Du 3 au 7 février 2025 a eu lieu à Sciences Po la semaine de prévention autour de la santé mentale, un événement co-organisé avec plusieurs universités parisiennes. Après avoir vu se succéder stands, ciné-débats et espaces de discussion, nous nous sommes entretenus vendredi 7 février avec Romane et Chloé. Toutes deux sont en Master, à l’Ecole de la recherche et à l’Ecole d’Affaires Internationales (PSIA), et co-présidentes de l’association Stimuli sur le campus de Paris. Stimuli est une association étudiante spécialisée dans la prévention autour de la santé mentale des étudiants, sur le campus de Paris. Fin décembre 2024, les membres de l’association ont diffusé un questionnaire à l’intention des étudiants, afin de rendre compte de l’état psychologique actuel au sein de l’école.
Cet entretien fut l’occasion pour les deux co-présidentes de revenir sur la création de l’association, ses objectifs, mais aussi de mettre en lumière les points forts de leur enquête, et les éventuelles pistes d’amélioration afin de répondre aux besoins des étudiantes et étudiants.
Auteurs: Gabriel Caputo et Maëlle Pottecher
Stimuli, association étudiante créée en 2020, est une conséquence logique de la pandémie de Covid-19 et du confinement qui en a résulté, contraignant les étudiants à s’isoler comme le reste de la population. L’association n’est présente que sur le campus parisien, mais cela ne fait pas de lui un campus précurseur. Les questions de santé mentale font aussi l’objet de préoccupations à Poitiers ou à Reims par exemple ; du côté des associations étudiantes, mais aussi du côté de l’administration. Chloé et Romane étaient par exemple membres de Apapachos à Poitiers, une initiative étudiante orientée sur la santé mentale et le bien-être. Toutes deux avaient une “sensibilité antérieure” à ces questions, tandis que ces sujets n’étaient pas toujours abordés durant leur première année. A leur entrée en Master sur le campus de Paris, elles se sont donc naturellement proposées pour la présidence de Stimuli.
Rapidement après sa création, l’association s’oriente vers le bien-être, la prévention et l’information, et le lien avec le pôle santé. Des objectifs variés, qui ont été accompagnés d’un élargissement des dispositifs d’action : de l’organisation de ciné-débats, à la publication récente d’un guide sur la santé mentale, accessible via Instagram. Justement, les réseaux sociaux permettent à l’association de toucher un public plus large, les posts étant traduits en anglais. L’association peut s’avérer d’autant plus utile pour les étudiants étrangers puisque, comme le rappellent les co-présidentes, ceux-ci sont généralement dépourvus de structures et de ressources vers lesquelles se tourner. Les internationaux ont d’ailleurs été nombreux à répondre au questionnaire (soixante réponses en anglais, face à cent-soixante réponses en français).
Ce questionnaire, sans doute leur projet le plus ambitieux, a constitué le travail central de l’association ces derniers mois, et vous n’avez pas pu passer à côté des QR codes disposés ici et là dans l’ensemble du campus. L’association en tire divers enseignements. Tout d’abord, les étudiantes et étudiants présentant des symptômes liés à leur santé mentale, connaissaient déjà des problèmes avant d’entrer à Sciences Po – notamment concernant la pression académique. En revanche, ces symptômes sont amenés à s’intensifier, et pas uniquement à cause de Sciences Po. Les nombreux transports que doivent parfois prendre les étudiants contribuent ainsi à renforcer les difficultés éprouvées.
Les résultats démontrent également les difficultés liées à la première année de bachelor. Alors que 43% des enquêtés déclarent avoir connu une fatigue accrue avant leur rentrée au Collège universitaire, ce pourcentage passe à 71% après le début des études. Cela s’expliquerait en grande partie par les nombreuses difficultés liées au premier semestre. Entre syndrome de l’imposteur, pression, charge de travail plus importante, et bien souvent première séparation avec ses parents, cette période s’avère particulièrement éprouvante.
Afin de détailler les résultats de cette enquête, Stimuli travaille sur la rédaction d’un rapport à l’attention des étudiants, ainsi que de l’administration de la vie étudiante. Aussi précise l’enquête soit-elle, les co-responsables tiennent à souligner l’existence de biais. En effet, les personnes qui répondent sont le plus souvent déjà au fait de ces questions, notamment en ce qui concerne les femmes. Si celles-ci sont majoritaires à Sciences Po, cette caractéristique ne suffit pas à expliquer que 80% des réponses aient été celles d’étudiantes.
Un caractère genré de cette préoccupation qui se retrouve jusque dans la composition de l’association, intégralement féminine cette année. En outre, le questionnaire ne prend pas en compte l’actualité, vectrice par exemple d’éco-anxiété.
Si cette enquête est prometteuse, c’est aussi parce qu’elle semble trouver un écho au sein de l’administration. Les co-présidentes ont en effet été satisfaites de voir l’implication des membres de l’administration sur cette question, et en particulier celle de Romain Welter, coordinateur de la vie associative « sport, santé et bien-être ». Celui-ci est en effet entré en contact avec les co-présidentes de l’association pour leur demander des points d’éclaircissement et des compte-rendus. C’est aussi le cas du pôle santé, dont la directrice a contacté l’association dans le cadre de la semaine sur la santé mentale.
Ainsi, tout porte à croire que la santé mentale est prise au sérieux au sein de Sciences Po. Pourtant, certains obstacles systémiques persistent.
