Ce 25 novembre signe le début d’un chemin du combattant. Les portes de l’arène s’ouvrent, la compétition pour la destination de troisième année est déclarée. Jusqu’au 3 décembre, quatorze heures, les deuxièmes années doivent saisir leurs six vœux d’université à l’étranger par ordre de préférence.
Pour certains, ce classement est déjà inscrit comme une liste de course dans les esprits, aucun retour en arrière possible. Pour d’autres, les doutes subsistent. Parce qu’après tout, comment reconnaître un sciences piste sans sa fabuleuse incapacité à faire des choix ?
C’est vrai, qu’est-ce qui change vraiment entre la Thaïlande, le Canada et l’Autriche ?
Alors pour les plus assurés comme pour les plus indécis, ce deuxième article dédié aux échanges de troisième année est pour vous. Et pour ce faire, rien de mieux que de nouveaux retours de nos 3A préférés, qui se demandaient eux aussi où ils atterriraient il y a seulement quelques mois.
Autrice: Maëlle Pottecher
Après les paysages idylliques du Kirghizstan, le soleil de Brisbane, la féérie de la Finlande et la nature éclatante de Sao Paulo, nous volons à présent vers de nouveaux horizons…
Première escale à Édimbourg, où Andréa s’extasie devant la beauté architecturale, historique et naturelle de la capitale écossaise. Tout est « simplement magnifique » dans cette ville aux allures médiévales, et les grands espaces verts sont particulièrement appréciables pour une activité sportive en extérieur. Une pratique d’autant plus facilitée par les équipes de sport, très nombreuses au sein de l’université, et accessibles à tous grâce aux différents niveaux proposés (compétitif, loisir, voire débutant). Au-delà de la vie associative très riche au sein du campus, les cours dispensés à la prestigieuse université d’Édimbourg et l’ambiance moins stressante qu’à Sciences Po ont su combler Andréa. La disponibilité des professeurs et leur proximité avec les élèves sont de réels atouts. Autre grand avantage : l’accès gratuit au bus pour les moins de vingt-deux ans, qui ne vous donnera plus aucune excuse pour explorer les quatre coins du pays !
Quant à ceux pour qui le TOEFL fut peut-être une épreuve des moins appréciables, pas de panique ! Les Écossais sont très compréhensibles et ne rechignent pas à répéter ou à attendre que vous reformuliez vos propos. Malgré cette sympathie, Andréa avoue cependant avoir eu du mal à se faire de « vrais amis » dans le cadre universitaire. Les quelques heures de cours et les rares discussions en classe peuvent rendre l’intégration difficile. La vie associative s’avère donc être la meilleure occasion pour faire des rencontres lors des événements organisés.
En attendant l’hiver humide indispensable au charme écossais, Andréa nous résume donc son échange universitaire par ce simple adjectif : « lovely ! ». Elle qui n’aurait « jamais, au grand jamais » pensé voir son premier vœu accepté à Édimbourg….
Son conseil à l’intention des 2A est donc le suivant : « écoutez votre cœur et choisissez tout de même des destinations qui vous font vibrer, vous avez toutes vos chances ! ».
Suivre son cœur, c’est justement ce qu’a fait Charles en se tournant vers Boston après un « coup de cœur absolu » lors d’un précédent voyage. Celui-ci est très satisfait de l’université, qui l’a « pris par la main » lors de son installation, mais lui permet également une réelle indépendance dans l’agencement de son emploi du temps et l’organisation de sa vie en tant qu’étudiant. Si la charge de travail est importante et nécessite une réelle discipline, les cours sont néanmoins passionnants. Charles apprécie particulièrement le fait de vivre en dorm, qui permet de concilier intimité et vie commune dans la journée. Grâce à cela, il a pu rapidement rencontrer des amis avec lesquels il est devenu proche. Il soulève cependant le risque de se sentir facilement enfermé sur le campus, et donc de choisir la proximité plutôt que la découverte de la ville en elle-même. Ce qui serait dommage, pour une ville « extrêmement agréable à vivre », aux nombreux espaces verts, et qu’il considère être « la moins américaine des Etats-Unis » avec la présence d’une grande communauté lusophone.
Si Charles est très heureux de son choix, il rappelle cependant que l’important n’est pas la destination, mais « ce qu’on en fait » ; l’essentiel est de s’adapter, d’accepter les moments de « down » ainsi que de choc culturel qui seront inévitables, et de « kiffer » malgré tout.
Pour Clément, le choc culturel fut effectivement une réalité en atterrissant à Bangkok, capitale thaïlandaise. Pourtant, cet écart culturel parfois redouté « ne doit pas être un frein, à partir du moment où l’on accepte que la Thaïlande n’est pas la France ». Une fois la chaleur et les habitudes thaïlandaises intériorisées (comme l’absence de code de la route…), on ne peut que s’extasier devant cette ville au patrimoine culturel et naturel extrêmement riche. De ses temples centenaires à ses cinémas ultra-modernes, Bangkok et sa superficie qui fait dix fois celle de Paris sauront vous ravir. Un grand atout de cette ville ? L’immense liberté qu’elle confère aux internationaux, qui peuvent choisir de vivre à l’occidentale, ou bien à l’image des Thaïlandais. « A vous de décider qui vous souhaitez être le temps d’une année ! ». Et si la capitale ne suffit pas à nourrir votre désir d’évasion, Bangkok est également une plaque tournante du trafic aérien dans la région. Ceci vous ouvre donc à une multitude de vols à prix raisonnable.
