3A à l’étranger – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Fri, 30 Jun 2023 13:28:05 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png 3A à l’étranger – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 La 3A, une année « hors les murs » confinée https://www.lapeniche.net/la-3a-une-annee-hors-les-murs-confinee/ Tue, 04 May 2021 09:02:48 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=53314 Les rapports des ancien.ne.s étudiant.e.s racontant leur troisième année vendaient du rêve : nouvelles rencontres, fêtes et voyages — et en option, des études. Toutefois, cette année, la réalité est toute autre et le masque et la distanciation sociale sont malheureusement de mise. Comment profiter d’une année à l’étranger, dite « hors les murs » par l’administration, alors même que le monde entier nous implore de rester chez nous ? Cinq étudiantes témoignent.

Un programme académique à la hâte


Les annonces tombent petit à petit et les rêves s’envolent. Semestre annulé, semestre à distance, semestre en ligne mais pas trop — soyez présent sur le campus, sait-on jamais. En somme, beaucoup de formules différentes pour une seule et même réalité : les sciencespistes restent à domicile. Dès lors, la troisième année, maintes et maintes fois mentionnée dans les lettres de candidature, n’est plus qu’un concept flou et angoissant. Pourtant, selon Mathilde, lorsque l’on rentre à Sciences Po, « on a tous ce rêve de la 3A où on va partir à l’autre bout du monde, découvrir plein d’endroits et voyager, et aussi se découvrir soi-même. » Désormais conditionné.e.s à la situation sanitaire mondiale, les grand.e.s curieux.ses du monde que nous semblions tous être à l’admission ont dû se satisfaire d’une année au rabais, souvent remplacée par un programme académique confectionné en urgence par Sciences Po. Anna, initialement destinée à l’Université d’Ottawa au Canada, explique avoir eu droit à un mélange de cours de 2A et de 4A : « Personnellement, j’ai trouvé que la réponse de l’école en matière d’offre de cours a été très satisfaisante, dans les conditions qui étaient celles du premier semestre. » Seulement, la possibilité réduite de cours oblige, le manque de flexibilité s’est fait ressentir chez les étudiant.e.s : « Notamment vis-à-vis des stages à temps partiel, il y a eu de très nombreuses discussions avec l’administration qui ont pris beaucoup de temps et d’énergie aux étudiants impliqués. » Angèle, elle aussi originellement affectée au pays de l’érable, opine : « C’était intéressant mais il y avait pas mal de redite par rapport aux deux premières années, même si il y avait un effort de fait pour nous proposer des cours. »


Vivre en aquarium pixelisé


Quelques étudiant.e.s ont néanmoins fait exception, ayant pu profiter d’une année complètement à l’étranger, et ce pour le meilleur et pour le pire. Clélia raconte que son université l’a grandement aidée à obtenir son visa l’été dernier, et qu’elle a donc pu partir dès le premier semestre dans l’état de New York. Plutôt en retrait, son campus a la capacité de se fermer sur lui-même, afin d’éviter la sortie des étudiant.e.s et la propagation du virus. « On se disait qu’on pourrait devenir Covid-free grâce à cet enfermement, mais jamais on n’a enlevé nos masques », explique-t-elle. Pire encore, cet isolement s’est prolongé indéfiniment, jusqu’à la fameuse date du 16 avril où Clélia sortait pour la première fois de son campus depuis septembre. Non seulement le campus universitaire est à taille réduite, permettant des balades d’à peine cinq kilomètres ; mais en plus il impose de nombreuses restrictions — impossibilité de rentrer dans les chambres des autres, port du masque et distanciation sociale. Ces restrictions facilitent encore moins la socialisation, déjà difficile pour un étudiant en échange. L’étudiante de troisième année décrit notamment la solitude ressentie les premiers mois : « Pendant un mois et demi, il y avait des périodes de trois jours où je ne pouvais ne parler à personne. (…) C’était compliqué de rencontrer des gens et de créer des liens. C’est différent du système de Sciences Po : tu n’as même pas de triplettes, tu te retrouves littéralement tout seul. »

La stratégie préventive développée par son université implique également les « pods », des groupes de six personnes notifiés à l’administration dans lesquels il est possible d’avoir une vie normale, en mangeant ensemble ou en retirant le masque. Si l’un.e d’eux.elles est touché.e par le virus, l’entièreté du groupe est alors mis en quarantaine. De cette manière, certains liens peuvent se créer, mais Clélia insiste tout de même sur le fait qu’il s’agit d’un groupe très restreint par rapport à ce dont elle avait eu l’habitude à Sciences Po. Il est donc difficile de connaître plus de cinq personnes sur son campus, « et en plus avec toutes les restrictions qu’il y a c’est bien plus compliqué de vraiment connaître les personnes, puisque les moments où tu crées du lien comme manger ensemble tu ne peux plus le faire. » Le système de dénonciations et de suspensions développé empêche même toute entorse à ces règles.


Par conséquent, une 3A bien loin de l’Eldorado des attentes estudiantines. Adieu les road trips : « Moi, j’avais prévu de faire plein de week ends et de voyages avec des amis aux alentours pendant mes deux mois de vacances, à New York, au Canada, sur la côte Ouest… Au semestre dernier, je me suis dit que j’étais toute seule aux États-Unis, que tous mes amis étaient en France et qu’en plus je ne pouvais pas voyager, ça m’a foutu un coup au moral. » Constamment enfermée, Clélia raconte même avoir perdu toute notion de la vie réelle. Tout est désormais à disposition (donc plus de courses ni de cuisine), et l’isolement lui a fait perdre sa perception du temps : « Je suis incapable de dire si j’ai appelé mes amis il y a deux semaines ou un mois et demi », avoue-t-elle. Le sentiment d’injustice se rajoute par ailleurs à celui de solitude quand elle voit que la plupart des campus étasuniens ne sont pas fermés comme le sien.

