Suzanne Assrir – La Péniche https://www.lapeniche.net Le Journal Étudiant de Sciences Po Tue, 20 Feb 2018 20:24:44 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9.9 https://www.lapeniche.net/wp-content/uploads/2022/08/cropped-Bitmap-32x32.png Suzanne Assrir – La Péniche https://www.lapeniche.net 32 32 Le Mag’ : la prison, oublions-là https://www.lapeniche.net/le-mag-la-prison-oublions-la/ Fri, 08 Dec 2017 09:00:59 +0000 http://lapeniche.net/?p=37863 Vendredi 1er décembre, à 18 heures, se tenait le vernissage de l’exposition « La prison, oublions–là ». L’événement présente les travaux d’écriture des détenus de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, travaux réalisés à l’occasion d’un atelier animé par Valérie Manns. De très belles photographies de leurs visages, capturés par Karine S. Bouvatier, y figurent également.

Vous avez raté le vernissage ? Pas d’inquiétude, l’exposition se tient toujours du 1er au 20 décembre à la mairie du 4ème arrondissement. Elle sera ensuite déplacée à l’Institut protestant de théologies (Paris 13) du 8 au 20 janvier et, enfin, prendra place à la mairie du 2ème arrondissement de Paris du 1er au 28 février. L’entrée est libre et gratuite. Mais, au fait, que nous raconte cette exposition itinérante ? 

Cette exposition est à l’initiative du CASP-ARAPEJ. L’ARAPEJ (Association Réflexion Action Prison et Justice) a été fondée en 1975 par quatre aumôniers de prison protestants et catholiques. En 2016, l’association a fusionné avec le CASP (Centre d’Action Sociale Protestant), dont elle est maintenant la branche spécialisée dans l’accueil et l’aide à la réinsertion des femmes et des hommes sortant de détention.

L’association regroupe aujourd’hui un ensemble de personnes partageant une vision commune des droits de l’homme, et s’ouvre à tout individu nécessitant son aide ou souhaitant collaborer aux actions qu’elle mène indépendamment de ses croyances religieuses. L’objectif premier est donc d’offrir aux détenus un retour digne dans la société et ainsi de lutter contre la récidive en prévenant autant que possible les phénomènes d’exclusion sociale. La seconde mission fondamentale que se donne l’association est de mener une réflexion sur les phénomènes de délinquance, d’exclusion ainsi que sur l’efficience du fonctionnement du système carcéral en partant des réalités vécues par les personnes qu’elle accueille.

Lumière sur des conditions de détention indignes

La première phrase de l’un des panneaux affichés sur le mur interpelle le visiteur: « Si la détention est un bon moyen de surveiller et punir, elle se révèle en revanche inefficace à dissuader et à insérer. ». Cela est d’abord dû aux conditions de détention dans nos prisons, qui sont effectivement préoccupantes: d’abord, nous sommes confrontés à un réel problème de surpopulation, avec près de 70 000 prisonniers pour moins de 50 000 places.

En plus de cette insupportable promiscuité ( en moyenne, deux à trois détenus vivent dans 9 mètres carrés 22 heures sur 24 ), nos prisons souffrent de leur vétusté et de leur insalubrité. Par conséquent, près d’un décès des détenus sur deux fait suite à un suicide. La France se fait d’ailleurs régulièrement taper sur les doigts par le Comité contre la torture de l’ONU et l’Europe pour l’état de ses prisons et l’indignité des conditions de détention dans de nombreux établissements pénitentiaires.

Humaniser les détenus à travers leur art

Le manque de moyens effectifs employés à l’amélioration de cette situation critique vient principalement de ce que nous avons du mal à humaniser les prisonniers, et c’est la grande richesse de cette exposition que d’y parvenir. Les textes écrits par les détenus sont extrêmement émouvants par la sensibilité qu’ils parviennent à exprimer -certains d’entre eux sont d’ailleurs d’une qualité surprenante. C’est parfois la force du désespoir qui transparaît, parfois celle du bonheur passé, et parfois les deux harmonieusement entremêlés dans la mélancolie de celui qui a tout perdu et qui ne sait pas quand -et si- il retrouvera un jour les plaisirs simples qui donnent du sens et de la substance à notre existence.

Par exemple, certains prisonniers ont réalisé le texte sur le modèle du fameux « Je me souviens » de Georges Perec. Ils portaient souvent sur les paysages de l’enfance -le bled dans lequel ils ont grandi, une rue qui a constitué le cadre de toute leur jeunesse…- , décrits si précisément qu’ils sont d’une réalité frappante. On en ressent avec d’autant plus d’acuité le manque d’une vie qui semble encore fraîche dans leurs souvenirs mais qui est pourtant désormais si loin. D’autres fois, c’est le visage d’une femme qui est évoqué, et le désir inextinguible de ces hommes qui n’en ont probablement pas -ou presque- pas vues depuis le début de leur détention.

