Valentine Sender – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Fri, 30 Jun 2023 10:05:13 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Valentine Sender – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Retour sur le concert de musique franco-italienne https://www.lapeniche.net/retour-sur-le-concert-de-musique-franco-italienne/ Mon, 04 Apr 2022 11:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=54321 Vendredi 25 mars dernier, à l’occasion du lancement des dialogues franco-italiens juniors pour l’Europe, s’est déroulé en Boutmy un concert de musique classique franco-italienne. Retour sur ce fabuleux moment de musique. 

Leurs répétitions ont résonné dans Sciences Po une partie de l’après-midi, comme pour donner un avant-goût de ce qui allait se produire. Sciences Polyphonies, la jeune association de musique classique, qui s’était déjà fait remarquer lors du concert en soutien aux femmes afghanes organisé en octobre dernier alors qu’elle venait d’être élue initiative étudiante, a encore une fois brillé sur scène. 

Avant leur prestation, Maximilien Picquart, le président de La Strada, association d’amitié franco-italienne à Sciences Po, et son homologue Carla Scalisi de Marianne, association franco-italienne de l’université LUISS Guido Carli de Rome, ont pris la parole pour présenter l’origine de ce concert, organisé en partenariat avec la section Italie des Alumni. Avec la signature du Traité du Quirinal en 2021 entre la France et l’Italie, un traité de coopération bilatérale renforcée visant à réaffirmer les valeurs communes des deux pays, favoriser la coopération au sein de l’Europe et mettre en avant la jeunesse, Sciences Po et l’Université LUISS ont renouvelé leur collaboration dans le projet des dialogues franco-italiens pour l’Europe. Ces deux universités phares dans la recherche sur les politiques publiques participent ainsi au développement d’une coopération politique, économique et culturelle entre ces deux pays. Consciente de l’importance de former des futures élites politiques à ces questions, les associations La Strada et Marianne ont fondé les dialogues franco-italiens juniors pour l’Europe. Ce concert inaugurait le lancement de la première édition. Quoi de mieux que la musique classique, d’une grande richesse dans ces deux pays, pour célébrer ces liens ? 

Marc Lazar, professeur d’histoire à Sciences Po et chercheur notamment en histoire et sociologie politique de l’Italie post-1945, est ensuite monté à la tribune pour affirmer sa joie de voir ce projet mis sur pied. Attaché à l’Italie et à la politique française et européenne par ses travaux, il a réaffirmé l’importance du traité de Quirinal, premier traité bilatéral signé par ce pays après la Seconde Guerre mondiale. Traité qui marque aussi une heureuse amélioration de relations franco-italiennes, après des fortes tensions en 2019 qui avaient amené au rapatriement de l’ambassadeur français, comme l’a rappelé Marc Lazar avant de conclure : « Viva la musica ! ». 

Enfin, l’ambassadeur de France en Italie Christian Masset, dans une vidéo préenregistrée, a souligné l’importance de la coopération franco-italienne et des échanges diplomatiques, au vu du contexte de guerre en Ukraine. En ce sens, Stefania Giannini, sous-directrice générale de l’UNESCO et dernière oratrice de la soirée, a affirmé la nécessité de promouvoir la culture et les échanges culturels, les seuls à même, par l’éducation, de lutter contre le bellicisme des hommes. 

Et puis, place à la musique. Sur l’estrade de l’amphithéâtre, un immense piano à queue – beaucoup, dont moi, se sont demandé comment était-il entré là. Nous n’étions plus en Boutmy à Sciences Po, mais dans une vraie salle de concert, tant la musique nous transportait. Du Cantique de Jean Racine de Gabriel Fauré au « Va Pensiero » de Verdi, en passant par le Cantabile de Nicolo Paganini, des chefs-d’œuvre de la musique classique des deux pays ont été interprétés avec brio. Les membres de Sciences Polyphonies ont épaté le public par leur talent pour le chant, le violon, l’alto le piano, la mandoline et le violoncelle. L’invité exceptionnel – et c’est peu dire – de la soirée, le soliste international Olivier Gardon, a interprété au piano les Préludes de Claude Debussy. Le retour brutal à la réalité concrète et matérielle de Sciences Po s’est fait à la fin du concert quand le président de Sciences Polyphonies a indiqué au micro que comme le concert avait pris un peu de retard, nous étions priés de nous dépêcher de sortir puisque le bâtiment fermait. Puis LA voix a mis le coup de grâce à l’impression du public d’être à l’opéra : « mesdames, messieurs, le bâtiment va fermer, veuillez évacuer les lieux. »

Notons aussi que les associations venues couvrir l’évènement ont relevé la gentillesse et la bienveillance des organisateurs. Un concert exceptionnel, pour une cause passionnante, monté par des équipes sympathiques, une seule conclusion : on attend avec impatience le prochain. 

Crédit image : ©SciencesPhotos, Lola Pinel, Marquise Akamba Mbono

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Le procès de Claude Muhayimana : juger les génocidaires, vingt-sept ans après https://www.lapeniche.net/le-proces-de-claude-muhayimana-juger-les-genocidaires-vingt-sept-ans-apres/ Fri, 14 Jan 2022 10:46:14 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=53993 Le 16 décembre 2021, Claude Muhayimana a été condamné à quatorze ans de réclusion criminelle par la chambre dédiée aux crimes contre l’humanité et génocide de la cour d’assises de Paris, au terme d’un procès ouvert le 22 novembre, et de longs délibérés au vu des enjeux en présence. 

Cet homme âgé d’une soixantaine d’années, qui comparaissait libre aux côtés de ses avocats, a été reconnu coupable de « complicité de génocide » pour avoir transporté dans la région de Kibuye, à l’ouest du Rwanda, des miliciens Interahamwe, lesquels ont commis de nombreux massacres de Tutsi, au cours du génocide de 1994. Au Rwanda, un petit pays d’Afrique des Grands Lacs, entre avril et juillet 1994, en une centaine de jours, 800 000 à un million de Tutsi, et de Hutu opposés au régime en place, ont été massacrés par les Hutu extrémistes, au cours d’un génocide dont l’efficacité macabre tient autant à son organisation minutieuse par les instances dirigeantes qu’à son exécution par des individus que l’on pourrait qualifier d’ordinaires. La terrible réversibilité des liens sociaux et affectifs, par laquelle des individus ont massacrés leurs voisins avec lesquels ils avaient toujours vécu, et d’autres ont tué des membres de leur propre famille parce qu’ils étaient Tutsi, a ainsi amené l’historienne Hélène Dumas à parler de « génocide entre voisins ». 

L’importance, au cours de cette tragédie, de la capacité ou non de se déplacer, a été soulignée par cette dernière dans sa déposition devant le tribunal le 24 novembre, en tant que témoin de contexte, c’est-à-dire témoin qui n’a pas vécu les évènements, soit le rôle attribué aux historiens qui témoignent dans les procès. Alors que les Tutsi n’avaient aucun moyen de fuir leurs bourreaux qui n’épargnaient ni femmes ni enfants ni vieillards selon une logique d’extermination visant à faire disparaître les Tutsi de la surface de la Terre, les miliciens, eux, pouvaient se déplacer de colline en colline, notamment car ils étaient véhiculés. C’est pour cela que, selon l’historienne, le rôle joué par les chauffeurs a été crucial dans le génocide. Un argument qui a sûrement participé au verdict prononcé à l’encontre de ce chauffeur de la guest-house de Kibuye. 

