Première question : pourquoi un tel débat ? Surtout pourquoi le jeudi 3 mai, soit le lendemain du fameux échange de deux heures et demi entre Hollande et Sarkozy ? Organisée par La Voix des 27 et Le Grand O, les deux émissions politiques de RSP, cette émission avait pour but de couvrir le champ le plus large possible des thèmes de la campagne tout en évitant au maximum ceux déjà abordés la veille. Au programme une émission en quatre parties. La première couvre les questions économiques, capitales et pourtant peu abordées au cours de la campagne. La seconde les questions sociales. Thème clivant si il en est entre droite et gauche surtout dans un contexte de nécessaire transformation du modèle d’Etat providence Français. La troisième partie était consacrée aux sujets de sociétés parmi lesquels on retrouve l’immigration ou la délinquance notamment. Enfin la dernière partie est consacrée aux problèmes « régaliens », soit la question des institutions, de la politique de défense, de la justice, mais aussi de l’Union Européenne.
Le débat est d’abord modéré par Antoine Imberti du Grand O puis par Thomas Vermeulen de la voix des 27. Il s’organise autour de questions posées par les chroniqueurs des deux émissions aux militants. Pour les deux premières parties du débat Nicolas Thomas (UMP) et Paul Bonmartin (PS) se sont donnés la réplique. Pour la suite c’étaient Amin Mbarki (PS) et Maxime Cordier (UMP) qui tenaient le haut de l’affiche.

Malgré des petits problèmes dans le direct, la première partie s’ouvre sur le thème de la croissance. Rien de mieux pour crisper les deux intervenants et en effet le débat est enflammé. Alors que l’UMP dénonce un problème de coût du travail trop élevé, le PS attaque sur les heures supplémentaires défiscalisées qui ont empêché la création d’emplois. C’est ensuite au tour de l’UMP de critiquer le contrat de génération, en dénonçant un « effet d’aubaine ». Après ce court échauffement le débat commence véritablement.
Premier thème : l’école. L’UMP défend pour l’école publique sa démarche de transformation qualitative. Cela passe par la revalorisation des filières telles que le Bac Pro, les Bac ES ou L (cités en particulier par Nicolas Thomas) face aux grand nombre d’abandons de la part d’élèves dans ce secteur. Du coté du PS, Paul Bonmartin dénonce « la casse de l’éducation nationale depuis 5 ans ». Pas de possible amélioration de qualité sans encadrement, d’où les 60 000 postes de profs. Il apporte d’ailleurs quelques réponses sur la provenance des postes alloués à l’éducation – notamment l’armée et « les administrations ». Le PS indique aussi vouloir répartir davantage sur l’année le travail des élèves.
S’ensuit ensuite le sujet de la balance commerciale. Pour la rétablir l’UMP rappelle la nécessité de diminuer le coût du travail et surtout l’alignement de l’impôt des sociétés sur l’Allemagne. La l’inverse le PS indique que le coût du travail industriel français est inférieur à celui de l’Allemagne et propose une taxe sur les produits polluants pour agir sur le déficit. Sur la politique économique européenne ensuite l’UMP met en avant la force du couple franco-allemand et la nécessité de composer avec l’Allemagne pour bâtir une politique économique tandis que le PS critique l’hégémonie d’Angela Merkel et une austérité contre-productive.
Le débat est vif sur d’économie. Il le reste lorsqu’on passe aux transferts sociaux dans la seconde partie de l’émission. Le thème des retraites notamment est loin de faire consensus. Au centre du débat on retrouve les thèmes abordés pendant l’élaboration de la réforme entreprise par le gouvernement au cours du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Prise en compte de la pénibilité et soucis d’équité sont parmi les objectifs du PS. Nécessité de s’adapter à l’évolution de la démographie et de l’économie sont au centre des preoccupations de l’UMP.
