important ». Il veut miser à tout prix sur un discours original comme son sujet avec comme mot d’ordre « rester soi-même ». Raphaël Charpentier espère une chose : «que le jury rentre dans son jeu ».
Son sujet pour la finale : « Qui est là ? » Hamlet, Acte I, scène 1, Shakespeare
Ce M1 en Finance et Stratégie sort clairement de l’ordinaire. Nicolas ne fréquente plus les événements Sciences Polémiques par manque de temps, mais se rappelle chaleureusement de son activité intense au sein de l’association en deuxième année. Avec beaucoup d’humour, il regarde avec nostalgie ses sélections perpétuelles en première année et en deuxième année en demi-finale, sans succès. « Enfin une finale ! Et c’est mérité ! » s’exclame Raphaël Charpentier. Jamais deux sans trois, Nicolas est particulièrement motivé pour cette finale où « la compétition est très homogène » et s’estime chanceux de pouvoir concourir avec les autres candidats « tous très doués avec des styles différents et humainement des gens tops ». Son sujet lui remémore, de manière amusante, ses comédies musicales lors de sa 3A dans son université d’échange où il chantait déjà du Shakespeare avec Roméo Et Juliette. Son sujet, cette année, très ouvert, est à la fois particulièrement excitant par sa liberté « qui donne presque le vertige », selon le concerné. Mais le candidat n’a pas à s’en faire : les deux jurés sont unanimes, la force de Nicolas réside en sa parole, sans prise de note. Selon Raphaël Charpentier, « il parle remarquablement bien. L’écouter, c’est reposant, les phrases s’enchaînent bien, il n’y a pas de trou, pas d’hésitation », Guillaume Courvoisier souligne « la victoire d’un acharné : il parle sans note de manière très fluide et sort 300 jeux de mots à la minute ». Ainsi, Nicolas peut compter sur certains de ses talents, le jury de demi-finale espère cependant qu’il essayera de « faire plus simple » et de « ne pas tomber dans la caricature » en essayant de se « libérer ».
Son sujet pour la finale : « Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer » Le Barbier de Séville, Acte I, Scène 2, Beaumarchais
Cet étudiant en cinquième année en Master Affaire Publiques (Politique Publique) a une expérience exceptionnelle. Ancien président de Sciences Po TV et aujourd’hui intervenant de la partie politique du Grand Oral, il se définit comme « sorte de compagnon de route de Sciences Polémiques » : avec une absence de résultat en première année, un accès à la liste complémentaire en deuxième année, une demi-finale en 4A, cette finale en 5ème année se veut comme l’achèvement d’une grande ascension. Cette année, ce qui a su faire la différence, c’est sûrement sa maturité : « quand on écrit tu t’inspires de ce que tu faisais avant, tu relis, tu ne reprends pas les conneries que tu faisais… tu gagnes une forme d’expérience ». Benjamin a réellement son propre style : une base solide emplie d’un ton mordant comme soulève Raphaël Charpentier : « la structure du discours est assez classique mais l’humour qu’il y déploie est souvent plus noir et provocateur s’il y va à fond, il peut obtenir un gros succès en salle ! ». Guillaume Courvoisier rappelle l’un des points forts de Benjamin : sa gestion du stress « il bénéficie d’une solide expérience en passant cinq années dans l’école à interviewer toute la classe politique ». Benjamin reconnait certes « son vieil âge », mais il maintient que même s’il connait Boutmy, il n’en reste pas moins que l’exercice est totalement différent. « Quand tu interviewes quelqu’un, tu n’es pas l’objet central de l’attention, alors qu’un discours c’est une forme de mise à nu totale : la peur de l’échec tout comme la sensation d’euphorie, tout cela est décuplé ». Même si on peut trouver des points communs, Benjamin le maintient : « toucher la corde sensible des gens ce n’est pas du tout la même chose que d’informer ». En ce qui concerne son sujet, Benjamin a la sensation d’être bien tombé, lui qui aime développer une argumentation cohérente et « faire rire, réfléchir, toucher les gens ». Son credo : continuer à faire ce qu’il faisait d’habitude, avec ses camarades de Sciences Polémiques qui espèrent qu’il « osera poursuivre à fond pour la finale »
Le PPS avec ses centaines de spectateurs, ses milliers de vue sur Youtube et en live est sûrement l’un des plus grands concours d’éloquence étudiant. Guillaume Courvoisier, Président de Sciences Polémiques se félicite de « l’engouement vraiment historique pour le Prix cette année » faisant encore plus honneur aux arts oratoires et à Philippe Séguin, homme politique du XXème siècle brillant par son éloquence, comme le rappelait déjà Bertrand Perrier. Malgré tout, le président de l’association déplore d’une part le surdosage des blagues politiques auprès des candidats, qui ne savent faire mouche que très rarement, mais surtout la faible représentation des filles avec « seulement un tiers de candidates sur la ligne de départ ».
Néanmoins, cette finale avec ces six candidats risque d’être encore une fois remarquable avec son jury de marque, notamment Jean-Pierre Raffarin, Anne Roumanoff, Me Patrice Spinosi ou encore Alessandra Sublet, avec la reprise attendue de Bertrand Périer. En somme, un événement de qualité vous attend !
]]>

