Autrice : Clémence Dietz
Photo : œuvre Marée rouge de Ghazel (Clémence Dietz).
À l’entrée de l’exposition, une arche évoque le mythe du déluge. Sur les murs, des œuvres catastrophistes plongent immédiatement dans un monde où la question de survie est en jeu. Une interrogation s’impose au fur et à mesure de la visite : comment habiter notre monde alors que certaines de ses terres deviennent déjà inhabitables ? L’exposition s’attaque ici aux migrations liées au dérèglement climatique.
Dans ce parcours mêlant œuvres d’art, témoignages et données scientifiques, les statistiques prennent corps : photographies, installations, films donnent un visage aux populations contraintes de partir.
Migrer pour survivre n’a rien de nouveau. Depuis des millénaires, les humains se déplacent pour s’adapter aux bouleversements de leur environnement. L’exposition rappelle ainsi les migrations provoquées par la famine irlandaise au XIXe siècle ou celle du Dust Bowl – cette sécheresse dévastatrice qui frappe les grandes plaines américaines dans les années 1930. Les célèbres photographies de Dorothea Lange montrent des familles contraintes d’abandonner leurs terres pour rejoindre la Californie, un exode popularisé par le roman Les Raisins de la colère de John Steinbeck.
Devant la force de transmission de ces images en noir et blanc, Claire, venue visiter l’exposition avec une amie, s’attarde quelques instants. « On connaît l’histoire du Dust Bowl, mais voir les visages, les regards… ça change tout », confie-t-elle. « On se rend compte que derrière toutes les catastrophes, il y a toujours des familles qui doivent tout quitter avec peu. »
Dans une autre salle, un film raconte la disparition progressive de l’île de Jean Charles, en Louisiane. Rongée par la montée des eaux et les ouragans, la terre disparaît peu à peu sous l’océan. L’unique route reliant l’île au continent est amenée à être submergée laissant les habitants face à l’incertitude. La petite communauté autochtone doit quitter ses maisons et terres ancestrales. Mais partir n’est pas une décision facile. Les images projettent des témoignages poignants : « Nous n’aurons plus d’île d’ici peut-être deux ans. » Impuissants, ils dénoncent l’exclusion de leur territoire pour des conséquences dont ils ne sont pas responsables.
Mais pour d’autres populations, partir est également une nécessité, sans que cela soit toutefois réellement possible. Les frontières, les politiques migratoires ou le manque de ressources rendent ces déplacements extrêmement difficiles.
« Pendant des millénaires, les humains ont suivi les saisons ou les animaux », explique Arthur, 23 ans. « Les chasseurs cueilleurs se déplaçaient naturellement. Aujourd’hui, avec le changement climatique, certaines populations n’ont plus le choix que de bouger. Mais il y a les problèmes des frontières étanches qu’il n’y avait pas dans le néolithique. Maintenant tu ne peux plus migrer librement vers les côtes. »
Dans le débat public, migrations et changement climatique sont souvent racontés à travers des images spectaculaires : terres submergées, populations en fuite, embarcations surchargées. Ces représentations frappent les esprits et suscitent l’émotion, mais elles simplifient souvent des réalités bien plus complexes. En réduisant ces phénomènes à des vagues menaçantes, elles alimentent la peur et rendent plus difficile la compréhension de leurs causes profondes. Un nouveau discours appelé « éco frontiérisme » décrit les personnes migrantes comme une menace écologique, oubliant qu’elles sont souvent elles-mêmes victimes du changement climatique. Vivant dans des régions pauvres ou déjà fragilisées, leur empreinte environnementale reste pourtant bien inférieure à celle des sociétés les plus riches et industrialisées.