Pour les parties civiles, à savoir la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), Ibuka (la principale association de rescapés du génocide des Tutsi), et le CPCR (Collectif des parties civiles pour le Rwanda), justice a été faite à travers cette condamnation qui s’aligne sur le réquisitoire du ministère public, lequel avait demandé quinze ans de réclusion criminelle. Selon elles, il ne saurait y avoir de petits exécutants dans un génocide où de nombreux tueurs sont des individus « ordinaires ». Alors que la défense présentait Claude Muhayimana comme un individu ordinaire que les miliciens auraient contraint, le parquet a rejeté l’argument de la contrainte, et semble par son verdict avoir reconnu la thèse défendue par les parties civiles mais aussi par les historiens qui travaillent sur le sujet, selon laquelle il n’y a pas de petits et de grands exécutants, mais un ensemble de maillons qui ont tous compté dans le génocide. 

Le cas Claude Muhayimana est aussi une illustration des violences intrafamiliales qui ont caractérisé le génocide des Tutsi. Issu d’une famille mixte, c’est-à-dire d’un père hutu et d’une mère tutsi, il est donc considéré hutu du fait de la transmission patrilinéaire de l’ethnie au Rwanda, et il avait de plus épousé une femme tutsi. Si les couples mixtes étaient très fréquents au Rwanda, ils n’ont pas empêché la violence génocidaire. Des femmes et des hommes ont été massacrés par leur belle-famille, voire même par leurs conjoints. Ainsi, bien que la défense ait mis en avant cette mixité, elle n’a pas été retenue comme un argument à décharge par le tribunal. 

La défense a aussi mis en avant la non-fiabilité de la cinquantaine de témoins qui se sont présentés à la barre, ce que les parties civiles ont reconnu. C’est là une fragilité intrinsèque au fait de recourir à des témoins dans un procès portant sur un évènement du passé, bien qu’encore très actuel. Les témoins, des tueurs ou des victimes, sont porteurs d’une vérité qui leur est propre, la vérité des évènements tels qu’ils les ont vécus il y a vingt-sept ans. Leur subjectivité s’éloigne en partie de la vérité objective des faits, du fait de l’émotion ressentie et du temps qui passe. Si l’historien fait objet de cette subjectivité du témoin, le juge a besoin certes de témoignages mais de preuves plus tangibles, ce qui nous rappelle non seulement la difficulté de juger l’histoire mais aussi la nécessité de distinguer l’histoire et le droit, bien que les deux puissent coopérer. On retrouve ce discrédit du témoignage par les avocats de la défense à partir des procès des criminels nazis dans les années 1980-1990, soit quarante ans après les faits. Il est en effet propre aux procès pour génocide et crimes contre l’humanité, crimes qui, du fait de leur imprescriptibilité, peuvent être jugés longtemps après le crime, à un moment où les actes jugés relèvent plus de l’histoire que du présent. Pourtant, les criminels qui ont commis ces « crimes des crimes » ne sauraient être laissés impunis, à l’heure où, dans le cas du Rwanda, une société encore profondément traumatisée tente de se reconstruire. 

Claude Muhayimana, arrêté à Rouen en 2014, où il travaillait à la mairie comme cantonnier, a fui le Rwanda pour le Congo puis le Kenya à la fin du génocide, avant de rejoindre la France en 2001, où l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) a rejeté sa demande d’asile en tant que réfugié politique, au vu des zones d’ombres entourant son profil. Il a été intégré puis naturalisé en 2010, mais en décembre 2011, les autorités rwandaises ont émis un mandat d’arrêt contre lui. Dans la foulée, la cour d’appel de Rouen a émis un avis d’extradition favorable, annulé ensuite par la Cour de cassation, annulation confirmée en 2014 par la cour d’appel de Paris. Entre temps, en 2013, le CPCR, Collectif fondé par les époux Gauthier, couple souvent comparé aux Klarsfeld du fait de leur traque des génocidaires, a déposé plainte et s’est constitué partie civile contre Claude Muhayimana en juin 2013. En effet, du fait de la compétence universelle en matière de crime contre l’humanité et de génocide, tout pays est apte à juger un individu accusé de l’un de ces crimes. En refusant l’extradition, la France avait donc l’obligation de juger Claude Muhayimana, car de tels crimes ne peuvent, selon le droit international, rester sans jugement. Prévu en septembre 2020, le procès a ensuite été décalé à deux reprises en raison de la pandémie de Covid-19. 

Il se déroule ainsi dans un contexte diplomatique particulier, soit six mois après qu’Emmanuel Macron se soit rendu à Kigali, mettant fin à des années de tensions diplomatiques entre les deux pays, liées au refus de la France de reconnaître son implication dans le génocide. Lors de cette visite signant le début d’une normalisation des relations diplomatiques, le président français s’est engagé à « qu’aucune personne soupçonnée de crimes de génocide ne puisse échapper à la justice ». Le procès de Claude Muhayimana est aujourd’hui le troisième en France lié au génocide des Tutsi, après celui en 2014 de l’ex-officier de la garde présidentielle Pascal Simbikangwa, condamné à vingt-cinq ans de réclusion criminelle, et celui en 2016 de Tito Barahira et Octavien Ngenzi, deux anciens bourgmestres (l’équivalent des maires) condamnés à perpétuité. Ces peines ont été confirmées en appel. Un quatrième procès est prévu en mai 2022, celui de Laurent Bucyibaruta, qui, d’après le juge d’instruction du tribunal de Paris, s’est « rendu complice d’une pratique massive et systématique d’exécutions sommaires ». Pourtant, les époux Gauthier déplorent la lenteur des procédures judiciaires et le manque de moyens humains au sein du pôle crimes contre l’humanité de la cour d’assises de Paris. D’après eux, une centaine de personnes impliquées dans le génocide de 1994 vivent aujourd’hui en France. Le CPCR a actuellement déposé environ trente plaintes, et travaille à la traque judiciaire de ces criminels présumés.

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Interview de François Asselineau “La France est en déclin accéléré” https://www.lapeniche.net/interview-de-francois-asselineau-la-france-est-en-declin-accelere/ Mon, 15 Nov 2021 11:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=53756 Aux côtés d’autres associations de Sciences Po, La Péniche reçoit les candidats à l’élection présidentielle. Ce lundi 25 octobre, notre rédactrice s’est entretenue avec François Asselineau, candidat de l’Union Populaire Républicaine (UPR), parti qu’il a créé en 2007. 

Q : J’aimerais revenir sur votre parcours. Qu’est–ce qui vous a amené à entrer en politique ?

R : Vous l’aurez remarqué, si vous avez étudié mon curriculum, je suis entré en politique très tardivement. Je ne suis pas né dans une famille qui faisait de la politique ni n’était dans la haute administration. Mon père était cadre supérieur à EDF-GDF, ma mère était mère au foyer. Donc j’étais très ignorant, en fait. Et quand j’ai préparé le concours de l’ENA, après mon service national que j’avais effectué au Japon, mon rêve était de sortir de l’ENA au Quai d’Orsay pour devenir un jour ambassadeur au Japon. Quand j’avais votre âge, quand je lisais le journal Le Monde, je ne lisais jamais les pages politiques, ça ne m’intéressait pas tellement. Ce qui m’intéressait, c’était, et ça m’intéresse toujours, la géopolitique, les cultures, les civilisations étrangères. Mais la politique politicienne, non. 

