Vie du campus

Interview : Spécial Master Stratégies Territoriales et Urbaines

Pour mieux connaître le master STU, deux interviews : la chargée de mission, Cécile Leclair, et une étudiante de M1, Hélène.

Il s’agit de mieux connaître ce master généralement peu ou mal cerné, sa pédagogie, son contenu, les débouchés, etc., en considérant les deux points de vue: celui de la chargée de mission et celui d’une étudiante qui a choisi ce master.

Cécile Leclair
Responsable pédagogique du master Stratégies Territoriales et Urbaines (STU)

  • LaPeniche.net : Quel est le positionnement du master dans l’offre de formation de Sciences Po ?

Cécile Leclair : Le master STU fait partie des 12 mentions créées il y 3 ans et qui composent aujourd’hui le diplôme de Sciences Po.

  • Quelles sont les différences entre le master et le Cycle d’Urbanisme ?

Le master STU et le master Urbanisme ont pour objets d’étude le territoire et la ville.

Le master STU se concentre sur la compréhension des acteurs et des enjeux, la gouvernance des villes, les politiques de développement territorial et d’aménagement urbain ; il prépare les étudiants à élaborer, mettre en œuvre et évaluer des politiques, des programmes, des partenariats pour le compte d’acteurs publics, privés, associatifs…

Le Cycle Urbanisme est spécialisé sur : l’habitat et la rénovation urbaine ; l’immobilier ; le projet urbain et les déplacements. De manière générale, il accueille des étudiants plus âgés, qui ont déjà eu une expérience professionnelle, ou qui sont par exemple déjà ingénieur ou architecte.

  • En quoi le master STU est-il professionnalisant ?

Les étudiants du master STU sont formés pour être opérationnels à court terme tout en étant capables de développer une vision analytique et stratégique.

A cette fin, au sein de la formation :

  • Après une première année consacrée à l’acquisition des savoirs fondamentaux, les enseignements de seconde année sont dispensés par des professionnels, sous forme d’ateliers de 4h où les étudiants sont confrontés à des études de cas ou des jeux de rôles (en groupe) et doivent effectuer une présentation, exactement comme des consultants le feraient. Les cours sont donc très professionnalisants ; pour développer la capacité des étudiants à avoir une vision stratégique, ils sont aussi très transversaux, comparatifs avec une approche internationale.
  • Il y a deux voyages d’étude pendant le master. En effet il paraît difficile de demander à des étudiants de travailler sur le territoire sans se rendre sur le terrain. Le premier a lieu au tout début de la première année et vise à présenter aux élèves très concrètement les métiers, les acteurs, les politiques auxquels prépare le master. Cela leur permet aussi de faire le lien entre le contenu théorique des enseignements et la pratique. Un autre voyage a lieu en seconde année à l’étranger ; après Lisbonne, nous sommes allés cette année à Berlin. Ces voyages permettent aussi aux étudiants de mieux se connaître et de créer entre eux un esprit de promotion (nb : c’est une des forces du master : sa taille modérée permet de construire un réseau entre les promotions, qui sera un atout important tout au long de leur vie professionnelle).
  • Le projet collectif est fondamental au sein du master STU : il constitue une vraie expérience professionnelle, d’une année ; les étudiants y consacrent au moins un jour et demi par semaine en M1. Tous les projets répondent à de vraies commandes de collectivités locales, d’entreprises (par exemple la Ville de Paris, Nexity Villes et Projets, l’Association des Communautés de France, le Conseil Général de Seine-Maritime etc.) ; des conventions sont négociées et le travail accompli facturé au commanditaire. Les étudiants sont réellement mis dans la peau de jeunes consultants.

Je suis heureuse de constater à quel point les étudiants gagnent en maturité et en compétences entre leur entrée et leur sortie dans le master.

  • Quels sont les débouchés du master STU ?

Les débouchés sont multiples : dans les collectivités territoriales bien entendu, sur les postes de chargé de mission, chef de projet ; dans les cabinet de conseil spécialisés sur le secteur public (secteur qui recrute beaucoup en ce moment, et qui considère le stage comme une pré-embauche, avec des indemnités allant jusqu’à 1600 euros net par mois) ; dans les Sociétés d’Economie Mixte, les agences d’urbanisme, les agences de développement, les entreprises qui ont des activités de délégations de service public etc…

Les étudiants sont bien préparés au marché du travail : ils ont conduit un projet collectif professionnalisant pendant un an ; la plupart du temps, ils ont effectué un stage non obligatoire de 3 mois entre la M1 et la M2 ; ces expériences leur permettent de choisir un stage de fin d’études qui correspond bien à leur projet professionnel et qui est souvent une pré-embauche.