Enfin, Clément relève également l’attitude toujours positive et accueillante des Thaïlandais, qui contraste parfois avec la conduite distanciée des étudiants face à leurs analogues internationaux. La raison ? Simplement une « grosse flemme de parler anglais », quand bien même leur niveau de langue est excellent.
Un constat également relevé par Amélie, partie découvrir la culture allemande à Cologne. Les Allemands restent difficiles à aborder, ce qui amène inévitablement à se rapprocher avant tout des étudiants internationaux. Et concernant les cours, la qualité n’est « pas toujours au rendez-vous », avec une ambiance « très chill » qui peut entraîner une moindre implication des étudiants. Néanmoins, l’université propose un large panel de cours, et Amélie s’est dirigée vers ceux dispensés en anglais, à l’exception d’un gros cours en allemand. Il est donc possible de progresser dans la langue de son choix. Attendez-vous cependant à rentrer épuisé les premières semaines, comme l’a vécu Amélie alors même que sa langue de confort était l’anglais ! Pour contrecarrer l’ennui des cours, elle conseille elle aussi de s’impliquer autant que possible dans les activités extrascolaires et principalement le sport, autour duquel la ville est axée. Les cours de sport sont d’ailleurs gratuits ou peu chers à l’université. Un détail non négligeable, alors que la charge de travail largement supportable permet de s’y consacrer librement.
Et si le campus est agréable, il est avant tout à l’image de la ville. Celle-ci est « globalement assez sage », surtout si vous logez dans le quartier belge dans la partie ouest de l’Innenstadt, qui reste sûr même en pleine nuit pour les passants. Attention cependant à s’y prendre à l’avance pour trouver le logement parfait ! C’est également une ville LGBTQ friendly, un détail qui importait beaucoup à Amélie. Et les transports gratuits contribuent eux aussi à ce sentiment de sûreté, plus marqué qu’en France. En parlant de transports, Cologne est d’ailleurs la seule ville allemande reliée par le Thalys, le service de trains à grande vitesse entre la France et l’Allemagne notamment. Tous ces détails auront fini par convaincre Amélie, qui vit à présent une année « intense » et profite pleinement de son séjour !
Ainsi, alors que près de dix mille kilomètres séparent Bangkok d’Édimbourg, et que seize mille kilomètres séparent Cologne de Brisbane, on retrouve une même similitude : un énorme sentiment de satisfaction et de gratitude chez les étudiants.
Andréa nous a appris que le culot peut être notre meilleur allié, Charles nous a rappelé que les mauvais moments du séjour sont tout aussi précieux que les plus beaux, Clément nous a indiqué que nous pouvons choisir qui devenir le temps d’une année, et Amélie nous a démontré que quelques heures de train peuvent suffire à nous dépayser.
Et alors que votre petit cœur palpite peut-être encore en imaginant tous les changements qu’implique cette troisième année, appliquez ce dernier conseil de Charles : faites en sorte « que vos choix reflètent vos espoirs, et non vos peurs ! ».
]]>Autrice: Orilia Attlan
Qu’ils soient sous le beau soleil espagnol, ou le terrible froid canadien, ils vivent, pour beaucoup, un rêve éveillé : quel est leur bilan après leurs premiers mois d’échange ? Nous les avons interrogés pour vous ! Que vous soyez étudiant en deuxième année, à la recherche de la destination parfaite, en quatrième année, en pleine nostalgie de l’année à l’étranger, ou simplement un curieux avide d’aventures, bon voyage !
Avec un large éventail de choix, 480 universités partenaires réparties dans près de 85 pays du monde, il est difficile, si ce n’est impossible, de ne pas trouver son bonheur. Bonheur, c’est le mot qui a résumé l’état d’esprit de beaucoup de sciences pistes en deuxième année à la fin du semestre dernier : là où ils ont définitivement reçu une affectation pour leur année à l’étranger. Les interactions ne semblaient tourner qu’autour des destinations des uns et des autres : les cours étaient oubliés et les examens synonyme d’histoire ancienne, il était temps de papoter. « Et toi, tu vas où l’année prochaine ? » Et les expressions d’admiration, de surprise, de crainte ou de joie se faisaient aussitôt entendre et sentir. Mais alors quelles destinations ont-ils choisies ? Nous avons sélectionné quatre destinations insolites, qui conviennent à tous les goûts, autant aux aventureux qu’aux plus craintifs.
