Les élections législatives allemandes, décisives non seulement pour l’Allemagne, mais aussi pour l’Union européenne, ont rassemblé, dimanche 22 septembre 2013, des étudiants de toutes nationalités pour suivre en direct les évènements qui ont fait de l’Allemagne définitivement une « Merkel-République », d’après le magazine allemand Der Spiegel. Récit d’une soirée remplie de débats, de politique, d’analyse et de suspens ; non seulement – à l’image d’un campus aux couleurs de l’Europe – autour de la première puissance économique européenne.
Par Guillaume Krempp et Yann Schreiber

Tout est encore possible, en Allemagne : alors qu’Angela Merkel et son parti CDU/CSU sont sortis comme clairs vainqueurs des élections législatives avec 41,5% des votes (25,7% pour le SPD, 8,6% Die Linke, 8,4% Verts, 4,8% FDP, 4,7% AfD), place maintenant au jeu des coalitions. Ayant perdu son partenaire préféré, les libéraux (FDP), l’ancienne nouvelle Chancelière devra composer avec le SPD ou les Verts, alors qu’il ne lui manque que cinq sièges pour la majorité absolue. La grande coalition avec les Socio-Démocrates s’impose-t-elle ? De nombreuses voix conservatrices argumentent pour une telle coalition, dès lors que le Bundesrat est dominé par des Länder à dominante SPD. Horst Seehofer, tout juste élu à majorité absolue en Bavière, est particulièrement réservé envers une coalition avec le parti écologiste, même si les programmes politiques entre CDU/CSU et Verts convergent de plus en plus. « Le gouvernement allemand doit être un gouvernent stable », tel l’unisson des dirigeants politiques. On attendra donc avec impatience le congrès du SPD vendredi, qui définira de plus près le réel résultat de ces élections qui ont pourtant été suivi partout en Europe, et notamment au campus européen franco-allemand à Nancy.
Des politiciens en herbe ?
Les élections législatives provoquent ici une effervescence sûrement proche des Quartiers Généraux des différents partis en lice à Berlin. Plus de cent personnes sont présentes dès 16 heures pour suivre à la minute près le déroulement de l’événement qu’attendent depuis un peu plus d’un mois les Allemands, mais en général l’Union européenne et ses membres, avec une impatience non dissimulée.
Après un discours d’introduction du directeur du campus, M. François Laval, les Projets collectifs UNAN, Eurocosmos et Debating Society livrent un débat sur les thèmes du travail et de la famille, de la politique économique ainsi que de la politique étrangère. Les partis de la CDU/CSU, SPD, Grünen, FDP et Die Linke sont représentés par des membres des projets.
Ainsi on entendra l’acteur prenant le rôle d’Angela Merkel dire « Vous me connaissez déjà », un des arguments majeurs de la CDU pendant les élections. Le représentant social-démocrate, ainsi que celui du parti Die Linke et des Grünen martèlent leur ambition d’instaurer un salaire minimum universel indépendant des secteurs. Concernant la politique économique, la rhétorique conservatrice-chrétienne est la même : « Les chiffres parlent d’eux-mêmes, ils sont difficiles à réfuter. » Ils ont un sourire narquois au coin des lèvres. Le fictif Peer Steinbrück tente de faire oublier qu’il a lui-même été ministre des Finances en prônant un changement complet dans ce domaine, une solidarité accrue en Europe ou encore la lutte contre la fraude fiscale.
Le réalisme de la présentation est poussé à son paroxysme lorsque la conversation entre les fictifs candidats de la SPD et de Die Linke tourne à la dispute. Die Linke accuse le parti social-démocrate de ne plus trouver sa place à gauche ce qui semble mettre son homologue hors de lui ; l’affrontement verbal est rapidement interrompu par le modérateur. Le candidat CDU profite du comique de la situation et souligne qu’il est bien étonnant que deux partis de gauche aient autant de mal à s’accorder.
Simulation et micro-trottoir
Tout au long de ce débat, un rétroprojecteur assure une retransmission en direct des événements : on apprend ainsi aux alentours de 17h30 que la participation électorale est en hausse, que le parti europhobe Alternative fürDeutschland (AfD) atteindra entre 4% et 6% ; l’inquiétude est déjà visible dans les yeux de tous alors qu’un tweet du journal Der Spiegel, relayé par les journalistes du Parvenu, le journal du campus, dans un live-blog, annonce : « Aujourd’hui, tout est encore ouvert ».