De manière générale, je reçois et diffuse aux étudiants plus d’offres de stage qu’ils n’en ont besoin.

  • Est-il une réponse à une demande sur le marché du travail ?

Tout à fait.

Les collectivités locales se professionnalisent car elles ont de plus en plus de compétences à assumer ; elles recherchent donc des professionnels spécialisés dans les stratégies urbaines et territoriales. Ou alors elles chargent de nouvelles missions des cabinets de conseil ou des bureaux d’études, qui ont donc aussi des besoins de recrutement.

De plus, les entreprises privées ou les sociétés d’économie mixte (SEM) se voient confier des projets jusque-là réalisés directement par le secteur public -c’est l’essor des partenariats publics-privés – ces recruteurs ont donc besoin de professionnels capables à la fois de comprendre les enjeux de l’entreprise et les stratégies des acteurs publics.

  • Le master STU est-il ouvert sur l’international ?

Je pense que pour envisager une carrière à l’international, c’est plus facile si on a déjà un métier et une expertise. Le master prépare les étudiants à concevoir des politiques, manager des projets, piloter des programmes, animer des réseaux, négocier des partenariats… autant de compétences qu’ils pourront bien entendu mettre au service d’agences publiques ou d’entreprises à l’étranger. Un grand nombre de problématiques rencontrées en France sont les mêmes à l’étranger. Chaque année, un certain nombre d’étudiants font leur stage à l’étranger, par exemple à Shanghai dans un bureau d’études urbaines, à New York pour l’ONU, en Allemagne dans une agence de développement économique etc…

Bien entendu, les institutions et les politiques françaises sont étudiées en détail dans le master ; mais la maquette propose un cours sur “ les Villes dans les Pays du Sud ”, et la plupart des enseignements ont une approche comparative avec les autres pays d’Europe par exemple.


Hélène
étudiante en M1 du master STU

  • LaPeniche.net : Quel a été ton parcours avant le master ?

Hélène : J’ai fait trois ans de prépa littéraire à Fénelon, et c’est là que j’ai découvert la géographie.

  • D’où viennent généralement les étudiants de ce master, qui en comprend assez peu ?

La moitié des étudiants viennent du Premier Cycle de Sciences Po, et les autres viennent de milieux variés. Ils sont géographes, ingénieurs, juristes, littéraires ou économistes! C’est un des éléments qui rendent les projets collectifs en particulier et le travail en groupe en général si enrichissants dans ce master.

Nous ne sommes pas très nombreux, mais le nombre d’étudiants augmente rapidement dans ce master. En fait je fais partie de la troisième promo, nous sommes 28 alors que la première année ils étaient 14.

Etant donné que nous sommes peu nombreux, l’ambiance dans le master est très bonne, et pas seulement au sein de ma promo. les 5A organisent beaucoup de réunions avec nous (dèjà trois depuis la rentrée d’octobre). Nous partons en voyage ensemble, et nous avons beaucoup de travaux en groupe, par exemple les mémoires de sociologie se font à cinq…

  • Comment s’organise la scolarité ?

Les deux années sont constituées de trois semestres de cours et un semestre de stage, sauf pour les étudiants qui suivent le double diplôme avec LSE, qui ont deux semestres de cours à Sciences Po et deux semestres de cours à LSE, donc pas de stage (à la place, ils produisent un mémoire). Nous avons pas mal de travail en STU, car à la fois toutes les matières et le projet collectif sont importants.

Ce qui m’a particulièrement frappé à Sciences Po, ou du moins dans mon master (je ne sais pas si c’est le cas de l’ensemble de Sciences Po ou si c’est spécifique au master STU), c’est le coté démocratique de la gestion. Les relations entre les étudiants et les responsables de l’administration et de la pédagogie sont très souples et il y a un vrai climat d’écoute. S’il y a un problème soulevé par les étudiants (une date d’examen, par exemple) le problème est reglé très rapidement et en faisant confiance en les étudiants. A tel point que l’année dernière, les étudiants surchargés ont mis en place une pétition, qui a été prise en compte dès les programmes de cette année.