Pour certains, le mot d’ordre était : évasion. Ce fut le cas de Marie, qui a choisi un pays d’Asie centrale, peu peuplé par les sciences pistes : le Kirghizistan. Pleinement satisfaite de son choix, elle vit un rêve éveillé depuis son arrivée : son quotidien se résume à quelques heures de cours et beaucoup d’heures de bien-être et d’accomplissement personnel. Elle nous raconte faire très souvent des balades à cheval dans des paysages montagneux idylliques, bien loin de nos hauts bâtiments parisiens. Elle a aussi décidé de dédier son temps libre à l’apprentissage du russe, pour pouvoir encore plus s’imprégner de la culture du pays. En parallèle de ces moments solitaires nécessaires, Marie établit des liens sociaux uniques avec les étudiants locaux : « je me fais des amis que je pense ne jamais oublier » nous confie-t-elle. Seul point faible : le climat. Actuellement, le temps kirghize peut vaciller entre -2° et 7°, avec un peu de chance la température peut monter jusqu’à 14° : « ici il fait très froid, il neige depuis presque deux semaines maintenant… » Mais rien ne semble gâcher son aventure, elle est comblée.
Marie n’est pas la seule à avoir choisi un pays lointain et aventureux : ce fut également le cas d’Emma, qui s’est évadée à Brisbane, en Australie. A près de 16 577 kilomètres de Paris, Emma est dépaysée. Contrairement au climat que doit subir Marie, Brisbane est sous la chaleur et le beau temps toute l’année, même en plein milieu de l’hiver, selon Emma. Elle profite de la légèreté des cours, moins intensifs qu’à Sciences Po, pour découvrir ce pays aux milles atouts, et pour se lier d’amitié avec les locaux qui « sont plutôt avenants et apprécient beaucoup les Français ». Elle souligne également la facilité qu’elle a rencontrée pour se rendre en Australie, au niveau de la délivrance du visa, ainsi que des démarches administratives. De quoi rassurer ceux qui craignent d’aller si loin ! « Cela fait bientôt 4 mois que je suis en Australie et je ne regrette pas ! » affirme Emma. Elle résume son échange en un mot : magique. Néanmoins, il est à noter que le système universitaire australien est bien différent : la rentrée débute en juillet.
Pour d’autres sciences pistes, l’objectif était de ne pas se rendre à des dizaines de milliers de kilomètres tout en ayant accès à des paysages paradisiaques. Thomas a décidé le froid finlandais pour vivre un échange mémorable. « C’est le pays idéal pour les fans de randonnées, de beaux paysages et de nature ! Il y a énormément de lacs et certains sont justes magnifiques » nous dit-il avec passion. En à peine quelques mois, Thomas a pu visiter la terre du Père Noël : la Laponie, ainsi que de nombreuses autres villes finlandaises ou encore l’Estonie. Thomas est tellement émerveillé qu’il ne souligne pas le froid comme un point négatif : il fait pleinement partie de l’aventure. Sur le plan universitaire et pratique, il souligne l’efficacité du système de tutorat mis en place par son université, qui lui a permis de s’intégrer très facilement. La recherche d’un logement, normalement le casse-tête des sciences pistes hors des murs, a été paisible : il a obtenu un logement étudiant, sans difficulté, bien situé et bien entretenu. En quelques mois, Thomas n’a rencontré aucun point négatif. Il résume son début d’échange avec amusement en un mot : Sisu, le fameux film dans lequel nous sommes plongés dans la nature en Laponie occupée par les nazis, avec le personnage principal qui découvre un gisement d’or. Pour Thomas, cet échange est comme ce gisement d’or : il fait tout pour en profiter pleinement.
Après l’Asie, l’Océanie, et l’Europe, nous n’oublions pas les sciences pistes en échange en Amérique. Cette fois-ci, direction Sao Paulo, au Brésil. Lola a vu les choses en grand en choisissant le Brésil, avec sa superficie de 8,52 millions de kilomètres carrés. Étant à Sao Paulo, elle note directement que « la ville est gigantesque et [qu’] il y a toujours quelque chose à faire » et ce que Lola veut absolument faire, c’est réaliser son rêve de visiter l’Amazonie. Avec son millier de kilomètres carrés, la ville qu’elle a choisie est riche d’activités pour tous les goûts : musées, visites, expositions gratuites… De plus, elle peut visiter les pays frontaliers, ainsi qu’admirer la nature sud-américaine. Comme les trois précédents témoignages, Lola connait une bonne intégration et tisse des liens forts avec les locaux, très accueillants et compréhensifs vis-à-vis du niveau de portugais : que vous le parliez couramment ou non, cela ne ternira pas votre capacité à avoir des amis sur place. Comme Emma en Australie, Lola souligne la longueur du cycle universitaire au Brésil : 11 mois, laissant peu de place au repos avant de partir, et encore moins en revenant…
Ainsi, avec cette année à l’étranger, les étudiants de Sciences Po prouvent leur soif de nouvelles aventures : qu’ils soient à 15 000 kilomètres, ou à 1000, chacun d’entre eux a un tas d’expériences à partager. C’est d’ailleurs ce que certains, surtout ceux qui ont terminé leur échange et sont en master, font de vive voix avec la Radio Germaine (radio de Sciences Po) à travers la série de podcasts Abroad. Ces derniers leur donnent une voix pour partager tous les aspects de leur échange : difficultés administratives, difficile intégration, coût de la vie, barrière de la langue… Ces podcasts sont surtout destinés aux sciences pistes en deuxième année, perdus dans le flux infini des universités partenaires, ou simplement en quête d’inspiration ! N’attendez plus et plongez dans les contes de voyages des anciens sciences pistes hors des murs avec Radio Germaine ! Les podcasts sont disponibles sur Spotify et Apple Podcasts.