En premier lieu, les co-présidentes avancent le système de défaillance qui ne serait pas adapté. Il témoigne en effet d’un certain manque de confiance à l’égard des élèves alors que, comme elles le rappellent, les sciences pistes sont déjà recrutés pour leur sérieux et leur envie d’apprendre. Elles mettent aussi en avant l’importance de la charge de travail ; à l’approche des partiels évidemment, mais aussi en lien avec les emplois du temps. L’exigence et l’image du “prestige” se répercuteraient sur la quantité de travail demandée aux élèves. Or, celle-ci n’est pas toujours supportable, et a déjà amené l’administration à revoir certains programmes. Notamment en ce qui concerne les Masters, qu’il s’agisse de ceux de la PSIA ou de l’Ecole de journalisme de Sciences Po. La réponse apportée est inadaptée pour l’association, qui regrette une diminution du niveau demandé aux étudiants, alors même que la charge reste la même.
L’organisation de cette semaine de prévention autour de la santé mentale serait d’ailleurs « symptomatique » de l’organisation de Sciences Po, comme Romane et Chloé en ont convenu avec un infirmier du pôle santé. Face à un emploi du temps souvent chargé et à un panel d’événements se superposant les uns aux autres, il était parfois difficile d’attirer les étudiants aux divers événements proposés. Les co-présidentes livrent leurs expériences personnelles : l’une d’elles aurait adoré assister aux conférences, mais elle n’a pas pu en voir une seule par manque de disponibilité. Notre temps libre se fait rare, et même le temps de métro est maintenant associé aux révisions ou à un bref suivi des actualités.
Les deux étudiantes appellent donc à maintenir un certain niveau d’exigence, tout en repensant la construction des emplois du temps.
Pour mieux envisager ces changements, rien de mieux que de s’inspirer des systèmes universitaires étrangers. Les expériences des étudiants de troisième année peuvent en effet constituer une grande source d’inspiration.
L’une des co-présidentes a par exemple réalisé son année à l’étranger à l’Université d’Uppsala, la première université de Suède. Elle fait état d’une organisation radicalement différente de la nôtre, avec l’étude d’une matière fondamentale par mois. Elle ne retient de ce système que des bénéfices : un meilleur étalement des examens, moins de travail à la maison et moins de cours dont l’exigence reste la même, ce qui donne aux étudiants le loisir d’approfondir les divers enseignements. De même, les deux étudiantes citent l’exemple d’une élève ayant étudié au Canada, au sein d’une prestigieuse université qui admettait un système de report de deadline “no question asked”. Ceci permet de profiter de plus de flexibilité sans justification, une fois par semestre.
Ainsi, “on peut réduire la quantité sans réduire la qualité” affirment les deux étudiantes. Elles rappellent que les élèves restent “demandeurs” de savoirs, comme l’illustre l’affluence constatée aux conférences ou cours facultatifs. Elles appellent ainsi l’administration à “ne pas avoir peur de réduire la charge”, alors même qu’une réforme des maquettes pédagogiques du Collège universitaire est à venir.
Alors que nous entrons dans la seconde moitié du semestre, les deux co-présidentes ne manquent pas de projets. En plus de la rédaction du rapport sur la santé mentale, l’association prévoit de reproposer un concept particulièrement apprécié lors de la dernière « semaine pré-partiels » : les ateliers de massage et de sophrologie. En outre, elles souhaiteraient aussi mêler la santé mentale à d’autres sujets qui “intéressent plus les sciences pistes”, à l’image de l’actualité et des questions de migrations par exemple. L’association, qui affirme que “ce n’est pas grave de ne pas être tout le temps en train de faire quelque chose”, voudrait également promouvoir les moments de détente comme en témoigne l’organisation de la Game Board Night le jeudi 20 février, avec Sciences Plato – la nouvelle initiative étudiante consacrée aux jeux de société.
Finalement, à vouloir autant se soucier du bien-être des autres, n’en vient-on pas à sacrifier sa propre santé mentale ? Pour Chloé et Romane, aucun risque ! Elles en sont conscientes : “prendre soin de soi avant de prendre soin des autres” est important afin de pouvoir ensuite apporter son aide. A titre personnel, elles parviennent à gérer les différentes activités de l’association malgré la charge de travail supplémentaire. Celles-ci constituent alors pour elles une forme d’échappatoire notamment en ce qui concerne la « semaine pré-partiels » et son importante mise en œuvre en amont. L’une des co-présidentes a indiqué n’avoir eu qu’un partiel au premier semestre, ce qui lui a permis de mieux s’organiser.
Enfin, les deux co-présidentes rappellent les forces de Stimuli : une proximité avec les étudiants facilitée et un lien indispensable avec le pôle santé qui semble se renforcer avec le temps et les actions de l’association. Elles soulignent d’ailleurs le manque de budget de celui-ci, ainsi que le manque de personnel pour accompagner durablement les étudiants sur le plan psychologique et mental. Les étudiants sondés ont notamment relevé l’impossibilité de suivre une thérapie dans la durée. En outre, elles plaident pour davantage de sensibilisation du côté des professeurs. “On est encore dans un travail de fond” affirment-elles. Elles établissent un parallèle avec la question de l’égalité femme-homme dont on a saisi l’importance, ce qui n’empêche pas la persistance de nombreux obstacles à franchir.