  • Quelles sont les particularités, outre la discipline, de ton master ?

Parmi les temps forts du master STU, les voyages sont particulièrement importants. Il y en a deux, un en première année en France (pour automne 2006, Saint-Etienne) et un en seconde année (Berlin). Les étudiants peuvent alors rencontrer les professionnels du territoire sur place, qui partagent leur expérience de la ville et du territoire en général. C’est passionnant.

Comme pour tous les master, ont lieu un certain nombre de conférences. La dernière en date était sur les sociétés d’économie mixte (SEM) d’aménagement.

  • Quelle forme prennent les projets co, par exemple ?

Ce master est très professionalisant. Les projets collectifs y ont une grande place. Dès le jeudi après-midi on ne peut pas prendre de cours, la fin de la semaine doit être consacrée aux projets co. Ce sont en fait des commandes qui sont faites à Sciences Po par des institutions officielles ou par des entreprises, pour lesquelles nous formulons des voeux.

Des groupes de 3 à 6 personnes sont formés pour mettre à bien ces projets. Ce n’est pas la procédure classique des projets collectifs à Sciences Po, que les élèves peuvent généralement proposer à Sciences Po, qui les gère. La journée et demi par semaine prévue à cet effet est vraiment remplie, étant donné l’importance du projet co dans notre formation en STU.

Mon projet co, par exemple, concerne un bilan des plans de sauvegarde des copropriétés en difficulté, pour l’ANAH (Agence Nationale pour l’Amélioration de l’Habitat). Nous sommes supervisés par un tuteur, qui peut être un professionnel ou un membre de l’équipe enseignante de Sciences Po.

  • Quelles sont les matières étudiées en master STU ?

Nous avons des cours de sociologie urbaine, de droit administratif local, d’aménagement en Europe, de politique publique des territoires, de développement économique des territoires et mondialisation (par Pierre Veltz, qui a participé à la DATAR, entre autres).

Le tronc commun est également important: de l’économie (ceux n’en ayant pas fait avant en ont davantage que les autres), enjeux politiques ou espace mondial ou introduction au droit, les cours de l’école doctorale et les langues.

(voir la maquette pédagogique du master STU)

  • Que penses-tu des enseignements de tronc commun ?

Le grand avantage du master STU est là : il permet une vision globale du territoire, alors que l’université ne donnerait que des notions d’aménagement, ce en quoi les ingénieurs et les architectes sont meilleurs que nous.

Le tronc commun nous permet pour commencer de rencontrer les autres master, ce qui est indispensable notamment pour ceux qui sont nouveaux à Sciences Po. Surtout, même si la plupart de ces matières sont incontestablement arides, ces enseignements sont nécessaires. Ce sont des notions à connaître absolument car nous y seront confrontés dans notre vie professionnelle. Savoir ce qu’est une loi, un arrêté ou une jurisprudence est essentiel. Cependant le tronc commun gagnerait à être allégé.

  • Y a-t-il des spécialisations au sein du master STU?

En 5A, il y a des ateliers à choisir, mais chaque année de nouveaux sont créés. C’est un master très vivant. Pour prendre un exemple, un atelier logement et un atelier transports ont été créés cette année.

  • Quels sont les débouchés après le master STU ?

On a différentes possibilités après le master. On peut choisir soit de travailler pour une collectivité locale, soit pour un cabinet de conseil ou un bureau d’étude. Pour les collectivités locales, un concours d’administrateur territorial existe, mais on peut aussi travailler comme contractuel pour une collectivité, comme c’est souvent le cas. Les bureaux d’études sont également en plein essor. Dans tous les cas il faut savoir que ce métier est un métier de gestion de projet, au cas par cas. Ce sont des missions plus ou moins longues, à l’échelle territoriale ou régionale.

Les débouchés ne sont pas les mêmes que ceux du cycle urbanisme de Sciences Po, qui est une chose différente: les STU ne font pas que de l’urbanisme pur (plans, constructions, etc.), il s’agit davantage de penser en territoire local, avec ses enjeux cultures, les questions d’emploi qui se posent, par exemple, et c’est ça qui le plaît. Par exemple, une aide de l’Union Européenne dans une région suppose un programme opérationnel. Cette branche est très nouvelle, et elle est très favorisée par la décentralisation et la régionalisation européenne.

Merci à Cécile Leclair et à Hélène !

6 Comments

Répondre à Christophe Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.