Restez également à l’affût des prochains articles de La Péniche sur les destinations et expériences de 3A au cours des prochaines semaines.
]]>Il y a vingt ans, la première promotion de sciences piste à bénéficier de l’année obligatoire à l’étranger prenait son envol. Depuis, ce sont près de 22 000 étudiants dans plus de 480 universités partenaires à travers le monde qui ont pu bénéficier de cette troisième année hors les murs. L’occasion de découvrir, explorer, échanger, enrichir sa connaissance des autres et affiner son regard sur le monde.
Pour fêter cet anniversaire, Sciences Po avait organisé un concours de photographie « souvenirs de 3A », qui permettait à ceux qui rentraient de leur troisième année de partager leur plus belle photo prise durant cette année à l’étranger. Sur 320 soumissions, 20 photos ont été présélectionnées pour passer devant le jury composé de spécialistes des relations internationales et présidé par Laurence Bertrand Doléac, présidente de la Fondation nationale des Sciences politiques.
Dans une salle remplie d’étudiants et d’alumni, la présidente de la FNSP rappelle la mission de la photographie qui, depuis ses tâtonnements au début du XIXème siècle, n’a pas changé ; celui de capter un moment de l’existence, de s’arrêter et d’immortaliser l’instant. Le concours photo de la troisième année, c’est aussi l’occasion de se souvenir d’un regard, d’une émotion qu’on a vécu.
Le premier prix, c’est l’œuvre de Célia Ribiere, Envol vers le Saint des saints, photographiée en 2022 alors qu’elle était étudiante à l’IDC Reichman, à Jérusalem. La lauréate raconte l’instant qu’elle saisit… Elle voit l’homme se diriger en direction du lieu de prière et rappelle la spiritualité du lieu, à chaque instant. Lorsqu’elle monte à la tribune, elle rappelle que Jérusalem, c’est un lieu fait d’espoir et d’histoire, où se mêlent à la fois les rencontres, l’émotion et la découverte, et où l’on ressent la puissance du lieu.
Le second prix est attribué à Luna Schafitel pour A window to your soul, photographié à Hammanskraal en 2022, en Afrique du Sud, alors qu’elle était étudiante à l’université de Witwatersrand, à Johannesburg. Lors d’un discours émouvant, la lauréate évoque « la densité de l’homme au spectacle du monde ». Le regard de l’homme à sa fenêtre installe le mystère et fait ressurgir l’émotion du spectateur. C’est exactement ce que Luna veut transmettre de son expérience sud-africaine : l’amour qu’elle y a ressenti, l’écoute face à la douleur du passé, et la nécessité de faire entendre une voix commune tournée vers l’avenir.
Enfin, le troisième prix est attribué à Dariia Haryfullina pour sa photographie Contemplation vespérale, capturée sur les toits du Duomo di Milano en 2021, alors qu’elle était étudiante à l’université de Milan-Bicocca. Cette photographie, d’une beauté artistique exceptionnelle, invite le spectateur à l’effort de regarder au bon endroit. Le terme « vespérale » du titre est à double-sens ; c’est celui du couchant, mais c’est aussi celui de la spiritualité, du religieux. La lauréate évoque son parcours de troisième année exceptionnel : d’abord celui d’un semestre à Milan, puis de ses mois d’étude à Singapour. Ukrainienne, elle vit le déclenchement de la guerre en février 2022 comme une profonde blessure. Cette photographie, c’est une contemplation, l’occasion de s’échapper un instant des bruits extérieurs, de témoigner d’une paix intérieure.
La troisième année, c’est l’occasion d’un décentrement. C’est découvrir, mais c’est aussi être surpris, c’est s’ouvrir à une autre réalité, un autre regard que celui qu’on avait imaginé.
C’est pour cela que la photographie s’y prête si bien. Elle capture et nous invite à l’ailleurs, au double regard. Elle nous fait promettre, pour une fois, de nous arrêter un instant.
]]>“Van a vivir un momento histórico ».
Voici la phrase que nous aurons sûrement la plus entendue depuis notre arrivée il y a trois semaines à Santiago. En effet, les Chilien.e.s ont vécu un tournant politique historique en se rendant aux urnes le 4 septembre dernier. Lors de ce vote à caractère obligatoire, i.e.ls ont eu le choix de changer, ou non, la Constitution encore en vigueur, adoptée en 1980 sous la dictature de Pinochet.
Ce projet constitutionnel est le fruit d’un long cheminement politique, du coup d’État de Pinochet en 1973 à l’ estallido social de 2019. Pour comprendre ce vote – qui intéressera plus d’un 1A en pleine découverte du droit constitutionnel ou un 2A en pleine recherche d’un pays où poser ses valises – ; il est nécessaire de remonter en 1973.
11 septembre 1973 : le coup d’État.