Ce récit de l’isolement subi, similaire au quotidien actuel des étudiant.e.s français.es, n’est malheureusement pas un cas isolé, et semble être inhérent à l’expérience d’une 3A en pleine pandémie. Elvire explique avoir quitté le campus de Nancy depuis octobre pour rejoindre celui de Leipzig en Allemagne, et ce « sans vraiment m’être posée la question de suivre mes cours depuis ailleurs, vu que l’université insistait sur toute son envie de nous accueillir autant que possible en présentiel ou en hybride. » Pourtant, ces vaines promesses ne se retranscriront jamais en action et son année, même si entièrement passée à son université d’affectation, se fera derrière un écran. Elvire affirme : « Je n’ai jamais entendu parler d’un seul cours en format hybride au sein de cette fac, ni d’autres facs allemandes, donc c’est un peu dommage. J’ai eu un cours en présentiel, une fois, parce qu’avec la professeure on était cinq dans une salle de taille normale. » Elle raconte également avoir « un peu l’impression de vivre dans un aquarium », en raison du manque de contact social et de l’isolement chronique. Si les universités allemandes ont manqué à leur engagement, c’est pour elle encore pire de comparer sa situation à celle des étudiants français : « Globalement voir que les étudiants ont réussi à se faire entendre en France pour avoir au moins un jour en présentiel par semaine, alors qu’en Allemagne personne ne semble se rendre compte que c’est insoutenable de vivre un troisième semestre entièrement en ligne, c’est assez frustrant. »

Quid du dépaysement promis par l’école ? Les milliers de pixels ne changent pas tellement, que l’on soit sur le sol allemand ou français. Les nouvelles rencontres étant désormais utopiques, l’étudiant.e se crée une bulle virtuelle où la tendance n’est pas au déracinement culturel. « On n’a
vraiment rien à faire, à part ce qu’on peut faire depuis chez soi — donc ce qu’on faisait déjà en France. Pour moi et pour la plupart de mes amis qui sont partis en Allemagne, on vit notre vie française, avec nos médias français, nos films, nos livres ; et on interagit uniquement avec nos amis
de Sciences Po puisqu’on n’a pas vraiment la possibilité de rencontrer d’autres personnes
», selon Elvire.


L’étranger à domicile


D’autres ont choisi de suivre leurs cours depuis chez eux, une pilule difficile à avaler mais parfois nécessaire. Le confort de la maison au prix de la mobilité géographique. Mathilde, relocalisée à Trinity College à Dublin au second semestre, a notamment choisi de ne pas se rendre en Irlande pour des questions de coût et de bien-être, le pays étant sous confinement depuis le début de l’année. Malgré des cours de qualité même à distance, l’isolement apparaît encore une fois comme un leitmotiv chez les étudiant.e.s de troisième année : « Ce qui est compliqué c’est le manque de contacts sociaux, avoir cours avec des profs que tu ne connais pas et que tu ne rencontreras jamais, il y a très peu de contacts individuels et interpersonnels… J’ai un peu l’impression parfois de ne pas avoir cours et de faire des choses dans le vide, ce qui est un peu perturbant. »

Ne pas partir n’a pas été un choix facile, surtout qu’il s’agissait d’une relocalisation, n’ayant pas pu décoller pour la George Washington University au premier semestre. « La majorité de mes amis sont partis à l’étranger donc c’était étrange, et là j’ai l’impression de revivre après un an de pandémie et de socialisation très limitée à travers des écrans », explique Mathilde.


Entre études et travail


Pour compenser la déception, plusieurs étudiant.e.s ont opté pour l’année hybride ou les stages en parallèle des cours en ligne. C’est notamment le cas de Mathilde, qui a réalisé un stage de communication dans l’ONG Aviation sans frontières au premier semestre, puis un stage chez un chroniqueur de France Info. Ces opportunités lui ont permis d’obtenir une expérience professionnalisante, dans l’optique d’intégrer le master de journalisme — et c’est réussi.

Angèle a également jonglé entre les cours et les stages, avec un stage à l’Assemblée nationale puis un autre à Bruxelles au bureau de la représentation de la région Pays de la Loire auprès des institutions européennes. « C’est hyper enrichissant donc je suis assez contente, bien évidemment j’aurais préféré aller au Canada mais au vu du contexte je me considère comme chanceuse », explique-t-elle. Être actuellement à Bruxelles lui permet également de bénéficier de restrictions sanitaires plus souples, avec un couvre-feu fixé à 22 heures, ce qui « donne l’impression d’avoir une vie à peu près normale. » Elle aussi en retire un bilan positif : « mon stage est une expérience très enrichissante et professionnalisante qui me permet d’affiner mes choix d’orientation pour ce qui suit le master. »


Anna, en revanche, s’est consacrée aux stages en passant en année hybride pour le deuxième semestre. Ainsi, elle a fait un stage à temps plein à Londres, où elle a pu profiter du mieux qu’elle pouvait de cette troisième année : « On nous a volé une année universitaire, mais j’ai gagné une année d’expérience professionnelle. »

