Vie du campus

Scuba Diving

upmc_logo.jpgTu penses que les Scubes sont des gens carrés ? L’histoire officieuse de la création de la Scube et un témoignage de l’intérieur, LaPéniche coule le temps d’un article dans les profondeurs du double cursus.

Tous les doubles cursus ont eu droit à un article sur LaPéniche, il fallait que l’équilibre de la force soit rétabli, Luc. En même temps, difficile d’écrire sur un sujet qui ne concerne directement qu’une centaine d’entre vous sans servir uniquement de somnifère pour tous les autres. Cela prendra donc la forme d’un témoignage sans prétention, légèrement homérique et sincère. Et puisqu’il s’agit de mettre en lumière, cet article a été écrit sur All of the Lights (moins la partie de Fergie – Kanye West).

jussieu1.jpgScube, 5 lettres, 18 points au Scrabble et tellement de choses derrière un petit mot. D’abord les formalités administratives. Les Scubes sont les créatures de Bruno Latour et Richard Descoings, qui un soir dans une cave sombre, alors que le tonnerre grondait dehors, qu’il pleuvait et que les voyants de leurs téléphones indiquaient qu’il n’y avait plus de réseau pour ces acteurs, se sont dit que sciences et sciences politiques ne pouvaient éternellement se toiser, s’ignorer et se servir l’une de l’autre sans s’apprendre ensemble. Alors, rejetant communément une fumée de cigare camarguais, ils décidèrent de créer un partenariat avec Paris VI, Fac de sciences, dites Jussieu la polonaise, ou Pierre et Marie Curie l’amiantée.

J’assume, je signe, je m’accuse, comme 95% des Scubes, je n’ai pas passé le concours qui fait trépasser nombre d’étudiants. Beaucoup finissent dans des asiles spécialisés aux quatre coins de l’hexagone, où pour soigner le traumatisme on leur bourre le crâne d’informations incohérentes en espérant qu’ils finiront par oublier comment ils en sont arrivés là (les prépas), pas moi. Sommes-nous illégitimes ? Pas plus que d’autres, je pense.

Nous. Il n’est pas facile d’employer ce pronom à Sciences Po. Certes, nous sommes tous élèves d’une même école, quand ce n’est pas l’herbe que vous mettez dans votre pipe. Mais il y a une telle diversité à Sciences Po, le science-piste type est ici plus qu’ailleurs un élément indéterminé, de telle manière qu’il est parfois dur de s’identifier à un groupe. Je me sens relativement bien intégré ici mais j’ai la chance d’appartenir à une famille, une famille nommée Scube, avec c’est vrai ses problèmes, ses parents turbulents et ses enfants alcooliques, à moins que ce ne soit l’inverse, sa grand-mère complètement sourde et ses immigrées colombiennes cachées dans le placard, mais une famille.

Je n’essaye pas d’idéaliser, de vous parler d’une cinquantaine de gens qui sur deux années se nourrissent d’équation différentielles, de plan d’organisation du coléoptère, de théorie des jeux, d’amour et d’eau fraîche. Être un Scube demande beaucoup de travail et le traitement de faveur est un mythe, malgré quelques aménagements. Avoir à découper le système urinaire d’une souris ou étudier la cinétique d’une boule de gomme et enchaîner sur un exposé sur la révolution de 1848, il y a parfois de quoi devenir schizophrène.

jussieu2.jpgComme nous sommes dans les grands mots, retenez en un, ou plutôt deux, enfin même beaucoup plus si vous voulez arriver jusqu’au grand oral, mais au moins surlignez sur votre fiche les suivants: courage et solidarité. Le sommeil est en option comme la clim’ dans ta future voiture, tu ne te souviens plus de ton visage sans cernes, si tant est que tu souvienne de ton visage. Tu as l’impression de combattre, la Scube est un combat, tu es attaqué en permanence et tu ripostes sans jamais cesser le feu. Ça vient de tous les côtés et tu te dis que cette fois non, ça ne passera pas, que tu vas céder sous la pression. Alors tu bois un, puis deux cafés vanille et tu te rends compte: la Scube est une famille. C’est quand tu es acculé, dos au mur face à l’adversité que tu te retournes et qu’ils sont là. Le genre de famille où tu ne recevras pas qu’un seul Joyeux Noël envoyé par erreur et destiné à une amie en province, mais une vingtaine de textos de soutien la veille d’un partiel que tu es le seul à avoir. Le genre de famille remplie de grandes gueules qui veulent refaire le monde et remplie de querelles d’égos et parfois d’hypocrisie (Sciences Po un jour, Sciences Po toujours), mais où tu peux surprendre des mains serrées et des regards échangés qui semblent dire « on va y arriver, c’est l’enfer mais je te lâcherai pas ». Une pensée pour les pleurs féminins séchés au creux de sous pulls étourdis, avant de tout oublier dans la fête et le cidre doux en hurlant « cause we are your friends, you’ll never be alone again ».

Alors voilà Scube, je te dédie ces quelques lignes, pour tout ce que tu m’apportes, pour toutes les fois où tu m’as déçue et appris, toutes les fois où tu m’as montré mes limites et toutes les fois où tu les as repoussé. J’ai peur parfois, que tu changes, que tu laisses le côté obscur gagner, et te voir un jour avec un casque noir sur la tête et respirer avec un tuba dans la bouche. Alors j’espère, et je pense que tu as apprécié l’intégration de tes nouveaux soldats, qui ont pu, du haut de leurs bâches savonnées et de leurs combats dans quelques déchets alimentaires, voir tes valeurs et tes six ans d’histoire les contempler. Et souviens toi, souviens toi des derniers vers de la prophétie scubienne car moi à l’oubli je ne peux me résoudre …

Te voilà maintenant prévenu,
Héros du désespoir ou guerrière incomprise,
Bois le calice jusqu’à la lie et même plus

Espoir, ce mot résonnera à chacun de tes pas,
Et quand tu regarderas, tranquille, les yeux humides, tes premiers combats
Alors un Scube, mon fils, tu seras devenu.

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