Sciences Po TV a voulu marquer le coup pour leur dernière conférence de l’année. Ce mardi 18 avril, l’association a présenté à l’amphi Chapsal rempli aux deux tiers ses cinq invités de marque prêts à débattre sur le sujet Quelle télé pour demain ?.
Alessandra Sublet, l’animatrice « la plus craquante » en 2011 selon les internautes du magazine gay et lesbien Têtu et actuellement aux commandes d’Un soir à la Tour Eiffel (France 2) était l’invitée phare de la conférence aux côtés des quatre hommes qui l’accompagnaient : Bruno Patino, numéro 2 de France Télévisions délégué aux programmes (accessoirement Directeur de l’école de Journalisme de Sciences Po), Mathieu Vergne, directeur des jeux et divertissement de TF1, Nicolas Coppermann, président d’Endemol France (et enseignant dans notre école), et Adrien Labastire, fondateur de Golden Moustache.
Un large panel de professions souhaité par Nicolas Davila, le président de Sciences Po TV : « On voulait vraiment représenter toutes les fonctions de la télévision avec des personnalités importantes ». Vous avez zappé ? La Péniche non. On a retenu ce qu’on pouvait d’une conférence laissant libre cours aux intervenants, de l’avenir de la Télé à Secret Story, en passant par la place des réseaux sociaux et une déclaration digne d’un talk-show italien.
“La Télé ne mourra pas” ! répondent d’une même voix les cinq invités aux questions de Benjamin Duhamel, le futur président de l’association sur ce premier thème. « La Télé se diversifie et a encore de beaux jours devant elle » explique Alessandra Sublet, malgré de nouvelles petites chaînes qui font petit à petit du mal aux audiences des autres. La télé sera quoi qu’il arrive avec nous pour toujours explique Mathieu Vergne, car « on a toujours besoin de vivre des émotions ensembles ! Les gens ont besoin d’avoir vu la même chose la veille pour que le lendemain ils puissent en parler ensemble : la télévision est alors le seul vecteur qui le permet ».
Un certain optimisme gagne alors la salle : la concurrence du web reste fragile car difficilement finançable selon le créateur de Golden Moustache. Et il reste avant tout un contenu complémentaire à la télévision. Quant à l’arrivée de Netflix, et la « télé de recommandation » (comprenez « à la demande »), le risque de faire disparaître la télé comme on la connaît aujourd’hui n’inquiète pas nos professionnels. Celle-ci est préservée par le besoin de se rassembler qui semble, pour le coup, fédérer tous les invités : l’exemple du film du dimanche soir sur TF1, déjà vu et revu, mais qui fait pour autant d’excellentes audiences appuie cette thèse qui fait de la télé, un outil immortel.

Avec le président d’Endemol France et le directeur des jeux et téléréalités de TF1 comme invités, qui aurait oser prétendre échapper à quelques digressions sur Secret Story ? « Dans 15 ans, oui on regardera Secret Story le vendredi soir. On ne se lassera jamais de regarder Secret Story » lance le producteur de l’émission comme pour justifier l’immortalité de la télévision.
C’était sans compter Mathieu Vergne qui travaillant en ce moment à plein temps sur le programme présent sur les ondes en août, a voulu nous préciser ce dont on ne doutait pas : « Surtout qu’on vous prépare des beautés. Ça va être palpitant ». Si la télé-réalité continue de sévir, c’est bien parce qu’elle propose sans cesse de nouvelles innovations.
C’est notamment le cas de Loft Story, une “véritable révolution” pour Bruno Patino. : « Quand je travaillais au Monde, on a fait une dizaine de comités de rédaction pour le Loft. On a quand même fait trois unes sur le Loft !! ». Une émission dont la fonction est nette : divertir. C’est ce que confirme Mathieu Vergne : « On apprend pas forcément des choses mais cette fonction de divertissement a toujours existé dans notre monde ».
Nicolas Coppermann finit par rappeler ses confrères au sujet de la conférence : « Ce qui m’étonne c’est qu’on est là pour parler de l’avenir de la télévision et que là, on parle de Loft Story ». Soulagements côté public.