Au fil de l’exposition, l’œuvre Marée rouge de l’artiste franco-iranienne Ghazel interroge justement ces représentations. Elle déconstruit des cartes du monde qu’elle recouvre d’un rouge intense. Les frontières disparaissent, les territoires se brouillent et une nouvelle géographie apparaît. Par cette couleur, symbole de vie et de mort, l’artiste évoque les bouleversements provoqués par l’homme : conflits, pollution, mais aussi les exodes et migrations qui en découlent, y compris celles liées aux catastrophes climatiques.
Devant l’installation, Mathieu, un visiteur, s’arrête quelques instants. « Ce rouge partout, ça donne l’impression que les frontières se dissolvent, ou que c’est du sang. On comprend que les migrations ne sont pas juste des cartes, mais des vies. »
Face à la complexité du phénomène, l’exposition tente d’éveiller les consciences. Car derrière les statistiques sur les migrations climatiques se cachent des vies déplacées et des territoires qui disparaissent. Dans les salles du musée, ces migrations sont dessinées par les œuvres.
]]>on se retrouve vite épris par jeu de perspective
idylle des jours passés fait place à paradis perdu
espoir lointain, joies éphémères
c’est con
fantaisie passagère
nostalgie éphémère ; flashbacks gratuits
je ne peux pas être ton ami
tu ne changeras rien
aucun mal—entre nous.
propre exode prend trop de place à ton goût
c’est fou
comment c’est
c’est facile
pour toi
c’est flou
Dis-moi ton prénom ?
Mais je vais jamais le retenir !
Quoi ?
Mais la musique elle est beaucoup trop forte !
Je ne vais jamais m’en souvenir !
Mais moi je me souviendrai du tien.
plus tard
pas maintenant
pas comme ça
mais pas à pas
La fenêtre est ouverte. J’ai un délire avec les nuits d’été. Je vois les lumières de la défense avec des reflets un peu flous sur les côtés des gratte-ciels ; en grandissant tu lèves moins les yeux au ciel dans les moments de silence, ça devient un peu tes étoiles. Il y a une infinité de moments en dix-huit ans d’existence qui m’ont fait penser que je n’étais pas à ma place. C’est assez illogique de chercher un ancrage terrestre dans des corps célestes. Pourtant ça m’a toujours rassuré, allez savoir pourquoi c’est un peu un motif récurrent, le fait de se dire qu’il doit bien y avoir une métaphore quelque part là-dedans.
À six ans, le ciel était pour moi partout sur terre. La grande casserole, suprême prêtresse angélique était la seule entité en laquelle j’avais réellement foi. À sa vue seule, mon corps était pénétré par une sérénité qui devrait être constante à l’enfance. J’étais sur Terre au moins, sûre. Trouver la lumière dans le noir, c’est un symbole fort aussi surconsommé soit-il. En observant la nature, on se rend rapidement compte qu’il n’y a que l’homme pour s’infliger le noir opaque et total. C’est pas naturel.
Il fait chaud dehors,
Il y a un rideau blanc,
FIN
très fin
mais j’ai pas faim, juste soif ;
braquage d’or bleu
fin
enfin, voilà
Rideau de Fin.
AVANCE
petits pas
pas de loup
j’ai vendu mon dernier justaucorps
il ne me va plus
rien ne me va plus
rien ne me va
rien ne va plus
au choix
Pas à pas. Je te tendrai la main une autre fois. Mais pas aujourd’hui. C’est trop tôt. Je revois tout quand je marche, sans faire exprès. C’est presque plus sa ville. C’est presque comme si on avait vraiment acheté une maison ici. T’es propriétaire de chacun de mes pas dans cette ville. Et je te déteste tellement pour ça.
Je laisse toujours la fenêtre ouverte maintenant.