]]>En Occident et singulièrement en France, la satisfaction des besoins primaires est largement assurée pour la majorité des gens. C’est pourquoi beaucoup d’entre nous sommes amenés à nous concentrer sur des besoins plus élevés dans la pyramide de Maslow, notamment les besoins d’auto-accomplissement. Maslow classe en cinq catégories les besoins humains, du plus vital au plus nécessaire avec à sa base les besoins physiologiques (respiration, hydratation, alimentation, sexualité, sommeil, excrétion), et à son sommet le besoin d’accomplissement de soi. Dans cette recherche d’accomplissement, la passion est souvent perçue comme un chemin privilégié pour donner du sens à l’existence. Mais est-ce vraiment le cas ?
Par passion, on peut entendre un désir, un intérêt profond qui nous pousse à nous investir dans une activité ou une cause, parfois au point d’y consacrer une part majeure de notre temps et de notre énergie. La passion peut être vue comme une voie vers le sommet de la pyramide de Maslow, où l’individu réalise son potentiel, ce qui fait de lui un individu unique : par exemple, un artiste qui crée une œuvre ou un scientifique qui fait une découverte. Lorsque les opportunités éducatives, culturelles et professionnelles sont nombreuses (ce qui est le cas en France), la passion est souvent encouragée et valorisée. Elle devient une norme sociale pour « réussir sa vie ». Dans ces conditions, le manque de passion peut être source de frustration et peut nous pousser à une recherche artificielle ou à une idéalisation de cette idée.
Cela dit, peut-on réellement parler de « besoin » d’auto-accomplissement ? La frontière entre passion et obsession est fine. Une passion mal canalisée peut devenir destructrice, pour soi-même (épuisement, isolement) ou pour les autres. Elle a été fatale pour le peintre Bernard Buffet, qui s’est donné la mort lorsque la maladie a pris le dessus, et lui a volé sa passion pour la peinture.
Mais surtout, plus que dans une quête grandiose, certains trouvent leur bonheur dans des plaisirs simples et quotidiens comme cuisiner, jardiner, pratiquer un sport. L’adjectif « épicurien » est souvent utilisé pour décrire ce rapport au monde.
William James, philosophe pragmatiste, considérait que la valeur d’une idée ou d’un engagement résidait avant tout dans ses effets concrets sur notre existence. Plutôt que de poursuivre un but absolu, il s’agit peut-être de trouver, dans l’expérience elle-même, ce qui enrichit notre rapport au monde et aux autres. Ainsi, et si l’autoaccomplissement passait aussi par les autres ? L’engagement communautaire, la transmission ou l’éducation peuvent être des moyens de se dépasser tout en créant du lien. Nombreuses sont les associations à Sciences Po œuvrant dans ce but, comme Paris Solidaires ou encore Sciences Po Refugee Help.
Finalement, j’aurais envie de dire que la passion est un chemin parmi d’autres vers l’auto-accomplissement. Mais est-elle essentielle ? Peut-être que l’essentiel réside dans la liberté de choisir : avoir une passion dévorante ou simplement profiter des instants simples de la vie.
]]>Pendant une semaine, les militants étaient présents sur le campus, à travers le collage d’affiches, la distribution de flyers, ainsi que le débat organisé par Sciences Po TV, auquel les étudiants ont assisté en nombre.
Auteur: Gabriel Caputo
La victoire de l’Union étudiante, celle de la « voix logique » (Nathan pour l’Union syndicale)
Au bout d’une semaine de campagne intense, la victoire de l’Union syndicale avec 49,24% des voix représente pour Nathan, élu quatrième suppléant de l’intersyndicale, le triomphe de la « voix logique à Sciences Po ». Logique dans la mesure où les élections confirment une tendance politique des étudiants à gauche, engagés et soutenant la cause palestinienne avec l’élection du « Student for Justice in Palestine » à Paris et Menton aux initiatives étudiantes, comme il le rappelle notamment.
Les présidences étudiantes des deux conseils ainsi que la section disciplinaire constituent des priorités pour l’intersyndicale. Celle-ci compte bien s’appuyer sur le « souffle qui a été donné dans cette campagne » et sur une éventuelle coopération avec Solidaires pour obtenir une majorité absolue leur permettant un accès à ces postes. Il s’agit d’agir contre la « répression générale » qui s’impose aux étudiants mobilisés avec pour objectif le rejet du controversé règlement étudiant, à nouveau validé par le CVEF et sur lequel doit se prononcer le CI, afin de défendre la « liberté de manifester, de se rassembler ». Autre sujet important pour l’Union syndicale, l’instauration de la progressivité des frais pour les étudiants extra-européens pour lutter contre une situation « extrêmement discriminante à l’égard des étudiants qui ne viendraient pas des grandes bourgeoisies des différents Etats extra-communautaires » d’après Yan, militant, rejetant « l’argument fallacieux » d’une situation financière de l’école qui ne le permettrait pas : les frais de scolarité représentent en effet « un tiers » de son budget.