Après le débat, les élèves se pressent au bureau de vote pour une simulation des législatives allemandes. Digne d’un campus européen, le scrutin est ouvert à toutes les nationalités. Une heure plus tard, le résultat est, lui, moins réaliste que le débat précédent : la majorité des votes, 35% environ, est accordée aux Grünen.

S’ensuit la présentation du travail réalisé par le Projet collectif « laboratoire de Sociologie politique » en coopération avec « Court, Mais Trash ». Un reportage micro-trottoir montre la méconnaissance globale des élections législatives allemandes auprès des Nancéens. De plus, les Nancéiens voient Peer Steinbrück comme « celui qui fit un doigt d’honneur dans les médias ». Enfin, les réponses des passants viennent démentir la pensée selon laquelle les Français envieraient les Allemands : lorsque la question leur est posée, ils font systématiquement référence aux minis-jobs, à l’absence de salaire minimum ou l’absence de protection sociale.
Au cœur de l’actualité politique allemande

À 18h, les premières estimations tombent : la surprise vient de l’AfD et de son score juste en dessous de la limite requise des 5%. Néanmoins, elle n’entrera finalement pas au Bundestag. Une très grande tension ressort de ces résultats qui sont, à ce moment-là, encore suffisamment serrés pour laisser le jeu ouvert.
L’analyse du directeur du campus, François Laval, permet de comprendre l’ampleur du danger que représente le parti AfD. « Si ce parti obtient les 5%, les conséquences sur les élections européennes seront très négatives. Les électeurs issus des pays souffrant de graves difficultés depuis la crise se diront que si l’Allemagne elle-même, économie la plus prospère de l’Union Européenne, contient dans son parlement des forces europhobes, alors il doit forcément y avoir un problème avec l’Union européenne. ». Paula Herm, maitre de conférences en droit international, donne elle aussi des perspectives d’avenir quant à la politique allemande : c’est plus la coalition que le simple résultat aux élections qui sera déterminant.
À 20h, les nouvelles estimations se veulent plus rassurantes, notamment quant au parti europhobe, au centre de tous les esprits.
Après ce bref soulagement, ce sont désormais les estomacs qui grondent et le Projet collectif Cuisine arrive parfaitement à temps pour satisfaire nos papilles. Les « spätzle », la choucroute, les « knacks » et les quelques fricadelles achèvent d’abolir la distance qui nous sépare de l’Allemagne.
Le sport fédérateur européen ?
Alors que les résultats de 22 heures se font attendre, les fans de sport se retrouvent dans l’amphithéâtre Vienne pour assister à la finale de basket-ball entre la France et la Lituanie. La soirée est donc l’image parfaite du campus européen franco-allemand dans lequel elle prend place. L’amitié franco-allemande trouve en effet encore une fois une illustration des plus banales, mais aussi des plus belles : tout l’après-midi, les Français comme les Allemands assistaient au déroulement des élections législatives allemandes ; à partir de 20h45, Allemands comme Français observent et soutiennent l’équipe de France dans leur combat pour le titre de champion d’Europe face à la Lituanie.
Peu avant la diffusion définitive des résultats, chacun regardera une dernière fois les pronostics observant avec un soupir de soulagement que l’AfD n’ira pas au Bundestag, observant que la CDU/CSU et Angela Merkel n’auront pas la majorité absolue sans coalition, observant une dernière fois que tout (ou presque) reste possible en ce qui concerne le futur gouvernement allemand…
Le live-blog du Parvenu tout au long de la soirée : http://btwlive.leparvenu.net
Tous les articles du Parvenu sur l’Allemagne : http://allemagne.leparvenu.net
Retrouvez le micro-trottoir sur youtube : http://www.youtube.com/watch?v=Tnp36aSXfvE
]]>Ce dimanche 22 septembre, c’est toute l’Europe qui est suspendue au résultat du vote allemand. Angela Merkel semble emporter avec aisance cette campagne peu mouvementée. La première puissance économique sombre dans un état politique comateux. Une réélection de l’Union CDU/CSU ne fera, néanmoins, pas l’affaire. La Chancelière devra composer avec des partenaires de coalition plus ou moins prêts à faire des sacrifices.