Depuis quelques années, les réseaux sociaux pèsent de plus en plus sur les épaules des animateurs. Sur Twitter, les critiques de 140 caractères leur laissent souvent un goût amère. Quant à Facebook, qualifié par Adrien Labastire de « plus gros média dans le monde actuellement », le moindre impair peut inspirer des centaines de milliers de commentaires.
Face à ces pressions, Alessandra Sublet nous avoue qu’elle a « vu certains animateurs avoir leur portable sur scène parfois même en direct pour savoir ce que les gens disent d’eux ». Néanmoins, le phénomène est loin d’être généralisé dans la mesure où seulement 3% de téléspectateurs seraient en même temps sur Twitter.
Les nouveaux programmes cherchent de plus en plus l’interactivité sur le plateau. Rising Star, l’émission lors de laquelle les téléspectateurs désignaient en direct les talents qu’ils voulaient se voir, ou non, qualifiés en est l’exemple parfait.
Sa déprogramation précoce de M6 montre toutefois qu’il n’y a pas de formule magique de réussite. Pour Bruno Patino, c’est la raison pour laquelle il faut « lancer le plus possible de programmes, afin d’en avoir un qui marche ». D’où l’inondation de nouveautés, pour quelques semaines seulement ou plusieurs années.

Après cette heure de conférence, il ne reste que quelques minutes consacrées à l’échange avec la salle. C’est alors qu’un étudiant du fond de l’amphi lance : « Alessandra Sublet, vous êtes sublime, voulez-vous m’épouser ? ». La salle se lâche et applaudit. C’est Un brun d’humour qui manquait à cette conférence. Malgré sa réponse négative, l’animatrice précise qu’elle “aurai(t) adoré qu’on soit dans une série tous les deux ». L’écran qui s’était installé entre les cinq invités et le public tombe.
Face à ce manque d’interactions avec la salle, nous demandons à Alessandra Sublet pourquoi avoir accepté l’invitation du média audiovisuel de Sciences Po : « Il est toujours intéressant de se confronter à ceux qui feront la télévision de demain et il est donc important de donner notre point de vue et de savoir comment eux la perçoivent ». Il va sûrement falloir revenir pour savoir…
C’est en réalité ce qui résume cette conférence : riche, avec des points de vue différents et un réel éclaircissement de la part de professionnels de la télévision sur l’orientation que celle-ci semble prendre. Mais la complicité des invités entre eux, et avec l’animateur, leur a fait oublié, de temps à autre, l’existence d’un auditoire. Dommage.
]]>
« Un peu d’agitation est attendue dans l’après-midi » avait annoncé Frédéric Mion en ouverture du forum des municipales. Le directeur de SciencesPo ne croyait pas si bien dire : le rassemblement contre l’extrême droite ayant été perturbé par la venue de militants antifascistes, c’est une ambiance à mi-chemin entre American History X et Gangs of New York qui a gagné la péniche hier après-midi.
Une véritable démonstration en plein 7ème arrondissement qui n’a toutefois pas perturbé réellement le forum organisé hier par SciencesPoTV avec le Huffington Post : un évènement de grande envergure que tu regrettes bien entendu d’avoir loupé pour bosser ton exposé de science politique sur la violence en politique. Heureusement, LaPéniche a pris des notes pour une séance de rattrapage.
SciencesPo TV est clairement le grand gagnant de ce forum des municipales. En organisant un événement dont la portée dépassait largement le 27 Rue St Guillaume et diffusé en direct sur Public Sénat (peut-être que ton grand père t’a vu à la télé, en bas de l’écran à droite), l’association a fait preuve d’un réel professionnalisme. Pascal Perrineau, Christian Jacob, Jean-Christophe Cambadélis, NKM, Anne Hidalgo ou encore Arlette Chabot : le plateau proposé par la télé des élèves pour cet événement était d’un très haut standing.
Nicolas Davila, président de l’association s’est dit « très satisfait » du déroulement de l’évènement : « j’ai un peu couru de droite à gauche donc je dois dire que j’ai pas vu grand-chose mais pour nous, c’est clairement l’évènement de l’année ». Il faut dire que pour un président d’asso, après avoir prononcé un discours d’ouverture aux côtés de Frédéric Mion, « on peut mourir tranquille » comme dirait Thierry R.

