Faisant écho à celui du BDA, « En mouvement », mais également à la période que l’on traverse, ce thème est vu comme une lueur d’espoir et une ode à la créativité. « La turbulence, on a tendance à la voir vraiment négativement. La turbulence dans nos vies, ou encore dans les airs quand on prend l’avion… Mais, malgré tout, de la turbulence naissent des mouvements, qu’on a essayé de recréer de façon moins caricaturale », explique Elsa Polycarpe, coresponsable de la SDA, aux côtés de Emma Saclier. « On voulait montrer que des turbulences naissaient d’autres choses qui pouvaient être positives : c’est de l’espoir, mais c’est aussi pour montrer que tout est fracassé et qu’on arrive malgré tout à en faire quelque chose. »
Cette virtualisation du quotidien qui s’est faite au forceps chez l’ensemble des étudiants a également affecté la SDA et, pour la deuxième année consécutive, elle s’est vue obligée de se réinventer malgré elle. Allégement du programme, art distancié, conférences en visio… En somme, un effet conséquent de la COVID-19 sur le déroulement de cette semaine. Emma explique : « Normalement, une SDA a plusieurs événements dans la journée, là on a décidé de ne pas surcharger les étudiants donc on a choisi une seule conférence, qu’on voulait vraiment intéressante. » Malgré ces contraintes, les deux responsables se sont acharnées pour adapter la semaine au contexte difficile, le tout en offrant aux étudiants une échappatoire artistique. Cette unique conférence qu’Emma mentionne, au sujet de la diversité dans la danse classique, a merveilleusement bien ouvert la SDA. Elle réunissait Pap Ndiaye, rédacteur d’un rapport qui revient sur les écueils discriminatoires à l’Opéra de Paris, et Marie-Astrid Mence, danseuse professionnelle au sein de la compagnie londonienne Ballet Black. « Une intervention un peu plus théorique et institutionnelle de la part de Pap Ndiaye pouvait être vraiment intéressante. Mais on ne voulait pas qu’une seule parole, alors on a choisi d’y associer celle de la danseuse Marie-Astrid Mence, et l’échange a très bien fonctionné », explique Emma.
Plus que turbulent, ce fut le moment pour la table ronde d’interroger non seulement les spectacles hérités d’un répertoire établi au dix-neuvième siècle, qui véhiculent racisme et sexisme, mais aussi une norme chromatique qui se retranscrit dans le processus de sélection, menant à un manque de diversité et une auto-censure du fait de la sous-représentation. Mettant en lumière le problème racial, les pressions et les injustices au sein de la danse classique française, les intervenants ont notamment appelé à « faire quelque chose pour que l’opéra ait du sens pour la société d’aujourd’hui », et ce dans une maison où la tradition est souvent érigée comme une norme figée. Le zoom, qui a réuni plus de soixante participants lundi soir, a ainsi permis de revenir sur la démarche de changement suscitée par le manifeste « De la question raciale à l’Opéra de Paris ». Rédigé par cinq danseurs et signé par près de cinq cent personnes, il alertait sur la discrimination raciale au sein de l’institution. Après cette demande d’une politique anti-discriminations interne efficace, une mission sur la diversité a été constituée, confiée à Constance Rivière et Pap Ndiaye, et a abouti à la rédaction d’un rapport sollicitant de nécessaires réformes. Le premier signe d’une transformation possible de l’Opéra fut notamment la prohibition des pratiques de grimage racialisé (black face ou yellow face). Pour Elsa, les questions relatives au manque de diversité dans les milieux culturels, sont « un thème qui nous touche de près ou de loin, surtout avec ce qu’il se passe à Sciences Po. » Elle ajoute : « Il y avait ce rapport au corps et à l’art qui nous a semblé pertinent. Mais surtout, le fait d’avoir des chaussons ou des collants noirs, par exemple, ça change tout pour une danseuse. Pourtant, cette problématique a encore trop peu de visibilité. »
Une conférence, mais pas que : la SDA est, rappelons-le, un événement catalyseur polymorphe qui réunit ce que l’ensemble des pôles du BDA proposent — de l’art de la scène à la sculpture, en passant par les arts visuels et la littérature. Les rubans qui pendent au plafond de la péniche, lieu de passage phare du 27, ne vous ont sûrement pas échappé. Le grand hall d’entrée semblait amorphe, anesthésié par les confinements, et voilà qu’il reprend vie, haut en couleur et en poésie. Face à son banc en bois, projeté sur ses murs, on lit les mots « Huileuse, la Seine ne scintille plus. » Mais la péniche, si.

Un autre lieu de passage a été investi par la création et l’inspiration : dans le hall du 28 rue des Saints-Pères, une exposition photo, intitulée « La vie est le chemin » s’est immiscée. Présentée sous la forme de cinq puzzles de photographies, elle met en avant des lignes sinueuses, distordues par l’eau ou le soleil. Ces irrégularités inespérées sont le symbole de turbulences qui font en réalité partie intégrante de nos vies, et qui nous modèlent. Du fracassé jaillissent des mouvements rapides, inattendus et indisciplinés, mais aussi le beau. Et pas seulement au sein des couloirs de Sciences Po, mais aussi en dehors : dans cet esprit, dix danseuses d’Art’Core ont tourbillonné dans le parc Montsouris dans des mouvements parfois coordonnés, parfois imprévisibles, mais toujours gracieux (pour voir la performance d’Art’Core, c’est ici).

