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Interview : Sélim Ben Hassen, Président de l’Association des Elèves de Sciences Po Pour le Monde Arabe (SPMA).

Vendredi 16 mai 2008, l’Association des Elèves de Sciences Po Pour le Monde Arabe (SPMA) organise une conférence sur « La réforme des Etats Arabes ». Interview de Sélim Ben Hassen, Président de l’association.

  • LaPéniche.net : Bonjour Sélim ! Après avoir fondé SPMA il y a à peine deux ans, celle-ci s’est très vite affirmée comme la principale association sur le monde arabe à Sciences Po. A quoi attribues-tu cet engouement ?

Sélim : Une charge de travail qu’on imagine difficilement, mais surtout une totale indépendance qui nous permet d’exprimer nos opinions, de faire passer nos messages et d’organiser nos événements de la manière la plus libre qui soit. Nos interlocuteurs et nos invités ont rapidement réalisé que nous étions là pour servir le monde arabe et non pour servir nos futures carrières. Cela nous a permis d’acquérir une solide légitimité à Sciences Po et une crédibilité accrue auprès des étudiants.

  • LaPéniche.net : Cela ne vous empêche pas d’accueillir des invités prestigieux. Pour cette conférence, vous recevez Bertrand Badie, Professeur à Sciences Po, Hubert Védrine, ancien ministre français des affaires étrangères, l’ambassadeur de la République d’Egypte en France et l’écrivain Tahar Ben Jelloun…

Sélim : Et vous pouvez rappeler qu’en partenariat avec des associations extérieures à Sciences Po, nous avons reçu cette année encore l’Ambassadeur du Maroc en France et le ministre marocain des finances.

  • LaPéniche.net : Revenons à votre actualité : qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’organiser une conférence sur la réforme des Etats arabes ?

Sélim : En fait, l’association, qui est aussi un cercle de réflexion, travaille beaucoup sur la manière d’améliorer la situation politique, économique et sociale dans nos pays. Dans ce cadre, nous sommes amenés à rencontrer et échanger avec des politologues, des hommes politiques, des membres d’organisations internationales et des journalistes. Au cours de ces conversations, l’expression de réforme des Etats arabes resurgit invariablement sans qu’on sache pour autant à quoi elle correspond exactement. C’est pour cette raison qu’on a décidé d’organiser un débat, pour savoir sur quoi devrait précisément porter une éventuelle réforme et comment elle pourrait concrètement être mise en œuvre.

  • LaPéniche.net : Est-ce que vous allez aborder la question de la démocratie ?

Sélim : Bien sûr, puisqu’il s’agit d’une question centrale. Ceci dit, il serait simpliste et même dangereux de réduire la question de la réforme des Etats arabes à celle de la démocratie ; parce que ce serait alors oublier et faire oublier qu’il existe d’autres domaines tout aussi importants qui méritent d’être réformés d’urgence dans nos pays : je pense à l’éducation, aux politiques de santé, à la protection sociale, à la lutte contre la pauvreté, autant de matières dans lesquelles nous avons pris un retard considérable.

  • LaPéniche.net : Mais, selon vous, ce n’est pas pour autant la question la plus brûlante ?

Sélim : Si vous entendez par démocratie le système qui garantit le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, vous avez raison de souligner l’absolue nécessité de changer rapidement et radicalement les choses. Je le dis d’autant plus volontiers que la situation, de ce point de vue, est de plus en plus inquiétante. Si vous pensez à la démocratie, au sens strict, c’est-à-dire, envisagée comme système politique, c’est une construction de fond dans laquelle il faudra s’engager mais qui prendra nécessairement plus de temps.

  • LaPéniche.net : Vous n’êtes donc pas en faveur d’une instauration pure et simple de la démocratie ? Pourquoi ?

Sélim : Parce que cela ne fonctionnerait pas et parce qu’on n’acquiert pas la démocratie comme on achète du lait dans un supermarché. Le système politique est un choix, et comme tout choix, celui-ci doit être fait de manière libre et éclairée : libre signifie qu’il ne peut être imposé de l’extérieur, éclairé signifie qu’avant de se prononcer pour la démocratie ou pour n’importe quel autre système, il faut d’abord l’étudier avec soin, en connaître les vertus et les défauts, avant de décider, compte tenu de nos valeurs, de nos mœurs et de nos cultures, dans quelle mesure celui-ci nous convient. Si nous ne le faisons pas, cela signifiera que nous ne sommes pas capables de penser à la manière dont nous souhaitons régir nos sociétés et encore moins nous gouverner. Or, c’est parce que je sais que nous en sommes capables qu’il faut, par un contrat social que nous devons conclure, décider, ensemble et souverainement, du régime politique que nous souhaitons instaurer dans nos Etats.

  • LaPéniche.net : La question est passionnante et l’événement promet en tous cas d’être un succès…

Sélim : Oui, nous avons déjà enregistré plus de 300 inscriptions, chose assez rare pour une manifestation étudiante. Espérons surtout que le débat sera à la hauteur des attentes de l’auditoire et qu’il en jaillira quelques idées qui feront avancer les projets que nous avons pour nos pays.

  • LaPéniche.net : Le mot de la fin ?

Sélim : Oui, peut-être pour préciser que nous avons choisi de faire animer le débat par deux étudiants de Sciences Po : Sonia Dridi, étudiante à l’école de journalisme, et Nabil Aït-Akkache, étudiant en Master Affaires publiques. Nous sommes convaincus que le débat sera aussi un succès grâce à eux.

  • LaPéniche.net : Conférence « La réforme des Etats arabes », vendredi 16 mai 2008 à 18h30 en amphithéâtre Emile Boutmy.

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