L’autre personne qui ne regrette pas sa soirée, c’est Benjamin Duhamel. Le présentateur tac-au-tac de l’interview Yahoo SciencesPoTV a interviewé avec brio chacun des candidats, n’hésitant pas à les bousculer à de multiples reprises, demandant à NKM si elle n’est pas trop démoralisée ou si Hidalgo avait conscience de ne devoir sa place qu’à Bertrand Delanoë. L’intervieweur vedette de SciencesPoTV n’a pas non plus hésité à pointer les contradictions ou les faiblesses des programmes des différents candidats.
Pour la journaliste du Figaro présente sur les lieux qui est allée le féliciter à l’issue du débat, Duhamel a relevé le défi avec brio. Pour autant, le sciencepiste assure ne pas vouloir se lancer dans le journalisme et souhaite entamer une carrière politique après un master Affaires Publiques. On en reparlera.
Pour Danielle Simonnet, la tête de liste du Parti de Gauche, « la lutte contre la spéculation immobilière et le montant des loyers sont la préoccupation n°1 des parisiens ». Au vu de la large place qu’a occupé la thématique du logement dans le forum, ce constat semblait être partagé par l’unanimité des candidats présents hier en Boutmy.

« Le logement, c’est la priorité que j’ai fixée » a ainsi assuré Anne Hidalgo. L’actuelle adjointe à la mairie de Paris a d’ailleurs défini des objectifs très ambitieux, en partie pour répondre aux exigences de ses alliés communistes dans le cadre des négociations avec Ian Brossat, le leader du PCF parisien : 60 000 nouveaux logements en six ans pour atteindre 30% de logements sociaux à horizon 2030. C’est beaucoup. Trop ?
Pour la direction du logement et de l’habitat de la Mairie de Paris, le premier pallier de 25 % de logements sociaux à horizon 10 ans sera déjà très compliqué à atteindre : autant dire que celui des 30% est complètement utopique. Pis, seuls 30 000 logements ont déjà été identifiés et sont tous situés dans des arrondissements où le taux de 30% de logement sociaux est déjà largement dépassé : de quoi renforcer la ghettoïsation de certains quartiers…
Chez les autres candidats, les objectifs fixés en matière de logement ne sont guère plus tenables. Danielle Simonnet compte elle atteindre le seuil des 30% en seulement six ans et décider d’une baisse immédiate de 20% de l’ensemble des loyers, ce qui ne relève absolument pas des compétences du maire de Paris, comme l’a noté Benjamin Duhamel.
Nathalie Kosciusko-Morizet, elle, n’a clairement pas fait du logement social une priorité. Son objectif principal est de faire revenir les classes moyennes à Paris en facilitant notamment l’accès à la propriété et en s’assurant que chaque logement social crée corresponde à la création d’un logement intermédiaire. Mais pour nombre de spécialistes, construire autant de logements dans Paris est un vœu pieu : « les possibilités de construction en dur dans Paris sont très limitées » affirme Yankel Fijalkow, professeur en urbanisme, d’après qui ce n’est qu’en « raisonnant à l’échelle de Paris Métropole que l’on trouvera des terrains pour construire ».

Pour NKM justement, présente en Boutmy pour la deuxième fois en moins de six mois, malgré les mauvais sondages qui s’accumulent, rien ne semblait être perdu hier après-midi. «Les parisiens ont un tempérament frondeur vis-à-vis du pouvoir en place et ils n’aiment pas que l’histoire soit préecrite » a-t-elle assuré, ajoutant qu’il y a « un grand sentiment de ras le bol vis-à-vis de ceux qui vivent sur une ville comme une rente ».
Dénoncer la main mise d’une oligarchie socialiste et son système de cooptation sur l’administration municipale depuis près de quinze ans, tel semble être le dernier argument recours de NKM. Cette dernière joue le tout pour le tout pour le mois de campagne à venir, étant bien mal embarquée dans la course à la mairie, en partie à cause des candidatures dissidentes de Charles Beigbeider, écarté par l’ex ministre de l’Ecologie.
NKM assume d’ailleurs totalement : « j’ai voulu impulser un renouvellement, même si ça ne plait pas à des gens qui étaient là et qui voulaient des places sur les listes : je n’ai pas voulu céder à leur chantage même si je comprends qu’ils soient déçus, c’est humain ».
Mais malgré son optimisme, la tâche s’annonce bien difficile. En se basant sur les résultats des dernières élections présidentielles, NKM n’obtiendrait que 38% des conseillers de Paris. Même en inversant complètement la tendance dans plusieurs « swing arrondissements », c’est-à-dire dans le 14ème, le 9ème et le 12ème, Hidalgo l’emporterait.