La SDA a ainsi exposé une diversité d’expériences turbulentes, agitations désordonnées et déstabilisantes, qui se caractérisent par un seul mot : l’éclectisme. « C’était faire le plus possible en un temps très limité. On a vraiment voulu faire une sélection très large qui pouvait parler au plus grand nombre et diversifier les champs culturels », d’après Elsa. Emma ajoute : « Pour nous, c’était important d’avoir des œuvres visibles par le plus de monde possible, c’est pourquoi on a choisi de tout rendre accessible à distance, même ce qui est en présentiel. » Pas de panique pour ceux qui ont donc quitté la capitale : toutes les turbulences de la semaine dernière sont en ligne sur Facebook, ou mises en avant dans le troisième numéro du magazine photo Blinke.
Finalement, pour les deux responsables de la SDA, il s’agit surtout d’une exaltation artistique. Selon les mots d’Elsa, « l’art est un domaine magnifique dans le sens où toutes les contraintes qu’on peut nous imposer — fermeture des lieux culturels, interdiction de se rassembler — ne nous empêchent pas de faire parvenir l’art aux gens, parce que son message se diffuse par les émotions et l’ensemble des sens. C’est absolument nécessaire de faire vivre l’art dans cette période, c’est ce qui est salvateur. » L’art, ou la sublime bouffée d’air frais alors que le monde suffoque.
Crédit images : Bureau des Arts de Sciences Po
Image de couverture : Plafond de la péniche
]]>Sans chauvinisme aucun (OK, peut-être un peu), nous saluerons la performance d’ArtCore, les danseurs de Sciences Po Paris, qui enflammèrent un public déjà électrisé par les performances précédentes.
Tel un chœur de chair – littéralement, puisque la troupe était vêtue d’amples chemises et pantalons fluides aux teintes beiges- les danseurs allièrent précision de la gestuelle et émotions.
Suivant une mélodie rythmée aux accents lyriques, ArtCore sut nous émouvoir par la simple puissance de ses mouvements.
Sans en faire trop, les danseurs du gratin germano-pratin impressionnèrent la salle et, plus encore, les étudiants des autres IEP. Si Paris atterrit à l’excellente seconde place du podium, les danseurs parisiens ont sans nul doute conquis le cœur de sciencespistes issus des quatre coins de la France. Ainsi, il ne fut pas rare d’entendre quelques soupirs d’admiration ou un « waouh » échapper de la bouche d’étudiants pourtant prêts à défendre bec et ongle leur école. Indéniablement, d’Aix-en-Provence à Rennes en passant par Lille ou Saint-Germain-en-Laye, l’émouvante chorégraphie exécutée au millimètre près par notre troupe parisienne a conquis bien au-delà des frontières du périphérique.

On peut aussi relever la diversité des styles de danse et des musiques des différentes équipes. Parmi nos coups de cœur, l’IEP de Lille et ses danseurs aux tenues noirs ornées de couleurs vives ont fait vibrer la salle au rythme de Laurent Garnier, un bel hommage au roi de la house française et à l’impact des musiques électroniques dans la danse et le monde de la nuit. L’équipe de Grenoble a redoublé d’originalité en incorporant un accessoire à sa chorégraphie, une sorte de caisson de bois sur lequel les danseurs virevoltaient, s’appuyaient ou montaient dessus. Loin de gêner les mouvements de la troupe, l’objet nourrissait la chorégraphie et ajoutait une touche de singularité à l’équipe, de quoi saisir le regard du spectateur et le captiver.En somme, toutes les équipes ont ébloui leur public par l’aisance avec laquelle celles-ci se mouvaient sur scène et accrochaient le regard du spectateur du début à la fin de leurs performances.Vibrants, impressionnants et incroyablement talentueux, les danseurs placèrent la barre très haut sans qu’aucune équipe ne déroge à un tel niveau d’excellence. La tâche du jury n’a sans aucun doute pas été chose aisée tant les performances qui se succédèrent cet après-midi étaient plus originales, diverses et impressionnantes les unes que les autres. Saluons enfin la victoire méritée de l’équipe bordelaise, avec une chorégraphie aussi inventive qu’harmonieuse !
Sabine Audelin
]]>Pendant presque deux heures, l’union savamment sauvage des deux associations a rempli son pari: enflammer l’amphi. Ce vendredi 3 février à 19h, il était comble, à 21h, comblé. Les énergies communicatives des participants, costumés et bariolés d’un jaune rieur ou d’un noir élégant, firent s’agiter les esprits et les corps; les frissons face aux danseurs laissant la place au souffle de chaleur de la Batuka.
Comment retranscrire la joyeuse transgression qu’est la danse sur les tables studieuses ? Comment faire sentir l’atmosphère électrique, traversée de cris au nom de « Sciences Po Paris » ? Mieux que les mots, les photos: retour en images sur un amphithéâtre où il se passe toujours quelque chose de magistral.
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Un grand merci à Christina Delannoy pour ses photos.