Si Nathan « ne savait pas du tout à quoi s’attendre » pour le résultat, « ce n’est pas non plus choquant » pour Alice, militante. Il faut dire que le résultat s’inscrit dans celui des élections du CROUS, comme l’indique Hadrien, élu quatrième titulaire. Un résultat qu’ils doivent à une campagne présente sur l’ensemble des campus, un « effort de communication » avec la mise en œuvre d’une « identité visuelle » et leur présence sur les réseaux sociaux. « Tout le monde a perdu des voix et on en a gagné 785 » constate Zélie, élue troisième titulaire, qui explique ce score par cette « alliance entre l’Union étudiante, l’AER et l’Unef [qui] a été un regain dans le syndicalisme et le militantisme à Sciences Po » dans un mouvement plus largement « national ». Alice ajoute : « C’est vraiment la création de l’Union étudiante qui a permis de remobiliser tout ça », une manière de présager l’importance du syndicat au sein de l’alliance dont la vocation est d’abord de lutter contre une potentielle victoire de « l’extrême-droite à Sciences Po ».
Au sujet de la réputation de Sciences Po, Nathan fustige les interventions de l’Uni sur des médias comme CNews ou encore la matinale de « Frontières », « bien à l’extrême droite », qui diffusent des « accusations absurdes ». Enfin, s’il dit que le mouvement propalestinien « fait très attention à ses slogans pour heurter le moins possible », il déplore « l’instrumentalisation » du terme « intifada » par l’extrême droite et notamment L’UNI dans les médias. « Et ça, c’est l’image de l’école qui en pâtit » conclue-t-il.
« Concernant le résultat des élections, force est de reconnaître qu’il n’est pas à la hauteur de nos attentes » (Maxime pour l’équipe Nova)
C’est un bilan contrasté qui s’impose à Nova après la perte de 200 voix et de la position de « premier syndicat de Sciences Po ». Cela dit, le syndicat relativise : « ce résultat confirme la solidité de notre ancrage : alors que l’Unef obtenait à elle seule 70% des suffrages il y a 10 ans, Nova s’est durablement et solidement implanté dans le paysage syndical à Sciences Po ». Le syndicat a en effet obtenu 26,54 % des suffrages au CVEF et 26,52% au CI. S’il promet que sa « position ne changera pas à des fins électoralistes », le syndicat espère que « l’esprit de coopération se poursuivra » dans l’intérêt des étudiants et rappelle que la possession de deux sièges au CVEF lors du mandat précédent ne l’a pas empêché d’obtenir des avancées. Il s’agit en outre pour Nova de conserver son indépendance : « il n’est pas question de nous vassaliser », insiste-t-il.
Enfin, Maxime conteste les accusations de complaisance à l’égard de l’administration souvent formulées au cours de la campagne. « Comment expliquer que l’Union étudiante ait obtenu la présidence étudiante du CI [après les élections 2022] alors que nous disposions du même nombre de siège qu’eux ? » avance-t-il tout en valorisant le « dialogue » et une « approche constructive » face à une Union étudiante accusée de recourir « trop souvent » à « l’injure », au « blocage » et à l’« intimidation ».
« Nous sommes très satisfaits de ces résultats » (Louise, représentante de l’Uni à Sciences Po)
Si l’heure n’est pas à la victoire, l’heure n’est pas non plus à la défaite pour l’Uni qui conserve « [ses] sièges [un par conseil] en maintenant […] à deux voix près [leur] nombre de voix absolu ». Un score jugé inattendu pour un syndicat qui dit avoir vécu une campagne « très violente » par les « tracts et affiches » distribués et des « diffamations » auxquelles s’ajoute une « sociologie des admis » influencée par le nouveau mode d’admission, sans pour autant se prononcer sur caractère « bon ou mauvais ». Celui-ci donne une place restreinte aux élèves issus des « lycées privés, notamment d’Île-de-France ». Voilà autant d’éléments qui « jouent contre nous» , affirme Louise.
Le rôle de l’Uni « demeure ce qu’il a toujours été à Sciences Po » c’est-à-dire celui de porte-voix d’une « minorité d’étudiants » attachée au « diplôme », au « travail » à l’« excellence » et par dessus tout à la « valeur du diplôme » affirme-t-elle. C’est une priorité pour l’Uni qui s’alarme de la baisse de « recrute[ment] de sciencespistes » au sein des entreprises, une affirmation que l’on verra ou non se confirmer avec le classement QS 2026 en sachant que celui de 2025, publié en juin 2024, a placé Sciences Po au premier rang français, européen et au trentième rang mondial en termes d’insertion professionnelle.
Une « minorité d’étudiants » qui n’est « pas négligeable », le syndicat ayant recueilli 11,62% des votes au CI et 11,44% des votes au CVEF. C’est un résultat traduisant un « tableau plus fidèle des opinions et revendications des étudiants » permis par un « taux de participation inédit ». La représentante souhaite ainsi s’assurer que « celle-ci puisse librement s’exprimer dans les salles de classe et sur les campus » en luttant contre « les discriminations politiques qui existent au sein de notre école », une autre priorité de l’Uni.
Si on se satisfait en interne du résultat, celui-ci n’est toutefois pas suffisant pour le syndicat qui entend mener « un travail de recueil d’opinion et de témoignages auprès des étudiants » afin de « prioriser [leurs] revendications selon les besoins réels » tout en soutenant les « efforts que l’administration et la direction semblent mettre en place pour permettre un retour au calme sur nos campus ».