Lorsque le débat s’oriente vers la question de la fiscalité, l’opposition droite/gauche s’accentue. Sur la taxe à 75% de François Hollande, l’UMP dénonce d’une part un non-sens économique et rappelle que la récompense du travail est au titre des valeurs de la droite. Le PS au contraire insiste sur la question de l’équité sociale et rappelle que la taxe ne s’applique qu’à la part des revenus au delà du million d’euros. Par ailleurs sur les niches fiscales, les deux partis sont d’accord pour raboter mais la controverse persiste sur les niches concernées.
Le débat s’oriente ensuite sur le grand ignoré de son grand frère du 2 mai : la question de la sécurité sociale et de la santé. L’UMP se prononce pour une limitation des dépassements d’honoraire – arguant que cette mesure est en cours de négociation avec les syndicats – et surtout pour la fin du remboursement du tiers payant sur les médicaments non-génériques. Au PS on dénonce la diminution du nombre de médicaments remboursés, le prix des soins et les déserts médicaux tout en mettant en avant la valeur centrale du programme de François Hollande : « Justice pour tous ».
C’est ensuite au tour de Amin Mbarki et Maxime Cordier de débattre sur les sujets de sociétés. En premier vient la banlieue. L’UMP rappelle les contraintes budgétaires apparues avec la crise pour justifier l’échec du « plan Marshall des banlieues ». Le PS met l’accent sur sa volonté de réellement investir les quartiers (avec notamment la création d’un grand nombre de postes de policiers).
Le débat glisse ensuite sur l’égalité homme/femme et les deux militants ont là aussi des propositions très différentes pour résoudre le problème. Maxime Cordier propose d’augmenter les possibilités de recouvrement des pensions alimentaires par les femmes divorcées. Amin Mbarki souligne la nécessité d’appliquer les lois qui existent (notamment au niveau de l’égalité salariale). Le débat se déplace vers le thème de la famille avec le quotient familial. L’UMP montre alors son incompréhension face à la volonté du PS de moduler en fonction des revenus cet « outil puissant qui permet de soutenir le taux de natalité français ».
Sur la question de la fin de vie enfin, les deux représentants des partis sont globalement sur la même longueur d’onde malgré un désaccord de principe : Amin Mbarki se prononce pour une fin de vie dans « des cas précis de souffrance » quand Maxime Cordier ne s’éloigne pas de la loi Leonetti, la vie étant « ce qu’il y a de plus précieux ». Dans les deux cas on voit cette possibilité comme un dernier recours a éviter si possible.
Suite à cela la quatrième partie s’ouvre pour traiter des questions de politiques étrangère, de justice et d’Europe. Premier sujet : la justice. Les deux partis s’opposent frontalement. Le PS attaque le tout répressif, l’UMP dénonce un manque de solutions dans le programme du PS et défend son bilan avec notamment la construction de prisons. Puis, comme le 2 mai les deux intervenant dissertent longuement sur la question du désengagement de la France d’Afghanistan.
A propos de l’Europe enfin, la première question posée porte sur la volonté de Nicolas Sarkozy de revenir à la régulation aux frontières. Pour l’UMP il s’agit de dénoncer les failles de Schengen. Le PS au contraire dénonce cette posture et prône des négociations avec tous les pays de l’espace pour améliorer la situation. La question est ensuite posée sur la possible instauration d’un « Président de l’Europe ». Maxime Cordier rappelle que le Parlement Européen est déjà élu au suffrage universel direct mais que pourtant l’engouement populaire n’est guère au rendez-vous. Il n’est toutefois pas contre une telle institution. Au PS on rappelle le grand nombre de voix à l’UMP qui tendent à limiter le pouvoir de l’UE et Amin Mbarki se prononce pour une telle institution et surtout pour la remise en place des institutions qui ont un rôle consultatif avec notamment un trop grand pouvoir de la commission par rapport au Parlement.