Avant
maintenant
aller de l’avant
avènement
amèrement
passablement
laisser passer
pas à pas
je te déteste tellement pour tout
mais j’ai peur des papillons
depuis que mon grand frère me les a montrés au microscope
alors j’ai encore plus peur de leur effet
je ne m’attarderai pas sur ce sujet
et je garderai tout
et mon dira que c’est trop destructeur
pour parler de nostalgie
et je m’en fous
sans cap on finit toujours par chavirer
rien n’amortit le naufrage sur la terre ferme
À première vue, ces deux termes semblent antinomiques. En effet, la concurrence n’existe qu’à partir du moment où les acteurs s’affrontent à ceteris paribus. Entre la concurrence parfaite et le monopole pur : l’emprise totale de l’entité sur une autre.
Je me penche plus sur les balcons.
Je me demande trop ce que je pense de ma propre conscience. Si mon regard porté sur le reflet était une version si antérieure, à même de ne pas douter de son affection pour moi. Quand le concept m’échappait encore tout seul. Tout était un peu moins casse gueule. On étudiait peut-être déjà les gueules cassées. Ou alors j’avais lu un livre dessus et ça m’était resté. La guerre n’était qu’une notion très éloignée. Une sorte d’élément de scénario facile et glorifié. Ma vie n’est qu’éternelle relecture, en sachant parfaitement que ceux qui apercevront les pages que je noircis ne parlent pas ma langue maternelle. Je suis la même gamine butée.
Mais tu leur expliqueras,
Ils te donneront raison.
Et je n’écrirai plus rien sur toi.
Alors je ne te rends pas ton nom.
Jamais.
Plus un seul pas en ta direction.
déchirement minuit passé
de te laisser ainsi à Morphée
quitte ses bras dès l’aube : je t’en conjure
délaissée
lassée,
mais que d’elle même
toujours pareil
Dis-moi ton prénom ?
Mais je vais jamais le retenir !
Quoi ?
Mais la musique elle est beaucoup trop forte !
Je ne vais jamais m’en souvenir !
Mais moi je me souviendrai du tien.
Le silence n’est qu’outil des anges. Je cherche la clef des enfers monsieur. J’ai l’extrême honneur de ne plus jamais vous inviter ici. Je vous informe par la présente missive que nos photos sentent encore la citronnelle. Ils m’exileront au nom d’une hystérie, nous ne pourrons plus jamais correspondre. Ne m’oubliez plus. Vous l’avez tant fait déjà. Je n’oublierai pas, je ne le peux, mais un jour je vous le pardonnerai. Un jour je vous pardonnerai tout. Et on me le reprochera sans doute.
Les règles de votre jeu m’échappent. Pourquoi vous retirez ainsi après tous ces étés passés joints. Jamais je ne vous avais embarrassé du fait accompli, et pourtant vous voilà ainsi malgré tout. J’aurais pensé votre peine bien plus légère. Peut-être me suis-je trop peu soucier de votre voyage ? Pourquoi me laisser ainsi sans mot de votre esprit que j’estime ? Je ne saurai plus qu’être maladroite dans l’expression de ma peine. Pardonnez-moi de ne savoir comment vous excuser dès à présent.
Elle y pensait souvent,
Au fait qu’elle se peignait les lèvres,
Comme une enfant.
Finalement, j’ai dansé ce soir. Pourtant j’avais pas encore su trop boire. J’avais plus de jus de pomme que d’autre chose dans le sang. Je l’ai fait pour le moi de quand j’étais enfant. J’avance. Je me suis levée sur une musique que je connaissais pas. Y’a que quand je me suis rassise que j’ai accueilli l’adrénaline. J’avoue, j’y ai repensé. On joue mieux à deux, mais il reste que moi sur ma chaise ; table quarante-deux. Il me glisse à l’oreille que pourrais jouer beaucoup mieux. Le grand restaurant est témoin de mon sourire. Les murs par-dessus tout, m’entendent grandir. L’accoudoir retient ma tête.
Il fait chaud,
t’as pas chaud?
On ouvre la fenêtre?
les moustiques
ok
Je reviens.
Ils disent que les cheveux retiennent les souvenirs. Je me découvre des nouveaux problèmes depuis que les miens sont longs.