Par Yann Schreiber et Benoît Rinnert

Selon le mot de l’ancien président français Nicolas Sarkozy, aucun dirigeant de pays industrialisé n’a été réélu depuis le début de la crise – à l’exception notable de Barack Obama aux États-Unis. Il y a de grandes chances pour qu’Angela Merkel fasse mentir cette affirmation une deuxième fois. Les élections allemandes ont lieu selon un mode de scrutin mixte proportionnel et personnalisé assez complexe. Fédérale et parlementaire, la démocratie du « pays des penseurs et des poètes » est organisée autour du principe du consensus. Trois des principaux mouvements politiques, les libéraux-démocrates (FDP), les chrétiens-démocrates et chrétiens-sociaux (CDU/CSU) et enfin les sociaux-démocrates (SPD), présentent des programmes partageant de fortes similarités. Alors qu’une réélection d’Angela Merkel semble sûre, ce sera donc le rapport de force entre les partis, exprimé par le contrat de coalition, qui définira la politique des années à venir. Ainsi, plusieurs scénarii sont possibles.
La Bavière, premier test pseudoréconfortant
Dimanche 15 septembre dernier avaient lieu les élections en Bavière, où la CDU (le parti d’Angela Merkel) est représentée par son alliée, la CSU, dirigée par Horst Seehofer. Avec 47,7% des voix, 101 sièges sur 180 à l’assemblée, la CSU peut, à nouveau, depuis les dernières élections qui avaient conduit à une défaite historique du parti, gouverner seule. La FDP, actuellement en coalition avec la CDU au niveau fédéral, n’obtient pas les votes nécessaires à une entrée au Landtag, l’assemblée bavaroise. Le SPD, principal adversaire d’Angela Merkel pour les élections du 22 septembre, arrive en deuxième position, et gagne légèrement par rapport aux dernières élections en obtenant 20,6%. Le parti des « Electeurs Libres » (FreieWähler) capte 9% des voix, les Verts 8,6%. Le parti de gauche ainsi que le parti Pirate n’entrent pas à l’assemblée.Cette victoire est particulièrement due au personnage de Horst Seehofer qui a su rassembler les électeurs autour d’un programme très classique et peu novateur, s’alignant la plupart du temps sur les thèmes favorisés lors des sondages.
Certes, c’est le courant politique d’Angela Merkel qui a remporté les élections, ce qui devrait réconforter les dirigeants CDU fédéraux qui profitaient déjà d’une avance considérable par rapport au SPD. Or, les pertes majeures du FPD sont alarmantes : un tel résultat au niveau national rendrait impossible la coalition actuelle, coalition préférée par la CDU et Angela Merkel. Seule une grande coalition serait alors possible, alliant CDU/CSU et le SPD. De plus, quasiment tous les éditorialistes allemands s’accordent sur le fait que Horst Seehofer deviendra pénible pour Angela Merkel : l’Allemagne, tel l’unisson, sera fortement gouvernée depuis Munich, et Angela Merkel devra composer non seulement avec un partenaire d’une quelconque coalition, mais aussi avec le leader bavarois, tout en sachant que le FDP et le SPD essayeront avec force de faire valoir leurs programmes dans une possible coalition et de ne pas se soumettre trop facilement à une domination merkelienne.
Un jeu de coalitions complexe
Le FDP s’embourbe actuellement autour des 5%, la limite même d’une entrée au Bundestag, chambre basse du parlement allemand. Souhaitant profiter du système électoral allemand, le FDP vise actuellement à remporter un maximum de « secondes voix » des électeurs CDU/CSU. En effet, une partie des députés est élue sur des listes fédérales et l’autre partie sur des listes propres aux Länder. Chaque citoyen a donc deux voix : l’une permettant l’élection directe d’un parti et de son candidat fédéral ; l’autre, l’élection d’un parti au niveau des Länder. Si le FDP obtient moins de 5% des seconds votes, il n’entre pas au Bundestag. Or, ce splitting des voix a perdu une influence majeure depuis la réforme électorale du début de cette année 2013 : avant, une grande différence entre le nombre de premiers et de secondes voix permettait de renforcer les deux partis entre lesquels la plupart des voix étaient splittées ; l’un, en lui permettant d’accéder au Bundestag ; l’autre, en lui donnant des mandats supplémentaires, appelés « Überhangmandate. » Ces mandats supplémentaires sont, depuis la réforme de la loi électorale, compensés par des sièges supplémentaires pour les autres partis. Trop de secondes voix pour le FDP auraient donc tendance à punir le CDU/CSU. Si le FDP, grâce aux secondes voix, n’obtient finalement pas assez de sièges pour une coalition, la CDU/CSU sera affaiblie pour d’éventuelles négociations avec le SPD.