Le débat se termine ainsi sans véritable conclusion ni anaphore épique. Cependant il faut reconnaître qu’il a été très intéressant pour clarifier les position des deux partis sur un certain nombre de thématiques parfois éclipsées au cours de la campagne. On note cependant le caractère parfois approximatif des réponses et surtout on regrette qu’il n’y ai pas eu plus de temps pour traiter plus en détail un certain nombre de questions. L’entreprise était ambitieuse et on n’en ressort pas déçu. Maintenant les législatives arrivent alors n’hésitez pas à déranger les membres de RSP dans leurs vacances pour plus de débat et aller encore plus au fond des choses !
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« Geeks de tous les pays unissez vous ! » C’est le slogan récurrent sur Internet lorsque l’on parle de ACTA. En effet, si l’on croit ce qu’on trouve sur Youtube et compagnie, pour tout internaute qui se respecte ACTA c’est le MAL ! Qu’en est-il en réalité ? Répondre à cette question était le but – enfin l’un des buts – de la conférence de l’association Inside Electronic Pipo de lundi dernier. L’amphithéâtre Boutmy si il n’était pas plein était déjà raisonnablement rempli pour une conférence sans superstar un lundi de 19h à 21h. Le public était d’ailleurs dans une bonne proportion composé de non-sciences pistes, conséquence de la très forte présence de l’association sur Internet, association qui a tout de même fait la front-page de Rue89 !
A noter que de manière générale Inside Electronic Pipo montre son scepticisme à l’égard des tentatives de régulations d’Internet. Ils ne sont pas les derniers non plus pour proposer des solutions de remplacement quand le FBI fait rendre l’âme à Megaupload. Sans compter que, et Mme Gallo l’une des intervenantes à la conférence l’a fait remarquer à plusieurs reprises, l’affiche de la conférence est très largement partisane. On pouvait donc s’attendre à un débat inégal, comme on en voit beaucoup, où ACTA se serait fait mettre en pièce sans pouvoir plaider sa cause. Il n’en fut rien.
Dans la première partie du débat qui avait pour but d’expliquer ce qu’était ACTA s’opposaient quatre intervenants. Deux députées européennes : Amelia Andersdötter du Parti Pirate suédois à la tête de l’opposition parlementaire au traité et Marielle Gallo du Parti Populaire. Jérémie Zimmerman le porte-parole de la Quadrature du Net et Pedro Velasco Martins qui a négocié le traité ACTA pour la Commission Européenne. Au cours de la conférence le débat entre les intervenants est vif et les échanges parfois tendus, ce qui n’est pas pour déplaire – on a trop souvent des conférences au ronron consensuel.
Tout d’abord qu’est-ce qu’ACTA ? L’acronyme signifie Traité Commercial Anti-Contrefaçon (Anti-Counterfeiting Trade Agreement). Outre la lutte contre la contrefaçon ce texte vise à une harmonisation des dispositifs prévus à cet effet dans les pays signataires. Du coté des pro-ACTA, on souligne que le traité n’est pas le monstre liberticide décrit par ses détracteurs. ACTA tout d’abord n’est pas un texte législatif comme on le dit souvent mais bien un ensemble de procédures à appliquer en cas de contrefaçon. De plus, le but de ce traité n’est pas de coincer « l’adolescent qui télécharge dans sa chambre » mais plutôt de porter un coup d’arrêt à la contrefaçon internationale. L’exemple de Megaupload revient souvent comme archétype de ce que ACTA est supposé combattre sur Internet, c’est à dire une organisation qui à des fins commerciales propose sciemment des produits contrefaits. M. Velasco Martins présente ACTA comme un moyen de protéger la propriété intellectuelle qui est l’un des point fort de l’Europe, et ce tant sur Internet que en dehors.