Séparer et punir : réflexions sur la prison

Les photos sont, elles aussi, d’une grande beauté. Elles capturent le regard rieur, grave ou triste de ces hommes anonymes laissés pour compte. Les prisonniers que l’on voit dans les journaux ou à la télévision sont souvent déshumanisés: leurs traits sont floués, leur voix est modifiée, parfois seule leur cellule est filmée, comme si leur vie et leur identité se limitait à quatre murs, à des barreaux et à leurs erreurs passées. Se prendre ainsi de plein fouet ces mots vibrants d’émotion et se trouver face à ces visages qui restent profondément humains donne à réfléchir.

Le vernissage a été clôturé par une conférence animée par Antoine Durrleman, président du CASP-ARAPEJ; Christine Lazerges, présidente de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme; Laurence Blisson, magistrate de l’application des peines à Paris et Olivier Milhaud, maître de conférence à l’Université Paris Sorbonne, qui a consacré sa thèse de géographie « Séparer et punir: mise à distance et punition par l’espace » à la prison en terme d’espace de relégation.

Un lieu qui isole du monde

Les argumentations de ces trois derniers convergeaient vers un même point: de nombreux problèmes gangrènent nos prisons et la nécessité de trouver d’autres alternatives à la question criminelle est une question particulièrement brûlante aujourd’hui. Pour Olivier Milhaud, le principal risque inhérent à l’incarcération est la catégorisation des détenus par catégorisation spatiale. Le placement d’individus dont la gravité des actes diverge très largement dans un lieu unique tend à homogénéiser la perception que l’on en a, et nous attribuons la plupart du temps aux prisonniers la figure de dangereux criminels.

En vérité, sur les 70 000 prisonniers français, la grande majorité est composée de petits délinquants. Nous ne parvenons pourtant pas à rationaliser cet imaginaire spatial, et les détenus eux-mêmes se posent parfois la question suivante: sommes nous derrière les barreaux parce que nous sommes coupables ou sommes nous coupables parce que nous sommes derrière les barreaux? Par conséquent, du fait même que ces personnes soient marginalisées au sein d’un lieu clos, elles se déshabituent aux normes sociétales, ce qui est contre-productif puisque cela limite les perspectives de réinsertion. Pour Laurence Blisson, cette relégation spatiale se fait alors sociale, et l’idée de protection attachée à l’emprisonnement -isoler des individus potentiellement dangereux- s’avère donc illusoire puisque dès lors qu’un détenu n’est pas effectivement réintégré à la société, ses chances de récidiver sont d’autant plus grandes.

Les défailles structurelles liées à l’univers carcéral

Christine Lazerges tire d’ailleurs la sonnette d’alarme quant au caractère particulièrement inefficace du temps carcéral dans les territoires d’outre-mer en termes de réinsertion. Les détenus y sont dans une situation de précarité extrême, et les conditions sont très éloignées des standards métropolitains. Les possibilités d’aménagements de peine (comme la libération conditionnelle dès lors que le détenu fait des efforts sérieux pour se réintégrer dans la société) sont bien plus rares que dans l’hexagone car il y a un réel déficit associatif en milieu carcéral notamment en termes d’éducation et d’aide à l’accès à l’emploi, d’autant plus exacerbé par la suppression de certains contrats aidés. Pourtant, il est fondamental d’aménager de véritables structures de formations professionnelles afin de limiter le plus possible la potentialité d’une récidive et de donner du sens à la punition.

La conclusion de chacune de ces réflexions est claire: la prison n’est pas toujours la solution la plus optimale pour punir, et il est nécessaire de la marginaliser en envisageant des outils et des mesures qui favorisent d’autres alternatives ainsi qu’en élaborant des lois qui disent clairement et concrètement aux juges qu’elle doit être le dernier recours -ce qui aurait d’ailleurs le mérite de remédier en partie au problème de la surpopulation-. En attendant, le travail le plus urgent est de limiter les ruptures que la détention produit et de trouver une porte de sortie qui ne soit pas une porte sèche en faisant de l’incarcération autre chose qu’un temps vide.

C’est pourquoi les associations comme l’ARAPEJ, qui permettent une prise en charge complète des détenus avec hébergement, accompagnement, suivi psychologique, administratif et professionnel sont primordiales pour aider les détenus à rétablir un contact avec la société. Non seulement cela limite le risque de récidives mais, plus fondamentalement, cela nous permet de rester en adéquation avec les principes que la France prône et en lesquels elle croit: l’égale dignité des êtres humains, le droit au respect et le droit à une vie décente, et ce même pour celui qui a un jour dérapé.