C’est en effet une grande coalition, rassemblant SPD et CDU/CSU, qui semble être la plus probable alternative à une coalition entre conservateurs CDU/CSU et libéraux FDP. Dans ce cas, Angela Merkel devra composer avec un partenaire socialiste, notamment en ce qui concerne les politiques européennes d’austérité. Il est à noter que, jusqu’à présent, le SPD a, la plupart du temps, participé à un gouvernement dit « d’unité nationale » sur les questions européennes. Une fois dans une coalition, la SPD voudra se faire entendre. Une telle coalition aurait d’autant plus tendance à freiner la politique européenne, déjà en suspens jusqu’à dimanche prochain ; néanmoins, les thèmes des deux partis restent proches : ils pourraient s’entendre rapidement autour d’un grand nombre de politiques domestiques, tels que salaires ou retraites minimas.
D’autres coalitions sans une Chancelière Merkel restent peu probables : une coalition entre le SPD, les Verts et le parti de gauche Die Linke aurait, en plus d’une majorité au Bundestag, la majorité à la chambre haute, le Bundesrat, mais les thèmes communs restent rares. Reste une coalition SPD-Verts qui semble à ce jour impossible.

Le grand endormi politique
L’Allemagne est la première puissance économique européenne. Le chômage atteint des minima historiques, l’économie fonctionne bien. La campagne d’Angela Merkel s’est beaucoup orientée vers sa personne. Son principal message : « vous me connaissez. » La politique allemande n’aime pas les changements – Angela Merkel n’aime pas les campagnes électorales. Ne rien dire signifie ne pas faire d’erreurs. S’aligner avec la majorité de l’opinion publique revient à décélérer toute campagne rivale. L’Allemagne se trouve dans un somnambulisme électoral sous le contrôle d’une chancelière caractérisée de « post-politique » par certains critiques. L’Europe aura, avec Angela Merkel, encore un mandat allemand monotone, sauvegardant à tout prix la cohésion européenne, mais refusant avec la même ardeur tout changement de traités qui exposerait la politique européenne à une approbation populaire. Notamment avec la Grande-Bretagne, ou même la France, ceci est un pari trop risqué.Dans ce contexte, le score du parti eurosceptique « Alternative für Deutschland » (AfD) sera un indicateur fort de l’euroscepticisme dans un pays où ce thème reste tabou. Le statu quo est apprécié – et Angela Merkel semble ne pas vouloir trop y toucher. En temps de crise européenne et d’affolement général dans les pays voisins, une telle figure allemande calmera clairement le jeu. Jusqu’à quand tiendra donc ce somme allemand ? Jusqu’au référendum britannique si David Cameron est réélu ?
Angela Merkel devra, à un moment de sa carrière politique, réellement prendre des risques. Mais le fera-t-elle ? Certaines voix rappellent aussi la possibilité, pour elle, de se retirer de la politique en milieu de mandat. Ceci aurait au moins le mérite de réveiller l’Allemagne de son coma politique, bercé par une Chancelière tout aussi sommeilleuse et idéologiquement peu déterminée.
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La Confusion des Sentiments, de Stefan Zweig (1927).La Confusion des sentiments n’est pas un roman qui s’étend en longueur. Du haut de ses 120 pages, il apparaît moins impressionnant que les pavés que l’on retrouve généralement dans les bibliothèques, à l’instar des Misérables d’Hugo ou encore de La Chartreuse de Parme de Stendhal. Pourtant, en dépit de sa taille réduite, Zweig n’a pas eu besoin de plus pour élaborer un récit qui nous apparaît, une fois lu le mot de fin, comme suscitant une émotion aussi profonde et pleine qu’un roman de 500 pages.