Si j’ai fait ce que j’ai fait, il me semble que même mes adversaires doivent le reconnaître, c’est au détriment de mon intérêt personnel.  Étant sorti vice-major de l’ENA, à l’Inspection générale des finances, mon parcours était tout tracé. Je devrais aujourd’hui présider une grande banque commerciale et gagner comme mon camarade Frédéric Oudéa, qui est le PDG de la Société Générale, 280 000 euros par mois. Et moi, si je vous disais mon salaire, vous en ririez de pitié. Donc, je n’ai pas fait ça pour l’argent. Je n’ai pas fait ça non plus pour les honneurs, puisque j’aurais été en position à de nombreuses reprises de proclamer mon enthousiasme à des gens qui sont devenus président de la République, je pense à Nicolas Sarkozy que j’ai bien connu. Donc je ne l’ai pas fait non plus pour une vaine carrière. 

Je l’ai fait pour des idées, et je sais que ça paraît un peu saugrenu, mais il y a ce beau proverbe chinois qui dit « c’est lorsqu’un pays est en proie au chaos qu’apparaissent des responsables intègres. » Lorsque j’ai accompagné les plus hauts responsables français, y compris François Mitterrand sous la cohabitation, en Corée et au Kazakhstan, y compris Jacques Chirac que j’ai accompagné en Chine, au Japon, en Asie du Sud-Est, et dans plusieurs pays d’Amérique latine, j’ai constaté que notre pays était dirigé par des responsables qui n’avaient plus les manettes, qui étaient dirigés eux-mêmes. Et je découvrais un tel gouffre entre l’image que mes amis, ma famille, des gens comme les Français moyens, se font des pouvoirs du président de la République ou du Premier ministre, et la réalité : ils sont totalement contraints par des quantités de contraintes énormes. Comme on me prête souvent depuis que je suis petit une certaine prémonition, une capacité à voir loin, j’aivraiment vu dans les années 1990, à quel point tout ceci ne pouvait pas ne pas conduire un jour à une explosion générale. Le drame de la France, c’est qu’elle continue à s’enfoncer dans cette situation. C’est pour cela que j’ai fait de la politique. 

Si je peux me permettre, je ne sais pas où j’aboutirais, mais je pense que j’ai déjà contribué par mon action depuis quatorze ans, à faire évoluer la pensée, parce qu’il y a quand même beaucoup de gens maintenant qui me suivent, y compris beaucoup de journalistes, qui ne parlent jamais de moi, mais qui me suivent sur Twitter, y compris beaucoup de responsables politiques. Une fois, j’avais vu Éric Zemmour, je le connais un petit peu. C’était en 2018 ou 2019. On avait pris un verre au bar de l’hôtel place de la République, et je me rappelle encore qu’il me disait qu’il écoutait tout ce que je disais, qu’il s’en inspirait pour les billets qu’il faisait à l’époque sur RTL, je crois. En fait, je suis suivi par beaucoup de gens qui s’inspirent de moi. Je ne dis pas que je suis le seul, mais j’ai quand même largement contribué, à mon avis, à développer ces idées. En fait, je fais de la politique pour ce que tout le monde devrait faire, c’est-à-dire pour défendre des idées, une vision du monde, une vision de la France.

J’ai présenté ma vision du monde, ce pour quoi je me bats, c’est-à-dire rendre aux Français leur droit inaliénable à disposer d’eux-mêmes. Pour paraphraser la Charte des Nations Unies, je me bats pour que les Français retrouvent un droit inaliénable à disposer de leur propre avenir, que ce soient eux qui décident, et c’est de là que découle tout un programme, avec 27+1 propositions. Je ne veux pas être méchant, mais on a l’impression que les autres candidats, de Mme Hidalgo à Mme Pécresse en passant par M. Bertrand, M. Jadot, etc., disent d’abord qu’ils veulent être candidat, et après, une fois qu’ils sont candidats, qu’il va falloir trouver le programme. Alors, tous les jours, c’est un poème à la Prévert. Un jour, vous avez M. Zemmour, qui d’ailleurs n’est toujours pas candidat, qui annonce qu’il veut supprimer le permis à points, comme si c’était du niveau d’un Président de la République. Le lendemain, vous avez Mme Hidalgo qui veut baisser à 40 km/h la circulation sur le périphérique parisien. Où est la réflexion ? Où est l’ambition pour la France ? Où est le programme pour la France ? Quelle est la stratégie ? 

Regardez M. Édouard Philippe, qui crée un parti qui s’appelle Horizons et qui dit « la situation est catastrophique », je crois que c’est le seul pays au monde où ça peut arriver, un ancien Premier Ministre, qui était le responsable numéro deux pendant trois ans. Donc il crée un mouvement politique parce qu’il faut avoir une stratégie, voir loin, l’horizon 2050. M. Macron trois jours après, fait la même chose, lui, c’est horizon 2030. Mais Mr. Macron et Mr. Philippe ont une stratégie. Il y a une stratégie en France. Elle a été fixée en 1957. Ça s’appelle le traité de Rome, et tous les traités ultérieurs. La stratégie, c’est que la France doit progressivement s’effacer dans un État-continent qui s’appelle les États-Unis d’Europe. Ça a été confirmé par le traité de Maastricht qui a transformé le marché commun en une Union européenne à vocation fédérale. Il n’y a pas plus grande stratégie pour un pays que de se faire hara-kiri dans une structure fédérale ! Mais c’est ça, la stratégie, ce n’est pas autre chose et tout en découle. Toutes les grandes politiques en découlent. Donc le fait que le chef de l’État et le Premier Ministre nous disent ça, les bras m’en tombent. Et je citerai encore, un proverbe chinois qui dit « avoir toujours la même stratégie, c’est ne pas avoir de stratégie. »

Q : Et donc vous, c’est pour défendre ce « droit inaliénable des Français à disposer d’eux-mêmes », comme vous dites,que vous êtes candidat à la présidence de la France ?

R : Oui, c’est pour essayer d’abord de faire en sorte que les Français réfléchissent. Je suis comme beaucoup de Français qui commencent à comprendre que la France va de mal en pis, dans tous les domaines. Que ce soit l’activité, le nombre de grands groupes industriels qui sont rachetés par l’étranger, les usines qui filent à l’autre bout du monde, le niveau de vie qui stagne ou qui baisse, la langue française qui est battue en brèche, l’enseignement qui est dans l’état que je décrivais tout à l’heure (ndlr : on vous renvoie à l’interview de radio Germaine ;)) la recherche… On n’a pas été fichu de faire un vaccin contre la Covid-19 ! Le bilan diplomatique de Macron, c’est le pire bilan de tous les présidents de la Cinquième République. La France est ridiculisée dans le monde entier, en Australie, on l’appelle Pepe le putois depuis qu’il est passé. On a au niveau géopolitique une domination outrancière de l’Allemagne qui maintenant est devenue la véritable maîtresse de l’Union européenne. Il faut vraiment avoir des œillères pour ne pas voir que la France est en déclin accéléré. Il y a beaucoup de Français qui le mesurent. 

Maintenant, il faut savoir ce que l’on fait. Et il ne suffit pas de tenir des propos de comptoir et de dénoncer une situation pour être élu. Je pense que les Français doivent non pas élire quelqu’un qui est un bonimenteur ou un beau parleur, comme ça a été le cas en 2017, mais quelqu’un qui a un programme très compréhensible et compatible avec les engagements internationaux auxquels il se soumet ou auquel il ne se soumet pas.