En 1970, le Chili élit le président socialiste Salvador Allende ; perçu encore aujourd’hui comme un héros par une grande majorité de Chilien.e.s. Les premières années de son mandat ont été marquées par de grandes réformes du système de santé et de l’éducation, et la situation économique s’améliore. En 1971, le Président Allende tente de renouer diplomatiquement avec son homologue cubain en le recevant en séjour. Ce rapprochement avec Fidel Castro ne tarde pas à inquiéter la droite chilienne. En parallèle, la situation économique se dégrade :les salaires diminuent et certaines pénuries menacent. Opposants et partisans du régime finissent par se faire face, de plus en plus violemment. L’été 1973 marque un point de non-retour : le Chili atteint un seuil d’instabilité sociale particulièrement critique, et Allende est en quête de solutions afin d’apaiser la situation du pays. Le 23 août, il décide de nommer Augusto Pinochet général en chef des armées ; espérant trouver en lui un allié. Toutefois, le 11 septembre 1973, le général Pinochet ordonne à l’armée d’assiéger le palais présidentiel de la Moneda. Salvador Allende donnera sa dernière allocution, qui restera un des discours les plus connus du président socialiste. Il mourra finalement au sein du palais de la Moneda, marquant alors l’entrée dans le régime dictatorial d’Augusto Pinochet. Ce régime sera officialisé en 1980 par l’adoption d’une nouvelle Constitution, approuvée à l’occasion d’un référendum falsifié, tandis que les opposants politiques étaient violemment muselés.
1988-2005 : la transition démocratique
En 1988, comme prévu par la Constitution de 1980, le mandat de Pinochet touche à sa fin. Alors qu’il demande sa prolongation par référendum, afin de légitimer le régime autoritaire, 55,99% des votant.e.s réclament la fin de la dictature. Toutefois, si les partisan.ne.s de cette dernière ont perdu le pouvoir, i.e.ls bénéficient toujours de l’appui de l’armée. Pinochet reste à sa tête durant sept années et s’assure ainsi une immunité constitutionnelle. Il parvient à verrouiller le système judiciaire, octroie l’amnistie aux militaires pour les crimes et délits de la dictature, et impose une interdiction totale de l’avortement.
La Constitution est malgré tout amendée afin de répondre à la revendication démocratique : le pluralisme politique y est inscrit et en 1990 Pinochet cède son poste de président de la République. Pourtant, si la transition démocratique est enclenchée, les disparu.e.s politiques demeurent et la tension entre réforme constitutionnelle et pouvoir autoritaire des forces armées perdure.
L’année 1998 marque la fin de l’ère Pinochet. Le général déchu est arrêté à Londres en octobre mais rentre deux ans plus tard au Chili, accueilli en grand triomphe par ses partisan.e.s. Alors que son immunité judiciaire lui a été ôtée, il est soumis à un mandat d’arrêt international mais sera finalement relaxé en 2005. Augusto Pinochet décède le 10 décembre 2006 à l’hôpital militaire de Santiago.
La Constitution de 1980 reste pourtant en place durant toute la transition démocratique (1988-2005). Elle est révisée à de nombreuses reprises, particulièrement en 2005 à l’initiative du président de gauche Ricardo Lagos. Le mandat présidentiel est notamment réduit à quatre ans, les sénateur.ice.s sont désormais toustes élu.e.s, et le Conseil de Sécurité (dernier vestige de la dictature militaire) ne possède plus qu’un rôle consultatif. Pour beaucoup, cette Constitution imposée sous la dictature, a tant été amendée qu’elle est communément nommée la « Constitution de 2005”.
2019 : une augmentation du prix du ticket du métro qui ne passe pas
En 2018, le président de droite Sebastian Piñera est réélu pour un second mandat. Le 6 octobre 2019, ce dernier annonce la hausse du prix des transports en commun de Santiago. Le lendemain, en réaction immédiate, des dizaines d’étudiant.e.s décident de faire connaître leur mécontentement en organisant massivement des fraudes dans le métro. Les jours qui suivent, les blocages, les rassemblements étudiants, les affrontements avec la police et les revendications sur des sujets plus larges se multiplient.
Jamais personne n’aurait pu imaginer que l’augmentation de quelques centimes du prix du ticket de métro provoquerait la colère de plus de deux millions de chilien.e.s, dans toutes les rues du pays. Ce mouvement contestataire s’empare dès lors de revendications plus larges, quant aux inégalités sociales et économiques profondes, ancrées dans le pays depuis des décennies. Ces mobilisations massives ont débouché sur la déclaration de l’état d’urgence, donnant lieu à la mise en place d’un couvre-feu, mais en particulier de pouvoirs extraordinaires confiés à la police et à l’armée. Cette répression violente a rappelé pour de nombreux.ses Chilien.e.s de douloureux souvenirs des temps de l’ère Pinochet. Finalement, le Ministère Public annoncera que l’Estallido social aura fait une trentaine de mort.e.s, 12 000 blessé.e.s, et 25 000 arrêté.e.s. Au printemps 2020, la pandémie de la Covid-19 mettra un terme au ¡Chile despertó ! , un an et demi après ses prémices, bien que les inégalités et le mécontentement demeurent.
2020 : le plébiscite pour une nouvelle Constitution
La volonté de clore véritablement l’ère Pinochet en adoptant une nouvelle constitution ne date pas de l’Estallido social. Michelle Bachelet, présidente socialiste de 2006 à 2020 puis de 2014 à 2018 avait déjà soumis au Parlement un nouveau projet de Constitution ; rejeté immédiatement par Sebastian Piñera à son arrivée au pouvoir (il effectue deux mandats : 2010 -2014 et 2018-2022).