La 3A en nuances : tout n’est pas blanc ou noir


Si les sciencespistes n’ont pas bénéficié en 2020-2021 d’une 3A idéale, elle reste tout de même l’occasion d’apprendre, et pas seulement académiquement. Clélia parle notamment de la réelle introspection que lui a permis l’enfermement dans son campus, un retour sur soi-même qui requiert habituellement du temps que l’on n’a pas. Aussi, la vie obtient une toute autre saveur, comme elle a pu en faire l’expérience lors de son voyage à New York et aux chutes du Niagara en décembre : « C’était encore plus fort parce que j’avais pas pu sortir du campus pendant tellement de temps, et que la plupart des gens ne pouvaient pas voyager, je me sentais très privilégiée. Quand tu sors du campus, tu as envie de pleurer de bonheur. Les émotions sont tellement décuplées. »

Anna et Angèle en conservent une impression davantage professionnelle grâce aux stages. « Je retire de cette expérience une vraie détermination à toujours essayer de trouver des solutions, et des compétences professionnelles qui me seront sûrement utiles à l’avenir. Je m’adapte aussi beaucoup plus vite à la situation, et je suis plus résiliente, du moins je l’espère », explique Anna. Angèle ajoute : « Bien sûr je regrette de ne pas avoir pu partir au Canada, c’était pas la 3A que j’imaginais mais au final je vois au fur et à mesure la plus-value de l’expérience que je suis en train de vivre à Bruxelles, qui m’apporte beaucoup de choses humainement et me fait grandir. » Elle décrit cette année comme inattendue, mais sous un regard positif : « Par définition, ce n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais, c’était surprenant et au final c’était une super expérience, même si entravée par la crise sanitaire qui limite les rencontres. Au vu du contexte je m’estime très chanceuse et je vois déjà ce que ça m’a apporté. »

Elvire a profité de son surplus de temps libre pour développer ses compétences culinaires : « Je suis passée de quelqu’un qui n’a jamais fait de pâte brisée de sa vie à quelqu’un qui fait des gnocchi de carottes — à défaut d’avoir maintenu mon niveau d’allemand. » Elle dit être consciente de la chance qu’elle a eu de pouvoir partir toute l’année, ou même partir tout cours : « Je pense avoir eu le meilleur du pire, mes cours m’intéressent et je n’ai pas eu à subir le semestre horrible de Sciences Po. Avoir le choix entre rester à Leipzig ou rentrer chez mes parents si vraiment j’arrive plus à gérer la solitude, ça me permet quand même une grosse flexibilité que beaucoup n’ont pas. »

Si elles ne devaient garder qu’un seul mot sur cette année, Mathilde et Anna ont choisi l’adaptation. Mathilde s’explique : « Cette année ça permet aussi d’apprendre à s’adapter aux situations et à relativiser : j’ai pu être relocalisée, je n’ai pas passé deux semestres à Sciences Po, et même si les choses ne sont pas comme j’aimerais qu’elles soient je pense que c’est le principal point positif au-delà des apports académiques. » Anna raconte également avoir dû s’adapter à la situation et trouver de nouvelles opportunités, mais rappelle tout de même qu’elle a su le faire parce qu’elle était encadrée par des personnes très présentes et compréhensives : « Malheureusement ça n’a pas été le cas pour tous, et cette année restera source de déceptions pour beaucoup. » Dire que la 3A était un défi d’adaptation est même un euphémisme, vu le monde en pause dans lequel les étudiant.e.s ont dû tout faire pour profiter. Toutefois, force est de constater qu’elle en est parfois devenue une expérience d’autant plus édifiante, aussi bien personnellement que professionnellement.

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Partir, revenir (ou pas) : récits de 3A au temps du Covid (2/2) https://www.lapeniche.net/partir-revenir-ou-pas-recits-de-3a-au-temps-du-covid-2-2/ Wed, 16 Sep 2020 07:41:36 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=52745 Ne pas pouvoir partir en 3A : une hantise pour les sciencepistes… Mais aussi (peut-être) la possibilité d’une année « sur-mesure » pour les élèves contraint.e.s de revoir leurs plans.

Coronavirus, acte II. En cette fin d’été, la promotion 2023 de Sciences Po entame une année bien différente de celle dont elle avait pu rêver. Alors que le Covid-19 circule encore partout dans le monde et que le vaccin reste une idée plus qu’une réalité, la plupart des universités étrangères auxquelles les étudiant.e.s étaient promis.e.s pour leur année d’échange leur ont fermé leurs portes, et les projets de chacun.e ont dû s’adapter.

Plusieurs options se sont alors offertes aux 3A dont les échanges ont été annulés, soit l’écrasante majorité de la promotion, puisque seule une poignée d’universités (notamment en Europe) a maintenu les échanges. Quelques offres de « relocalisation » dans certains pays européens ont pu été proposées, mais la majorité des 3A a finalement été redirigée vers une offre de cours en ligne de Sciences Po spécialement tournée vers eux, sorte de panaché de cours de deuxième année, de master, et de cours thématiques en langue étrangère, avec un volume horaire réduit. Enfin, certain.e.s élèves ont choisi d’effectuer un stage au premier semestre en plus des cours proposés par Sciences Po, avec un nombre d’heures travaillées plus ou moins important selon les cas.

« Pourquoi moi ? »

Le printemps et l’été 2020 ont été pour ces étudiant.e.s le théâtre d’une certaine angoisse, voire d’un franc sentiment d’injustice. « Concrètement, en avril, je n’avais pas le moral », raconte Guilhem. « Je voyais mes camarades dont les échanges étaient annulés un par un… c’était franchement la déprime » décrit-il. Antoine, qui avait prévu de partir à Kuala Lumpur, en Malaisie, par envie de « [se] mettre en difficulté », explique avoir très vite « fait une croix » sur sa 3A « telle [qu’il] l’avait conçue ». « J’étais dans un état d’esprit un peu catastrophiste, la situation était gravissime, alors la 3A je n’y pensais même pas », se souvient-il. D’une façon ou d’une autre, pour tou.te.s les futur.e.s 3A, l’évidence s’est faite petit à petit : leur année ne se déroulerait pas comme prévu.