L’histoire débute lorsque le narrateur, vieil universitaire désormais au crépuscule de ses jours, choisit de se pencher encore une fois sur l’événement qui lui inspira son amour du savoir et qui traça donc la ligne directrice de sa vie toute entière. On le retrouve ainsi sous les traits d’un jeune bourgeois aux mœurs légères, qui, dédaignant les lourdeurs de l’étude, préfère succomber aux plaisirs faciles qu’offre Berlin. Mais avec la visite inopportune de son père se révèle à lui toute la honteuse paresse de son mode de vie et, plein de remords et de gêne, il se fait la promesse de changer d’attitude et de se consacrer pleinement à ses études. Il choisit donc de quitter Berlin pour partir étudier dans une université plus isolée.
C’est là qu’il « le » rencontre, qu’il « le » voit, qu’il « l’ » entend pour la première fois. La fascination est immédiate, instinctive, indéniable. Le narrateur fait face à ce professeur qui, assis à demi sur un bureau, déroule à ses élèves rassemblés autour de lui une analyse passionnée de l’œuvre shakespearienne. Dès lors, le narrateur ne peut s’empêcher de penser à ce professeur qui le transporte dans un enthousiasme intellectuel dont il ne soupçonnait même pas l’existence. La proximité physique avec son nouveau maître (il a une chambre au-dessus de son appartement) ne fait qu’alimenter sa fascination et, petit à petit, il prend de plus en plus de place dans la vie de celui-ci.
Mais, même s’il s’élève au contact de ce nouveau modèle, le narrateur connaît aussi avec lui ses souffrances les plus vives, les plus tortueuses, car chaque geste, chaque mot de son maître qui aurait le moindre soupçon de froideur, lui suffit pour nourrir une sourde rancœur, à l’instar des amoureux qui aiment si passionnément que la souffrance est partie intégrante de leur amour. Cet homme le fascine, et, à travers lui, nous fascine. Pourquoi ce brillant universitaire est-il si méprisé de ses collègues, et pourquoi s’absente-t-il aussi souvent, parfois pendant plusieurs jours ? Et, tout aussi étrange, pourquoi donc entretient-il une relation aussi orageuse avec sa femme ?
Zweig nous livre ici sans aucun doute l’une de ses plus belles œuvres, et nous prouve qu’il excelle aussi bien dans l’art de la nouvelle que de la biographie. On ne peut s’empêcher de s’identifier à cet étudiant passionné, qui à travers ce professeur qui le fascine tellement, touche du doigt toute la profonde beauté du savoir.
C’est parce qu’il arrive à donner immédiatement corps à des personnages bien distincts, avec chacun leurs propres conflits intérieurs, c’est parce que l’on est pris dans la tempête de sentiments contradictoires que l’auteur dessine à travers son récit, que Zweig réussit, avec La Confusion des Sentiments, à livrer un véritable classique, au style élégant. Il peint un portrait de la profondeur de l’âme humaine qui nous marque durablement.
Rodrigue Diaz-Romero.
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C'est une grande année que 2010-2011 pour les « campus en régions » de Sciences Po. Après l'ouverture du Campus euro-américain de Reims, le campus de Nancy vient de fêter son dixième anniversaire, et celui de Poitiers s'apprête à célébrer le sien. De plus, un programme euro-africain sera ouvert à Paris sur le même modèle que ceux des campus en régions l'année prochaine à Paris. Que savez-vous, vous parisiens, de vos camarades d'outre-périphérique, et que savez vous, vous poitevins, nancéens, havrais, mentonasques, dijonnais, rémois, ou même toi qui veux intégrer Sciences Po, des autres campus ? LaPéniche a décidé de faire le point sur la question, et sur les relations entre les différents campus, qui font aujourd'hui l'objet d'une attention toute particulière des BDE et des Associations sportives.]]>
C’est une grande année que 2010-2011 pour les « campus en régions » de Sciences Po. Après l’ouverture du Campus euro-américain de Reims, le campus de Nancy vient de fêter son dixième anniversaire, et celui de Poitiers s’apprête à célébrer le sien. De plus, un programme euro-africain sera ouvert à Paris sur le même modèle que ceux des campus en régions l’année prochaine à Paris. Que savez-vous, vous parisiens, de vos camarades d’outre-périphérique, et que savez vous, vous poitevins, nancéens, havrais, mentonasques, dijonnais, rémois, ou même toi qui veux intégrer Sciences Po, des autres campus ? LaPéniche a décidé de faire le point sur la question, et sur les relations entre les différents campus, qui font aujourd’hui l’objet d’une attention toute particulière des BDE et des Associations sportives.