Toutefois, en 2019, l’Estallido social met en évidence la centralité de l’ultra-libéralisme dans la Constitution, valeur héritée du régime Pinochet. Tenue pour responsable des inégalités du pays, la Constitution et sa doctrine concentrent alors l’essentiel des critiques adressées par la jeunesse. Le mouvement social qui secoue le Chili s’impose donc comme un moment constituant. Alors que les premières lignes des manifestations laissent apparaître des slogans comme “una nueva constitucion ahora” (ndlr : “une nouvelle constitution maintenant”) ; le gouvernement de droite se voit obligé de signer un accord “pour la paix sociale et une nouvelle Constitution”. Un mois tout juste après le début du mouvement social.
De cet accord découle la mise en place d’un référendum ; le 25 octobre 2020. Les chilien.ne.s sont amené.e.s à répondre à deux questions : « Voulez-vous une nouvelle constitution ?” et “Quel type d’organe doit rédiger la nouvelle constitution ?”. À la seconde question, deux réponses sont possibles : soit une assemblée constituante intégralement composée de membres élu.e.s ; soit une assemblée constituante mixte composée pour moitié de membres élu.e.s, et pour l’autre moitié de parlementaires. Le résultat est écrasant : 78% des votant.e.s réclament une nouvelle constitution et plus de 79% d’entre i.e.ls par une assemblée constituante entièrement élue.
Le 4 juillet 2022, un an jour pour jour après le début des travaux, l’Assemblée constituante remet la proposition finale au président socialiste Gabriel Boric, au pouvoir depuis seulement un mois. Le peuple chilien a ainsi été invité à s’exprimer le dimanche 4 septembre sur ce projet…
À dans quelques jours …
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Les annonces tombent petit à petit et les rêves s’envolent. Semestre annulé, semestre à distance, semestre en ligne mais pas trop — soyez présent sur le campus, sait-on jamais. En somme, beaucoup de formules différentes pour une seule et même réalité : les sciencespistes restent à domicile. Dès lors, la troisième année, maintes et maintes fois mentionnée dans les lettres de candidature, n’est plus qu’un concept flou et angoissant. Pourtant, selon Mathilde, lorsque l’on rentre à Sciences Po, « on a tous ce rêve de la 3A où on va partir à l’autre bout du monde, découvrir plein d’endroits et voyager, et aussi se découvrir soi-même. » Désormais conditionné.e.s à la situation sanitaire mondiale, les grand.e.s curieux.ses du monde que nous semblions tous être à l’admission ont dû se satisfaire d’une année au rabais, souvent remplacée par un programme académique confectionné en urgence par Sciences Po. Anna, initialement destinée à l’Université d’Ottawa au Canada, explique avoir eu droit à un mélange de cours de 2A et de 4A : « Personnellement, j’ai trouvé que la réponse de l’école en matière d’offre de cours a été très satisfaisante, dans les conditions qui étaient celles du premier semestre. » Seulement, la possibilité réduite de cours oblige, le manque de flexibilité s’est fait ressentir chez les étudiant.e.s : « Notamment vis-à-vis des stages à temps partiel, il y a eu de très nombreuses discussions avec l’administration qui ont pris beaucoup de temps et d’énergie aux étudiants impliqués. » Angèle, elle aussi originellement affectée au pays de l’érable, opine : « C’était intéressant mais il y avait pas mal de redite par rapport aux deux premières années, même si il y avait un effort de fait pour nous proposer des cours. »
Quelques étudiant.e.s ont néanmoins fait exception, ayant pu profiter d’une année complètement à l’étranger, et ce pour le meilleur et pour le pire. Clélia raconte que son université l’a grandement aidée à obtenir son visa l’été dernier, et qu’elle a donc pu partir dès le premier semestre dans l’état de New York. Plutôt en retrait, son campus a la capacité de se fermer sur lui-même, afin d’éviter la sortie des étudiant.e.s et la propagation du virus. « On se disait qu’on pourrait devenir Covid-free grâce à cet enfermement, mais jamais on n’a enlevé nos masques », explique-t-elle. Pire encore, cet isolement s’est prolongé indéfiniment, jusqu’à la fameuse date du 16 avril où Clélia sortait pour la première fois de son campus depuis septembre. Non seulement le campus universitaire est à taille réduite, permettant des balades d’à peine cinq kilomètres ; mais en plus il impose de nombreuses restrictions — impossibilité de rentrer dans les chambres des autres, port du masque et distanciation sociale. Ces restrictions facilitent encore moins la socialisation, déjà difficile pour un étudiant en échange. L’étudiante de troisième année décrit notamment la solitude ressentie les premiers mois : « Pendant un mois et demi, il y avait des périodes de trois jours où je ne pouvais ne parler à personne. (…) C’était compliqué de rencontrer des gens et de créer des liens. C’est différent du système de Sciences Po : tu n’as même pas de triplettes, tu te retrouves littéralement tout seul. »
La stratégie préventive développée par son université implique également les « pods », des groupes de six personnes notifiés à l’administration dans lesquels il est possible d’avoir une vie normale, en mangeant ensemble ou en retirant le masque. Si l’un.e d’eux.elles est touché.e par le virus, l’entièreté du groupe est alors mis en quarantaine. De cette manière, certains liens peuvent se créer, mais Clélia insiste tout de même sur le fait qu’il s’agit d’un groupe très restreint par rapport à ce dont elle avait eu l’habitude à Sciences Po. Il est donc difficile de connaître plus de cinq personnes sur son campus, « et en plus avec toutes les restrictions qu’il y a c’est bien plus compliqué de vraiment connaître les personnes, puisque les moments où tu crées du lien comme manger ensemble tu ne peux plus le faire. » Le système de dénonciations et de suspensions développé empêche même toute entorse à ces règles.
