
Sciences Po est une machine complexe ; il n’y a pas qu’un seul type d’enseignant. Tout d’abord il y a la faculté permanente : « un corps de 200 professeurs en charge de l’enseignement et de la recherche, c’est le cœur de l’armée d’enseignants de Sciences Po ». Mais ces 200 (avec 100 de plus on pourrait se croire aux Thermopyles au cœur de Saint Germain des Près.) ne suffisent pas et Sciences Po fait en plus appel à 4000 vacataires. Ces vacataires sont de deux types : « académiques c’est-à-dire qu’ils travaillent parallèlement avec d’autres universités ou professionnels : des avocats, des chefs d’entreprises, des juristes qui peuvent apporter beaucoup aux étudiants avec leur expérience ». Ce double système original de théorie et de pratique doit pouvoir apporter à l’étudiant une formation complète.
Mais alors comment ces professionnels et ces enseignants finissent ils dans nos classes ? Selon Bénédicte Durand, le processus se déroule généralement de la manière qui suit : « Ce sont les candidatures spontanées, on en reçoit tous les mois, la personne nous envoie son CV et présente ses motivations. Ensuite, je la rencontre pour discuter de son projet, sa manière d’enseigner ect … Enfin, il y a un débat au sein du département concerné et avec les autres enseignants de la matière pour valider le contrat ». Évidemment, ces candidatures ne sortent pas de nulle part : « souvent la personne est un ancien élève ou connait quelqu’un qui travaille déjà dans l’établissement ».
L’École Doctorale représente également un large vivier d’enseignants prêts à dispenser leur savoir. Un grand nombre de doctorants de l’école donnent ainsi des cours en parallèle de la préparation de leur thèse. L’enseignement supérieur étant l’un des principaux débouchés de leur cursus, ces cours sont une occasion de s’y préparer. Ici encore, la théorie s’allie avec la pratique. Cependant, quelles qualités favorisent un CV plutôt qu’un autre ? Selon la doyenne, trois d’entre elles sont primordiales : « l’excellence dans le parcours, qu’il soit académique ou professionnel. Ensuite, l’engagement, il y a une vie associative riche dans notre école, nos enseignants doivent donc suivre ! Enfin, l’ouverture d’esprit, les élèves de Sciences Po viennent de tous les horizons ce qui entraine une grande diversité et il faut s’avoir s’y adapter ». A ceux qui lisent cet article et qui veulent devenir prof à Sciences Po, ne nous remerciez pas pour les idées de qualités à insérer dans votre CV !
La Péniche s’est aussi intéressée au nombre de recrutement mais aussi au cas de fin de contrat d’un enseignant. Selon Bénédicte Durand : « Les contrats sont semestriels et je dirais qu’il y a un turn-over de 10% à chaque fois mais nous avons la chance d’avoir un corps enseignant fidèle avec des enseignants qui le plus souvent restent plusieurs années au sein de Sciences Po ». En ce qui concerne le départ d’un maitre de conférences, la réponse est simple : « Le plus souvent, c’est une personne qui veut partir car elle à d’autres projets ou plus le temps. Mais il peut arriver que ça se passe mal et dans ce cas on ne prolonge pas le contrat. » Et c’est là qu’entrent en jeu les traditionnelles évaluations des enseignants. Si un maître de conférences fait l’objet d’un nombre élevé de commentaires négatifs – les enseignants étant susceptibles de l’évaluer au même titre que les élèves – cela peut donner lieu à l’arrêt de son contrat.
Après avoir lu ces deux articles, nous espérons que vous y verrez plus clair sur la procédure de recrutement des professeurs à Sciences Po. Certains d’entre vous y trouveront peut-être l’inspiration. Je tiens à remercier personnellement les deux professeurs qui ont répondu à mes questions dans le premier article, ainsi que Madame Durand pour avoir accepté de nous donner un peu de son temps afin d’éclairer notre lanterne.
]]>Un article de Luka De Silva & Laetitia Laali, pour le journal The Sundial de Reims.
Bénédicte Durand, la doyenne du Collège Universitaire de Sciences Po et Nathalie Jacquet, la directrice du campus de Reims ont répondu favorablement à notre demande d’interview, dans le but d’informer le corps étudiant des conséquences de la délocalisation prochaine des élèves du Collège Universitaire de Paris à Reims et des enjeux de la réforme Sciences Po 2022.
La réforme s’appliquera à de la rentrée 2017 pour la promo 2022, qui sera la première génération à en faire l’expérience. Bénédicte Durand et Nathalie Jacquet commencent par rappeler les 3 piliers de la réforme de la première année: « homogénéisation du curriculum, cohérence académique et diversité internationale ».
Bénédicte Durand expose le projet d’ouverture de nouveaux programmes, basés sur de nouvelles spécialités géographiques, qui se déploieront à Paris et Reims notamment. Les différents groupes de travail réfléchissent actuellement à quelles spécialités géographiques seraient les plus pertinentes, et quelle sera ou seront les nouvelles identités du campus de Paris. « L’idée du campus de Paris comme fief franco-français est obsolète » et à partir du moment où les élèves déposeront leur candidature à Sciences Po, « ils devront désirer cette ouverture internationale, car on la retrouvera dans chaque programme, sur chaque campus » confirme Nathalie Jacquet.
