« Je discute politique avec des potes. Ils me sortent un truc qui me choque vraiment » :
57% des 63 000 sondés ont coché la réponse C : « On va en reparler. »
Un débat horizontal
La forme même de la rencontre répond à cet appel à la discussion. Personne ne montera sur l’estrade de l’amphithéâtre Emile Boutmy aujourd’hui ; à la verticalité des conférences prévaut l’horizontalité du débat. Sous la supervision bienveillante d’Emmanuel Laurentin et d’Henriette Souk, respectivement journalistes à France Culture et à Arte, chacun est appelé à prendre la parole. La diversité de l’assistance permet de faire varier les points de vue, les étudiants sont loin d’être majoritaires dans l’amphithéâtre. D’un étudiant exprimant son éco-anxiété à une Brésilienne affolée par les idées émanant de l’extrême droite qui secouent son pays, en passant par un ancien soutien politique de René Dumont (premier candidat à paraître sous une étiquette écologiste à une élection présidentielle française en 1974) ; nombreux sont ceux qui osent s’exprimer afin de discuter des problématiques soulevées.
Les idées de demain en discussion
C’est en effet la nécessité de persévérer dans le débat en tant que mode de communication qui ressort principalement de cette discussion. L’objectif du questionnaire accessible à tous sur le site du festival “Et maintenant ?” est de nous faire réfléchir à notre conception de la citoyenneté et à ses implications, ainsi qu’à notre positionnement par rapport à l’avenir. Par la manière simple, parfois sommaire, dont sont formulées les questions, France Culture et Arte espèrent engendrer une forte participation des jeunes. À ce jour, près de 80 000 personnes ont répondu au questionnaire, dont les résultats seront interprétés courant octobre par Monique Dagnaud, sociologue et directrice de recherche au CNRS. Les grands questionnements qui nous agitent actuellement sont abordés, de l’urgence climatique à l’importance prise par le numérique dans nos vies. Dix des 77 questions ont alors été retenues par les journalistes afin d’être débattues en Boutmy. Parmi elles : “Dois-je boycotter tout ce qui est russe ?”, “Si demain mon pays est occupé je fais quoi ?” ou encore “Ma rue porte le nom d’un vieil esclavagiste, que faire ?”. Nous vivons dans un monde compliqué, entre la crise climatique et la guerre en Ukraine, l’assistance se dit globalement angoissée par notre époque.
Un « Sciences Piste » cristallise cependant ce qui est dit dans l’amphithéâtre par les participants au débat à travers cette formule : « La question n’est pas le « je », mais le « nous » de la société toute entière. » L’égoïsme, l’individualisme, et le manque de coopération internationale sont décriés par les intervenants. L’inaction des générations qui nous ont précédé quant au dérèglement climatique également. Le constat est sans appel, nous devons dépasser ces attitudes stériles ; de l’union viendra la voie vers le progrès. L’important est de continuer à communiquer, à éduquer et à s’éduquer dans le même temps. Même si le débat peut s’avérer houleux, parfois douloureux, c’est lorsqu’il est abrégé et évité, que l’état global de notre société doit nous inquiéter. Ne pas rompre le dialogue pour continuer à grandir ensemble.
Et maintenant, à quoi faut-il se préparer ? À affronter le pire ? 70% des sondés pensent plutôt que nous avons à “construire le meilleur”… Et vous ?
]]>Vous l’avez peut-être remarqué, la question de l’avenir et des générations futures est revenue à plusieurs reprises lors du festival ; qu’il s’agisse du Tribunal des Générations Futures ou du projet d’art numérique « La Voix des Airs ». Il y avait d’ailleurs un paradoxe dans cette ouverture vers le futur puisque nous fêtions les 150 ans de notre école. On aurait donc pu s’attendre à une rétrospective, à un rappel de l’histoire de Sciences Po.
Un paradoxe entre passé et futur
Nous pouvions retrouver ce paradoxe dans le projet d’art numérique « La Voix des Airs ». Il s’agissait d’une œuvre d’art numérique interactive : les visiteurs choisissaient une carte postale et inscrivaient dessus un message à la machine à écrire. Le message apparaissait ensuite, comme porté par des oiseaux, sur la façade du bâtiment grâce à un projecteur. Enfin, les cartes postales étaient accrochées à un fil dans le jardin du nouveau campus.

La consigne était simple : laisser un message aux futures générations de Sciences Po. En effet, les cartes étaient ensuite récupérées et stockées, afin d’être réexpédiées au site de Saint Thomas d’Aquin dans 30 ans (en 2052). Nous pouvions donc littéralement laisser un message aux futurs étudiants de Sciences Po, comme pour montrer que notre école, qui existe déjà depuis 150 ans, sera encore là dans 30 ans.
Donner du sens à l’Art numérique…
« La Voix des Airs » (La Voix des Airs | Un Des Sens (assoundessens.fr)) a été créé en 2019 par Aurélien Conil (Folio – Personal Portfolio Template (aurelienconil.github.io)) et son équipe, composée de Priscilla Vilela Mandes, Florian Dadouchi, Arturo Mondragon. D’après Aurélien Conil, l’idée était alors de donner du sens au côté interactif de l’art numérique en permettant aux gens de s’exprimer librement. Tout le matériel, de la machine à écrire connectée au logiciel affichant les messages, a été bricolé par ce-dernier. Depuis, l’installation est notamment passée à Saint-Etienne et Bonifacio, avant de se retrouver sur notre campus.
Finalement, le contraste entre l’idée de laisser un message aux génération futures et le fait de le taper à la machine à écrire permet aux visiteurs de s’exprimer et d’être inspiré par un cadre poétique et hors du temps. D’ailleurs, nous retrouvons l’idée d’un voyage dans le temps du point de vue technique au travers de cette machine à écrire connectée, qui nous rappelle que la machine à écrire est l’ancêtre des technologies et logiciels actuels ; mais aussi l’incroyable progrès qui les sépare et qui a permis la naissance de l’art numérique. Il peut également nous rappeler que c’est en reconnaissant notre passé que nous pouvons nous tourner vers l’avenir.
]]>