Sous la rose.
Le nouvel ascenseur est tellement lent que j’ai l’impression de pouvoir mourir dedans. On a dû démonter l’évier. J’ai saigné du nez. Et j’ai jeté le mouchoir à la poubelle. C’est l’été maintenant : il n’y a plus que des cadavres. Cerises. Pastèque.
Je vais rentrer chez moi.
]]>L’ambiance électrique du garage punk de Damaghead flotte encore dans la salle lorsque Leena et Judith, co-responsables des Épopées, demandent au public de s’asseoir.
La salle, comble et sage, attend le début du spectacle de George et d’Apollon. Dans ses collants résille et sa fourrure émeraude, ce dernier introduit leur performance par un avant-propos bienvenu. Deux règles: ne pas toucher les performer.euse.s et faire du bruit, beaucoup, très fort, “même pour un rien”.
Isée*, étudiante en deuxième année, apprécie cette “sorte d’initiation” qui “met sur un pied d’égalité les spectateur.rice.s habitué.e.s et ceux qui n’y connaissent rien”. Passionnée de danse et d’arts du spectacle, elle nous dit découvrir durant ce show un nouveau rapport artiste-public centré sur le fait de “voir et d’être vu” ; les cris et le symbolique claquement de doigts – plutôt que le traditionnel applaudissement – ont presque autant d’importance que la performance en elle même. “C’est très vivant pour le spectateur, car il peut vraiment donner de lui dans les acclamations, par rapport à d’autres spectacles où ce genre de pratiques n’est pas dans les normes”. Hadrien* parle quant à lui “d’une scène sans quatrième mur, et d’une performance non pas hors du temps mais bien ancrée dans l’espace que constituait la salle et ses occupants”.
L’ambition des Épopées de créer un espace d’horizontalité entre le public et les artistes semble s’être réalisée. Ces concerts-expos gratuits ont pour objectif de “mettre au devant de la scène la dimension collective et populaire de la culture”, nous dit Judith. Lors de cette cinquième édition, les détracteurs de la Saint-Valentin étaient dépourvus d’arguments : la “fête commerciale” était ce soir gratuite, et les sacro-saintes roses, bougies, ou normes hétérosexualisantes n’avaient pas leur place. Les Épopées accueillent un public averti : Judith ne doutait pas du respect des spectateurs car “en venant ici, on sait à quoi s’attendre”, mais l’équipe organisatrice a tout de même choisi de s’associer à l’association Equal pour leur “expertise” dans le milieu drag.
« Ils s’approprient des codes pour affirmer leur authenticité”
La série Drag Race France, adaptation française de l’émission de RuPaul, a popularisé un phénomène qui existe en France depuis les années 1980. Le concept de “drag” nous est à tou.te.s plus ou moins familier. Hadrien imaginait une “performance distante, dramatisée”, faite seulement “d’une apparence, de costumes et de mouvements”. Dolly Parton n’apparut nulle part dans des perruques, et ni les vêtements ni le maquillage n’entravaient l’impression qu’iels “se sentaient présents dans leur corps”. Pour Hadrien, “c’était surprenant mais après tout compréhensible. Ils s’approprient des codes pour affirmer leur authenticité”.
Et Judith Butler n’aurait pu mieux le formuler. Les drags sont souvent invoqués par les théoricien.ne.s queer comme incarnation d’une résistance active aux normes de genre. Sam Bourcier parle du genre comme une “parodie sans original”, les représentations que l’on nous impose étant toujours hors de portée, tout en étant préservées par notre conformité quotidienne à celles-ci. Face à ce constat, que faire? Butler répond que c’est en jouant sur les ambiguïtés du genre que l’on met en lumière l’arbitraire de la norme. Interviennent alors les paillettes éblouissantes, le drame d’un maquillage, les canons de la chanson romantique, le tout performé par un artiste qui s’identifie souvent comme un homme gay dans le cas des drag queens. En exacerbant à outrage les attributs féminins, en s’en vêtant comme d’un déguisement, la performance queer mime et mine la force contraignante de la loi hétérosexualisante.