De l’autre coté de l’estrade, les opposants à l’accord soulignent le potentiel liberticide et les importantes carences démocratiques d’ACTA. Il s’agit d’un texte issu de tractations entre la Commission Européenne et des opérateurs tels que les grandes majors de l’industrie du divertissement, qui est ensuite proposé à la ratification aux parlements nationaux et européen dénonce Jérémie Zimmerman. Mme Anderdötter fait part de son inquiétude à propos du risque de restriction de la liberté de communication sur Internet ainsi que la trop grande responsabilité légale confiée aux Fournisseurs d’Accès Internet. Ceux-ci se verraient transformés en filtreurs de données laissant passer seulement celles qui n’enfreignent pas la loi. Ils pourraient se voir confier la responsabilité de couper l’accès internet par le traité selon la députée et le porte parole de la Quadrature du Net.
A ceci les promoteurs du texte répondent qu’en pratique tous ces dispositifs existent dans les pays de l’Union Européenne. Sans compter que la décision de couper Internet ne dépendrait pas du traité mais bien de la législation en place. En outre l’ACTA n’aurait guère de conséquence sur le quotidien de l’internaute lambda, à fortiori dans nos vertes contrées. M. Velasco Martins en profite d’ailleurs pour faire part de son étonnement de voir tant d’opposition à ACTA en France. Le traité étant selon lui nettement moins répressif que Hadopi ou Loppsi – on peut souligner l’approbation tacite de Mr Zimmerman.
Pour résumer, on a donc eu un débat très technique quoi qu’enflammé sur des points de procédures ou de champs d’application du texte. Globalement les arguments en faveur d’ACTA font mouche, toutefois on ne peut quand même pas oublier les inquiétudes des opposants.
La seconde partie du débat porte sur les droits d’auteur et la liberté sur Internet. Pour ce débat c’est David El Sayegh qui prend la place de Pedro Velasco Martins. Représentant du Syndicat National de l’Edition Phonographique il se montre un habile défenseur du droit d’auteur. Le premier point abordé dans cette partie du débat est celui de la licence globale. Les deux camps sont radicalement opposés sur ce sujet.
Pour ses détracteurs la licence globale est un système inefficace qui plafonne les ressources de la culture et constitue une obligation d’achat pour l’internaute à qui on ne demanderait pas son avis. Sans compter que se posent des problèmes d’allocation des revenus. Au final pour M. El Sayegh et Mme Gallo la licence globale aboutirait à une diminution importante de la diversité artistique. Pour Mr Zimmerman et Mme Andersdötter qui sont plutôt favorable à ce dispositif, cela permettrait au contraire d’avoir facilement accès à la grande variété de ressources culturelles présentes sur Internet. Pour Jérémie Zimmerman cela aurait d’ailleurs au contraire un effet positif sur la création (il souligne qu’avec Internet on crée plus et plus facilement qu’avant). La député du Parti Pirate quand à elle rappelle que des systèmes redistributifs fonctionnent déjà, elle cite notamment l’exemple du site de musique en streaming Spotify – en réponse à M. El Sayegh qui exhortait les militants de la licence globale à mettre en place leur propre système en ce sens.
L’opposition entre les deux camps se fait également autour de la notion de droit d’auteur. Pour Mme Gallo en particulier il s’agit d’un système particulièrement intéressant en cela qu’il permet aux artistes d’accéder à l’autonomie financière. A l’inverse le porte-parole de la Quadrature du Net dénonce un système qui aboutit à verrouiller tout un pan de la créativité (via notamment les DRM qui empêchent de faire trop de copies d’un fichier). Il dénonce également un système vicié où les droits persistent plus de 75ans après la mort de l’artiste.
Cette partie du débat, beaucoup plus axée sur la philosophie des intervenants est d’ailleurs nettement plus vivante que la première (les tempéraments joueurs de David et Jérémie n’y étant pas pour rien). S’y opposent en fait deux conceptions d’Internet et du marché de la culture. Se rencontrent aussi une conception avouons-le idéaliste de la création culturelle et une vision qui manque peut-être de souplesse sur la manière de faire vivre cette création.