Bénédicte Durand insiste beaucoup sur l’un des buts premiers du Collège Universitaire qui est la maîtrise complète de l’anglais par tous les élèves au terme des 3 ans, afin d’affirmer la cohérence d’un bachelor complètement internationalisé. Aussi, la maîtrise de l’anglais étant la « clé de la mobilité », et le français la langue du pays d’accueil de tous les campus, les deux langues se devront d’être « au coeur de la formation ». Le but étant à terme de pouvoir avoir des bases solides pour pouvoir aisément « explorer d’autres langues ».
Le nouveau programme prévoit ainsi « moins de quantité mais plus de qualité » dans l’approche des langues d’identités de campus comme l’espagnol ou l’allemand, sous forme de conférence de lecture en plus petits effectifs où l’élève aurait une approche plus profonde de la langue. Bénédicte Durand a insisté sur le souhait de ne « pas faire préjudice à la diversité linguistiques des campus », mais au besoin de « rationaliser » l’apprentissage des langues.
Entendant l’inquiétude de certains étudiants concernant la spécificité des campus de région, en plus de la conférence de méthode d’humanité, qui pourra être enseignée dans des langues différentes selon les campus, le cours magistral d’humanité pourra être proposé dans une langue spécifique, à condition qu’une version française soit aussi proposée. Par exemple, un étudiant de Nancy aura sa conférence de méthode d’humanité en allemand et, pour le cours magistral, il pourrait choisir entre une version française et une version allemande.
Une des principales volontés de la réforme est de réellement construire un collège en réseau: se défaire du modèle où Paris est le centre principal; repenser Sciences Po à travers le prisme des 7 pôles. Bénédicte Durand affirme: « Aujourd’hui je suis la doyenne d’un collège en réseau ». Le Prix Richard Descoings, ayant eu lieu le 27 janvier dernier au Havre, est pour elle un parfait exemple « d’une initiative qui part des campus, qui rassemble tous les campus, qui se construit en réseau, et qui suppose de la circulation ». Un campus numérique est aussi en cours d’élaboration: étudiant du Collège Universitaire, quel que soit le campus, les élèves auront accès à cette plate-forme. Il s’agira d’un endroit de rencontres et d’interaction entre élèves et professeurs, un moyen de trouver diverses ressources, ou même d’y développer une vie étudiante spécifique, avec la possibilité d’un espace virtuel de rencontres et de travail. « C’est ça, le modèle de demain ».
B. Durand a aussi évoqué le lancement d’un Parcours Civique Obligatoire, qui donnerait l’occasion aux élèves de s’engager dans une ou plusieurs causes spécifiques au cours de leurs années au Collège Universitaire, validé au terme de la 3A. Le programme laisse le choix à l’étudiant de construire son propre parcours « au service du bien commun ». Une grande flexibilité demeurera sur la façon dont cette initiative pourra être approchée: pendant l’année scolaire, le stage, la 3A, l’été, par le biais d’une association présente sur le campus ou pas, ou dans le cadre d’une collaboration inter-campus.
Les premières révélations concernant la maquette pédagogique de deuxième année incluent deux nouveaux cours fondamentaux. “Culture et enjeux du numérique”, dont le but est de travailler les questions économiques, sociales, politiques, du point de vue du numérique et de la digitalisation. Cela permettra aux étudiants d’acquérir les bases dans un domaine qui pourra être approfondi en master. “Science et société” sera plutôt une introduction aux débats scientifiques contemporains, qui devrait fournir aux 2A le bagage en science “dure” nécessaire à l’étude des sciences sociales.
Les 13 groupes de réflexion sur la réforme réfléchissent également à un moyen d’évaluer les acquis de l’ensemble du collège universitaire à la fin de la 3ème année. Ce serait un moyen souple, peut-être une évaluation à distance.
Concernant le campus de Reims, Mme Jacquet, directrice du campus, annonce que « Olivier Chopin, provisoirement directeur des deux programmes du campus, restera en poste jusqu’à la fin de l’année universitaire ». Une réflexion au sein du collège universitaire et de la Direction des Ressources Humaines est en cours jusqu’à février pour « décider de l’orientation du campus durant les 4 prochaines années », du maintien ou non d’un unique directeur pour les deux programmes présents.
Bénédicte Durand a confirmé sa volonté de faire le tour de chaque campus afin d’expliquer « en détails et en personne » aux élèves le déroulement de la réforme.
Voir aussi: http://lapeniche.net/nouvelles-precisions-sur-la-reforme-du-college-universitaire/
]]>« Je me suis posée la question de faire Sciences Po », se souvient Bénédicte Durand alors que, jeune étudiante, cette dernière hésitait entre le métier d’enseignante et celui de journaliste. Après une classe préparatoire et une licence d’histoire-géographie, Madame Durand a finalement décidé de se tourner vers l’enseignement.