Le candidat du Front National, Wallerand de St Just n’arrivait pas en terrain conquis, échappant tant bien que mal aux échauffourées et au rassemblement contre l’extrême droite en péniche soutenu par l’UNEF, le PS Jean Zay ou Solidaires.
Il a néanmoins été mis en difficulté par Benjamin Duhamel au sujet d’Elie Hatem, tête de liste du Front National dans le 4ème arrondissement et anti-républicain assumé, n’hésitant pas à réclamer l’instauration d’ « un système qui garantisse la continuité de la gouvernance du pays, que ce soit les Orléans, les légitimistes ou quelqu’un qui vient à la Bonaparte restaurer une famille. ». Le tête de liste est d’ailleurs membre de l’Action Française, mouvement maurassien ouvertement royaliste et antisémite, ce qui, pour Wallerand de St Just n’est visiblement pas un motif suffisant pour l’écarter …

Les questions des étudiants étaient également incisives : le candidat a notamment été interrogé sur son absentéisme record au conseil régional de Picardie, ce qu’il a âprement contesté. A tort puisque sur l’année civile 2011, Wallerand de St Just a été absent à quinze reprises, soit plus que l’ensemble des autres conseillers régionaux de Picardie.
Sur le fond, le candidat frontiste, ancien membre du GUD et qui a occupé Saint Nicolas du Chardonnet avec les catholiques intégristes en 1977, a dénoncé à cœur joie « la pourriture du Parti Socialiste, un des mouvements les plus corrompus qui existe ». Avant d’ajouter évidemment un couplet sur la sécurité, déplorant que le « maire de Paris soit dans une situation inférieure à celui des autres villes : il faudrait que le maire de Paris puisse créer sa propre police municipale ».
Les deux favorites des élections ont clairement monopolisé l’attention hier après-midi : lorsque le candidat d’Europe-Ecologie Les Verts Christophe Najdovksi est arrivé sur l’estrade, l’amphithéâtre s’est considérablement vidé. Il a fallu attendre la venue de NKM pour que les rangs de Boutmy se resserrent.
Une bipolarisation extrême, à l’image des échéances à venir ? Les trois concurrents aux deux dames fatales peinent en effet à trouver leur place. Pour autant, le rôle qu’ils joueront lors des prochaines élections pourrait être décisif.
Wallerand de St Just, qui a affirmé hier « vouloir dépasser les 10% dans le plus grand nombre d’arrondissements » aurait en effet les moyens de se maintenir au second tour dans plusieurs arrondissements, provoquant ainsi des triangulaires potentiellement désastreuses pour NKM. Dans le 14ème et le 15ème, les sondages indiquent que les listes FN pourraient se maintenir et ainsi ruiner toute chance de victoire pour la droite dans deux arrondissements indispensables à la reconquête de l’hôtel de Ville.

A gauche, Anne Hidalgo devra également tenir compte du score réalisé par les listes du Parti de Gauche, en particulier dans le 20ème arrondissement où Danielle Simonnet pourrait dépasser les 20% des voix : Jean-Luc Mélenchon avait réuni 17% des suffrages exprimés dans l’arrondissement lors des dernières présidentielles.
Chez Europe-Ecologie Les Verts, l’objectif sera de dépasser les 5% des suffrages exprimés pour pouvoir fusionner avec les listes socialistes au second tour et obtenir ainsi le maximum de conseillers de Paris. Dans le 2ème arrondissement, l’écologiste Jacques Boutault tentera de conserver la seule mairie d’arrondissement tenue ni par l’UMP ni par le PS. La vraie mairie, elle, sera jouera bel et bien entre deux femmes uniquement : verdict dans un peu plus d’un mois.
]]>