Cette conférence a été le théâtre d’un débat riche et fertile d’où l’on ressort toutefois sans avoir aucune réponse de ce que devrait être Internet à l’avenir ni ce qu’était LA liberté de l’Internet. On peut par ailleurs reprocher au débat d’être resté trop concentré sur des problèmes d’application de règlements ou de financement de systèmes qui ne sont pas encore à l’état de projet. Il a manqué, bien que cela fut brièvement abordé à la fin de la conférence, un débat sur le fond d’Internet : est-ce que la création, le commerce ou encore l’échange sur Internet sont totalement assimilables à ce qu’ils sont dans le monde matériel ? Est-ce qu’à l’ère numérique la notion de droit d’auteur ne devrait pas être repensée ? Dans une conférence sur les libertés sur Internet on aurait peut-être voulu entre parler de la multiplication des lois telles que Hadopi ou Pipa. Néanmoins en deux heures ont ne peut pas tout traiter et le sujet principal, à savoir ACTA, a été largement couvert. De plus l’année n’est pas terminée. Espérons que Inside Electronic Pipo nous fournisse encore des conférences de ce niveau !
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L’association multimédia d’étudiants de Sciences Po fait vivre le débat sur Internet, ses usages et les législations qui l’entourent depuis le début de l’année. Si jamais cela vous intéresse de savoir ce qui se légifère autour de votre réseau chéri, cette conférence pourrait bien vous passionner. Au centre du débat, le traité ACTA (pour Anti-Counterfeiting Trade Agreement) qui est un texte élaboré au sein de l’UE dans le but de lutter contre la contrefaçon, qu’elle soit matérielle ou numérique. Projet très complexe, il pourrait pourtant être la source d’une transformation radicale d’Internet en Europe. Ses détracteurs craignent en effet des restrictions drastiques des libertés d’expression. Pour ses promoteurs au contraire, l’accord a principalement pour but de garantir la propriété intellectuelle malmenée sur Internet. Texte qui toutefois ne se limite pas au monde numérique. Pour vous éclairer sur ce texte et ses implications, et sur les libertés sur Internet en général, Inside Electronic Pipo vous propose cinq intervenants de premier choix pour un débat enflammé. Vous verrez ainsi débattre Amélia Andersdötter, députée Européenne du Parti Pirate Suedois, Jérémie Zimmermann, porte-parole de la Quadrature du Net, Marielle Gallo, députée européenne du Parti Populaire Européen et membre de la commission JURI, Pedro Velasco Martins, qui est chargé de négocier ACTA pour la Commission Européenne, et pour finir David El Sayegh, directeur généra du Syndicat National de l’Edition Phonographique.
Si vous êtes intéressés ou juste curieux, vous pouvez vous inscrire sur Pic-Asso à la conférence qui aura lieu ce soir de 19h15 à 21h15 en amphi Boutmy !
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Pourquoi des élections syndicales demanderont certains. On aurait pu se dire qu’il suffisait de reconnaître le Met, l’Unef et la Cé au début de l’année en même temps que les autres associations. Sauf que les syndicats ont un statut très différent de celui de ces associations qui structurent la vie étudiante. Les élections syndicales sont en fait les élections des représentants des étudiants auprès de l’administration et de la direction. Car les étudiants sont bien représentés dans les hautes sphères de Sciences Po. Cette année 4 syndicats – l’Unef, le Met, la Cé et Interzaide – se partagent 22 sièges dans trois commissions. 8 étudiants siègent au Conseil de direction qui détermine globalement l’organisation des études à Sciences Po. S’y règlent notamment les politiques d’assiduité, d’évaluation ou encore les programmes. Ensuite 8 étudiants siègent à la Commission paritaire qui a un très fort impact sur la vie étudiante dans l’Ecole puisque c’est elle qui décide de l’avenir des demandes de subventions faites par les associations reconnues en début d’année. Plus généralement elle est supposée garantir « l’exercice des libertés politiques et syndicales ». En outre 6 représentants des étudiants siègent au Conseil scientifique qui concerne principalement les étudiants de l’école doctorale y réglant l’articulation enseignement/recherche.