À la lumière des propos de l’Union syndicale relatifs à l’impact de la médiatisation de l’Uni sur la réputation de l’école, le syndicat a tenu à faire valoir son droit de réponse:
| « Cette allégation est assez ironique dans le sens où elle confond l’œuf et la poule. À l’UNI, nous nous contentons de documenter, de dire la vérité sur ce que les étudiants de Sciences Po vivent au jour le jour. Des vidéos d’étudiants studieux ou bien d’étudiants mobilisés dans le cadre d’un débat politique serein ne trouveraient pas d’écho médiatique. Si les médias s’intéressent à nous, si les employeurs affirment ne plus recruter de sciencespistes, ce n’est pas car une poignée d’étudiants de l’UNI prennent des vidéos. C’est bien, car une minorité d’étudiants ternissent la réputation de l’établissement et en font pâtir des milliers d’autres, qui n’ont rien demandé. Nous pensons qu’il est important de faire entendre dans les médias une voix différente et de montrer qu’il reste fort heureusement des étudiants de bon sens. À bon entendeur. » |
En somme une élection où chacun se satisfait en partie de ses résultats, confirmant un développement électoral dans le cas de l’Union syndicale, et la consolidation d’une base plus ou moins fragile pour Nova et l’Uni. Si les trois syndicats se distinguent, ils ne manquent pas de remercier les électeurs pour leur confiance.
De plus, il est important de noter le caractère exceptionnel de cette élection. Certes, la participation n’a jamais été aussi élevée en atteignant 41,07% mais les résultats sont ceux d’une minorité, aussi importante soit-elle, d’élèves. L’abstention de 48,93 % peut alors s’expliquer par les difficultés rencontrées par les militants lorsqu’il s’agit de mobiliser les élèves qui ne peuvent pas tous être atteints par les mobilisations comme a pu nous l’expliquer Nathan de l’Union syndicale.
N.d.l.r.
Le nombre plus important d’interviewés de l’Union syndicale s’explique par la présence de l’auteur à la soirée électorale qu’elle a organisée à la suite de la publication des résultats.
Solidaires n’a pas encore répondu à nos sollicitations mais l’article pourrait être mis à jour si le syndicat venait à le faire.
]]>L’idée a pourtant germé dans l’esprit de Mathieu Pettine, étudiant en première année à Sciences Po (Campus de Paris), lors de la rentrée du semestre d’automne. Fort de ses derniers projets, notamment du long métrage Anima (2022) qu’il a co-réalisé avec son ami Yves Mugglestone, Mathieu a commencé à partager son intention avec quelques camarades dès le mois de septembre. L’idée : donner à voir une représentation de Cyrano de Bergerac « comme on n’en a jamais vu ».
Finalement, ce sont près de cent personnes, principalement des étudiants de 1A, qui se sont engagées dans ce projet de « théâtre-concert immersif » où danse, chant et musique accompagnent la prestation de vingt comédiens.
Pendant plusieurs mois, ces derniers ont travaillé leur jeu avec cinq metteurs en scène sous la direction d’Emie Danan, étudiante en première année pratiquant le théâtre depuis ses six ans. Pour les trois comédiens principaux – Vladimir Kogan (Cyrano), Ana-Maria Codescu (Roxane) et Trajan Susini (Christian), il a fallu répéter au minimum six heures par semaine, sans compter le temps d’apprentissage du texte.
Celui-ci a par ailleurs été allégé entièrement de l’acte IV, qui a été remplacé par une danse contemporaine retraçant les grands évènements de l’acte et leurs implications pour les différents personnages.
La musique, elle, a été exclusivement composée pour l’occasion par Elise Crambes, membre de l’Orchestre de Paris.
Si l’investissement personnel de tous les membres du projet a été colossal, le coût financier l’a été tout autant. Entre la location de salles et de costumes – qui ont été pour certains confectionnés par des étudiants de Sciences Po – et surtout les différentes prothèses de nez nécessaires pour jouer le fameux Cyrano à chaque représentation, entre deux-cents à trois-cents euros la pose, plusieurs milliers d’euros ont été déboursés.
Ainsi, bien que l’initiative étudiante ait été subventionnée par le CROUS de Paris et que des places aient été mises en vente pour les représentations qui se sont tenues au théâtre du Ranelagh (Paris, 16eme arrondissement), les dons des spectateurs ont été essentiels.
Au total, trois représentations ont eu lieu : une en Boutmy puis deux au théâtre du Ranelagh. Toutes ont été saluées par les différents spectateurs qui y ont assisté – principalement des parents et amis des personnes investies dans le projet ainsi que des professeurs et élèves de Sciences Po.
À l’issue de la première représentation, un parent d’élève a comparé la prestation des étudiants à celles qui peuvent être proposées par des comédiens professionnels. Pour lui, l’écart entre celles-ci n’est pas si important. Une étudiante a également souligné l’importance de l’orchestre et du chœur qui ont véritablement porté la pièce selon elle.
Encouragé par ces retours positifs, Mathieu envisage déjà de monter un nouveau projet en deuxième année, qui soit « encore plus spectaculaire et moins littéraire ». Si rien n’est encore décidé, l’étudiant affirme sa volonté d’écrire entièrement ce prochain spectacle, qui ne sera pas nécessairement une pièce de théâtre.
En attendant cette nouvelle initiative, un documentaire retraçant l’histoire du projet Cyrano est en cours de préparation. Sa sortie est prévue pour la rentrée prochaine.