Q : Vous êtes un fervent partisan du Frexit. Est-ce que vous ne pensez pas que c’est une idée un peu tombée en désuétude depuis que l’Union européenne a adopté un plan de relance commun de 750 milliards d’euros, ce qui est quand même une somme considérable, et qu’à la sortie de l’hiver, 51% des Français sont prêts à lui faire confiance ?

R : Vous me demandez de réagir à partir d’éléments conjoncturels sur une situation structurelle. L’affaire de ce plan de relance est à mon avis largement surévaluée. Il s’agit de faire du chiffre. Si on regarde cela de façon minutieuse, c’est une catastrophe pour la France, puisque l’on va bénéficier d’un montant venant de Bruxelles très inférieur à ce que cela va nous coûter. C’est bénéficiaire pour les pays qui sont bénéficiaires nets mais pour les pays comme la France qui sont contributeurs nets c’est un véritable scandale financier. 

La popularité de l’Union européenne, moi j’y croirais quand on aura fait des référendums. La popularité de l’Union européenne, même si il était vrai qu’elle était de 51%, ce dont je doute, est quand même très faible quand vous songez que toute opposition structurée et essentielle, au sens de l’essence même, de l’idée même, de construire l’Europe, cette pensée est interdite. Quand vous avez en France des partis dits « d’opposition », comme le Rassemblement national, la France insoumise, Debout la France, LR, ou même comme Zemmour, comme Montebourg, pour la présidentielle. Tous ces gens sont pour l’Europe. Moi j’ai très peu accès aux grands médias, heureusement qu’il y a Internet. Donc comment voulez-vous que les Français qui ne sont pas le nez sur les dossiers, qui font confiance au Parti communiste, à la France insoumise, au Front national… ne suivent pas les conseils des gens qui dirigent ces partis ? 

Lors du référendum de 2005, il y avait le oui et le non. Et donc les partis politiques disparaissaient un peu. Et donc on a eu 55% de non. La construction européenne a été refusée par les Français. Or comme c’était la concaténation de tous les traités européens antérieurs, on peut dire que depuis 2005, la Construction européenne a un véritable problème de légitimité en France. Alors certes, on va me dire que le traité de Lisbonne était la mise en œuvre d’un engagement de Nicolas Sarkozy dans son programme de 2007. Mais c’était écrit en tout petit. Et les Français au deuxième tour de 2007, ils ont voté pour Sarkozy contre Ségolène Royal, ils n’ont pas voté pour l’adoption d’un traité qui était le même que celui qu’ils avaient rejeté. Il y a eu un tour de passe-passe. C’est pour ça que je pense que si les Français bénéficiaient d’un véritable débat approfondi, où tout le monde puisse exposer ses points de vue, la situation serait extrêmement tangente.

Je rappellerais qu’en janvier 2018, Emmanuel Macron, nouvellement président de la République, s’est rendu en Angleterre pour signer un traité avec Mme Theresa May, Première Ministre, dans lequel il était question de régler le problème de Sangatte et des migrants. À l’issue de cet entretien, il a été interviewé par la BBC, qui lui a demandé, s’il y avait un référendum sur le Frexit, quel en serait le résultat. Et Emmanuel Macron président de la République, a répondu « très probablement, le Frexit l’emporterait ». Je vous rappelle d’ailleurs que c’est très difficile de retrouver cette interview sur Internet, ça a été assez nettoyé, on l’a mise de côté. Cela veut dire qu’au plus haut niveau de l’État, on sait bien qu’il y a un problème, qui se répand dans toute l’Europe, en Grèce, en Hongrie, en Pologne, en République tchèque, en Allemagne. Sans compter les pays qui ont refusé d’entrer dans l’Union européenne. Je pense à l’Islande, à la Norvège, à la Suisse. Donc je pense qu’au contraire, sur moyen terme, le mouvement général est plutôt à la dislocation.

Q : En ce qui concerne la politique nationale, vous vous êtes exprimé à la fois contre le vaccin et contre le passe sanitaire, il me semble. J’aimerais savoir, comment vous comptez lutter contre la crise sanitaire si vous êtes élu président. 

Je n’ai pas eu la même position, que je juge excessive, que Florian Philippot ou Nicolas Dupont-Aignan. Je n’ai d’ailleurs jamais manifesté avec eux. Je suis contre le passe sanitaire parce que c’est inefficace, d’ailleurs il y a très peu de pays du monde qui font ça, et les résultats en France sont tout sauf convaincants, puisque vous savez que quelqu’un peut très bien avoir été vacciné et être porteur du virus et contaminer autour de soi. Donc je suis contre ça parce que par ailleurs, ce qui se profile derrière, c’est une société de contrôle qui pourrait aller jusqu’au contrôle à la Chinoise.

Sur le vaccin en revanche, je n’ai jamais été contre le vaccin. J’ai été toujours pour la liberté vaccinale. Je dis d’ailleurs ce que disent beaucoup de professeurs, les médecins raisonnables, c’est-à-dire que pour les personnes à risque ou les personnes âgées au-dessus de soixante-cinq ans, le bénéfice risque va dans le sens du vaccin. Donc, il faut que les gens se fassent vacciner. Ce que je souhaite, en revanche, c’est que les gens aient la liberté du vaccin à choisir. En France, en réalité, c’est quasiment le vaccinARNm obligatoire, et plus particulièrement le vaccin de Pfizer. Il y a quand même d’autres vaccins dans le monde, le vaccin russe, le vaccin chinois, le vaccin cubain, peut être le vaccin Valneva, l’entreprise française, qui, semble-t-il, vient de franchir avec succès le stade trois de l’expérimentation. Voilà, ce que je souhaite, c’est que les gens puissent avoir la liberté vaccinale et la liberté de choix de leur vaccin. 

Maintenant, je suis contre la vaccination obligatoire, notamment pour les enfants. Parce que pour les vaccins, là je suis d’accord avec ceux qui les critiquent, il n’y a encore pas de mise sur le marché définitive. L’accord définitif de l’ANSM (ndlr : Agence Nationale de sécurité du médicament) est prévu pour 2022 ou 2023. Donc je trouve quand même extraordinairement dangereux, et un pari extrêmement choquant, que de forcer les gens à être vaccinés avec un vaccin qui en est, qu’on le veuille ou non, encore au stade expérimental. D’ailleurs, on découvre, même si ça reste des cas très marginaux, des cas du myocardite, de maladies à prions… Or toute l’histoire du vaccin a montré qu’il fallait quand même souvent avoir plusieurs années de recul pour voir quels étaient tous les effets. Je pense par exemple aux vaccins H1N1, on a découvert au bout d’un an ou deux que ça provoquait chez un certain nombre de gens la maladie du sommeil. 

Q : Et donc quelle serait votre politique sanitaire si vous étiez élu président ? 

R : Déjà, il faut là aussi remettre du budget. C’est absolument scandaleux qu’en pleine pandémie, on ait fermé cinq mille sept cents lits au cours de l’année 2020. C’est incroyable quand on y réfléchit. Je pense qu’il faut prendre toute une série de mesures qui redonnent aux Français confiance dans la médecine. Déjà, arrêter de démolir les hôpitaux publics. Deuxièmement, éclaircir tous les problèmes de conflits d’intérêts. Cela veut dire notamment l’interdiction absolue pour des gens qui travaillent dans un l’hôpital public, professeur ou médecin, de recevoir quelques fonds que ce soient de grands laboratoires pharmaceutiques. Cela veut dire également favoriser la recherche française. Cela veut dire également introduire de la transparence dans les choix qui ont été faits. C’est quand même incroyable que les grandes décisions aient été prises par Macron dans un conseil de défense, alors même qu’on ne sait pas quel a été le verbatim. Et que si j’ai bien compris, ça va être protégé pendant cinquante ans. C’est absolument incroyable, sur un tel sujet il faut être d’autant plus transparent. 