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Le Mag’ : Detroit et la fureur des années 60 https://www.lapeniche.net/le-mag-detroit-et-la-fureur-des-annees-60/ Wed, 08 Nov 2017 09:00:05 +0000 http://lapeniche.net/?p=37643 Désespéré par le November Nervous Breakdown qui fait son apparition, tu as envie de te faire une sortie ciné mais culpabilises à l’idée de ne pas travailler ? Detroit est le film qu’il te faut : non seulement tu n’en verras pas les deux heures et demie passer, mais en plus, tu apprendras plein de choses sur la société américaine de la fin des années soixante et le racisme qui l’imprégnait.

Un film historique au réalisme soigneusement travaillé

Réalisé par Kathryn Bigelow, Detroit est un film dont les événements sont tirés de faits réels -comme l’attestent les documents et photos authentiques du générique de fin. La réalisatrice explore sans filtre le thème des violences policières dont furent victimes les noirs américains à Detroit en 1967, sur fond d’émeutes contre la ségrégation raciale aux États-Unis et contre la guerre du Viêt Nam. La tension palpable dans certains quartiers, dont Detroit, donnait lieu à de nombreux dérapages, notamment des pillages et des incendies, rendant la police omniprésente dans certaines villes américaines. En juillet 1967, dans ce contexte chaotique, la police de Detroit encercle l’Algiers Motel, dont semblent provenir des détonations, et soumet un groupe de jeunes gens (afro-américains, mises à part deux femmes blanches) à un interrogatoire inhumain sous le prétexte de leur extorquer des informations sur l’origine de ce qui ressemble à un coup de feu.

Le film est d’un réalisme saisissant: il y a un vrai travail de retranscription des décors et de l’ambiance de l’époque. Durant les 143 minutes, le spectateur a la sensation de retomber dans les sixties, à l’ère de Woodstock. Par ailleurs, le jeu des acteurs est très bon: Will Poulter prend à merveille la figure tantôt cruelle, tantôt lâche mais toujours haïssable de Philip Krauss, policier blanc raciste qui persécute la population noire américaine sous couvert de zèle policier. On pourra aussi apprécier la justesse avec laquelle John Boyega interprète le rôle de Melvin Dismukes, fonctionnaire noir déchiré entre son devoir envers l’État et les injustices qu’il voit tous les jours s’abattre sur les autres afro-américains.

Une nuit d’horreur à l’Algiers Motel

Une très grande partie du film se fait à huis clos, dans l’Algiers Motel, ce qui rend le film d’autant plus saisissant avec la concentration de tous les comportements inhumains dont peuvent faire preuve les hommes lorsque, pour une raison ou pour une autre, ils considèrent que la différence de l’autre est nécessairement menaçante. Le racisme est donc dévoilé sous tous ses angles: par les violences inouïes faites aux « suspects » ( certaines images peuvent choquer, ndlr ).  Mais il transparaît aussi dans des répliques plus subtiles, comme lorsqu’un policier blanc dit à Melvin Dismukes, agent de sécurité noir, que « même à lui », l’un des accusés afro-américains refuse de dire où est l’arme qui aurait servi à donner le coup de feu; ou encore lorsqu’il lui affirme qu’il est « quelqu’un de bien » comme si lui, homme blanc, lui était intrinsèquement supérieur et avait le droit de juger qui sont les « bons » et les « mauvais » noirs. Le thème du sexisme, exacerbé par la haine à l’égard des hommes noirs, y est aussi abordé sous le prisme de la violence verbale et physique. L’une des scènes les plus choquantes du film intervient ainsi lorsque l’on des trois policiers déshabille l’une des deux femmes blanches prises dans l’assaut en lui hurlant « Et toi, tu te les tapes, n’est-ce pas? ».

L’horreur de la situation est d’autant plus prégnante que le spectacle macabre de la mort des trois hommes noirs ( qui signera la fin de l’assaut ) part d’un simple jeu. D’abord, celui de la ‘’balle’’ tirée à l’aide d’un faux pistolet par l’un des afro-américains dans l’Algiers Motel, farce innocente qui aura pour conséquence d’ameuter la police. Puis celui, sadique, de cette dernière, qui fait semblant de tuer un à un les accusés dans une petite pièce jouxtant celles où ils sont tous rassemblés afin de faire monter la pression et de les pousser à avouer, jusqu’au moment ou l’un des policiers tue accidentellement la première des victimes.

« Il nous faut un suspect » ou l’injustice institutionnalisée

Tout au long du film, l’injustice dont est victime la communauté afro-américaine nous prend à la gorge. Au fil de la nuit, le souci de la vérité et de la justice disparaît au profit de la seule obsession qui anime les policiers et que l’agent Philip Krauss résume en une phrase: « Il nous faut un suspect ». La messe est dite: la police est venue pour arrêter un noir, pas pour rétablir l’ordre. Elle fera ensuite tout pour étouffer l’affaire et effacer toute trace de ces quelques heures passées à l’Algiers Motel, et lorsqu’un des suspects, un gamin de dix-huit ans, refuse de nier la réalité en répondant « Je vois un homme mort ! » quand l’un des policiers lui demande de fermer les yeux sur la nuit meurtrière, il est froidement abattu de deux balles dans la poitrine.