La possibilité de bonnes surprises

Certain.e.s s’accommodent étonnamment bien de cette situation inattendue. Rita, étudiante en 3A actuellement en stage chez Radio France, avoue avoir été presque « soulagée » de devoir faire une croix sur son année à la Rutgers University, dans le New Jersey. « Forcément, je suis déçue de ne pas découvrir les États-Unis, mais avec du recul, j’ai réalisé que je préférais ne pas faire cette expérience-là du pays, que je risquais de passer une mauvaise année plus qu’autre chose… », relativise l’étudiante, qui a très vite eu l’intuition qu’elle ne partirait pas, et qui se trouve désormais « assez ravie » de rester à Paris, qu’elle considère comme « [sa] ville ».

Guilhem, lui, fait partie des quelques sciencepistes à avoir pu quitter la France. Sa situation est d’autant plus unique qu’il séjourne aux États-Unis, bien au-delà de l’Europe où sont resté.e.s la plupart des 3A dont l’échange a bel et bien eu lieu. « C’était le destin ! » plaisante l’étudiant, dont l’université d’accueil (la Wesleyan University, dans le Connecticut) ne faisait absolument pas partie de ses choix d’origine.

Son départ s’est avéré semé d’embûches : « Sciences Po nous a certes suivis, mais avait plutôt tendance à nous conseiller de ne pas partir. Dans mon cas, on m’a averti que je n’aurais sûrement pas mon visa… alors que je l’ai obtenu sans problème ! » pointe Guilhem. L’étudiant déplore cela dit une conséquence importante de la pandémie : une véritable insécurité financière. « On se retrouve à payer sans prévenir des frais de dernière minute, souscrire des assurances importantes, le tout en ayant plus de mal que d’habitude à trouver des petits boulots pour financer ces dépenses… ». Guilhem regrette par ailleurs une communication de Sciences Po parfois ambigüe, bien qu’il comprenne que la situation ait aussi été difficile à gérer pour l’école.

Aller à la rencontre de l’inconnu malgré tout

« On nous vend toujours la 3A comme l’année des rencontres, et forcément, avec les cours en ligne, c’est tout de suite plus compliqué », souligne Guilhem, qui remarque cela dit que les circonstances tendent à rendre les étudiant.e.s encore plus enthousiastes à l’idée de tisser des liens. « On a d’autant plus envie de rencontrer les gens lorsque c’est possible », constate le sciencepiste, qui se réjouit de l’accent que son université d’accueil porte sur l’intégration, et assure vivre une « très belle expérience ».

« Ma 3A ? Aller élever des chèvres au Portugal »

Antoine a lui aussi fait preuve d’adaptation. L’étudiant, peu attiré par les relocalisations proposées par Sciences Po, et faute de stage sous la main, s’est ainsi retrouvé un peu par hasard attiré par un séjour dans un centre de woofing (une activité de bénévolat, le plus souvent dans une ferme) au Portugal. « Quand on me demandait ce que j’allais faire de ma 3A, je prenais beaucoup de plaisir à répondre que j’allais élever des chèvres au Portugal », s’amuse-t-il. « Je ne sais pas où je serai la semaine prochaine, je vais me laisser porter, bourlinguer un peu », raconte-t-il, les mains littéralement dans la terre de sa ferme portugaise. « Je reste dans le cadre des cours de Sciences Po que je suis à distance, mais je veux avant tout profiter autant que possible de cette expérience particulière pour apprendre sur moi-même ».

C’est peut-être dans ce retournement de point de vue que se trouve la clé pour profiter de cette 3A chamboulée : voir les barrières sanitaires et géographiques comme autant de moyens de « créer » sa propre 3A. « On est une des premières générations de 3A avec autant de possibilités devant nous », analyse Antoine. « C’est une 3A particulière… mais pas forcément moins bien qu’une 3A classique », conclut Guilhem, finalement ravi de son quotidien sur son « petit campus du Connecticut perdu au milieu de nulle part ». 

Partir, rester, voyager, autant de façons particulières de vivre une année définitivement surprenante, mais loin de n’être qu’une déception. Ce que racontent les sciencepistes interrogé.e.s ici, c’est que face à une situation sur laquelle on a aussi peu de contrôle, et si on a la chance d’avoir les moyens de bâtir des projets parallèles, le fait de s’adapter, vaille que vaille, et de compter sur ses proches permet de se construire petit à petit une année aussi unique et enrichissante que possible. Rendez-vous d’ici quelques mois pour les conclusions que tirera la promotion 2023 de cette 3A unique en son genre…

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Partir, revenir (ou pas) : récits de 3A au temps du Covid (1/2) https://www.lapeniche.net/partir-revenir-ou-pas-recits-de-3a-au-temps-du-covid-1-2/ Tue, 15 Sep 2020 10:21:33 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=52736 Dilemmes, déménagements dans la panique, quarantaines loin de chez eux : la 3A des élèves de la promotion 2022 a connu une issue que personne n’aurait pu imaginer.

S’il est bien une tradition incontournable au sein du Collège universitaire de Sciences Po, c’est la fameuse troisième année à l’étranger, qu’on qualifie le plus souvent de 3A. À mi-chemin entre l’odyssée et le rite de passage, objet de tous les espoirs (et clichés), ce moment souvent fort et parfois éprouvant constitue pour les élèves une expérience enrichissante sur le plan académico-professionnel (un peu) et humain (surtout). L’année se déroule en général dans une université partenaire, mais il est aussi possible d’effectuer une année hybride, divisée entre un semestre d’échange et un semestre de stage.