Il faut également favoriser une renaissance d’une industrie pharmaceutique nationale favorisant une certaine éthique. Caron voit bien qu’il y a une tendance maintenant, en Occident en général, en France en particulier, pour pousser systématiquement à l’adoption des médicaments les plus chers qui soient. Il faut vraiment redonner aux Français confiance dans la médecine.

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L’extrême-droite peut-elle entrer à Sciences Po ? https://www.lapeniche.net/lextreme-droite-peut-elle-entrer-a-sciences-po-2/ Thu, 04 Nov 2021 10:21:34 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=53725 2/2 : Entretien avec Sarah Bonvalet-Younès, membre de l’Union des Étudiants Communistes (UEC). 

Jeudi 14 octobre devait se tenir le débat des partis politiques de Sciences Po, organisé par les associations Les Engagés et Sciences Po TV. Il a été annulé suite au boycott de plusieurs partis, notamment des sections de gauche qui ont publié la veille un communiqué expliquant leur décision par leur refus de participer aux évènements d’une association, Les Engagés, qui avait pour projet d’inviter Éric Zemmour à Sciences Po. La Péniche est allée à la rencontre de Thomas Vautrin, président des Engagés, et Sarah Bonvalet-Younès, membre de l’Union des Étudiants Communistes (UEC), signataire du communiqué des sections de gauche, pour comprendre ce qu’il s’est passé ainsi que les positions de chacun dans ce débat. Pour ce second article, notre rédactrice s’est entretenue avec Sarah Bonvalet-Younès membre de l’UEC, qui a exposé la position de son parti. 

Q : Il y a deux semaines, les sections des partis de gauche de Sciences Po, notamment l’UEC dont tu fais partie, ont boycotté le débat organisé par Les Engagés, en opposition à l’intention de l’association d’inviter Éric Zemmour à Sciences Po. Vous avez rappelé sur le communiqué votre combat contre l’extrême droite. Pourquoi, plus précisément, avez-vous boycotté ce débat ?

R : Notre but, ce n’est pas du tout d’aller contre le débat politique à Sciences Po. On est ouvert à l’échange. En revanche, on pense que ce n’est pas anodin de diffuser le discours d’Éric Zemmour. C’est quelqu’un qui réhabilite Vichy, qui est ouvertement misogyne, raciste, homophobe, transphobe… On ne peut pas supporter l’idée que ce discours-là soit normalisé et considéré comme un discours comme les autres. Quand Éric Zemmour sera candidat, ce sera autre chose, même si là encore, on s’opposera à ce qu’il vienne à Sciences Po. Mais actuellement, il n’est même pas candidat. Donc, quand on a su que Les Engagés prévoyaient de l’inviter à Sciences Po, ce qu’on a voulu faire, c’est, avant de bloquer Sciences Po, faire une action qui lui ferait du bruit et de la publicité, faire passer aux Engagés le message qu’ils ne peuvent pas inviter Éric Zemmour à SciencesPo. S’il venait à Sciences Po, peut-être qu’on serait obligé de bloquer l’école, mais ce n’est pas la solution qu’on préférerait, ce qu’on préfèrerait, c’est que les idées d’Éric Zemmour ne soient pas du tout mises en avant. Donc la solution qui nous a semblé la plus appropriée, ça a été de boycotter le débat, pour montrer aux Engagés qu’aucune organisation politique de gauche de Sciences Po n’était avec eux dans cette démarche, mais qu’on voulait éviter de faire du bruit, de mettre en avant ces idées-là. C’était un moyen de pression pour qu’ils ne puissent pas inviter Éric Zemmour à Sciences Po, et c’est plus ou moins ce qui s’est passé.

Q : D’après le président des Engagés, l’association n’avait pas prévu d’inviter Éric Zemmour à ce stade, ce n’étaient que des discussions, dans la mesure où il n’est pas encore candidat. Vous avez mentionné dans le communiqué avoir « eu connaissance de l’intention de l’association Les Engagés Sciences Po Paris […] d’inviter Éric Zemmour à Sciences Po ». Comment vous positionnez-vous par rapport au risque d’un procès d’intention ?

R : Un membre des Engagés nous a quand même dit une date, le 26 novembre, à laquelle Éric Zemmour venait à Sciences Po. Plusieurs membres de l’association se sont plus ou moins vantés de cette invitation. D’autres m’ont au contraire dit qu’ils étaient désespérés, parce qu’il faut savoir que cela ne s’est pas passé de manière démocratique, c’est un petit groupe de personnes aux Engagés qui a décidé d’inviter Éric Zemmour. Il ne faut pas stigmatiser tous les étudiants qui sont aux Engagés. Je ne sais pas dans quelle mesure il ne s’agissait que de quelque chose en discussion, mais on nous a quand même très clairement donné une date, donc à partir de ce moment-là, on était obligé d’agir en urgence, même si la preuve n’était pas totalement établie. Mais de toute façon, on n’aurait pas eu de preuves écrites, établies, parce que Les Engagés n’avaient aucun intérêt à nous prouver qu’ils invitaient Éric Zemmour puisqu’ils savaient qu’on réagirait en opposition.

Q : Donc selon vous, ce n’est pas seulement quelque chose qui est resté au stade de discussion ?

R : Je pense qu’à partir du moment où l’on établit une date, c’est censé être quelque chose de concret. 

Q : Tu dis que cette décision des Engagés n’était pas du tout démocratique. Dans ce sens, est-ce que Les Engagés avaient contacté d’autres associations, politiques et syndicales, de Sciences Po pour discuter de ce projet ? Ou bien c’est vraiment quelque chose qu’ils ont fait en solitaire ? 

R : Je ne connais pas très bien l’organisation au sein des Engagés donc peut-être qu’il y a une forme de démocratie de manière générale et que je ne suis pas au courant, simplement sur cette invitation-là d’Éric Zemmour ce sont les retours que j’en ai eu. Mais sinon, les informations que l’on a eues, les dates, etc., c’était totalement informel, c’était plus par des réseaux amicaux que politiques. Clairement, ils ne nous ont pas mis au courant et ce n’était pas dans leur intérêt.

Q : Pour revenir sur vos arguments, pourquoi précisément êtes-vous contre l’invitation d’Éric Zemmour ? Êtes-vous contre cette invitation qu’il soit candidat ou non ? 