À l’occasion de la journée européenne de mobilisation universitaire en soutien à la Palestine mardi 12 mars, un groupe d’étudiant·e·s a occupé l’amphithéâtre Émile Boutmy pendant quatre heures. Bien que le caractère démocratique de cette pratique militante fasse fréquemment débat auprès d’étudiant·e·s désireux·euses d’assister à leurs cours, mardi matin, les critiques étaient d’un autre ordre : une étudiante membre de l’Union des Étudiants Juifs de France (UEJF) se serait vue refuser l’accès à la conférence “Judéité et antisionisme” organisée à la place d’un cours d’histoire par le Comité Palestine de Sciences Po Paris (CPSPP). Ce collectif ne dispose pas de statut administratif et n’est pas affilié à Students For Justice in Palestine (SJP), l’initiative étudiante à l’origine du walkout officiel qui s’est tenu le même jour.
Après l’installation “orga, déco et DJ set” entre 8h et 10h, et l’introduction à la conférence, un échange a eu lieu avec un réfugié palestinien de la bande de Gaza ainsi qu’un professeur en poste à Jérusalem. L’évènement avait pour objet la défense et le soutien des Palestinien·ne·s victimes des privations et bombardements infligés par Israël, en particulier depuis l’attentat perpétré par le Hamas le 7 octobre.
Lorsque l’étudiante au cœur des polémiques arrive devant l’amphithéâtre, les membres du CPSPP lui en auraient refusé l’accès verbalement, avant l’intervention de l’administration qui lui a finalement permis de passer. Sur Twitter, l’UEJF dénonce la supposée apostrophe d’un participant : “Ne la laissez pas rentrer, c’est une sioniste”.
Et la polémique s’enflamme. Pierre Catalan, directeur de la Vie Étudiante, nous explique à l’occasion d’un échange par mail qu’ “aucun membre de l’administration n’a été témoin de cette phrase. Certains ont été témoins du filtrage pratiqué et d’autres propos tenus pour justifier l’interdiction que l’accès à des étudiants soit empêché”. L’étudiante a déclaré au Parisien ne pas avoir entendu cette invective. Dans un mail adressé à la communauté éducative le 12 mars au soir, Sciences Po dénonce toutefois des “propos accusatoires (…) prononcés à l’encontre d’une association étudiante en particulier”, qui viseraient l’UEJF.
Très fort, trop vite, cet incident fait l’événement, et chaque camp politique le récupère à l’envi. Une semaine plus tard, après la saisie du Procureur et de nombreux communiqués, Sciences Po flotte dans le désarroi diffus des parties prenantes, qui affirment toutes pâtir des retombées médiatiques.
Contrairement à ce qu’ont rapporté certains médias et la ministre déléguée chargée de l’égalité femmes-hommes Aurore Bergé, l’étudiante n’aurait pas fait l’objet d’un “filtrage au nom”, dont la sonorité aurait “révélé” qu’elle était juive. Non membre de l’UEJF, mais se définissant lui-même auprès de La Péniche comme juif, Ethan* était aux abords de l’amphithéâtre lorsqu’il a eu vent des difficultés de l’étudiante. Il nous raconte avoir accouru en Boutmy pour vérifier que le “filtrage” n’était pas lié à une appartenance religieuse ou affiliation politique, ayant d’abord “naturellement pensé qu’on lui refusait l’accès car [l’étudiante] était juive”. Il est entré dans l’amphithéâtre “sans problème”, tout comme des étudiant·e·s affilié·e·s à l’UEJF, et nous confie que les étudiant·e·s pro-palestinien·ne·s présent·e·s dans l’amphithéâtre se sont montré·e·s “bienveillants” lorsqu’il s’est renseigné sur la situation. L’étudiante bloquée à l’entrée aurait été la seule membre du bureau de l’UEJF à tenter de pénétrer en Boutmy.
Jeanne*, étudiante venue assister à la conférence, était au fond de l’amphithéâtre. Vers 10h10, elle entend le ton monter près de l’entrée. Elle voit alors l’une des organisatrices de l’événement en “pleine altercation [verbale] avec l’étudiante concernée par le refus”, cette dernière étant accompagnée de Kate Vivian, Directrice de l’Engagement. Jeanne nous assure n’avoir pas entendu “sale sioniste”, elle ajoute qu’ “à aucun moment de la discussion il n’a été question de sa religion ou de son affiliation politique”.
L’organisatrice de l’événement aurait expliqué leur refus en invoquant la protection du droit à l’image des participants pro-palestinien·ne·s, ce que confirme Amélia*, une étudiante présente mardi matin : “je les ai entendu dire ‘non elle ne rentre pas, c’est pour notre sécurité’ à l’admin[istration]”. Jeanne confirme qu’il était question de “photos”. Mohamed*, militant pro-palestinien et étudiant en droit international, déclare auprès de La Péniche : “cette étudiante, on ne sait pas si c’est elle qui les poste, mais on sait qu’elle nous prend souvent en photo et en vidéo. D’autres gens avec elles prennent aussi des vidéos, ils n’étaient pas invités. Il se trouve qu’il n’y avait qu’elle à ce moment-là, elle n’est pas rentrée, mais le reste des gens de son organisation sont rentrés”.