Par conséquent, une 3A bien loin de l’Eldorado des attentes estudiantines. Adieu les road trips : « Moi, j’avais prévu de faire plein de week ends et de voyages avec des amis aux alentours pendant mes deux mois de vacances, à New York, au Canada, sur la côte Ouest… Au semestre dernier, je me suis dit que j’étais toute seule aux États-Unis, que tous mes amis étaient en France et qu’en plus je ne pouvais pas voyager, ça m’a foutu un coup au moral. » Constamment enfermée, Clélia raconte même avoir perdu toute notion de la vie réelle. Tout est désormais à disposition (donc plus de courses ni de cuisine), et l’isolement lui a fait perdre sa perception du temps : « Je suis incapable de dire si j’ai appelé mes amis il y a deux semaines ou un mois et demi », avoue-t-elle. Le sentiment d’injustice se rajoute par ailleurs à celui de solitude quand elle voit que la plupart des campus étasuniens ne sont pas fermés comme le sien.
Ce récit de l’isolement subi, similaire au quotidien actuel des étudiant.e.s français.es, n’est malheureusement pas un cas isolé, et semble être inhérent à l’expérience d’une 3A en pleine pandémie. Elvire explique avoir quitté le campus de Nancy depuis octobre pour rejoindre celui de Leipzig en Allemagne, et ce « sans vraiment m’être posée la question de suivre mes cours depuis ailleurs, vu que l’université insistait sur toute son envie de nous accueillir autant que possible en présentiel ou en hybride. » Pourtant, ces vaines promesses ne se retranscriront jamais en action et son année, même si entièrement passée à son université d’affectation, se fera derrière un écran. Elvire affirme : « Je n’ai jamais entendu parler d’un seul cours en format hybride au sein de cette fac, ni d’autres facs allemandes, donc c’est un peu dommage. J’ai eu un cours en présentiel, une fois, parce qu’avec la professeure on était cinq dans une salle de taille normale. » Elle raconte également avoir « un peu l’impression de vivre dans un aquarium », en raison du manque de contact social et de l’isolement chronique. Si les universités allemandes ont manqué à leur engagement, c’est pour elle encore pire de comparer sa situation à celle des étudiants français : « Globalement voir que les étudiants ont réussi à se faire entendre en France pour avoir au moins un jour en présentiel par semaine, alors qu’en Allemagne personne ne semble se rendre compte que c’est insoutenable de vivre un troisième semestre entièrement en ligne, c’est assez frustrant. »
Quid du dépaysement promis par l’école ? Les milliers de pixels ne changent pas tellement, que l’on soit sur le sol allemand ou français. Les nouvelles rencontres étant désormais utopiques, l’étudiant.e se crée une bulle virtuelle où la tendance n’est pas au déracinement culturel. « On n’a
vraiment rien à faire, à part ce qu’on peut faire depuis chez soi — donc ce qu’on faisait déjà en France. Pour moi et pour la plupart de mes amis qui sont partis en Allemagne, on vit notre vie française, avec nos médias français, nos films, nos livres ; et on interagit uniquement avec nos amis
de Sciences Po puisqu’on n’a pas vraiment la possibilité de rencontrer d’autres personnes », selon Elvire.
D’autres ont choisi de suivre leurs cours depuis chez eux, une pilule difficile à avaler mais parfois nécessaire. Le confort de la maison au prix de la mobilité géographique. Mathilde, relocalisée à Trinity College à Dublin au second semestre, a notamment choisi de ne pas se rendre en Irlande pour des questions de coût et de bien-être, le pays étant sous confinement depuis le début de l’année. Malgré des cours de qualité même à distance, l’isolement apparaît encore une fois comme un leitmotiv chez les étudiant.e.s de troisième année : « Ce qui est compliqué c’est le manque de contacts sociaux, avoir cours avec des profs que tu ne connais pas et que tu ne rencontreras jamais, il y a très peu de contacts individuels et interpersonnels… J’ai un peu l’impression parfois de ne pas avoir cours et de faire des choses dans le vide, ce qui est un peu perturbant. »
Ne pas partir n’a pas été un choix facile, surtout qu’il s’agissait d’une relocalisation, n’ayant pas pu décoller pour la George Washington University au premier semestre. « La majorité de mes amis sont partis à l’étranger donc c’était étrange, et là j’ai l’impression de revivre après un an de pandémie et de socialisation très limitée à travers des écrans », explique Mathilde.