Les syndicats sont des tribunes de premier choix pour porter la voix des étudiants directement auprès de l’administration. Leur poids passe notamment par une participation jusqu’alors très forte pour des élections de syndicats étudiants à Sciences Po par rapport aux autres établissements universitaires (21% l’an dernier, 28% l’année précédente). Cette année c’est l’Unef qui est majoritaire avec 5 élus au Conseil de direction, 4 à la Commission paritaire et 4 au Conseil scientifique. Suit le Met avec 2 élus au Conseil de direction, 2 à la Commission paritaire et un au Conseil scientifique, puis la Cé avec un élu dans chaque instance et enfin Interzaide qui occupe le dernier siège de la Commission paritaire. Le premier enjeu du scrutin qu’est la participation apparaît alors. Contrairement à la reconnaissance des associations qui ressemblait à une course aux signatures pour les élections présidentielles, ces élections syndicales font penser à un scrutin législatif « MA-JO-RI-TA-RI-SÉ » ! Les étudiants ont même le droit de se cloîtrer dans un isoloir pour glisser leurs bulletins dans une enveloppe – ceux du collège universitaire ne votant que pour la Commission paritaire et le Conseil de direction. En pleine réappropriation par l’administration de certains domaines concédés aux étudiants – on pense en particulier aux sports repris à l’AS – ces élections sont l’occasion de réaffirmer une volonté de s’impliquer dans les décisions relative à la direction, l’administration et l’évolution de Sciences Po.
Ces élections syndicales arrivent en plein milieu d’une période pour le moins troublée à Sciences Po. On a beaucoup parlé de frais d’inscriptions et de primes de résultats. Sur l’un les syndicats peuvent peser, sur l’autre non – ce n’est pas le vote des étudiants qui va modifier les salaires de la direction. On a aussi beaucoup entendu parler de la modification du concours d’entrée en première année. Le Met hurlait à l’infamie, dénonçant le risque de futurs étudiants au rabais. L’Unef clamait sont triomphe, énumérant fièrement son palmarès. La Cé restait discrète. Interzaide… a visiblement disparu de la carte. Dans l’arène cette année il ne reste plus que les trois premiers. Les candidats qui se disputent votre attention sont donc l’Unef sensiblement à gauche, le Met plutôt à droite et la Cé moins marquée politiquement.
Chacune des formations a son cheval de bataille. L’Unef, majoritaire, défend vigoureusement son bilan. 10eme mois de bourse, arrêt de la sélectivité des masters ou encore réforme du concours sont mis en avant pour montrer l’efficacité du syndicat et sa capacité à peser sur la direction. Le syndicat entend également poursuivre son action pour ouvrir l’IEP aux foules populaires et mettre le bourgeois au niveau du prolétaire. Pour le Met au contraire les changements de cette année sont évoqués comme une tentative de démantèlement en règle de Sciences Po. Le nouveau concours est pour le moins imparfait selon le syndicat. Si il met en avant les quelques meubles qu’il a pu sauver, le Met entend bien peser plus fort sur la direction pour mettre un coup d’arrêt définitif à cette bolchévisation de Sciences Po. La Cé présente un bilan qu’elle juge globalement positif. Le syndicat « indépendant » défend son action pour l’insertion professionnelle ou sur l’amélioration des formations pédagogiques. Ces élections seront pour lui l’occasion de confirmer l’internationale sciences piste et surtout de maintenir inexistante l’intolérance à Sciences Po.
En tout état de cause, LaPéniche ne peut que vous encourager à aller voter mardi 7 et mercredi 8 février au 13U afin de désigner ceux qui affronteront l’administration pour vous l’an prochain !
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Ce nouvel IEP qui se prépare à s’installer confortablement dans les anciens locaux de l’IUFM de Saint-Germain serait rattaché à l’hexaconcours – qui pour l’occasion deviendrait un heptaconcours. Les Instituts d’Études Politiques passeront pour leur part de 9 à 10. Niveau promotion l’effectif restera modeste puisque le recrutement chaque année devrait se faire sensiblement au même niveau que pour les actuels IEP de province soit entre 100 et 150 étudiants par an. La menace reste limité finalement.