Mais cette année, comme on s’en doute, la 3A a été l’un des innombrables dégâts collatéraux d’une certaine petite grippette plus connue sous le nom de Covid-19. Voici donc, avant d’aborder la question des 3A de cette année dans un prochain article, quelques récits parmi tant d’autres de ces 3A court-circuitées, annulées pour les unes, maintenues pour d’autres, le tout en l’espace de quelques semaines de franche confusion.

Une chute de dominos

Vers la fin de l’hiver 2020, le séjour à l’étranger des 3A prend un tournant aussi soudain qu’anxiogène : ce sont d’abord les étudiant.e.s en Asie qui sont affecté.e.s, à mille lieux de se douter qu’ils ne sont que les premiers témoins d’un événement bientôt mondial. Très vite, c’est au tour de l’Italie d’être touchée et des élèves qui y séjournent d’être rapatrié.e.s, et puis, mi-mars, c’est l’intégralité des sciencepistes qui sont vivement enjoint.e.s par Sciences Po à rentrer chez eux.

Bien entendu, les récits des élèves diffèrent en fonction de leurs pays de séjour, mais leurs expériences respectives partagent cela dit une dimension commune : l’imprévu d’une part, la galère d’autre part, et aussi, pour l’ensemble des sciencepistes, le sentiment de vivre un moment déterminant de leur existence, peut-être même l’un des plus formateurs.

« Un retour sans transition »

Les 3A de l’an dernier ont fait face à tout un panel de situations possibles : là où certain.e.s ont choisi de poursuivre leur scolarité en ligne, depuis la France ou l’étranger, d’autres ont vu leurs cours interrompus et ont dû s’atteler à la rédaction d’un mémoire sur un sujet libre. Dans tous les cas, le retour, qu’il ait eu lieu en mars ou en mai, avait tout du branle-bas de combat. « La veille, je prenais un café avec une amie et le lendemain, j’étais dans un vol retour booké au dernier moment, sans transition ! » se rappelle Charlotte, en 3A à Seattle l’an dernier, rapatriée en mars. « Quitter ma « nouvelle vie » à l’étranger après six mois a été loin d’être facile. J’aurais aimé pouvoir me préparer psychologiquement au départ plus en amont… » regrette l’étudiante en master d’histoire à l’École Doctorale.

Pour Sarah, le retour s’est fait de façon encore plus précipitée. En 3A à Shanghai, l’étudiante était en plein road-trip au Vietnam lorsqu’elle reçoit mi-février un mail de Sciences Po adressé aux étudiant.e.s en Chine : « on nous donnait le choix, rester ou rentrer. Trois jours plus tard, nouveau mail : cette fois, pas le choix, tout le monde devait rentrer ». Sarah doit alors être rapatriée manu militari, sans même pouvoir récupérer ses affaires en Chine. « Je me suis retrouvée à refaire mon CV et mes lettres de motivation sur mon smartphone pour tenter de décrocher un stage… » se rappelle-t-elle. La situation lui paraît irréelle : « au moment où on a reçu le mail, cette histoire de virus nous stressait bien sûr un peu, mais on en était encore à en rire, à se dire “t’imagines si ça devient une pandémie ?” », se souvient l’étudiante, qui a fini par récupérer ses affaires restées à Shanghai… il y a deux semaines seulement.

D’autres que Charlotte et Sarah ont, de leur côté, pu rester sur les lieux de leur 3A, notamment ceux et celles qui résidaient dans des pays où le virus est resté relativement contenu. Lucie, étudiante en 3A à Montréal l’an dernier, raconte ainsi avoir choisi de rester confinée au Québec tout au long du printemps, et n’être rentrée en France que fin août. « La situation était bien moins stressante qu’en France, et effectivement, tout s’est très bien passé », se souvient-elle. Rester était aussi pour Lucie une façon de donner une belle conclusion à son année : « J’ai pu profiter de Montréal tout l’été, sans précipitation, et bien terminer ma 3A », affirme-t-elle ainsi.

Un goût d’inachevé

Charlotte et Lucie partagent toutes deux certains regrets, notamment le fait de ne pas avoir pu dire au revoir à leurs ami.es français.es ou étranger.es, ou de ne pas avoir pu mener à bien certains voyages. Mais là encore, les deux étudiantes positivent : « Avoir une 3A interrompue aussi abruptement m’a d’autant plus fait apprécier tous les moments de vie que j’ai vécus au cours de ces six mois », assure Charlotte. « J’ai énormément appris sur moi-même sur le plan individuel… et au niveau de mon couple », confie Lucie, désormais en M1 à l’École de Droit de Sciences Po. « Les deux mois de confinement ont été une épreuve concluante pour moi et mon copain ! » s’amuse-t-elle.

Avec du recul, un bilan plutôt positif

Malgré la pandémie, les rapatriements et autres confinements, Lucie et Charlotte gardent un joli souvenir de leur 3A. « J’ai le sentiment d’avoir beaucoup appris sur l’histoire et la culture du Québec que j’ai adoré, et le fait de vivre seule pour la première fois m’a vraiment fait grandir  », explique Lucie, tandis que Charlotte renchérit : « J’ai eu une 3A fabuleuse, et j’ai bon espoir de revenir un jour sur les lieux de ma 3A, et de revoir celles et ceux qui m’ont tant apporté ». Pour les deux sciencepistes, l’objectif est donc clair : retourner sur les lieux de leur 3A au plus vite, lorsque la situation le permettra.