« Les stages ont été selon moi déterminants. J’ai fait un stage à la télévision, et un autre dans une classe de troisième, avant de prendre ma décision », se souvient-elle. Professeure agrégée, titulaire d’une thèse en géographie, Bénédicte Durand est par la suite devenue Maître de Conférences à Paris IV.
Un parcours classique, pourrait-on dire, jusqu’à ce que la politique n’intervienne. « Il y a 10 ans, on m’a proposé de rejoindre le cabinet de Gilles de Robiens pour m’occuper de la vie étudiante, et on m’a également confié le projet sensible de la loi Fillon, qui prévoyait l’intégration des IUFM (NDLR : Instituts universitaires de formation des maîtres) dans les universités. Un dossier technique que je devais suivre », explique-t-elle.
Cette loi Fillon, votée en avril 2005, a, entre autres, instauré les bourses au mérite. Une initiative ayant donné lieu à une contestation de plusieurs mois, entretenue principalement par les syndicats lycéens de gauche.
Un dossier technique certes, mais surtout politique. C’est sans doute cette première expérience qui lui a valu d’être recontactée en 2007 par l’équipe de Valérie Pécresse pour intégrer son cabinet, en la conseillant notamment sur les sciences humaines et sociales.
Bénédicte Durand se défend toutefois, à tort ou à raison, de tout engagement politique : “Mon engagement est plus technique que politique”. Avant d’ajouter : « Je n’ai pas d’engagement politique fort devant les électeurs et je n’envisage pas de le faire ».
Son choix est catégorique: « J’ai éprouvé dans ma vie professionnelle ce qu’est le sens du service publique pendant 6 ans, mais il y a 4 mois, j’ai choisi Sciences Po ».
Mais l’enseignement reste la vraie passion de Bénédicte Durand. En choisissant de se tourner vers une carrière d’enseignante plutôt que de journaliste, elle a pris « l’engagement majeur de (s)a vie ».
« Enseigner, c’est mon identité », ajoute-t-elle. « Ce que j’aime, ce sont les rencontres intellectuelles, les réflexions collectives. » Une identité qui semble ne s’être jamais perdue, même lorsque, membre des cabinets ministériels, elle continuait à dispenser ses cours.
Jusqu’à l’examen de la loi LRU, contre laquelle l’université Paris IV s’est largement mobilisée. « C’est à ce moment là que je me suis rendue compte que j’avais suffisamment pris part à la politique. J’ai donc repris mes fonctions d’enseignante à temps plein. »
Poussée par le désir d’enseigner, mais également par celui d’apprendre, Madame Durand n’hésite pas à reconnaître qu’elle doit beaucoup à ses élèves. « Sur le plan intellectuel, tous mes étudiants m’ont fait progresser ».
Former ses élèves certes, mais également accepter d’apprendre d’eux explique-t-elle. Osant même la comparaison: « Un enseignant, c’est l’inverse d’un athlète: il se perfectionne avec l’âge ».
Si le métier d’enseignante semble passionner Bénédicte Durand, la politique, bien qu’ayant été pour elle une expérience enrichissante, ne semble pas la séduire outre-mesure. Ainsi, si le travail en équipe et l’ambiance collective qui règnent dans un cabinet ministériel semblent l’avoir marquée, elle a aujourd’hui tourné la page.
Quand on lui demande ce qu’ « être doyen » signifie, Bénédicte Durand répond, sourire aux lèvres : « avoir l’âge pour assumer des fonctions de responsabilités ».
« Je n’avais aucun regard ni aucune expérience de Sciences Po. Je connaissais bien l’établissement vu depuis le Ministère. Mais je n’y avais jamais enseigné. J’y arrive donc avec un regard neuf et sans préjugés. C’est ce que Frédéric Mion attendait. »
Si l’expérience semble avoir été déterminante, on peut également souligner que c’est une génération de jeunes femmes impliquées et dynamiques, à l’instar de Cornelia Woll, qui arrive à la tête des postes régaliens de notre École.
Nouvelle, Madame Durand prend ses marques. « Je suis dans une situation de diagnostic et de compréhension ». Ses premières impressions à Sciences Po ? « J’arrive dans un très bel établissement avec des étudiants remarquables ».
Des challenges de taille attendent Bénédicte Durand : le transfert à Reims d’une partie du Collège Universitaire, la réforme du concours d’entrée, ou encore l’organisation des enseignements… Autant de sujets qui solliciteront ses compétences acquises en pilotant des politiques publiques au sein du Ministère de l’Education Nationale.
“Je suis là pour que les étudiants puissent compter sur moi” conclue-t-elle. Promesse d’enseignante ou parole de femme politique ?
Dans la même catégorie : « Cornelia Woll remplace Françoise Mélonio : bilan, projets » par Raphaël Saïdi et Martin Lewandowski. « L’innovation à l’international » titrait Sciences Po dans un article relatif au remplacement de Françoise Mélonio par Cornelia Woll, au prestigieux poste de Directrice des Etudes et de la Scolarité. D’origine allemande, Cornelia Woll a dirigé… Lire la suite.
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