Chaque performer a interprété deux chansons, et au-delà des danses sensuelles en simili-cuir, des lancers de préservatifs, c’est surtout l’émotion d’un cover ou d’une “marche au ralenti” sous les néons violets que retiennent les spectateurs qui ont témoigné. George Profonde, vêtu d’un grand costume à découpes bleues et oranges, dont l’aspect naïf casse avec une silhouette sévère, était ce soir en drag king, une “découverte surprenante” pour Isée. Comme l’annonçait Apollon, “il va performer un peu de masculinité pour vous, parce qu’il y a là matière à mise en scène”.
Et George de danser, de parodier sans exubérance. Le visage est parfois grave, il insiste sur une phrase de la chanson en faisant les gros yeux. La reprise d’Apollon sur I put a spell on you était belle et vraie. Danse, chant, mise en scène, femme, homme, queer, sur la scène comme dans l’identité : entre la scène et le public, il ne semblait ce soir là pas exister de barrière. Certain.e.s spectateur.rice.s présent.e.s, comme Isée et Hadrien, ont adoré cette introduction simple et “humaine”, et “aimeraient bien aller voir d’autres shows, cette fois peut-être quelque chose de plus spectaculaire, avec une performance corporelle encore plus poussée.”
Tout porte donc à croire que les Épopées poursuivront dans leur dessein fructueux d’exposer les étudiant.e.s à de nouvelles formes d’art, et ce, dès la prochaine soirée du 27 mars.
Je serais mort
Sans amour ni regret
Sans regret ni remord
J’ai eu tort de tarder
Sans main pour refermer
Mes paupières immobiles
A la croisée des routes
Qui mènent toutes à jamais
Demain je serais mort
Sans l’amour convenu
Je serais l’inconnu
Dont on oublie le corps
Pendant bien des années
Je l’ai trop attendu
Cette illusion charnelle
Ne m’est jamais venue
Mes rêves m’ont menti
Ils m’ont fait des promesses
J’ai vécu d’espérances
Je meurs avec tristesse
Cent fois j’ai revécu
Nos belles retrouvailles
Avec toi
Mon amour
Qui ne m’as jamais vu
Demain
Je serais mort
Et la pourpre éphémère
Qui sur moi flotte encore
Fuira de mes artères
J’ai fait le deuil de tout
Mon lit est déjà fait
J’ai attendu l’amour
Trop longtemps pour aimer
.
Je glisse comme l’oie et sa plume d’albâtre,
Coulante et trébuchante et bâillée par le vent ;
Le sol, me happe, froid ; le blanc ciel, de son âtre,
Écrase ma rétine et ma noirceur se tend.
Et je m’en vais, malade, écrasé par la pluie,
Le sable, les passants, la pâle odeur du bruit.
Mon sang se tasse et prend l’essor avec le temps
Qui file et effile mon corps tressaillant.
Moi, plume, me déplie et maudis les ténèbres,
Ces pompes gémissantes, ô combien funèbres,
Qui pleurent sous la bruine et ignorent l’orage.
Je veux qu’après minuit, leur soupir chronophage
S’étouffe et puis se noie dans le vide béant ;
Celui qui trop m’effraie, ce silencieux néant.
.
Il en a fallu des chances, des circonstances,
Pour qu’entre des milliards de gens, de lieux, d’années,
Ce fût toi, celui-ci, aujourd’hui, qui soit né.
Nous nous sommes trouvés dans une foule immense.
Il en a fallu des hasards, pour que le monde
S’effondre devant nous. Des milliers de naissances
Qui nous ont donné vie ; des amoureux, des danses
Tous perdus dans l’oubli. J’entends leur sang qui gronde.