On ressent alors comme une douche froide l’iniquité du procès final dont on attendait, enfin, le rétablissement de la justice: les agresseurs sont acquittés par un jury intégralement blanc. Pire, à certains égards, ce sont les victimes, à qui l’on demande si elles ont déjà commis des délits, qui sont jugées. Après le massacre de l’Algiers Motel, toute la force des émotions accumulées au fur et à mesure du film se déploie dans ce simulacre de procès, où Kathryn Bigelow parvient bien à capter le désespoir, la colère, et l’amertume des afro-américains face à un racisme qui gangrène jusqu’aux institutions.

Un film parfois incomplet

Comme un peu de critique ne fait jamais de mal, on peut néanmoins reprocher à Kathryn Bigelow d’avoir omis, en se concentrant sur l’incident de l’Algiers Motel pendant la majeure partie du film, de retranscrire tout le contexte politique et social qui constitue le background de l’affaire: comment réagissait la société civile face à de telles tensions ? Y avait-il une vraie norme raciste dans la police américaine ou les trois policiers accusés n’étaient-ils que trois « brebis galeuses » ? On pourra aussi regretter le peu d’attention porté à la retranscription de la vie quotidienne des personnages principaux ainsi qu’à leur psychologie, et leur manque de substance conséquent.

Enfin, comme toujours avec les films qui se réclament d’une histoire vraie, il est nécessaire de prendre de la distance avec l’angle de vue sous lequel sont abordés les faits, parce qu’il y reste toujours des parts de fiction. Concernant l’affaire de l’Algiers Motel, sujet du film de Kathryn Bigelow, beaucoup de zones d’ombre n’ont jamais pu être éclaircies par le procès.

Conseil de la rédaction : Si la situation des afro-américains aux États-Unis vous intéresse, n’hésitez pas à regarder aussi The 13th, un documentaire Netflix qui montre comment, après l’abolition de l’esclavage par le treizième amendement, le système carcéral américain a permis de perpétrer une politique discriminatoire envers les femmes et les hommes noirs.

Et pour la bande-annonce de Detroit, de Kathryn Bigelow, c’est par ici :

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Rencontre avec deux réfugiés étudiant en master https://www.lapeniche.net/rencontre_refugies_etudiants/ Thu, 12 Oct 2017 09:00:19 +0000 http://lapeniche.net/?p=37523 Samer Younes et Rana Fayo sont tous deux étudiants en master à Sciences Po. Comme tous les autres élèves, ils ont des devoirs à rendre, des exposés à présenter et des professeurs un peu tatillons. Pourtant, ils ont dû faire face à des obstacles que n’ont pas et n’auront probablement jamais à surmonter leur camarades. Retour sur le parcours impressionnant de ces deux syriens, qui étaient demandeurs d’asile et sont désormais étudiants en master.

Un départ difficile, une arrivée en demi-teinte

Après une gorgée de café au lait, Samer entame son récit le premier. Originaire de Damas, il a commencé à travailler à Dubaï à partir de 2009, en tant que chef de projet dans le transport public. C’est en 2012, à l’aube du conflit syrien, qu’il pénètre dans son pays pour la dernière fois. Mais déjà, le retour est déconseillé. Le danger est là. Samer retourne à Dubaï et, lorsque son contrat prend fin au terme de l’année 2014, il obtient un visa et se rend en France. Il me confie que la déchirure n’a pas été aussi vive que pour certains de ses concitoyens eux-aussi expatriés, parce qu’il n’a pas eu à s’arracher directement à la Syrie pour venir en France. Pour Rana, l’histoire est différente. Ancienne professeure d’anglais à Alep, elle y reste jusqu’à la fin de l’année 2015, moment où la situation devient critique. Des groupes armés violents s’emparent de son quartier. L’horreur au pas de la porte. Malgré la douleur immense à l’idée de quitter le pays dans lequel ils ont construit leur vie, Rana et sa famille viennent trouver refuge en France.

« Quand je leur demande si l’obtention du statut de réfugié a été difficile, Samer et Rana échangent un rire complice. »

Quand je leur demande si l’obtention du statut de réfugié a été difficile, Samer et Rana échangent un rire complice. « Comment te dire… » commence Samer. En reprenant son sérieux, il m’explique que ce n’est pas tant la procédure de l’OFPRA (Office Français de Protection des Apatrides) qui pose problème que celle qui la précède. Une fois arrivés en France, et dans l’attente d’une prise en charge et d’une réponse de l’OFPRA, les demandeurs d’asile sont théoriquement pris en charge par l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration), qui est supposé les aiguiller dans la gestion de la paperasse administrative et des informations pratiques pour séjourner en France -sur leurs droits en ce qui concerne, par exemple, la Sécurité Sociale, la recherche d’un travail, d’un logement, etc-. En théorie seulement: en réalité, les demandeurs d’asile ont surtout accès à des renseignements basiques, insuffisants pour se frayer un chemin dans les méandres de l’administration.