Les campus en régions de Sciences Po, c’est 6 villes de petite et moyenne taille, qui accueillent des promotions réduites de l’ordre de la centaine d’étudiants par année. Chacun de ces campus est spécialisé dans une région géographique du monde, c’est ce qui fait leur spécificité. Une autre particularité de ces campus est la population d’étudiants étrangers qu’on y trouve: la procédure internationale permet aux étudiants ayant passé leur bac dans un autre pays que la France d’intégrer l’IEP et de venir étudier avec des étudiants français sur un campus en région. Faire travailler des étudiants de différentes nationalités, dans le but de créer une éducation multiculturelle et plurilingue de ces étudiants, et pour qu’ils développent une intimité culturelle avec l’aire géographique qu’ils étudient, est l’objectif principal de ces campus. Le but est aussi de favoriser la visibilité de Sciences Po à l’international, en accueillant des étudiants internationaux pour l’intégralité de leurs études, et pas simplement pour leur semestre ou leur année de mobilité.
Lorsqu’on l’interroge sur le choix de ces régions du monde, Richard Descoings répond que Sciences Po a opté pour les zones de pouvoir de demain, qui feront perdre du poids sur la scène internationale à l’Europe ou aux Etats-Unis. Le couple franco-allemand de Nancy semble faire exception à cette logique. Comme c’est le « laboratoire » de l’enseignement dispensé sur les autres campus, il était en fait naturel de commencer pour ce premier campus par la proximité géographique, et en même temps par un des impératifs les plus cruciaux de la politique française actuelle – sans vouloir ressortir la tarte à la crème du « moteur franco-allemand » de la construction européenne que l’on nous assène depuis le lycée – celui de la nécessaire entente des « élites » françaises et allemandes.
Les villes, quant à elles, sont sélectionnées d’abord parce qu’elles entretiennent avec la zone en question des relations privilégiées. Cela peut paraître évident pour des villes comme Menton ou Nancy, mais les raisons sont parfois moins connues pour d’autres zones géographiques : Dijon, par exemple, et la Bourgogne entretiennent depuis plus d’un siècle des relations étroites avec l’Europe de l’Est. Mais de l’aveu du directeur, c’est également une question de relation avec l’administration locale ou régionale qui est en jeu. Alors que certaines villes, comme Montpellier, ne sont pas envisageables à cause d’une municipalité ou une région trop réticente, d’autres partenariats et la motivation de certains élus tels qu’Adeline Hazan à Reims rendent l’installation possible. Le but est également de dynamiser ces villes à la démographie souvent en difficulté et à la vie étudiante peu développée : sur place, les étudiants parlent de leur promo comme d’une « coloc’ géante », un groupe soudé dans les études comme dans le divertissement. Le côté petite promo peut cependant avoir quelques inconvénients, de l’aveu de certains : « attention aux potins ! » ironise-t-ton. Mais ces groupes réduits d’étudiants n’en donnent pas moins une taille plus humaine à la promotion.
A Poitiers, les élèves sont amenés à se spécialiser sur le monde ibéro-américain. A Menton, c’est la zone méditerranéenne qui est privilégiée, l’Europe de l’Est à Dijon, l’Asie au Havre et enfin le monde nord-américain à Reims. Du point de vue de la maquette pédagogique, ces campus sont caractérisés par un enseignement intensif dans les langues concernées, auxquelles s’ajoute à chaque fois l’anglais. 4h de chaque langue, les étudiants étant dispensés de leur langue natale (un brésilien à Poitiers sera donc dispensé de portugais, mais suivra des cours de français). Chaque dispense amène à un cours électif supplémentaire. D’un point de vue professionnel, cette formation polyglotte représente indéniablement un atout majeur.