Mais quand même, pourquoi un Sciences Po à Saint-Germain en Laye ? Le projet est né du rapprochement de l’Université de Versailles – Saint-Quentin et de celle de Cergy-Pontoise. Les deux universités ont créé un projet d’IEP commun. Les trois premières années se feraient dans les locaux de l’IEP, et le master serait choisi parmi ceux des deux Universités associées à l’IEP. C’est d’ailleurs parce que ce sont deux Universités qui ont décidé de mettre en place un IEP en cogestion que celui-ci n’est toujours pas sur le marché. Au départ il n’est pas possible qu’un Institut d’Etude Politique dépende de deux Universités. Pour qu’un tel institut puisse voir le jour il faut modifier le décret qui régit l’organisation des IEP. Cet écueil est néanmoins limité. Si un décret ce n’est pas tout à fait aussi simple à modifier que la couleur des lunettes d’Adriana Karembeu, c’est pas non plus aussi compliqué que de faire traverser un amphithéâtre à Jules Ferry. L’IEP de Saint-Germain en Laye s’intègrerait alors au Pôle de recherche et d’enseignement supérieur de Paris Grand Ouest en cours d’élaboration – qui permettrait entre autres de regrouper les deux Université dont dépendra l’IEP. Pour le maire de Saint-Germain en Laye, il ne fait cependant aucun doute que Sciences Po Saint-Germain c’est pour demain. Cet ancien de la maison – parisienne – est tellement content d’accueillir l’un des prestigieux instituts sur sa commune qu’il a déjà mis en chantier une centaine de logements étudiants. De même la réhabilitation de l’IUFM est entamée pour accueillir au mieux les futures légions de cette nouvelle Perfide Albion.
Outre quelques interrogations secondaires comme celles de savoir dans quel camp se rangera Saint-Germain pendant les Crits ou si ils entreront dans la très générale catégorie d’IEP de province ou seront une sorte d’intermédiaire en tant qu’IEP de banlieue, l’installation d’un IEP à Saint-Germain en Laye soulève quelques questions plus pertinentes comme celle de l’opportunité d’un nouvel IEP en Île-de-France. Sans compter que Saint-Germain en Laye n’est pas la ville la plus accessible de la région – hors Paris on l’aura compris. L’IEP « de l’île de France » est présenté comme un point positif pour « les étudiants franciliens. » Déjà les provinciaux ne manqueront pas de rappeler qu’eux aussi sont supposés concernés si Saint-Germain rejoint l’hexaconcours. A cet oubli dans le discours on peut toutefois opposer la création de logements étudiants à Saint-Germain qui permettront l’accueil d’éventuels provinciaux ou lointains banlieusards. Surtout cet IEP bien loin du projet de CEP, de délocalisation des campus ou encore d’implantation d’IEP en province semble plutôt accroitre les écarts entre étudiants de province et les franciliens et plus particulièrement encore les étudiants des Hauts-de-Seine et des Yvelines qui ont déjà à proximité l’essentiel des grandes écoles comme HEC, Centrale ou encore l’ESSEC. Il y aurait ainsi deux IEP en Île-de-France contre 8 dans les 15 régions restantes. Et si le Centre n’a pas forcément une grande légitimité pour accueillir pareille école, on ne peut pas forcément en dire autant du Languedoc ou de la Charente-Maritime… Socialement enfin on peut penser que l’implantation d’une nouvelle grande école dans des départements figurant déjà parmi les plus favorisés en terme de revenus par habitant augmentera encore les écarts avec d’autres régions moins bien loties.
Quoi qu’il en soit le projet semble bien parti pour se concrétiser. Si tout va comme le prévoient ses instigateurs l’IEP Île-de-France à Saint-Germain en Laye accueillera ses premiers étudiants dès la rentrée 2013. Soyons donc prêts à les accueillir comme il se doit !
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