Vie du campus

Gallagher’s high flying birds : Noel avant l’heure ?

Nous l’avions laissé en pleine guerre fratricide il y a à peine deux ans dans les coulisses du festival Rock en Seine à Paris. La séparation d’Oasis consommée et Liam le frère ennemi renié, Noel Gallagher n’a pas tardé à remonter un groupe pour reprendre le chemin des scènes et studios d’enregistrement. Le guitariste et surtout prolifique songwriter est désormais flanqué d’une bande de musiciens qu’il a pu côtoyer par le passé ici et là. Réunis sous le nom de Noel Gallagher’s high flying birds – rien que ça – on retrouve parmi eux Mark Rowe ancien pianiste d’Oasis, Jeremy Stacey batteur des Lemmon Trees, et Lenny Castro requin de studio aux percussions et à la basse. Entre deux déclarations fracassantes sur le frangin, Noel Gallagher a eu le temps d’écrire une quarantaine de morceaux, parfois issus de sessions délaissées d’Oasis, et les a publiés quelques mois après la parution du premier opus de Beady Eye, projet solo du fantasque Liam.

noel gallagher Le produit de cette collaboration vient d’arriver dans les bacs, selon l’expression consacrée, et on peut d’ores et déjà dire que le cadet des frères Gallagher n’en a pas fini de diviser ses nombreux fans tant son disque est inégal. Entre lumineuses fulgurances cristallines et délires lourdingues faussement psychés, il alterne le bon et le mauvais en faisant du neuf avec du vieux. On reconnaît bien dès les premières écoutes la touche du principal compositeur d’Oasis, qui n’a rien perdu de son savoir-faire, mais à certains égards l’homme paraît peiner à se réinventer et verse dans l’auto-parodie. On entend, par exemple, dès les premières mesures de « If I had a gun » une resucée lyrique mais paresseuse du tubesque « Wonderwall » d’Oasis. Frustrant.

Le simple semble également pêcher de par la surproduction dont il a fait l’objet, volonté délibérée ou non de l’artiste, les arrangements sont multiples et ses compositions auraient gagné à être dans certains cas épurées (« Everybody’s on the run »). Et si toutefois certains résultats sont concluants comme le solide single « The death of you and me », on ne peut s’empêcher de déplorer le manque d’attache de Gallagher à un rock & roll plus classique et efficace qui fit jadis l’aura du groupe de Manchester. A ce titre son « (Stranded on) the wrong beach », qui s’inscrit dans cette lignée, est un des morceaux les plus aboutis de l’album.

Bien sûr ce disque est furieusement anglais, et le bon goût évident de Noel Gallagher transparait dans chacune de ses créations. Ainsi on reconnaît les Beatles période Revolver/Sgt Peppers sur la bien nommée « Dream On » ou encore « Stop the clocks » qui semble également convoquer le Floyd. Malgré cela toutes les expériences tentées par le musicien ne sont pas heureuses : « Aka what a life » nous laisse dubitatifs et spectateurs d’une rencontre impromptue entre Chris Martin et un Depeche Mode aseptisé. Les guitares électriques sont souvent sacrifiées sur l’autel des claviers, chœurs et cordes omniprésents sur le disque, ce qui confère à celui-ci un certain aspect aérien et cette entêtante impression de fluidité, que les rares envolées de six cordes présentes avec parcimonie contribuent à renforcer.

Les textes quant à eux selon le principal intéressé évoquent tantôt l’amour, l’espoir, la recherche d’évasion, et une certaine intimité ne manque pas de se créer avec l’auditoire. Cependant Noel Gallagher n’est pas dénué de sens de l’humour, et, cynique il va jusqu’à citer Keith Richards (« The bitches keep bitchin … » sur « Dream On »).

Noel Gallagher nous livre donc avec ses oiseaux de haute voltige – plus belle traduction déduite à ce jour – un numéro d’équilibriste intéressant : jamais vraiment dans la pop sirupeuse, évitant l’écueil d’une voix ouvertement geignarde, empruntant ainsi le chemin ouvert par les Last Shadow Puppets d’Alex Turner et Miles Kane ou le Grace/Wastelands de Doherty, avec un goût prononcé pour le sur-arrangement et le faste plus mélancolique que nostalgique. Des disques qui, somme toute, ont le mérite d’oser tenter des expériences sonores, ce qui est suffisamment rare de nos jours pour être souligné. Si le résultat est tout à fait honorable, il n’y a rien de transcendant dans ce premier effort post-traumatisme Oasien. Et c’est là qu’on se prend à rêver d’une énième réconciliation des frères ennemis car l’idée de les revoir ensemble sur scène n’est évidemment pas pour nous déplaire …

Noel Gallagher, Noel Gallagher’s High Flying Birds – Sour Mash/PIAS.

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