R : Nous, on est contre dans tous les cas, parce qu’on pense que ce n’est pas un candidat comme les autres. C’est quelqu’un qui engage un discours violent, qui a été mis en accusation plusieurs fois, et qui tient des propos trop problématiques. À partir du moment où à Sciences Po, on a des formations sur les VSS, contre le sexisme, on ne peut pas inviter quelqu’un qui va venir nous dire que les femmes, c’est le deuxième sexe, ou qui va tenir des propos racistes, homophobes, transphobes. Ce n’est pas possible. Ce sont des propos qu’on ne peut pas admettre dans l’institution, mais qu’on peut analyser. Une des critiques qui est faite à l’UEC et aux autres organisations de gauche est celle qui nous reproche de chercher à masquer cette réalité sociale. On ne veut pas du tout cacher le fait qu’il y a eu une large partie de la population qui va voter pour l’extrême droite aux prochaines élections. C’est quelque chose qu’il faut analyser. Il faut comprendre pourquoi les partis de gauche n’arrivent pas à proposer une alternative à ce discours d’extrême-droite. Évidemment qu’il faut énormément en parler, énormément en débattre. Mais ce n’est pas une raison pour inviter quelqu’un qui va développer un discours raciste, homophobe, etc., et des appels à la haine à Sciences Po. Mais pour autant, c’est évident qu’on est pour la discussion autour de ce sujet-là, et on est pour se remettre en question et pour travailler avec toutes les organisations pour lutter contre l’extrême-droite. 

Q : Les Engagés justifient leurs discussions autour de la venue d’Éric Zemmour à Sciences Po s’il est candidat en arguant d’une volonté de « défendre le débat démocratique » et de « représenter la pluralité des opinions« . Comment vous positionnez-vous par rapport à ce point de vue ?

R : Évidemment, la démocratie est une valeur fondamentale qu’on défend. Mais la démocratie ne peut pas tolérer certaines choses, surtout des opinions qui vont à son encontre. Par exemple, on ne peut pas dépasser la frontière du nazisme, et réhabiliter Vichy, c’est proche de ce discours-là. Si on faisait en sorte d’encourager l’extrême-droite, on irait finalement vers un recul de la démocratie. Par exemple, si Éric Zemmour était au pouvoir, si Marine Le Pen était au pouvoir, on peut supposer que des organisations politiques seraient amenées à disparaître, je pense notamment à l’UNEF qui a déjà failli être dissoute l’an dernier. Est-ce que c’est aller vers la démocratie qu’encourager ces opinions-là ? Je ne pense pas. 

Q : Et par rapport à la nécessité de représenter la pluralité des opinions qui existent actuellement, comment vous vous positionnez ? 

R : Je pense qu’elles sont déjà représentées. L’UNI est autorisé ; on s’est opposé à la création de Génération Z, mais ce groupe existe… Ce sont des discours qui, je pense, sont trop violents, des militants de l’UNI m’ont dit des choses que je trouve totalement inacceptables. Mais selon moi, la violence et la haine ne font pas partie du discours politique. Le politique, c’est pour réussir à se regrouper, à travailler ensemble. Les discours de haine, c’est en dehors de cela.

Q : Les discours de haine, en théorie il y a la loi pour les arrêter. Dans votre communiqué, vous justifiez le fait qu’Éric Zemmour ne doive pas venir notamment parce qu’il a déjà été condamné, mais il a déjà purgé sa peine. Dans ce cas pourquoi s’opposer à sa venue sur la base de cet argument ?

R : Je suis d’accord sur le fait qu’il faut s’en remettre à la loi et ne pas faire sa propre loi. Mais on est dans un pays où, malheureusement, la large majorité des viols ne sont pas punis de facto et c’est la même chose pour le harcèlement sexuel, les attaques sexistes, racistes, homophobes. Même s’il faut faire confiance aux institutions juridiques françaises, on doit également être capable de les remettre en question et de se rendre compte qu’il y a des failles, et notamment sur les questions de sexisme. Je pense aux agressions sexuelles, parce que c’est peut-être une des choses les plus parlantes. Et à propos de cela, si au sein de notre école on arrivait à être un peu plus juste là-dessus, par exemple lors des conseils de discipline, ce qui n’est pas du tout le cas aujourd’hui, je pense que ce serait positif.

Ensuite, je pense que majoritairement, les étudiants de SciencesPo sont contre le fait d’inviter Éric Zemmour à Sciences Po. À titre de comparaison, je pense qu’une grande partie des étudiants de Sciences Po ne voteront pas pour Jean-Luc Mélenchon, mais pour autant, ils n’étaient pas contre le fait d’inviter Jean-Luc Mélenchon. Il y a une forme de consensus démocratique au sein de l’école qui fait que, majoritairement, les étudiants sont largement opposés à l’invitation d’Éric Zemmour, sans que cela soit en rapport direct avec leurs opinions politiques. 

Q : Les Engagés revendiquent leur seul rôle d’arbitre. Comment justifiez-vous la décision de les boycotter alors qu’ils se placent seulement en arbitre et pas en organisation politique ? 

R : Ils se placent en arbitre, certes, mais pour jouer un rôle d’arbitre il faut qu’il y ait quelqu’un qui puisse répondre à Éric Zemmour. Est-ce que réellement, à Sciences Po, il y a un professeur ou une professeure en sociologie ou en histoire qui aurait accepté de débattre avec Éric Zemmour aujourd’hui ? Débattre avec lui, c’est quelque chose qu’a fait Jean-Luc Mélenchon, mais qui a été très critiqué, parce qu’encore une fois, c’est une manière de normaliser, de légitimer ce presque-candidat, d’en faire un candidat comme les autres. Et puis, l’on ne peut nier qu’il a des qualités oratoires excellentes alors que lorsqu’on est professeur, on n’a pas tout ce bagage médiatique. Éric Zemmour est toujours invité sur les plateaux, donc il sait parler, il sait convaincre les gens. C’est nécessairement arbitraire d’inviter quelqu’un face à Éric Zemmour qui a un bagage médiatique énorme, et de penser que les deux locuteurs puissent être à armes égales. Eric Zemmour a la capacité de soulever les foules en prononçant des discours de haine ignobles. Un professeur n’a pas toute cette expérience-là. Un arbitre, neutre, ne crée pas des conditions pour mettre en avant un discours sur l’autre, il fait en sorte de créer un espace où chacun peut échanger à égalité. Là, ce n’aurait pas du tout été le cas. Donc on pense que Les Engagés n’ont pas été neutres en prenant cette décision d’inviter Éric Zemmour, ils savaient très bien que c’était une manière de mettre en lumière et de propager ses idées. Et si ce n’est pas le cas, ils se faisaient totalement des illusions en pensant qu’ils pourraient rendre le débat posé et équitable. 

Q : D’après Les Engagés, à posteriori de ce boycott, les sections de gauche ont pu discuter avec l’association en question, et vous leur avez demandée s’engager à ne pas inviter l’extrême-droite à Sciences Po, à savoir Marine Le Pen et Éric Zemmour, engagement qu’ils ont refusé de vous donner. Pourquoi cette demande ? Comment se sont passées ces discussions ? 

R : On a beaucoup parlé entre organisations de gauche, on a une interorga qui est très forte aujourd’hui, avec des associations, des syndicats, des partis de gauche. Il y a sûrement eu un échange avec Les Engagés, mais je ne suis pas au courant. Ça me semblerait très logique qu’on leur demande de s’engager à ne pas inviter de personnes de l’extrême-droite, pour ne pas recommencer, pour que l’histoire s’arrête là. Je ne suis pas au courant, donc je ne peux pas en parler, mais à mon avis, si ça a été fait, c’était pour permettre de reprendre les débats avec Les Engagés, parce que c’est quand même dommage de devoir boycotter une des organisations de débat à Sciences Po, alors qu’on va entrer en période d’élection présidentielle. On a besoin de ce débat. Aujourd’hui, les partis politiques sont de moins en moins investis par les étudiants, et c’est dommage, parce que beaucoup de personnes à Sciences Po ont de nombreuses idées, mais ont du mal à faire le pas et rentrer dans une organisation politique. On le regrette beaucoup à l’UEC. Donc, je pense que si cette condition a été posée, c’est pour faire en sorte que le débat reprenne de manière plus posée à Sciences Po.