Aujourd’hui, ce modèle éducatif est au stade expérimental, dans ces campus en régions, dits « délocalisés » voire « de province » par les Parisiens. Le succès de ce système étant désormais avéré, alors que 40% des élèves du collège universitaire se trouvent sur ces campus de région, il n’est pas exclu de proposer dans un avenir plus ou moins proche d’étendre ce modèle aux Parisiens qui le souhaitent. Le directeur reste assez évasif sur la question. Nous avons tous eu vent de la rumeur qui court parmi les étudiants d’une éventuelle délocalisation de l’intégralité du Collège Universitaire sur le campus de Reims, mais rien ne permet de l’affirmer pour l’instant. Toujours est-il que l’intention immédiate pour ces campus est une meilleure information pour les candidats à l’entrée du collège universitaire. « Il reste un tropisme parisien incroyable ! » affirme M. Descoings. Sciences Po reste, il est vrai, extrêmement associé à son campus historique parisien de Saint-Germain, et l’information sur ces campus en régions pour un candidat ne faisant pas la démarche de chercher l’information est très limitée.
Ce « tropisme parisien » de Sciences Po se manifeste également par le manque de communication et de relations entre Paris et les autres campus. Le Minicrit’ reste pour beaucoup de parisiens un « parent pauvre » du Crit’, et la fréquentation des germanopratins à cet événement est assez faible. Pourtant, cet événement est une réelle innovation de l’Association Sportive pour favoriser l’échange entre les différents campus et créer une solidarité de promotion transcendant la distance géographique. Si il est de taille plus réduite que le Criterium, il se déroule dans une autre ambiance, plus « bon enfant« , et ce sont directement les campus en régions qui sont chargés de son organisation. Quand on demande aux Poitevins qui en ont la charge cette année quels sont leurs objectifs pour cette rencontre, ils répondent « Que les gens s’en souviennent, que Paris ramène ses fesses, que Reims lance la machine ! ». De l’ambition, donc, pour le premier Minicrit’ des Rémois, et une volonté de sortir les parisiens de leur septième arrondissement. Il y a là quelque chose d’essentiel de la vie de l’école, puisque tous les campus seront amenés à travailler ensemble dans les locaux parisiens à l’occasion de leur master.
Le Minicrit’ n’est pas (plus) la seule initiative dans ce domaine. Depuis cette année, le BDE a mis en place ce qui était déjà imaginé depuis plusieurs années dans les campus en régions, dans ce qui est peut-être l’élément le plus innovant du programme du nouveau Bureau des Élèves: le BDE National Tour. Si certains critiquent le nom, et si certains étudiants des campus de régions trouvent que cela ressemble à une visite de l’équipe principale à ses remplaçants, c’est néanmoins quelque chose de nouveau qui se joue ici. Le but: une collaboration des différents BDE pour emmener des étudiants des différents campus voir leurs congénères dans une autre ville. Les Étudiants ainsi conviés sont logés chez des étudiants du campus local, et une sorte de « weekend de cointégration » est organisé, alliant visites culturelles et grosses soirées, pour favoriser le rapprochement entre les différents élèves. Le projet n’en est encore qu’à ses débuts (seuls Paris et Nancy étaient représentés à Reims fin novembre) mais de nombreuses dates sont prévues pendant le second semestre: Poitiers, le Havre et Nancy en février, Menton et Dijon en avril, Paris recevra, elle, en mars. Le but est aujourd’hui d’élargir le nombre d’Étudiants conviés (15 Parisiens et 40 Nancéens à Reims) et de faire de cet événement un rendez-vous annuel, afin de créer dans le Collège Universitaire un réel esprit de promotion fédérant tous les campus, ce qui semble manquer à l’école aujourd’hui.
20 ans que le mur est tombé ! Difficile de passer à côté tellement l’actualité est marquée par cette date anniversaire. Les chaines télé et radios surenchérissent de témoignages, réactions, et opinions en tout genre. C’est vrai qu’au fond 20 ans c’est long. En 20 ans, tellement de choses ont changé. Une nouvelle génération est née, qui ne connait la réalité du mur plus que par les manuels d’histoire et pour qui il est inconcevable d’imaginer que cela a existé.