Un entretien seul face à trois personnes

Des associations comme France Terre d’Asile tentent de renforcer cette formation. Cependant, dans la majorité des cas, c’est aux immigrés de se débrouiller pour connaître leurs droits et parvenir à vivre décemment (par exemple trouver une activité professionnelle ou universitaire), ce qui peut être problématique pour les plus fragiles d’entre eux. En ce qui concerne la demande du statut de réfugié à l’OFPRA, en revanche, Rana et Samer sont unanimes. Le plus difficile, c’est l’attente : ce dernier a attendu un an avant de connaître la décision. En revanche, l’entretien en lui-même n’est pas une épreuve. Au contraire, en ce qui les concerne, l’officier de protection ( la personne en charge de l’instruction, ndlr ) s’est montré attentif et humain. C’est un moment certes crucial et donc forcément stressant, d’autant plus que le demandeur d’asile se trouve non pas face à une mais trois personnes: l’officier de protection, un traducteur, et un surveillant chargé, selon Samer, de décrypter le « body language » et de garantir la neutralité de la procédure; mais il ne s’agit néanmoins pas tant d’un interrogatoire que d’un dialogue.

Un choc culturel parfois pas si déconcertant

Après une longue discussion sur les conditions d’arrivée des demandeurs d’asile, je pose à Rana et à Samer une question qu’ils ont déjà du entendre une bonne centaine de fois: qu’est-ce qui les a frappés en découvrant le mode de vie français, et comment ont-ils vécu ce choc culturel ? Rana me répond que ce qui change, c’est qu’elle se sent en sécurité en France, alors qu’en Syrie, la violence a peu à peu redessiné les contours de la vie quotidienne. C’est aussi ce qui ressort de la comparaison que me fait Samer de l’État français avec l’État syrien: le premier s’occupe de ses citoyens, le second les laisse mourir, voire les tue.

« En Syrie, c’est naturel de connaître la vie de tous ceux qui habitent dans ton quartier ! »

Même avant la guerre, les destructions, la menace quotidienne de la mort, et les fuites hors du pays, il m’explique que les droits des Syriens étaient bafoués et leurs rêves, leurs projets en étaient le plus souvent rendus impossibles. Samer souligne également la différence entre la manière de penser en Syrie et en Occident. Ici , à Paris, il constate que les gens sont beaucoup plus individualistes. « En Syrie, ajoute-t-il en riant, c’est naturel de connaître la vie de tous ceux qui habitent ton quartier ! ». En revanche, ce que n’ont pas changé les plus de 4000 kilomètres qui séparent Paris de la Syrie, c’est l’architecture: avec les traces de la colonisation française, de nombreux boulevards et bâtiments que l’on peut (pouvait?) voir dans certaines grandes villes syriennes pourraient tout aussi bien se trouver à Paris sans pour autant détonner dans le paysage.

L’arrivée et l’intégration à Sciences Po

C’est en mars 2016 que Rana et Samer commencent le « Welcome refugees program » ( fruit de l’association de SciencesPo avec deux associations, Kiron et Wintergreat, ndlr ) avec dix-huit autres réfugiés, une mise à niveau intensive de deux mois pour leur permettre de parler français correctement. À la suite de quoi ils sont tous deux sélectionnés avec une poignée d’autres participants du Welcome Refugees Program pour faire la Summer School en juillet et aout 2016, cette fois ouverte non pas exclusivement aux réfugiés mais aux étudiants du monde entier intéressés par les cursus de SciencesPo. En septembre 2016, ils sont finalement acceptés en tant qu’étudiants en échange.

« Des exposés… Beaucoup d’exposés »

Ils trouvent une certaine difficulté à s’intégrer dans le système pédagogique français, car le rythme est assez intensif et les professeurs sont sévères sur la rigueur de l’argumentation. Il y a aussi beaucoup de devoirs à rendre: notamment « Des exposés… Beaucoup d’exposés… » me précise Samer en souriant. Cependant, cette charge de travail importante a aussi un versant positif: occuper l’esprit et éviter la désagréable sensation du « homesick ». En cette année 2017, lui et Rana font enfin partie des étudiants classiques (et non plus en échange) et entament leur deuxième année de master. Ce qui n’est pas le cas de tous leurs camarades: sur dix-huit réfugiés ayant participé au « Welcome refugees program » en mars 2016, moins de la moitié est parvenue à intégrer le cursus classique de SciencesPo (deux au collège universitaire, et cinq en master).