L’étudiante bloquée à l’entrée aurait protesté, en affirmant que les membres du CPSPP ne connaissaient pas son identité, et devaient justifier leur refus. Le comité aurait évoqué des “mesures de sécurité” mises en place en réponse à un “harcèlement”. Parmi ces “mesures” figure la mise à disposition de masques en papier durant toute la matinée. Cette inquiétude liée à la diffusion de leur image pèse sur les mobilisations pro-palestiniennes depuis un certain temps, et si Pierre Catalan note qu’ “à sa connaissance (…), aucun signalement formel ni plainte n’avaient été formalisés” pour des cas de “fichage” ou de harcèlement des militant.e.s, au moins depuis son arrivée en fonction en décembre 2023, il reconnaît que “plusieurs étudiants, actifs notamment sur les blocages et dans des collectifs dits en lutte” lui ont signalé être inquiets d’être “pris en photo et circularisés à des personnes malveillantes”.
Selon Mohamed, l’administration aurait été informée à plusieurs reprises par le passé de tels cas de harcèlement, sans donner de réponse. La Péniche a eu accès à un mail d’étudiant·e·s pro-palestinien·ne·s daté d’octobre qui atteste de plaintes addressées à l’administration de Sciences Po au sujet de “faits de violence et d’intimidation commis par des étudiants”. Le CPSPP avait également partagé sur les réseaux sociaux une liste de leurs demandes en février, et la “protection des voix palestiniennes” y figurait comme première priorité.
Dans un communiqué du CPSPP du 13 mars, on peut lire que « les personnes à qui l’accès a été refusé (NDLR: à notre connaissance, une seule personne s’est vu refuser l’accès) étaient des individus ayant harcelé et intimidé par le passé d’autres étudiant·e·s quant à leurs positions politiques (…) Ces personnes sont connues pour avoir photographié et filmé des étudiants pro-palestiniens à leur insu, pour ensuite les poster sur les réseaux sociaux, les exposant ainsi à un risque élevé de harcèlement en ligne« .
Précisons avant tout que, fondées ou non, des accusations spontanées de violation du droit à l’image ne sont a priori pas suffisantes pour refuser l’accès d’un·e étudiant·e à un événement tenu à l’université. Comme nous le rappelle Pierre Catalan par e-mail, “interdire l’accès à un étudiant ou une étudiante pour ce motif [du droit à l’image], sans preuve étayée ni précédent tangible (appuyé par un signalement interne a minima, voire une plainte) est totalement intolérable et renvoie à la calomnie”. Toutes les parties prenantes, y compris le CPSPP, ont confirmé que cette étudiante n’avait jamais fait l’objet d’un signalement de ce type.
Le droit à l’image, qui permet d’autoriser ou de refuser la reproduction et la diffusion publique de son image, est souvent invoqué par les militant·e·s. De manière générale, peut-on photographier des manifestant·e·s? Oui, si l’image est prise dans un lieu public. La personne photographiée peut toutefois engager des poursuites si elle est reconnaissable et isolée sur le cliché, si elle considère que sa dignité n’a pas été respectée ou que l’image a été utilisée dans un but commercial. Pierre Catalan commente également : “Publier sans leur consentement des images d’étudiants mobilisés à visage découvert, dans des contextes irréguliers est pratiqué déjà et avant tout autre… par les étudiants mobilisés eux-mêmes”. Certes. Si aux yeux de la loi, et en l’absence de précédents internes, le refus du CPSPP serait difficilement justifiable, l’invocation du droit à l’image fait toutefois apparaître un élément supplémentaire dans le débat autour de la qualification de cet épisode : refus individuel, ou acte antisioniste voire antisémite ?
Pour Tsipora*, membre de l’UEJF, il n’y a pas eu “un seul acte antisémite, mais pleins de micro-évènements antisémites”, de “micro-agressions” à Sciences Po, et elle note une augmentation depuis le 7 octobre. Le 12 mars doit être situé dans un climat de tensions entre les militant·e·s, où chaque groupe se dit en “insécurité” et victime de “harcèlement”.
Tsipora rapporte des relations cordiales avec SJP, l’association pro-palestinienne officielle de Sciences Po qui, rappelons-le, n’a pas de lien avec ce qu’elle nomme le “collectif fantôme” [le CPSPP]. Pour Tsipora, les militant·e·s pro-palestinien·ne·s les “moins sympas”, les plus “fermés au débat”, sont les “indépendants” qui militent ponctuellement et s’éduquent “en autonomie”. Tsipora ajoute que “tout le monde s’attend à ce qu’on [l’UEJF et les organisations pro-palestinien.ne.s] ait des rapports, alors que l’UEJF n’est pas une association israélienne”. Sur son site Internet, l’UEJF mentionne sa “mission avant tout sociale”, “son soutien des Juifs […] dépositaires de la mémoire de la Shoah”, puis sa “représentation des Juifs engagés pour la paix aux côtés d’Israël”. Le sionisme, nous dit-elle, “c’est soutenir l’existence de l’Etat, mais pas forcément sa politique, sa façon de faire”, et “nous [l’UEJF] n’avons pas pour but de faire taire les voix pro-palestiniennes”.
Les étudiant·e·s pro-palestinien·ne·s déplorent cependant l’interruption d’une minute de silence par des membres de l’UEJF nationale lors d’une action tenue dans la rue Saint-Guillaume. Ils rappellent aussi qu’un homme non-identifié est entré dans l’amphithéâtre le matin du 12 mars et a crié “Am Israël Hai (Vive Israël), Fuck le Hamas !”.