Te souviens-tu des amants, mignons, benêts,
Qui, il y a mille ans, dans l’ondée d’un ruisseau,
Ont à jamais mêlé leurs deux écrins de peau ?
Sans ce plaisir, combien ne seraient jamais nés ?
Il en a fallu des rencontres avortées
Pour qu’à la place des autres, ce soient tes yeux
Qui m’aient paru d’abord les plus merveilleux.
Le hasard a la main sur nos éternités.
Si j’étais né ailleurs, qui donc m’aurait aimé ?
Pourrais-je rencontrer ces femmes inconnues
Qui, dans une autre vie, m’auraient déjà vu nu ?
Si vit une âme sœur, m’aurait-elle trouvé ?
Ou errons-nous encor en nous accommodant
De timides bonheurs ou de rêves ardents ?
Que meure la patience abrutissante et morne !
Il faut se dépêcher de cueillir son bonheur :
Trop d’âmes attendent, bien qu’il soit déjà l’heure.
Que s’effondrent la peur et les ennuis qui l’ornent !
Car le moindre inconnu cache en lui, sans le voir,
Une sœur à notre âme espérant notre histoire. .
]]>Vous l’avez peut-être remarqué, la question de l’avenir et des générations futures est revenue à plusieurs reprises lors du festival ; qu’il s’agisse du Tribunal des Générations Futures ou du projet d’art numérique « La Voix des Airs ». Il y avait d’ailleurs un paradoxe dans cette ouverture vers le futur puisque nous fêtions les 150 ans de notre école. On aurait donc pu s’attendre à une rétrospective, à un rappel de l’histoire de Sciences Po.
Un paradoxe entre passé et futur
Nous pouvions retrouver ce paradoxe dans le projet d’art numérique « La Voix des Airs ». Il s’agissait d’une œuvre d’art numérique interactive : les visiteurs choisissaient une carte postale et inscrivaient dessus un message à la machine à écrire. Le message apparaissait ensuite, comme porté par des oiseaux, sur la façade du bâtiment grâce à un projecteur. Enfin, les cartes postales étaient accrochées à un fil dans le jardin du nouveau campus.

La consigne était simple : laisser un message aux futures générations de Sciences Po. En effet, les cartes étaient ensuite récupérées et stockées, afin d’être réexpédiées au site de Saint Thomas d’Aquin dans 30 ans (en 2052). Nous pouvions donc littéralement laisser un message aux futurs étudiants de Sciences Po, comme pour montrer que notre école, qui existe déjà depuis 150 ans, sera encore là dans 30 ans.
Donner du sens à l’Art numérique…
« La Voix des Airs » (La Voix des Airs | Un Des Sens (assoundessens.fr)) a été créé en 2019 par Aurélien Conil (Folio – Personal Portfolio Template (aurelienconil.github.io)) et son équipe, composée de Priscilla Vilela Mandes, Florian Dadouchi, Arturo Mondragon. D’après Aurélien Conil, l’idée était alors de donner du sens au côté interactif de l’art numérique en permettant aux gens de s’exprimer librement. Tout le matériel, de la machine à écrire connectée au logiciel affichant les messages, a été bricolé par ce-dernier. Depuis, l’installation est notamment passée à Saint-Etienne et Bonifacio, avant de se retrouver sur notre campus.
Finalement, le contraste entre l’idée de laisser un message aux génération futures et le fait de le taper à la machine à écrire permet aux visiteurs de s’exprimer et d’être inspiré par un cadre poétique et hors du temps. D’ailleurs, nous retrouvons l’idée d’un voyage dans le temps du point de vue technique au travers de cette machine à écrire connectée, qui nous rappelle que la machine à écrire est l’ancêtre des technologies et logiciels actuels ; mais aussi l’incroyable progrès qui les sépare et qui a permis la naissance de l’art numérique. Il peut également nous rappeler que c’est en reconnaissant notre passé que nous pouvons nous tourner vers l’avenir.
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