Imaginer de nouveaux futurs

« Nous avions déjà du mal à nous projeter dans le futur auparavant mais l’incertitude ambiante qui règne aujourd’hui rend cela encore plus difficile », déplore Charlotte. L’étudiante retire cependant une certaine leçon de vie de son expérience : « savourer l’instant présent – même si c’est très cliché à dire ! ». Elle ajoute également à l’intention des élèves en 3A cette année, dont les séjours sont forcément impactés : « Leur expérience à l’étranger va clairement être chamboulée, mais il reste plein de possibilités à explorer, y compris en France. Et si la situation se stabilise, le départ à l’étranger sera probablement possible au printemps ! ». Une philosophie du carpe diem donc, sans doute le meilleur moyen de faire face à l’incertitude de ces mois-ci. À voir si les 3A de cette année partagent ce mantra, avec le second épisode de cette série.

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L’Amour dure 3A https://www.lapeniche.net/lamour-dure-3a-chronique-des-sciencepistes-amoureux-a-distance/ Thu, 25 Apr 2019 09:00:04 +0000 http://lapeniche.net/?p=39442 La 3A rime souvent avec rêves, promesses et aventures. Pour tous les étudiants de Sciences Po, l’incontournable 3ème année à l’étranger est un épisode attendu mais solitaire. C’est seul que le sciencepiste s’en va découvrir les campus américains et les plages australiennes. En partant pour son rêve, il abandonne pour un an amis, famille, et surtout la personne avec laquelle il avait décidé de lier sa jeune existence. L’Amour et la 3A, le cocktail n’est pas sans risque. On ne mise généralement pas sur la longévité des couples séparés par les océans. A Sciences Po, la relation à distance est un passage obligé. Le mythe grec d’Androgyne prévoit que nous parcourions sans cesse le monde, à la recherche de notre âme sœur. La quête du sciencepiste est toute autre : parcourir le monde, et ne pas oublier son âme sœur.

L’inquiétante marche vers la 3A

La question des couples affrontant la 3A cache deux configurations très différentes. Dans l’une, les deux amoureux s’en vont chacun pour leur troisième année avec les mêmes angoisses et les mêmes rêves. Dans l’autre, il n’y en a qu’un qui part à l’étranger, alors que l’autre reste sagement dans sa vie française. Dans les deux configurations cependant, les derniers mois avant la 3A sont douloureux et angoissés. La tentation est grande, au moment de livrer ses rêves à l’administration, d’aménager ses vœux de 3A pour éviter les milliers de kilomètres et le décalage horaire. Lou-Anne est aujourd’hui étudiante en Master à Sciences Po. Elle est partie à Pékin, laissant son âme sœur à Paris, mais avait hésité à se rabattre sur Londres. Le dilemme est le même chez de nombreux sciencepistes. Là où les rêves d’enfance incitent à traverser les tropiques et les continents, l’Amour chuchote des destinations plus rationnelles.

Souvent, la 3A prend de court. On s’installe dans la vie sereine des études supérieures, on tombe amoureux et on se rend compte, à quelques mois du départ, que l’on va s’envoler à 5 000 kilomètres de l’autre. Les vœux, à renseigner dès décembre de la deuxième année, sont saisis dans un contexte différent de celui de juin, où l’on se retrouve assailli par panique et angoisse. HuoLong et JingLing (c’était leurs noms chinois dans leur université d’accueil) étaient en couple pendant leurs 3A, lui à Taïwan, elle en Chine. Pas encore ensemble au moment du choix de la destination, ils s’accordent pour dire que s’ils avaient pu, ils auraient opté pour une plus grande proximité géographique.

Pour tous les Sciencepistes en couple, l’heure de la séparation approche vite. Pendant l’été précédant la 3A, la tension monte au fil des sombres prédictions des amis et parents qui, avec une tête d’enterrement, ne donnent pas cher de la peau de l’amour des tourtereaux. Des serments se forment alors, timides promesses d’amoureux qui sentent l’obstacle approcher. Camille et Pierre sont partis en Allemagne et en Grande-Bretagne. Ils se sont promis de ne rien s’interdire et de respecter la vie de l’autre, instaurant cependant une barrière autour de l’épineuse question de l’infidélité. Victoire, partie à Vancouver et laissant son copain découvrir Amsterdam, l’a aussi évoqué avec lui : « on s’est dit qu’on en discuterait si quelqu’un nous plaisait vraiment, pour ne pas que le couple soit un fardeau pendant la 3A. Mais finalement on n’a rencontré personne qui nous plaisait plus que l’autre ! »

Kit de survie pour relations à distance

Les premiers mois de 3A sont souvent les plus délicats. On se heurte à l’inconnu, à de nouvelles difficultés, au doute. L’absence de l’autre, qu’on retrouvait jadis en péniche ou sur les quais de métro, s’en fait d’autant plus sentir. Outre l’absence physique, la singularité d’une année à l’étranger crée des univers complètement différents, dans lesquels il est difficile de partager quelque chose avec l’autre.

Le quotidien de la 3A se met laborieusement en place, et avec lui tous les petits arrangements qui ravivent la flamme avec la lointaine âme sœur. Les messages et les appels se multiplient pour tromper l’absence de l’autre, privilégiant souvent Skype. Les petites attentions, témoins et preuves de l’Amour qui subsiste encore, ne sont pas à négliger : envoi de fleurs, chocolats, bijoux, livres, … Tout est bon pour rappeler à l’autre tout l’Amour qu’on lui porte et lui permettre de dormir sur ses deux oreilles. JingLing et HuoLong ont été particulièrement adeptes de ces petits échanges du quotidien, « mettant chacun dans la poche de l’autre » pour lui montrer son quotidien.