Toutefois, le reproche principal adressé à l’UEJF remonte à la semaine précédente. En effet, le mardi 5 mars, SJP avait invité Rima Hassan, juriste, militante franco-palestinienne et candidate pour LFI aux européennes; Rony Brauman, médecin et ancien président de Médecins sans Frontières, et Ivar Ekeland, président de l’Association des universitaires pour le respect du droit international en Palestine (AURDIP). L’UEJF a tracté devant l’entrée, car ils “jugeaient les propos de certains invités inacceptables”, citant par exemple l’affirmation par Rony Brauman que “le port de la kippa est un signe d’allégeance à la politique d’Israël”. La Péniche a eu accès à certains messages de l’UEJF, sur lesquels on peut lire les responsables demander à leurs militant·e·s d’ “être exemplaire”, ou leur rappeler que “la posture de l’UEJF Sciences Po c’est pas d’arrachage [d’affiches], sauf si c’est des propos d’appels à la haine, purement antisémites, complotistes, etc. […] On ne sert pas notre combat en arrachant”.
Des groupes juifs externes à Sciences Po, et auxquels l’UEJF n’est pas affiliée, ont été informés de la venue de Rima Hassan, et sont arrivés “cagoulés et masqués, avec des drapeaux israéliens” devant l’université. “Là, on a tous vraiment pris peur”, nous dit Mohamed, étudiant pro-palestinien : “en plus, Rima Hassan avait reçu des menaces de meurtre et de viol sur Internet avant cette conférence”. Tsipora raconte que l’un·e des militant·e·s pro-palestinien·ne·s était “particulièrement stressé.e par la situation”, a “pointé du doigt l’UEJF en disant que nous les harcelions”. La militante UEJF visée, qui n’est pas celle à laquelle l’accès à Boutmy a été refusé, aurait “enregistré cette diffamation” par protection. Les militant·e·s pro-palestinien·ne·s ont donc demandé à l’administration la suppression de ces clichés, et les responsables de la Vie étudiante ont enjoint l’UEJF à le faire, avec succès. En dehors du 5 mars, Tsipora garantit qu’on ne leur a jamais reproché d’avoir pris des photos, “ni l’administration, ni le SJP, ni le CPSPP”.
A la lecture de la tribune des “33 personnes juif·ve·s non affilié·e·s”, Tsipora a été “étonnée” : elle nous confie s’être dit que “peut-être ces personnes n’ont pas des positions si différentes de nous”. Elle regrette que “l’on ne se questionne pas assez sur les nuances personnelles de chacun” et répète que “l’UEJF condamne toute forme de harcèlement”.
Mohamed aussi, l’assure, “nos espaces pro-palestinien·ne·s condamnent fermement le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie ou toute forme de discrimination”. Il étudie le droit international, “c’est pour cela que ça [lui] tient à cœur, il n’y a pas de religion ou de race là-dedans”. Le CPSPP demande “la liberté des Palestiniens, le respect du droit international, la fin du blocus illégal à Gaza, la fin de l’occupation illégale de la Cisjordanie, la fin de l’apartheid et du traitement différencié des juifs et des arabes en Israël. On ne demande pas aux gens de partir [d’Israël] ou de mourir”.
À l’institution dont Mohamed dit “avoir honte”, il reproche l’absence de l’organisation d’une minute de silence pour les victimes palestiniennes “alors qu’il y en a eu une pour celles du 7 octobre, à juste titre”. Cette minute de silence en mémoire d’Omri Ram, étudiant israélien qui avait effectué un échange à Sciences Po et a été tué par le Hamas au festival Nova, s’est tenue le 13 octobre. Pierre Catalan nous confirme par e-mail qu’ “à ce jour, Sciences Po n’a pas été à l’initiative d’une minute de silence à la mémoire des victimes [palestiniennes] mortes depuis le 7 octobre. À Menton, une minute de silence a été organisée à l’initiative des associations permanentes et avec le soutien de la direction, pour les victimes du conflit israélo-palestinien. Au Havre jeudi dernier, nous avons également observé une minute de silence, à la demande des étudiants, avant d’entamer un échange en amphi”. Plus globalement, Mohamed reproche à Sciences Po le silence généralisé à propos de Gaza. Il inscrit leur mouvement dans la “tradition militante de Sciences Po”, comparant “l’amphi Gaza” à “l’amphi Lénine” de mai 68. “Nous demandons à Sciences Po de faire ce qui est en son devoir, et non seulement en son pouvoir”, termine-t-il.
L’UEJF aussi, souhaite adresser des reproches à l’administration. Lors d’une réunion inter-associative organisée après le 12 mars, Tsipora a constaté que “plusieurs de ces remarques, nous [les pro-palestinien·ne·s et l’UEJF, NDLR], nous les avions en commun”. Elle ne souhaite pas en dire plus, maintenant que “l’enquête est ouverte et se chargera de déterminer les responsabilités”.
L’évènement du 12 mars a permis de mettre en lumière des problèmes structurels dans la mise à distance par Sciences Po d’une guerre qui affecte tou·te·s les étudiant·e·s, tout en interrogeant les modalités du dialogue inter-associatif. L’affaire de “l’amphi Gaza” aura surtout été l’occasion de constater l’influence mutuelle entre désinformation et hommes et femmes politiques dont Sciences Po est le bouc émissaire favori.
Légende : Le 14 mars à 17h, l’ensemble du campus de Paris est évacué, et un rassemblement pro-palestinien interdit.
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