Pour compenser la déception, plusieurs étudiant.e.s ont opté pour l’année hybride ou les stages en parallèle des cours en ligne. C’est notamment le cas de Mathilde, qui a réalisé un stage de communication dans l’ONG Aviation sans frontières au premier semestre, puis un stage chez un chroniqueur de France Info. Ces opportunités lui ont permis d’obtenir une expérience professionnalisante, dans l’optique d’intégrer le master de journalisme — et c’est réussi.
Angèle a également jonglé entre les cours et les stages, avec un stage à l’Assemblée nationale puis un autre à Bruxelles au bureau de la représentation de la région Pays de la Loire auprès des institutions européennes. « C’est hyper enrichissant donc je suis assez contente, bien évidemment j’aurais préféré aller au Canada mais au vu du contexte je me considère comme chanceuse », explique-t-elle. Être actuellement à Bruxelles lui permet également de bénéficier de restrictions sanitaires plus souples, avec un couvre-feu fixé à 22 heures, ce qui « donne l’impression d’avoir une vie à peu près normale. » Elle aussi en retire un bilan positif : « mon stage est une expérience très enrichissante et professionnalisante qui me permet d’affiner mes choix d’orientation pour ce qui suit le master. »
Anna, en revanche, s’est consacrée aux stages en passant en année hybride pour le deuxième semestre. Ainsi, elle a fait un stage à temps plein à Londres, où elle a pu profiter du mieux qu’elle pouvait de cette troisième année : « On nous a volé une année universitaire, mais j’ai gagné une année d’expérience professionnelle. »
Si les sciencespistes n’ont pas bénéficié en 2020-2021 d’une 3A idéale, elle reste tout de même l’occasion d’apprendre, et pas seulement académiquement. Clélia parle notamment de la réelle introspection que lui a permis l’enfermement dans son campus, un retour sur soi-même qui requiert habituellement du temps que l’on n’a pas. Aussi, la vie obtient une toute autre saveur, comme elle a pu en faire l’expérience lors de son voyage à New York et aux chutes du Niagara en décembre : « C’était encore plus fort parce que j’avais pas pu sortir du campus pendant tellement de temps, et que la plupart des gens ne pouvaient pas voyager, je me sentais très privilégiée. Quand tu sors du campus, tu as envie de pleurer de bonheur. Les émotions sont tellement décuplées. »
Anna et Angèle en conservent une impression davantage professionnelle grâce aux stages. « Je retire de cette expérience une vraie détermination à toujours essayer de trouver des solutions, et des compétences professionnelles qui me seront sûrement utiles à l’avenir. Je m’adapte aussi beaucoup plus vite à la situation, et je suis plus résiliente, du moins je l’espère », explique Anna. Angèle ajoute : « Bien sûr je regrette de ne pas avoir pu partir au Canada, c’était pas la 3A que j’imaginais mais au final je vois au fur et à mesure la plus-value de l’expérience que je suis en train de vivre à Bruxelles, qui m’apporte beaucoup de choses humainement et me fait grandir. » Elle décrit cette année comme inattendue, mais sous un regard positif : « Par définition, ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais, c’était surprenant et au final c’était une super expérience, même si entravée par la crise sanitaire qui limite les rencontres. Au vu du contexte je m’estime très chanceuse et je vois déjà ce que ça m’a apporté. »
Elvire a profité de son surplus de temps libre pour développer ses compétences culinaires : « Je suis passée de quelqu’un qui n’a jamais fait de pâte brisée de sa vie à quelqu’un qui fait des gnocchi de carottes — à défaut d’avoir maintenu mon niveau d’allemand. » Elle dit être consciente de la chance qu’elle a eu de pouvoir partir toute l’année, ou même partir tout cours : « Je pense avoir eu le meilleur du pire, mes cours m’intéressent et je n’ai pas eu à subir le semestre horrible de Sciences Po. Avoir le choix entre rester à Leipzig ou rentrer chez mes parents si vraiment j’arrive plus à gérer la solitude, ça me permet quand même une grosse flexibilité que beaucoup n’ont pas. »
Si elles ne devaient garder qu’un seul mot sur cette année, Mathilde et Anna ont choisi l’adaptation. Mathilde s’explique : « Cette année ça permet aussi d’apprendre à s’adapter aux situations et à relativiser : j’ai pu être relocalisée, je n’ai pas passé deux semestres à Sciences Po, et même si les choses ne sont pas comme j’aimerais qu’elles soient je pense que c’est le principal point positif au-delà des apports académiques. » Anna raconte également avoir dû s’adapter à la situation et trouver de nouvelles opportunités, mais rappelle tout de même qu’elle a su le faire parce qu’elle était encadrée par des personnes très présentes et compréhensives : « Malheureusement ça n’a pas été le cas pour tous, et cette année restera source de déceptions pour beaucoup. » Dire que la 3A était un défi d’adaptation est même un euphémisme, vu le monde en pause dans lequel les étudiant.e.s ont dû tout faire pour profiter. Toutefois, force est de constater qu’elle en est parfois devenue une expérience d’autant plus édifiante, aussi bien personnellement que professionnellement.
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