La 3A place cependant un obstacle redoutable entre les amoureux : le décalage horaire. Celui-ci, outre qu’il limite temporellement les appels des couples, provoque des confrontations d’état d’esprit périlleuses. Alors que l’une s’apprête à s’endormir, l’autre dévore ses céréales et n’est pas encore tout à fait éveillé. Pas l’idéal pour les grandes déclarations et les anecdotes sur la météo au Danemark.

Nécessaires retrouvailles

On ne part évidemment pas de l’autre côté du globe sans promesses de retrouvailles. Dès les premiers instants de la 3A des projets de retours ou de voyages sont étudiés. Google Maps à l’appui, on cherche une destination à mi-chemin entre Madrid et Johannesburg, entre Buenos Aires et Boston. Les billets retours pour Paris sont achetés bien vite, l’envie de renouer avec la vie française et son confort est trop forte. Les évasions se multiplient donc, creusant considérablement le budget de la 3A mais augmentant tout autant la jauge de bonheur des sciencepistes amoureux.

La fréquence de ces retrouvailles diffère selon que l’on est parti à Wellington ou à Bruges. Pour beaucoup, il faut se contenter de deux petites parenthèses dans les bras de l’autre, l’une à Noël, l’autre un peu plus tard, quand on a compris comment manier le décompte d’absences de l’université d’accueil. Mais, selon tous les anciens 3A toujours amoureux, les retrouvailles sont essentielles. Comme Victoire le précise, la 3A est un moment de grand changement personnel, d’où la nécessité de ce petit « update » de mi-parcours, pour retrouver l’autre et s’en imprégner. Pour Lou-Anne, la visite de son copain en Chine fut la plus importante : « c’était indispensable, car j’aurais été frustrée qu’il ne voit pas là où j’ai vécu ».

Enfin, la 3A est parfois le théâtre de retrouvailles inattendues mais pleines de panache. Jeanne est partie en Chine, et elle ne comptait pas retourner en France de l’année. Son copain, qu’elle ne devait pas voir pendant ces dix longs mois d’aventure, l’a cependant rejointe pour les six derniers mois, trouvant un job de professeur d’anglais sur place et accompagnant Jeanne jusqu’à la fin de son année. Un symbole de comment le manque peut, méprisant les budgets prévisionnels et les funestes présages, abolir les distances.

Ordonnance pour amoureux inquiets

Tous ces heureux sciencepistes, dont j’ai cité les noms et les histoires, ont vaincu l’épreuve de la 3A. Mais il ne faut pas oublier les difficultés que cette année à l’étranger représente. Avec cet incontournable de la scolarité, Sciences Po met à l’épreuve les couples de ces élèves de façon assez brutale. L’Ecole ne laisse pas le choix. Il faut partir, et pas qu’un peu. Le manque, l’inquiétude, l’insécurité sont le lot de la 3A, pour les amoureux comme pour les célibataires. Et même si les couples survivent, les difficultés ne sont pas niées, notamment par HuoLong et JingLing : « ce n’est pas du tout quelque chose qu’on aimerait revivre ».

Les conseils sont multiples pour tous les futurs 3A qui vont affronter leur avenir sentimental. Jeanne, Victoire, Lou-Anne, Camille, HuoLong et JingLing en ont été particulièrement prodigues. Ressortent l’importance de la confiance, de la communication et de la mise en commun des attentes vis-à-vis de cette fameuse 3A. L’instauration de moments réguliers de retrouvailles pendant l’année est également centrale. Enfin, ne pas hésiter sur la naïveté mielleuse, bien sûr, qui ne peut pas faire de mal et qui ornera la table de chevets des amoureux séparés de photos, bijoux et lettres.

Toute la scolarité à Sciences Po est centrée sur l’étudiant en tant qu’individu. Malgré les efforts altruistes du Parcours civique, ce sont une carrière et une vie qui se préparent rue Saint-Guillaume, souvent dans l’individualisme. La 3A porte fréquemment l’étiquette de la dernière parenthèse avant la vie d’adulte, comme un enterrement de vie d’enfant. Les choses sérieuses ne commenceraient qu’après. Et on se dit qu’il serait bien dommage de se lancer seul dans cette vie d’adulte, sans cette âme sœur aux charmes infinis.

Simon Le Nouvel

 

 

 

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 “Tu pars où pour ta 3A?” Le périple avant l’heure des 2A, épisode 3 : Le premier jour du reste de ta 3A https://www.lapeniche.net/39105-2/ Thu, 07 Feb 2019 09:00:52 +0000 http://lapeniche.net/?p=39105 Autour du 20 décembre, l’étudiant en 2A a quitté la rue Saint-Guillaume pour un bon mois, concluant son premier semestre par des examens intenses et inquiétants. Pourtant, une fois la capitale quittée, le charme des vacances de Noël reprend le dessus, engloutissant appréhensions et projets d’avenir. Pendant un mois, il n’est plus question que de dindes aux marrons, de voyages à Amsterdam et d’horaires de rendez-vous pour le Nouvel An. Les fêtes sont donc propices à faire oublier aux étudiants de deuxième année ce qui les a obsédés pendant tout l’automne : le destin de leur dossier de 3A, qui repose désormais sur les épaules d’un membre de Sciences Po International en vacances à Val Thorens.