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20 ans que le mur est tombé ! Difficile de passer à côté tellement l’actualité est marquée par cette date anniversaire. Les chaines télé et radios surenchérissent de témoignages, réactions, et opinions en tout genre.
C’est vrai qu’au fond 20 ans c’est long. En 20 ans, tellement de choses ont changé. Une nouvelle génération est née, qui ne connait la réalité du mur plus que par les manuels d’histoire et pour qui il est inconcevable d’imaginer que cela a existé.
En même temps comment est-ce possible de concevoir une telle aberration ? Les adolescents retiennent souvent les histoires d’amoureux transis s’envoyant des messages par des pigeons voyageurs (souvent abattus en cours de vol). Mais c’est bien plus que ca. Le mur c’est un pays entier, scindé en deux, soumis à deux modèles opposés, et plongé dans un rapport de rivalité. On ne peut pas réaliser cela lorsque l’on ne l’a pas vécu, tout comme on n’imagine pas qu’il y a 60 ans le plus grand ennemi de la France était l’Allemagne.
Tout cela nous parait tellement loin car l’Europe nous assure aujourd’hui une sécurité telle que l’on ne l’a jamais connue. L’Europe a relevé le défi qu’elle s’était assignée au delà de toute attente : la paix. Aujourd’hui l’idée d’une guerre en Europe est aussi inconcevable qu’une boulangerie française sans croissants ou que le 27 rue Saint-Guillaume sans péniche. 
Mais en même temps 20 ans c’est tellement peu sur l’échelle de l’histoire. Enormément de choses ont été accomplies en si peu de temps. Le touriste à Berlin ne sait plus s’il se trouve à l’ouest ou à l’est lorsqu’il s’égare dans les méandres de la ville. La distinction a disparu. Berlin est une ville apaisée. Les traces de balle font place à des constructions modernes et à une ville qui affirme de plus en plus sa propre identité. Seules les boutiques touristiques louant des trabans, ou vendant des casquettes soviétiques nous rappellent ce lourd héritage, héritage qui parait pourtant être pris à la légère par les allemands. On assiste même à un mouvement d’Ostalgie. Les boutiques branchées de Prenzlauer Berg se mettent à vendre d’authentiques objets communistes devenant collectors.
Mais lorsqu’on se laisse imprégner et absorber par Berlin on se rend vraiment compte que 20 ans, c’est terriblement court pour effacer une telle histoire. Un berlinois vous précisera toujours si il vient de l’est ou de l’ouest, et sera blessé si vous pensez qu’il vient de l’est alors qu’il vient de l’ouest. Une certaine barrière et distance subsiste. Un bon berlinois de l’ouest comme il se doit évite de mettre les pieds à l’est. Et les couples « mixte » Est-Ouest observent le malaise, la gêne et l’incompréhension qui règnent entre leurs parents. Ceux-ci n’ont rien à se dire.
Les mentalités quant à la position de la femme sont également très révélatrices. Un Ossie vous parlera de la discrimination envers les hommes qui n’obtiennent que rarement le droit de garde des enfants en cas de divorce. Un Wessie quant à lui vous demandera comment votre enfant va savoir que vous êtes sa mère si vous n’arrêtez pas de travailler pour l’élever.
L’Allemagne n’est ainsi pas aussi unifiée qu’elle peut l’apparaître. Il faudra encore un peu de temps aux Allemands pour se remettre de cette séparation douloureuse, et pour apprendre à se reconstruire l‘un avec l’autre en bâtissant une histoire commune. Et cette histoire sera forcément européenne.
Par Clara Sommier, Vice-présidente des Jeunes Européens Sciences Po. Les Jeunes européens sont une association regroupant des étudiants et jeunes actifs voulant promouvoir l’idée d’une intégration européenne plus forte. L’association se distingue par son caractère transpartisan et son programme « Europe à l’Ecole » qui consiste à envoyer des étudiants dans les écoles, collèges et lycées pour faire partager aux élèves leur expérience de l’Europe.
Si vous souhaitez en savoir plus : http://www.jeunes-europeens.org/spip.php?rubrique49 ou contactez Aurélien ; aurelcaron@yahoo.fr
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