Academic Advisor, Mion et petits boulots

En ce qui concerne l’intégration sociale, elle semble plutôt réussie -ne serait-ce que parce qu’aucun d’eux ne se départira de son sourire au cours de notre entretien. Ils m’assurent que la très grande majorité des étudiants et des professeurs avec qui ils ont pu parler jusqu’à maintenant ont été chaleureux, et que les rencontres se font naturellement, et ce même avec la barrière de la langue. Selon Samer, cet enthousiasme est probablement dû au fait qu’à SciencesPo, la plupart des élèves sont ouverts d’esprit -d’autant plus qu’il y a de nombreux étudiants internationaux-, cultivés et, surtout, ils ne se bornent pas à une réflexion purement académique.

« Nous ne serions pas ici sans tous leurs efforts et leur engagement, à lui et à l’administration. »

En outre, l’administration et les enseignants sont extrêmement présents, tant dans le cadre scolaire que pour le reste. Rana évoque notamment la gentillesse de son « academic advisor », qui lui a fait visiter la ville et plusieurs musées, ou encore de sa professeure de français, qui l’a aidée à trouver un petit boulot en été. Samer, lui, a même rencontré LA personnalité que tout SciencesPiste rêve d’approcher (Frédéric Mion, vous l’avez deviné): « Il est très engagé, affirme t-il. Nous ne serions pas ici sans tous leurs efforts et leur engagement, à lui et à l’administration ». Néanmoins, ils n’oublient pas que SciencesPo est aussi une sorte de « bulle » et dans la vie de tous les jours, hors de la rue Saint Guillaume, le contact avec les autres n’est pas toujours aussi aisé.

L’enseignement supérieur, une voie d’accès vers un futur prometteur

Pour Samer, le plus important actuellement est de maîtriser parfaitement la langue française, parce que c’est indispensable pour réaliser son projet professionnel, lequel est ambitieux: développer l’entreprenariat social. L’enthousiasme avec lequel il me déploie ses idées lorsque je lui demande des précisions me fait sentir à quel point cela lui tient à coeur: il s’agirait de remettre en cause le modèle économique traditionnel qui est selon lui défaillant car il est source de chômage, de précarité, voire de conflits armés pour innover dans l’économie alternative afin d’y développer le dialogue et d’en faire un pacte social dont le coeur serait l’humain.

Il ajoute que c’est un projet certes un peu trop idéal à première vue, mais qu’il s’inscrit dans le long terme et qu’il souhaite surtout apporter sa pierre à l’édifice et proposer sa propre vision du monde du travail en travaillant dans la gestion au sein d’une entreprise sociale. Les aspirations de Rana sont très différentes, mais pas moins ambitieuses: en master en International Security et passionnée par ce sujet autant que par la pédagogie (c’est une ancienne professeure d’anglais!), elle aimerait faire une thèse puis devenir enseignante-chercheuse. Tous deux souhaitent pour le moment rester en France, tout en n’excluant pas la potentialité de travailler éventuellement dans un autre pays plus tard.

Un message d’espoir

Avant que nous nous quittions, je demande à Samer et à Rana quels conseils ils donneraient aux personnes qui, comme eux, ont du quitter leur patrie pour s’installer dans un pays plus sûr. Pour cette dernière, le plus important tient en deux mots: « keep going ». La première étape est la plus difficile, parce que l’on doit débuter une nouvelle vie et s’arracher à ce qui appartient au passé sans regarder en arrière, mais même si l’adaptation est difficile la première année, il faut à tout prix s’accrocher. Une fois que l’on commence à apprendre le français et à s’habituer à la vie en France, les choses deviennent moins ardues. Le conseil que donne Samer ne tient, lui, pas en deux mots mais en un proverbe: « Petit à petit, l’oiseau fait son nid » me répond t-il en souriant. Il ajoute qu’au-delà de l’adaptation, il est absolument nécessaire de rester aux aguets et de ne jamais rester dans l’attente et que s’il y a des d’opportunités, il faut néanmoins savoir les chercher.

Au moment de terminer notre entretien, mes deux interlocuteurs tiennent à faire passer un dernier message: « Merci à SciencesPo. Et merci à tous ceux qui nous ont accompagnés (notamment à madame Myriam Dubois-Monkachi, responsable du Welcome Refugees Program) ».

Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, seuls 1% d’entre eux parviennent à accéder à l’enseignement supérieur. Pour une personne qui avait déjà donné les preuves de sa capacité et de sa motivation à apprendre dans son pays d’origine (beaucoup de réfugiés faisaient de hautes études ou occupaient de hauts postes avant d’être chassés de leur pays) et qui, par ailleurs, y a probablement vécu des expériences traumatisantes comme la guerre, n’est-il pas juste de lui offrir, au moins la possibilité de s’accomplir pleinement intellectuellement ?

De fait, Sciences Po a affirmé sa volonté de favoriser l’intégration des réfugiés dans la société française en nouant deux partenariats dans le cadre du Welcome Refugees program depuis mars 2016: un avec l’association Kiron Open Education, et un avec l’association Wintegreat.