Q : Une dernière question, qu’est–ce que vous comptez faire si Éric Zemmour vient à Sciences Po ? Est-ce que vous en avez discuté ?

R : On en a discuté, il y a eu une réunion contre l’extrême-droite la semaine dernière, et on va continuer les discussions. Pour l’instant, on étudie toutes les solutions qu’il peut y avoir à ce problème. Est ce qu’on occupe ? Est ce qu’on bloque ? Est-ce qu’on fait quelque chose de non-violent ? Est-ce qu’on occupe l’amphithéâtre ? On y réfléchit encore. Ça tend vers le blocage de l’école, mais on ne sait pas encore, c’est en discussion.

Crédit Image : ©Les Engagés (@lesengages_sciencespoparis)

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L’extrême-droite peut-elle entrer à Sciences Po ? https://www.lapeniche.net/lextreme-droite-peut-elle-entrer-a-sciences-po/ Mon, 01 Nov 2021 11:00:00 +0000 http://www.lapeniche.net/?p=53708 1/2 : Entretien avec Thomas Vautrin, président de l’association Les Engagés. 

Jeudi 14 octobre devait se tenir le débat des partis politiques de Sciences Po, organisé par les associations Les Engagés et Sciences Po TV. Il a été annulé suite au boycott de plusieurs partis, notamment les sections de gauche qui ont publié la veille un communiqué expliquant leur décision par leur refus de participer aux évènements d’une association, Les Engagés, qui avait pour projet d’inviter Éric Zemmour à Sciences Po. La Péniche est allée à la rencontre de Thomas Vautrin, président des Engagés, et Sarah Bonvalet-Younès, membre de l’Union des Étudiants Communistes (UEC), signataire du communiqué des sections de gauche, pour comprendre ce qu’il s’est passé ainsi que les positions de chacun dans ce débat. Pour ce premier article, notre rédactrice s’est entretenue avec le président des Engagés pour recueillir ses explications. 

Q : La semaine dernière, l’association Les Engagés, que tu présides, devait organiser le débat des partis politiques de Sciences Po. Il a été annulé car de nombreux partis se sont retirés et les partis de gauche (Génération.s, PS et EELV, UEC et LFI) ont publié un communiqué expliquant leur décision de boycotter le débat, ayant « eu connaissance de l’intention de l’association Les Engagés Sciences Po Paris d’inviter Éric Zemmour à Sciences Po », en rappelant leur combat contre l’extrême droite. Pour commencer, est ce que Les Engagés avaient vraiment prévu d’inviter Éric Zemmour à Sciences Po ? Est-ce que c’est déjà fait ? 

R : Il n’y a rien de prévu avec Éric Zemmour à l’heure actuelle. Cela ne veut pas dire qu’on n’en parle pas entre nous. Vu la stature de cette personne et la place qu’il prend dans l’électorat actuellement, même s’il n’est pas encore candidat à l’élection présidentielle, on en parle entre nous, comme beaucoup d’associations de Sciences Po, mais ce n’est pas à l’ordre du jour. 

Q : Est–ce que vous comptez inviter Éric Zemmour s’il est candidat à l’élection présidentielle ?

R : Je n’ai pas envie de faire des pronostics sur sa candidature à l’élection présidentielle. Actuellement, il n’est pas candidat donc actuellement, il n’y a pas de décision à prendre. Si jamais il est candidat à l’élection présidentielle, il y aura peut-être une décision au sein de l’association de l’inviter ou non, selon pleins de critères. Je pense qu’il y a eu ce boycott parce qu’en tant qu’association apartisane, on veut défendre nos valeurs d’équité, nos valeurs de pluralisme politique, de débat démocratique, réconcilier les jeunes avec la politique, et c’est pour cela qu’on y pense. Et je pense que beaucoup de personnes y réfléchissent à Sciences Po : est-ce qu’Éric Zemmour, s’il est candidat à l’élection présidentielle, et malgré ses deux condamnations, doit être invité ? 

Q : Comment expliquer ce boycott si vous n’avez pas actuellement invité Éric Zemmour ?

R : C’est par le fait même qu’on en parle à mon avis, parce qu’on est vraiment attaché à cette idée de débat. Même au sein de l’association, il y a des personnes qui sont pour, des personnes qui sont contre, moi je n’ai pas d’avis à avoir là-dessus. J’écoute tout le monde en tant que président de l’association, et on en parle. Et nos discussions sont tombées dans les oreilles de personnes des sections de gauche et ça a pris des proportions assez importantes. J’ai pu discuter après avec ces personnes-là, qui m’ont vraiment dit que ce qu’elles nous reprochaient c’était d’avoir eu l’intention, d’avoir eu la pensée d’inviter Éric Zemmour, d’avoir posé la question. Je trouve vraiment dommage ce boycott honnêtement, parce qu’il ne faut pas se tromper de combat. Quand on entre sur un terrain pour disputer un match, ce n’est pas avec l’arbitre qu’il faut jouer, mais avec les autres joueurs. Nous on se positionne en tant qu’arbitre ici, on organise le débat démocratique. Nous boycotter en tant qu’association qui organise le débat démocratique, je trouve ça un peu dommage, parce que cela amenuise le débat démocratique. Je ne pense pas que ce serait une bonne solution, surtout vu les proportions que ça a pris, alors qu’on aurait pu tout simplement se mettre autour d’une table et discuter, ce qui a été fait après l’envoi du communiqué finalement.

Q : Tu parles beaucoup de débat démocratique. Est–ce que tu penses qu’inviter Éric Zemmour à Sciences Po, qui tient des propos illégaux ou à la limite de l’illégalité, c’est compatible avec le débat démocratique ?

R : Je pense surtout qu’il se pose une question fondamentale qui est la suivante : est-ce qu’au nom de notre pluralisme démocratique, c’est à dire inviter tous les candidats, quels qu’ils soient, tous les représentants de toutes les sensibilités, on peut aller jusqu’à inviter des personnes qui ont été condamnées par la loi, qui ont enfreint les lois de la République et les limites de la liberté d’expression ? Parce que nous, on défend la liberté d’expression, et elle a des limites. Et sa condamnation pour incitation à la haine raciale par exemple, elle n’est pas acceptable. Mais la question se pose aussi, pour tout représentant de l’extrême-droite, de savoir si on va marginaliser des représentants de l’extrême-droite, alors qu’ils représentent un tiers de l’électorat à chaque élection ? Est-ce qu’on va marginaliser ces personnes, ces Françaises et ces Français qui font partie de notre société, alors qu’on a l’ambition de participer à la construction du monde de demain ? On ne peut pas, à mon avis, tenter cela, si jamais on refuse d’affronter toutes les sensibilités, et c’est là où le débat démocratique doit avoir un sens. C’est là où la démocratie, pour moi, permet le combat, où la violence des mots permet d’éviter la violence des actes. Ces questions, fondamentales, se posent. La vraie question n’est pas que Zemmour soit d’extrême-droite ou non, c’est qu’il ait tenu des propos qui sont à la limite de l’illégalité, voire même dans l’illégalité la plus totale. 

Q : Est-ce que depuis ce boycott vous avez rediscuté avec les sections de gauche ? Est-ce que vous avez trouvé un accord concernant l’invitation ou non d’Éric Zemmour ? 