Après l’effervescence de la constitution du dossier pour la 3A, les vacances de Noël sonnent comme une trêve dans la longue route vers l’aventure que constitue la deuxième année à Sciences Po. Le dossier est bouclé, et avec lui s’envolent les doutes, les angoisses et les hésitations qui ont rythmé tout le premier semestre. Au contraire, c’est une drôle de sérénité qui habite l’étudiant au cours de ce dernier Noël avant la 3A. La sérénité de l’enfance, des mêmes gens aux mêmes repas. Ce Noël 2018 est enfin, pour tous les 2A, le dernier Noël sans qu’on lui casse les pieds avec des questions plus ou moins pertinentes sur la Statue de la Liberté, la nourriture japonaise ou les femmes scandinaves. Le dernier Noël avant tout ce qui suivra, aussi : les stages, les masters, le marché du travail. C’est donc avec une étincelle de nostalgie et de plaisir que le 2A affronte tranquillement le mois de vacances offert par Sciences Po, sans trop penser au lot d’aventures que lui servira 2019.

Seulement, la 3A semble coller à la peau des étudiants, et fournit un sujet de conversation aisé et attractif aux différents individus susceptibles d’être croisés pendant les fêtes de fin d’année. Chacun y va de sa question, n’écoutant pas trop la réponse, retenant seulement le choix 1. Les commentaires vont ensuite bon train. Certains membres de la famille se la jouent spécialistes et prodiguent de précieux conseils, comme « si tu vas au Canada il FAUT que tu goûtes le sirop d’érable » ou « surtout visite la Place Saint-Marc ». Les débats s’enflamment vite, et dépassent le pauvre sciencepiste qui ne sait finalement pas grand-chose sur son avenir.

Retour à la réalité

Mais même les longues vacances d’hiver de Sciences Po ont une fin, et l’étudiant de deuxième année retrouve les chemins de Boutmy pour la traditionnelle pré-rentrée, cette année sous un froid polaire.

Entre les cours de méthodologie pour le Grand Écrit et la présentation des Masters de Sciences Po, la troisième année est déjà partout. Les questions aux voisins d’amphi, du genre « tu pars où toi ? », se font de plus en plus pressantes. Les professeurs référents s’inquiètent : « Vous savez déjà où vous partez pour votre troisième année? – non… – et vous savez quand est-ce que vous aurez la réponse? – Non ! ». Les parents, eux, peinent à comprendre nos réponses évasives : « début février, sans doute la première semaine, entre le 4 et le 8 je crois, mais ça dépend des campus ».

Le flou qui entoure la date de publication des affectations rend encore plus attendu le moment M, qui en devient mythique. Sur le groupe Facebook de la promo sont relayées des rumeurs diverses et plus ou moins pressantes, jusqu’à l’annonce finale : « Il paraît que c’est demain ! »

Jour J

1er février au matin : « J’ai entendu que les résultats allaient paraître aujourd’hui, tu y crois toi? – mais non c’est impossible ! Ils ont dit début février, pas 1er février ! »

Et pourtant, à 14h30, l’étudiant sort d’un cours d’introduction à la compréhension de l’administration française avec deux certitudes. La première : il a décidément beaucoup d’exposés à préparer ; la seconde : il faut qu’il se connecte rapidement à son espace étudiant car les résultats ont bel et bien été publiés.

Le site rame un peu en raison sans doute du nombre de connexions simultanées, mais ça y est, la connexion s’établit. Premier vœu accepté ! Mais l’étudiant hésite, relit avec application, en se faisant la réflexion que la couleur rouge du ‘tick’ qui valide la décision ultime, si elle sied à Sciences Po, convient beaucoup moins à ses nerfs. Et puis enfin, maintenant qu’il a relu trois fois la décision fatidique, il peut sereinement appeler ses parents, et publier sur ses réseaux sociaux une illustration volontairement caricaturale de la destination fantasmée.

Dans les couloirs de Sciences Po résonne une même rengaine : « alors ? tu pars où ? t’es content ? c’était ton premier vœu ? ». Il flotte un air palpable d’excitation ; la troisième année « hors les murs » n’a jamais été aussi proche.

Malgré l’émotion, le sciencepiste reste organisé et ne se laisse pas submerger facilement : fleurissent alors les groupes Facebook d’étudiants unis par une destination (« 3A au Brésil 2019-2020 : rejoins nous ! »), épicentres de l’entraide.

Seuls les étudiants de première année sont un peu lésés par cet élan de solidarité : les 2A ont la tête ailleurs et ne prennent plus le temps de répondre aux demandes d’idées et de bibliographies pour leurs exposés de science politique.

Le point de départ

Le week-end a passé entre coups de fil et euphorie. Les questions et réponses qui fusent dans les amphis du lundi matin semblent dessiner une vraie tendance. Les admissions se sont passées conformément aux attentes des étudiants et de l’administration. Entre 91 et 93 % des étudiants ont obtenu un de leurs trois premiers choix. Deux tiers des étudiants de la promotion 2022 vont prendre la direction de leur premier vœu, sacre suprême qui a fait verser tant de larmes en ce vendredi de février.

Côté Sciences Po ?

Certaines grandes lignes se sont dessinées quant aux goûts plus ou moins exotiques des derniers enfants du XXème siècle. Les Etats-Unis arrivent en tête, devant le Canada puis le Royaume-Uni. A elles trois, ces trois destinations incontournables des sciencepistes concentrent les vœux de plus de la moitié des étudiants.

Et si aujourd’hui, le 2A considère sans doute son affectation de troisième année comme l’aboutissement d’un long parcours de mûrissement du projet et de justifications administratives, ce billet pour la 3A n’est certainement que le simple embryon d’une nouvelle véritable aventure.

Louise Hébert et Simon Le Nouvel

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