Kiron, un portail vers des études gratuites

Kiron est une startup allemande dont la branche française permet aux réfugiés et demandeurs d’asile vivant en France de reprendre, voire de commencer des études universitaires gratuitement. Le modèle d’apprentissage est hybride, et consiste en deux étapes: une première où les cours sont dispensés sur une plateforme numérique, et un second temps où les étudiants intègrent l’une des universités partenaires en Licence 2, formation qu’ils poursuivront ensuite pendant deux ans.

Cette solution hybride permet de pallier à certaines des principales difficultés auxquelles sont généralement confrontés les expatriés en apprentissage supérieur, telles que le coût financier élevé, le nombre de places limitées au sein des établissements universitaires ou encore la difficulté de se déplacer. SciencesPo propose en plus de compléter les cours dispensés sur la plateforme numérique pendant la première phase de la formation par des enseignements fondamentaux en français et en anglais dans le domaine des sciences sociales. Outre SciencesPo, le premier partenaire de Kiron, cinq autres partenariats ont été conclus en France avec Kiron: avec le CNAM (Conservatoire National des Arts et des Métiers), l’INP de Grenoble; SciencesPo Grenoble, l’université Grenoble-Alpes et l’université Savoie Mont-Blanc; et quinze autres partenariats sont en cours de négociation.

Wintegreat, une aide pour l’insertion

Wintegreat est fondée en 2015 par deux étudiants à l’ESCP Europe, dont le but est d’insérer des réfugiés ayant effectué des études supérieures dans leur pays d’origine et ayant du les arrêter à cause de la situation politique dans leur pays. Les grandes écoles parisiennes mettent à disposition leurs locaux pour que les réfugiés suivent un semestre de cours « tremplin » afin de s’insérer dans des vraies études ou dans la vie professionnelle en France. L’accent est notamment mis sur l’apprentissage du français, mais aussi de l’anglais, ainsi que des cours de repères culturels et pratiques sur la vie en France. Wintegreat a déjà noué des partenariats avec plusieurs écoles prestigieuses: ESCP Europe bien sûr, mais aussi SciencesPo Paris, SciencesPo Bordeaux de Paris et l’ESSEC -la première promotion a SciencesPo a été intégrée en mars 2016-. Le choix de s’allier avec de grandes écoles s’explique par la nécessité de donner au certificat acquis par les réfugiés grâce au programme d’insertion une réelle crédibilité.

« Certains étaient médecins, étudiants dans de grandes écoles, avocats… Aujourd’hui, ils sont réfugiés. »

Il est très difficile et aliénant pour ces réfugiés, brillants dans leur pays d’origine, d’en être chassé par des conditions politiques indépendantes de leur volonté et de se retrouver en France dépossédés de tout ce qu’ils avaient pu acquérir dans leur vie d’avant: certains étaient médecins, étudiants dans de grandes écoles, avocats… Aujourd’hui, ils sont réfugiés. Alors certes, les dommages psychologiques survenus avec la déchirure du pays d’origine sont irréversibles, mais ils peuvent être atténués par une meilleure insertion des étrangers dans le pays d’accueil. Même en bénéficiant du droit d’asile, évoluer dans un pays quotidiennement sans en connaître la langue peut s’avérer un véritable calvaire, car alors la solitude et le sentiment insistant de n’appartenir ni au pays d’accueil ni au pays d’origine dont on a été chassé s’installe. Pour diminuer ce sentiment d’aliénation, les programmes d’accueil des réfugiés dans les études supérieures font quelque chose d’essentiel: ils leur confèrent un statut, celui d’étudiant, ce qui permet de mettre de l’ordre dans leur vie et d’éviter la perte totale de repères. L’insertion que veulent initier de telles structures n’est donc pas uniquement éducative et professionnelle, elle est aussi sociale.

On peut voir l’aide apportée aux réfugiés comme un geste purement altruiste et philanthropique mais il y a, selon moi, un apport qui ne transite pas seulement des nationaux aux réfugiés mais aussi en sens inverse. Leurs expériences, leur propre culture et leur manière d’appréhender le monde ont probablement beaucoup à nous apprendre.

On entend beaucoup dans la bouche de certains politiques que la France est et restera une terre d’asile. Pour ancrer cette phrase dans la réalité, augmenter le budget de l’OFPRA ne suffit pas: nous devons, tous, tout faire pour non pas seulement accepter mais aussi accueillir les réfugiés; et ce dans la plus grande dignité possible.

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Qui est Sebastião Salgado, photographe exposé au 27 ? https://www.lapeniche.net/qui-est-sebastiao-salgado-photographe-expose-au-27/ Thu, 31 Aug 2017 09:00:58 +0000 http://lapeniche.net/?p=37108 Le 29 mai 2017, notre école s’est vue recevoir un présent bien particulier : deux massives photographies prises par le (très) engagé artiste brésilien Sebastião Salgado. La première, qui date de 1986, représente une foule de mineurs plongés dans la boue d’une mine d’or à ciel ouvert. La seconde, datant de 2016, est une vue panoramique de la forêt amazonienne. Retour sur son parcours, ses engagements, et ce qu’ils peuvent nous apprendre sur les deux pièces d’art qui font maintenant partie du décor de notre Maison.