R : On en a discuté avec les représentants des sections de gauche et de LREM. Mais ce que veulent les sections de gauche, c’est un engagement de notre part à n’inviter jamais aucun représentant de l’extrême-droite, que ce soit Marine Le Pen, Éric Zemmour… Et cet engagement, on ne peut pas le donner pour la bonne et simple raison que nous on croit au pluralisme politique et à l’équité entre tous les candidats. On ne veut pas marginaliser une partie de l’électorat. Pour moi, cette intention de la part des sections de gauche est louable, mais la meilleure façon de combattre l’extrême-droite, c’est par le débat, pas en la marginalisant. On ne va pas introduire l’extrême-droite à Sciences Po en invitant Marine Le Pen ou Éric Zemmour. L’extrême droite est déjà à Sciences-Po, on le sait très bien avec Génération Z. Maintenant, ce que l’on permet, c’est le débat, encore une fois, on est les arbitres, ce n’est pas nous boycotter qui va améliorer les choses.

Q : Est–ce que vous avez eu cette discussion, de savoir s’il faut inviter ou non l’extrême droite, au sein de votre association, et quel a été l’impact sur la cohésion interne ?

R : On a eu ces discussions plusieurs fois. On en a discuté, on a fait un vote. Ce vote a abouti à une très grande majorité de personnes qui sont pour l’invitation des représentants de tous les bords politiques. Cette majorité est un peu plus faible, même si elle reste extrêmement majoritaire, à plus de 70%, pour les personnes qui veulent qu’on invite potentiellement, si jamais il est candidat, Éric Zemmour. Oui, on a eu des discussions là-dessus. Est-ce que ça a eu un effet sur la cohésion interne ? Oui, il faut dire, des effets qui sont limités. On a eu quelques départs. Il ne faut pas non plus dire qu’on s’est vidé de la moitié de notre association, comme certains peuvent le dire. Ça représente au total cinq personnes sur les quarante qu’on est, plus quarante personnes qui sont sur les autres campus. On a des cercles de discussion au sein du bureau de section, au sein du bureau de Paris, avec le mouvement national et on discute. On discute mais là il n’y a pas de décision à prendre. Et là où on a un peu péché, je vous le dis parce que j’ai envie d’être transparent, c’est qu’il y a peut-être eu un manque de communication interne. Et on a été trop gentils, on en a discuté avec des personnes en dehors de l’association, et ça a pris des proportions folles. Et ça j’en prends totalement la responsabilité. On a eu des soucis de cohésion interne mais maintenant ça va beaucoup mieux. On a un plan de cohésion interne qui a été mis à l’ordre du jour et qui va être communiqué. Je pense que c’est important, surtout après ce qui s’est passé, d’assurer un maximum de cohésion.

Q : S‘il y a seulement eu des discussions à propos de l’invitation d’Éric Zemmour, à propos de quoi exactement y’a-t-il eu un manque de communication ? 

R : À propos du fait qu’on ait ce genre de discussions.

Q : Donc ces discussions se sont déroulées au sein d’une minorité de l’association et pas au sein de l’association en entier ?

R : Vous connaissez le principe de fonctionnement d’une association. Il y a un bureau et ce bureau discutait. Et le fait que cela explose aux yeux du public, cela a créé certaines tensions chez des personnes qui n’étaient pas forcément associées aux discussions, qui parfois étaient très peu engagées dans l’association. On aurait dû tous se mettre autour d’une table et en parler. Le fait est qu’on en a parlé qu’avec certaines personnes. Et j’insiste vraiment, il y a des personnes qui ont appris qu’on en discutait entre nous et qui n’ont pas claqué la porte avec un air spectaculaire comme d’autres ont pu le faire. On a refait une réunion avec tout le monde. Ils ont exprimé leur désaccord. La grande majorité a accepté de rester dans l’association en disant que l’on avait eu des soucis de communication interne, et qu’il fallait faire en sorte que l’association s’améliore, que l’association était jeune.

On va maintenant essayer de voir comment on pourrait envisager l’invitation des représentants d’extrême droite, on a beaucoup insisté sur cette histoire de contradiction. On veut absolument que pour tout représentant politique qui soit invité à Sciences Po, ce ne soit pas une tribune, que ce ne soient pas uniquement des questions d’étudiants. Parce qu’un candidat à l’élection présidentielle peut avoir des capacités rhétoriques qui font qu’il peut vraiment dire tout et n’importe quoi. Et un étudiant ne peut pas lui apporter une contradiction suffisante à mes yeux. Et c’est pour cela que pour nous, c’est important que lorsqu’on invite un représentant politique, il faut absolument qu’il y ait des contradicteurs professionnels. Par exemple, on va parler de méritocratie et on va mettre des sociologues en face des candidats, ou d’autres représentants politiques, pour qu’il y ait du répondant, parce que nous savons très bien qu’on ne peut pas assumer ce débat. On peut essayer de modérer un débat entre étudiants mais entre personnalités politiques, ça devient extrêmement compliqué. Donc, voilà, on en discute entre nous mais il n’y a pas de décision à prendre pour le moment. Je le répète, il n’y a rien qui est prévu avec Éric Zemmour à ce stade.

Q : J’ai une dernière question. Il n’y a rien prévu à ce stade, mais s’il est candidat, est-ce que vous inviterez Éric Zemmour ?

R : Il n’y a pas de décision qui a été prise. Je ne peux pas prendre d’engagement. C’est ce que voulaient les sections de gauche, que je prenne un engagement pour ne jamais l’inviter, comme les autres représentants de l’extrême-droite. Je ne peux pas. Et je refuse qu’on prenne une décision si jamais il n’est pas candidat. Parce que dans tous les cas, c’est inimaginable de l’inviter actuellement s’il n’est pas candidat, parce qu’il a tenu des propos hors la loi, et on ne peut pas permettre ça. Là où il y a discussion, c’est si jamais il est candidat à l’élection présidentielle et qu’il représente, comme on le voit actuellement dans les sondages, entre 13% et 19% de l’électorat.

Q : Est-ce que tu veux avoir le mot de la fin ?

R : J’aimerais ajouter un appel symbolique pour les sections de gauche. On essaye d’organiser ce débat démocratique. On essaye de prendre tout le monde en considération. Je suis intimement convaincu que ce n’est pas en marginalisant les personnes de l’extrême-droite, de l’extrême-gauche ou du centre, qu’on va avancer. Il faut absolument encourager ce débat et accepter d’écouter ceux que l’on refuse d’écouter. Je pense que c’est là qu’on progressera, ce n’est pas en restant dans une bulle. Je suis contre ce pluralisme tronqué, qui peut être proposé par certaines personnes à Sciences Po. Je suis pour un pluralisme ouvert. C’est uniquement comme ça qu’on va progresser, qu’on va réussir à aiguiser nos arguments. À Sciences Po, on nous apprend à avoir un point de vue modéré, à penser par nous-mêmes, à apporter de la contradiction et c’est justement l’occasion de pouvoir utiliser ces qualités qu’on essaye de développer. Et franchement, si jamais vous n’êtes pas d’accord avec quelqu’un d’extrême-droite, allez débattre avec lui. C’est ce qui est très important aujourd’hui, et c’est ce sens du débat qu’on doit développer si on veut faire grandir la démocratie.

Crédit image : ©Les Engagés (@lesengages_sciencespoparis)

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