Brillant élève promis à tout sauf à une carrière de photographe – il obtient en 1971 une maîtrise d’économétrie et d’économie de la prestigieuse université de Sao Paulo – Sebastião Salgado met brièvement ses connaissances au service de l’Organisation Internationale du Café avant de changer radicalement de trajectoire. En effet, il choisit de se lancer dans la photographie à peine deux ans plus tard. Un choix qu’il ne regrettera jamais : la subtile association de sa sensibilité d’artiste à sa lucidité d’économiste ne tarde pas à lui attirer les distinctions les plus honorables (particulièrement en France, où il a effectué une partie de ses études). Du Infinity Award du photojournalisme (1986) à sa nomination de chevalier de la Légion d’honneur par le ministère français de l’environnement (2016), Salgado obtient aussi -entre autres- le prix Hasselbad (1989), la médaille du centenaire de la Royal Photographic Society (1993), ou encore le privilège d’intégrer l’Académie des Beaux-Arts (2016).

Un aperçu des souffrances humaines

Ce qui explique ce brusque passage du domaine relativement académique et rationnel de l’économie à celui de l’art en 1973, c’est d’abord l’envie inextinguible de Salgado de dénoncer et d’abolir les frontières ethniques, sociales et culturelles (ayant sillonné le planisphère, il les a senties, ces fractures) qui divisent une race humaine qu’il estime pourtant une et indivisible. C’est cette vision profondément humaniste qui structure l’une de ses séries les plus renommées, La Main de l’homme (projet mené de 1986 à 1992), dont est issue la première photo offerte à SciencesPo.

Celle-ci porte plus précisément sur La Mine d’or de Serra Pelada, l’une des plus grandes du Brésil et du monde, et vise à éveiller la compassion chez le spectateur confronté de plein fouet à l’image de cette tragédie humaine dont les milliers de mineurs enfoncés dans la boue sont les tristes acteurs. La « main de l’homme », c’est non seulement celle du petit travailleur qui oeuvre à la production des produits prêts à être livrés en masse à notre société de consommation, mais aussi celle du propriétaire qui impose à ses ouvriers des conditions de travail intenables (Salgado a fréquenté les milieux communistes). Notez que cette exhortation à l’empathie se retrouve aussi dans la série Exodes (2002), qui nous ouvre une fenêtre sur les souffrances qui jalonnent le quotidien des migrants et des réfugiés.

Artiste et activiste environnemental 

Si, pour Sebastião Salgado, le monde idéal se construit donc sur la base de relations apaisées entre les individus où les privilégiés finissent par voir en les plus démunis des égaux avec qui la vie s’est simplement montrée moins clémente, une société assainie repose aussi, à ses yeux, sur un rapport harmonieux entre les humains et la nature. Élevé à Aimorès, une ville regorgeant -du moins, à l’époque- de richesses végétales inestimables, Sebastião Salgado a grandi aux côtés d’arbres centenaires et a appris à les aimer dès sa plus tendre enfance. Désespérés par la déforestation massive subie par leur pays ces dernières années, lui et sa femme sont un jour de l’année 1990 pris d’une idée folle et qu’ils commencent pourtant presque aussitôt à mettre en oeuvre: tout replanter.

Dès lors, le combat d’une vie est engagé et ne s’arrêtera jamais. Du reboisement de près de 700ha des leurs terres natales à la création de l’ONG « Instituto Terra » en avril 1998, lequel a trouvé des financements pour planter près de 4 millions d’arbres et propose également des programmes d’éducation à l’environnement, les deux époux font preuve d’un activisme acharné en faveur de la préservation de l’écosystème brésilien. Cet enjeu environnemental est l’objet de la deuxième oeuvre qui nous est offerte par Salgado et qui est un travail très récent, réalisé en 2016. Il s’agit d’une vue panoramique de la forêt Amazonienne que l’on sait mise en danger par le productivisme intensif, comme l’a souligné le photographe qui a affirmé lors de son accrochage que « La capacité de destruction de l’homme est immense ».

Grâce à ces deux photographies monumentales, Salgado veut responsabiliser les étudiants de l’école « économique et sociologique » qu’est SciencesPo sur les dangers d’une société qui ne se préoccuperait plus de préserver ni les droits de tous les individus qui la composent, ni l’environnement naturel dans lequel elle s’établit.

Si vous souhaitez en apprendre davantage sur ce photographe qui, comme Baudelaire, magnifie par son art ce qu’il y a de pire en ce monde, n’hésitez pas à regarder le très beau documentaire de Juliano Ribeiro Salgado (son fils) et Tim Wenders, The Salt of the Earth (2014).

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